[BOUQUINS] Olivier Norek – Dans Les Brumes De Capelans

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Titre : Dans Les Brumes De Capelans
Série : Victor Coste – Livre 4
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait six ans que Victor Coste a quitté la SDPJ 93 et disparu sans un mot d’explication. Six ans qu’il officie à Saint-Pierre sous le sceau du « Secret Défense » pour le compte du Service de Protection des Témoins. Sa mission : évaluer si des criminels repentis méritent une seconde chance, en échange des informations qu’ils sont susceptibles de livrer.

Quand la procureure Saint Croix, directrice du SPT, lui confie sa nouvelle mission Coste est déstabilisé. On lui confie une jeune femme qui a été détenue dix longues années par un tueur en série insaisissable. Son rôle : la faire parler afin d’identifier et de neutraliser celui qui a déjà tué neuf adolescentes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le simple fait que ce soit Olivier Norek suffirait à me convaincre de tout lâcher pour me ruer sur son nouveau roman. Cerise sur le gâteau c’est aussi le grand – et très attendu – retour de Victor Coste.

Ma Chronique

Je pense pouvoir affirmer sans l’ombre d’une hésitation que Victor Coste était certainement l’un des personnages (sinon LE personnage) de fiction que j’avais le plus hâte de retrouver. Faut dire qu’à la fin de Surtensions, le gars n’est pas franchement au mieux de sa forme (et il y avait de quoi être dévasté)…

Avant d’entrer dans le vif du sujet je vais lever le voile sur la question récurrente quand on souhaite se lancer dans une série littéraire : faut-il avoir lu les précédents romans avant de lire celui-ci ? Il est vrai que ce quatrième opus est complètement différent des précédents, mais pour apprécier pleinement la situation de Coste, je reste convaincu qu’il vaut mieux avoir lu la Trilogie 93 avant d’attaquer celui-ci. C’est la meilleure façon de réaliser le lien qui l’unissait à son groupe de la SDPJ 93. D’autre part si vous lisez ce roman avant d’avoir lu Surtensions, vous plomberez toute l’intensité émotionnelle du final.

On oublie les banlieues du 9-3 pour poser ses valises à Saint-Pierre. J’en vois déjà qui pensent au soleil de la Martinique ou de la Réunion, rangez vos crèmes et lunettes solaires ! La nouvelle vie de Coste se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon (sortez les doudounes, les bonnets et les gants !).

Officiellement Coste est chef de la Police Aux Frontières, un chef peu présent pour son équipe, puisque cette fonction n’est qu’une couverture visant à dissimuler son véritable rôle au sein du tout récent Service de Protection des Témoins. Un rôle taillé sur mesure puisqu’il consiste à bosser en solitaire et dans le plus grand secret.

Ça ne pourrait mieux tomber vu que Coste est devenu du genre plutôt taiseux, il vit en ermite dans une résidence de fonction hypersécurisée. Ses seuls contacts non professionnels avec l’extérieur sont son vieux voisin, Armand, et sa petite-fille, Esther. Et ils ont dû s’armer de patience avant que le flic ne baisse sa garde.

Et v’là t’y pas que sa boss, la procureure Saint Croix, lui balance dans les pattes une jeune femme dont il doit gagner la confiance afin de la faire parler. Comme lui, Anna est une grande blessée de la vie. Disparue du domicile familial à l’âge de 14 ans, elle était considérée comme fugueuse. Jusqu’à ce que la police la retrouve, dix ans plus tard, captive d’un tueur en série qui tient la police en échec tout en multipliant les meurtres d’adolescentes.

La procureure Saint Croix espère secrètement que la cohabitation entre ces deux âmes en peine fonctionnera comme une sorte de réparation réciproque…

J’en vois déjà qui se disent que j’ai dû abuser d’œufs Kinder et qu’une méchante bestiole a pris le contrôle de mon neurone, me poussant à vous raconter tout le bouquin. Rassurez-vous il n’en est rien, pas de chocolats Kinder parfumés à la salmonelle au programme (mon fournisseur de chocolat Ferrero fait venir ses produits d’Australie… et je préfère de loin les rochers aux œufs), pas non plus de spoiler à outrance (la preuve, j’arrête là) !

Ce roman aurait pu constituer une sorte de second départ pour Victor Coste, mais le gars est loin d’être réparé quand on le retrouve. On est plutôt dans une vague tentative de rafistolage, genre j’érige une carapace autour de ma personne et de ma vie afin de ne rien casser de plus… mais ce qui était déjà cassé n’est pas pour autant réparé.

Dans ce roman Olivier Norek ne laisse rien au hasard, chaque personnage, chaque élément du récit (même le plus anodin) trouve sa place pour faire avancer l’intrigue.

L’essentiel de l’intrigue est bien entendu porté par le duo formé par Victor et Anna. Deux âmes brisées qui vont devoir apprendre à se faire confiance. Mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant des faire-valoir, à commencer par le tueur traqué aussi bien par les enquêteurs en Métropole que par Coste à Saint Pierre. Un autre duo permettra à Victor et Anna d’aller de l’avant, il s’agit bien entendu d’Armand et d’Esther. Armand passionné de criminologie s’ennuie un peu sur ce caillou qui n’a connu que trois véritables affaires criminelles. Même les flics de la police aux frontières – qui doutent sérieusement de leur nouveau chef – et les gendarmes (une en particulier) vont permettre de faire avancer l’intrigue.

Enfin l’île de Saint-Pierre (et son climat, dont les fameuses brumes qui font office de titre) est quasiment à considérer comme un personnage à part entière. On sent bien que Olivier Norek a eu un gros coup de foudre pour ce petit coin de France perdu au milieu de l’Atlantique Nord.

L’intrigue n’est pas forcément la plus intense qui soit au niveau du rythme (même si je vous garantis certaines poussées d’adrénaline), elle est toutefois rondement menée et psychologiquement éprouvante. Une fois de plus l’auteur démontre qu’il n’a pas son pareil pour renverser une situation. Et une fois encore l’humain et les relations humaines (dans toute leur complexité) seront la clé de voûte du récit.

Un retour attendu qui s’est révélé largement à la hauteur de mes attentes, Olivier Norek fait du neuf avec du vieux en proposant à Victor Coste de relever des défis jusqu’alors inédits pour lui. Pas moyen de tergiverser, il lui faut la totale : 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing).

Pour l’anecdote, Saint-Pierre et Miquelon fait partie des destinations futures possibles si un jour nous devions quitter la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas à l’ordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais, mais SP&M était un point de chute que nous avions retenu.

PS : aucun animal n’a été maltraité au cours du présent roman, au contraire Olivier Norek se rachète en soulignant l’action au service de la cause animale de l’association SPM3A (Saint-Pierre-et-Miquelon Aide Aux Animaux).

PPS : il y a bien un spécimen que Victor va prendre un malin plaisir à dérouiller, mais lui nous n’avons aucune envie de le prendre en pitié, au contraire…

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Jac Barron – Addictions

J. Barron - AddictionsAh bin voilà un titre qui aura su faire attendre, désirer même. Annoncé depuis 2013 la sortie d’Addictions de Jac Barron a été maintes fois repoussée, on en arrivait presque à se demander si on ne courrait pas après une chimère. Heureusement la persévérance de Jac Barron a fini par payer, le roman a enfin pu voir le jour chez NumerikLivres et nous avons enfin pu satisfaire notre curiosité mise à rude épreuve.
Paris. Les cadavres se multiplient, chaque fois le meurtre semble repousser encore plus loin les limites de l’ignominie. Le préfet de police confie l’enquête aux commissaires Dylan Loiseau et Salim Alaoui, jusqu’alors cantonnés aux cold cases. Un unique point commun semble relier les différentes scènes de crimes : la présence d’un ou plusieurs frelons près des corps…
Sans entrer dans les détails (que je ne connais d’ailleurs pas forcément) je voudrai tout de même signaler que le parcours que Jac Barron a dû affronter pour nous faire partager son travail tient davantage du parcours du combattant que de la promenade de santé. Heureusement sa collaboration avec NumerikLivres semble lui ouvrir un horizon nettement plus dégagé.
Un parcours chaotique qui fait que l’auteur n’a sans doute pas encore acquis toute la notoriété qu’il mérite. Nul doute que Addictions devrait lui ouvrir une voie royale en ce sens. Tendance qui devrait se confirmer avec la prochaine réédition des deux premiers opus de la Trilogie des Pulsions, et la joie de découvrir prochainement sa conclusion (avec Impulsions, l’ultime volet). Pour ma part j’ai été totalement accro dès la lecture de Cicatrices, même si l’aspect fantastique apparu dans Plasma m’a un peu dérouté, pas que je sois fermé au mélange des genres (loin s’en faut) mais plutôt du fait de l’impression de rupture des genres entre le premier et le second opus de la trilogie… Mais revenons à nos moutons et plus exactement à Addictions.
Les lecteurs de ses précédents romans ne seront pas surpris de retrouver la griffe Jac Barron dans la trame narrative et le style. L’auteur qualifie ses romans de thrillers psychiques, un terme parfaitement adapté au contenu. Chaque chapitre nous fait vivre l’intrigue via le regard, le vécu et le ressenti d’un des protagonistes. Au fil des chapitres on alterne entre les points de vue, du coup on vit une intrigue à plusieurs dimensions et surtout en totale immersion dans l’esprit des personnages. On est à la limite du viol psychique tant on se sent proche des personnages.
Niveau style Jac Barron nous offre du brut de décoffrage, pas de fioritures inutiles, c’est le rythme qui prime. Parfois cru mais jamais gratuitement vulgaire. Il faut dire que l’intrigue ne ressemble pas vraiment à un épisode des Bisounours ou de Oui-Oui. Là encore on est dans le brut de décoffrage, cash et trash (âmes sensibles s’abstenir) mais au service d’un scénario qui tient globalement bien la route.
Au niveau de la galerie de portraits vous allez être gâté. Chaque personnage dispose de sa propre personnalité, traitée en profondeur sans une once de manichéisme. Vous n’avez pas fini de vous poser des questions sur tel ou tel personnage, avant de revenir sur vos certitudes, puis de douter à nouveau. Une chose est sûre, Jac Barron ne ménage pas ses personnages et s’ils doivent passer de vie à trépas ils ne le feront pas tranquillement pendant leur sommeil.
Questionnements, certitudes et doutes qui vous accompagneront aussi tout au long de l’intrigue. Et s’il y a bien un point sur laquelle je n’ai aucun doute, c’est que Jac Barron saura vous surprendre plus d’une fois. Là encore il faut vous attendre à du lourd, dans tous les sens du terme, au propre comme au figuré.
Bref Addictions mérite largement son titre, il aura été pour moi hautement addictif. Toutefois le roman rate d’un chouïa le 5/5 et le coup de coeur. J’ai en effet trouvé la partie dans laquelle Dylan et son équipe sont dans la péniche un tantinet too much dans la surenchère. Ce petit bémol n’aura pas suffit à gâcher mon plaisir, j’ai me suis vraiment éclaté avec Addictions, j’aime que l’on joue avec mes nerfs et que l’on mette mon palpitant à rude épreuve.
Avec cette chronique je n’espère pas convaincre les lecteurs qui connaissent et apprécient déjà Jac Barron, ceux là ne pourront qu’être de nouveau sous le charme. J’espère surtout avoir réussi à donner envie à ceux et celles qui ne connaissent pas encore l’auteur de se plonger dans ce bouquin. Si vous aimez les thrillers, foncez ! Vous ne le regretterez pas. Ce mec est complètement ouf mais qu’est-ce que c’est bon !!!
Je me fais peut être des illusions mais la fin laisse envisager une possible rencontre entre les personnages des Pulsions et ceux d’Addictions ; mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !

MON VERDICT
jd4dCoup de poing

[BOUQUINS] Jac Barron – Plasma

J. Barron - PlasmaJe continue à épurer les « séries » que j’ai commencé (et y’a du boulot vous pouvez me croire), retour au thriller avec Plasma, le second opus de La Trilogie Des Pulsions de Jac Barron.
Après une série de cinq crimes aussi atroces qu’inexpliqués dans la même journée à Paris, les inspecteurs Lisa Gaspini et Richard Norias, chargés de l’enquête, se font assister par Marc Dru afin d’obtenir un regard nouveau sur l’affaire. Rapidement Franck Marshall et Serge Miller vont, eux aussi, se retrouver impliqués dans l’enquête. Les trois hommes ne sont pas encore totalement remis de leur expérience commune face au « Prédateur », cette affaire mettra, une fois encore, leurs nerfs à rude épreuve…
Comme dans le premier opus, Les Cicatrices, on retrouve le même style qui ne s’encombre pas de bla-bla superflu pour nous plonger au coeur de l’intrigue. C’est du brut de décoffrage, trash certes mais pas gratuit, on a véritablement en main un thriller aussi percutant que passionnant. Les habitués retrouveront le même genre de découpage, chaque chapitre propose de voir la scène à travers les yeux d’un des personnages, outre nos trois « habitués », Marc Dru (le psy), Frank Marshall (le profiler) et Serge Miller (le flic), on aura aussi le droit aux points de vue de Lisa Gaspini et Richard Norias, sans oublier celui du tueur (Le Vétéran) ; et comme précédemment l’immersion dans la peau et l’esprit des personnages est complète.
Si l’intrigue n’est pas directement liée au précédent opus je vous recommande vivement de les lire dans l’ordre. Ce second tome apporte un regard nouveau (recul oblige) et complémentaire (les deux affaires cohabitent tout au long du roman) sur les faits décrits dans le précédent (entre les deux intrigues il s’est écoulé un peu moins d’un an), les personnages ont été fortement ébranlés par leur expérience commune (et chacun surmonte à sa façon le traumatisme) mais surtout, et ce serait de loin le plus regrettable, vous perdriez tout effet de surprise en lisant Les Cicatrices après celui-ci.
Je pense être quelqu’un de très ouvert en matière de paranormal, parapsychologie et tutti quanti, aussi un soupçon de ces petites choses dans un thriller ne me dérange pas mais là il y en a juste trop. Si j’étais plongé dans un thriller fantastique ça ne me dérangerait pas outre mesure, seulement voilà en ouvrant ce bouquin j’attendais un thriller fortement ancré dans le réel, comme son prédécesseur, ici la surenchère parapsychique nuit à l’ensemble plus qu’autre chose (c’est en tout cas mon opinion personnelle). Hormis ce petit bémol je tiens à préciser que vous aurez entre les mains un thriller aussi riche (et richement documenté) qu’efficace, rythmé et bourré de rebondissements, du haut de gamme ; disons qu’au lieu d’un brillant 10/10 je me contenterai de lui attribuer un 9 plus qu’honorable.
Il est indéniable que même l’intrigue globale est trop énorme pour que l’on y croie un seul instant mais malgré tout l’auteur parvient à nous faire entrer dans son jeu, du coup, bien sachant tout cela hautement improbable, on se laisse balader au fil des pages et plus on avance plus on brule d’impatience de connaître le fin mot de l’histoire.
Il semblerait que les bisbilles entre l’éditeur Transit et l’auteur se soient enfin réglées (l’éditeur a perdu les droits de la trilogie), Jac Barron travaille actuellement sur un tout autre roman, Addictions (à paraitre en novembre 2013) ; on peut donc légitimement espérer voir le troisième opus, Impulsions, courant 2014. Je suis curieux de savoir de quoi il sera question dans cet ultime opus, d’après le peu que j’ai pu lire çà et là il s’inscrirait vraiment dans la continuité des deux précédents tomes. Parmi le trio initial il en est qui ne seront forcément pas de la partie, tandis que certains personnages apparus dans Plasma joueront un rôle important dans ce volet final. L’attente sera d’autant plus longue que dans ses remerciements l’auteur promet de « passer à la vitesse supérieure » pour ce troisième opus…