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[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

AU MENU DU JOUR


Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

 MON VERDICT

 
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Publié par le 15 septembre 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Carole Johnstone – Mirrorland

AU MENU DU JOUR


Titre : Mirrorland
Auteur : Carole Johnstone
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Écosse
448 pages

De quoi ça cause ?

Cat est partie s’installer à Los Angeles, loin de sa ville natale d’Édimbourg, et de sa sœur jumelle, El, dont elle est sans nouvelles depuis de longues années. La première partie de sa vie semble effacée de sa mémoire. Mais le jour où elle apprend la disparition inquiétante de sa sœur, elle décide de rentrer en Écosse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait prometteur.

Je me méfie des accroches commerciales, mais quand je vois que Stephen King juge le bouquin « diablement intelligent »,  ça ne fait que booster ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance.

J’avoue que la prise de contact avec ce roman ne s’est pas forcément passée aussi bien que je l’espérais, j’ai en effet eu beaucoup de mal à me plonger dans l’intrigue et à accrocher aux personnages.  Heureusement le mix réussi entre le thriller psychologique et la chasse au trésor et l’ambiguïté grandissante de certains protagonistes ont fini par me faire oublier ces débuts difficiles.

Il faut dire que Carole Johnstone sait y faire quand il s’agit de nous faire douter de ses personnages (le lecteur aura bien du mal à démêler le vrai du faux autour de El, Ross et même Cat). Qu’est-il réellement arrivé à El ? Pourquoi les deux sœurs étaient-elles brouillées depuis plus de dix ans ? Et surtout que s’est-il passé cette nuit du 4 septembre 1998 où tout a basculé ?

À travers un jeu de piste macabre (sous forme d’une chasse au trésor parsemé d’indices) orchestré par sa sœur, Cat va redécouvrir le Mirrorland, un monde imaginaire que les deux sœurs avaient créé pour échapper à la réalité ; un voyage dans le passé qui va faire remonter les souvenirs refoulés des traumatismes de leur enfance.

Le récit à la première personne nous permet de suivre l’intrigue du point de vue de Cat, avec elle on redécouvre son passé pour dénouer les événements du présent (la disparition en mer de sa sœur… accident, suicide ou homicide ?).

Au départ la situation paraît très embrouillée, mais heureusement les choses se précisent peu à peu. Ce qui ne signifie pas pour autant que tout devient limpide comme de l’eau de roche, au contraire le lecteur n’a pas fini de douter et de s’interroger. Les multiples rebondissements rebattent totalement les cartes, trop peut-être… j’ai trouvé en effet que l’ultime retournement de situation était un peu (beaucoup) too much, idem pour les explications qui suivront ; du coup la crédibilité de l’intrigue prend du plomb dans l’aile.

Pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut que les personnages soient particulièrement crédibles, c’est heureusement le cas ici. Le trio formé par Cat, El et Ross est très réussi et vous donnera  bien du fil à retordre. Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, je pense notamment au duo d’enquêteurs formé par Rafiq et Logan.

L’intrigue est plutôt bien ficelée (machiavélique parfois) malgré quelques bémols. L’idée de combiner le passé et le présent est une idée plutôt bien trouvée et bien exploitée, idem pour l’essentiel de l’intrigue qui se joue quasiment à huis clos.

Force est toutefois de reconnaître que pour son premier roman Carole Johnstone n’a pas fait le choix de la simplicité, ça force le respect.

MON VERDICT

 
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Publié par le 9 septembre 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Laurent Pépin – Monstrueuse Féerie

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Titre : Monstrueuse Féerie
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2020
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il est persuadé que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quand Laurent Pépin m’a contacté via Facebook pour me proposer de chroniquer son bouquin, je n’ai pas hésité une seconde tant le truc semblait sortir des sentiers battus… J’aime les auteurs qui osent l’improbable, je ne pouvais décemment pas refuser sa proposition de lecture.

Ma Chronique

Si vous êtes de ceux et celles qui pensent que les psys sont aussi dérangés que leurs patient(e)s, ce n’est certainement pas ce bouquin qui vous réconciliera avec la profession.

Comme son narrateur, Laurent Pépin est psychologue clinicien, c’est peut-être un détail pour vous (mais pour moi ça veut dire beaucoup), mais ça apporte beaucoup à la lecture (et la compréhension… dans la mesure du possible) de savoir que le gars est en terrain connu quand il s’agit des dysfonctionnements divers et variés de l’esprit.

Force est aussi de constater que ce court roman ne ressemble à rien de connu, vous avez entre les mains un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un bouquin jouera avec vos émotions, parfois troublant (voire même dérangeant), souvent drôle (surtout pour les adeptes de l’humour noir) et toujours déconcertant.

Le récit s’articule suivant deux axes. Vous découvrirez ainsi la famille du narrateur telle qu’il la perçoit (et le moins que l’on puisse dire c’est que sa perception est un peu… spéciale). Puis son quotidien au centre psychiatrique où il travaille (et les « décompensations poétiques » de ses patients) et sa relation avec « son » Elfe (là encore, oubliez toute rationalité).

Au fil des pages, le narrateur vous invite dans son monde, une plongée intime au coeur de sa folie. Ça n’a parfois (souvent même) ni queue ni tête, mais une certaine poésie et une certaine harmonie se dégagent de ce récit débridé. À travers ses faiblesses et ses peurs, on devine la fragilité du narrateur et une humanité à fleur de peau.

Quand je dis que le récit peut parfois être dérangeant ce n’est pas tant par le contenu stricto sensu du texte, mais plutôt parce qu’on a l’impression de pénétrer au plus profond (voire de violer) l’intimité du narrateur.

Le lecteur sera libre d’apprécier le texte à plusieurs niveaux, soit le prendre au premier degré comme un vulgaire délire schizophrène d’un esprit dérange, ou se demander quelle est la dimension métaphorique du récit (quels éléments inventés renvoient à des événements réels survenus dans la vie du narrateur). De quoi s’arracher les cheveux si d’aventure vous étiez tenté de psychanalyser le narrateur.

En acceptant la proposition de Laurent Pépin je lui avais fait savoir que je ne m’engageais sur aucun délai compte tenu de l’ampleur de mon Stock à Lire Numérique. Ayant reçu le bouquin au format PDF j’ai décidé de le transformer en epub sur la lancée ; ce qui m’oblige à survoler le texte même si j’essaye d’éviter de trop m’en imprégner afin de l’apprécier pleinement à la lecture. Le peu que j’en ai vu en cours de conversion m’a donné envie d’en savoir plus.

Une expérience de lecture unique en son genre à laquelle j’ai totalement adhéré, le propos défie toute logique, mais la construction est intelligente. J’ai bien conscience que c’est un bouquin qui peut larguer certains lecteurs en cours de route, mais pour ma part je l’ai trouvé brillant aussi bien de par sa façon d’aborder son sujet, que de par les questions qu’il soulève chez le lecteur curieux.

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Publié par le 29 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Raymond E. Feist – La Reine Des Tempêtes

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Titre : La Reine Des Tempêtes
Série : La Légende Des Firemane – Livre 2
Auteur : Raymond E. Feist
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2020)
432 pages

De quoi ça cause ?

Loin des ambitions de conquête du souverain de Sandura, Lodavico, Hatu, Hava et Declan sont désormais établis à Mont-Beran.

Hatu et Hava, espions et assassins pour le compte de la Nation Invisible, ont repris l’auberge du bourg afin de se fondre dans la masse. Declan est quant à lui installé comme maître forgeron et travaille beaucoup pour le baron Dumarch, le souverain du Marquensas.

Las, le répit sera de courte durée. Une armée de mercenaires va s’abattre sur Mont-Beran au moment où la cité est la plus exposée. D’autres villes subiront les assauts de cette armée impitoyable qui sème la mort et la désolation sur son passage. Qui tire les ficelles ? Quels sont ses objectifs ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le second tome de La Légende Des Firemane, le précédent opus, Le Roi Des Cendres, m’avait donné envie de découvrir la suite de ce cycle (une trilogie, il semblerait).

Ma Chronique

Raymond E. Feist ne s’est pas hissé au panthéon des auteurs de fantasy par hasard, il le prouve une fois de plus avec ce second tome de La Légende Des Firemane.

Le tome précédent, Le Roi Des Cendres, avait planté le décor et les personnages, il eut été aisé pour l’auteur de développer son intrigue sur cette base déjà prometteuse ; et c’est exactement ce qu’il fait au cours des premiers chapitres de ce second opus. Puis il rebat complètement les cartes en faisant intervenir un nouvel acteur dans son intrigue. Un acteur de l’ombre qui va radicalement changer la donne et pourrait s’approprier la sinistre réputation d’Attila, le roi des Huns (et des autres) : là il passe, l’herbe ne repousse pas.

L’une des conséquences de l’attaque contre Mont-Beran va être la séparation du trio formé par Hatu, Hava et Declan. Hatu va rencontrer (à l’insu de son plein gré), les Gardiens de la Flamme, qui souhaitent lui apprendre à maîtriser les pouvoirs inhérents à son rang. En se lançant à sa recherche Hava va être aux prises avec des esclavagistes et une armée d’assassins d’élite. Quant à Declan, il va s’engager dans une troupe de mercenaires qui va se retrouver au service du baron Daylon Dumarch afin de défendre le Marquensas.

Si on retrouve avec plaisir bon nombre de personnages déjà croisés dans Le Roi Des Cendres, force est de reconnaître qu’ils sont rapidement dépassés par l’ampleur de l’attaque qu’ils subissent. C’est surtout flagrant pour le baron Daylon Dumarch, fin stratège qui espérait avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires potentiels et qui va se retrouver désemparé face à une menace sortie de nulle part. D’autres personnages se révéleront sous un jour nouveau.

Outre ces nouveaux ennemis, nous ferons la connaissance avec d’autres nouveaux personnages, dont certains joueront un rôle majeur dans le déroulé de l’intrigue ; je pense notamment Bogartis, le chef de la troupe de mercenaires que rejoindra Declan.

Pour finir avec ce rapide survol des personnages, nous assisterons même au retour d’un personnage que l’on ne s’attendait vraiment pas à revoir, sauf qu’il ne sera plus vraiment le même que celui que nous connaissions.

Comme dans l’opus précédent on retrouve un jeu d’alliances qui se lient et se délient au fil des événements, selon les intérêts des uns et des autres. On retrouve aussi cette dimension mystico-religieuse avec un nouvel ordre secret qui fait irruption, un ordre assez proche dans son organisation de la Nation Invisible de Coatalchin.

La magie est bien présente, mais reste plutôt discrète, chose qui va certainement changer dans le tome suivant au vu de ce que nous apprenons dans le présent opus.

Un second tome bien plus intense que le premier, au vu des enjeux je me demande bien comment Raymond E. Feist va pouvoir boucler son intrigue avec un dernier tome… À moins qu’il ne décide de jouer les prolongations.

Le bouquin n’est toutefois pas exempt de défauts, outre le fait qu’il ne révolutionne pas les règles du genre (l’auteur est en terrain conquis et reste dans sa zone de confort), mon plus gros reproche serait une relative facilité dans l’issue de certains affrontements (je pense surtout aux combats entre l’équipage du Sillage Noir et les troupes azhantes).

Il n’en reste pas moins qu’il me tarde de découvrir la suite.

Pour la petite histoire, il vous faudra attendre les derniers chapitres du bouquin pour découvrir d’où vient son titre.

MON VERDICT

 
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Publié par le 28 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Rachel Joyce – L’Inoubliable Voyage De Miss Benson

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Titre : L’Inoubliable Voyage De Miss Benson
Auteur : Rachel Joyce
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : Angleterre (2020)
411 pages

De quoi ça cause ?

1950. Cette fois c’est décidé, Margery Benson, 46 ans, plaque tout (sa vie londonienne, son boulot d’enseignant…) pour se rendre en Nouvelle-Calédonie. Mais pour une telle expédition elle a besoin d’être accompagnée d’une assistante qui ferait aussi office d’interprète.

C’est finalement sur Enid Pretty, une jeune femme qui est son exact opposé, que Margery jettera (plus par dépit que par conviction) son dévolu. Leur mission : trouver et ramener à Londres le légendaire scarabée d’or de Nouvelle-Calédonie. Un insecte mythique dont le père de Margery lui a parlé alors qu’elle était enfant… juste avant de se suicider.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À votre avis ? Je reconnais volontiers que le fait que le roman se déroule en Nouvelle-Calédonie est un argument un peu léger… mais il a pesé lourd dans mon choix.

Il est vrai que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de cette auteure, je ne savais pas vraiment par où commencer. Ce sera par la fin donc. Alea jacta est !

Ma Chronique

Que les choses soient claires afin de calmer les ardeurs d’éventuels apprentis cryptozoologues, ça fait plus de quarante ans que je vis en Nouvelle-Calédonie et je n’ai jamais entendu parler (et encore moins croisé) un quelconque scarabée d’or (juste des cafards, des fourmis, des scolopendres et autres joyeusetés à six ou huit pattes… et plus si affinités). M’est d’avis que la bestiole n’existe que dans l’imaginaire de Rachel Joyce (et accessoirement dans celui d’Edgard Alan Poe mais sous d’autres cieux).

Pour une fois je vais commencer par la fin, j’ai adoré la façon dans l’auteure raconte la genèse du roman en ouverture de ses remerciements :

Le jour où j’ai décidé d’écrire un livre sur les scarabées et la Nouvelle-Calédonie, je ne savais rien ni des uns ni de l’autre. Cette ignorance en aurait sans doute dissuadé plus d’un, mais je trouvais que c’était parfait pour commencer.

Et elle avait raison ! Ce bouquin est une totale réussite malgré quelques confusions concernant la Nouvelle-Calédonie, par exemple (liste non exhaustive) :
– le cagou n’est pas blanc mais plutôt gris / bleu,
– l’ilot Maître est une formation coralienne et non rocheuse,
– les hommes ne portent pas de jupes, mais des paréos,
– pas de gros cyclone en janvier 1951,
– pas de perroquets rouges (plutôt des perruches multicolores),
– aucun parcours de golf dans les années 50 (le premier parcours – Dumbéa – sera inauguré en 1980)…
Rien de franchement rédhibitoire pour le bon déroulé de l’intrigue. Mon plus gros doute, que j’ai la flemme de vérifier, concerne la présence d’une communauté britannique à Nouméa (pendant la seconde guerre mondiale, la Nouvelle-Calédonie accueillera de nombreux soldats américains qui en feront un poste avancé – aérien surtout – pour mener la guerre du Pacifique).

Revenons à nos moutons. L’intrigue est portée par deux femmes antinomiques. D’un côté on a Margery, 46 ans, un peu forte, réservée (voire un peu froide) et mal dans sa peau. De l’autre Enid, 26 ans, taille mannequin et totalement exubérante (pour ne pas dire délurée) mais totalement assumée.

Au fil des pages les deux femmes vont apprendre à s’apprécier et même à se compléter, unies par une quête commune. Une cohabitation forcée pas toujours évidente, d’autant que chacune doit composer avec son jardin secret, mais une relation qui les métamorphosera.

Un duo improbable pour une mission (impossible ?) qui l’est tout autant et que résumera fort justement Enid :

On part à l’autre bout du monde à la recherche d’un scarabée qui n’existe peut-être pas, c’est bien ça ?

Dans les faits elles ont autant de chance de croiser la route d’un scarabée d’or dans les environs de Poum que vous n’en avez de rencontrer Nessie dans un lac d’Ecosse ou de tomber sur un bigfoot lors d’une balade en forêt aux Etats-Unis.

N’allez surtout pas croire que le bouquin se limite à suivre les péripéties (nombreuses) de Margery et Enid au cours d’une quête à la Don Quichotte. Rachel Joyce nous propose une intrigue bien plus riche que ne pourraient le laisser supposer les apparences. Toutefois je n’entrerai pas dans les détails afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

L’auteure sait y faire pour nous faire partager les émotions de ses héroïnes, avec elles nous rirons (beaucoup, parfois à leur détriment), nous douterons et nous souffrirons. On passe du rire aux larmes en l’espace de quelques pages, il suffit de peu pour que la situation de deux femmes se transforme en épreuve de survie qui ferait passer Koh Lanta pour un pique-nique en famille.

L’intrigue est sublimée par l’écriture très visuelle de Rachel Joyce, cela permet une immersion rapide et totale pour un voyage dans le temps et dans l’espace (en 1950, rallier Nouméa depuis Londres était un peu plus compliqué que de nos jours… quoique le COVID a légèrement rebattu les cartes).

Finalement ce roman fut une belle découverte qui m’a sorti de ma zone de confort. Aucun regret de m’être laissé tenter (même si l’argument de départ était un peu léger) ; je reviendrai certainement me pencher sur l’univers littéraire de Rachel Joyce.

MON VERDICT

 
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Publié par le 23 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Odile Baltar – Arrête Ton Cirque

AU MENU DU JOUR


Titre : Arrête Ton Cirque !
Auteur : Odile Baltar
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

Laure est aussi égocentrique que son mari, François est tolérant, tellement tolérant qu’il accepte sans broncher les infidélités de son épouse.

Un matin, François annonce à Laure que Pascal, son amant, s’est suicidé. Une nouvelle qui va ébranler Laure au-delà de ce qu’elle soupçonnait.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la couv’ qui, la première, a titillé ma curiosité. Notamment cette mention de prix San Antonio. Vu l’amour de Frédéric Dard pour les mots, ça ne pouvait qu’être de bon augure.

La quatrième de couverture a fini de me convaincre.

Ma Chronique

Odile Baltar est la première lauréate du prix San Antonio, un prix créé par les éditions Fleuve qui récompense un polar inédit de 300 000 signes maximum qui se distingue par la qualité de la langue. La plus grande récompense pour l’auteur(e) étant une diffusion de son texte par l’éditeur.

Le jury ne s’est pas trompé en récompensant Odile Baltar, dès les premières lignes on est sous le charme de son écriture et de sa verve ; c’est que du bonheur de lire une telle prose.

J’avais terminé le vin. J’étais presque joyeuse. Mon amant s’était tranché la gorge et j’étais une salope : on n’allait pas en faire un fromage. Je ne lui avais jamais rien promis, à François ! Le vin me rendait hargneuse, je détestais les suicidés. C’étaient eux, les égocentriques, pas moi.

Il faut dire aussi que sa narratrice (Laure) est une femme à la personnalité très affirmée. Égoïste, égocentrique, égotique, un tantinet déjantée et très infidèle…  Pas franchement l’épouse modèle, et pourtant son mari l’aime à la folie et lui pardonne tous ses écarts.

Pour faire simple on va dire que Laure a une façon très personnelle d’aborder la vie et que les pensées défilent à un rythme débridé dans sa caboche. C’est donc d’une façon toute aussi personnelle qu’elle va faire le deuil de son amant… et se retrouver dans des situations où même elle risque d’être dépassée par les événements.

Le ton est aussi décalé que son héroïne, les mots sont parfois crus mais jamais vulgaires, c’est délicieusement amoral avec une pointe de noir. On se laisse volontiers embarquer par le périple rocambolesque de Laure, on s’en fout si ce n’est pas franchement crédible par moments, l’auteure veut s’amuser et amuser les lecteurs ; et ça fonctionne ! On se vide la tête, les zygomatiques s’affolent. C’est juste jouissif comme lecture.

Je vais volontairement faire l’impasse sur les personnages et les divers éléments de l’intrigue ; je dirai simplement que Odile Baltar nous offre un subtil cocktail de vaudeville / feel-good / noir.

Compte tenu de l’épaisseur du bouquin (moins de 200 pages) et de la qualité de l’écriture, le bouquin s’avale quasiment d’une traite. Cerise sur le gâteau, l’intrigue s’offre même le luxe de surprendre le lecteur avec une ultime révélation.

Pour l’anecdote le manuscrit a concouru pour le prix San Antonio sous le titre Ego-trip-bad-side-fucking-life-for-nothing-bla-bla-bla et était signé Nane. Vingt titres étaient en lice, trois ont été retenus en phase finale. Vous connaissez la suite…

On ne sait pas grand-chose d’Odile Baltar, sinon qu’il s’agit d’un nom de plume, qu’elle est Belge et ne compte pas sortir de l’ombre pour le moment. J’espère sincèrement qu’elle poursuivra l’expérience littéraire, une plume pareille a sûrement encore beaucoup d’histoires à nous raconter.

MON VERDICT

 
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Publié par le 20 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jean-Marc Dhainaut – L’Œil Du Chaos

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Titre : L’Œil Du Chaos
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
242 pages

De quoi ça cause ?

Théo, 17 ans, est passionné de photographie. Dans l’espoir d’obtenir des effets visuels inédits, il bricole un système de prismes et de miroirs sur son objectif.

Si visuellement le résultat n’est pas terrible, une vérité bien plus sinistre s’impose rapidement à lui : ses photos lui renvoient les images de ce qui se passera dans trois semaines. Et les résultats ont de quoi faire froid dans le dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur la section fantastique de leur catalogue.

J’avais déjà en stock plusieurs titres de Jean-Marc Dhainaut, mais tous appartenaient à une même série (Alan Lamblin) ; j’ai profité de la sortie de ce one-shot pour faire d’une pierre deux coups.

Ma Chronique

Si le catalogue des éditions Taurnada est majoritairement un vivier de bons (voire très bons… et plus si affinités) polars et thrillers, il aborde aussi d’autres genres. Ainsi Jean-Marc Dhainaut vient l’enrichir en proposant des romans fantastiques ; ça faisait quelques temps que je voulais découvrir son univers littéraire.

Les théories de l’effondrement (la chute de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui) sont chères aux adeptes de la collapsologie et ont déjà inspiré maints réalisateurs et auteurs. Alors est-ce que L’Œil Du Chaos n’est qu’une énième fin du monde annoncée ?

Au spectaculaire Jean-Marc Dhainaut préfère une approche plus probable. C’est une forte éruption solaire qui provoque une tempête électromagnétique sur notre bleue planète et neutralise l’ensemble des systèmes électriques et électroniques. Pas de bol il a fallu que cela se produise alors que l’Europe est en proie à une canicule sans précédent.

L’avantage majeur de ce scénario c’est que l’effet est immédiat : crashs aériens, accidents en tout genre… ensuite il suffit de laisser le temps au temps (pas longtemps) pour que les plus bas instincts de l’homme ne reprennent le dessus chez certains et viennent accentuer un chaos déjà bien engagé.

L’auteur décrit ensuite un effondrement progressif de la société qui, bien que glaçant à plus d’un titre, est totalement crédible. Globalement on retrouve le même bon sens et la même intelligence dans l’ensemble du roman.

Ainsi, si Jean-Marc Dhainaut ne manque pas de pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres (et d’un peu tout le monde il faut bien se l’avouer), il évite l’écueil d’un militantisme à outrance. Le message passe sans qu’il nous soit répété toutes les deux pages ou servi à toutes les sauces.

L’intrigue est portée par deux personnages qui forcent le respect. Théo est un adolescent qui, à la suite d’un bricolage inventif (mais fort peu probable), a une vision de ce que réserve un avenir proche. Manque de bol ses alertes ne sont pas prises au sérieux par ses amis et sa famille (mettez-vous à leur place aussi… un appareil photo qui photographie le futur ; bin voyons !). Pire, elles vont attirer l’attention des mauvaises personnes.

Le gamin assiste ensuite au meurtre sauvage de ses parents et à la fuite de son petit frère. Lui-même ne doit sa survie qu’à l’intervention de Drazic, un ancien militaire, spécialisé dans les télétransmissions, qui vit en ermite depuis qu’un drame personnel a bouleversé sa vie.

Ensemble ils vont partir à la recherche de Bastien, le frère de Théo, parcourant une nature devenue hostile et évitant, autant que possible, toute mauvaise rencontre.

Un titre qui confirme une tendance affirmée chez Taurnada : ce n’est pas la taille qui compte ! Le roman est court mais tout est dit, et bien dit ! Encore un bouquin que j’ai dévoré quasiment d’une traite. Et encore une belle découverte (et une pépite) inscrite au catalogue d’un éditeur qui n’en finit pas de me surprendre (en bien, vous l’aurez compris).

MON VERDICT

 
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Publié par le 19 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Romain R. Martin – La Dissidence Des Cancrelats

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Titre : La Dissidence Des Cancrelats
Auteur : Romain R. Martin
Éditeur : LBS
Parution : 2020
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Claude et Werther sont des marginaux qui hantent les voies désaffectées de la RATP (même s’ils préfèrent se considérer comme des employés auto-proclamés à la maintenance). C’est tout un microcosme qui vit en autarcie dans les sous-sols parisiens, sous la direction de Magnus, le Haut-Contremaître.

Quand Sorensen et Werther sont agressés en pleine nuit par un collègue déguisé en sage-femme, ils entendent bien obtenir une légitime réparation. S’engage alors une course-poursuite vengeresse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de l’auteur, Vermines (Flamant Noir, 2017), j’espérai retrouver le même ton décalé et le même style d’intrigue complétement déjantée.

Ma Chronique

Ça fait longtemps (tout est relatif) que ce bouquin traine dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique, contrairement à bon nombre (trop ?) de ses pairs, je ne l’ai pourtant jamais totalement perdu de vue.

Dès les premières pages Romain R. Martin donne le ton, pas question pour lui de rentrer dans le moule, ni de respecter scrupuleusement les règles d’un genre littéraire. Ça tombe plutôt bien, c’est exactement ce que j’attendais de lui.

Si la couv’ du roman porte bien la mention thriller, je peux vous assurer que celui-ci ne ressemble à aucun autre. C’est un bouquin totalement inclassable, un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne manquera pas de surprendre les lecteurs.

Déjà le microcosme underground qu’il imagine mérite à lui seul le détour, des marginaux un peu (beaucoup) paumés, plus ou moins organisés en communauté et dirigés d’une main de fer par un « Haut-Contremaître ».

Est-il besoin de vous préciser que dans un décor pareil l’auteur a de quoi s’en donner à cœur joie pour nous proposer des personnages hors du commun ? Et il ne se prive pas de le faire, pour notre plus grand plaisir.

En l’occurrence l’intrigue est portée par quatre personnages. À commencer par Claude et Werther qui forment un couple pour le moins atypique, oubliez les grands romantiques, ici on est plutôt dans le registre du sadomasochisme. Ils partagent leur terrier avec Fausto, leur co-locataire (on apprendra par la suite que la réalité est un tantinet plus complexe). Et bien entendu il faudra aussi compter avec le maître des lieux, Magnus, et son moyen de transport pour le moins inhabituel.

Je reste volontairement dans le vague, qu’il s’agisse de l’organisation de cette improbable communauté underground, ou des personnages. Non que je craigne d’en dire trop (en général j’évite toute forme de spoil), mais simplement pour laisser intact le plaisir de la découverte.

Le roman est divisé en deux parties, la première se déroule presque exclusivement dans les souterrains, la seconde précipite nos cancrelats dans le monde d’en-haut pour un bouquet final des plus détonnant.

Les chapitres, courts et rythmés, assurent une lecture d’une grande fluidité. Du coup on se surprend à dévorer le bouquin quasiment d’une traite. Un récit qui fait un pied-de-nez au politiquement correct et à la morale ; noir, irrévérencieux et amoral, le trio gagnant !

Le ton est à l’image de l’intrigue et des personnages, décalé, déjanté mais totalement assumé. On sent que Romain R. Martin est là pour se faire plaisir, et pour nous faire plaisir. Et ça marche ! Cette lecture fut purement et simplement jouissive.

Pour apprécier pleinement ce bouquin laissez-vous simplement porter par son intrigue ; oubliez la logique, oubliez le possible et même le probable. Bref, oubliez le monde réel et entrez dans celui dans cancrelats.

 MON VERDICT

Petit aparté technique

Depuis le temps vous me connaissez, je suis un maniaque du code. Quand j’ouvre un livre numérique je commence par vérifier si la table des matières est intégrée au bouquin (au besoin je l’ajoute), je vire les classes inutiles et j’aère le code (tout ça via Sigil).

La seconde étape consiste à m’intéresser au code à proprement parler. Du premier coup d’œil on devine un code surchargé (essentiellement du fait de classes redondantes), le nettoyage est un peu plus long et n’apporte pas grand-chose (pour ne pas dire que dalle) concrètement. Il n’en reste pas moins que, une fois l’epub retravaillé, la feuille de styles passe de 702 à 262 lignes.

 
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Publié par le 17 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Alan Moore & Dave Gibbons – Watchmen

AU MENU DU JOUR


Titre : Watchmen
Scénario : Alan Moore
Dessin : Dave Gibbonx
Éditions : Urban Comics / DC Comics
Parution : Delcourt (1998) / Urban Comics (2012)
Origine : États-Unis (1986)
464 pages

De quoi ça cause ?

Quand le Comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête. Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire. Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Ma Chronique

J’avais lu il y a quelques années ce roman graphique signé Alan Moore et Dave Gibbons, cette nouvelle édition (intégrale des 12 épisodes suivie d’une cinquantaine de pages de bonus sur la genèse de Watchmen et ses personnages) est l’occasion de redécouvrir l’incroyable richesse de ce récit.

Initialement diffusé aux États-Unis au rythme d’un épisode mensuel entre septembre 1986 et octobre 1987 pour DC Comics, le public français devra attendre 1992 pour découvrir la série proposée en 6 tomes par les éditions Zenda. Toutefois ce sont les éditions Delcourt et leur édition intégrale proposée en 1998 qui lancera vraiment le phénomène Watchmen en France.

Jamais le terme roman graphique n’aura été aussi approprié, Watchmen est bien plus qu’une BD améliorée. Déjà par l’épaisseur de la chose (plus de 460 pages et plus d’un kilo six… bien que possédant la version papier je me suis rabattu sur une édition numérique en haute définition).  Mais c’est surtout la richesse et la densité de l’intrigue qui place Watchmen et le scénario imaginé par Alan Moore à la hauteur de meilleurs romans d’anticipation.

Alan Moore voulait proposer une histoire du super-héros qui se détache de l’univers de DC Comics et qui offrirait une approche totalement inédite. Un pari qu’il remporte haut la main et qui lui laisse une totale liberté d’action dans « son » monde.

C’est dans notre monde qu’il situe son intrigue, mais un monde revisité par une approche à la fois uchronique et dystopique. L’intrigue débute en 1985 aux États-Unis – les USA ont gagné la guerre du Vietnam, le président Nixon a modifié la constitution afin de pouvoir se faire réélire encore et encore –, les tensions avec la Russie sont à leur apogée, à tel point que le monde est aux portes d’un conflit nucléaire.

Une loi votée en 1977 interdit l’action des justiciers masqués. Seuls deux d’entre eux continuent malgré tout d’œuvrer. Le Comédien officie pour le compte du gouvernement, tandis que Rorschach agit dans l’ombre, en totale illégalité. Les autres ont rangé leurs costumes, plus ou moins désabusés.

Ladite loi ne s’applique pas à Dr Manhattan, le seul véritable super-héros du roman aux pouvoirs quasiment illimités. Il faut dire que Dr Manhattan fait partie intégrante de la force de dissuasion face à la menace soviétique.

Alan Moore revisite le mythe du justicier en y incorporant une grosse dose d’humanité. Ses personnages sont tourmentés (pour ne pas dire torturés pour certains), ils doutent et se remettent en question (la légitimité de leur action… ou de leur inaction), ils éprouvent des sentiments 100% humains et les assument à 100%.

Pour l’anecdote, au départ Alan Moore souhaitait utiliser des personnages créés dans les années soixante par Charlton Comics. Pour des questions de droits il renoncera à son idée, se contentant de s’inspirer des personnages de Charlton pour créer les siens.

L’intrigue va donc s’articuler autour de l’enquête de Rorschach et consorts, mais aussi sur l’étendue progressive de la situation internationale qui devient de plus en plus explosive. De nombreux flashbacks viendront mettre ne lumière le passé des personnages. Ajoutez à cela une histoire de pirates qu’un jeune lit devant le kiosque d’un marchand de journaux. Histoire dessinée par un graphiste porté disparu depuis quelques années, comme d’autres figures majeures du monde culturel.

Vu comme ça c’est clair que ça peut paraître un peu décousu, et parfois ça le sera à la lecture, mais soyez assuré que Alan Moore n’a rien laissé au hasard. De même aucun élément de son intrigue n’est là pour combler un vide, chaque est à s place, là où il faut, quand il le faut.

Chacun des douze chapitres se termine par quelques pages de bonus (extraits du journal de Rorschach, coupures de presses, notes diverses…) qui viennent encore étoffer le contexte ou les personnages.

Le dessin de Dave Gibbons sert parfaitement le scénario imaginé par Alan Moore, le trait est fin et précis, il joue habilement avec la luminosité et les contrastes.

Cerise sur le gâteau, Urban Comics a renoué avec la traduction originale de Jean-Patrick Manchette. En effet depuis 2007 la traduction avait été révisée à la demande de Panini… Un choix plus que discutable à en juger par la réaction de nombreux fans. Ne connaissant que la version de Jean-Patrick Manchette, je ne me prononcerai pas sur le sujet, mais je peux tout de même affirmer que le texte est un régal à lire.

Après plus de 400 pages on pourrait être tenté de parcourir en diagonale les bonus inédits proposés par cette intégrale ; ça n’a pas été mon cas et je n’ai aucun regret, c’est presque aussi captivant de découvrir la genèse du projet et de ses personnages que de lire le bouquin.

Watchmen reste une œuvre culte totalement intemporelle. Je ne mentirai pas en vous disant que j’ai encore plus apprécié ce bouquin à l’occasion de cette redécouverte que lors de ma première lecture, question de maturité sans doute… Un must have pour tout amateur d’anticipation, je suis convaincu que ce bouquin saura convaincre même les plus réticents face à un support graphique.

MON VERDICT

Coup double

PS : vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai décidé de relire ce bouquin alors que mon Stock à Lire Numérique déborde de toutes parts (si vous vous en foutez comme de l’an mil, je ne vous en voudrais pas).
D’une part parce qu’on m’a offert cette intégrale Urban Comics et que je m’étais promis de relire Watchmen pour en proposer une chronique à la hauteur de ce qu’il est (tout en restant le modeste rédacteur / blogueur que je suis).
D’autre part parce que je me suis offert Doomsday Clock, un roman graphique édité par Urban Comics qui fait le pari audacieux de combiner les univers de Watchmen et ceux des classiques de DC Comics (Superman, Batman…).

 
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Publié par le 16 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jeff Jackson – Live !

AU MENU DU JOUR


Titre : Live !
Auteur : Jeff Jackson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis doivent faire face à une déferlante d’attaques meurtrières prenant pour cible des formations musicales lors de leurs prestations en public. Aucun fil rouge ne permet de relier les cibles ou les assaillants.

La ville d’Arcadia ne sera pas épargnée par cette vague criminelle, Shaun, un jeune guitariste et chanteur, est abattu alors qu’il se produisait avec son groupe. Pour ses proches, et pour toute la ville d’Arcadia, plus rien ne sera jamais comme avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une fois n’est pas coutume, c’est le visuel qui a, le premier, titillé ma curiosité. Cette couv’ façon d’un album vinyle m’a tapé dans l’oeil.

La quatrième de couv’ a enfoncé le clou en traitant cette vague de crime comme une « épidémie » ; voilà qui s’annonce prometteur.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au même titre que la lecture, la musique fait partie intégrante de mon quotidien, comme vous le savez peut-être je suis très éclectique en la matière,et toujours avide de découvrir des artistes que je ne connaissais pas (qui ne sont pas nécessairement de nouveaux talents), voire même d’élargir mon horizon musical.

Dans mon univers musical, le rock occupe une place centrale, du coup j’attendais énormément d’un bouquin qui se veut une ode à la musique en général et au rock en particulier… trop peut-être.

Force est toutefois de reconnaître que le roman de Jeff Jackson est des plus originaux, à ce niveau on pourrait même parler d’expérimental (un peu comme les premiers albums des Pink Floyd).

Sur la forme, outre le visuel très réussi de la couv’, le bouquin se divise en deux faces, la première étant deux fois plus longue que la seconde. La Face A, Ma période sombre, s’ouvre sur la rencontre (et le coup de foudre) de Shaun et Xenie. Quand Shaun est abattu, on va suivre le parcours de trois de ses proches, à commencer par Xénie, puis Florian et Eddie, deux amis de Shaun.

La Face B, Kill City, s’ouvre sur diverses scènes de massacre de musiciens, avant de nous raconter une version radicalement différente des événements d’Arcadia. C’est un peu déconcertant, pour ne pas dire franchement troublant.

J’ai trouvé vraiment intéressante tout ce qui tournait autour de la vie d’un groupe de rock amateur qui essaie de percer. La recherche de l’inspiration pour produire LA chanson qui attirera l’attention des bonnes personnes sur le groupe, les répétitions et l’ambiance des concerts (vu du public, ou de la scène).

Par contre j’ai eu beaucoup plus de mal à adhérer aux errances des personnages et de leur être qui transpire dans chacun de leurs mots ou de leurs actes. Non seulement ça n’apporte strictement rien au récit, mais ça en deviendrait presque déprimant à la longue.

Mais le plus gros reproche que je pourrai faire au bouquin et à Jeff Jackson, c’est d’être complètement passé à côté du coeur de son intrigue. Hormis quelques chapitres décrivant des attaques contre les musiciens, il n’y a ni enquête ni développement autour du pourquoi du comment de cette vague de crimes.

C’est donc très mitigé que je referme ce bouquin. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en le lisant, mais je n’ai clairement pas eu l’étincelle que j’espérais.

MON VERDICT

 
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Publié par le 14 août 2021 dans Bouquins

 

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