[BOUQUINS] R.J. Ellory – Omerta

AU MENU DU JOUR


Titre : Omerta
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2006)
587 pages

De quoi ça cause ?

John Harper, écrivain en manque d’inspiration, vit à Miami où il gagne sa vie en tant que journaliste. Une vie sans histoire jusqu’à ce qu’il reçoive un appel de sa tante, qu’il n’a pas vu depuis 25 ans, celle-ci le presse de rentrer au plus vite à New York.

Là, il apprend que son père, qu’il n’a jamais connu et qu’il croyait mort depuis des années, est hospitalisé entre la vie et la mort à la suite d’une blessure par balle. Peu à peu John Harper va découvrir une réalité, présente et passée, qui le dépasse complètement…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et R.J. Ellory, un duo qui n’a plus rien à prouver mais auquel il est impossible de résister.

Ma Chronique

Même si je suis loin d’avoir lu tous les romans de R.J. Ellory, c’est un auteur qui ne m’a jamais déçu. Force est pourtant de constater que j’ai eu du mal à entrer dans ce roman sans vraiment pouvoir expliquer le pourquoi du comment de la chose.

Le fait que ce soit une fausse nouveauté (publié en 2006 en version originale, c’est le quatrième roman de l’auteur) n’a pas joué en défaveur du bouquin. Bonne nouvelle en revanche, il n’y a plus de titres antérieurs à 2017 qui ne soit pas encore disponible en français. Cerise sur le gâteau (icing on the cake pour les anglophones), il y a au moins cinq titres parus à partir de 2017 non encore traduits.

J’ai trouvé que l’écriture manquait de naturel, avec même parfois quelques lourdeurs de style. Je serai tenté de jeter la pierre aux traducteurs mais je n’avais du tout eu la même impression en lisant Le Chant De L’Assassin. Peut-être que R.J. Ellory n’avait tout simplement pas encore trouvé sa voie (sa plume plus exactement) ; c’est en effet le premier roman de l’auteur antérieur au génialissime Seul Le Silence (publié l’année suivante en V.O.) que je lis.

Heureusement le fond fait rapidement oublier la forme avec une histoire de famille bourrée de secrets, de non-dits et de mensonges… Au fil des chapitres John Harper va découvrir une réalité insoupçonnée sur son propre passé et se retrouver, à l’insu de son plein gré, impliqué dans une vaste opération criminelle menée de concerts par deux gangs rivaux.

La sagesse populaire affirme qu’il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, un adage qui pourrait parfaitement s’appliquer à John Harper… à moins que celui-ci ne soit vraiment un Bisounours déconnecté de la réalité du monde qui l’entoure. Perso ça ne m’a pas aidé à éprouver une quelconque empathie pour le personnage.

À sa décharge on ne peut pas vraiment dire que son entourage l’aide beaucoup à y voir plus clair. Sa tante, Evelyn, se mure dans le silence ou ne lui raconte que des demi-vérités. Walt Freiberg, le bras droit de son père, l’embobine en enjolivant – voire en travestissant purement et simplement – les faits. Et Frank Duchaunak, un inspecteur obsédé par le père de Harper et ses acolytes, ne parle qu’à demi-mots et entretiens le flou (à se demander s’il a de véritables preuves ou juste de sérieux soupçons… le fameux faisceau d’indices).

Bien entendu l’aspect policier de l’intrigue n’est pas négligé. Nous avons en effet deux gangs rivaux qui vont faire équipe pour monter un « gros coup »… une coopération qui se fera sans jamais perdre une occasion de planter un couteau dans le dos de son rival. Ça complote à tout va dans les bas-fonds de Manhattan, et bien entendu les morts brutales se succèdent, d’un côté comme de l’autre.

Au chapitre du double-jeu (et plus si affinités) j’ai assez rapidement eu des doutes sur un des personnages, doutes fortement appuyés par un passage le mettant en scène lors d’un échange téléphonique avec un autre que son acolyte habituel. Il n’y avait alors que deux possibilités, et la seconde m’est apparue hautement improbables. La suite des événements me donnera raison.

L’auteur prend le temps de poser son intrigue sans toutefois qu’il y ait le moindre temps mort dans le déroulé du récit. Changement de rythme dans les derniers chapitres, brusque accélération et poussée d’adrénaline seront de la partie, pour notre plus grand plaisir !

Une intrigue maîtrisée de bout en bout et des personnages mitonnés aux petits oignons, hormis le style narratif qui semble se chercher encore, R.J. Ellory avait déjà tout pour imposer sa griffe dans le monde du noir. Ce qu’il confirmera un an plus tard avec Seul Le Silence et ne démentira pas au fil des années suivantes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Katerina Autet – Les Deux Morts De Charity Quinn

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Deux Morts De Charity Quinn
Auteur : Katerina Autet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
273 pages

De quoi ça cause ?

Bienvenue à Georgetown, quartier huppé de Washington. C’est ici que réside Charity Quinn, une avocate de renom. À l’approche de Noël, Charity est victime d’un accident qui la laisse défigurée. Ou serait-ce une tentative de meurtre ? Celle qui a passé sa vie à parler pour les autres se mure dans le silence. À croire qu’elle espère que le coupable s’en sorte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection qui ne m’a jamais déçu, source de bien des coups de cœurs et d’émotions fortes.

Parce que Katerina Autet m’avait agréablement surpris avec son précédent roman, La Chute De La Maison White (récompensé par le Grand Prix des Enquêteurs 2020). Il me tardait de découvrir le second roman de l’auteure (comme elle le reconnaît dans ses remerciements à la fin du bouquin, un second roman est celui de « tous les dangers »).

Ma Chronique

Je remercie Katerina Autet et les éditions Robert Laffont – tout particulièrement Filipa, chargée des relations blogs pour la collection La Bête Noire – pour leur offre de lecture et leur confiance.

Commençons par la fin et les remerciements de l’auteure, une analyse succincte mais juste de l’angoisse du second roman après un premier titre qui a connu un succès public et critique :

Il paraît que le deuxième roman est celui de tous les dangers. Il doit forcément être mieux que le précédent (sinon, c’est le signe qu’on régresse). Il doit également être différent, pour ne pas donner l’impression qu’on se répète. Et en même temps, pas trop, pour être apprécié des lecteurs qui ont aimé le premier.

Est-ce que Les Deux Morts De Charity Quinn relève ces deux défis ? Je vais essayer de répondre à cette question au fil de ma chronique.

D’ores et déjà je peux vous signaler que Katerina Autet reste dans la trame policière classique mais efficace du whodunit (une victime, des suspects et une enquête afin de démasquer le(s) coupable(s)).

Pour rester dans les points communs entre les deux romans de l’auteure, c’est, une fois de plus, une famille a priori « bien sous tous rapports » qui va se retrouver sous le feu des projecteurs.

Enfin, le récit est rédigé à la première personne, c’est Ethan Morow, jeune flic débutant, qui nous guidera au fil de l’enquête qu’il mènera avec sa coéquipière, Helena.

Je vous rassure tout de suite, les similitudes s’arrêtent ici. Pour commencer on quitte Cape Code et Boston pour rejoindre Washington DC ; une occasion de découvrir les deux visages de la capitale des États-Unis, avec d’un côté ses quartiers chics (voire très chics) et de l’autre ses banlieues populaires. Je ne signale pas cet aspect du roman juste afin de meubler, il y a une réelle dimension sociale dans le bouquin de Katerina Autet ; ne serait-ce qu’à travers son personnage principal, Ethan, issu de ces fameuses banlieues qui, sans complètement renier ses origines, essaye de trouver sa place dans un milieu plus aisé.

 Autre différence – et pas des moindres – la victime, Charity Quinn, n’est pas morte. Elle pourrait même avoir été simplement victime d’un stupide accident (elle se prend un miroir sur la tronche pendant son sommeil)… mais la thèse accidentelle va rapidement être écartée pour privilégier celle de l’acte volontaire.

Attends voir une minute mec – ça c’est vous qui me coupez dans mon élan rédactionnel – si Charity Quinn n’est pas morte alors c’est quoi ce titre et ses deux morts ? De la publicité mensongère ? Une arnaque ? Rien de tout ça, rassurez-vous – là c’est moi qui reprends les rênes de la conversation –, déjà mourir deux fois, à ma connaissance ça ne s’est jamais vu. Pour le reste, lisez le roman et tout deviendra clair comme de l’eau de roche.

Revenons à nos moutons. Si Charity Quinn n’est pas morte, il n’en reste pas moins qu’elle gardera de lourdes séquelles – notamment esthétiques – de ce drame. Depuis son arrivée à l’hôpital, Charity Quinn est mutique sans qu’aucune explication physique, physiologique ou neurologique ne justifie cet état de fait.

Pas facile d’interroger un témoin clé qui se mure dans le silence. Les enquêteurs devront se contenter du journal intime de la victime pour essayer de combler les blancs laissés par les divers entretiens avec les proches (et donc suspects).

Au fil de l’enquête il sera beaucoup question de justice avec notamment l’opposition entre le sens éthique du mot et son sens juridique ; dilemme que l’on peut résumer en opposant deux adages. L’un des symboles dans la représentation de la justice est le bandeau qui lui couvre les yeux et qui affirme donc que « la justice est aveugle ». La Fontaine, sans doute moins bercé d’illusion porte un regard plus critique sur la justice : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » (Les Animaux malades de la peste).

Un dilemme parfaitement assumé par Charity Quinn à en croire quelques extraits de son journal :

À partir du moment où vous le payez, un avocat est votre ami. Ainsi, au fil des ans, je suis devenue l’amie de beaucoup de personnes infréquentables.

Ma marque de fabrique était le doute raisonnable. J’avais bien retenu les leçons du procès O. J. Simpson : tant que votre client n’a pas été vu avec un pistolet fumant à la main près du corps de sa victime agonisante, il y a toujours moyen de s’en sortir. Il suffisait d’imaginer une explication alternative qui, à défaut d’être plausible, était théoriquement possible.

Beaucoup de mes clients étaient des gens mauvais, évidemment, je savais cela. Seulement, je me disais que s’il n’y avait pas de gens mauvais, il n’y aurait pas d’avocats non plus.

C’est très bien d’avoir des principes, de vouloir défendre la veuve et l’orphelin, et sans se faire rémunérer, qui plus est. Mais ce n’est pas cela qui paie, et pour vivre, on a besoin d’argent. De beaucoup d’argent. La pauvreté n’est romantique que pour ceux qui ne savent pas vraiment ce que c’est.

De justice aussi il sera question en intégrant à la fiction quelques affaires judiciaires bien réelles. À commencer par l’ultramédiatisée affaire O.J. Simpson, dont le principal suspect a été innocenté au nom de ce fameux doute raisonnable si cher à Charity Quinn (c’est d’ailleurs cette affaire qui la poussera à s’orienter vers une carrière de pénaliste). Elle gagnera par la suite ses lettres de noblesses en assurant la défense de Bernard Madoff dans un procès impossible à gagner mais qui la mettra sous le feu des projecteurs. Enfin, moins connue du grand public (y compris aux Etats-Unis), le procès de l’accident du métro de Washington survenu en juin 2009 (9 morts et 80 blessés).

Au niveau des personnages j’ai beaucoup aimé le duo d’enquêteurs composé par Ethan et Helena, une relation compliquée par leurs origines sociales diamétralement opposées (surtout dans l’esprit d’Ethan soit dit en passant), mais soudée par une confiance réciproque et une réelle complicité (même si pas toujours ouvertement affichée).

Je passerai vite fait sur leur responsable d’enquête, Pete Anderson que je qualifierai simplement de gros con prétentieux. Heureusement la cheffe de la police s’avérera finalement moins distante qu’elle ne veut bien le montrer.

Enfin il y a l’entourage de Charity Quinn. Deux filles que tout oppose. Une pas vraiment fille adoptive mais presque qui se la joue un peu trop élève modèle pour plaire à sa pas-maman. Un fiancé presque trop bien sous tous rapports, un homme à tout faire et une collaboratrice qui dépend totalement de sa patronne. À Ethan et Helena de démêler le vrai du faux dans un écheveau de faits, de faux-semblants et de mensonges… avec un soupçon de manipulation en bonus.

Voici venu le temps, des rires et des chants… Oups non, ça c’était avant (je vous parle d’un temps que les plus jeunes d’entre vous ne peuvent pas connaître… le temps de l’île aux enfants). Voici venu le temps de répondre aux questions posées par Katerina Autet concernant le cap du second roman :

À la première question, le jury (composé de moi tout seul) répond OUI. J’ai trouvé ce second opus plus abouti que le précédent, dans le déroulé général de l’intrigue mais aussi et surtout par la profondeur des thèmes abordés.

À la seconde question, le jury unipersonnel répond OUI. Si des similitudes existent entre les deux romans de l’auteure, ils n’en restent pas moins totalement différents (pour les mêmes raisons que celles évoquées plus haut).

Le cap a donc été franchi haut la main, nul doute que nous serons nombreux à attendre le troisième bébé… et les suivants !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Un Morceau De Toi

AU MENU DU JOUR


Titre : Un Morceau De Toi
Série : Le Bureau Des Affaires Non Résolues – Livre 1
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Rageot
Parution : 2022
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Gaspard, 16 ans, est un ado à la dérive. Voler une voiture pour éviter de se faire tremper par la pluie ne fut sans doute pas une idée de génie… surtout quand on ne conduit que devant sa console !

L’heure des comptes a sonnée. Pour éviter la case prison, il va devoir intégrer un programme de réinsertion particulièrement innovant. Pendant trois mois il va devoir faire équipe avec un policier confirmé, le capitaine Ruben Arcega, ensemble ils vont devoir résoudre un cold case de leur choix.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Christophe Guillaumot et même si j’aurai apprécié de retrouver « son » Kanak, j’admets volontiers qu’après tout ce qu’il a traversé dans le roman Que Tombe Le Silence, il puisse bénéficier d’un répit – temporaire – bien mérité.

Si l’auteur reste dans le milieu policier qu’il connaît sur le bout des doigts pour le pratiquer au quotidien, la cible visée est davantage young adult avec cette nouvelle série. J’étais donc à la fois curieux et un tantinet dubitatif, craignant une enquête un peu trop light à mon goût.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Rageot et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Ce roman est la seconde incursion de Christophe Guillaumot dans la littérature jeunesse, j’avoue sans aucun complexe que le précédent, Lady Elliot Island, ne m’inspirait pas plus que ça… à tort ou à raison je l’ai supposé trop ciblé vers un public young adult (voire young tout court).

Avec ce premier opus du Bureau Des Affaires non Résolues, l’auteur revient dans le domaine policier, un monde dont il connaît tous les rouages – il faut dire que c’est son quotidien – comme peut en témoigner l’excellente trilogie autour de son personnage de Renato Donatelli, aussi surnommé, plus ou moins affectueusement, le Kanak.

Mais laissons Renato profiter d’un repos amplement mérité au vu des multiples épreuves qu’il a dû surmonter dans Que Tombe Le Silence, il lui faudra certainement un temps pour se reconstruire… mais j’espère bien que nous le retrouverons très vite, Christophe Guillaumot ayant promis de continuer à le « martyriser dans les enquêtes à venir ».

Fidèle à sa ville de cœur, l’auteur situe son intrigue à Toulouse mais opte pour un service de police qui, à ma connaissance, n’existe pas encore. L’idée étant que des adolescents en perte de repères (mais pas encore complètement irrécupérables) soient associés à des policiers expérimentés afin que chaque binôme décortique un cold case (une affaire ancienne non encore élucidée) et, pourquoi pas, permette de faire avancer l’enquête.

Concrètement les cold cases n’intéressent les autorités françaises que depuis peu, des services dédiés ont été mis en place mais ils n’ont que quelques mois d’ancienneté. Il faut dire que l’affaire de la petite Maelys, tuée par Nordhal Lelandais, a permis de révéler une personnalité complexe qui pourrait être rattachée à d’autres affaires non encore élucidées – il a d’ores et déjà été condamné pour le meurtre de Maelys, mais aussi pour celui d’Arthur Noyer, un jeune militaire porté disparu depuis 2017.

Revenons à nos moutons… C’est donc dans le cadre de cet innovant programme de réinsertion que Gaspard, 16 ans, va se retrouver associé au capitaine Ruben Arcega.

Gaspard est le profil type du jeune qui fait des conneries sans vraiment réaliser la portée de ses actes. Il vit seul avec sa mère (dans un très vieil appartement… non Charles, pas maintenant !) sans emploi qui s’est réfugiée dans l’alcool depuis que son mari a disparu du jour au lendemain sans un mot d’explication. Pour échapper à son quotidien il peut compter sur sa bande de potes avec qui il pratique l’urbex, mais aussi sur Jade, sa copine… si ce n’est qu’il ne sait plus trop où ils en sont tous les deux, leur histoire a depuis la rentrée plus de bas que de hauts.

De son côté Ruben Arcega est un flic solitaire et taciturne – il habite sur une péniche avec pour seule compagnie son chien, Poker –, pas franchement à cheval sur la discipline et les procédures… sauf quand il s’agit de les contourner. C’est d’ailleurs pour un « geste déplacé » qu’il s’est retrouvé au placard et intègre, bien malgré lui, le Bureau des affaires non résolues.

Pas question pour Ruben de s’encombrer d’une collaboration qu’il juge d’emblée de pacotille et vouée à l’échec. Pour lui la distribution des rôles est on ne peut plus simple, lui va « s’occuper de dégoter dans toute cette paperasse une affaire pas trop compliquée, un truc simple qui me permettra de nous sortir de ce guêpier. », pour Gaspard le verdict est sans appel : « Tu te tiens à carreau. » et « Toi, tu fais comme tous les morveux de ta génération. Tu prends ton téléphone, tu fais ce que tu veux dessus et tu ne me fais pas chier ! »

Comme vous vous en doutez déjà, ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses vont se dérouler. Alors que Ruben mène les premières investigations sur l’affaire qu’il a sélectionné, il s’aperçoit rapidement que les rares pistes dont il dispose finissent par faire chou blanc. C’est finalement Gaspard qui aura le nez creux en se penchant – pour passer le temps – sur des cas multiples de mutilations de chevaux (128 affaires au total). Une affaire qui pourrait s’avérer bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Dès lors la dynamique change, Ruben et Gaspard vont devoir apprendre à travailler ensemble et, au fil de l’eau, apprendre à se connaître, à se respecter et à s’apprécier. Une recette certes classique dans le registre des « duos improbables mais finalement efficaces » mais qui porte généralement ses fruits. Et c’est le cas présentement, on apprécie la confiance mutuelle et la complicité qui s’installent au fil de la collaboration du binôme.

L’étiquette young adult me faisait redouter une enquête un peu trop édulcorée ou trop facile mais il n’en est rien. L’intrigue n’a rien à envier à certains romans destinés à un public adulte, elle se complexifie au fil des révélations et pourrait bien n’être que la partie émergée de l’iceberg.

Dubitatif j’étais, tort j’avais. Christophe Guillaumot signe une intrigue totalement convaincante et addictive. Il me tarde de retrouver ce Bureau des affaires non résolues, avec Gaspard et Ruben… ou avec un nouveau binôme. Vous voilà condamné à lire ce roman si vous voulez un début de réponse à cette question.

Juste une ultime précision avant de clore cette chronique, ce premier opus boucle l’enquête en cours – dans un sens ou dans l’autre –, mais certaines interrogations restent sans réponse… si réponse il y a.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Antti Tuomainen – Ce Matin, Un Lapin…

AU MENU DU JOUR


Titre : Ce Matin, Un Lapin…
Auteur : Antti Tuomainen
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2022
Origine : Finlande (2020)
349 pages

De quoi ça cause ?

Dans la vie d’Henri Koskinen, mathématicien actuaire dans les assurances, tout est carré, rationnel et logique, il n’y a aucune place pour l’imprévu.

Mais la vie est par définition imprévisible. Du jour au lendemain Henri se retrouve poussé à la démission. Il apprend ensuite que son frère est décédé, et qu’il lui lègue son parc d’aventure, en lui confiant la mission de renflouer le truc.

Un héritage qui n’a pas fini de lui réserver des surprises… et pas toujours des plus agréables.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire d’Antti Tuomainen. Si c’est le thriller qui lui a permis de se faire connaître, il s’illustre depuis quelques années dans la comédie noire.

D’un autre côté, impossible de résister à l’appel de cette couv’ !

Ma Chronique

Ce matin, un lapin
A tué un chasseur…

Osez affirmer que vous ne connaissez pas cette rengaine ; le redoutable refrain de Chantal Goya qui n’aura de cesse de vous hanter si un malfaisant entonne cette lugubre litanie alors que vous passez à proximité.

Sous la plume d’Antti Tuomainen le lapin tue un tueur, ou plus exactement il sera l’arme du crime qui permettra à Henri Koskinen de se débarrasser de cet encombrant poursuivant… C’est ainsi que s’ouvre le nouveau roman de l’auteur finlandais.

Pas très rationnel tout ça me direz-vous, et pourtant figurez-vous qu’il n’y a pas plus rationnel et carré que Henri Koskinen, le personnage principal de ce roman. Comme il se plait à le répéter pour justifier son implacable logique : « Je suis actuaire ».

Dans les faits, quand Henri hérite du parc d’aventures (ne lui parlez surtout pas de parc d’attractions, ça n’a rien à voir) il n’est plus actuaire. Il vient en effet de démissionner à la suite d’une divergence de vue avec son supérieur hiérarchique.

Est-il besoin de préciser que le monde de l’actuariat n’a pas grand-chose à voir avec la gestion d’un parc d’aventures ? Surtout quand ledit parc est un joyeux bazar au sein duquel chaque employé mène sa barque comme il l’entend. Henri va devoir remettre tout ce petit monde sur les rails afin d’assurer le bon fonctionnement et la rentabilité de son parc.

Et comme si cela ne suffisait pas à lui compliquer la vie, v’là t’y pas que des gens peu recommandables viennent lui réclamer le remboursement des dettes de jeu de son regretté frangin… le genre d’individu chez qui la patience est plus que limitée.

Dans un pareil contexte Antti Tuomainen a de quoi nous concocter une galerie de portraits des plus hétéroclites ; et il ne s’en prive pas ! À commencer par Henri, qui n’est pas le typer le plus abordable qui soit tant il est obsédé par sa rigueur… mais qui va peu à peu s’ouvrir aux autres, et découvrir des facettes totalement inattendues de sa propre personnalité. De franchement barbant, le gars devient rapidement très attachant.

Vient ensuite le personnel du parc, tous méritent le détour tant leurs personnalités sont diverses et variées. Mais c’est surtout la belle Laura Helanto qui troublera notre brave Henri au plus haut point.

Par définition moins agréables à côtoyer, les truands font alors leur entrée en scène. Si certains respectent les clichés du genre (je pense notamment à l’Iguane et à son fidèle lieutenant, AK), d’autres s’en écartent allégrement (le big boss qui se détend en faisant de la pâtisserie mais n’hésite pas à exécuter de sang-froid – et avec beaucoup d’imagination – ceux qui se mettent à travers de son chemin).

Vous aurez même le droit, en guest-star, à un policier qui semble un peu perdu au milieu d’une enquête n’ayant ni queue ni tête…

Antti Tuomainen opte pour un ton décalé qui colle parfaitement à son intrigue. Au fil des tableaux on passe de situations totalement cocasses et improbables, à des scènes plus intimistes, voire à des moments où l’intensité dramatique est de mise. La barque est rondement menée, on se laisse volontiers balader par l’auteur qui jongle avec justesse entre roman noir et feel good. Un cocktail improbable qui se laisse déguster sans modération.

Ce roman est le premier tome d’une trilogie annoncée, au cas où vous vous poseriez la question, il peut parfaitement se lire comme un one shot, l’intrigue se joue du début à la fin, tout en ouvrant les portes vers d’autres péripéties…

Nul doute que je serai fidèle au poste pour retrouver, Henri, Schopenhauer, Laura… et le lapin !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Digital Way Of Life

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Titre : Digital Way Of Life
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

À travers ce recueil de nouvelles, Estelle Tharreau décline des futurs possibles dans un monde entièrement connecté où l’humain est totalement dépendant de la technologie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’étais curieux de découvrir Estelle Tharreau dans un tout autre registre, sa plume est d’une redoutable efficacité quand elle se frotte au polar ou au roman noir, voyons ce que ça donne quand elle s’essaye à la science-fiction.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Le fil rouge qui relie les dix nouvelles composant ce recueil est la dépendance de l’humain vis-à-vis des nouvelles technologies. Chaque nouvelle est précédée par un ou plusieurs articles de presse en lien avec le thème abordé.

Pour servir son propos, l’auteure pousse à l’extrême le lien entre l’humain et la technologie, c’est la vision la plus sombre de l’avenir possible qu’elle nous propose de découvrir.

Quelques mots sur chacune des nouvelles composant ce recueil et ma note sur 5 :

  • Pathologique : quand la communication est considérée comme néfaste à l’épanouissement de l’enfant. Excellente mise en bouche. 5
  • Virtualité Réelle : quand la réalité virtuelle est l’unique garante du bien vivre ensemble. Glauque à souhait. 3.5
  •  Aveuglement Amoureux : quand la justice se met à l’heure du verdict numérique. Un sujet grave traité avec une légèreté rafraichissante. 4.5
  • Inhumains : quand les nanotechnologies se mettent au service de la médecine. Au-delà des apparences, humanité augmentée ou inhumanité, la question est posée en une revisite du mythe de Frankenstein fondue au noir. Mention spéciale pour le clin d’œil final. 5
  • Automatique : quand les assistants numériques se font un peu trop envahissants. J’avais deviné la fin mais ça ne m’a pas empêché de savourer cette nouvelle. 4.5
  • Éternité : quand l’homme pense que la machine peut l’aider à défier l’ordre naturel des choses. Je n’ai pas vraiment accroché à ce récit. 2.5
  • Profil : quand vos traces numériques se retournent contre vous… en dépit du bon sens. Malheureusement peut-être pas si dystopique que ça devrait l’être. 5
  • Bouton Rouge : quand les moteurs de recherche encouragent l’ignorance et occultent le passé. Court mais d’une redoutable efficacité. 4.5
  • Harceleuse : quand le tout numérique n’attend pas le poids des années pour affirmer son emprise sur l’individu. Là encore on oscille entre triste réalité et dystopie. La dernière phrase de la gamine est une tuerie. 5
  • La Trappe : quand l’obscurantisme religieux pousse l’homme à se substituer à Dieu. Un clap de fin apocalyptique. 4.5

Soit une moyenne de 4.4 / 5 que j’arrondis sans la moindre hésitation à 4.5.

Je ne vois pas ces nouvelles comme une attaque en règle contre les nouvelles technologies (il faudrait être très con pour tout rejeter en bloc) mais plutôt comme un cri d’alarme, un appel à la vigilance afin de ne pas se laisser submerger et ne pas placer notre confiance absolue dans le numérique. Pour que le message passe, il faut taper fort, là où ça fait mal et c’est exactement ce que fait Estelle Tharreau.

Une chose est sûre, avec ce recueil l’auteure ajoute une nouvelle corde à son arc. Ses premiers pas dans le monde de l’anticipation sont totalement convaincants.

Pour ma part je ne m’estime pas encore totalement techno accro, je ne suis pas pendu à mon téléphone H24, il ne me sert qu’à téléphoner (surtout répondre au téléphone) ou envoyer des SMS. En revanche je n’envisage pas de me passer de ma tablette et encore moins de ma liseuse.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stuart Turton – L’Étrange Traversée Du Saardam

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Étrange Traversée Du Saardam
Auteur : Stuart Turton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
608 pages

De quoi ça cause ?

1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.

Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements. Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et les phénomènes surnaturels se multiplient. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ? Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Déjà parce que c’est Sonatine mais aussi parce que Stuart Turton m’avait agréablement surpris et séduit avec son précédent (et premier) roman, Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’apprécie tout particulièrement de découvrir des auteurs audacieux qui n’hésitent pas à sortir des sentiers battus, et c’est précisément ce qui m’avait séduit dans le précédent roman de Stuart Turton, Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle. J’ai été rassuré de retrouver cette audace et cette originalité dans ce second roman.

Mais ce sont bien les seuls points communs entre les deux bouquins, si le premier jouait d’entrée de jeu la carte du fantastique, L’Étrange Traversée Du Saardam entretient le doute quasiment de la première à la dernière page. Le Saardam est-il frappé d’une étrange malédiction ? Ou serait-il plutôt le terrain de jeu de certains malfaisants qui jouent avec les peurs et les superstitions des uns et des autres ?

Alors, fantastique ou polar ? Plutôt que de vouloir impérativement faire entrer ce bouquin dans une case formatée, pourquoi ne pas simplement le prendre comme il vient et se laisser guider par l’intrigue ? Et pourquoi pas trouver la clé de l’énigme avant nos héros ?

Sur ce dernier point je vous souhaite bien du courage… Stuart Turton sait y faire pour brouiller allégrement les pistes tout en restant parfaitement maître de son intrigue. Et je dois reconnaître que la recette est d’une redoutable efficacité, j’ai bien pressenti certains éléments (plus par intuition que par déduction) mais j’étais encore très loin de la vérité.

Faisons machine arrière jusqu’en l’an 1634 et embarquons pour une traversée à bord d’un bateau de la Compagnie des Indes qui doit mener son équipage et ses passagers de Batavia (actuellement Jakarta) à Amsterdam. Comme vous pouvez vous en doutez la croisière ne va pas s’amuser tous les jours et le voyage (même dans des conditions optimales) n’est pas franchement un long fleuve tranquille. Entre les caprices de la météo, les attaques de pirates et les huit mois de traversée, le voyage promet d’être éprouvant.

Et si pour pimenter le tout vous ajoutiez une malédiction lancée par un lépreux alors que le Saardman est en plein chargement. À peine la grande voile hissée, un étrange symbole ésotérique s’étale à la vue de tous avant de disparaître. Mais il en faut plus que ça pour empêcher le départ du bateau, de grosses sommes sont en jeu et des réputations peuvent se faire ou se défaire à l’arrivée à Amsterdam.

C’est parti pour un huis clos maritime émaillé d’incidents tous plus mystérieux les uns que les autres. Avec dans les cales une cargaison qui semble aussi précieuse que mystérieuse. Et une floppée de personnages, dont certains cachent de sombres secrets. Au fil de la croisière et des incidents la tension monte. La logique et l’esprit rationnel des uns sont mis à rude épreuve pas les peurs et les superstitions des autres.

Les personnages sont nombreux mais à aucun moment le lecteur ne s’y perd, l’auteur cadre aussi bien sa galerie de portraits que son intrigue. D’emblée certains vous apparaîtront attachants alors que vous en détesterez d’autres dans le même élan. Certains évolueront vers un ressenti plus positif au fur et à mesure qu’ils se révéleront. Puis il y a ceux qui vous laisseront dans l’expectative… sont-ils bons ou mauvais ? Et bien entendu vous aurez aussi le droit à des changements de bords totalement inattendus.

Dans l’ensemble cette étrange traversée ne fera pas ressortir ce que l’humain a de meilleur en lui, l’appât du gain et la soif de pouvoir ne sont pas vraiment les meilleurs conseillers. Heureusement certains tireront leur épingle du jeu et, en conjuguant leurs talents, découvriront la clé du mystère. Mais toute vérité est-elle bonne à dire ?

Avec ce second roman Stuart Turton confirme que l’audace peut encore payer de nos jours, il suffit d’oser s’écarter des sentiers battus… et le fait avec un incroyable talent.

MON VERDICT

[BRD] Barbaque

À L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Barbaque
Réalisation : Fabrice Eboué
Production : TF1 Studio
Distribution : Apollo Films
Origine : France
Durée : 1h27

Casting

Fabrice Eboué : Vincent
Marina Foïs : Sophie
Nicolas Lumbreras : Joshua
Victor Meutelet : Lucas
Lisa Do Couto Texeira : Chloé

Le pitch

Vincent et Sophie sont bouchers. Leur commerce, tout comme leur couple, est en crise. Mais leur vie va basculer le jour où Vincent tue accidentellement un végan militant qui a saccagé leur boutique… Pour se débarrasser du corps, il en fait un jambon que sa femme va vendre par mégarde. Jamais jambon n’avait connu un tel succès !

Ma chronique

Vous aimez l’humour noir ? Vous en avez marre du politiquement correct servi à toutes les sauces ? Vous bouffez de la viande et vous l’assumez ? Alors ce film est fait pour vous !

Je tiens d’entrée de jeu à préciser que je respecte les choix alimentaires des uns et des autres… du moment que les autres en question respectent mes propres choix et ne viennent pas me faire chier avec leurs leçons de morale à deux balles.

Comme dans tous les domaines, je vomis toute forme d’intégrisme. S’agissant de bouffe ce sont les antispécistes qui saccagent les boucheries que j’ai dans le collimateur. Et pourtant je peux vous assurer que je suis très sensible à la cause animale, simplement je préfère militer pour un abattage dans la dignité et le respect plutôt que pour une interdiction pure et dure. Aller brouter ma pitance, très peu pour moi !

Barbaque joue à fond la carte de l’humour noir sans aucun militantisme. Les clichés sont nombreux et énormes mais viennent simplement souligner le propos et parfois l’absurde des situations.

Vous aurez le droit à une attaque en règle d’antispéciste contre la boucherie de Vincent et Sophie. Le petit copain de leur fille qui est végan par conviction mais ne force personne à le suivre – même si dans les faits il emmerde tout le monde. L’opposition entre la boucherie artisanale de Vincent et Sophie et la chaîne de boucherie industrielle du couple Blanchard…

Je vous passe le détail des délirantes scènes de chasse aux végans, déclinées à toute les sauces. Ou encore l’épouse qui s’endort devant les rediffusions de l’émission Faites entrer l’accusé présentée par Christophe Hondelatte. Sans oublier le policier qui raffole de ce fabuleux porc d’Iran (le nom commercial donné à la viande humaine par nos bouchers psychopathes).

Fabrice Eboué réussi à nous faire sourire là où il y aurait lieu de frémir, rien de tel pour arriver à ses fins que de pousser à l’excès son propos, le tout servi par des dialogues croustillants. Ça en devient si peu crédible et tellement absurde que l’on ne peut que se marrer.

C’est noir, amoral et totalement décalé ; un délice à déguster au second (et plus) degré. La fin peut paraître un peu abrupte mais franchement il n’y avait aucune autre issue possible ; et d’une certaine façon, la boucle est bouclée.

♥♥♥♥

La vache ça m’a ouvert l’appétit tout ça.
J’me ferai bien une bonne côte de bœuf, sauce poivre, avec des frites… et des haricots verts.

[BOUQUINS] Andy Weir – Projet Dernière Chance

AU MENU DU JOUR


Titre : Projet Dernière Chance
Auteur : Andy Weir
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2021
Origine : États-Unis
480 pages

De quoi ça cause ?

Ryland Grace se réveille dans une pièce inconnue. Pas moyen de se souvenir de qui il est, où il se trouve et pourquoi. Seule certitude, ses deux compagnons de dortoirs sont morts depuis déjà un certain temps.

Peu à peu les souvenirs refluent. Il est à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre. Sa mission : sauver l’humanité. Mais il n’a aucune idée de la façon dont il doit s’y prendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Andy Weir et qu’il m’avait bluffé avec ses deux précédent romans, Seuls Sur Mars et Artémis. Bien que totalement réfractaire aux enseignements scientifiques (j’y peux rien, c’est viscéral), j’ai presque tout compris aux explications de l’auteur (on va dire suffisamment pour apprécier pleinement ses intrigues).

Ma Chronique

Parmi les nombreux sous-genres qui composent le vaste monde de la science-fiction, la hard science¹ n’est surement pas le plus abordable qui soit. Surtout pour les lecteurs qui, comme moi, ne captent rien – et ne veulent rien capter… au-delà du minimum vital pour ne pas passer pour un crétin congénital – à tout ce qui touche près ou de loin aux domaines scientifiques.

Andy Weir fait partie de ces auteurs qui ne lésinent sur les explications scientifiques afin de consolider leurs intrigues, et pourtant à chaque fois ça passe comme une lettre à la poste. Loin de moi l’idée d’affirmer que je comprends tout mais il suffisamment convaincant pour qu’on ait envie de le croire sur parole (et ce n’est certainement pas moi qui irais perdre du temps à vérifier chacune de ses démonstrations), et donc de croire à son intrigue.

Dans Projet Dernière Chance l’auteur repousse les limites du voyage spatial qu’il s’était imposé dans ses précédents romans. Cette fois son héros, Ryland Grace, est propulsé à des années-lumière de notre système solaire… et c’est justement pour sauver notre soleil, et par extension l’humanité (pas besoin d’avoir fait Normale Sup’ pour comprendre le lien), qu’il se retrouve à proximité de Tau Ceti.

Andy Weir va encore plus loin puisque Ryland Grace va rencontrer – et se lier d’amitié avec – une entité extra-terrestre (en provenance directe du système d’Eridani). Rocky, ainsi qu’il surnommera son nouvel ami, est dans la même situation que lui. Il doit sauver son monde, mais n’a aucune idée quant à la façon de procéder.

Voilà pour ce qui est des bases – très simplifiées – du roman de Andy Weir. Les deux héros vont devoir apprendre à communiquer et à coopérer pour sauver leurs mondes respectifs… et accessoirement leurs miches. Une coopération qui va mettre à contribution leurs compétences respectives, mais aussi faire appel à beaucoup de système D de part et d’autre.

Le récit est à la première personne, on vit l’intrigue via le personnage de Ryland Grace. Le roman alterne entre l’intrigue présente et les flashbacks (au fur et à mesure que la mémoire lui revient). Cette construction alternée insuffle une réelle dynamique à l’intrigue.

Une intrigue menée tambour battant malgré les nombreuses explications scientifiques (parfois parcourues en diagonale, j’avoue), une intrigue portée par deux personnages qui n’ont rien du héros invincible et sûr de lui – loin de là – et c’est sans doute ce qui attire et attise notre empathie à leur égard.

Au niveau des personnages secondaires, nul doute que Eva Stratt, la chef du projet Dernière Chance, ne laissera personne indifférent. Avec son cynisme à toute épreuve et une froideur implacable, vous l’adorerez et la détesterez tour à tour.

Une fois de plus Andy Weir signe un roman totalement maîtrisé, à la fois intelligent, addictif et divertissant (merci aux petites notes d’humour semées çà et là… même quand la situation semble totalement désespérée).

Si vous trouvez que le titre fait un trop racoleur, je peux vous assurer que c’est toujours mieux qu’une traduction littérale de Project Hail Mary, qui aurait alors pu devenir Projet Ave Maria ou pire encore Projet Je Vous Salue Marie… Avouez qu’on l’a échappé belle !

Comme Seul Sur Mars, ce Projet Dernière Chance semble avoir tapé dans l’œil de Hollywood. Une adaptation réalisée par Phil Lord et Christopher Miller serait dans les tuyaux, avec Ryan Gosling dans le rôle de Ryland Grace. Pour l’anecdote les deux réalisateurs auraient aussi l’intention de porter Artémis sur grand écran.

¹ Définition Wikipédia de la hard science : La hard science-fiction (dite aussi hard science, hard SF, SF dure) est un genre de science-fiction dans lequel les technologies, les sociétés et leurs évolutions, telles qu’elles sont décrites dans le roman, peuvent être considérées comme vraisemblables au regard de l’état des connaissances scientifiques au moment où l’auteur écrit son œuvre.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chip Mosher & Peter Krause – Blacking Out

AU MENU DU JOUR


Titre : Blacking Out
Scénario : Chip Mosher
Dessin : Peter Krause
Couleurs : Giulia Brusco
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

Conrad, ex-flic viré à cause de son alcoolisme, voit une chance de racheter ses erreurs passées quand un avocat lui demande de trouver des preuves qui innocentent son client, accusé du meurtre de sa fille.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley pour l’envoi de cette BD.

La quatrième de couv’ nous promet un « thriller rapide, violent et poisseux », il n’en fallait pas davantage pour m’appâter… en espérant que le résultat soit à la hauteur de mes attentes.

Le contexte tient une place de premier choix dans le déroulé de l’intrigue, la Californie est en proie à des incendies qui ravagent tout sur leur passage… un décor malheureusement très réaliste ces derniers étés.

Conrad (qui a un petit air de Keanu Reeves) est un ex-flic qui s’est fait lourder à cause de son alcoolisme (y’a pas des masses de patrons qui acceptent que leurs salariés boivent au bureau), depuis il vivote en tant que privé. Quand un avocat lui offre de trouver des preuves qui innocenteraient son client, accusé d’avoir tué sa fille, il y voit une opportunité de se racheter et de faire oublier son passé. Il est déterminé à trouver ces fameuses prouves mais aussi à découvrir le vrai coupable de ce meurtre.

Pas facile de faire tenir une enquête sur une soixantaine de pages, cela implique d’aller à l’essentiel sans détour. Une tâche dont s’acquittent fort bien les auteurs de cette bande dessinée. Certes on aurait aimé un peu plus de complexité mais le format choisi ne s’y prête pas. Malgré tout l’intrigue reste plutôt bien ficelée, et nul doute que le twist final – une tuerie – vous laissera sur le cul.

Les auteurs ont quand même réussi à placer une histoire de cœur au milieu de leur enquête… un peu de douceur dans ce monde de brutes et surtout un peu de lumière dans un décor très noir. Mais là encore, rien n’est simple dans la vie d’un héros.

Le découpage irrégulier des pages contribue au rythme de l’intrigue, le trait est fin et précis, la mise en couleurs apporte un véritable bonus esthétique à l’ensemble.

La BD est complétée d’une galerie d’illustrations qui permet de mesurer la justesse du dessin de Peter Krause qui peut étoffer davantage ses décors et ses personnages.

Promesse tenue donc. Une BD qui devrait ravir les amateurs de polars qui fleurent bon le noir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Hervé Commère – Les Intrépides

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Intrépides
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2022
Origine : France
333 pages

De quoi ça cause ?

La vie des locataires d’un modeste immeuble de quatre appartements est chamboulée quand ils apprennent que l’immeuble est mis en vente et qu’ils vont devoir déménager.

Ils vont tout mettre en œuvre pour empêcher cette vente, mais pour espère arriver à leurs fins ils vont devoir apprendre à se connaître et à faire front commun… et accessoirement compter sur un coup de pouce du hasard.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et qu’il a eu l’audace de s’écarter diamétralement de son genre de prédilection : le roman noir.

Ma Chronique

Je remercie Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est le cinquième roman de Hervé Commère que je lis et le moins que l’on puisse c’est qu’avec ses intrépides l’auteur sort de sa zone de confort. Exit le roman noir – qu’il a décliné sous diverses formes avec brio – avec un virage à 180° puisque le présent roman pourrait aisément s’apparenter à une littérature feel good.

On va donc faire la connaissance des locataires d’un modeste immeuble de quatre appartements. Des gens qui se croisent sans vraiment se connaître, chacun vaquant à ses propres occupations.

Dans l’ordre d’apparition nous croiserons Raoul, chauffeur de taxi – qui fera aussi de temps en temps office de narrateur –, et son épouse Valérie ; un couple qui vit ensemble mais ne partage plus grand chose. Bastien, un jeune commercial ambitieux obnubilé par sa carrière et sa réussite sociale, il partage son appartement avec sa discrète compagne. Suzanne une pétillante veuve qui passe beaucoup de temps avec une étudiante des Beaux-Arts, Melody. Enfin il y a le très discret – pour ne pas dire secret – Dave Missouri.

C’est la menace de la vente de « leur » immeuble qui va les rapprocher, vente qui sera logiquement suivie de la résiliation des baux locatifs et de la probable destruction de l’immeuble pour faire place à quelque chose de plus moderne (donc plus impersonnel et plus rentable).

Si tous ont la même envie de préserver leur logement actuel, les motivations des uns et des autres ne sont pas les mêmes. Pas facile dans ces conditions de faire front commun pour tenter d’enrayer l’impitoyable mécanique qui s’est mise en branle.

Ajoutez au tableau une richissime épouse acariâtre et deux frères milliardaires aux personnalités diamétralement opposées. Secouez le tout et vous obtiendrez un cocktail aussi (d)étonnant que divertissant.

Si les péripéties qui attendent nos chers voisins ne sont pas forcément des plus crédibles, elles permettent néanmoins de passer un bon moment sans trop se creuser les neurones tout en se musclant les zygomatiques.

Si Hervé Commère renonce (pour un temps ? pour toujours ?) au noir, il concentre toujours son intrigue sur l’humain et les relations humaines. Présentement c’est une façon ludique de prouver que l’on est plus fort à plusieurs que tout seul, de placer le collectif au-dessus de l’individualisme.

Le fond n’est pas forcément le plus original qui soit mais sur la forme c’est une totale réussite, le verbe et le style de l’auteur font mouche. Il nous fait découvrir progressivement les personnalités de ses personnages, eux-mêmes vont sans doute se découvrir des qualités insoupçonnées et / ou se remettre en question au cours de cette expérience partagée.

Un pari audacieux relevé haut la main, une belle aventure humaine garantie sans mièvrerie, ni guimauve. Vous pouvez y aller gaiement et consommer sans modération, aucun risque d’indigestion !

Je ne sais pas ce qu’il en est de vous mais pour ma part j’entretiens des relations de voisinages cordiales sans plus. On se salue, on échange quelques banalités à l’occasion et puis basta, chacun reprend le fil de son quotidien. Je n’ai rien contre mes voisins, au contraire, ils sont plutôt sympathiques, c’est juste moi qui demeure viscéralement asocial.

MON VERDICT