[BOUQUINS] Bernard Minier – Lucia

AU MENU DU JOUR


Titre : Lucia
Auteur : Bernard Minier
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2022
Origine : France
474 pages

De quoi ça cause ?

Lucia Guerrero, lieutenant à l’UCO (une unité d’élite de la Guardia Civil), est appelée sur une scène de crime qui la touche directement. Son collègue et amant a été tué, la victime, nue, est collée à une croix comme si elle avait été crucifiée.

Dans le même temps, un programme informatique développé par un groupe d’étudiants en criminologie de l’université de Salamanque et leur professeur, Salomon Borges, exhume trois affaires non résolues au mode opératoire similaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Minier, un auteur qui ne m’a jamais déçu, même si j’ai accumulé un énooorme retard dans la lecture de ses romans.

Ma Chronique

Pour découvrir son nouveau roman et sa nouvelle héroïne, Bernard Minier nous invite à traverser les Pyrénées, direction l’Espagne.

La scène d’ouverture donne le ton avec un meurtre à la mise en scène macabre. C’est l’occasion de faire connaissance avec Lucia Guerrero, frappée de plein fouet par cette scène de crime puisque la victime est non seulement un collègue de l’UCO, mais aussi son amant.

Lucia est une femme flic au caractère bien trempé et pas franchement regardante des procédures et règles. Mais au-delà des apparences se cachent quelques faiblesses : la culpabilité suite à la mort de son jeune frère, et un fils à qui elle ne consacre pas assez de temps.

Et ce n’est pas cette nouvelle enquête qui va laisser à Lucia le temps de souffler, il faut dire qu’elle en fait quasiment une affaire personnelle. Et si telle était justement la volonté du (ou des) tueur(s).

Pour avancer dans son enquête elle pourra compter sur le renfort de Salomon Borges, un professeur d’université aussi modéré qu’elle est impétueuse, et d’un petit groupe d’étudiants en criminologie qui ne compte pas ses heures.

Une enquête qui va les lancer sur la piste d’un tueur en série qui sévit depuis plus de trente ans sans qu’aucun rapprochement ne soit fait entre les différents crimes (éloignés aussi bien chronologiquement que géographiquement), jusqu’à ce que le logiciel DIMAS, mis au point par le Pr Borges et ses étudiants, ne relève un mode opératoire similaire sur les différentes scènes de crimes.

Pour l’anecdote ce fameux logiciel n’existe pas, dommage pour la Guardia Civil espagnole. En revanche des outils similaires équipent déjà certaines forces de police (ViCAP pour le FBI, SALVAC au Canada et en France).

Avec ce roman Bernard Minier nous livre un thriller hautement addictif que l’on aura bien du mal à lâcher. Une intrigue rythmée et haletante pour une enquête qui poussera Lucia vers ce que l’humanité a de plus glauque.

Comme dans tout bon thriller, l’intrigue vous réserve quelques revirements de situation, certains pour le moins inattendus (perso je n’ai pas vu venir le twist final). Une intrigue servie par une écriture très visuelle qui ne s’encombre pas de fioritures.

Un page-turner efficace même s’il ne révolutionne pas les règles du genre, usant même parfois de certains poncifs qui n’apportent rien à l’intrigue (on s’en fout un peu que le haut-fonctionnaire soit un homo refoulé).

A priori nous devrions retrouver Lucia dans d’autres romans de l’auteur, c’est avec plaisir que je répondrai présent.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Requiem Des Ombres

AU MENU DU JOUR


Titre : Requiem Des Ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Donovan Lorrence, écrivain à succès, revient à Neuchâtel après des années d’absence. Il est déterminé à faire toute la lumière sur cette nuit de novembre 1973 où son frère a disparu et lui-même a été agressé.

Il est temps d’exorciser ses démons du passé, mais certaines personnes pourraient ne pas voir d’un bon œil cette envie de faire remonter à la surface des souvenirs oubliés…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Taurnada et David Ruiz Martin m’avait scotché et bluffé avec Seule La Haine, le précédent roman de l’auteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime les auteurs qui osent se remettre en question d’un titre à l’autre, si David Ruiz Martin reste dans le thriller noir avec ce nouveau roman, il est totalement différent de Seule La Haine. On pourrait penser qu’il est difficile d’imaginer une intrigue originale autour du thème (éculé diront certains) de la vengeance, et pourtant l’auteur réussit à nous proposer une approche plutôt novatrice. Même s’il est d’usage de dire que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », rien n’interdit d’apporter une pointe d’originalité et de modernité à ladite soupe.

Ici cette note inédite vient du personnage d’Iris et de son don (qu’elle considère plutôt comme une malédiction). Son apparition va donner un sérieux coup de boost à l’intrigue, constituant même un second arc narratif qui entraînera Donovan dans son sillage.

Il faut bien reconnaître que Donovan Lorrence ne fait rien pour s’attirer la sympathie des lecteurs malgré la totale légitimité de sa quête de vérité. Heureusement Iris aura un effet apaisant sur lui, même si trop se rapprocher de la mystérieuse jeune femme peut réserver bien des surprises.

Une fois encore c’est la Suisse, et plus particulièrement Neuchâtel et ses environs, qui servira de décor à l’intrigue imaginée par David Ruiz Martin. Une Suisse bien loin de l’image d’Épinal qui vante le flegme helvète, c’est le côté obscur de la Suisse que nous dévoile l’auteur.

Une intrigue certes moins machiavélique que celle de Seule La Haine et son incroyable face à face psychologique, mais pas moins intéressante. Vous aurez rapidement envie de comprendre ce qui a bien pu passer au cœur de la brume neuchâteloise, un soir de novembre 1973. Il faut croire que la soif de vérité de Donovan est contagieuse.

Les personnages sont soignés, l’intrigue est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Franchement difficile de lâcher le bouquin une fois que vous serez pris dans les mailles du filet. Résultat des courses on dévore les presque 400 pages quasiment d’une traite (deux traites pour être exact).

Avec ce roman David Ruiz Martin confirme qu’il faudra désormais compter avec lui dans le petit monde du polar suisse, mais aussi, plus largement, du polar francophone.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Rivage Obscur

AU MENU DU JOUR


Titre : Rivage Obscur
Série : Lilith Tereia – Livre 3
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

Chez elles, les journalistes Lilith et Maema tombent nez à nez avec un enfant tétanisé. Son poignet saigne. Apeuré et mutique, le jeune garçon finit par les conduire jusqu’à un squat isolé au fin fond d’une vallée. Elles y découvrent sous une bâche les cadavres mutilés d’un couple. Et un univers insoupçonnable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la troisième (et dernière ?) enquête de Lilith Tereia et de sa fidèle complice Maema. J’ai tout de suite été happé par l’univers « noir azur » de Patrice Guirao, il me tardait donc de découvrir ce qui attendait nos deux journalistes pleines de ressources.

Ma Chronique

Avec sa trilogie noire azure, Patrice Guirao vous invite à découvrir la Polynésie Française en allant au-delà des décors de cartes postales ; et il le fait fichtrement bien, même si le voyage n’est pas toujours de tout repos (et même souvent éprouvant). Prêt pour l’embarquement ? Suivez le guide.

C’est une réalité encore plus noire que nous découvrons avec ce troisième opus puisque l’épidémie de Covid est passé par là et n’a pas épargné la Polynésie. Sur une population totale de 281 000 habitants, 72 678 cas positifs ont été signalés et 648 décès.

C’est d’ailleurs cette même pandémie qui fait que le présent roman, initialement annoncé pour 2021, a été publié avec un an de retard. Entre temps le titre aussi a changé, Tiaré Noir est devenu Rivage Obscur.

Après une escale mouvementée aux Tuamotu (Les Disparus De Pukatapu), Lilith et Maema sont de retour à Tahiti. Alors qu’elles profitent du bord de mer chez Maema, un bruit venant de l’intérieur du faré les tire de leur causerie. À l’intérieur, elles se retrouvent nez à nez avec un jeune garçon, blessé à une main. Une rencontre qui les plongera au cœur de la face la plus sombre de la Polynésie.

Même si ce roman peut se lire indépendamment des précédents, je ne saurai que vous conseiller de les lire dans l’ordre. D’une part c’est la meilleure façon d’aborder les personnages, mais c’est aussi et surtout l’unique façon de comprendre pleinement l’impact du Covid sur la vie de l’archipel.

Chères lectrices du Bûcher De Moorea (le premier opus de la trilogie), j’ai une bonne nouvelle pour vous. Le beau Kae est de retour sur le devant de la scène… dans la limite de l’espace que veulent bien lui laisser Lilith et Maema.

Chaque roman de cette série est l’occasion de découvrir de nouvelles problématiques polynésiennes, des problématiques souvent ignorées des non-résidents pourtant bien réelles. Comme partout la crise sanitaire a eu de lourdes conséquences économiques, avec des fermetures d’entreprises, des pertes d’emploi et donc une précarité galopante. Crise économique étant elle-même facteur d’insécurité et offrant un terrain propice à l’expansion de trafics en tout genre (argent facile pour les uns, palliatif – illusoire – à la misère pour les autres), dont celui de l’ice.

Fidèle à son habitude Patrice Guirao pointe aussi du doigt les méfaits de la décolonisation. Je ne dis pas que tout est faux (loin de là), mais il est un peu facile de faire l’impasse sur les nombreux points positifs apportés par la France dans ses colonies du Pacifique. Désolé, mais le coup du « c’était mieux avant » ne prend pas avec moi, sans doute le fait que je vive en Nouvelle-Calédonie n’est pas totalement étranger à cette prise de position.

Au niveau des nouvelles rencontres que vous réserve ce roman, nul doute que vous ne résisterez pas longtemps à l’effronterie et à l’assurance du jeune Toi ; un mélange de force et de fragilité qui vous va droit au cœur.

Une fois de plus j’ai été totalement embarqué par ce voyage au cœur de la dure réalité polynésienne ; même si j’ai trouvé l’intrigue un tantinet en deçà des précédentes, on reste dans très bon niveau.

Je suis bien conscient que le principe fondateur d’une trilogie est de se décliner en trois volets, mais j’aimerai sincèrement qu’un quatrième tome vienne consolider le final. Ce serait dommage de quitter Lilith et Maema dans la situation laissée à la fin du présent roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Descosse – Peurs En Eau Profonde

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Titre : Peurs En Eau Profonde
Auteur : Olivier Descosse
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : France
488 pages

De quoi ça cause ?

Quand le corps d’une jeune femme est repêché au large de Marseille, l’enquête est confiée à l’équipe de la commandante Latour. De prime abord tout laisse à penser à une noyade accidentelle, mais Latour décide malgré tout de creuser au-delà des apparences. Rapidement des éléments troublants vont contredire l’hypothèse de la noyade accidentelle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est d’abord la couv’ qui a attiré mon regard, avant même de voir le titre du bouquin et le nom de l’auteur, j’ai été attiré par ce corps flottant en eau profonde.

Comme ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire d’Olivier Descosse, autant profiter de l’occasion.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien qu’étant de la génération Grand Bleu (le film de Luc Besson, sorti en 1988), je n’ai jamais été sensible à l’appel du large. J’ai certes fait un peu d’apnée mais ça tenait plus du barbotage que de la véritable plongée… à 20 000 lieux (sous les mers, forcément) de la plongée technique (Tech pour les intimes) dont il est question dans le roman d’Olivier Descosse.

L’auteur profite de son intrigue pour permettre au lecteur de découvrir un univers assez peu connu du grand public : la plongée technique. Ces plongeurs de l’extrême (appelés teks) opèrent souvent à des profondeurs supérieures à 100 mètres, ce qui nécessite un entraînement intensif et un matériel lourd spécifique (ils ne se contentent pas de regarder le paysage, leur job est d’assurer des opérations techniques ou de renflouage). Inutile de préciser que dans de telles conditions, la moindre erreur peut être lourde de conséquences.

C’est clairement un domaine que je découvre et sur ce point je ne peux que saluer le travail de documentation de l’auteur, on est en totale immersion (le mot ne saurait sonner plus juste) avec les plongeurs au cours de leurs périlleuses interventions.

L’essentiel de l’intrigue du roman est porté par deux personnages, d’un côté la commandante Chloé Latour, chef d’équipe à la BC de Marseille, et de l’autre Jean Sardi, patron d’une société de Tech et plongeur lui-même. Deux personnalités au caractère affirmé mais fortement marquées par le poids (et les drames) du passé.

J’ai apprécié le fait que Olivier Descosse ne fasse rien pour attirer spontanément l’empathie du lecteur vers ses personnages. Au contraire, il faut un certain temps pour s’habituer à leur personnalité et les adopter. Il faut bien reconnaître que le tempérament impulsif et directif de Chloé Latour en font parfois une parfaite tête à claques. Quant à Jean Sardi, c’est plutôt sa tendance à caliméroter qui va parfois nous porter sur les nerfs (Sors toi les doigts du cul mec et arrête de t’apitoyer son ton triste sort).

Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, qu’il s’agisse de l’équipe – pour le moins hétéroclite – de Latour, ou de celle de Sardi. Mais il est vrai que pour les deux enquêteurs ce crime a une résonnance aussi particulière que personnelle.

L’intrigue à proprement parler reste relativement classique, on devine même assez vite qui est plus à même de se cacher derrière le meurtre de Lola. Reste à comprendre ses motivations… Classique mais rondement menée, on se laisse volontiers entraîner dans l’enquête de Chloé et Jean. On a envie d’en savoir plus et les chapitres défilent fluidité.

Olivier Descosse prouve qu’il ‘n’est pas besoin de revisiter les règles du genre pour livrer un thriller abouti. C’est vrai que le relatif classicisme du récit pourrait rebuter les lecteurs les plus blasés, personnellement ça ne m’a pas dérangé outre mesure, du moment que l’ensemble tient la route.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stanislas Petrosky – Porn Is Born

AU MENU DU JOUR


Titre : Porn Is Born
Auteur : Stanislas Petrosky
Éditeur : Eaux Troubles
Parution : 2022
Origine : France
220 pages

De quoi ça cause ?

Rachida Achouri est flic à la BAC. Pas facile de s’imposer dans ce milieu quand on est une femme et d’origine algérienne. Et pourtant elle a réussi à se faire une place. Jusqu’au jour où, au cours d’une intervention, elle commet l’irréparable.

On déguise la bavure en opération policière qui a mal tourné, Rachida est « éliminée » – tuée en intervention – avant d’être transférée dans un centre d’entraînement de la DGSI. À l’issue d’un entraînement intensif, elle devient Estelle Fincker, actrice porno qui officie sous le nom de Stella Finck.

Pourtant, pour sa première mission de terrain, sa couverture sera escort-girl. Son client : un dangereux terroriste qui a mis la main sur une souche du virus Ébola…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Stanislas Petrosky. Ce premier opus de sa nouvelle série mettant en scène Stella Finck m’a semblé être l’occasion idéale de franchir le pas.

Ma Chronique

Je connais Stanislas Petrosky de nom pour sa série Requiem et son prêtre exorciste atypique et pour celle co-écrite avec Jérémy Bouquin et signée Borya Zavod, Apocalypse Riders. Deux séries que j’ai la ferme intention de lire… un jour où l’autre.

En attendant v’là t’y pas que l’auteur décide de lancer une nouvelle série articulée autour du personnage de Stella Finck. Une couv’ plutôt aguicheuse, un pitch prometteur et hop, in the pocket !

Avertissement de rigueur : réservé à un public averti ! Vous voilà prévenu. On est à mille lieux de l’érotisme parfumé à 50 nuances de guimauve ; avec ce bouquin le polar flirte allégrement avec le X. Il faut dire que Rachida est un tantinet nympho sur les bords, elle aime le sexe et elle l’assume totalement, mieux, elle le revendique !

Mais attention, si Rachida aime la queue ne vous avisez pas à marcher sur la sienne. La miss a un caractère bien trempé et un langage plutôt fleuri (« Oui je suis vulgaire, enfin grossière, paraît que ce n’est pas pareil »).

Vous l’aurez compris, Stanislas Petrosky ne fait pas dans le politiquement correct ! Ne serait-ce que pour ça, je ne regrette pas de m’être laissé tenter par ce bouquin.

Écrit à la première personne, le bouquin vous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Rachida / Estelle / Stella. Du coup les personnages peuvent paraître manquer de profondeur, mais ça colle bien au style du récit (m’est d’avis que quand vous racontez une histoire vous ne dressez pas un profil psychologique approfondi de chacun des intervenants).

Une intrigue sans prétention rondement menée, dans laquelle Rachida devra payer de sa personne pour espérer arriver à ses fins.

Au-delà de son apparente légèreté, l’intrigue permet à Stanislas Petrosky de porter un regard désabusé (et un brin cynique… mais ô combien lucide) sur notre société. Il s’offre même quelques réflexions sur l’intégration, le respect de l’autorité, les disparités et inégalités entre les hommes et les femmes.

Le roman est court et le style direct (parfois cru… souvent saignant), les pages défilent d’une traite jusqu’au clap de fin. Une fin en forme d’au revoir plutôt que d’adieu, il y a en effet fort à parier que d’autres aventures attendent Stella Finck. Et je serai fidèle au rendez-vous.

MON VERDICT

Aparté à l’attention des éditions Eaux Troubles

Le seul point noir dans ce bouquin est du fait de l’éditeur et non de l’auteur. La qualité du fichier epub laisse clairement à désirer. On va faire abstraction de quelques fautes d’orthographe résiduelles, mais les renvois à la ligne intempestifs (en plein milieu d’une phrase) et les césures oubliées (genre inter-dite), franchement ça pique les yeux.

C’est vraiment un travail bâclé, même moi je serai capable de pondre un fichier epub mieux finalisé.

[BOUQUINS] Christophe Agnus – L’Armée D’Edward

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Armée D’Edward
Auteur : Christophe Agnus
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
514 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « Armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’à force de lire des critiques très positives, voire franchement dithyrambiques, il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur ce bouquin qui était passé entre les mailles de mes vigilances.

Et forcément quand Yvan, Aude et The Cannibal Lecteur sont emballés, je ne vois pas comment je pourrai résister plus longtemps !

Ma Chronique

Alerte générale ! POTUS a été enlevé !!! Non POTUS n’est pas mon doudou favori (je vous rassure, je n’ai pas de doudou). Ce n’est pas non plus le caniche de tata Odette (je n’ai pas non plus de tata Odette… ni de caniche). POTUS n’est autre que Mick Faeker, le président des États-Unis (President Of The United States).

Ainsi commence le roman de Christophe Agnus. Pour un premier roman l’auteur place la barre haut et s’attaque à un genre assez peu répandu au sein de la sphère littéraire francophone : le techno-thriller. Un défi doublement couillu pour se lancer dans l’arène, mais un défi remporté haut la main !

Il faut dire que ce brave (pas si brave que ça) POTUS n’est pas le seul à s’être mystérieusement volatilisé. Dix-neuf autres personnalités de différents milieux (politique, économie, spectacle) ont disparu par le monde. Qui se cache derrière une opération d’une telle envergure ? Et quelles seront ses revendications ?

Ces actions chocs sont revendiquées par l’Armée d’Edward (que les midinettes en rut dégoulinantes de guimauve renfilent leurs culottes à fleurs, rien à voir avec le vampirique Edward Cullen), une organisation jusqu’alors inconnue dirigée par un certain Omen et disposant de moyens quasiment illimités.

D’entrée de jeu Christophe Agnus redistribue les cartes, les méchants terroristes / kidnappeurs sont les vrais gentils de l’histoire, leurs victimes, les autorités et les agences de renseignements endossent (une fois n’est pas coutume) le costume des méchants. Et le pire c’est que ce tour de passe-passe ne choque pas outre mesure, on se prend au jeu, pour une fois on a vraiment envie que ce soient les supposés terroristes qui gagnent la partie.

Dans le même ordre d’idée, si tout ne semble pas toujours crédible, la plume de l’auteur sait y faire pour que l’on ait juste envie de se laisser guider par l’intrigue, sans chercher à creuser la faisabilité ou non de tel ou tel point de détail.

Si l’Armée d’Edward réserve un traitement spécial à Mick Faeker, c’est surtout pour qu’il prenne conscience des inepties de sa politique. Il faut dire que le gars est très inspiré par un certain Donald ‘Cheezel‘ Trump, qui a lui aussi occupé la Mason Blanche le temps d’une mandature qui n’a pas laissé que des bons souvenirs aux américains (et accessoirement aux autres aussi).

Les autres kidnappés seront regroupés sur une île du Pacifique avec le strict minimum pour assurer leur survie : des abris rudimentaires, de l’eau, du riz et les ressources naturelles à disposition. Ça ne vous rappelle pas vaguement quelque chose ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Koh Lanta, le jeu de survie diffusé par TF1 et animé par Denis Brogniart. Et effectivement nos apprentis survivants vont être filmés H24, à l’insu de leur plein gré. Comme dans le jeu télévisé, confrontés à la survie, ce sont bien leurs instincts les plus primaires qu’ils laisseront s’exprimer.

Une intrigue qui fait la part belle aux nouvelles technologies, que ce soit l’Armée d’Edward ou les autorités et agences de renseignements, ils ne lésineront pas sur les moyens. Les uns pour espionner et anticiper les réactions de leurs adversaires, les autres pour essayer de comprendre tout ce qui se cache derrière une opération d’une pareille envergure.

Au-delà de l’action pure et dure (qui ne manque pas), il y aussi le message que porte cette fameuse Armée d’Edward, un appel au respect des lois en vigueur qu’il s’agisse de lutte contre la corruption ou de protection de l’environnement. Un message à portée écologique au sens noble du terme (loin de ses perversions politiques). Un message qui pousse le lecteur a encore plus d’empathie pour ces terroristes.

Il faut bien reconnaître que le traitement des personnages est un tantinet manichéen ; là où ça complote dans l’ombre à l’abri du Bureau Ovale, où les kidnappés se tirent dans les pattes (et plus si affinités), les rangs de l’Armée d’Edward opposent une solidarité à toute éprouve. Mais une fois encore, ce n’est pas grave, on accepte le topo les yeux fermés !

Alors oui ça a indéniablement quelque chose de jouissif de voir la plus puissante administration du monde et ses agences de renseignement tournées en ridicule, se faire égarer sur de fausses pistes parfois grosses comme une maison et avoir toujours un coup de retard sur leur adversaire.

Certes le roman n’est pas exempt de défauts mineurs, mais on les oublie rapidement pour se laisser porter par l’intrigue, sans doute parce qu’on a tout simplement envie d’y croire. Il n’en reste pas moins que pour un premier roman, Christophe Agnus réussi un véritable tour de force en imposant, de la première à la dernière page, un rythme de folie qui ne faiblira jamais. Du coup on enchaine les chapitres (un chapitre, une journée) pour en savoir toujours plus, et on dévore inlassablement les 500 pages du bouquin.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Cai Jun – Comme Hier

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Titre : Comme Hier
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : Chine (2017)
398 pages

De quoi ça cause ?

13 août 1999. Une lycéenne disparaît…
13 août 2012. Une adolescente est retrouvée sans vie dans un parc d’attractions…
13 août 2017. Un professeur d’informatique, son épouse et leur fils de cinq ans meurent dans un incendie…

Trois drames qui ont tous eu lieu dans la rue Nanming. seraient-ils liés les uns aux autres ? L’inspecteur Ye Xiao, chargé de l’enquête sur la dernière affaire, doit répondre à tout prix à cette question.

Très vite, la jeune Sheng Xia vient l’épauler. Cette hackeuse de génie est décidée à venger la mort de l’enseignant avec lequel elle a programmé Comme Hier : une application de réalité virtuelle qui permet à chacun de voyager dans sa mémoire profonde et les souvenirs des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que son précédent roman publié par XO, La Rivière De L’Oubli m’avait paru prometteur malgré quelques bémols mineurs. J’étais donc curieux de voir si ce nouveau roman tiendrait la route…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Ah que voilà une chronique qui va me donner du fil à retordre… J’ai eu un mal fou à « entrer » dans ce bouquin et pourtant l’intrigue en elle-même me donnait envie d’en savoir plus.

La lecture fut parfois laborieuse sans que je puisse vraiment m’expliquer le pourquoi du comment du truc.

Je pourrais mentionner le fait d’être passé à côté de nombreuses références à des artistes (auteurs, acteurs…) chinois et à leurs œuvres qui me sont totalement inconnus, mais je ne crois pas, parce qu’en fait je m’en fous royalement.

En revanche j’ai retrouvé le même défaut que dans La Rivière De L’Oubli, Cai Jun a tendance à se répéter et à la longue ça devient saoulant : on a pigé que Sheng Xia a une tumeur au cerveau et qu’elle peut caner à tout moment… pas besoin de nous rebattre les oreilles avec ça à chaque chapitre !

Plus probablement un mix entre réel et virtuel qui a du mal à trouver son point d’équilibre, certains passages virtuels auraient pu être raccourcis afin d’éviter cette désagréable sensation de déjà-vu d’un chapitre à l’autre.

Passons maintenant aux points positifs, qui viennent largement contrebalancer ces bémols. À commencer par l’intrigue qui est globalement bien ficelée, non seulement les personnages vont devoir tirer au clair les meurtres de 2017, mais aussi essayer de comprendre le lien qu’il peut y avoir avec les événements de 1999 et 2012. Une intrigue qui vous réservera son lot de rebondissements et de surprises.

J’ai beaucoup aimé le trio de personnages qui mène la danse. Un inspecteur de police un tantinet désabusé, une jeune hackeuse au caractère bien trempé (et au langage fleuri) et un brillant neurochirurgien qui préfère agir dans l’ombre plutôt que de s’exposer.

Impossible de ne pas mentionner Ouyang Xiaozhi, la Démone disparue en 1999, qui servira de guide à Sheng Xia, la Démone de 2017, dans le monde virtuel de Comme Hier. Une mention spéciale à Sishen, le chien de Sheng Xia qui va prendre activement part à l’intrigue.

Mais le véritable tour de force de Cai Jun et de nous plonger en totale immersion dans la Chine du XXIe siècle ; dépaysement garanti pour les Occidentaux ! Un pays où les traditions perdurent et cohabitent avec l’essor des nouvelles technologies.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté au thriller, il ne s’embarrasse pas de fioritures et va à l’essentiel… même si parfois il pourrait faire encore plus concis.

Globalement le ressenti final reste positif, la qualité de l’intrigue, les personnages et le contexte prennent le dessus sur les bémols cités plus hauts… mais ceux-ci n’en restent pas moins désagréables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Expert – Le Carnet Des Rancunes

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Carnet Des Rancunes
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Depuis des années, Sébastien Desmichelles note soigneusement dans un petit carnet rouge chaque offense, chaque affront, chaque blessure qu’on lui inflige. Il l’appelle son « Carnet des rancunes ».

Aujourd’hui Sébastien fête ses 50 ans, l’heure de la vengeance a sonné. Il ouvre son précieux carnet et prépare minutieusement ses ripostes.

Pour l’homme qui lui a fait le plus de mal, il a prévu un châtiment exemplaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, si qualitativement ses titres sont inégaux, aucun ne m’a réellement déçu.

Je suis passé à côté de son précédent roman (qui est aussi celui du changement d’éditeur, Calmann-Lévy remplace Sonatine), pas question de rater celui-ci.

Ma Chronique

Je ne sais pas si vous êtes rancunier mais moi oui, beaucoup… du moins c’est ce que je pensais avant de lire le dernier roman de Jacques Expert. Si je n’ai pas le pardon facile, je ne tiens pas non plus un registre dans lequel je répertorie toutes les vacheries que l’on a pu me faire. De même, si je reconnais volontiers que « la vengeance est un plat qui se mange froid », je n’attendrai pas non plus des années pour rendre la monnaie…

Pendant plus de vingt ans Sébastien Desmichelles, le personnage principal du présent roman, a minutieusement rédigé un compte rendu détaillé des coups foireux, arnaques, petits et gros tracas… que les autres lui ont fait subir. Il s’était fait la promesse d’attendre son cinquantième anniversaire pour commencer à se venger. Et ça tombe bien puisque le bouquin s’ouvre alors que le nouveau héros de jacques Expert souffle ses cinquante bougies.

Même si le pitch avait de quoi titiller ma curiosité, j’avoue que je craignais un peu d’assister à une succession de petites et grosses vengeances. Chose qui aurait pu rapidement se révéler lassante, voire indigeste.

Heureusement Jacques Expert évite cet écueil en nous proposant un fil rouge, tout en exécutant ses représailles, Sébastien Desmichelles peaufine sa plus grosse vengeance. Celle-ci vise Yannick Lefèvre, un homme d’affaires à qui tout semble réussir. Une vengeance que Sébastien va faire grimper en intensité sans épargner personne dans la famille de sa « victime ».

Même si ce brave Sébastien donne parfois l’impression de se la jouer Caliméro, on se doute bien que le différend qui l’oppose à Yannick Lefèvre est énorme et lui a causé une douleur infinie. Il faudra se montrer patient, très patient même, pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Le récit suit essentiellement Sébastien dans sa traque vengeresse mais l’auteur s’offre aussi quelques encarts dans lesquels il donne la parole à Yannick Lefèvre. De haut de sa toute-puissance, le gars ne comprend ce qui lui arrive, qui est ce mystérieux inconnu qui prend un malin plaisir à lui pourrir la vie ? Même en prenant fait et cause pour Sébastien, le lecteur finira par douter face à l’incompréhension de Lefèvre.

Le lecteur (sadique par essence) va suivre avec délectation ce machiavélique jeu du chat et de la souris, une traque dans laquelle celui qui a l’habitude de tenir le rôle de prédateur va se retrouver dans la peau d’une proie.

Jacques Expert sait y faire pour nous faire partager les pensées de ses personnages, que l’on vive les événements par les yeux de Sébastien ou par ceux de Yannick, il nous manque toujours le mobile. Et pourtant c’est bien LE détail qui pourrait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

L’auteur ne laisse rien au hasard, on comprendra en temps et en heure pourquoi il était si important que ce fameux mobile reste caché. Et sur ce coup j’avoue bien volontiers que je n’ai rien vu venir. Bien malin celui ou celle qui découvrira le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit dévoilé.

Même s’il ne vous laissera sans doute pas un souvenir impérissable, le bouquin s’avèrera malgré tout un bon page-turner, presque à l’insu de notre plein gré on se retrouve pris au piège, rongé par l’envie de comprendre le pourquoi du comment de cette intrigue. Ne serait-ce que pour ça, j’ai envie de dire que le contrat est rempli.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

AU MENU DU JOUR


Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – Délivre-Nous Du Mal

AU MENU DU JOUR


Titre : Délivre-Nous Du Mal
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2022
Origine : France
297 pages

De quoi ça cause ?

Quand Anaïs Malori constate que sa sœur, Esther, a disparu sans la moindre explication, elle contacte son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. D’abord sceptique, Thomas va pourtant accepter de mener l’enquête en off.

L’enquête va suivre plusieurs pistes mais aucune n’aboutit. jusqu’à ce que le corps d’une jeune femme ne soit retrouvé pendu dans un entrepôt désaffecté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de Chrystel Duchamp, L’Art Du Meurtre, par manque de temps je suis passé à côté du suivant il fallait donc que je rattrape le coup avec ce troisième titre l’auteure.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le roman s’ouvre non pas sur un prologue (trop classique) mais sur trois. Si on perçoit un éventuel lien entre les deux premiers (mais gare à ne pas tirer de conclusions trop hâtives), le troisième vous laissera très certainement perplexe… pas d’inquiétude, tout vient à point à qui sait attendre.

La première partie du roman vous invite à suivre une enquête plus ou moins formelle autour d’une disparition supposée inquiétante (celle d’Esther Malori). Un jeu de pistes relativement classique dans sa construction, si ce n’est que l’enquête piétine, chacune des pistes suivies se heurte à sur une impasse.

La seconde partie apporte une dimension nouvelle à l’intrigue puisque l’enquête va s’orienter sur la piste du tueur en série… Un tueur insaisissable qui mutile ses victimes et laisse derrière lui de macabres mises en scènes. Là encore on reste dans une trame relativement classique de la littérature policière.

Vu comme ça vous pourriez être amené à penser que Chrystel Duchamp se contente du minimum syndical ; monumentale erreur comme dirait l’autre ! La troisième partie du roman redistribue complètement les cartes et offre à l’intrigue une perspective radicalement différente. Le lecteur va progressivement découvrir les dessous d’un projet de grande envergure aussi insensé que machiavélique.

L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout et mène ainsi le lecteur par le bout du nez. Les chapitres courts et un style direct (pas de fioritures inutiles ou de tournures alambiquées) plongent le lecteur au cœur de l’action.

Une intrigue qui est aussi pour Chrystel Duchamp l’occasion de donner un grand coup de projecteur sur les violences faites aux femmes et surtout la façon dont certains dossiers sont traités par la justice (police et tribunal). J’aimerai croire que ça reste des situations exceptionnelles, mais le simple fait que ça puisse exister me fout la haine.

Je ne vais pas non plus stigmatiser les uns ou les autres, mais quand on voit, encore tout récemment, le laxisme de la police à poursuivre l’un des leurs (déjà connu pour violences conjugales) soupçonné d’avoir tué sa compagne… je me dis que la justice n’est pas aveugle mais complice et j’ai honte de cet état de fait.

Thomas Missot porte lui aussi un regard désabusé et aigri sur la situation :

Il avait déjà entendu des homologues masculins manipuler des femmes victimes de leur compagnon : « Cet homme risque d’aller en prison. Êtes-vous certaine de vouloir gâcher sa vie ? C’est quand même le père de vos enfants ! » Ce genre de réflexion désarçonnait parfois la plus déterminée des plaignantes.

Une phrase extraite d’une audition était d’ailleurs devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle rapportait les propos d’un policier au sujet d’une femme agressée sexuellement dans le métro : « Quand on a vos yeux, on marche en baissant le regard pour ne pas attirer celui des hommes. »

La culpabilisation des victimes de viol était une réalité. Ces femmes à qui l’on reproche leurs jupes trop courtes, leurs talons trop hauts, leur poitrine trop généreuse, leurs hanches girondes… Des excuses étaient régulièrement brandies pour excuser un viol et, dans cette démarche de décrédibilisation fumeuse, nombreux étaient les complices : proches suspicieux, flics pourris, système juridique bancal…

L’auteure apporte beaucoup de soins au traitement de ses personnages, cela s’applique aussi bien à leur personnalité qu’à ce qui fait d’eux des êtres humains à part entière (les soucis personnels et ou professionnels).

Ainsi, si Thomas Missot est totalement investi dans son enquête, en père divorcé, il ne peut s’empêcher de s’inquiéter et de culpabiliser au sujet de sa fille… même si celle-ci affirme haut et fort qu’elle va bien. Si son métier a pris le dessus sur son rôle de mari, il n’a pas encore totalement éclipsé celui de père.

Peut-être vous posez vous des questions quant au choix du titre, l’explication viendra en temps et en heure… si je devais vous donner un indice, je vous inviterais, une fois de plus, à ne pas vous fier aux apparences.

MON VERDICT