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[BOUQUINS] Gabino Iglesias – Les Lamentations Du Coyote

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Lamentations Du Coyote
Auteur : Gabino Iglesias
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
224 pages

De quoi ça cause ?

La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C’est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et Gabino Iglesias ; son précédent roman, Santa Muerte, m’avait totalement emballé.

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec son précédent – et premier – roman, Santa Muerte, Gabino Iglesias revendiquait l’invention – excusez du peu – d’un nouveau genre littéraire : le barrio noir. De la violence totalement assumée, mais tempérée par un ton décalé, le tout généreusement saupoudré de mysticisme, mais aussi et surtout un fond de multiculturalisme hispano-américain pour  lier l’ensemble.

Un cocktail explosif qui a été d’une redoutable efficacité avec Santa Muerte, autant dire que j’avais hâte de retrouver tous ces ingrédients en me plongeant dans Les Lamentations Du Coyote.

Sur ce point je n’ai pas été déçu, tous les ingrédients sont bel et bien présents pour assembler un barrio noir à la hauteur des exigences de l’auteur / fondateur du genre… mais, parce qu’il y a un mais, et même plusieurs.

Mon plus gros bémol tient d’abord dans la forme. Plutôt que de proposer un roman avec une intrigue plus ou moins complexe, Gabiano Iglesias opte pour six arcs narratifs (dans l’ordre d’apparition : Perdrito, La Mère, Le Coyote, Jaime, Alma et La Bruja) qui, à l’exception des chemins de Perdrito et du Coyote qui se croiseront, ne sont liés par aucun fil rouge (hormis la fameuse frontera mais ça ne suffit pas à créer un tout cohérent).

Peut-être que si l’auteur avait opté pour un recueil de nouvelles la sauce aurait mieux pris, passer de l’un à l’autre des récits au fil des chapitres ne présente pas grand intérêt à mon goût.

Force est aussi de reconnaître que seuls les récits de Perdrito et du Coyote m’ont réellement convaincu ; en étoffant un peu il y avait même matière à faire un roman à part entière.

Le parcours de Jaime pourrait se résumer à trois petits tours et puis s’en va ; une histoire sans réelle surprise qui n’apporte pas grand-chose (voire strictement rien) à l’ensemble.

Les récits consacrés à La Mère et à La Bruja optent clairement pour une approche placée sous l’angle du fantastique, mais pêchent tous les deux par leur superficialité excessive. C’est d’autant plus dommage que dans les deux cas il y avait un fort potentiel.

Enfin j’ai trouvée toute la partie consacrée à Alma trop décousue, c’est certes le texte le plus engagé du roman, mais le message est noyé dans un excès de zèle qui est plus nuisible qu’autre chose.

Sur le fond aussi je n’ai pas été emballé outre mesure. Je n’ai pas retrouvé le côté décalé qui m’avait tant séduit dans Santa Muerte. Plus globalement j’ai trouvé que l’ensemble des ingrédients était mal dosé (trop de mysticisme notamment)… ça m’a fait l’effet d’un cocktail mal maîtrisé, un peu comme un mojito dont le rhum aurait été complètement noyé sous l’eau gazeuse.

Bref c’est un peu déçu que je referme ce bouquin… peut-être que j’en attendais trop. Ceci dit je mentirai si je disais que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, disons que contrairement à Santa Muerte je ne lui reprocherai pas son nombre de pages… au contraire ! En l’état il se lit vite, ça tempère la déception.

 MON VERDICT

 
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Publié par le 17 avril 2021 dans Trucs en vrac

 

[BOUQUINS] Christophe Royer – Une Arête Dans La Gorge

AU MENU DU JOUR


Titre : Une Arête Dans La Gorge
Série : Nathalie Lesage – Tome 2
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Après dix-huit mois d’exil volontaire en Irlande à la suite d’une enquête particulièrement éprouvante, le commandant Nathalie Lesage réintègre les forces de police. Exit Paris et la BRP (Brigade de Répression du Proxénétisme), c’est au sein de la Brigade Criminelle de Lyon qu’elle officiera désormais.

Une arrivée impromptue qui n’enchante pas vraiment sa supérieure, la commissaire Clément qui lui affecte un rôle de conseiller / superviseur et un jeune lieutenant, Cyrille Savage, pour l’assister.

Pas le temps de ruminer sa colère, Lesage et son binôme sont appelés sur la scène d’un crime d’une extrême brutalité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais de découvrir un nouveau titre de leur catalogue déjà riche en pépites de qualité.

Parce que j’avais été emballé par la précédente enquête de Nathalie Lesage, Lésions Intimes. J’avais promis d’être au rendez-vous pour la suite, parole tenue !

Ma Chronique

Je remercie mes éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’ai découvert Christophe Royer à l’occasion de son précédent roman, Lésions Intimes, qui est aussi la première enquête (littéraire en tout cas) de Nathalie Lesage. Pour une première incursion dans le monde du thriller, j’ai trouvé qu’il tirait fort bien son épingle du jeu. Cerise sur le gâteau, il nous donnait rendez-vous pour une prochaine enquête de Nathalie Lesage.

Promesse tenue avec Une Arête Dans La Gorge, il était inévitable que je respecte moi aussi mon engagement d’être au rendez-vous pour cette nouvelle enquête. Une nouvelle enquête qui redistribue les cartes puisque Nathalie Lesage change non seulement de service (du Proxénétisme, elle passe à la Crim’) mais aussi de ville en quittant Paris pour Lyon.

Qui dit nouvel environnement, dit nouvelles rencontres ; à commencer par son entourage professionnel. Sa nouvelle boss, la commissaire Clément, apprécie très moyennement l’arrivée surprise du commandant Lesage… et elle ne manquera pas de le lui faire savoir.  Heureusement les relations avec son jeune adjoint seront nettement plus apaisées.

Le fort tempérament et l’impétuosité de Nathalie Lesage n’ont pas été altérés son exil volontaire. Elle est bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple conseillère mais aussi à gagner le respect des équipes avec qui elle va devoir travailler.

Christophe Royer soigne ses personnages et les liens / relations qui vont se nouer entre eux et évoluer au fil des chapitres (pour le meilleur… et pour le pire). De la même manière il tisse une intrigue qui va rapidement s’avérer addictive (surtout dans la première partie du récit).

Un roman globalement bien ficelé auquel je reprocherai toutefois un manque d’adrénaline. Mon plus gros reproche reste la prévisibilité d’un élément clé du récit, jusqu’à la fin j’ai espéré me tromper tellement ça sautait aux yeux (à tel point que ça en devenait presque insultant pour l’intelligence du lecteur).

Je ne m’attarderai pas sur ce dernier point, non parce qu’il n’y a rien à en dire (au contraire) mais pour éviter tout spoiler susceptible de gâcher le plaisir des futurs lecteurs.

Si cette prévisibilité gâche une partie de l’enquête policière, je dois toutefois avouer que je n’avais rien vu venir concernant l’ultime révélation du roman.

Je ne connais pas la ville de Lyon (et je doute fort de la connaître un jour) mais j’ai été fasciné par l’histoire de son imposant réseau souterrain (surnommé les « arêtes de poisson » en raison de sa forme unique). Une histoire qui n’a d’ailleurs pas encore révélé tous ses secrets… de quoi faire le plaisir des cataphiles (explorateurs des galeries souterraines) de la région… et plus si affinités (et pas de crise sanitaire accessoirement).

Cet aspect du récit, associé à la thématique autour de la franc-maçonnerie, me ferait presque oublier cette maudite prévisibilité d’une partie de l’intrigue. Presque… je ne peux décemment pas en faire abstraction au moment de noter ce roman (même si cela n’engage que moi). Ma sentence est irrévocable !

MON VERDICT

 
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Publié par le 14 avril 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Christophe Misraki – La Prophétie De L’Arbre

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie De L’Arbre
Série : Trilogie PanDaemon
Auteur : Christophe Misraki
Éditeur : Fleuve
Parution : 2021
Origine : France
608 pages

De quoi ça cause ?

L’assassinat de Sarah Portor, héritière légitime de la couronne d’Erceph, pourrait bien menacer le fragile équilibre et la paix qui règnent sur Porminide depuis la fin du Conflit Originel et la victoire des humains.

Dans les profondeurs de PanDaemon les forces du mal unissent en effet leurs forces et se préparent à une offensive massive et coordonnée contre les humains…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les écrivains français qui s’essayent à la fantasy ne sont pas légion, j’étais donc curieux de découvrir l’univers de Christophe Misraki.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Force est de reconnaître que Christophe Misraki tire plutôt bien son épingle du jeu en s’aventurant, pour un premier roman (et accessoirement le premier tome d’une trilogie annoncée), sur le terrain de la fantasy.

Sans révolutionner le genre (et je doute que telle eut été l’intention de l’auteur), il décrit un univers de style heroic-fantasy bien pensé et suffisamment complexe pour nous réserver encore bien des surprises. Un monde où les relations entre les peuples occupent une place centrale, entre alliances, complots, trahisons et tutti quanti. Un monde dans lequel les enjeux politiques et religieux se côtoient… pas toujours en totale harmonie ! Mais plutôt selon les intérêts des uns ou des autres. Un monde dans lequel les forces magiques, à travers un système fort original et fort bien développé, peuvent faire pencher la balance en faveur de ceux qui sauront en maîtriser les arcanes. Un monde peuplé d’un large éventail de créatures, dont certaines encore à découvrir, qui devront choisir leur camp dans le conflit qui se prépare (les alliances ne sont pas aussi simplistes qu’une banale opposition entre humains et non-humains).

L’organisation (politique et religieuse) des provinces humaines de Porminide repose sur d’obscures prophéties rédigées dans un style plus que nébuleux et donc sujettes à interprétation… entre les autorités politiques (notamment Eden Portor, suzerain d’Erceph) et les autorités religieuses (représentées par les Obédiences),l’interprétation de ces textes peut varier du tout au tout.

Le pouvoir et le titre de suzerain du Comté se transmet de père en fils à l’occasion du vingt-troisième anniversaire de ce dernier. Il se matérialise par le transfert d’une « Entité » qui quitte le cœur de l’ancien suzerain pour prendre place dans celui de son successeur. Sauf que chez les Portor il n’y a pas de fils, juste deux filles, et c’est donc Sarah, l’ainée, qui aurait dû hériter du titre de suzerain et de la fameuse « Entité ».

Et c’est bien là que le bât blesse car ces fameuses (fumeuses) prophéties font état de la fin d’une ère en cas de transmission de l’Entité à une femme. Ce que les Obédiences ont interprété comme signe annonciateur d’une malédiction susceptible de rompre l’équilibre qui assure la paix en Porminide. D’où leur décision d’imposer à Sarah Portor une épreuve au cours de laquelle elle devra prouver sa valeur… sauf que les choses ne se passeront pas exactement comme prévues (à moins que ?), Sarah sera tuée lors de cette épreuve et ses assassins lui arracheront le cœur; réceptacle de l’Entité, avant de prendre la fuite.

Un tel univers, s’il veut tenir la route, ne se met pas en place en quelques pages. Christophe Misraki n’est pas avare en matière de renseignements sur le monde qu’il a imaginé. Ce qui explique (en partie) le temps qu’il m’a fallu pour venir à bout du présent bouquin. En fin de roman l’auteur intègre un lexique qui situe le contexte et les acteurs de son intrigue ; un bonus appréciable qui aurait été, selon moi, plus pertinent en début de roman (avant la carte du monde par exemple) afin de pouvoir s’y référer en cas de questionnement ou de doute quant au rôle ou à la position de tel ou tel intervenant.

Au fil du récit on alterne les points de vue des différents (et nombreux) acteurs de l’intrigue. Je ne vais vous faire une synthèse des forces en présence ni de leur rôle (présent ou à venir, clairement défini ou encore à préciser), d’une part parce que l’auteur s’acquitte fort bien de la tâche dans ce fameux lexique, mais aussi, et je l’avoue sans la moindre honte, par flemme.

Malgré une réelle complexité, l’immersion en Porminide est totale. On s’attache facilement aux personnages, même certains « méchants » trouvent parfois grâce à nos yeux. L’intrigue est très prenante malgré quelques longueurs parfois (le temps de préciser certains éléments du contexte). Il n’en reste pas moins qu’en refermant ce premier tome on a clairement l’impression qu’il fait office de mise en bouche… ce n’est que dans les tomes suivants que les choses trouveront leur rythme de croisière.

Alors que les choses semblaient suivre une voie toute tracée, la dernière partie du roman ouvre de nouvelles perspectives à l’intrigue et aux personnages. Il faut bien avouer qu’un tel revirement de situation est plutôt déconcertant… d’un autre côté c’est la fin de ce premier tome qui explique le titre et la couverture du bouquin.

Ça n’en reste pas moins une mise en bouche alléchante. En espérant que Christophe Misraki ne se la joue pas G.R.R. Martin en nous faisant languir plusieurs années entre chaque tome !

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 avril 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Marc Levy – Le Crépuscule Des Fauves

AU MENU DU JOUR

M. Levy - Le crépuscule des fauves

Titre : Le Crépuscule Des Fauves
Série : Groupe 9 – Tome 2
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : France
388 pages

De quoi ça cause ?

Maintenant que le Groupe 9 a identifié ses cibles, il est temps pour eux de passer à l’attaque. Mais pour frapper au plus juste les hackers doivent découvrir la nature des liens qui unissent les « Fauves » et quels sont leurs sombres projets…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Déjà parce que c’est Marc Levy et que sa première incursion dans le techno-thriller s’est avérée des plus concluantes. Il me tardait de retrouver le Groupe 9 face à leurs puissants adversaires.

Ma Chronique

Sans surprise le roman commence là où s’arrêtait le tome précédent, C’Est Arrivé La Nuit, pour la première fois le Groupe 9 est réuni à Kiev, au manoir des frères Vital et Malik afin de préparer leur riposte au scandale de l’insuline.

Les 9 enfin réunis ? Pas tout à fait… Maya, toujours en mission en Turquie et injoignable, manque à l’appel. De même que le neuvième membre du groupe, dont l’identité demeure inconnue aux lecteurs comme aux autres membres des 9.

Pour construire son intrigue, Marc Levy s’inspire de faits réels (avérés ou fortement présumés), mais cette fois il va plus loin en imaginant ce que pourrait donner une forme de coalition de toutes ces menaces vers un objectif commun. Le plus glaçant dans ce scénario empirique est incontestablement le fait qu’il pourrait devenir une réalité ; heureusement nos « Fauves » IRL sont trop égocentrés sur leur profit et/ou pouvoir personnel pour envisager de partager le gâteau.

Ladite intrigue se divise en deux arcs narratifs. D’un côté les 7 parmi les neuf peaufinent, seuls, en binôme ou tous ensembles, leur stratégie contre les « Fauves ». De l’autre Maya est toujours en Turquie, déterminée à retrouver une jeune réfugiée syrienne… mais elle n’est pas la seule à vouloir mettre la main sur la gamine.

Il va sans dire que ces deux arcs narratifs finiront par se rejoindre… pour le plus grand bonheur des 9 ! Cette intrigue turque est l’occasion pour Marc Levy de pointer du doigt la situation difficile des réfugiés syriens.

Un conflit syrien qui n’en finit pas de s’éterniser dans l’indifférence générale… pas forcément parce que l’Occident préfère se fermer les yeux ou détourner le regard ; la réalité des faits est plus complexe. Incontestablement Bachar Al-Assad est une ordure de la pire espèce, de fait le combat des opposants syriens partait d’une cause noble et d’intentions louables… jusqu’à ce que leur combat soit détourné par les djihadistes. Renverser le régime Al-Assad pour instaurer une république (?) islamiste à sa place… on peut comprendre que les soutiens à la cause rebelle ne se bousculent pas au portillon.

Pour en revenir au bouquin à proprement parler, l’auteur nous propose une intrigue totalement addictive qu’il mène tambour battant sans toutefois négliger de semer, çà et là, quelques touches d’humour bienvenues.

Le roman se dévore d’une traite et c’est à regret que l’on quitte le Groupe 9 au moment de le refermer. Il faudra toutefois s’armer de patience avant la parution du troisième (et dernier ?) tome de la série.

MON VERDICT

 
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Publié par le 20 mars 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Allie Reynolds – Hors-Piste

AU MENU DU JOUR

A. Reynolds - Hors piste
Titre : Hors-Piste
Auteur : Allie Reynolds
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2021
Origine : Grande-Bretagne
464 pages

De quoi ça cause ?

Cinq amis, anciens snowboardeurs de haut niveau, se retrouvent, après dix ans sans se voir, le temps d’un week-end dans un refuge des Hautes-Alpes.

Ce même refuge où, dix ans plus tôt, un double drame a frappé le petit groupe. Une de leurs amies, Camille, s’est retrouvée tétraplégique suite à une mauvaise chute, une autre, Saskia, a mystérieusement disparu.

Très vite ces retrouvailles vont se transformer en piège, mais qui tire les ficelles ? Et pourquoi ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que l’idée d’un huis clos en plein air (oui je sais, c’est paradoxal) me plaisait bien. J’ai trouvé que le pitch aurait pu inspirer Agatha Christie, du coup il me tardait de voir si Allie Reynolds serait à la hauteur de son illustre ainée.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galle pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il n’est nul besoin d’être un fan de snowboard pour apprécier ce roman. Les quelques termes techniques propres à la discipline sont expliqués dans un glossaire au début du bouquin, mais là encore s’y reporter ne s’impose pas.

Si Allie Reynolds a mis ce sport à l’honneur à l’occasion de son premier roman, c’est sans doute une forme d’hommage à ses années de pratique à haut niveau de cette discipline (elle a été dans le top 10 anglais des snowboardeurs freestyle). Changement de décor depuis quelques années pour l’auteure, puisqu’elle pratique désormais le surf en Australie, quand elle ne se consacre pas à l’écriture.

Direction les Alpes française, dans un refuge de haute montagne, fermé, car on est hors saison. Un endroit rêvé pour des retrouvailles entre cinq amis qui se sont perdus de vue depuis plus de dix ans.

Sauf que les retrouvailles ne vont pas vraiment être sous le signe de la bonne humeur et de la convivialité. Qui les a invités ? Et pourquoi ? La tension montera encore d’un cran que leurs téléphones portables et ordinateurs disparaîtront, ils sont désormais coupés du monde. Et ce n’est que le début d’une machination visant à les monter les uns contre les autres. Mais qui tire les ficelles exactement ? Et quelles sont ses intentions ?

Les chapitres alternent entre les événements présents et ceux survenus dix ans plus tôt au même endroit. Ces mêmes amis étaient alors en lice pour une compétition de snowboard, si certains abordaient les épreuves dans un bon esprit sportif, d’autres étaient prêts à tout pour se hisser sur la plus haute marche du podium. C’était notamment le cas de Saskia, qui a mystérieusement disparu le jour de la plus importante épreuve de la compétition… et a été depuis déclarée morte.

En général j’essaye, autant que possible, d’en dire le moins possible sur l’intrigue lorsque je chronique un bouquin. Mais présentement il m’a semblé impossible de faire autrement, à moins de rester dans le vague et de proposer une dizaine de lignes pas franchement argumentées.

Les chapitres alternent entre le présent les souvenirs des événements survenus dix ans plus tôt. De nos jours on assiste inexorablement à une montée en puissance de l’intrigue alors que les tensions, les questions et les soupçons se multiplieront au sein du groupe. Les flash-back nous replongent dix ans plus tôt, les choses démarrent plutôt bon enfant avant de se dégrader progressivement pour s’achever en apothéose avec la disparition de Saskia.

Le récit est à la première personne, c’est Milla Anderson, l’une des protagonistes, mais aussi et surtout l’une des principales « victimes » des coups fourrés (et foireux) de Saskia, qui nous fait partager son expérience (présente et passée).

Allie Reynolds prend un malin plaisir à tourmenter ses personnages et à les égarer sur de fausses pistes.  Il en va de même pour le lecteur qui aura bien du mal à démêler le vrai du faux au fil des revirements de situation, tout comme il lui sera difficile de savoir à quels personnages se fier.

Les personnages sont soignés tant dans leur personnalité que dans leur vécu et leurs réactions. Je ne m’étalerai pas sur chacun d’entre eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.  Une certitude s’impose toutefois rapidement, Saskia était une sacrée garce, tous et toutes auraient eu au moins une bonne raison de la faire disparaître… et j’aurai bien du mal à les en blâmer !

Pour un premier roman, l’auteure n’a pas à rougir du résultat. Elle signe en effet un thriller des plus convaincants, sans bouleverser les règles du genre, elle les maîtrise et sait en jouer pour tenir le lecteur en haleine.

MON VERDICT

 
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Publié par le 14 mars 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Hervé Le Corre – Traverser La Nuit

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H. Le Corre - Traverser la nuit
Titre : Traverser La Nuit
Auteur : Hervé Le Corre
Éditeur : Rivages
Parution : 2021
Origine : France
317 pages

De quoi ça cause ?

Louise élève seule son jeune fils. En plus d’un quotidien pas toujours facile, elle doit composer avec un ex qui revient régulièrement à la charge et la tabasse tout aussi régulièrement.

Jourdan est chef de groupe à la PJ de Bordeaux. Avec son équipe ils enquêtent sur le meurtre d’une jeune prostituée.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que l’écriture d’Hervé Le Corre m’avait séduit à la lecture de Prendre Les Chiens Pour Des Loups, au point de presque faire oublier une intrigue bien monotone… Je voulais voir si cette fois l’intrigue serait à la hauteur du style.

Ma Chronique

En lisant Prendre Les Chiens Pour Des Loups j’avais été littéralement subjugué par la qualité de l’écriture de Hervé Le Corre, un véritable régal pour les yeux et l’esprit. Il rendrait presque la noirceur de son récit poétique… et surtout on en viendrait à oublier que l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard.

Avec Traverser La Nuit j’ai retrouvé cette écriture magnifique mais cette fois elle venait sublimer une réelle intrigue portée par trois personnages « forts ».

Il y a Louise qui élève seule son jeune fils et gagne tant bien mal sa vie en travaillant comme aide à domicile. Son cauchemar s’appelle Lucas, un ex qui revient régulièrement à la charge et qui lui cogne dessus tout aussi régulièrement. Outre son fils, elle trouve un semblant de réconfort en compagnie de son amie Naïma.

Il y a Jourdan, commandant à la PJ, désabusé par la folie des hommes et les scènes de crime. Prisonnier de lui-même, il regarde sa vie personnelle partir à vau-l’eau, incapable de communiquer avec sa femme et sa fille.

Puis il y a Christian, marqué par une courte expérience militaire et une mère toxique, depuis il assassine des femmes pour exprimer son mal-être dans la violence. Chaque fois il s’acharne sur ses victimes qu’il poignarde à de nombreuses reprises.

Hervé le Corre sait y faire pour décortiquer les méandres de l’esprit de ses héros. Il sait mettre les mots justes sur leurs douleurs et leurs tourments, des mots crus, sans fausse compassion. Des mots qui nous prennent aux tripes.

Trois personnages pour deux arcs narratifs distincts, avec les déboires de Louise d’un côté et l’enquête de Jourdan et son groupe de l’autre. Deux axes qui finiront par se rencontrer, pour le meilleur et pour le pire.

À l’image de ses personnages et de la nuit – omniprésente au fil des pages –, l’intrigue est fortement teintée de noire. Une intrigue qui grimpe progressivement en intensité jusqu’à un final qui m’a laissé sur le cul (je n’ai rien vu venir).

L’auteur porte un regard sans concession sur les dérives de notre société… Celle d’avant la crise sanitaire. Celle des grèves, des manifestions, du ras-le-bol généralisé.  Ces dérives qui ont donné naissance au mouvement des gilets jaunes, une juste mobilisation à la base, avant de sombrer dans le grand portnawak.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 5 mars 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Olivier Merle – Dans L’Ombre Du Loup

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O. Merle - Dans l'ombre du loup
Titre : Dans L’Ombre Du Loup
Auteur : Olivier Merle
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
540 pages

De quoi ça cause ?

Quand M. Kerdegat, un notable de la ville de Rennes, s’adresse à la police pour se plaindre d’appels et de lettres anonymes, c’est le commandant Hubert Grimm qui le reçoit avec pour consigne de ne pas faire de vagues.

Même si Grimm, récemment muté à Rennes, considère que l’affaire est plutôt banale, il va mobiliser son équipe pour mener une enquête rigoureuse. Il va rapidement comprendre que Kerdegat, en plus d’être un individu méprisable, a bien des secrets à cacher aux enquêteurs…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant tout par curiosité, la quatrième de couv’ nous promettant une rencontre avec « un flic pas comme les autres ».

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quelques mots sur l’auteur avant d’entrer dans le vif du sujet. Olivier Merle est le fils du romancier Robert Merle, connu pour ses romans historiques (on lui doit notamment la série Fortune de France). Après quelques titres en littérature jeunesse et quelques romans historiques, Olivier Merle signe son premier thriller avec Dans L’Ombre Du Loup.

J’ai pris l’habitude de ne pas prendre pour argent comptant les annonces (promesses ?) des bandeaux et quatrième de couv’, force est toutefois de constater qu’en l’occurrence Hubert Grimm est vraiment « un flic pas comme les autres ». Ce n’est pas tant par ses méthodes qu’il sort de l’ordinaire (au contraire, malgré un caractère affirmé il a tendance à respecter – plus ou moins – les procédures), mais plutôt par sa personnalité tourmentée.

Outre le fait d’avoir du mal à se remettre d’une histoire d’amour compliquée (comme on dit sur la fesse du bouc), il est surtout climato-dépressif au plus haut degré… à ce niveau on pourrait même parler de collapsophobie tant ça vire à l’obsession chez lui. Genre de gars tu bouffes une côte de bœuf à côté de lui, il t’explique ne long en large et en travers les multiples impacts environnementaux de la consommation de viande… bref au bout de 30 secondes tu n’as qu’envie, lui enfoncer la gueule dans son tofu pour qu’il s’étouffe avec (oui, je suis un carnivore revendiqué et assumé) !

Malgré sa barbaquophobie le personnage est intéressant et attachant. Il peut aussi compter sur le soutien de son équipe. Trois flics ayant chacun leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses. Une équipe qui se complète parfaitement aussi bien sur le terrain que dans les tâches administratives.

L’enquête ne démarre pas forcément tambour battant, il faut que les choses se mettent en place et que Grimm et son équipe explorent les différentes pistes et les divers indices. Peu à peu les choses vont s’accélérer, d’autant que l’affaire va se compliquer avec la découverte d’un corps découpé déposé devant chez Kerdegat.

L’intrigue à proprement parler est plutôt bien menée, même si parfois j’ai trouvé que l’équipe tirait des conclusions un peu hâtives ou séchait sur des éléments plutôt évidents… il n’en reste pas moins que ce roman vous réservera quelques belles surprises et quelques revirements pour le moins inattendus.

L’écriture et le style d’Olivier Merle permettent une lecture fluide. Pour sa première incursion dans le monde du polar, l’auteur n’a pas à rougir du résultat. Certes ce n’est pas parfait, mais le roman n’en reste pas moins convaincant et efficace.

MON VERDICT
 

Morceau choisi

Au niveau des gouvernants, nous sommes entrés dans une nouvelle période : celle de l’homme-à-grosses-couilles. L’homme-à-grosses-couilles prend le pouvoir un peu partout sur la planète.
[…]
Ils débarquent en nombre, on ne voit plus qu’eux : Trump, Poutine, Xi Jinping, Bolsonaro, Erdogan, Salvini, Orban, etc., etc., etc., je pourrais les citer tous, mais on y serait encore demain matin ! L’homme-à-grosse-couilles est là ! Or, l’homme-à-grosses-couilles n’en a rien à faire de la planète. Rien du tout ! Il la détruit parce que sa destruction augmente sa puissance ! Et il n’y a que ça qui compte pour lui : le pouvoir et l’argent ! L’homme-à-grosses-couilles n’a qu’une perspective : sa propre jouissance. Et il est convaincu que la planète tiendra bien encore un peu, au moins jusqu’à ce qu’il meure. C’est tout ce qui lui importe. Ce qui adviendra après sa mort, il s’en contrefout, l’homme-à-grosses-couilles ! Voilà pourquoi tu as perdu, toi, le petit Grimm, recroquevillé sur ton étroit lopin de terre qui se dégrade inéluctablement !
[…]
Tu vois, l’homme-à-grosses-couilles, c’est que de la haine, que du pur macho violent ! Tu enfermes Greta Thunberg avec Trump, Poutine et Xi Jinping dans une pièce, je suis sûre qu’ils lui font subir une tournante avant de la pendre au plafond à un croc de boucher !

 
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Publié par le 27 février 2021 dans Bouquins

 

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(BOUQUINS] Stephen King – Si Ça Saigne

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S. King - Si ça saigne
Titre : Si Ça Saigne
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : Etats-Unis (2020)
464 pages

De quoi ça cause ?

Recueil de quatre nouvelles inédites.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King et qu’il maîtrise à la perfection l’art de la nouvelle.

Ma Chronique

Quatre nouvelles sur plus de 460 pages, inutile de vous préciser que ça fait de longues nouvelles, la plus longue (presque la moitié du bouquin à elle seule) étant celle qui a donné le titre au recueil et qui nous offre l’occasion de retrouver Holly Gibney (on a fait sa connaissance alors qu’elle était l’adjointe de Bill Hodges dans la trilogie Mr Mercedes, avant de la retrouver à la tête de sa propre agence dans L’Outsider).

La première nouvelle, Le téléphone de M. Harrigan, nous narre une belle histoire d’amitié intergénérationnelle et ses suites. Si j’ai beaucoup aimé les personnages, l’intrigue ne m’a pas emballé outre mesure. Au risque de faire un jeu de mot pourri je l’ai trouvée un peu trop téléphonée…

On enchaîne ensuite avec La vie de Chuck, comme son nom l’indique on va découvrir la vie de Charles ‘Chuck’ Krantz à travers trois moments phares de son existence. L’originalité est dans le choix d’une narration antéchronologique (on commence par la fin pour revenir progressivement au début). Autre élément d’importance dans ce récit, au cours de l’acte III, nous assistons non seulement aux derniers jours de Chuck, mais aussi à ceux de l’humanité.

Arrive enfin Si ça saigne, suite du roman L’Outsider et qui nous permet donc de retrouver Holly Gibney confrontée à un nouvel outsider. Un plaisir de retrouver Holly Gibney (et quelques autres personnages déjà croisés dans la trilogie Mr Mercedes) mais j’avoue que j’ai trouvé que l’intrigue manquait d’un petit je ne sais quoi pour que la sauce prenne totalement.

Avec Rat, Stephen King aborde un sujet qui lui est cher puisqu’il est question (entre autres) du rapport entre un auteur et son œuvre (et plus particulièrement du processus créatif). Drew Larson, modeste écrivain en mal d’inspiration, a subitement une idée qu’il pourrait transformer en roman. Pour lancer son histoire, il quitte femme et enfants pour s’isoler quelques semaines dans le chalet familial. À défaut d’une grande originalité sur le fond, j’ai bien aimé la forme. Sans la moindre hésitation c’est à cette dernière nouvelle qu’ira ma préférence dans le présent recueil.

Un recueil qui ne m’a que moyennement séduit, je tiens toutefois à préciser que mon avis se base en partie sur ce que je sais pouvoir attendre du King novelliste ; pour moi il n’a clairement pas été des plus inspiré sur ce coup. Il n’en reste pas moins que globalement les nouvelles sont de très bonne qualité, nul doute que si elles n’avaient pas été signées Stephen King mon ressenti aurait été nettement plus enthousiaste… ou pas, je n’aurais sans doute pas été tenté par un recueil de nouvelles écrites par un auteur que je ne connais pas. Et puis il faut bien reconnaître que l’on retrouve la griffe du King dans chacun de ces quatre récits.

MON VERDICT

 
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Publié par le 23 février 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Roy Braverman – Manhattan Sunset

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Manhattan sunset
Titre : Manhattan Sunset
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
322 pages

De quoi ça cause ?

Donnelli, inspecteur du NYPD, est appelé sur une scène de crime particulièrement sordide. La victime est une adolescente, ses assassins se sont acharnés sur le corps afin qu’il ne soit pas identifiable.

Outre sa partenaire, Mankato, Donnelli doit faire équipe, à l’insu de son plein gré, avec Pfiffelmann… ou plus exactement le « fantôme » de Pfiffelmann, son précédent partenaire, abattu à l’issue d’une perquisition. Un « fantôme » parfois encombrant qui voudrait comprendre le pourquoi du comment de sa mort.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman / Ian Manook / Patrick Manoukian qui poursuit son aventure Made in USA avec un roman n’ayant aucun lien avec sa précédente trilogie (Hunter, Crow et Freeman). Une raison qui se suffit à elle seule.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quand Ian Manook devient Roy Braverman c’est pour sillonner incognito les Etats-Unis. Pour son nouveau périple on change radicalement de décor (et de personnages), exit les grands espaces, welcome to Manhattan !

Dans l’imaginaire collectif (et sans aucun doute dans les faits aussi), Manhattan est l’archétype de LA mégapole.  Vu du ciel (ou sur une carte) c’est le découpage quasi géométrique de la ville qui saute aux yeux, les axes horizontaux sont les avenues (identifiées par leur numéro et le suffixe Nord ou Sud), et les verticales sont les rues (idem, un numéro et le suffixe Est ou Ouest).

La 42e coupe Manhattan en deux. Midtown. Au-delà c’est le Nord, en deçà le Sud. Sa perpendiculaire, la Cinquième Avenue, tranche entre l’Est et l’Ouest. 42e Ouest d’un côté, 42e Est de l’autre.

Un découpage qui permet d’assister, deux fois par an (half sun en mai et full sun en juillet), à un phénomène naturel assez exceptionnel et dont je n’avais pour ma part jamais entendu parler, le Manhattanhenge.  Un coucher de soleil pile-poil dans l’axe de la 42e rue (voir la couv du bouquin pour se faire une idée du truc).

Que l’axe de l’île sauvage de Manhattan soit décalé de vingt-neuf degrés par rapport au nord. Que le plan de la ville, imaginé sans architecte par de simples fonctionnaires, repose sur un quadrillage perpendiculaire des rues et des avenues. Le grid, la grille arbitraire et cadastrale d’un commissaire au plan pour rendre plus rentable le négoce de chaque parcelle. Donnelli n’ose imaginer que ces coïncidences aient pu être calculées. Le phénomène est bien plus grisant encore s’il n’est que le fruit du hasard.

Fin de la visite touristique, il est temps de passer aux choses sérieuses. Roy Braverman n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle et ce n’est Manhattan Sunset qui viendra déroger à la règle… heureusement ! Ça défouraille sévère et la viande froide ne manque pas (comme vous vous en doutez, on ne meurt pas paisiblement dans son sommeil dans cette histoire).

L’intrigue se déroule sur deux axes, le premier va suivre l’enquête de Donnelli sur le meurtre de la gamine retrouvée dans une casse, le second va amener ce même Donnelli à se poser des questions sur les circonstances de la mort de son partenaire, Pfiffelmann.

Ce brave Donnelli aura du pain sur la planche puisque son enquête le mènera à se frotter à la mafia lituanienne sur fond de trafic humain, quitte à piétiner sans retenue les plates-bandes du FBI qui s’intéresse de près à ces mêmes Lituaniens.

Dans le même temps il devra composer avec un tueur qui semble déterminer à éliminer toutes les personnes dont il est proche. Je serai tenté de dire que c’est la partie la moins intéressante du bouquin car très (trop) prévisible (l’identité du mystérieux tueur s’impose rapidement comme une évidence).

Une autre caractéristique de la « griffe Braverman » est l’omniprésence de l’humour (souvent teinté de noir et d’une bonne dose de cynisme), une agréable façon de contrebalancer la violence assumée et décomplexée de l’intrigue.

Sur ce point la présence d’un Pfiffelmann spectral ouvre de nombreuses perspectives à l’auteur qui ne manque pas d’en jouer afin de détendre l’atmosphère. Me concernant le pari n’était pas gagné d’avance, la présence de ce fantôme me laissait plus que perplexe, mais finalement il est parfaitement intégré à l’intrigue et parvient même à s’imposer comme u élément clé du récit.

Fidèle à son habitude, Roy Braverman nous offre une galerie de portraits mitonnée aux petits oignons. À commencer par Donnelli, flic bourru et cynique à souhait, un brin macho (voire misogyne) ; l’archétype du dur à cuire qui a tout vu, tout vécu et qui est revenu de tout… mais pas forcément sans séquelles ! En creusant au-delà des apparences on découvre un personnage plus complexe que ne le laisse paraître son éternelle désinvolture (voire m’enfoutisme).

Effacée dans un premier temps, la partenaire de Donnelli, Mankato, va peu à peu s’imposer, d’abord par sa force de caractère, puis par son engagement dans le déroulé de l’intrigue. Elle donnera même de sa personne pour arrondir les angles avec le FBI (disons plutôt que c’est le côté bonus de sa relation).

Une fois de plus, nos amis les chats vont surement boycotter ce roman suite aux tortures infligées à l’un des leurs… même si le coupable et ses complices paieront le prix fort de leur connerie (bien fait pour leur gueule à ces fucking bastards). Petite question bonus qui me turlupine à la fermeture du bouquin : que devient Darwin ? Je ne parle pas de Richard l’évolutionniste, je sais que ça bien longtemps qu’il suce les pissenlits par la racine.

Roy Braverman nous offre un divertissement boosté à l’adrénaline et à la testostérone, un thriller fortement teinté de noir maîtrisé de bout en bout. Il me tarde de découvrir la prochaine étape de son périple US.… ou ailleurs, où qu’il aille je le suivrai les yeux fermés.

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 février 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Voix D’Extinction

AU MENU DU JOUR

S. Hénaff - Voix d'extinction
Titre : Voix D’Extinction
Auteur : Sophie Hénaff
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

2031. La plupart des grandes espèces animales sont en voie d’extinction. Face au péril, Martin, un généticien vétérinaire et prix Nobel, alerte les chefs d’État de la planète réunis en conclave : il faut voter d’urgence un « Traité de protection de la Nature ». Mais les résistances sont fortes et Martin ne fait pas le poids.

C’est alors que Dieu a une idée géniale : envoyer sur Terre des animaux déguisés en humains pour plaider eux-mêmes leur cause et imposer le traité. Le gorille, la truie, le chien et la chatte sauront-ils faire illusion et se montrer aussi bêtes que les hommes ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai adoré la trilogie Poulets Grillés de Sophie Hénaff, j’espère d’ailleurs avoir très vite l’occasion de croiser à nouveau la route d’Anne Capestan et son improbable brigade. En attendant j’étais curieux de découvrir l’auteure dans un autre registre.

Parce que j’ai trouvé le thème et l’approche audacieux.

Ma Chronique

Peut-on rire de tout ? Une question qui revient régulièrement sur le tapis à laquelle chacun est libre de répondre en son âme et conscience. Pour ma part je fais mienne la réponse de Pierre Desproges : « On peut rire de tout. Mais pas avec n’importe qui. »

Sophie Hénaff choisit la carte de l’humour pour aborder un thème qui prêterait pourtant davantage à pleurer qu’à rire, puisqu’il sera question de la sixième extinction (la disparition annoncée de très nombreuses espèces animales du fait de l’homme).

Rien que le titre donne le ton de l’intrigue à venir, un mix improbable entre l’extinction de voix et les espèces en voie d’extinction. Belle trouvaille.

Une intrigue qui va se jouer entre ciel et terre. Non qu’il soit question de voltige aérienne ou autre engins volants plus ou moins identifiés. En plus de personnages terrestres, l’auteure va aussi en piocher quelques-uns dans les hautes sphères bibliques. À commencer par le big boss himself, Dieu… sauf que c’est Déesse (bin oui, Dieu est une femme… ça vous en bouche en coin) et qu’elle est capable de colères à la hauteur de sa divinité (en plus de jurer comme un charretier). Avec une pareille Déesse aux commandes, j’en viendrai presque à avoir envie de me convertir !

Après avoir passé un savon monstre à Noé (le gars du Déluge et de l’Arche), son incapable ministre des espèces animales qui n’a rien vu venir de la menace qui pèse sur ses protégés, elle le somme de réparer ses conneries, s’il échoue elle le fout à la porte du Ciel et l’envoie rôtir en Enfer.

Déesse donnera la parole et une apparence humaine à quatre animaux qui devront plaider leur cause lors du sommet qui se prépare. A Noé de choisir les « élus » et de les former en vue de leur prochaine mission.

Aidé par son pote de pétanque Gabriel (l’Archange à l’origine de l’Immaculée Conception), ils choisiront Kombo – un gorille qui se morfond dans un zoo en rêvant de grands espaces –, TR438 – une truie parquée dans immense ferme reproductrice –, Cléo – une chatte siamoise dont la maîtresse vient de décéder et que les héritiers ne se disputent pas franchement la garde – et Bill – un dalmatien qui son maître vient d’abandonner en l’attachant à un banc dans une station-service –. Reste à préparer les heureux « élus » pour leur mission… et ça c’est pas gagné !

Ces quatre émissaires, pas franchement au courant des us et coutumes de la vie en société chez les humains, ne manqueront pas de solliciter les zygomatiques du lecteur. On passe du sourire au rire, voire parfois au franc éclat de rire tant certaines scènes sont désopilantes.

Du côté des « vrais » humains, les défenseurs de la cause animale ne font pas le poids face aux lobbyistes qui défendent les grands groupes industriels et les profits qu’ils dégagent. Une réalité que Sophie Hénaff pointe du doigt avec un certain cynisme mais aussi beaucoup de justesse.

C’est d’ailleurs l’un des paris réussis de ce roman, l’auteur use de l’humour pour nous faire réfléchir, nous remettre en question… et ça fonctionne bien mieux qu’un long discours pompeux et soporifique.

Point de longueurs ici, les chapitres sont courts (parfois à peine quelques lignes) et contribuent à assurer une lecture fluide. On sourit, on rigole… et le message fait son chemin dans notre esprit.

Rien de pompeux et de soporifique non plus, le bouquin est plein de peps et d’énergie, encore mieux qu’une double dose de Red Bull ou autre boisson énergisante pour se donner la pêche… et certainement moins nocif pour la santé (j’en consomme occasionnellement et je l’assume pleinement).

En refermant le bouquin on a envie de croire que les choses peuvent encore changer… trop tard pour les espèces que l’activité humaine a déjà détruites. Mais peut-être pas encore pour celles qui sont aujourd’hui ou à court et moyen terme menacées d’extinction. Faut pas rêver, on sera les prochains sur la liste si on ne sort pas les doigts du cul.

MON VERDICT

 
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Publié par le 12 février 2021 dans Bouquins

 

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