[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

AU MENU DU JOUR


Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

 MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Marc Dhainaut – L’Œil Du Chaos

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Œil Du Chaos
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
242 pages

De quoi ça cause ?

Théo, 17 ans, est passionné de photographie. Dans l’espoir d’obtenir des effets visuels inédits, il bricole un système de prismes et de miroirs sur son objectif.

Si visuellement le résultat n’est pas terrible, une vérité bien plus sinistre s’impose rapidement à lui : ses photos lui renvoient les images de ce qui se passera dans trois semaines. Et les résultats ont de quoi faire froid dans le dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur la section fantastique de leur catalogue.

J’avais déjà en stock plusieurs titres de Jean-Marc Dhainaut, mais tous appartenaient à une même série (Alan Lamblin) ; j’ai profité de la sortie de ce one-shot pour faire d’une pierre deux coups.

Ma Chronique

Si le catalogue des éditions Taurnada est majoritairement un vivier de bons (voire très bons… et plus si affinités) polars et thrillers, il aborde aussi d’autres genres. Ainsi Jean-Marc Dhainaut vient l’enrichir en proposant des romans fantastiques ; ça faisait quelques temps que je voulais découvrir son univers littéraire.

Les théories de l’effondrement (la chute de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui) sont chères aux adeptes de la collapsologie et ont déjà inspiré maints réalisateurs et auteurs. Alors est-ce que L’Œil Du Chaos n’est qu’une énième fin du monde annoncée ?

Au spectaculaire Jean-Marc Dhainaut préfère une approche plus probable. C’est une forte éruption solaire qui provoque une tempête électromagnétique sur notre bleue planète et neutralise l’ensemble des systèmes électriques et électroniques. Pas de bol il a fallu que cela se produise alors que l’Europe est en proie à une canicule sans précédent.

L’avantage majeur de ce scénario c’est que l’effet est immédiat : crashs aériens, accidents en tout genre… ensuite il suffit de laisser le temps au temps (pas longtemps) pour que les plus bas instincts de l’homme ne reprennent le dessus chez certains et viennent accentuer un chaos déjà bien engagé.

L’auteur décrit ensuite un effondrement progressif de la société qui, bien que glaçant à plus d’un titre, est totalement crédible. Globalement on retrouve le même bon sens et la même intelligence dans l’ensemble du roman.

Ainsi, si Jean-Marc Dhainaut ne manque pas de pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres (et d’un peu tout le monde il faut bien se l’avouer), il évite l’écueil d’un militantisme à outrance. Le message passe sans qu’il nous soit répété toutes les deux pages ou servi à toutes les sauces.

L’intrigue est portée par deux personnages qui forcent le respect. Théo est un adolescent qui, à la suite d’un bricolage inventif (mais fort peu probable), a une vision de ce que réserve un avenir proche. Manque de bol ses alertes ne sont pas prises au sérieux par ses amis et sa famille (mettez-vous à leur place aussi… un appareil photo qui photographie le futur ; bin voyons !). Pire, elles vont attirer l’attention des mauvaises personnes.

Le gamin assiste ensuite au meurtre sauvage de ses parents et à la fuite de son petit frère. Lui-même ne doit sa survie qu’à l’intervention de Drazic, un ancien militaire, spécialisé dans les télétransmissions, qui vit en ermite depuis qu’un drame personnel a bouleversé sa vie.

Ensemble ils vont partir à la recherche de Bastien, le frère de Théo, parcourant une nature devenue hostile et évitant, autant que possible, toute mauvaise rencontre.

Un titre qui confirme une tendance affirmée chez Taurnada : ce n’est pas la taille qui compte ! Le roman est court mais tout est dit, et bien dit ! Encore un bouquin que j’ai dévoré quasiment d’une traite. Et encore une belle découverte (et une pépite) inscrite au catalogue d’un éditeur qui n’en finit pas de me surprendre (en bien, vous l’aurez compris).

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Seule La Haine

AU MENU DU JOUR


Titre : Seule La Haine
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Le jour de son quinzième anniversaire, Elliot se présente au cabinet de psychanalyse de Larry Barnay armé d’un pistolet. L’adolescent veut comprendre pourquoi son frère s’est suicidé six mois plus tôt, et pourquoi Larry, qui le suivait comme patient, n’a pas été capable de l’empêcher de passer à l’acte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Ce roman est paru initialement en 2020 aux éditions Nouvelle Bibliothèque, la version proposée par Taurnada a été entièrement remaniée par David Ruiz Martin. Je ne sais pas ce que valait le premier jet du bouquin, mais je peux d’ores et déjà vous assurer qu’avec ce titre, Taurnada inscrit une nouvelle pépite à son catalogue.

Le bouquin s’ouvre sur une préface de Nicolas Feuz qui pose la question de l’identité du polar suisse (je ne me prononcerai pas sur le sujet, il me semble que c’est le premier polar helvète que je lis). En effet si David Ruiz Martin est né en Espagne c’est en Suisse qu’il a grandi et qu’il vit encore aujourd’hui.

C’est donc tout naturellement que l’auteur a situé l’intrigue de son roman en Suisse (à Neuchâtel pour être exact). Une intrigue qui va se jouer presque exclusivement en huis clos entre l’adolescent et le psychanalyste. Un huis clos au cours duquel la tension va aller crescendo, au fil des pages un sentiment grandissant d’oppression vous prendra aux tripes, le récit d’Elliot soumettra vos nerfs à rude épreuve avec, en bonus, quelques poussées d’adrénaline.

Pour des raisons évidentes je ne m’étalerai pas davantage sur l’intrigue mais si vous cherchez un truc vraiment machiavélique et noir de noir, alors ce roman est fait pour vous. David Ruiz Martin signe un thriller psychologique intense et totalement maîtrisé.

Condition sine qua non pour qu’un thriller psychologique, plus encore dans le cadre d’un huis clos confrontant deux individus, il est impératif que les personnages portent l’intrigue et la fassent vivre (cerise sur le gâteau s’ils parviennent en plus à nous faire vibrer).

Je commencerai par Larry Barnay parce qu’il est le narrateur du présent roman. On découvre un homme plutôt sûr de lui et de ses convictions même si confronté à une situation pour le moins inhabituelle. Au fil du récit d’Elliot nous verrons ses certitudes se fissurer, puis s’effondrer pour être remplacées par des doutes et des questionnements qui le boufferont de l’intérieur.

Malgré son jeune âge Elliot reste maître du jeu tout le temps de son récit, même ses coups de mou et coups de colère semblent minutieusement calculés pour s’inscrire dans son récit (d’un autre côté il est difficile, voire impossible, de rester de marbre face à son témoignage qui s’enfonce toujours plus loin dans l’abject). Je peux comprendre que certains lecteurs aient pu penser qu’une telle personnalité ne collait pas un gamin de 15 ans, personnellement cela ne m’a pas dérangé outre mesure, Larry nous prévient d’entrée de jeu :

« Non. Elliot n’est pas fou. Je l’ai vaguement côtoyé par le passé. Il a toujours été un ado brillant, intelligent et futé. Parfois même un peu trop. »

C’est sans la moindre hésitation que j’attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Noël Boudou – … Et Pour Le Pire

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Titre : … Et Pour Le Pire
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Vincent a 86 ans, il se définit lui-même comme un vieux con grincheux et alcoolique, à sa décharge il est mort de l’intérieur depuis 20 ans. Depuis que son épouse a été violée, torturée et tuée par trois jeunes complètement défoncés.

Après avoir purgé leur peine de 20 ans de prison, les assassins vont bientôt être libérés. Vincent compte sur leur retour dans le village pour appliquer sa propre justice, une vengeance qu’il rumine depuis 20 longues années…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Noël Boudou. Ses deux premiers romans m’avaient totalement emballé ; il me tardait de découvrir si l’adage « jamais deux sans trois » se confirmerait sous la plume de Noël.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Il paraît qu’on ne change pas une recette qui marche, si Noël Boudou reste dans le roman noir  – et il aurait tort de s’en priver, il excelle dans ce domaine –, son dernier roman … Et Pour Le Pire ne ressemble à aucun des précédents ; personnellement je n’hésiterai pas à affirmer qu’il ne ressemble à aucun autre roman que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

Certes la vengeance est un thème récurrent dans ce genre de roman, mais je n’avais encore jamais croisé de vengeur potentiel âgé de 86 ans – avec toutes les vicissitudes d’un âge aussi avancé –. Si le corps de Vincent Dolt, vengeur et narrateur de son état, n’a plus le répondant et l’ardeur de  sa jeunesse, la tête est toujours pleinement fonctionnelle (et un sens de la répartie des plus aiguisé).

Je suis un vieux con et personne à vingt kilomètres à la ronde ne vous dira le contraire.

Je suis vieux, je suis seul, je suis alcoolo, je suis une caricature.

Si le vieux bonhomme peut paraître antipathique de prime abord, on s’attache rapidement à son caractère de cochon et à sa personnalité. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la légitimité de sa soif de vengeance, mais je peux parfaitement la comprendre, au vu du calvaire subi par sa femme avant que celle-ci ne soit  achevée.

Puisque j’en suis à parler des personnages, je ne peux pas faire l’impasse sur les nouveaux voisins de Vincent, Bao, France et leurs deux enfants. Une sympathique famille qui s’avérera pleine de ressources pour aider Vincent à mener à bien sa mission vengeresse.

Au niveau intrigue, je ne vous surprendrais pas en vous annonçant que ça dépote grave. Une violence omniprésente qui pourra déranger certaines âmes sensibles, pour ma part du moment qu’elle est mise au service de l’intrigue cela ne me dérange pas outre mesure. Et c’est précisément le cas ici, aucune surenchère gratuite même si parfois l’hémoglobine coule à flots.

J’admets volontiers que niveau crédibilité, ça peut coincer parfois, mais pour être tout à fait franc  ça ne m’a pas dérangé outre mesure. J’y ai vu un côté décalé totalement assumé qui contribue à faire baisser la tension ambiante.

Avec ce nouveau roman Noël Boudou confirme l’adage « jamais deux sans trois », j’ai été totalement emballé une fois de plus. J’ai été embarqué dès les premières pages et après impossible de le lâcher, du coup j’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Christophe Royer – Une Arête Dans La Gorge

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Titre : Une Arête Dans La Gorge
Série : Nathalie Lesage – Tome 2
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Après dix-huit mois d’exil volontaire en Irlande à la suite d’une enquête particulièrement éprouvante, le commandant Nathalie Lesage réintègre les forces de police. Exit Paris et la BRP (Brigade de Répression du Proxénétisme), c’est au sein de la Brigade Criminelle de Lyon qu’elle officiera désormais.

Une arrivée impromptue qui n’enchante pas vraiment sa supérieure, la commissaire Clément qui lui affecte un rôle de conseiller / superviseur et un jeune lieutenant, Cyrille Savage, pour l’assister.

Pas le temps de ruminer sa colère, Lesage et son binôme sont appelés sur la scène d’un crime d’une extrême brutalité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais de découvrir un nouveau titre de leur catalogue déjà riche en pépites de qualité.

Parce que j’avais été emballé par la précédente enquête de Nathalie Lesage, Lésions Intimes. J’avais promis d’être au rendez-vous pour la suite, parole tenue !

Ma Chronique

Je remercie mes éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’ai découvert Christophe Royer à l’occasion de son précédent roman, Lésions Intimes, qui est aussi la première enquête (littéraire en tout cas) de Nathalie Lesage. Pour une première incursion dans le monde du thriller, j’ai trouvé qu’il tirait fort bien son épingle du jeu. Cerise sur le gâteau, il nous donnait rendez-vous pour une prochaine enquête de Nathalie Lesage.

Promesse tenue avec Une Arête Dans La Gorge, il était inévitable que je respecte moi aussi mon engagement d’être au rendez-vous pour cette nouvelle enquête. Une nouvelle enquête qui redistribue les cartes puisque Nathalie Lesage change non seulement de service (du Proxénétisme, elle passe à la Crim’) mais aussi de ville en quittant Paris pour Lyon.

Qui dit nouvel environnement, dit nouvelles rencontres ; à commencer par son entourage professionnel. Sa nouvelle boss, la commissaire Clément, apprécie très moyennement l’arrivée surprise du commandant Lesage… et elle ne manquera pas de le lui faire savoir.  Heureusement les relations avec son jeune adjoint seront nettement plus apaisées.

Le fort tempérament et l’impétuosité de Nathalie Lesage n’ont pas été altérés son exil volontaire. Elle est bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple conseillère mais aussi à gagner le respect des équipes avec qui elle va devoir travailler.

Christophe Royer soigne ses personnages et les liens / relations qui vont se nouer entre eux et évoluer au fil des chapitres (pour le meilleur… et pour le pire). De la même manière il tisse une intrigue qui va rapidement s’avérer addictive (surtout dans la première partie du récit).

Un roman globalement bien ficelé auquel je reprocherai toutefois un manque d’adrénaline. Mon plus gros reproche reste la prévisibilité d’un élément clé du récit, jusqu’à la fin j’ai espéré me tromper tellement ça sautait aux yeux (à tel point que ça en devenait presque insultant pour l’intelligence du lecteur).

Je ne m’attarderai pas sur ce dernier point, non parce qu’il n’y a rien à en dire (au contraire) mais pour éviter tout spoiler susceptible de gâcher le plaisir des futurs lecteurs.

Si cette prévisibilité gâche une partie de l’enquête policière, je dois toutefois avouer que je n’avais rien vu venir concernant l’ultime révélation du roman.

Je ne connais pas la ville de Lyon (et je doute fort de la connaître un jour) mais j’ai été fasciné par l’histoire de son imposant réseau souterrain (surnommé les « arêtes de poisson » en raison de sa forme unique). Une histoire qui n’a d’ailleurs pas encore révélé tous ses secrets… de quoi faire le plaisir des cataphiles (explorateurs des galeries souterraines) de la région… et plus si affinités (et pas de crise sanitaire accessoirement).

Cet aspect du récit, associé à la thématique autour de la franc-maçonnerie, me ferait presque oublier cette maudite prévisibilité d’une partie de l’intrigue. Presque… je ne peux décemment pas en faire abstraction au moment de noter ce roman (même si cela n’engage que moi). Ma sentence est irrévocable !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Isabelle Villain – À Pas De Loup

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I. Villan - A pas de loup
Titre : À Pas De Loup
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Rosalie vit seule avec son fils, Martin, au sein d’une communauté écoresponsable et autonome qui a élu domicile dans un hameau isolé des Alpes de Haute-Provence. Une vie en totale harmonie avec l’environnement.

Un matin c’est le drame, Martin a disparu ! Refusant de céder à la panique, Rosalie soupçonne son ex-mari, Philippe, d’être à l’origine de cet « enlèvement » ; elle se persuade que la situation se réglera d’elle-même d’ici quelques jours.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche en pépites.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans d’Isabelle Villain, j’étais curieux de la découvrir dans un environnement nouveau (même si j’espère bien retrouver le groupe de Lost prochainement).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour l’envoi de ce roman. J’aurais aimé pouvoir proposer une chronique en avant-première, mais ça n’a pas été possible du fait d’une actualité littéraire chargée et d’un emploi du temps personnel plutôt serré (préparation des fêtes de fin d’année oblige).

Je n’ai lu que les deux précédents romans d’Isabelle Villain (Mauvais Genre et Blessures Invisibles), qui étaient de très bons (et plus si affinités) polars dont les intrigues étaient menées par des personnages récurrents chers à l’auteure : le groupe de Lost (Rebecca de Lost étant à la tête du groupe d’enquêteurs de la Crim’).  J’étais donc curieux de découvrir l’auteure hors de sa zone de confort, curieux, mais confiant.

Avec ce roman Isabelle Villain s’essaye au thriller fortement teinté de noir (même si cela ne saute pas aux yeux de prime abord), et le résultat est à la hauteur de nos attentes (et espoirs), voire même bien au-delà de tout ce à quoi on pouvait s’attendre.

Incontestablement le coup de force du roman (et de l’auteure) et de retourner totalement son intrigue et ses lecteurs au bout de quelques chapitres.

Dès les premières pages le lecteur se forge une idée assez précise de qui est du bon côté de la barrière, et de qui est du mauvais côté… quelques sous-entendus bien passés par Isabelle Villain viennent renforcer notre ressenti. Quelques chapitres plus tard nos certitudes se fendillent avant que la donne ne s’inverse littéralement. Un joli tour de force parfaitement orchestré par l’auteure !

L’aspect policier de l’intrigue intervient plus tardivement dans le déroulé de l’intrigue. Dès la première scène de crime, le lecteur peut avoir des soupçons quant au(x) coupable(s), mais sans qu’aucune certitude factuelle ne vienne étayer lesdits soupçons. La seconde scène de crime vient balayer les derniers doutes que l’on pouvait avoir, pas de preuve concrète, mais une certitude absolue.

Isabelle Villain orchestre son intrigue d’une main de maître, rien n’est laissé au hasard, les faits s’enchaînent et s’emboîtent en une mécanique parfaitement rôdée. Une mécanique de plus en plus glaçante pour le lecteur qui plonge de plus en plus loin dans les méandres obscurs de la psyché humaine.

Bien entendu pour que la sauce prenne totalement il faut que les personnages soient traités avec la même efficacité (j’aurai presque envie d’ajouter, avec la même duplicité) ; là encore l’auteure réussit un sans-faute.

Si vous voulez savoir comment un le rêve d’une vie écoresponsable peut tourner au pire cauchemar sectaire ; je vous encourage vivement à lire ce roman.

Une fois de plus les éditions Taurnada accrochent une pépite à un catalogue déjà bien fourni, quant à Isabelle Villain, elle peut ajouter une étoile noire à son palmarès.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – Némésis

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X. Massé - Némésis

Titre : Némésis
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
308 pages

De quoi ça cause ?

Quand le paisible village d’Assieu est secoué par le meurtre atroce d’un nourrisson, Vincent appelle à la rescousse son ami d’enfance, David, lui aussi originaire du village. Les deux fils d’Assieu, devenus flics, vont être confrontés à une enquête qui dépasse tout ce à quoi ils pouvaient s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue réserve souvent de belles surprises.

Parce que c’est Xavier Massé et que son précédent roman, L’Inconnue De L’Équation, m’avait séduit à plus d’un titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Comme souvent avec les titres proposés par Taurnada, vous allez vous engager dans une lecture courte, mais intense ; il ne vous faudra que quelques heures pour dévorer ce roman (pour ma part, avalé d’une traite), mais il vous trottera encore longtemps dans les méninges après l’avoir refermé.

Xavier Massé connaît bien le village d’Assieu (Isère) puisqu’il y a passé son enfance. Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’auteur s’excuse d’avoir fait d’un endroit aussi paisible le théâtre d’une intrigue aussi sombre.

Il faut dire que d’entrée de jeu l’auteur marque les esprits avec une scène de crime doublement sordide ; d’abord parce que la victime est une petite fille de 4 mois, ensuite parce que le corps a été atrocement mutilé.

Voilà, ça c’est fait ! Désormais vous savez où vous mettez les pieds… Sauf que Xavier Massé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, comme le chante (qui a dit le bêêêle ?) fort justement ce brave Francis (qui a dit Lalanne ?): Et ça continue encore et encore / C’est que le début d’accord, d’accord…

Avec un point de départ pareil, on aurait pu craindre que Xavier Massé ne s’échoue sur les écueils de la surenchère gratuite, il n’en est rien. Le gars mène sa barque avec brion tout dans son intrigue est parfaitement pensé et trouve la place qui lui correspond le mieux pour guider, au terme d’un jeu de piste morbide, vers un final qui ne laissera aucune question sans réponse.

Face à un assassin qui ne sème aucun indice et semble toujours avoir un coup d’avance sur la police, deux jeunes flics originaires d’Assieu. Vincent Juron n’a jamais quitté son village natal et en connaît donc tous les habitants. De son côté David Massiènas est parti pour Lyon avec sa mère alors qu’il était adolescent. Deux amis d’enfance qui se retrouvent (à la demande de Vincent) à la tête d’une enquête où tout semble défier la raison et le bon sens.

Si la complicité entre les deux amis est indéniable, on sent toutefois qu’il y a des non-dits de la part de Vincent ; ainsi quand David pose certaines questions troublantes sur la situation à Assieu, son ami a une nette tendance à éluder ou à répondre par une banalité du genre : « c’est la même chose dans tous les villages ».

Des non-dits qui vont pousser David à creuser seul certaines pistes… et ainsi l’amener à déterrer les plus sombres secrets d’Assieu. Mais aussi à découvrir une vérité qu’il n’aurait pu soupçonne tant elle est impensable (et assez peu crédible à mon avis, mais on s’en fout, on est dans une fiction).

Je n’en dirai pas davantage, car déflorer une telle intrigue relèverait du crime littéraire (et ne comptez pas sur moi pour évoquer d’autres formes de déflorations criminelles, je suis quelqu’un de respectable). Comment réagir face au dilemme final auquel David va se retrouver confronté ? Pour en savoir plus, lisez ce roman !

Une fois de plus Taurnada propose un titre qui surprend et décoiffe. Il ne passe pas loin du coup double, mais devra se contenter d’un honorable coup de poing ; c’est la communauté qui lui vole son coup de cœur (une fois encore il faut avoir lu le roman pour comprendre ma réserve).

En bonus je vous offre les premières lignes de l’article de Wikipedia consacré à la Némésis de la mythologie grecque (sachant qu’elle ne contient aucun spoiler relatif au présent roman) :

Némésis est une déesse de la mythologie grecque, mais aussi un concept : celle de la juste colère (des dieux) et du châtiment céleste. Son courroux s’abat en particulier sur les humains coupables d’hybris : démesure, mégalomanie. Elle est ainsi parfois assimilée, à la fois, à la vengeance et à l’équilibre.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

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E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

(BOUQUINS] Mehdy Brunet – Goliat

AU MENU DU JOUR

M. Brunet - Goliat
Titre : Goliat
Auteur : Mehdy Brunet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Septembre 2016. David Corvin, ancien agent du FBI reconverti dans la sécurité, et son épouse Abigael, scientifique, embarquent pour une mission commune sur la plateforme Goliat au cœur de la mer de Barents. Ils ignorent encore qu’un tueur en série est déterminé à poursuivre son œuvre destructrice sur Goliat…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, et pis c’est tout !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, qui me donnent l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 3 septembre).

Goliat est le troisième roman de Mehdy Brunet, bien que les deux précédents figurent depuis leur sortie dans mon Stock à Lire Numérique, je n’ai jamais pris le temps de les découvrir. Celui-ci étant indépendant des précédents je me suis dit que c’était l’occasion rêvée de découvrir, enfin, l’univers littéraire de l’auteur.

Pour l’essentiel Mehdy Brunet construit son intrigue autour de deux axes temporels. En 2014 on suit deux agents du FBI qui traquent un tueur en série qui en est à sa cinquième victime sans laisser le moindre indice à la police. En 2016 David et Abigael arrivent sur la plateforme Goliat alors qu’une violente tempête menace.

Au-delà de ces deux axes principaux, l’auteur nous renvoie d’abord 2013 alors qu’un appareil de la compagnie Asiana Airlines reliant Séoul à San Francisco s’écrase au cours de sa phase d’atterrissage. Dès lors, pas besoin d’être un enquêteur hors pair pour que les différentes pièces du puzzle s’emboîtent avant même que Mehdy Brunet ne lève le voile sur l’identité de son tueur en série et ses motivations.

Enfin quelques chapitres nous invitent à suivre David Corvin (et sa gueule de bois) en 2019. Là encore ça vient casser le suspense ; d’entrée de jeu on sait que les choses vont mal tourner ce qui n’est pas top pour ménager le suspense.

N’allez surtout pas croire que ce roman ne vous réservera aucune surprise, si les grandes lignes s’imposent comme une évidence, certains revirements ne manqueront toutefois pas de vous étonner.

Certes j’aurai apprécié une construction de l’intrigue qui ménage davantage le suspense, mais ce petit bémol n’a pas vraiment interféré dans mon plaisir de lecture. J’ai dévoré le bouquin le temps d’un week-end, n’interrompant ma lecture qu’à regrets.

Mehdy Brunet accorde beaucoup d’attention à ses personnages, sans aller jusqu’à brosser un profil psychologique complet, chacun a sa propre personnalité, son caractère et des réactions adaptées à ce qu’il (elle) est.

Ainsi quand on croise pour la première fois David et Abigael, leur couple est dans le creux de la vague avant de remonter la pente ; cette mission commune sur Goliat est l’occasion de sceller leur volonté de prendre un nouveau départ.

Le choix d’une plateforme au cœur de l’océan Arctique, alors que les éléments se déchaînent à l’extérieur, contribue à instaurer une ambiance oppressante qui ira crescendo au fil de l’avancée de l’intrigue.

Concernant les motivations du tueur en série, et tout en restant volontairement dans le vague, je dirai simplement que ses victimes ont fait un choix qui n’appartient qu’à elles seules, un choix que personne ne peut faire à leur place et que personne n’a le droit de juger (et encore moins de condamner).

Il y a encore quelques années j’aurai pu être une victime potentielle d’un tel tueur en série, aujourd’hui j’ai changé d’avis sur la question (sans avoir été directement confronté à la problématique) et j’ai en permanence dans mon portefeuille un document faisant état de ce choix. Ce revirement personnel ne m’empêche nullement de respecter la volonté de ceux et celles qui ont fait le choix contraire.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christian Guillerme – Urbex Sed Lex

AU MENU DU JOUR

C. Guillerme - Urbex sed lex
Titre : Urbex Sed Lex
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Contre une belle somme d’argent, quatre jeunes passionnés d’urbex sont mis au défi de passer une nuit dans un sanatorium désaffecté. Ils vont relever le challenge, mais, une fois sur place, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls dans cet immense endroit abandonné… Et très vite comprendre qu’ils n’auraient jamais dû accepter cette proposition.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, leur sélection thrillers réserve souvent de belles surprises.

Ma Chronique

L’urbex (pour urban exploration en anglais, et donc exploration urbaine en français) est une discipline qui a le vent en poupe depuis quelques années. Les urbexeurs explorent des lieux souvent laissés à l’abandon par l’homme (et de préférence interdits d’accès), soit dans le but d’y laisser leur marque, soit pour ramener de leurs excursions des photos, soit simplement pour le plaisir de braver l’interdit (et accessoirement le danger).

Vous l’aurez compris le titre du roman est une adaptation très libre de la locution latine « Dura lex, sed lex » (La loi est dure, mais c’est la loi), que l’on pourrait traduire par L’urbex c’est la loi ; mais c’est surtout la devise des quatre amis explorateurs urbains qui vont se retrouver au cœur d’un piège mortel. À leur décharge le défi était plus que tentant… et lucratif !

Dès le prologue Christian Guillerme nous plonge au cœur de l’action et annonce la couleur, sous sa plume l’urbex va rapidement se teinter de rouge sang.

Le roman est court (comme souvent avec les titres proposés par Taurnada), mais ne manque pas d’intensité dans son intrigue. Une intrigue que l’auteur fait progressivement monter en puissance ; et une fois que la chasse est lancée, le lecteur aura bien du mal à lâcher le bouquin !

Il faut dire que le cadre, un sanatorium désaffecté, est idéalement choisi pour contribuer à alourdir une atmosphère déjà pesante et à instiller une bonne dose d’angoisse dès la découverte de l’endroit.

Malgré quelques choix stylistiques douteux et des dialogues parfois peu crédibles, la lecture reste globalement fluide ; le côté addictif de l’intrigue fait même rapidement oublier ces petits défauts de pure forme.

L’écriture et le style sont très visuels, on a vraiment l’impression de vivre l’aventure avec nos quatre héros… et plus d’une fois on se surprendra à retenir notre souffle. Mais rien n’y fait, Christian Guillerme n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages.

Et pourtant ils sont sympas ces quatre potes (deux jeunes couples) liés par une amitié solide et une passion commune. Face à eux, des chasseurs / tueurs implacables, dénués de toute forme d’empathie, pour qui la mise à mort est devenue une course à l’adrénaline et un jeu.

Une fois de plus Taurnada frappe juste et fort avec un thriller court, mais efficace qui vous tiendra en haleine jusqu’à son dénouement.

À l’heure de clore cette chronique, je tiens à signaler que, même si la tentation fut grande, je n’ai fait aucune allusion douteuse et/ou grivoise à la marque Durex… et pourtant il y aurait matière (et je ne parle pas forcément de latex) à jouer avec les rimes.

MON VERDICT