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[BOUQUINS] Éric Genetet – Un Bonheur Sans Pitié

AU MENU DU JOUR

E. Genetet - Un bonheur sans pitié
Titre : Un Bonheur Sans Pitié
Auteur : Éric Genetet
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Parution : 2019
Origine : France
160 pages

De quoi ça cause ?

Marina pense avoir enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais après six mois d’une passion idyllique, le voile des apparences tombe, Torsten révèle peu à peu sa véritable nature perverse et manipulatrice.

Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est avant tout la critique enthousiaste d’Aude (Aude bouquine) qui m’a poussé vers ce roman.

Il est vrai que le pervers narcissique est un cas d’école qui m’intéresse ; j’ai d’ailleurs plusieurs romans (et un essai) sur la question dans mon Stock à Lire Numérique, mais je ne savais pas trop par lequel commencer. Et pourquoi pas par un titre que je possède pas encore (cherchez pas… parfois ma logique obéit à des règles qui défient l’entendement) ?

Ma Chronique

Compte tenu de sa personnalité hautement dérangée (et plus encore dérangeante), il n’est pas étonnant que le pervers narcissique soit source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Pour ma part c’est avec le roman Entraves d’Alexandra Coin que j’ai fait la connaissance littéraire de ces individus aussi nocifs que nuisibles (je connaissais le spécimen, mais n’avais jamais rien lu sur la question).

Au début du récit Marina quitte le mec avec qui elle vit une relation dans laquelle elle ne s’épanouit pas. Suivront quelques semaines de questionnements et de doutes avant qu’elle ne croise le chemin (d’abord sur fesse de bouc puis dans la vraie vie) de Torsten. Durant six mois on partagera leur passion idyllique, pleine de cœurs roses, de guimauve fondante, de nuages floconneux et tutti quanti… Une mise en scène soigneusement préparée par Torsten afin que Marina soit totalement raide dingue de lui.

Puis Torsten tombe le masque et révèle sa véritable nature. On s’enfonce alors crescendo dans le monde vicié du pervers narcissique, il déploie alors tout un arsenal pour détruire et rabaisser l’autre jusqu’à lui faire perdre tous ses moyens et surtout toute confiance en soi et toute estime de soi. Éric Genetet décrit parfaitement cette inexorable descente aux enfers jalonnée de multiples formes de violences psychologiques (humiliations, insultes, dénigrement systématique, jalousie maladive, isolement…).

L’auteur construit son roman en alternant entre les passages où il donne la parole à ses personnages (Marina, Torsten et d’autres) écrits à la première personne, et ceux où il porte un regard extérieur sur la vie du couple, écrit à la troisième personne, exposant les faits sans véritablement prendre parti.

Éric Genetet maîtrise totalement le profil psychologique de ses personnages, il nous implique pleinement, en spectateur impuissant, dans la vie (et la longue agonie) du couple. Même si l’ambiance du récit est résolument glauque et sombre, l’écriture de l’auteur reste malgré tout lumineuse et poétique.

Un roman court, mais nerveusement éprouvant. Évidemment face à Torsten le lecteur aura souvent des envies de meurtre, surtout quand il se fait passer pour une victime incomprise, ou qu’il se réfugie derrière son enfance difficile. Mais l’apathie de Marina sera toute aussi exaspérante, vous aurez plus d’une fois envie de la secouer, de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de quitter ce connard.

Une lecture coup-de-poing qui pointe du doigt une intolérable réalité pour les nombreuses femmes victimes de pervers narcissiques. Pour le coup on aimerait croire que tout ceci n’est que fiction, mais ce serait se voiler la face ou pratiquer la politique de l’autruche.

J’en ai connu des Marina qui ont vécu pendant des années sous la coupe d’un homme manipulateur et/ou violent. D’abord dans le déni (Mais non il est pas comme ça… c’est un A-MOUR. Mais il a beaucoup de boulot en ce moment, il est un peu à cran, c’est compréhensible non ?), puis à s’inventer tout un tas de mauvaises raisons pour ne pas quitter leur mec (la plus pathétique étant de loin le larmoyant « Mais je l’êêêmeuuuh » qui ferait passer Lara Fabian pour une aphone), jusqu’à endosser la responsabilité de leurs tourments (Oui bon, j’ai pris une claque, mais je l’avais bien cherché aussi). On commence par prêter l’oreille, puis on tend la main avant de renoncer face à l’obstination de la nana à accepter l’inacceptable (je ne saurai dire combien de fois j’ai entendu prononcer, avec un sourire de façade qui ne trompe qu’elle, une phrase du genre : « Je me suis pris une porte en allant me coucher, quelle gourde ! » pour justifier un bleu).

Les Marina que j’ai connues ont fini par rompre avec leur bourreau (du cœur, de l’âme et du corps), parfois après des années de soumission aveugle… souvent après le coup de trop, celui qui l’a conduit à l’hôpital (au mieux pour une cure de repos, au pire pour réparer les dégâts). Toutes n’ont malheureusement pas cette chance.

Morceaux choisis :

Pendant six mois, Torsten a injecté dans le corps de Marina des shoots de bonheur puissants avant de tarir sciemment la source. Le cerveau de mon amie n’est pas équipé pour pallier ce manque-là, il rame, cherche le programme qui l’a enchanté, mais ce programme est dans la petite poubelle en bas à droite de l’écran.

Elle est tétanisée par la crainte de mal faire, mais elle l’aime, c’est indiscutable, alors elle lui donne du plaisir. Et puis, une gifle, une fenêtre ouverte en hiver, c’est aussi ça la vie à deux, non ? Le reproche d’un sourire, d’un geste, d’un mot de trop ou en moins, des mots qui lacèrent, la crainte qu’il la trompe avec une autre plus belle, plus à l’écoute, à la hauteur de ses attentes, c’est aussi ça la vie de couple, non ? Et ses pleurs silencieux alors qu’il poursuit ses courses effervescentes aux orgasmes, allongé de tout son poids sur elle, brutal. Ce n’est rien à côté du bonheur de partager sa vie. Elle serre les dents. Elle va bien, il l’aime.

Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne quitte pas Torsten parce que je l’ignore moi-même.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 18 juillet 2019 dans Bouquins

 

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Tête-à-tête virtuel avec Hélène Machelon

Hélène Machelon

Bonjour Hélène,

Merci d’avoir accepté ce tête-à-tête virtuel.

Merci à vous Fred, ce petit tête-à-tête m’amuse beaucoup !

Question rituelle en guise de mise en bouche. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous en êtes venu à l’écriture ?

Je suis une femme de 41 ans qui voyage et vit en famille autour du monde. Afrique, Amérique Latine et aujourd’hui Asie. Je reviens à l’écriture après une longue pause de 20 ans. J’ai été cassée plus jeune par des concours d’écriture et convaincue que je n’avais pas de talent, je me suis investie dans d’autres projets. Poussée par mon mari il y a quelques mois, j’ai commencé un matin et tout s’est déroulé.

Je me suis dit : « c’est maintenant ou jamais, j’ai peut-être un truc à raconter ».

 Votre premier roman, Trois petits tours, est distribué par la plateforme Librinova ; l’auto-édition est un choix délibéré ou plutôt une voie de secours en attendant / espérant mieux ?

L’auto-édition est subie. Je garde espoir d’être repérée pour pouvoir continuer l’aventure, j’ai d’autres sujets en tête qui me démangent. J’espère vraiment être guidée par des professionnels de l’édition pour la suite car j’ai le sentiment d’avancer dans des eaux troubles que je ne maîtrise pas. Je cherche des stratégies pour faire vivre le livre sans savoir si je le sers ou non.

 Dans Trois petits tours vous abordez un sujet plutôt délicat puisque tout le récit s’articule autour de la perte d’un enfant. Pourquoi ce choix ?

J’étais bien placée puisqu’au premier plan. Nous avons perdu un enfant mais je ne désirais pas témoigner. J’avais le sentiment que beaucoup d’écrits existaient déjà en la matière et même de très bons. Je pensais également qu’un livre 100% sur la douleur des parents aurait été insupportable à lire à écrire. Ce sont les « autres » qui étaient intéressants, ceux qui gravitent et qui subissent également. On pourrait les appeler les dommages collatéraux. J’ai voulu exprimer la détresse de ces autres qui n’ont rien pu faire mais qui voulaient. L’entourage souffre de cette impuissance, reste en apnée puis il respire lorsque les parents s’autorisent de nouveau à être heureux.

Comment se déroule une journée type lorsque vous écrivez ? Quelle est l’ambiance la plus propice pour laisser libre cours à votre inspiration ?

Pour écrire, j’ai besoin d’une vue, de la lumière, du thé et des biscuits au pavot. Je ne peux pas écrire dans un cagibi sombre puisque je me concentre en fixant les objets ou la fenêtre. Bien évidemment, les enfants doivent être à l’école. Le petit carnet toujours sur moi est mon meilleur ami puisque la vie est mon inspiration. J’écris sur de courtes durées à l’image de mon écriture plutôt vive.

Après ce premier roman, avez-vous d’autres projets littéraires ?

Deux autres projets sont en cours mais c’est un secret.

 Quelles sont vos références (auteurs et romans) en tant que lectrice ?

Je suis touchée par trois auteurs qui jamais ne me déçoivent : Alice Ferney, Laurent Gaudé et Carole Martinez. Un faible pour l’écriture belle et féminine d’Alice Ferney dans « Grâce et Dénuement ».

Comme il m’est d’usage de le faire, je vous laisse le mot de la fin.

Vive la vie !

 
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Publié par le 17 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Hélène Machelon – Trois Petits Tours

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H. Machelon - Trois petits tours
Titre : Trois Petits Tours
Auteur : Hélène Machelon
Éditeur : Librinova
Parution : 2019
Origine : France
140 pages

De quoi ça cause ?

La petite Rose est morte ce matin, vaincue par la maladie contre laquelle elle luttait depuis de longs mois. Sa mère va devoir (ré)apprendre à vivre sans elle, mais entre l’annonce du décès et l’enterrement, il lui faudra parcourir un long et douloureux chemin de croix…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Hélène Machelon m’a contacté via Babelio pour me proposer son roman disponible sur Net Galley. J’ai accepté, tout simplement.

Ma Chronique

Je remercie Hélène Machelon, Librinova et Net Galley qui m’ont permis de croiser la route de ce roman.

Une rencontre qui ne se serait sans doute jamais faite si l’auteure n’avait pas, par l’intermédiaire d’un message sur Babelio, forcé la main au destin en faisant se croiser nos chemins (le roman et moi, cela s’entend).

Il est vrai que sans l’intervention directe d’Hélène (je me permets de vous appeler simplement par votre prénom), je serai tout simplement passé à côté de son roman un regard ; pas par manque d’intérêt, juste parce qu’il aurait été noyé dans la masse des sorties (injustement ou pas) anonymes.

Bien que le roman ne rentre clairement pas dans le cadre de mes lectures habituelles (comme l’a souligné l’auteure dans son message), la quatrième de couv’ aura quand même attisé les braises de ma curiosité (élément déclencheur sans quoi je n’aurai pas donné suite). J’aime à penser que je suis ouvert à tous les genres littéraires ou presque, à condition toutefois que le pitch m’inspire à minima.

Le terme autofiction sur la couverture laisse deviner que Hélène a malheureusement connu l’épreuve de la perte d’un enfant (confirmé par la dédicace), les mots ne pouvaient donc qu’être justes, mais encore fallait-il trouver le bon ton. C’est chose faite avec un juste équilibre entre l’affect et une certaine neutralité, le côté pathos n’est pas surjoué (un écueil qui eut pourtant été tentant), mais le ton n’est pas non plus totalement détaché (ce qui eut été franchement malvenu).

Un récit court, mais intense au niveau émotionnel, il s’en dégage une profonde humanité sublimée par l’impression de vérité qui ne nous abandonne jamais, de la première à la dernière page.

Les chapitres alternent entre les points de vue extérieurs (médecin, infirmières, personnel administratif…) et celui de la mère, terrassée par la douleur, mais qui se force à faire face à ses obligations jusqu’à la mise en bière de son enfant.

Lors de nos échanges via Babelio, Hélène se posait la question de savoir si elle avait écrit un roman réservé à un public féminin. Même si la plupart des personnages que l’on croise sont en effet des femmes, je pense pouvoir affirmer sans prendre trop de risques que son roman saura toucher aussi bien les femmes que les hommes ; impossible de rester de marbre devant un récit débordant de justesse et de dignité.

Je vois aussi en ce roman un bel hommage (amplement mérité) au personnel de l’hôpital Necker (et des autres hôpitaux pour enfants de France et d’ailleurs), leur travail et leur dévotion forcent le respect et l’admiration.

Merci Hélène, d’avoir forcé la main au destin, merci pour ce roman que je qualifierai de lumineux malgré un thème central on ne peut plus sombre. Une rencontre improbable qui aura matché au-delà de mes espérances.

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

AU MENU DU JOUR

S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 12 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Lorraine Letournel Laloue – HS 7244

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L. Letournel - HS 7244
Titre : HS 7244
Auteur : Lorraine Letournel Laloue
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Marius espérait faire le voyage de ses rêves avec ce séjour en Russie en compagnie de sa moitié, l’amour de sa vie, Camille. Sauf qu’un matin, Marius va se réveiller dans une cellule crasseuse, prisonnier dans un camp qui va se révéler être une véritable antichambre de l’Enfer.

Pourquoi a-t-il été fait prisonnier ? Qui sont ses geôliers / tortionnaires ? Où est Camille ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est un peu par hasard, en panne d’inspiration en visitant Net Galley, que j’ai découvert ce roman. Le titre m’a intrigué, puis la couv’ à la fois sobre et sombre m’a tapé dans l’œil, enfin la quatrième de couv’ a enfoncé le clou de la curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je dirai simplement : âmes sensibles s’abstenir. Le bouquin est terriblement violent, glauque et désespéré ; Lorraine Letournel Laloue n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs. Cette violence n’est toutefois pas gratuite, elle est mise au service d’une cause juste, pour pointer du doigt et dénoncer une situation amorale et abjecte.

Pour son premier roman, l’auteure ose un choix audacieux, engagé et assumé. Si son roman reste une oeuvre de fiction, elle s’inspire toutefois de faits réels (attention à ne pas confondre s’inspirer de faits réels et relater des faits réels). Si l’auteure révèle assez tard dans son récit le pourquoi de ces persécutions en tout genre (violences physiques et psychologiques, humiliations et privations en tout genre), il n’est toutefois pas difficile de se faire une idée de la chose quand on sait que l’intrigue se déroule en Tchétchénie de nos jours.

Alors : noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Oui et non.

Oui, parce que l’auteure nous propulse au cœur de l’horreur dans ce que l’humanité peut avoir de plus odieux et abominable ; incontestablement un roman d’une absolue noirceur qui vous broiera le cœur et vous vrillera les tripes.

Non, parce que même plongé dans le pire des cauchemars les victimes se serrent les coudes et se soutiennent mutuellement. Autant les bourreaux sont dépeints comme des monstres déshumanisés, autant les victimes dégagent une formidable humanité, dans ce qu’elle a de meilleur cette fois.

Une lecture coup-de-poing qui nous fait relativiser nos petits tracas du quotidien et apprécier de vivre dans le pays des droits de l’homme (même si tout n’est pas parfait, loin s’en faut). Un roman qui, dans toute son horreur, est aussi une ode à la liberté et à la tolérance.

Un premier roman osé, mais redoutablement efficace. Au risque de me répéter, je conclurai ma présente chronique en vous invitant à le lire, même si l’exercice se révélera parfois éprouvant moralement et nerveusement, mais c’est pour la bonne cause.

Je tire mon chapeau (que je ne porte pas) à Lorraine Letournel Laloue qui s’impose d’entrée de jeu dans la cour des grands du roman noir francophone.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 5 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Bryan Reardon – Le Vrai Michael Swann

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B. Reardon - Le vrai Michael Swann
Titre : Le Vrai Michael Swann
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Julia et Michael Swann vivent paisiblement dans leur maison de la banlieue de Philadelphie avec leurs deux enfants.

Un soir, alors que Michael est au téléphone avec Julia depuis New York, la liaison est brusquement interrompue. Une bombe a explosé à Penn Station, où se trouvait justement Michael…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Bryan Reardon m’avait bluffé avec son précédent et premier roman, Jake. J’espérais retrouver la même intensité et la même humanité dans ce second roman ; mais aussi quelque chose de différent.

Ma Chronique

La lecture du roman Jake de Bryan Reardon fut incontestablement une révélation de l’année 2018, un véritable tsunami émotionnel d’où se dégageaient une humanité et une empathie phénoménales ; c’est ce que j’espérais retrouver en ouvrant Le Vrai Michael Swann, le second roman de l’auteur. La même intensité, mais servie par une intrigue complètement différente de celle de Jake.

Incontestablement Bryan Reardon sait mettre des mots sur la détresse humaine et nous faire ressentir des émotions fortes. De nouveau il confronte ses personnages (Julia Swann en l’occurrence) aux pires situations et pour y faire face ils devront puiser dans une force qu’ils ignoraient posséder. Le premier deal est donc rempli haut la main, on retrouve des émotions brutes et un récit profondément humain.

L’intrigue est plutôt bien construite et devient rapidement addictive, mais je l’ai trouvée trop proche de celle de Jake ; les deux récits n’ont bien évidemment rien en commun sur le fond, mais c’est dans la forme et plus particulièrement dans la façon de les traiter que les similitudes sont flagrantes. J’espérais une approche totalement nouvelle, donc un peu déçu sur ce coup.

Au fil des chapitres l’on découvre les grandes étapes qui ont marqué la vie de Julia et Michael, leur rencontre, la naissance des enfants, le déménagement… Une famille de la classe moyenne parmi tant d’autres, avec des hauts et des bas comme tout le monde. Des gens ordinaires en somme dont on partage le quotidien dans une Amérique en proie à la crise ; en pleine campagne électorale qui se soldera par la victoire de Donald Trump.

Bryan Reardon nous mitonne une intrigue qui tient plutôt bien la route malgré quelques détails qui manquent de vraisemblance, pas de quoi gâcher le plaisir, ni de quoi nous couper l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

C’est volontairement que je ne m’épanche ni sur l’intrigue ni sur les personnages. C’est un roman qui gagne à être découvert au fil des pages.

Je referme le bouquin plutôt satisfait, mais pas totalement conquis. J’espère que le troisième roman de l’auteur, déjà disponible outre-Atlantique, me surprendra par une approche différente de l’intrigue et une construction inédite du récit.

MON VERDICT

 
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Publié par le 2 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Zhou Haohui – Avis De Décès

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Z. Haohui - Avis de Décès
Titre : Avis De Décès
Auteur : Zhou Haohui
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Chine (2014)
352 pages

De quoi ça cause ?

Octobre 2002. Zheng Haoming, sergent renommé et respecté de la police criminelle de Chengdu est assassiné. Arrivés sur les lieux du crime, le capitaine Han Hao et son équipe font la connaissance du capitaine Pei Tao de la police de Longzhou, qui a découvert le corps.

Pei apprend à ses homologues de Chengdu que ce meurtre est très certainement lié à une autre affaire survenue vingt-deux ans plus tôt, un tueur en série nommé Eunémide avait alors commis plusieurs crimes avant de disparaitre sans jamais avoir été identifié.

Quand le retour du tueur aux avis de décès se confirme, le capitaine Han obtient la création d’une cellule interservices composée d’agents triés sur le volet.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, une raison qui se pourrait se suffire à elle-même, mais aussi pour découvrir un nouvel auteur et élargir mon horizon en matière de littérature policière chinoise.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il n’y a pas encore pas si longtemps que ça, si vous m’aviez interrogé sur la littérature policière chinoise je vous aurais sans doute regardé avec des yeux ronds à faire pâlir de honte le plus crétin des poissons rouges. Puis j’ai découvert (merci à Net Galley) Chi Wei-Jan et aujourd’hui c’est au tour de Zhou Haohui de rejoindre mon cercle d’auteurs sinophiles. Deux approches différentes du polar, mais deux univers très marqués par leur identité asiatique ; et surtout deux belles découvertes littéraires !

Pour le lecteur occidental, le dépaysement est assuré en parcourant les rues de Chengdu, ville chinoise en plein essor économique où le modernisme cohabite avec la tradition et où l’on passe au détour d’une rue des quartiers résidentiels aux taudis. Chengdu est aussi une ville surpeuplée et fortement industrialisée, il en ressort un sentiment quasi permanent d’étouffement, voire d’oppression.

Imaginez un tueur en série tellement sûr de lui qu’il se permet de narguer la police en leur faisant parvenir l’avis de décès de ses futures victimes. Une simple feuille à la calligraphie anonyme indiquant le nom de la victime, la nature de son crime, la date de son exécution et l’identité de son juge et bourreau (toujours le même, Eunémide himself). C’est ce que nous propose Zhou Haohui, rejoignons donc la cellule 18/04 dans sa traque de l’impitoyable et insaisissable Eunémide.

Pour déjouer les plans du tueur, une cellule interservices réunissant la fine fleur de la police sera créée et placée sous le commandement du capitaine Han Hao, connu pour ses états de services irréprochables au sein de la police criminelle de Chengdu. Il sera appuyé par son fidèle bras droit, l’agent Yin Jian, par le capitaine Xiong Lyuan et l’agent Liu Song de l’UPS (Unité de Police Spécialisée) de Chengdu, par l’agent Zeng Rihua, expert informatique de la police criminelle de Chengdu, par Mu Jianyun, psychologue et maître de conférence à l’académie de police du Sichuan et enfin par le capitaine Pei Tao de la police criminelle de Longzhou.

Zhou Haohui apporte beaucoup de soins à ses personnages, chacun une personnalité qui lui est propre et des relations plus ou moins cordiales avec les autres, que ce soit en raison de leur vécu ou simplement par affinités. J’avoue que pour ma part j’ai eu un faible pour le trio Pei, Mu et Zeng.

Du tueur, le mystérieux Euménide, nous ne saurons finalement que peu de choses, le plus souvent invisible, mais omniprésent du début à la fin du récit. Ses cibles de prédilection sont des criminels ayant échappé à la justice, il devient alors juge et bourreau.

L’auteur nous mitonne une intrigue aux petits oignons où rien n’est laissé au hasard, les indices sont disséminés avec parcimonie dans un écheveau de fausses pistes. Les événements survenus en 1984 s’intègrent parfaitement à l’intrigue de 2002.

Avis De Décès est le premier opus d’une trilogie opposant la cellule 18/04 à Eunémide. Les deux suivants sont d’ores et déjà disponibles en VO, mais ne semblent pas encore avoir fait l’objet d’une traduction en anglais. La présente VF étant produite à partir de la version anglaise du roman, j’espère que l’attente ne sera pas trop pour découvrir la suite des événements.

Il faut dire que le final du présent roman est du grand art, on ne peut que trépigner d’impatience dans l’attente du second round (je ne vous donnerai pas le verdict de ce premier round).

Le polar made in China n’est pas un polar au rabais, la qualité est bel et bien au rendez-vous, il n’a pas à rougir face à ses pairs occidentaux. Il va falloir que je me penche sur la question, il me réserve sans doute encore quelques belles découvertes.

MON VERDICT

 
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Publié par le 25 juin 2019 dans Bouquins

 

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