[BOUQUINS] Karsten Dusse – Des Meurtres Qui Font Du Bien

AU MENU DU JOUR


Titre : Des Meurtres Qui Font Du Bien
Auteur : Karsten Dusse
Éditeur : Le Cherche Midi
Parution : 2022
Origine : Allemagne (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Björn Diemel est avocat pénaliste, tiraillé par une vie professionnelle qui l’accapare et une vie personnelle qui part à vau-l’eau, il se résigne à consulter un coach en méditation de pleine conscience. Le verdict est sans appel, Björn doit éviter les situations de stress et se ménager du temps pour lui.

Plus facile à dire qu’à faire quand son principal client est un caïd du crime organisé qui semble prendre un malin plaisir à se fourrer dans les emmerdes les plus sombres. Avant de demander à son avocat de le sortir du pétrin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Après L’Été Où Tout A Fondu j’avais besoin de quelque chose de léger à lire, et je doute fort que le roman Duchess de Chris Whitaker réponde à cette attente. Au lieu de ça j’ai opté pour le roman de Karsten Dusse, découvert grâce à Net Galley.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Le Cherche Midi et la plateforme Net Galley pour leur confiance et leur réponse positive à ma sollicitation.

Karsten Dusse est avocat de profession, avec ce roman il inaugure une série policière appelée Meurtres Zen, à ce jour la série est déjà riche de quatre titres en Allemagne. Grâce aux éditions Le Cherche Midi, le public français va , à son tour, pouvoir découvrir une série policière au ton des plus décalé.

Le ton est d’ailleurs donné dès les premières phrases du roman :

Avant toute chose : je ne suis pas quelqu’un de violent. Au contraire. Je ne me suis jamais battu de ma vie, par exemple. Et je n’ai tué mon premier homme qu’à quarante-deux ans. Ce qui, dans mon milieu professionnel actuel, est plutôt tardif. Bon, il est vrai qu’une semaine après, j’en étais déjà à presque six meurtres.
J’imagine que ça doit vous choquer. Mais tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour de bonnes raisons. C’est la conséquence logique d’un cheminement vers la pleine conscience. Pour concilier travail et vie de famille.

Avouez que l’idée de combiner thriller et développement personnel est plutôt culottée, surtout pour un premier roman. Comment un avocat pénaliste en charge d’un des mafieux les plus virulents – et imprévisible – d’Allemagne va pouvoir accommoder les principes de la pleine conscience à sa vie privée et professionnelle ? C’est ce que Karsten Dusse vous invite à découvrir avec ce roman.

Chaque chapitre commence par un précepte de la pleine conscience énoncé par Joschka Breitner, le coach que va consulter Björn Diemel. Des préceptes simples – voire simplistes – qui pourraient provenir de n’importe quel support amateur de développement personnel (notez que j’insiste sur le mot amateur, je n’ai aucunement l’intention de décrier le travail des véritables professionnels du développement personnel). Des conseils qui relèvent avant tout du bon sens, dont s’inspirera Björn Diemel pour résoudre ses problèmes.

Le roman est écrit à la première personne, c’est Björn qui vous raconte son évolution personnelle et professionnelle. À ce niveau de changement on pourrait presque parler de métamorphose plutôt que d’évolution.

L’intrigue ne devrait vous causer pas de brusque montées d’adrénaline – malgré quelques morts qui n’auront rien de naturelles et ne se feront pas dans la douceur –, le narrateur opte pour un ton décalé – presque détaché – pour nous faire partager son expérience. Un choix qui pourrait être déconcertant mais en fait qui s’accorde parfaitement à l’optique du bouquin et au choix de son héros.

Bien que d’une moralité aussi douteuse que flexible, j’ai beaucoup aimé le personnage de Björn Diemel. Karsten Dusse réussit à le rendre attachant à travers la relation quasi-fusionnelle qu’il entretient avec sa fille.

Les personnages secondaires ne sont pas simplement cantonnés à des rôles de faire-valoir, en quelques lignes l’auteur saura les rendre sympathiques ou antipathiques. Certains pourront même surprendre le lecteur au vu de leur évolution.

La couv’ nous promet du « contemplatif, désopilant et explosif », je dirai que la promesse est partiellement tenue. Du fait de l’intrigue sur fonds de développement personnel, le contemplatif est bel et bien au rendez-vous. Le côté explosif est assuré par l’usage intensif qui sera fait des grenades à main au fil de l’intrigue. Quant au désopilant je dirai que le mot est sans doute un peu fort, c’est divertissant et amusant mais pas non plus au point de se pisser dessus (ce qui n’est pas plus mal d’un point de vue purement hygiénique).

Un bon moment de lecture qui permet de se détendre sans trop se creuser les méninges, ça tombe bien c’est exactement ce que j’attendais en ouvrant ce bouquin. Je serai bien entendu fidèle au rendez-vous pour la suite de la confession de Björn Diemel, en espérant toutefois que l’auteur ne se contente pas d’user et d’abuser des mêmes ficelles.

Forte de son succès outre-Rhin, il semblerait que la série ait tapé dans l’œil de Netflix, des négociations quant à son adaptation pour le petit écran seraient en cours. J’imagine déjà certaines séquences… mais non, à moins que… âmes sensibles s’abstenir !

Pour les adeptes de développement personnel qui souhaiteraient en apprendre davantage sur la méditation de la pleine conscience (mindfulness en anglais), je vous invite à taper ces mots sur Google et à vous faire votre propre opinion sur la chose.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Le Cas Chakkamuk

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Cas Chakkamuk
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

Le shérif Doug Warwick est accusé de viol par sa belle-sœur et sa propre femme. Taylor, son jeune adjoint est chargé de l’enquête. Quelque peu dépassé par les événements il sollicite l’aide du prédécesseur de Warwick, Blansky, désormais rédacteur en chef au Notchbridge Sentinel.

Assisté de Dempsey, écrivain à succès et employé au journal, l’ancien shérif va essayer de démêler un sac de nœud de plus en plus inextricable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook) qui poursuit son séjour littéraire mouvementé au pays de l’Oncle Sam. Après Pasakukoo, il reste sur les rives du lac et ses environs pour son nouveau roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman Roy Braverman reste à Rhode Island et autour du lac Pasakukoo, un cadre enchanteur qui fut déjà le théâtre de son précédent roman, Pasakukoo. Du coup vous ne serez pas surpris de retrouver de vieilles connaissances, tel que Blansky, ancien shérif devenu rédacteur en chef du quotidien local, et son acolyte ami/ennemi, Dempsey, écrivain à succès qui prête sa plume à la rubrique littéraire de ce même journal.

Les lecteurs assidus de Roy Braverman retrouveront avec plaisir – agréable surprise s’il en est – ce cher Mardiros, collecteur de dettes (ne l’appelez pas chasseur de primes, ça contrarie le bonhomme) arménien qui ne manquera jamais de surprendre ses interlocuteurs et, par la même occasion, le lecteur.

Bien entendu il faudra aussi compter sur de nouveaux personnages. À commencer par le shérif Doug Warwick, Laureen son épouse et Brenda, la sœur de cette dernière. Entre eux va rapidement se jouer un curieux jeu d’alliances et de trahisons, à se demander qui manipule qui et surtout dans quel but…

Mais commençons par le commencement afin d’y voir un peu plus clair. Le bouquin s’ouvre sur la disparition (a priori volontaire) de Brian Ross, un brillant auteur (faut croire que le lac inspire les écrivains) et mari de Brenda. Pour l’aider à surmonter ce cap douloureux, Laureen et Doug l’accueille chez eux toutes les fins de semaine. Jusqu’à ce que survienne une curieuse proposition indécente… Alors que tout semble se dérouler selon le plan des trois complices, la mécanique s’enraye brusquement et prend un tour pour le moins inattendu. À partir de là les choses vont aller de mal en pis, avec parfois quelques revirements des plus surprenants.

Comme dans Pasakukoo les chapitres commencent par quelques mots d’un mystérieux narrateur qui s’adresse directement au lecteur et n’hésite pas à se moquer de son créateur (l’auteur). Comme dans le précédent roman, le narrateur en question nous informe dès sa première intervention qu’il va mourir au cours du roman.

Et puisqu’on cause de macchabées, vous devez bien vous douter que le narrateur n’est pas le seul qui rencontrera la grande faucheuse au fil des chapitres. Et bien entendu, Braverman’s mark oblige, les causes des décès ne seront pas vraiment naturelles et leurs circonstances un tantinet brutales.

Des chapitres courts et un humour (souvent fortement teinté de noir) omniprésent viennent compléter la fameuse griffe Braverman. Une recette éprouvée qui nous garantit une lecture aussi jouissive qu’addictive.

Face à l’ampleur que prennent les choses, le FBI ne va pas tarder à mettre son grain de sel dans l’affaire. En l’occurrence se sont deux girls in black, les agents Daimler et Willow, qui vont devoir essayer de démêler un écheveau de plus en plus inextricable.

Me croiriez-vous si je vous disais qu’au milieu de ce joyeux bordel, ce brave Cupidon va quand même réussir à faire mouche ? Rassurez-vous, l’ami Braverman n’a pas pris d’actions chez Harlequin, de romantisme, point trop n’en faut.

Même si j’ai trouvé ce bouquin un peu plus soft (pour du Braverman, cela s’entend) que les précédents, je me suis régalé de la première à la dernière page. La preuve j’ai dévoré le bouquin dans la journée.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Mo Malo – Summit

AU MENU DU JOUR


Titre : Summit
Série : Qaanaaq – Livre 4
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

À la demande de son supérieur, Arne Jacobsen, Qaanaaq Adriensen doit superviser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les cadors de la police islandaise, danoise, norvégienne et finlandaise vont se réunir au QG de la patrouille Sirius, aux portes de l’inlandsis.

Les choses commencent mal, à peine débarqué au Groenland, le représentant de la police islandaise disparaît mystérieusement. Et ce n’est que le premier « incident » qui va perturber la tenue de ce sommet, les choses vont en effet aller de mal en pis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la quatrième enquête de Qaanaaq Adriensen et son équipe, un coup de cœur dès leur première apparition qui ne s’est jamais démenti.

Ma Chronique

Je remercie les éditions La Martinière et Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Petit détour par le visuel avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est la couv’ de Qaanaaq (le premier opus de la série) qui m’a irrésistiblement attiré vers le roman avec son ours polaire qui fait trempette. A l’occasion de cette quatrième enquête ce brave nanuq (littéralement, ours polaire en inuit) est de retour en tête d’affiche. Une présence qui ne doit rien au hasard, la bestiole ne venant pas faire que de la figuration dans ce roman.

Petite digression géographique maintenant. Vous savez sans doute que la Scandinavie ne désigne pas un état mais une entité géographique regroupant plusieurs états. Au sens strict elle est formée par la Norvège, la Suède et le Danemark qui constituent un ensemble relativement homogène sur les plans ethniques, linguistiques et historiques. Au sens large et usuel, on y ajoute la Finlande et l’Islande, soit l’ensemble des états nordiques. Sauf que ces états sont déjà représentés au sein d’une institution appelée Conseil nordique.

C’est bon on peut y aller ? Allez zou, embarquement immédiat en direction du Groenland.

Ceux et celles qui ont lu les trois précédents romans de la série ne seront pas totalement dépaysés et retrouveront avec plaisir des personnages qu’ils connaissent désormais presque comme leurs amis. Un plaisir que ne suffira pas à gâcher la présence d’Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen, plus déterminé que jamais à nuire à Qaanaaq Adriensen.

Si vous n’avez pas lu les trois précédents romans de la série (Qaanaaq, Disko et Nuuk), je ne saurais que trop vous conseiller de le faire avant de vous lancer dans la lecture de Summit. En effet le présent roman fait très souvent référence aux précédentes enquêtes de Qaanaaq et son équipe, difficile dans ces conditions d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue et plus encore les personnages sans connaître leur histoire.

Rapidement Qaanaaq va réaliser que ce séminaire de la SPA ne sera pas un banal atelier de cohésion des équipes dans la lutte contre le crime organisé. Déjà la disparition du représentant de la police islandaise n’augurait rien de bon, quand celui de la police finlandaise est blessé par balle dès la première sortie du groupe, il apparaît clairement qu’ils sont la cible d’un ennemi invisible… et sans doute venu de l’intérieur.

Ces « incidents de parcours » ne suffiront toutefois pas à convaincre le chef de la patrouille Sirius de changer le programme prévu pour leurs hôtes. Programme dont le point d’orgue sera un trek en traîneau à chiens en bordure de l’inlandsis (sans doute le décor le plus hostile qui soit en milieu polaire).

Fidèle à son habitude Mo Malo (définitivement le plus nordique des écrivains français) place la nature au cœur de son intrigue. L’inlandsis lui offre effectivement un terrain de jeu particulièrement inadapté à l’humain avec des températures extrêmes et un relief accidenté qui dissimule de nombreux pièges invisibles – sauf au dernier moment… quand il est déjà trop tard. Ajoutez au tableau un redoutable prédateur particulièrement sournois et rancunier (fallait pas venir lui chier dans les pattes).

Plus que jamais l’humain sera la clé de la survie dans un décor pareil. Livrés à eux-mêmes après une succession de défaillances, les trekkers vont devoir, plus que jamais, rester solidaires et faire front uni contre l’adversité (pas évident quand on soupçonne qu’il y a – au moins – un fruit pourri dans le panier). Face au froid, au doute et à la faim qui les tenaille, la moindre faille fera d’eux une cible idéale pour la folie polaire.

Si on retrouve un Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen plus mesquin et magouilleur que jamais, on en apprend aussi un peu plus sur les raisons de sa rancœur envers Qaanaaq. Longtemps Jacobsen va se réjouir du bon déroulé de son plan visant à décrédibiliser son ennemi juré… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’a jamais été le maître du jeu et que dès le départ les dés étaient pipés pour lui aussi.

Pendant que nos valeureux séminaristes se débattent pour survivre, sur le continent une guerre des gangs menace d’exploser à tout instant. Les AK81, jusqu’alors affiliés aux Hell’s Angels, rêvent d’autonomie et surtout veulent leur part du gâteau. Un conflit larvé qui pourrait bien embraser toute la Scandinavie.

Une fois de plus Mo Malo n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages. J’avoue que plus d’une fois je me suis demandé s’il n’allait pas sonner le glas de notre sympathique Qaanaaq et des compagnons d’infortune. Avais-je raison de craindre le pire ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.

Un roman qui se dévore tant il est maîtrisé et addictif de la première à la dernière page. Si comme moi vous adorez les thrillers qui jouent avec vos nerfs, vous vous régalerez avec ce bouquin. Il y a d’autres points que j’aurai aimé aborder dans cette chronique, notamment la relation des hommes de la patrouille Sirius et de leurs chiens de traîneaux, mais je n’en ferai rien afin de garder intact le plaisir de la découverte.

Je terminerai en signalant simplement qu’au fil des chapitres, j’ai supposé que le titre, Summit, faisait référence au sommet de la SPA (même si on est plus dans un contexte séminaire, voire atelier) avant de comprendre, dans la dernière partie du roman, que je faisais fausse route.

Et maintenant ? Et si je vous disais que Mo Malo prépare une nouvelle série dans un cadre radicalement différent (un indice, la chose devrait s’appeler La Breizh Brigade), ça vous aiderait ou ça ne ferait que vous embrouiller davantage ? Si vous voulez en savoir plus sur le sort de Qaanaaq vous voilà condamné à lire Summit (croyez-moi, il y a pire comme châtiment).

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Un Morceau De Toi

AU MENU DU JOUR


Titre : Un Morceau De Toi
Série : Le Bureau Des Affaires Non Résolues – Livre 1
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Rageot
Parution : 2022
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Gaspard, 16 ans, est un ado à la dérive. Voler une voiture pour éviter de se faire tremper par la pluie ne fut sans doute pas une idée de génie… surtout quand on ne conduit que devant sa console !

L’heure des comptes a sonnée. Pour éviter la case prison, il va devoir intégrer un programme de réinsertion particulièrement innovant. Pendant trois mois il va devoir faire équipe avec un policier confirmé, le capitaine Ruben Arcega, ensemble ils vont devoir résoudre un cold case de leur choix.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Christophe Guillaumot et même si j’aurai apprécié de retrouver « son » Kanak, j’admets volontiers qu’après tout ce qu’il a traversé dans le roman Que Tombe Le Silence, il puisse bénéficier d’un répit – temporaire – bien mérité.

Si l’auteur reste dans le milieu policier qu’il connaît sur le bout des doigts pour le pratiquer au quotidien, la cible visée est davantage young adult avec cette nouvelle série. J’étais donc à la fois curieux et un tantinet dubitatif, craignant une enquête un peu trop light à mon goût.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Rageot et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Ce roman est la seconde incursion de Christophe Guillaumot dans la littérature jeunesse, j’avoue sans aucun complexe que le précédent, Lady Elliot Island, ne m’inspirait pas plus que ça… à tort ou à raison je l’ai supposé trop ciblé vers un public young adult (voire young tout court).

Avec ce premier opus du Bureau Des Affaires non Résolues, l’auteur revient dans le domaine policier, un monde dont il connaît tous les rouages – il faut dire que c’est son quotidien – comme peut en témoigner l’excellente trilogie autour de son personnage de Renato Donatelli, aussi surnommé, plus ou moins affectueusement, le Kanak.

Mais laissons Renato profiter d’un repos amplement mérité au vu des multiples épreuves qu’il a dû surmonter dans Que Tombe Le Silence, il lui faudra certainement un temps pour se reconstruire… mais j’espère bien que nous le retrouverons très vite, Christophe Guillaumot ayant promis de continuer à le « martyriser dans les enquêtes à venir ».

Fidèle à sa ville de cœur, l’auteur situe son intrigue à Toulouse mais opte pour un service de police qui, à ma connaissance, n’existe pas encore. L’idée étant que des adolescents en perte de repères (mais pas encore complètement irrécupérables) soient associés à des policiers expérimentés afin que chaque binôme décortique un cold case (une affaire ancienne non encore élucidée) et, pourquoi pas, permette de faire avancer l’enquête.

Concrètement les cold cases n’intéressent les autorités françaises que depuis peu, des services dédiés ont été mis en place mais ils n’ont que quelques mois d’ancienneté. Il faut dire que l’affaire de la petite Maelys, tuée par Nordhal Lelandais, a permis de révéler une personnalité complexe qui pourrait être rattachée à d’autres affaires non encore élucidées – il a d’ores et déjà été condamné pour le meurtre de Maelys, mais aussi pour celui d’Arthur Noyer, un jeune militaire porté disparu depuis 2017.

Revenons à nos moutons… C’est donc dans le cadre de cet innovant programme de réinsertion que Gaspard, 16 ans, va se retrouver associé au capitaine Ruben Arcega.

Gaspard est le profil type du jeune qui fait des conneries sans vraiment réaliser la portée de ses actes. Il vit seul avec sa mère (dans un très vieil appartement… non Charles, pas maintenant !) sans emploi qui s’est réfugiée dans l’alcool depuis que son mari a disparu du jour au lendemain sans un mot d’explication. Pour échapper à son quotidien il peut compter sur sa bande de potes avec qui il pratique l’urbex, mais aussi sur Jade, sa copine… si ce n’est qu’il ne sait plus trop où ils en sont tous les deux, leur histoire a depuis la rentrée plus de bas que de hauts.

De son côté Ruben Arcega est un flic solitaire et taciturne – il habite sur une péniche avec pour seule compagnie son chien, Poker –, pas franchement à cheval sur la discipline et les procédures… sauf quand il s’agit de les contourner. C’est d’ailleurs pour un « geste déplacé » qu’il s’est retrouvé au placard et intègre, bien malgré lui, le Bureau des affaires non résolues.

Pas question pour Ruben de s’encombrer d’une collaboration qu’il juge d’emblée de pacotille et vouée à l’échec. Pour lui la distribution des rôles est on ne peut plus simple, lui va « s’occuper de dégoter dans toute cette paperasse une affaire pas trop compliquée, un truc simple qui me permettra de nous sortir de ce guêpier. », pour Gaspard le verdict est sans appel : « Tu te tiens à carreau. » et « Toi, tu fais comme tous les morveux de ta génération. Tu prends ton téléphone, tu fais ce que tu veux dessus et tu ne me fais pas chier ! »

Comme vous vous en doutez déjà, ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses vont se dérouler. Alors que Ruben mène les premières investigations sur l’affaire qu’il a sélectionné, il s’aperçoit rapidement que les rares pistes dont il dispose finissent par faire chou blanc. C’est finalement Gaspard qui aura le nez creux en se penchant – pour passer le temps – sur des cas multiples de mutilations de chevaux (128 affaires au total). Une affaire qui pourrait s’avérer bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Dès lors la dynamique change, Ruben et Gaspard vont devoir apprendre à travailler ensemble et, au fil de l’eau, apprendre à se connaître, à se respecter et à s’apprécier. Une recette certes classique dans le registre des « duos improbables mais finalement efficaces » mais qui porte généralement ses fruits. Et c’est le cas présentement, on apprécie la confiance mutuelle et la complicité qui s’installent au fil de la collaboration du binôme.

L’étiquette young adult me faisait redouter une enquête un peu trop édulcorée ou trop facile mais il n’en est rien. L’intrigue n’a rien à envier à certains romans destinés à un public adulte, elle se complexifie au fil des révélations et pourrait bien n’être que la partie émergée de l’iceberg.

Dubitatif j’étais, tort j’avais. Christophe Guillaumot signe une intrigue totalement convaincante et addictive. Il me tarde de retrouver ce Bureau des affaires non résolues, avec Gaspard et Ruben… ou avec un nouveau binôme. Vous voilà condamné à lire ce roman si vous voulez un début de réponse à cette question.

Juste une ultime précision avant de clore cette chronique, ce premier opus boucle l’enquête en cours – dans un sens ou dans l’autre –, mais certaines interrogations restent sans réponse… si réponse il y a.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Minier – Lucia

AU MENU DU JOUR


Titre : Lucia
Auteur : Bernard Minier
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2022
Origine : France
474 pages

De quoi ça cause ?

Lucia Guerrero, lieutenant à l’UCO (une unité d’élite de la Guardia Civil), est appelée sur une scène de crime qui la touche directement. Son collègue et amant a été tué, la victime, nue, est collée à une croix comme si elle avait été crucifiée.

Dans le même temps, un programme informatique développé par un groupe d’étudiants en criminologie de l’université de Salamanque et leur professeur, Salomon Borges, exhume trois affaires non résolues au mode opératoire similaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Minier, un auteur qui ne m’a jamais déçu, même si j’ai accumulé un énooorme retard dans la lecture de ses romans.

Ma Chronique

Pour découvrir son nouveau roman et sa nouvelle héroïne, Bernard Minier nous invite à traverser les Pyrénées, direction l’Espagne.

La scène d’ouverture donne le ton avec un meurtre à la mise en scène macabre. C’est l’occasion de faire connaissance avec Lucia Guerrero, frappée de plein fouet par cette scène de crime puisque la victime est non seulement un collègue de l’UCO, mais aussi son amant.

Lucia est une femme flic au caractère bien trempé et pas franchement regardante des procédures et règles. Mais au-delà des apparences se cachent quelques faiblesses : la culpabilité suite à la mort de son jeune frère, et un fils à qui elle ne consacre pas assez de temps.

Et ce n’est pas cette nouvelle enquête qui va laisser à Lucia le temps de souffler, il faut dire qu’elle en fait quasiment une affaire personnelle. Et si telle était justement la volonté du (ou des) tueur(s).

Pour avancer dans son enquête elle pourra compter sur le renfort de Salomon Borges, un professeur d’université aussi modéré qu’elle est impétueuse, et d’un petit groupe d’étudiants en criminologie qui ne compte pas ses heures.

Une enquête qui va les lancer sur la piste d’un tueur en série qui sévit depuis plus de trente ans sans qu’aucun rapprochement ne soit fait entre les différents crimes (éloignés aussi bien chronologiquement que géographiquement), jusqu’à ce que le logiciel DIMAS, mis au point par le Pr Borges et ses étudiants, ne relève un mode opératoire similaire sur les différentes scènes de crimes.

Pour l’anecdote ce fameux logiciel n’existe pas, dommage pour la Guardia Civil espagnole. En revanche des outils similaires équipent déjà certaines forces de police (ViCAP pour le FBI, SALVAC au Canada et en France).

Avec ce roman Bernard Minier nous livre un thriller hautement addictif que l’on aura bien du mal à lâcher. Une intrigue rythmée et haletante pour une enquête qui poussera Lucia vers ce que l’humanité a de plus glauque.

Comme dans tout bon thriller, l’intrigue vous réserve quelques revirements de situation, certains pour le moins inattendus (perso je n’ai pas vu venir le twist final). Une intrigue servie par une écriture très visuelle qui ne s’encombre pas de fioritures.

Un page-turner efficace même s’il ne révolutionne pas les règles du genre, usant même parfois de certains poncifs qui n’apportent rien à l’intrigue (on s’en fout un peu que le haut-fonctionnaire soit un homo refoulé).

A priori nous devrions retrouver Lucia dans d’autres romans de l’auteur, c’est avec plaisir que je répondrai présent.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Requiem Des Ombres

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Titre : Requiem Des Ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Donovan Lorrence, écrivain à succès, revient à Neuchâtel après des années d’absence. Il est déterminé à faire toute la lumière sur cette nuit de novembre 1973 où son frère a disparu et lui-même a été agressé.

Il est temps d’exorciser ses démons du passé, mais certaines personnes pourraient ne pas voir d’un bon œil cette envie de faire remonter à la surface des souvenirs oubliés…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Taurnada et David Ruiz Martin m’avait scotché et bluffé avec Seule La Haine, le précédent roman de l’auteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime les auteurs qui osent se remettre en question d’un titre à l’autre, si David Ruiz Martin reste dans le thriller noir avec ce nouveau roman, il est totalement différent de Seule La Haine. On pourrait penser qu’il est difficile d’imaginer une intrigue originale autour du thème (éculé diront certains) de la vengeance, et pourtant l’auteur réussit à nous proposer une approche plutôt novatrice. Même s’il est d’usage de dire que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », rien n’interdit d’apporter une pointe d’originalité et de modernité à ladite soupe.

Ici cette note inédite vient du personnage d’Iris et de son don (qu’elle considère plutôt comme une malédiction). Son apparition va donner un sérieux coup de boost à l’intrigue, constituant même un second arc narratif qui entraînera Donovan dans son sillage.

Il faut bien reconnaître que Donovan Lorrence ne fait rien pour s’attirer la sympathie des lecteurs malgré la totale légitimité de sa quête de vérité. Heureusement Iris aura un effet apaisant sur lui, même si trop se rapprocher de la mystérieuse jeune femme peut réserver bien des surprises.

Une fois encore c’est la Suisse, et plus particulièrement Neuchâtel et ses environs, qui servira de décor à l’intrigue imaginée par David Ruiz Martin. Une Suisse bien loin de l’image d’Épinal qui vante le flegme helvète, c’est le côté obscur de la Suisse que nous dévoile l’auteur.

Une intrigue certes moins machiavélique que celle de Seule La Haine et son incroyable face à face psychologique, mais pas moins intéressante. Vous aurez rapidement envie de comprendre ce qui a bien pu passer au cœur de la brume neuchâteloise, un soir de novembre 1973. Il faut croire que la soif de vérité de Donovan est contagieuse.

Les personnages sont soignés, l’intrigue est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Franchement difficile de lâcher le bouquin une fois que vous serez pris dans les mailles du filet. Résultat des courses on dévore les presque 400 pages quasiment d’une traite (deux traites pour être exact).

Avec ce roman David Ruiz Martin confirme qu’il faudra désormais compter avec lui dans le petit monde du polar suisse, mais aussi, plus largement, du polar francophone.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Rivage Obscur

AU MENU DU JOUR


Titre : Rivage Obscur
Série : Lilith Tereia – Livre 3
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

Chez elles, les journalistes Lilith et Maema tombent nez à nez avec un enfant tétanisé. Son poignet saigne. Apeuré et mutique, le jeune garçon finit par les conduire jusqu’à un squat isolé au fin fond d’une vallée. Elles y découvrent sous une bâche les cadavres mutilés d’un couple. Et un univers insoupçonnable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la troisième (et dernière ?) enquête de Lilith Tereia et de sa fidèle complice Maema. J’ai tout de suite été happé par l’univers « noir azur » de Patrice Guirao, il me tardait donc de découvrir ce qui attendait nos deux journalistes pleines de ressources.

Ma Chronique

Avec sa trilogie noire azure, Patrice Guirao vous invite à découvrir la Polynésie Française en allant au-delà des décors de cartes postales ; et il le fait fichtrement bien, même si le voyage n’est pas toujours de tout repos (et même souvent éprouvant). Prêt pour l’embarquement ? Suivez le guide.

C’est une réalité encore plus noire que nous découvrons avec ce troisième opus puisque l’épidémie de Covid est passé par là et n’a pas épargné la Polynésie. Sur une population totale de 281 000 habitants, 72 678 cas positifs ont été signalés et 648 décès.

C’est d’ailleurs cette même pandémie qui fait que le présent roman, initialement annoncé pour 2021, a été publié avec un an de retard. Entre temps le titre aussi a changé, Tiaré Noir est devenu Rivage Obscur.

Après une escale mouvementée aux Tuamotu (Les Disparus De Pukatapu), Lilith et Maema sont de retour à Tahiti. Alors qu’elles profitent du bord de mer chez Maema, un bruit venant de l’intérieur du faré les tire de leur causerie. À l’intérieur, elles se retrouvent nez à nez avec un jeune garçon, blessé à une main. Une rencontre qui les plongera au cœur de la face la plus sombre de la Polynésie.

Même si ce roman peut se lire indépendamment des précédents, je ne saurai que vous conseiller de les lire dans l’ordre. D’une part c’est la meilleure façon d’aborder les personnages, mais c’est aussi et surtout l’unique façon de comprendre pleinement l’impact du Covid sur la vie de l’archipel.

Chères lectrices du Bûcher De Moorea (le premier opus de la trilogie), j’ai une bonne nouvelle pour vous. Le beau Kae est de retour sur le devant de la scène… dans la limite de l’espace que veulent bien lui laisser Lilith et Maema.

Chaque roman de cette série est l’occasion de découvrir de nouvelles problématiques polynésiennes, des problématiques souvent ignorées des non-résidents pourtant bien réelles. Comme partout la crise sanitaire a eu de lourdes conséquences économiques, avec des fermetures d’entreprises, des pertes d’emploi et donc une précarité galopante. Crise économique étant elle-même facteur d’insécurité et offrant un terrain propice à l’expansion de trafics en tout genre (argent facile pour les uns, palliatif – illusoire – à la misère pour les autres), dont celui de l’ice.

Fidèle à son habitude Patrice Guirao pointe aussi du doigt les méfaits de la décolonisation. Je ne dis pas que tout est faux (loin de là), mais il est un peu facile de faire l’impasse sur les nombreux points positifs apportés par la France dans ses colonies du Pacifique. Désolé, mais le coup du « c’était mieux avant » ne prend pas avec moi, sans doute le fait que je vive en Nouvelle-Calédonie n’est pas totalement étranger à cette prise de position.

Au niveau des nouvelles rencontres que vous réserve ce roman, nul doute que vous ne résisterez pas longtemps à l’effronterie et à l’assurance du jeune Toi ; un mélange de force et de fragilité qui vous va droit au cœur.

Une fois de plus j’ai été totalement embarqué par ce voyage au cœur de la dure réalité polynésienne ; même si j’ai trouvé l’intrigue un tantinet en deçà des précédentes, on reste dans très bon niveau.

Je suis bien conscient que le principe fondateur d’une trilogie est de se décliner en trois volets, mais j’aimerai sincèrement qu’un quatrième tome vienne consolider le final. Ce serait dommage de quitter Lilith et Maema dans la situation laissée à la fin du présent roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Descosse – Peurs En Eau Profonde

AU MENU DU JOUR


Titre : Peurs En Eau Profonde
Auteur : Olivier Descosse
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : France
488 pages

De quoi ça cause ?

Quand le corps d’une jeune femme est repêché au large de Marseille, l’enquête est confiée à l’équipe de la commandante Latour. De prime abord tout laisse à penser à une noyade accidentelle, mais Latour décide malgré tout de creuser au-delà des apparences. Rapidement des éléments troublants vont contredire l’hypothèse de la noyade accidentelle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est d’abord la couv’ qui a attiré mon regard, avant même de voir le titre du bouquin et le nom de l’auteur, j’ai été attiré par ce corps flottant en eau profonde.

Comme ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire d’Olivier Descosse, autant profiter de l’occasion.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien qu’étant de la génération Grand Bleu (le film de Luc Besson, sorti en 1988), je n’ai jamais été sensible à l’appel du large. J’ai certes fait un peu d’apnée mais ça tenait plus du barbotage que de la véritable plongée… à 20 000 lieux (sous les mers, forcément) de la plongée technique (Tech pour les intimes) dont il est question dans le roman d’Olivier Descosse.

L’auteur profite de son intrigue pour permettre au lecteur de découvrir un univers assez peu connu du grand public : la plongée technique. Ces plongeurs de l’extrême (appelés teks) opèrent souvent à des profondeurs supérieures à 100 mètres, ce qui nécessite un entraînement intensif et un matériel lourd spécifique (ils ne se contentent pas de regarder le paysage, leur job est d’assurer des opérations techniques ou de renflouage). Inutile de préciser que dans de telles conditions, la moindre erreur peut être lourde de conséquences.

C’est clairement un domaine que je découvre et sur ce point je ne peux que saluer le travail de documentation de l’auteur, on est en totale immersion (le mot ne saurait sonner plus juste) avec les plongeurs au cours de leurs périlleuses interventions.

L’essentiel de l’intrigue du roman est porté par deux personnages, d’un côté la commandante Chloé Latour, chef d’équipe à la BC de Marseille, et de l’autre Jean Sardi, patron d’une société de Tech et plongeur lui-même. Deux personnalités au caractère affirmé mais fortement marquées par le poids (et les drames) du passé.

J’ai apprécié le fait que Olivier Descosse ne fasse rien pour attirer spontanément l’empathie du lecteur vers ses personnages. Au contraire, il faut un certain temps pour s’habituer à leur personnalité et les adopter. Il faut bien reconnaître que le tempérament impulsif et directif de Chloé Latour en font parfois une parfaite tête à claques. Quant à Jean Sardi, c’est plutôt sa tendance à caliméroter qui va parfois nous porter sur les nerfs (Sors toi les doigts du cul mec et arrête de t’apitoyer son ton triste sort).

Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, qu’il s’agisse de l’équipe – pour le moins hétéroclite – de Latour, ou de celle de Sardi. Mais il est vrai que pour les deux enquêteurs ce crime a une résonnance aussi particulière que personnelle.

L’intrigue à proprement parler reste relativement classique, on devine même assez vite qui est plus à même de se cacher derrière le meurtre de Lola. Reste à comprendre ses motivations… Classique mais rondement menée, on se laisse volontiers entraîner dans l’enquête de Chloé et Jean. On a envie d’en savoir plus et les chapitres défilent fluidité.

Olivier Descosse prouve qu’il ‘n’est pas besoin de revisiter les règles du genre pour livrer un thriller abouti. C’est vrai que le relatif classicisme du récit pourrait rebuter les lecteurs les plus blasés, personnellement ça ne m’a pas dérangé outre mesure, du moment que l’ensemble tient la route.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stanislas Petrosky – Porn Is Born

AU MENU DU JOUR


Titre : Porn Is Born
Auteur : Stanislas Petrosky
Éditeur : Eaux Troubles
Parution : 2022
Origine : France
220 pages

De quoi ça cause ?

Rachida Achouri est flic à la BAC. Pas facile de s’imposer dans ce milieu quand on est une femme et d’origine algérienne. Et pourtant elle a réussi à se faire une place. Jusqu’au jour où, au cours d’une intervention, elle commet l’irréparable.

On déguise la bavure en opération policière qui a mal tourné, Rachida est « éliminée » – tuée en intervention – avant d’être transférée dans un centre d’entraînement de la DGSI. À l’issue d’un entraînement intensif, elle devient Estelle Fincker, actrice porno qui officie sous le nom de Stella Finck.

Pourtant, pour sa première mission de terrain, sa couverture sera escort-girl. Son client : un dangereux terroriste qui a mis la main sur une souche du virus Ébola…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Stanislas Petrosky. Ce premier opus de sa nouvelle série mettant en scène Stella Finck m’a semblé être l’occasion idéale de franchir le pas.

Ma Chronique

Je connais Stanislas Petrosky de nom pour sa série Requiem et son prêtre exorciste atypique et pour celle co-écrite avec Jérémy Bouquin et signée Borya Zavod, Apocalypse Riders. Deux séries que j’ai la ferme intention de lire… un jour où l’autre.

En attendant v’là t’y pas que l’auteur décide de lancer une nouvelle série articulée autour du personnage de Stella Finck. Une couv’ plutôt aguicheuse, un pitch prometteur et hop, in the pocket !

Avertissement de rigueur : réservé à un public averti ! Vous voilà prévenu. On est à mille lieux de l’érotisme parfumé à 50 nuances de guimauve ; avec ce bouquin le polar flirte allégrement avec le X. Il faut dire que Rachida est un tantinet nympho sur les bords, elle aime le sexe et elle l’assume totalement, mieux, elle le revendique !

Mais attention, si Rachida aime la queue ne vous avisez pas à marcher sur la sienne. La miss a un caractère bien trempé et un langage plutôt fleuri (« Oui je suis vulgaire, enfin grossière, paraît que ce n’est pas pareil »).

Vous l’aurez compris, Stanislas Petrosky ne fait pas dans le politiquement correct ! Ne serait-ce que pour ça, je ne regrette pas de m’être laissé tenter par ce bouquin.

Écrit à la première personne, le bouquin vous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Rachida / Estelle / Stella. Du coup les personnages peuvent paraître manquer de profondeur, mais ça colle bien au style du récit (m’est d’avis que quand vous racontez une histoire vous ne dressez pas un profil psychologique approfondi de chacun des intervenants).

Une intrigue sans prétention rondement menée, dans laquelle Rachida devra payer de sa personne pour espérer arriver à ses fins.

Au-delà de son apparente légèreté, l’intrigue permet à Stanislas Petrosky de porter un regard désabusé (et un brin cynique… mais ô combien lucide) sur notre société. Il s’offre même quelques réflexions sur l’intégration, le respect de l’autorité, les disparités et inégalités entre les hommes et les femmes.

Le roman est court et le style direct (parfois cru… souvent saignant), les pages défilent d’une traite jusqu’au clap de fin. Une fin en forme d’au revoir plutôt que d’adieu, il y a en effet fort à parier que d’autres aventures attendent Stella Finck. Et je serai fidèle au rendez-vous.

MON VERDICT

Aparté à l’attention des éditions Eaux Troubles

Le seul point noir dans ce bouquin est du fait de l’éditeur et non de l’auteur. La qualité du fichier epub laisse clairement à désirer. On va faire abstraction de quelques fautes d’orthographe résiduelles, mais les renvois à la ligne intempestifs (en plein milieu d’une phrase) et les césures oubliées (genre inter-dite), franchement ça pique les yeux.

C’est vraiment un travail bâclé, même moi je serai capable de pondre un fichier epub mieux finalisé.

[BOUQUINS] Christophe Agnus – L’Armée D’Edward

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Armée D’Edward
Auteur : Christophe Agnus
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
514 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « Armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’à force de lire des critiques très positives, voire franchement dithyrambiques, il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur ce bouquin qui était passé entre les mailles de mes vigilances.

Et forcément quand Yvan, Aude et The Cannibal Lecteur sont emballés, je ne vois pas comment je pourrai résister plus longtemps !

Ma Chronique

Alerte générale ! POTUS a été enlevé !!! Non POTUS n’est pas mon doudou favori (je vous rassure, je n’ai pas de doudou). Ce n’est pas non plus le caniche de tata Odette (je n’ai pas non plus de tata Odette… ni de caniche). POTUS n’est autre que Mick Faeker, le président des États-Unis (President Of The United States).

Ainsi commence le roman de Christophe Agnus. Pour un premier roman l’auteur place la barre haut et s’attaque à un genre assez peu répandu au sein de la sphère littéraire francophone : le techno-thriller. Un défi doublement couillu pour se lancer dans l’arène, mais un défi remporté haut la main !

Il faut dire que ce brave (pas si brave que ça) POTUS n’est pas le seul à s’être mystérieusement volatilisé. Dix-neuf autres personnalités de différents milieux (politique, économie, spectacle) ont disparu par le monde. Qui se cache derrière une opération d’une telle envergure ? Et quelles seront ses revendications ?

Ces actions chocs sont revendiquées par l’Armée d’Edward (que les midinettes en rut dégoulinantes de guimauve renfilent leurs culottes à fleurs, rien à voir avec le vampirique Edward Cullen), une organisation jusqu’alors inconnue dirigée par un certain Omen et disposant de moyens quasiment illimités.

D’entrée de jeu Christophe Agnus redistribue les cartes, les méchants terroristes / kidnappeurs sont les vrais gentils de l’histoire, leurs victimes, les autorités et les agences de renseignements endossent (une fois n’est pas coutume) le costume des méchants. Et le pire c’est que ce tour de passe-passe ne choque pas outre mesure, on se prend au jeu, pour une fois on a vraiment envie que ce soient les supposés terroristes qui gagnent la partie.

Dans le même ordre d’idée, si tout ne semble pas toujours crédible, la plume de l’auteur sait y faire pour que l’on ait juste envie de se laisser guider par l’intrigue, sans chercher à creuser la faisabilité ou non de tel ou tel point de détail.

Si l’Armée d’Edward réserve un traitement spécial à Mick Faeker, c’est surtout pour qu’il prenne conscience des inepties de sa politique. Il faut dire que le gars est très inspiré par un certain Donald ‘Cheezel‘ Trump, qui a lui aussi occupé la Mason Blanche le temps d’une mandature qui n’a pas laissé que des bons souvenirs aux américains (et accessoirement aux autres aussi).

Les autres kidnappés seront regroupés sur une île du Pacifique avec le strict minimum pour assurer leur survie : des abris rudimentaires, de l’eau, du riz et les ressources naturelles à disposition. Ça ne vous rappelle pas vaguement quelque chose ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Koh Lanta, le jeu de survie diffusé par TF1 et animé par Denis Brogniart. Et effectivement nos apprentis survivants vont être filmés H24, à l’insu de leur plein gré. Comme dans le jeu télévisé, confrontés à la survie, ce sont bien leurs instincts les plus primaires qu’ils laisseront s’exprimer.

Une intrigue qui fait la part belle aux nouvelles technologies, que ce soit l’Armée d’Edward ou les autorités et agences de renseignements, ils ne lésineront pas sur les moyens. Les uns pour espionner et anticiper les réactions de leurs adversaires, les autres pour essayer de comprendre tout ce qui se cache derrière une opération d’une pareille envergure.

Au-delà de l’action pure et dure (qui ne manque pas), il y aussi le message que porte cette fameuse Armée d’Edward, un appel au respect des lois en vigueur qu’il s’agisse de lutte contre la corruption ou de protection de l’environnement. Un message à portée écologique au sens noble du terme (loin de ses perversions politiques). Un message qui pousse le lecteur a encore plus d’empathie pour ces terroristes.

Il faut bien reconnaître que le traitement des personnages est un tantinet manichéen ; là où ça complote dans l’ombre à l’abri du Bureau Ovale, où les kidnappés se tirent dans les pattes (et plus si affinités), les rangs de l’Armée d’Edward opposent une solidarité à toute éprouve. Mais une fois encore, ce n’est pas grave, on accepte le topo les yeux fermés !

Alors oui ça a indéniablement quelque chose de jouissif de voir la plus puissante administration du monde et ses agences de renseignement tournées en ridicule, se faire égarer sur de fausses pistes parfois grosses comme une maison et avoir toujours un coup de retard sur leur adversaire.

Certes le roman n’est pas exempt de défauts mineurs, mais on les oublie rapidement pour se laisser porter par l’intrigue, sans doute parce qu’on a tout simplement envie d’y croire. Il n’en reste pas moins que pour un premier roman, Christophe Agnus réussi un véritable tour de force en imposant, de la première à la dernière page, un rythme de folie qui ne faiblira jamais. Du coup on enchaine les chapitres (un chapitre, une journée) pour en savoir toujours plus, et on dévore inlassablement les 500 pages du bouquin.

MON VERDICT

Coup de poing