[BOUQUINS] Gérard Saryan – Sur Un Arbre Perché

AU MENU DU JOUR


Titre : Sur Un Arbre Perché
Auteur : Gérard Saryan
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
378 pages

De quoi ça cause ?

Une seule seconde d’inattention et la vie d’Alice bascule : Dimitri, 4 ans, le fils de son compagnon, échappe à sa vigilance.

En panique, la jeune femme part à sa recherche, mais elle est victime d’un grave accident. À son réveil, elle doit se rendre à l’évidence : l’enfant a été kidnappé.

Alice n’a désormais qu’une obsession : retrouver Dimitri, coûte que coûte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le nouveau bébé des éditions Taurnada et qu’il me donne l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Seuls ceux et celles ayant plus d’un certain âge – avancé mais pas trop –, comprendront le clin d’œil qui va suivre. Le présent roman n’a strictement rien à voir avec le film de Serge Krober (Sur Un Arbre Perché, 1971) avec Louis de Funés et Geraldine Chaplin. Une homonymie purement fortuite donc.

Tout commence avec un jeune couple qui ressemble à tant d’autres. Alice est styliste installée à son compte, occasionnellement elle est aussi membre d’une petite troupe de théâtre. Au début du roman elle est enceinte. L’heureux papa est le compagnon de la jeune femme, Guillaume, brillant avocat issu d’une grande famille française. Il est divorcé et père de deux enfants (Dimitri, 4 ans et Barbara, 13 ans).

Un matin Alice récupère les enfants chez l’ex-femme de Guillaume pour un voyage en train Lyon-paris, où ils doivent rejoindre Guillaume. Gare de Lyon (à Paris, donc… cherchez pas une quelconque logique là-dedans), le week-end de rêve vire au cauchemar. Dimitri disparaît. Alors qu’elle se lance à sa recherche, Alice est victime d’un accident.

Après un court coma deux terribles nouvelles lui éclatent à la gueule : Dimitri, toujours porté disparu, a vraisemblablement été victime d’un enlèvement ; le bébé n’a pas survécu à l’accident.

Rassurez-vous je n’ai pas l’intention de poursuivre cette chronique en vous proposant un résumé intégral du bouquin. Il fallait poser à minima le décor pour comprendre à quel point retrouver Dimitri va devenir une obsession pour Alice.

La jeune femme est loin d’imaginer jusqu’où son enquête va la mener. De nombreuses surprises et autres retournements de situation l’attendent (et nous aussi par la même occasion). On serait parfois tenté de dire que c’est too much mais finalement on se laisse guider par Gérard Saryan qui mène sa barque avec beaucoup de conviction.

Je vous passe les détails mais au fil de ses pérégrinations, Alice va découvrir un ignoble trafic d’enfants, une vengeance personnelle mûrement réfléchie pour faire le plus de mal possible et bien plus encore. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle va payer de sa personne pour mettre à jour la vérité (ou plutôt les vérités).

Une intrigue complexe, machiavélique et tordue à souhait… tout ce qu’on aime !

Des flashbacks dont on ne saisit pas vraiment le sens viennent s’insérer çà et là dans le déroulé de l’intrigue. Il faut attendre les ultimes révélations pour comprendre comment les événements se sont enchaînés pour arriver à la situation présente du récit.

Heureusement Alice ne sera pas toujours seule face à l’adversité, certaines mains tendues seront des plus inattendues, d’autres cacheront peut-être des intentions moins louables… Au fil des chapitres vous en viendrez, comme Alice, à douter de tout et de tout le monde, son incroyable obstination lui fera repousser toutes les limites.

L’auteur fait sien le slogan publicitaire adopté par Paic Citron à la fin des années 80 (bin oui, c’est une chronique pour les « anciens ») : quand y’en a plus, y’en a encore ! En effet, alors que l’on pouvait supposer que tout allait enfin rentrer dans l’ordre, Alice balance un ultime pavé dans la mare, une révélation, et non des moindres, qui va remettre beaucoup de choses en question.

Même si parfois Gérard Saryan se laisse emporter par son enthousiasme, il réussit à nous scotcher de la première à la dernière page avec une intrigue qui fait voler en éclats nos certitudes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Constance Du Prédateur

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Titre : La Constance Du Prédateur
Série : Ludivine Vancker – Tome 4
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2022
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

Une page se tourne pour Ludivine Vancker qui va intégrer le Département des Sciences du Comportement (DSC) de la gendarmerie et ses équipes de profilers.

À peine arrivée, elle est plongée dans le feu de l’action. Un charnier a été découvert dans le puit désaffecté d’une mine en Alsace. De prime abord toutes les victimes ont été tuées suivant un même mode opératoire entre les années 70 et 90.

L’affaire, déjà complexe, se corse lorsque l’ADN du tueur présumé est retrouvé sur deux nouvelles victimes… tuées au cours de ces dernières semaines.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam et parce qu’il nous offre l’occasion de retrouver Ludivine Vancker dans une nouvelle enquête.

Ma Chronique

Avec ce roman, Maxime Chattam fête ses 20 ans d’écriture (aventure débutée en 2002 avec L’Ame Du Mal, le premier opus de La Trilogie Du Mal). C’est le vingt-huitième roman de l’auteur (sans parler des nombreuses nouvelles qu’il a publié en parallèle à sa carrière romanesque).

C’est avec un réel enthousiasme que je retrouve Ludivine Vancker et ses collègues de la SR (Section de Recherches) de Paris. Mais au bout de quelques pages je découvre que Ludivine va être mutée au Département des Sciences du Comportement (DSC). Adieu les collègues de la SR, et let’s go pour de nouvelles aventures !

Oui… et non. Si Ludivine intègre bel bien le DSC (à sa demande), l’affaire à laquelle ils vont se frotter s’annonce tellement énorme que la SR de Paris va être appelée en renforts. Une sorte de transition en douceur, plutôt qu’une rupture nette. Bien joué Maxou !

Le DSC de la Gendarmerie Nationale a été créé en 2001 (mais n’est opérationnel qu’à partir de 2002), son rôle est de dresser le « profil » d’un criminel au vu de la scène de crime. Pour cela des experts en psychocriminologie travaillent de pair avec des enquêteurs de terrain. Pour faire simple, nos gendarmes du DSC sont plus ou moins l’équivalent des fameux profilers américains. Dans les faits les méthodes du DSC s’apparentent davantage aux techniques d’analyses comportementales développées par la Gendarmerie royale canadienne et la police sud-africaine.

Si Ludivine va retrouver ses anciens collègues (Segnon, Guilhem, Magali et Franck), elle va aussi et surtout devoir travailler de concert avec sa supérieure hiérarchique, la chef d’escadron Lucie Torrens et s’adapter aux méthodes d’investigations du DSC.

J’ai apprécié de retrouver le personnage de Ludivine Vancker débarrassée (plus ou moins) de ses anciens démons, le couple qu’elle forme avec Marc semble avoir un effet positif et apaisant sur sa personnalité.

J’avoue avoir eu un énorme coup de cœur pour le personnage de Lucie Torrens. Elle mériterait presque que Maxime Chattam lui consacre au moins au roman… mais bon, il fait ce qu’il veut, c’est un grand garçon (et vu les idées sombres qui lui passent par la tête, vaut mieux pas lui chercher des noises).

Superbe (la modestie ne m’étouffe pas) transition qui m’amène à dire quelques mots de l’intrigue. Sans mentir c’est peut-être l’une des plus machiavéliques parmi les nombreux thrillers que j’ai lu ces dernières années. Vous n’avez pas fini de vous triturer les méninges pour démêler pareil écheveau.

La violence est omniprésente mais au service de l’intrigue, et encore je trouve que l’auteur a été plutôt soft vu la perversité de Charon, le tueur en série qui va donner bien du fil à retordre au DSC et à la SR parisienne. Si violence il y a, c’est plutôt le contexte imaginé par l’auteur qui fait froid dans le dos ; dans le genre plongée au cœur de ce que l’humain a de plus pourri et pervers, on peut difficilement faire pire dans l’innommable…

En refermant ce roman vous réaliserez à quel point le titre colle parfaitement à l’intrigue.

Ce roman confirme ce que l’on avait déjà pressenti ces dernières années, Maxime Chattam excelle quand il fait du Chattam pur jus… pas quand il cherche à imiter les autres (je fais ici référence aux romans Le Signal et Illusion qui ne m’ont vraiment pas convaincu).

MON VERDICT

Coup de poing

Extrait – Prologue

Voici les premières phrases du roman :

Claire n’aimait pas sucer.
Elle détestait ça même. L’acharnement un peu vain, illusoire, de vouloir faire durer les choses. La perte de temps, d’efficacité. Et puis les sons que cela produisait ! Claire avait un vrai problème avec les clapotements de joues, les claquements humides de langue, les décollements successifs des lèvres moites ou les déglutitions à répétition.

Osez affirmer sans ciller que vous n’avez pas immédiatement pensé à la même chose que moi !

Alors, esprit mal tourné ou pas ? Vous le saurez en lisant la suite.

Une sacrée mise en bouche, si j’ose dire (ah oui, j’ai osé).

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guerilla – Le Dernier Combat

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Titre : Guerilla – Le Dernier Combat
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Magnus
Parution : 2022
Origine : France
332 pages

De quoi ça cause ?

Après vingt-sept jour d’une crise sans précédent, l’ordre semble enfin rétabli. C’est en tout cas ce que voudrait faire croire Victor Escard, le nouveau président qui se pose en sauveur et en garant du très-bien-vivre-ensemble. Quitte à mentir ouvertement et manipuler les foules…

Mais Escard ne devrait pas réjouir trop vite de son succès, Vincent Gite, désormais ennemi public n°1 à la suite de l’attentat de Vincennes, est toujours à ses trousses. D’autre part, le capitaine Danjou et ses légionnaires ne sont pas décidés à déposer les armes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Comme son nom le suggère fortement, c’est le dernier volet de la trilogie Guerilla. Impossible de faire l’impasse après deux tomes qui m’ont tenu en haleine…

Ma Chronique

Vous le savez sans doute je suis réfractaire aux maisons d’éditions ne proposant pas d’offre numérique, pas question pour moi de verser un centime à ces gens-là. Les éditions Magnus (co-fondée par Laurent Obertone) étant dans la même logique marketing que feues les éditions Ring, je n’achèterai aucun de leurs titres.

Ne pas acheter ne signifie pas pour autant ne pas lire… L’option cadeau permet de contourner la limite (merci au père Noël pour ce roman). Sans parler de l’offre alternative, par laquelle je suis passé pour me procurer une version numérique du bouquin.

D’emblée je dois vous avouer que ce dernier tome est celui qui m’a le moins convaincu. L’effondrement décrit dans les deux premiers tomes est la conséquence directe du laxisme et du renoncement porté par la politique du très-bien-vivre-ensemble ; le sauveur providentiel, Victor Escard, propose un retour à la normale dans la droite ligne de son prédécesseur… à la puissance 10 ! J’ai du mal à croire que le français moyen puisse accepter cette idée et se laisser berner à nouveau. J’espère ne pas me tromper…

Suite directe de ma remarque précédente, j’ai été franchement dérangé par les passages relatifs aux prétendus dédommagements dûs aux prétendues victimes d’exclusion (ethnique, religieuse ou sexuelle). À force de pousser le bouchon, ça devient franchement too much et pas du tout crédible.

Je tiens toutefois à souligner qu’il y a quelques bonnes idées qui évitent le naufrage, ainsi je n’ai eu aucun mal à croire en la manipulation des foules par les médias – d’autant que seuls les médias officiels ont le droit d’émettre – ; il en va de même pour les dérives des milices mises en place par Escard et ses sbires pour restaurer l’ordre et la confiance.

J’ai tout particulièrement apprécié de retrouver des personnages déjà croisés dans les précédents opus et de découvrir la suite de leur parcours (souvent chaotique).

Parmi les nouveaux venus j’ai bien aimé le personnage de Laurent Buvard, un enquêteur mandaté par Escard pour trouver et neutraliser Vincent Gite. Marcel et ses élans éthyliques apporteront quelques touches d’humour bienvenues pour détendre l’atmosphère.

Heureusement la bataille de Paris vient redistribuer les cartes et donne au roman un second souffle bienvenu. Dommage qu’il faille attendre le chapitre 38 pour voir jaillir l’étincelle qui va sortir la France moyenne de sa torpeur.

Pour la suite des évènements, Laurent Obertone ne se laisse pas emporter par l’euphorie et l’optimisme ambiant. Il porte un regard plutôt juste sur la nature humaine face au pouvoir. On aimerait y voir un certain cynisme mais ne nous berçons pas d’illusions, le Pays des Bisounours n’existe pas !

Si ce troisième opus m’a moins convaincu que les précédents, il n’en reste pas moins nécessaire pour clore une intrigue qui s’étalera qui nous fera découvrir sur sept jours (du vingt-huitième au trente-quatrième jours). Une trilogie qui mérite d’être découverte même si son propos heurtera la bien-pensance de certains lecteurs.

Avant de clore cette chronique, je vous invite à découvrir l’interview de Laurent Obertone sur Breizh Info (je ne cautionne pas ce média mais l’auteur tend à être blacklisté par les médias plus traditionnels)

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Diagonale Des Reines

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Titre : La Diagonale Des Reines
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2022
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Nicole O’Connor vit en Australie avec son père, un riche homme d’affaire. Fidèle à la devise familiale, elle ne jure que par la force du groupe.

Monica Mac Intyre vit aux Etats-Unis avec sa mère au cœur d’un foyer modeste. Son crédo est la réussite individuelle.

C’est en 1972 que les deux adolescentes se rencontrent et s’affrontent à l’occasion d’un tournoi d’échecs. Une confrontation qui va s’étaler sur plusieurs années, bien au-delà du jeu d’échecs. Leur plateau de jeu sera le monde, les règles sont simples : tous les coups sont permis.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, je l’ai découvert avec la trilogie des Fourmis et j’ai tout de suite été happé par son univers littéraire. Même si j’ai raté quelques rendez-vous, ces dernières années j’essaye d’être fidèle au poste. Un auteur qui ne m’a jamais déçu malgré une œuvre inégale.

Ma Chronique

Pour son nouveau roman Bernard Werber s’inspire de la notion de Némésis, en opposition de l’âme sœur, elle est l’âme damnée – l’ennemie ultime – de son alter ego. Pour construire son intrigue il va s’appuyer sur deux femmes que tout oppose mais qui – paradoxalement – se ressemblent. Une partie d’échecs qui va se jouer à grandeur nature sur fond d’opposition entre les deux blocs Ouest (avec les Etats-Unis aux commandes) et Est (dirigé par l’URSS, puis la Russie).

Le bloc de l’Ouest sera incarné par Monica Mac Intyre, anthropophobe (personne qui fuit les relations interpersonnelles) revendiquée qui ne jure donc que par la réussite individuelle.

Le bloc de l’Est sera représenté par Nicole O’Connor, autophobe (individu qui redoute la solitude) pleinement assumée pour qui le succès ne peut venir que de la force du groupe.

Dans les premiers chapitres nous sommes encore loin de cette confrontation aux enjeux planétaires. En 1972, de sont deux adolescentes d’une douzaine d’année qui se rencontrent pour la première fois à l’occasion de la finale d’un tournoi d’échecs. Une défaite qui se soldera par une première agression physique. Six ans plus tard, nouvelle confrontation sur un plateau d’échecs. L’heure de la revanche a sonné… mais ce sera aussi le déclencheur du premier sang versé.

Deux héroïnes brillantes qui vont cultiver une haine grandissante l’une pour l’autre, et se livrer, au fil des années, à un affrontement sans merci dans lequel tous les coups – surtout les coups bas – sont permis.

Avec ce roman Bernard Werber s’offre une rétrospective des grands événements survenu aux XXe et XXIe siècles. Rétrospective doublée d’une relecture afin de les faire coller à son intrigue. Un exercice qui pourrait facilement s’avérer casse-gueule mais dans lequel l’auteur tire parfaitement son épingle du jeu. On en viendrait presque à se demander si tous ces grands bouleversements (souvent dramatiques) ne pourraient pas être les conséquences – et accessoirement les dommages collatéraux – d’une lutte qui se joue dans l’ombre entre les éminences grises des puissants de ce monde.

Fidèle son habitude Bernard Werber émaille ses chapitres de nombreux extraits de son Encyclopédie Du Savoir Relatif Et Absolu, qu’il s’agisse de rappels historiques, d’anecdotes ou de simples faits constatés, ils sont toujours forts appréciables et souvent instructifs.

Est-il besoin de préciser que pour porter une telle intrigue il faut que l’auteur apporte un soin tout particulier à ses personnages, surtout à ses deux « reines » rivales ? Bernard Werber ne laisse rien au hasard en nous faisant découvrir le parcours personnel et professionnel de ces deux héroïnes au caractère bien trempé. Deux personnalités radicalement différentes mais mues par la même volonté de s’imposer.

Le lecteur pourra choisir son camp selon ses propres idéaux et / ou le personnage dont il se sentira le plus proche.  Pour ma part je serai tenté d’enfoncer une porte ouverte en disant que la solution idéale ne se trouve certainement pas dans les extrêmes. Si toutefois je devais choisir je pencherai plutôt pour Monica, d’une part parce que Staline, Mao et consorts ne sont pas vraiment ma tasse de thé, d’autre part parce que Nicole, pour arriver à ses fins, va nouer des alliances avec des engeances de la pire espèce.

En toute franchise avec ce roman je retrouve Bernard Werber au summum de son talent, incontestablement un très grand cru. Sur ces dix dernières années et les onze romans publiés entre 2012 et 2022 (je sais ça fait 11 ans mais je ne voulais pas amputer le cycle Troisième Humanité), c’est la première fois que j’attribue la note maximale, doublée d’un coup de cœur à un roman de l’auteur.

J’ai adoré tout simplement, même en creusant je ne lui trouve aucun défaut, tout au plus une étrangeté dont je ne peux parler au risque de spoiler gravement l’intrigue. Pour ceux et celles qui se poseraient la question de savoir s’il faut connaître et aimer le jeu d’échecs pour apprécier pleinement ce bouquin, je suis la preuve vivante que non. Je connais les règles de base du jeu (déplacements des pièces) mais je n’ai jamais éprouvé le moindre plaisir à y jouer.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jakub Szamalek – Tu Sais Qui

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Titre : Tu Sais Qui
Auteur : Jakub Szamalek
Éditeur : Métailié
Parution : 2022
Origine : Pologne (2019)
464 pages

De quoi ça cause ?

Varsovie, octobre 2018. Julita Wójcicka est « journaliste » pour un tabloïd du Net, sa rédactrice en chef lui demande de rédiger un article express sur la mort d’un ancien présentateur TV, qui a connu son heure de gloire dans les années 80-90, et qui vient d’être victime d’un accident de la route. Une tâche facile dont Julita s’acquitte en un temps record.

Plus tard, en observant les photos de l’accident, la jeune femme en vient à douter qu’il s’agisse d’un simple accident dû à la perte de contrôle du véhicule. Elle décide alors de creuser la question…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour le côté thriller technologique 2.0 dans lequel les nouvelles technologies se retournent contre leur utilisateur… une réalité qui, bien souvent, dépasse la fiction.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Métailié et la plateforme Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Qui n’a jamais cliqué sur un lien de ragot people ? Qui n’a jamais participé à un quizz bidon sur internet ? Que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre. Même si on sait parfaitement que la lecture de l’article en question va être sans le moindre intérêt et que les résultats du quizz seront d’une banalité affligeante, on a tous – au moins une fois – mordu à l’appât (ce n’est pas pour rien que ces liens sont appelés clickbaits).

Hormis nous avoir fait perdre du temps, ces moments d’égarement virtuels demeurent – fort heureusement – sans conséquence. Il en va tout autrement quand le fameux lien active un malware (trojan, virus, ransomware…). C’est en cliquant sur un de ces liens que la web-pigiste Julita Wójcicka va voir sa vie complètement chamboulée.

Tout commence avec ce qui semble être un banal accident de la route dans lequel un ancien présentateur TV et acteur va trouver la mort. En fouinant un peu plus loin que les apparences, Julita vient à douter de la thèse officielle de l’accident. Et bien entendu elle ne va pas se priver d’en faire un bref « article » sur le site du tabloïd pour lequel elle bosse. L’usine à clics est lancée. Mais pas que…

Elle aurait sans doute dû prendre au sérieux les menaces proférées par un hacker qui lui a ordonné de cesser ses recherches. Le gars va lui pourrir la vie au-delà de tout ce qui est imaginable et faire tout son possible pour saper sa crédibilité.

Complétement désemparée face à ces assauts virtuels, la jeune journaliste va pouvoir compter sur l’aide providentielle d’un hacker de génie… mais leur adversaire est loin d’avoir dit son dernier mot.

Je vous garantis qu’après la lecture de ce roman vous ne regarderez plus votre PC de la même façon. Cette stupide bécane pourrait très bien se retourner contre vous (pas de son propre chef, comme dans le film Electric Dreams, mais en tombant sous le contrôle d’une tierce personne mal intentionnée). Jakub Szamalek en profite d’ailleurs pour glisser au lecteur quelques conseils sur la sécurité informatique.

Il y a pas mal de jargon technique mais il est exposé de façon très didactique et surtout parfaitement intégré au déroulé de l’intrigue. Si ces termes techniques ne m’ont pas dérangé outre mesure j’avoue avoir eu un peu plus de mal avec les noms des personnages, pas facile de s’y retrouver (j’vous parle même pas de les prononcer) avec les patronymes polonais… mais on finit par s’y faire.

L’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages, mais surtout il entretient un flou artistique autour de certains, tant et si bien qu’on a du mal à percevoir leurs intentions (je pense notamment au procureur) avant que le voile ne soit levé.

Il faut dire que le gars est doué pour maintenir le lecteur en haleine tout au long de son roman, l’intrigue connaîtra son lot de rebondissements dont un revirement total de situation qui, pour ma part, m’a laissé sur le cul.

Une intrigue qui va mener Julita vers la face obscure du web, le dark net et son lot de marchandises toutes plus illégales les unes que les autres, mais qui offre aussi une voie royale – sous couvert d’un anonymat quasiment inviolable – aux perversions les plus abjectes.

Le plus glaçant dans tout ça, est sans doute le fait que tout est plausible (quand ce n’est pas purement et simplement un fait avéré). Avec les bonnes clés, un utilisateur mal intentionné peut visiter les profondeurs du dark net.

Tu Sais Qui est le premier opus d’une trilogie consacrée au dark net, le moins que l’on puisse dire est que Jakub Szamalek nous offre une mise en bouche pour le moins appétissante. Un thriller technologique maîtrisé de bout en bout, addictif au possible.

Mon seul regret, devoir attendre 2023, puis 2024 pour découvrir les suites. Siouplé Madame Métailié, pas moyen de raccourcir les délais d’attente ? Je vous rassure, ce premier opus boucle tout un pan de l’histoire tout en ouvrant une porte vers une extension de l’intrigue.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Guillaume Musso – Angélique

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Titre : Angélique
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Hospitalisé à la suite d’un malaise cardiaque Mathias Taillefer est surpris – et irrité – de découvrir une jeune inconnue dans sa chambre. Louise Collange est une étudiante en médecine qui joue bénévolement de la musique auprès des patients hospitalisés.

Quand Louise apprend que Mathias était flic elle lui demande d’enquêter sur la mort de sa mère. Officiellement elle est décédée par suite d’une chute (Accident ? Suicide ?) depuis son balcon du cinquième étage. Mais Louise doute de la version officielle.

D’abord réticent – et irrité –, Mathias accepte de jeter un œil au dossier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je ne vais pas vous refaire le coup du « What else ? » même si ce serait parfaitement adapté à ce roman et à son auteur.

Cela fait plus de 10 ans que je suis fidèle au rendez-vous littéraire avec Guillaume Musso, aucune de ces « rencontres » ne m’ayant déçu, je ne vois de raison de déroger à la règle en cette année 2022.

Ma Chronique

En France Guillaume Musso est souvent cité comme le plus gros vendeur de livres (même si en 2021 il termine sur la troisième marche du podium derrière le dernier album d’Astérix et L’Anomalie de Hervé Le Tellier), mais au-delà des chiffres c’est surtout un auteur qui a su imposer sa griffe dans le monde du polar/thriller. Un succès qui lui vaut d’être nommé chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2012.

Un succès qui dépasse largement les frontières hexagonales (ses romans sont traduits en quarante-deux langues… excusez du peu) reconnu aussi bien par la presse internationale que par ses pairs. En 2021, en Italie, il remporte le prix Raymond Chandler qui couronne la carrière d’un maître du thriller et du roman noir (parmi les précédents titulaires de cette récompense on peut citer John Grisham, Michael Connelly, Don Winslow, Henning Mankell, Margaret Atwood ou encore Jo Nesbo).

Je sais bien que ces quelques rappels ne suffiront pas à rabattre le caquet aux mussophobes de tout poil… même si je dois bien reconnaître que ceux-ci sont moins vindicatifs depuis quelques années. Tout ça pour vous dire que Guillaume Musso a une totale maîtrise des règles du polar et du roman noir doublé d’un incontestable talent de conteur.

Pour son nouveau roman Guillaume Musso décide de jouer la carte du duo atypique. Dans le coin droit, Mathias, ex flic bourru et un tantinet dépressif. À 45 ans, il a passé l’âge de jouer les héros surtout après avoir subi une greffe du cœur. Dans le coin gauche, Louise, 17 ans, étudiante en deuxième année de médecine. Une collaboration imposée à mi-chemin entre alliance et méfiance réciproque.

Et Angélique alors ? Il faudra attendre la seconde partie du récit pour faire sa connaissance et découvrir son parcours. Ne vous fiez surtout pas à son prénom, sous une apparence angélique peut se cacher une personnalité démoniaque, prête à tout pour arriver à ses fins. Si elle n’est pas le personnage central de l’intrigue, tout le scénario imaginé par l’auteur va se construire autour d’elle.

Il faudra aussi compter avec les morts, à commencer par Stella Petrenko (la mère de Louise), mais aussi Marco Sabatini, un peintre voisin et ami de Stella, décédé quelques jours plus tôt. Deux macchabées dans le même immeuble, voilà de quoi mettre la puce à l’oreille à notre ex flic grincheux.

Une intrigue ancrée dans son temps, en 2021 la crise du Covid est encore au cœur de l’actualité. L’occasion pour Guillaume Musso de se moquer gentiment (pas tant que ça finalement) des complotistes antivax. Il faudra toutefois faire quelques retours dans le passé pour comprendre les tenants et les aboutissants du récit.

Une intrigue riche en rebondissements qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’à son dénouement. Si le noir reste de rigueur au niveau de l’ambiance générale, il n’interdit pas quelques touches d’humour.

Si l’essentiel du récit se déroule à Paris, un voyage à Venise s’imposera pour connaître la conclusion de l’intrigue principale. La dernière partie du récit apporte un complément d’information sur le déroulé des événements avant et une conclusion bienvenue – et méritée – à l’histoire.

Chaque partie du récit (4 au total) s’ouvre sur une illustration de Matthieu Forichon. Un bonus visuel fort sympathique qui n’est pas sans rappeler les romans de Marc Levy (j’dis ça, j’dis rien… j’voudrais pas foutre la merde).

La qualité narrative de Guillaume Musso nous fait facilement accepter quelques situations peu crédibles, voire carrément too much ; on se laisse porter par une intrigue qui ne révolutionnera certes pas le genre mais n’en pas moins très bien construite. Sans doute pas le meilleur (ni le plus inspiré) roman de Guillaume Musso mais un page-turner d’une redoutable efficacité (dévoré en une journée pour ma part).

MON VERDICT

Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso depuis 2012

2022 : Marc Levy (Noa)
2021 : Marc Levy (Le Crépuscule Des Fauves)
2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était À Refaire)

Marc Levy : 6 – Guillaume Musso : 5
Avantage Levy

[BOUQUINS] Karsten Dusse – Des Meurtres Qui Font Du Bien

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Titre : Des Meurtres Qui Font Du Bien
Auteur : Karsten Dusse
Éditeur : Le Cherche Midi
Parution : 2022
Origine : Allemagne (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Björn Diemel est avocat pénaliste, tiraillé par une vie professionnelle qui l’accapare et une vie personnelle qui part à vau-l’eau, il se résigne à consulter un coach en méditation de pleine conscience. Le verdict est sans appel, Björn doit éviter les situations de stress et se ménager du temps pour lui.

Plus facile à dire qu’à faire quand son principal client est un caïd du crime organisé qui semble prendre un malin plaisir à se fourrer dans les emmerdes les plus sombres. Avant de demander à son avocat de le sortir du pétrin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Après L’Été Où Tout A Fondu j’avais besoin de quelque chose de léger à lire, et je doute fort que le roman Duchess de Chris Whitaker réponde à cette attente. Au lieu de ça j’ai opté pour le roman de Karsten Dusse, découvert grâce à Net Galley.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Le Cherche Midi et la plateforme Net Galley pour leur confiance et leur réponse positive à ma sollicitation.

Karsten Dusse est avocat de profession, avec ce roman il inaugure une série policière appelée Meurtres Zen, à ce jour la série est déjà riche de quatre titres en Allemagne. Grâce aux éditions Le Cherche Midi, le public français va , à son tour, pouvoir découvrir une série policière au ton des plus décalé.

Le ton est d’ailleurs donné dès les premières phrases du roman :

Avant toute chose : je ne suis pas quelqu’un de violent. Au contraire. Je ne me suis jamais battu de ma vie, par exemple. Et je n’ai tué mon premier homme qu’à quarante-deux ans. Ce qui, dans mon milieu professionnel actuel, est plutôt tardif. Bon, il est vrai qu’une semaine après, j’en étais déjà à presque six meurtres.
J’imagine que ça doit vous choquer. Mais tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour de bonnes raisons. C’est la conséquence logique d’un cheminement vers la pleine conscience. Pour concilier travail et vie de famille.

Avouez que l’idée de combiner thriller et développement personnel est plutôt culottée, surtout pour un premier roman. Comment un avocat pénaliste en charge d’un des mafieux les plus virulents – et imprévisible – d’Allemagne va pouvoir accommoder les principes de la pleine conscience à sa vie privée et professionnelle ? C’est ce que Karsten Dusse vous invite à découvrir avec ce roman.

Chaque chapitre commence par un précepte de la pleine conscience énoncé par Joschka Breitner, le coach que va consulter Björn Diemel. Des préceptes simples – voire simplistes – qui pourraient provenir de n’importe quel support amateur de développement personnel (notez que j’insiste sur le mot amateur, je n’ai aucunement l’intention de décrier le travail des véritables professionnels du développement personnel). Des conseils qui relèvent avant tout du bon sens, dont s’inspirera Björn Diemel pour résoudre ses problèmes.

Le roman est écrit à la première personne, c’est Björn qui vous raconte son évolution personnelle et professionnelle. À ce niveau de changement on pourrait presque parler de métamorphose plutôt que d’évolution.

L’intrigue ne devrait vous causer pas de brusque montées d’adrénaline – malgré quelques morts qui n’auront rien de naturelles et ne se feront pas dans la douceur –, le narrateur opte pour un ton décalé – presque détaché – pour nous faire partager son expérience. Un choix qui pourrait être déconcertant mais en fait qui s’accorde parfaitement à l’optique du bouquin et au choix de son héros.

Bien que d’une moralité aussi douteuse que flexible, j’ai beaucoup aimé le personnage de Björn Diemel. Karsten Dusse réussit à le rendre attachant à travers la relation quasi-fusionnelle qu’il entretient avec sa fille.

Les personnages secondaires ne sont pas simplement cantonnés à des rôles de faire-valoir, en quelques lignes l’auteur saura les rendre sympathiques ou antipathiques. Certains pourront même surprendre le lecteur au vu de leur évolution.

La couv’ nous promet du « contemplatif, désopilant et explosif », je dirai que la promesse est partiellement tenue. Du fait de l’intrigue sur fonds de développement personnel, le contemplatif est bel et bien au rendez-vous. Le côté explosif est assuré par l’usage intensif qui sera fait des grenades à main au fil de l’intrigue. Quant au désopilant je dirai que le mot est sans doute un peu fort, c’est divertissant et amusant mais pas non plus au point de se pisser dessus (ce qui n’est pas plus mal d’un point de vue purement hygiénique).

Un bon moment de lecture qui permet de se détendre sans trop se creuser les méninges, ça tombe bien c’est exactement ce que j’attendais en ouvrant ce bouquin. Je serai bien entendu fidèle au rendez-vous pour la suite de la confession de Björn Diemel, en espérant toutefois que l’auteur ne se contente pas d’user et d’abuser des mêmes ficelles.

Forte de son succès outre-Rhin, il semblerait que la série ait tapé dans l’œil de Netflix, des négociations quant à son adaptation pour le petit écran seraient en cours. J’imagine déjà certaines séquences… mais non, à moins que… âmes sensibles s’abstenir !

Pour les adeptes de développement personnel qui souhaiteraient en apprendre davantage sur la méditation de la pleine conscience (mindfulness en anglais), je vous invite à taper ces mots sur Google et à vous faire votre propre opinion sur la chose.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Le Cas Chakkamuk

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Cas Chakkamuk
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

Le shérif Doug Warwick est accusé de viol par sa belle-sœur et sa propre femme. Taylor, son jeune adjoint est chargé de l’enquête. Quelque peu dépassé par les événements il sollicite l’aide du prédécesseur de Warwick, Blansky, désormais rédacteur en chef au Notchbridge Sentinel.

Assisté de Dempsey, écrivain à succès et employé au journal, l’ancien shérif va essayer de démêler un sac de nœud de plus en plus inextricable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook) qui poursuit son séjour littéraire mouvementé au pays de l’Oncle Sam. Après Pasakukoo, il reste sur les rives du lac et ses environs pour son nouveau roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman Roy Braverman reste à Rhode Island et autour du lac Pasakukoo, un cadre enchanteur qui fut déjà le théâtre de son précédent roman, Pasakukoo. Du coup vous ne serez pas surpris de retrouver de vieilles connaissances, tel que Blansky, ancien shérif devenu rédacteur en chef du quotidien local, et son acolyte ami/ennemi, Dempsey, écrivain à succès qui prête sa plume à la rubrique littéraire de ce même journal.

Les lecteurs assidus de Roy Braverman retrouveront avec plaisir – agréable surprise s’il en est – ce cher Mardiros, collecteur de dettes (ne l’appelez pas chasseur de primes, ça contrarie le bonhomme) arménien qui ne manquera jamais de surprendre ses interlocuteurs et, par la même occasion, le lecteur.

Bien entendu il faudra aussi compter sur de nouveaux personnages. À commencer par le shérif Doug Warwick, Laureen son épouse et Brenda, la sœur de cette dernière. Entre eux va rapidement se jouer un curieux jeu d’alliances et de trahisons, à se demander qui manipule qui et surtout dans quel but…

Mais commençons par le commencement afin d’y voir un peu plus clair. Le bouquin s’ouvre sur la disparition (a priori volontaire) de Brian Ross, un brillant auteur (faut croire que le lac inspire les écrivains) et mari de Brenda. Pour l’aider à surmonter ce cap douloureux, Laureen et Doug l’accueille chez eux toutes les fins de semaine. Jusqu’à ce que survienne une curieuse proposition indécente… Alors que tout semble se dérouler selon le plan des trois complices, la mécanique s’enraye brusquement et prend un tour pour le moins inattendu. À partir de là les choses vont aller de mal en pis, avec parfois quelques revirements des plus surprenants.

Comme dans Pasakukoo les chapitres commencent par quelques mots d’un mystérieux narrateur qui s’adresse directement au lecteur et n’hésite pas à se moquer de son créateur (l’auteur). Comme dans le précédent roman, le narrateur en question nous informe dès sa première intervention qu’il va mourir au cours du roman.

Et puisqu’on cause de macchabées, vous devez bien vous douter que le narrateur n’est pas le seul qui rencontrera la grande faucheuse au fil des chapitres. Et bien entendu, Braverman’s mark oblige, les causes des décès ne seront pas vraiment naturelles et leurs circonstances un tantinet brutales.

Des chapitres courts et un humour (souvent fortement teinté de noir) omniprésent viennent compléter la fameuse griffe Braverman. Une recette éprouvée qui nous garantit une lecture aussi jouissive qu’addictive.

Face à l’ampleur que prennent les choses, le FBI ne va pas tarder à mettre son grain de sel dans l’affaire. En l’occurrence se sont deux girls in black, les agents Daimler et Willow, qui vont devoir essayer de démêler un écheveau de plus en plus inextricable.

Me croiriez-vous si je vous disais qu’au milieu de ce joyeux bordel, ce brave Cupidon va quand même réussir à faire mouche ? Rassurez-vous, l’ami Braverman n’a pas pris d’actions chez Harlequin, de romantisme, point trop n’en faut.

Même si j’ai trouvé ce bouquin un peu plus soft (pour du Braverman, cela s’entend) que les précédents, je me suis régalé de la première à la dernière page. La preuve j’ai dévoré le bouquin dans la journée.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Mo Malo – Summit

AU MENU DU JOUR


Titre : Summit
Série : Qaanaaq – Livre 4
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

À la demande de son supérieur, Arne Jacobsen, Qaanaaq Adriensen doit superviser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les cadors de la police islandaise, danoise, norvégienne et finlandaise vont se réunir au QG de la patrouille Sirius, aux portes de l’inlandsis.

Les choses commencent mal, à peine débarqué au Groenland, le représentant de la police islandaise disparaît mystérieusement. Et ce n’est que le premier « incident » qui va perturber la tenue de ce sommet, les choses vont en effet aller de mal en pis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la quatrième enquête de Qaanaaq Adriensen et son équipe, un coup de cœur dès leur première apparition qui ne s’est jamais démenti.

Ma Chronique

Je remercie les éditions La Martinière et Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Petit détour par le visuel avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est la couv’ de Qaanaaq (le premier opus de la série) qui m’a irrésistiblement attiré vers le roman avec son ours polaire qui fait trempette. A l’occasion de cette quatrième enquête ce brave nanuq (littéralement, ours polaire en inuit) est de retour en tête d’affiche. Une présence qui ne doit rien au hasard, la bestiole ne venant pas faire que de la figuration dans ce roman.

Petite digression géographique maintenant. Vous savez sans doute que la Scandinavie ne désigne pas un état mais une entité géographique regroupant plusieurs états. Au sens strict elle est formée par la Norvège, la Suède et le Danemark qui constituent un ensemble relativement homogène sur les plans ethniques, linguistiques et historiques. Au sens large et usuel, on y ajoute la Finlande et l’Islande, soit l’ensemble des états nordiques. Sauf que ces états sont déjà représentés au sein d’une institution appelée Conseil nordique.

C’est bon on peut y aller ? Allez zou, embarquement immédiat en direction du Groenland.

Ceux et celles qui ont lu les trois précédents romans de la série ne seront pas totalement dépaysés et retrouveront avec plaisir des personnages qu’ils connaissent désormais presque comme leurs amis. Un plaisir que ne suffira pas à gâcher la présence d’Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen, plus déterminé que jamais à nuire à Qaanaaq Adriensen.

Si vous n’avez pas lu les trois précédents romans de la série (Qaanaaq, Disko et Nuuk), je ne saurais que trop vous conseiller de le faire avant de vous lancer dans la lecture de Summit. En effet le présent roman fait très souvent référence aux précédentes enquêtes de Qaanaaq et son équipe, difficile dans ces conditions d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue et plus encore les personnages sans connaître leur histoire.

Rapidement Qaanaaq va réaliser que ce séminaire de la SPA ne sera pas un banal atelier de cohésion des équipes dans la lutte contre le crime organisé. Déjà la disparition du représentant de la police islandaise n’augurait rien de bon, quand celui de la police finlandaise est blessé par balle dès la première sortie du groupe, il apparaît clairement qu’ils sont la cible d’un ennemi invisible… et sans doute venu de l’intérieur.

Ces « incidents de parcours » ne suffiront toutefois pas à convaincre le chef de la patrouille Sirius de changer le programme prévu pour leurs hôtes. Programme dont le point d’orgue sera un trek en traîneau à chiens en bordure de l’inlandsis (sans doute le décor le plus hostile qui soit en milieu polaire).

Fidèle à son habitude Mo Malo (définitivement le plus nordique des écrivains français) place la nature au cœur de son intrigue. L’inlandsis lui offre effectivement un terrain de jeu particulièrement inadapté à l’humain avec des températures extrêmes et un relief accidenté qui dissimule de nombreux pièges invisibles – sauf au dernier moment… quand il est déjà trop tard. Ajoutez au tableau un redoutable prédateur particulièrement sournois et rancunier (fallait pas venir lui chier dans les pattes).

Plus que jamais l’humain sera la clé de la survie dans un décor pareil. Livrés à eux-mêmes après une succession de défaillances, les trekkers vont devoir, plus que jamais, rester solidaires et faire front uni contre l’adversité (pas évident quand on soupçonne qu’il y a – au moins – un fruit pourri dans le panier). Face au froid, au doute et à la faim qui les tenaille, la moindre faille fera d’eux une cible idéale pour la folie polaire.

Si on retrouve un Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen plus mesquin et magouilleur que jamais, on en apprend aussi un peu plus sur les raisons de sa rancœur envers Qaanaaq. Longtemps Jacobsen va se réjouir du bon déroulé de son plan visant à décrédibiliser son ennemi juré… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’a jamais été le maître du jeu et que dès le départ les dés étaient pipés pour lui aussi.

Pendant que nos valeureux séminaristes se débattent pour survivre, sur le continent une guerre des gangs menace d’exploser à tout instant. Les AK81, jusqu’alors affiliés aux Hell’s Angels, rêvent d’autonomie et surtout veulent leur part du gâteau. Un conflit larvé qui pourrait bien embraser toute la Scandinavie.

Une fois de plus Mo Malo n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages. J’avoue que plus d’une fois je me suis demandé s’il n’allait pas sonner le glas de notre sympathique Qaanaaq et des compagnons d’infortune. Avais-je raison de craindre le pire ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.

Un roman qui se dévore tant il est maîtrisé et addictif de la première à la dernière page. Si comme moi vous adorez les thrillers qui jouent avec vos nerfs, vous vous régalerez avec ce bouquin. Il y a d’autres points que j’aurai aimé aborder dans cette chronique, notamment la relation des hommes de la patrouille Sirius et de leurs chiens de traîneaux, mais je n’en ferai rien afin de garder intact le plaisir de la découverte.

Je terminerai en signalant simplement qu’au fil des chapitres, j’ai supposé que le titre, Summit, faisait référence au sommet de la SPA (même si on est plus dans un contexte séminaire, voire atelier) avant de comprendre, dans la dernière partie du roman, que je faisais fausse route.

Et maintenant ? Et si je vous disais que Mo Malo prépare une nouvelle série dans un cadre radicalement différent (un indice, la chose devrait s’appeler La Breizh Brigade), ça vous aiderait ou ça ne ferait que vous embrouiller davantage ? Si vous voulez en savoir plus sur le sort de Qaanaaq vous voilà condamné à lire Summit (croyez-moi, il y a pire comme châtiment).

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Un Morceau De Toi

AU MENU DU JOUR


Titre : Un Morceau De Toi
Série : Le Bureau Des Affaires Non Résolues – Livre 1
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Rageot
Parution : 2022
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Gaspard, 16 ans, est un ado à la dérive. Voler une voiture pour éviter de se faire tremper par la pluie ne fut sans doute pas une idée de génie… surtout quand on ne conduit que devant sa console !

L’heure des comptes a sonnée. Pour éviter la case prison, il va devoir intégrer un programme de réinsertion particulièrement innovant. Pendant trois mois il va devoir faire équipe avec un policier confirmé, le capitaine Ruben Arcega, ensemble ils vont devoir résoudre un cold case de leur choix.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Christophe Guillaumot et même si j’aurai apprécié de retrouver « son » Kanak, j’admets volontiers qu’après tout ce qu’il a traversé dans le roman Que Tombe Le Silence, il puisse bénéficier d’un répit – temporaire – bien mérité.

Si l’auteur reste dans le milieu policier qu’il connaît sur le bout des doigts pour le pratiquer au quotidien, la cible visée est davantage young adult avec cette nouvelle série. J’étais donc à la fois curieux et un tantinet dubitatif, craignant une enquête un peu trop light à mon goût.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Rageot et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Ce roman est la seconde incursion de Christophe Guillaumot dans la littérature jeunesse, j’avoue sans aucun complexe que le précédent, Lady Elliot Island, ne m’inspirait pas plus que ça… à tort ou à raison je l’ai supposé trop ciblé vers un public young adult (voire young tout court).

Avec ce premier opus du Bureau Des Affaires non Résolues, l’auteur revient dans le domaine policier, un monde dont il connaît tous les rouages – il faut dire que c’est son quotidien – comme peut en témoigner l’excellente trilogie autour de son personnage de Renato Donatelli, aussi surnommé, plus ou moins affectueusement, le Kanak.

Mais laissons Renato profiter d’un repos amplement mérité au vu des multiples épreuves qu’il a dû surmonter dans Que Tombe Le Silence, il lui faudra certainement un temps pour se reconstruire… mais j’espère bien que nous le retrouverons très vite, Christophe Guillaumot ayant promis de continuer à le « martyriser dans les enquêtes à venir ».

Fidèle à sa ville de cœur, l’auteur situe son intrigue à Toulouse mais opte pour un service de police qui, à ma connaissance, n’existe pas encore. L’idée étant que des adolescents en perte de repères (mais pas encore complètement irrécupérables) soient associés à des policiers expérimentés afin que chaque binôme décortique un cold case (une affaire ancienne non encore élucidée) et, pourquoi pas, permette de faire avancer l’enquête.

Concrètement les cold cases n’intéressent les autorités françaises que depuis peu, des services dédiés ont été mis en place mais ils n’ont que quelques mois d’ancienneté. Il faut dire que l’affaire de la petite Maelys, tuée par Nordhal Lelandais, a permis de révéler une personnalité complexe qui pourrait être rattachée à d’autres affaires non encore élucidées – il a d’ores et déjà été condamné pour le meurtre de Maelys, mais aussi pour celui d’Arthur Noyer, un jeune militaire porté disparu depuis 2017.

Revenons à nos moutons… C’est donc dans le cadre de cet innovant programme de réinsertion que Gaspard, 16 ans, va se retrouver associé au capitaine Ruben Arcega.

Gaspard est le profil type du jeune qui fait des conneries sans vraiment réaliser la portée de ses actes. Il vit seul avec sa mère (dans un très vieil appartement… non Charles, pas maintenant !) sans emploi qui s’est réfugiée dans l’alcool depuis que son mari a disparu du jour au lendemain sans un mot d’explication. Pour échapper à son quotidien il peut compter sur sa bande de potes avec qui il pratique l’urbex, mais aussi sur Jade, sa copine… si ce n’est qu’il ne sait plus trop où ils en sont tous les deux, leur histoire a depuis la rentrée plus de bas que de hauts.

De son côté Ruben Arcega est un flic solitaire et taciturne – il habite sur une péniche avec pour seule compagnie son chien, Poker –, pas franchement à cheval sur la discipline et les procédures… sauf quand il s’agit de les contourner. C’est d’ailleurs pour un « geste déplacé » qu’il s’est retrouvé au placard et intègre, bien malgré lui, le Bureau des affaires non résolues.

Pas question pour Ruben de s’encombrer d’une collaboration qu’il juge d’emblée de pacotille et vouée à l’échec. Pour lui la distribution des rôles est on ne peut plus simple, lui va « s’occuper de dégoter dans toute cette paperasse une affaire pas trop compliquée, un truc simple qui me permettra de nous sortir de ce guêpier. », pour Gaspard le verdict est sans appel : « Tu te tiens à carreau. » et « Toi, tu fais comme tous les morveux de ta génération. Tu prends ton téléphone, tu fais ce que tu veux dessus et tu ne me fais pas chier ! »

Comme vous vous en doutez déjà, ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses vont se dérouler. Alors que Ruben mène les premières investigations sur l’affaire qu’il a sélectionné, il s’aperçoit rapidement que les rares pistes dont il dispose finissent par faire chou blanc. C’est finalement Gaspard qui aura le nez creux en se penchant – pour passer le temps – sur des cas multiples de mutilations de chevaux (128 affaires au total). Une affaire qui pourrait s’avérer bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Dès lors la dynamique change, Ruben et Gaspard vont devoir apprendre à travailler ensemble et, au fil de l’eau, apprendre à se connaître, à se respecter et à s’apprécier. Une recette certes classique dans le registre des « duos improbables mais finalement efficaces » mais qui porte généralement ses fruits. Et c’est le cas présentement, on apprécie la confiance mutuelle et la complicité qui s’installent au fil de la collaboration du binôme.

L’étiquette young adult me faisait redouter une enquête un peu trop édulcorée ou trop facile mais il n’en est rien. L’intrigue n’a rien à envier à certains romans destinés à un public adulte, elle se complexifie au fil des révélations et pourrait bien n’être que la partie émergée de l’iceberg.

Dubitatif j’étais, tort j’avais. Christophe Guillaumot signe une intrigue totalement convaincante et addictive. Il me tarde de retrouver ce Bureau des affaires non résolues, avec Gaspard et Ruben… ou avec un nouveau binôme. Vous voilà condamné à lire ce roman si vous voulez un début de réponse à cette question.

Juste une ultime précision avant de clore cette chronique, ce premier opus boucle l’enquête en cours – dans un sens ou dans l’autre –, mais certaines interrogations restent sans réponse… si réponse il y a.

MON VERDICT