[BOUQUINS] Gérard Saryan – Sur Un Arbre Perché

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Titre : Sur Un Arbre Perché
Auteur : Gérard Saryan
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
378 pages

De quoi ça cause ?

Une seule seconde d’inattention et la vie d’Alice bascule : Dimitri, 4 ans, le fils de son compagnon, échappe à sa vigilance.

En panique, la jeune femme part à sa recherche, mais elle est victime d’un grave accident. À son réveil, elle doit se rendre à l’évidence : l’enfant a été kidnappé.

Alice n’a désormais qu’une obsession : retrouver Dimitri, coûte que coûte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le nouveau bébé des éditions Taurnada et qu’il me donne l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Seuls ceux et celles ayant plus d’un certain âge – avancé mais pas trop –, comprendront le clin d’œil qui va suivre. Le présent roman n’a strictement rien à voir avec le film de Serge Krober (Sur Un Arbre Perché, 1971) avec Louis de Funés et Geraldine Chaplin. Une homonymie purement fortuite donc.

Tout commence avec un jeune couple qui ressemble à tant d’autres. Alice est styliste installée à son compte, occasionnellement elle est aussi membre d’une petite troupe de théâtre. Au début du roman elle est enceinte. L’heureux papa est le compagnon de la jeune femme, Guillaume, brillant avocat issu d’une grande famille française. Il est divorcé et père de deux enfants (Dimitri, 4 ans et Barbara, 13 ans).

Un matin Alice récupère les enfants chez l’ex-femme de Guillaume pour un voyage en train Lyon-paris, où ils doivent rejoindre Guillaume. Gare de Lyon (à Paris, donc… cherchez pas une quelconque logique là-dedans), le week-end de rêve vire au cauchemar. Dimitri disparaît. Alors qu’elle se lance à sa recherche, Alice est victime d’un accident.

Après un court coma deux terribles nouvelles lui éclatent à la gueule : Dimitri, toujours porté disparu, a vraisemblablement été victime d’un enlèvement ; le bébé n’a pas survécu à l’accident.

Rassurez-vous je n’ai pas l’intention de poursuivre cette chronique en vous proposant un résumé intégral du bouquin. Il fallait poser à minima le décor pour comprendre à quel point retrouver Dimitri va devenir une obsession pour Alice.

La jeune femme est loin d’imaginer jusqu’où son enquête va la mener. De nombreuses surprises et autres retournements de situation l’attendent (et nous aussi par la même occasion). On serait parfois tenté de dire que c’est too much mais finalement on se laisse guider par Gérard Saryan qui mène sa barque avec beaucoup de conviction.

Je vous passe les détails mais au fil de ses pérégrinations, Alice va découvrir un ignoble trafic d’enfants, une vengeance personnelle mûrement réfléchie pour faire le plus de mal possible et bien plus encore. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle va payer de sa personne pour mettre à jour la vérité (ou plutôt les vérités).

Une intrigue complexe, machiavélique et tordue à souhait… tout ce qu’on aime !

Des flashbacks dont on ne saisit pas vraiment le sens viennent s’insérer çà et là dans le déroulé de l’intrigue. Il faut attendre les ultimes révélations pour comprendre comment les événements se sont enchaînés pour arriver à la situation présente du récit.

Heureusement Alice ne sera pas toujours seule face à l’adversité, certaines mains tendues seront des plus inattendues, d’autres cacheront peut-être des intentions moins louables… Au fil des chapitres vous en viendrez, comme Alice, à douter de tout et de tout le monde, son incroyable obstination lui fera repousser toutes les limites.

L’auteur fait sien le slogan publicitaire adopté par Paic Citron à la fin des années 80 (bin oui, c’est une chronique pour les « anciens ») : quand y’en a plus, y’en a encore ! En effet, alors que l’on pouvait supposer que tout allait enfin rentrer dans l’ordre, Alice balance un ultime pavé dans la mare, une révélation, et non des moindres, qui va remettre beaucoup de choses en question.

Même si parfois Gérard Saryan se laisse emporter par son enthousiasme, il réussit à nous scotcher de la première à la dernière page avec une intrigue qui fait voler en éclats nos certitudes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Il Était Une Fois La Guerre

AU MENU DU JOUR


Titre : Il Était Une Fois La Guerre
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Sébastien Braqui est soldat. Sa mission : assurer les convois logistiques. Au volant de son camion, il assiste aux mutations d’un pays et de sa guerre. Homme brisé par les horreurs vécues, il devra subir le rejet de ses compatriotes lorsque sonnera l’heure de la défaite. C’est sa descente aux enfers et celle de sa famille que décide de raconter un reporter de guerre devenu son frère d’âme après les tragédies traversées « là-bas ».

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue regorge de pépites.

Parce que c’est Estelle Tharreau, ses quatre précédents romans m’ont tous fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser que je place ceux – et celles – qui crachent à la gueule des soldats qui rentrent de campagne, au même niveau que les raclures qui aboient « Suicidez-vous ! » aux flics lors de manifestations. Libre à tout un chacun de condamner un conflit dans lequel notre armée est engagée, mais ce n’est pas une raison pour mépriser les militaires qui ont pris part à ce conflit ; ils n’ont fait que leur boulot et, ne serait-ce que pour ce qu’ils ont vu ou enduré, méritent le respect.

Autant vous le dire franco, avec ce bouquin Estelle Tharreau m’a pris aux tripes. Elle a su trouver les mots justes pour décrire l’inexorable dérive d’un soldat et d’une famille. Un soldat qui s’emmure dans le silence tout simplement parce qu’il ne trouve pas les mots pour expliquer à sa femme et à sa fille ce qu’il ressent, et encore moins ce qu’il a vécu. Une épouse et une fille qui ne comprennent pas ce silence qu’elles ne savent comment interpréter.

Au fil des campagnes auxquelles participe Sébastien, on voit le Shonga (un pays fictif situé quelque part en Afrique) s’enfoncer dans la déchéance et la misère ; les soldats français ont de plus en plus de mal à comprendre leurs missions… d’autant qu’elles vont parfois frôler l’absurdité (livraison d’armes et de vivres à ceux qui étaient les ennemis d’hier). Les soldats vont aussi devoir assister, avec interdiction formelle d’intervenir, aux massacres interethniques (toute ressemblance… n’est à priori pas le fruit du hasard).

Outre le stress post-traumatique engendré par ce que Sébastien a dû voir et parfois faire, il va aussi devoir composer avec la haine de la population civile à son retour en France, une armée qui ne veut plus de ces vétérans – perdants d’une guerre sale et impopulaire –, une administration fidèle à elle-même…

Au fil des chapitres on alterne entre une narration à la troisième personne (ou plus exactement une narration omnisciente puisqu’elle n’est pas centrée sur un unique personnage) et une narration à la première personne qui donne alors la parole à un reporter de guerre qui s’est lié d’amitié avec Sébastien.

Les différentes parties du roman se présentent sous forme d’un compte à rebours allant de 1095 jours avant explosion à Explosion. Un sinistre décompte qui laisse présager le pire. Un pire qui va commencer à prendre forme dans l’esprit de Sébastien jusqu’à planifier son ultime action dans les moindres détails.

La grande force du roman est de s’intéresser à l’épouse (Claire) et à la fille (Virginie) de Sébastien, on voit le fossé se creuser inexorablement à grand renfort de non-dits. Le traitement des personnages est un sans-faute qui participe grandement à la réussite du bouquin.

Un récit souvent dur, mais toujours empli d’humanité ; un thriller psychologique totalement maîtrisé qui est aussi un magnifique hommage à nos soldats.

PS : je suis très en retard dans la rédaction et la mise en ligne de ce post, comme beaucoup – j’aimerai dire tout le monde, mais malheureusement pour certains la fin de l’année n’a pas forcément un air de fête –, j’ai été quelque peu occupé avec les préparatifs de Noël.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Magali Collet – Comme Une Image

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Titre : Comme Une Image
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Eulalie (que tout le monde appelle Lalie) va bientôt fêter ses 10 ans. Mignonne, intelligente et attentionnée, elle a tout de la petite fille modèle. Mais c’est un rôle qu’elle joue, ce que tout le monde ignore c’est qu’elle est plus qu’intelligente, c’est une enfant à haut potentiel qui cache son jeu. Mais surtout elle est hermétique à toute forme d’empathie, seule la colère semble trouver grâce à ses yeux…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que le précédent roman de Magali Collet, Les Yeux D’Iris, m’avait fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Commençons par le commencement et le visuel du bouquin. La couv’ illustre parfaitement le propos du roman avec ce gamine au regard intriguant, presque malaisant.

Suis allé courir à l’îlot / Cueillir un lilas, / Un lilas pour Eulalie, / Eulalie pour un lilas… merci Yves pour cet interlude musical mais vous n’aurez pas vraiment envie d’offrir des fleurs à la petite Eulalie imaginée par Magali Collet. Plutôt de la mort aux rats dans son chocolat chaud, voir un tir de .357 à bout portant au milieu du front.

En psychologie la notion de psychopathe ne peut s’appliquer qu’à un adulte… comme si le changement survenait pile poil à 18 ans. Avouez que c’est complétement con comme raisonnement ! C’est ce postulat qui a donné naissance à ce roman, Magali Collet prenant le contrepied de cette assertion psychologique.

Quel pari audacieux de transformer une gamine de 10 ans en une psychopathe égocentrique et alexithymique (incapable de ressentir ou d’exprimer ses sentiments) et d’imaginer une intrigue autour de cette enfant. Audacieux mais parfaitement géré tout au long de ce court roman.

En fait, le plus souvent, je ne ressens rien. Absolument rien. Je ne suis jamais heureuse, déçue ou triste. Je ne suis pas vraiment envieuse, parce que, lorsque je veux quelque chose, je me débrouille toujours pour l’avoir. Mais cela ne me rend pas heureuse, jamais. Au mieux, cela me satisfait. Je n’éprouve rien d’autre que de la satisfaction.

Dans ce bouquin Magali Collet se livre à un double exercice de style, alternant la narration à la troisième personne (l’intrigue et les personnages sont vus par une tierce personne) et un récit à la première personne qui donne la parole à Lalie. Ces passages sont de loin les plus glaçants, on prend alors toute la mesure de son état psychologique perturbé.

Je connaissais la colère, la vague qui m’engloutissait, mais pas la haine. C’est un sentiment nouveau. (…) Ressentir la haine est quelque chose de vraiment puissant.

Vous allez adorer détester Lalie, à moins que vous ne tombiez sous son charme venimeux. Il faut bien reconnaître qu’elle sait y faire pour duper et manipuler son monde, qu’il s’agisse de ses parents, de son institutrice ou de ses camarades de classe. Nul ne se doute des sombres pensées qui secouent le bocal de la gamine… des pensées qui vont rapidement se transformer en actes.

Nul doute que les apprentis psychologues chercheront à rejeter la faute du comportement de Lalie sur son entourage. Des parents divorcés, une rupture que la mère de Lalie n’arrive pas à intégrer alors que son ex a refait sa vie avec une nouvelle compagne avec qui il a eu un enfant. Pour ma part je ne lui trouve aucune circonstance atténuante, tout la condamne purement et simplement.

Magali Collet fait monter la pression au fil des chapitres… heureusement que le bouquin ne faisait pas 100 pages de plus, mon palpitant n’aurait pas tenu le choc ! Une intrigue délicieusement sombre, malsaine et amorale. Tout ce que j’aime !

Je ne m’étalerai pas davantage pour ne rien spoiler malencontreusement. L’auteure réussit le tour de force de me faire aimer un roman dont j’ai détesté le personnage principal. Une fois le livre ouvert je n’ai plus pu le lâcher avant le clap de fin (un final à l’image du reste du roman). Un excellent thriller psychologique maîtrisé de bout en bout.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Sacha Erbel – La Mort Est Parfois Préférable

AU MENU DU JOUR


Titre : La Mort Est Parfois Préférable
Auteur : Sacha Erbel
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Yan est flic à la PJ de Lille. Depuis des années elle souffre d’endométriose, les crises sont de plus en plus fréquente et douloureuse. Elle combat la douleur à grand renfort d’antalgiques, mais combien de temps pourra-t-elle tenir à ce rythme ?

Elle se voit confier l’enquête sur la mort d’un grand reporter, noyé dans sa baignoire après avoir été sévèrement tabassé. Une autre équipe part sur une scène de crime particulièrement morbide, un homme a été retrouvé décapité au volant de sa voiture.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et l’occasion de découvrir une auteure que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Sacha Erbel est fonctionnaire de police depuis plus de 25 ans et actuellement en poste au Service de la Protection. Passionnée par l’étude des tueurs en série, elle est diplômée en criminologie appliquée à l’expertise mentale. Tout ça pour dire que madame sait de quoi elle cause… faut pas la prendre pour un lapin de six semaines.

Son roman est aussi l’occasion de mettre en avant cette maladie encore mal connue (quand certains trouducs ne nient pas purement et simplement cette pathologie) qu’est l’endométriose. Là encore l’auteure sait de quoi elle parle puisqu’elle doit apprendre à vivre avec son « Araignée » depuis plus de 10 ans.

Si l’endométriose n’est pas le thème principal du roman, Sacha Erbel réussit toutefois à faire de cette foutue Araignée quasiment un personnage à part entière. Au fil des chapitres il sera aussi question de l’éthique journalistique (riez pas, il paraît que ça existe), de vengeance, de dérives sectaires, de manipulation et même d’hypnose.

Difficile de rester insensible face au personnage de Yan, sans aller jusqu’à approuver l’ensemble de ses choix. Je n’ose même pas imaginer ce que ça doit être de vivre avec ces crises de douleurs aussi fulgurantes qu’imprévisibles. Je veux bien croire que face aux assauts répétés de la douleur on en vienne parfois à penser que la mort pourrait être préférable.

L’intrigue va se diviser en deux enquêtes. Le meurtre particulièrement brutal d’un célèbre journaliste pour Yan et son équipier, Granulé. Un cadavre décapité retrouvé au volant de sa voiture pour Brath et Michel. Quatre flics liés par une grande complicité et une solide amitié malgré des personnalités et un vécu très différents.

Sacha Erbel apporte beaucoup de soin à ses personnages, même les plus secondaires sont dotés d’une réelle personnalité. Un travail payant qui facilite l’empathie (ou l’antipathie) pour tel ou tel personnage.

Concernant la mort du journaliste on connaît rapidement l’identité du coupable et ses motivations (autant dire que je n’ai pas versé de larmes sur le funeste destin du scribouillard). Reste à Yan et son équipier à remonter les bonnes pistes pour identifier leur suspect.

L’affaire du décapité est nettement plus captivante, surtout quand les policiers vont se retrouver avec une deuxième victime décapsulée. Tous les indices semblent converger vers la thèse du suicide avec une mise en scène particulièrement sophistiquée et macabre. Nul besoin d’être le fils caché d’Hercule Poirot et de Miss Marple pour avoir rapidement de sérieux soupçons sur le fond de l’histoire (même si je reste sceptique – comme la fosse –sur la faisabilité de la chose).

L’auteure nous offre un thriller psychologique totalement maîtrisé et aussi addictif qu’une dose de morphine. Sans surprise au vu du profil de la dame, l’intrigue sonne juste à tous points de vue. Un bouquin dévoré d’une traite, comme souvent avec les titres des éditions Taurnada.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Marc Dhainaut – Brocélia

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Titre : Brocélia
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Meghan Grayford est journaliste pour un magazine spécialisé dans le paranormal. Quand son patron la presse de trouver un sujet pour un article elle décide de se pencher sur la sombre histoire du manoir de Brocélia. Une vieille bâtisse isolée au cœur de la forêt de Brocéliande, réputée pour être maudite.

En se faufilant dans cette bâtisse, Meghan ignore encore que son histoire n’est pas peuplée de magie et de fées, mais de morts brutales et sanglantes…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même. Mais aussi parce que c’est Jean-Marc Dhainaut et que j’avais beaucoup aimé son précédent roman, L’Œil Du Chaos.

Cerise sur le gâteau, j’ai trouvé la couv’ sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Les lecteurs les plus assidus de Jean-Marc Dhainaut reconnaîtront sans doute le personnage de Meghan Grayford puisqu’elle apparaît dans la dernière enquête d’Alan Lambin (enquêteur du paranormal et personnage récurrent de l’auteur), Les Couloirs Démoniaques. Cela ne les surprendra donc pas outre mesure de voir leur chasseur de fantômes préféré et sa compagne, Mina, prendre part au déroulé de la présente intrigue.

Intrigue qui pourrait sembler relativement classique tant le thème de la maison hantée a servi de cadre à bien des récits de la littérature fantastique (et accessoirement horrifique), certains écrits par des maîtres incontestés du genre (Richard Matheson, James Herbert, Graham Masterton, sans oublier l’incontournable H.P. Lovecraft pour ne citer qu’eux). Un thème un peu tombé en désuétude ces dernières années, mais qui peut encore réserver bien des surprises – et des sueurs froides –, comme le démontre fort habilement Jean-Marc Dhainaut dans ce septième roman.

Le cadre choisi par l’auteur se prête bien à ce genre d’exercice, non seulement la Bretagne dans son ensemble est une terre riche en légendes, mais la forêt de Brocéliande est réputée être le berceau de la légende arthurienne.

S’il n’est point question de la geste arthurienne dans le roman de Jean-Marc Dhainaut, certaines légendes bretonnes ont toutefois été source d’inspiration pour servir de toile de fond à son intrigue.

Retour à nos moutons et à Meghan. Passionnée d’urbex (exploration urbaine) et tout particulièrement dans les lieux chargés d’histoire ou de mystères, elle a déjà eu l’occasion de se frotter au manoir de Brocélia quelques mois plus tôt… avant de rapidement battre en retraite tant la demeure lui avait fait comprendre qu’elle n’était pas la bienvenue.

Pressée par son patron de pondre un article explosif pour le prochain numéro du magazine pour lequel elle travaille, elle va surmonter sa peur et retourner se confronter au manoir et à ce qui le hante. À peine arrivée au village voisin, le ton est donné ; l’accueil est glacial, pour ne pas dire franchement hostile (y sont fous ces bretons dirait ce brave Obélix). Mais il faut plus que ça pour faire reculer notre téméraire journaliste de l’étrange.

Entre plongée dans le passé – tumultueux et sanglant – des occupants successifs du manoir et exploration – sous haute tension – du domaine, Meghan aura intérêt à avoir le cœur bien accroché pour ne pas prendre ses jambes à son cou. Mais la petiote est obstinée et bien déterminée à comprendre ce qui se cache derrière cette colère omniprésente autour de Brocélia.

Heureusement elle ne sera pas seule dans ses investigations, Alan et Mina l’aideront à mieux cerner certaines des manifestations dont elle sera spectatrice – et accessoirement victime. Elle pourra aussi compter sur le soutien inconditionnel et l’aide de Janis, son ami d’enfance qui travaille avec elle à la rédaction d’Insolite Magazine.

Il lui faudra bien ça pour faire face à l’hostilité paranormale de Brocélia, mais aussi aux gueulantes incessantes de son patron (à croire que le gars ne sait parler qu’en aboyant) et aux coups bas d’un collègue aussi fielleux que lèche-cul.

Jean-Marc Dhainaut sait y faire pour installer rapidement une ambiance oppressante – voire franchement flippante parfois – et maintenir la pression de la première à la dernière (ou presque) page. Des chapitres courts et une écriture très visuelle plongent le lecteur au cœur de l’intrigue.

Chapeau bas pour cet étonnant revirement de situation dans les ultimes chapitres du roman, nul doute que même les lecteurs les plus aguerris n’auront rien vu venir. Une belle trouvaille qui vient couronner un récit d’une redoutable – effrayante – efficacité.

N’ayant pas encore eu l’occasion de me plonger dans les enquêtes d’Alan Lambin, ce roman, en forme de spin-off de la tétralogie, m’a vraiment donné envie de découvrir cette série qui hante mon Stock à Lire Numérique depuis des temps immémoriaux.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Digital Way Of Life

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Titre : Digital Way Of Life
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

À travers ce recueil de nouvelles, Estelle Tharreau décline des futurs possibles dans un monde entièrement connecté où l’humain est totalement dépendant de la technologie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’étais curieux de découvrir Estelle Tharreau dans un tout autre registre, sa plume est d’une redoutable efficacité quand elle se frotte au polar ou au roman noir, voyons ce que ça donne quand elle s’essaye à la science-fiction.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Le fil rouge qui relie les dix nouvelles composant ce recueil est la dépendance de l’humain vis-à-vis des nouvelles technologies. Chaque nouvelle est précédée par un ou plusieurs articles de presse en lien avec le thème abordé.

Pour servir son propos, l’auteure pousse à l’extrême le lien entre l’humain et la technologie, c’est la vision la plus sombre de l’avenir possible qu’elle nous propose de découvrir.

Quelques mots sur chacune des nouvelles composant ce recueil et ma note sur 5 :

  • Pathologique : quand la communication est considérée comme néfaste à l’épanouissement de l’enfant. Excellente mise en bouche. 5
  • Virtualité Réelle : quand la réalité virtuelle est l’unique garante du bien vivre ensemble. Glauque à souhait. 3.5
  •  Aveuglement Amoureux : quand la justice se met à l’heure du verdict numérique. Un sujet grave traité avec une légèreté rafraichissante. 4.5
  • Inhumains : quand les nanotechnologies se mettent au service de la médecine. Au-delà des apparences, humanité augmentée ou inhumanité, la question est posée en une revisite du mythe de Frankenstein fondue au noir. Mention spéciale pour le clin d’œil final. 5
  • Automatique : quand les assistants numériques se font un peu trop envahissants. J’avais deviné la fin mais ça ne m’a pas empêché de savourer cette nouvelle. 4.5
  • Éternité : quand l’homme pense que la machine peut l’aider à défier l’ordre naturel des choses. Je n’ai pas vraiment accroché à ce récit. 2.5
  • Profil : quand vos traces numériques se retournent contre vous… en dépit du bon sens. Malheureusement peut-être pas si dystopique que ça devrait l’être. 5
  • Bouton Rouge : quand les moteurs de recherche encouragent l’ignorance et occultent le passé. Court mais d’une redoutable efficacité. 4.5
  • Harceleuse : quand le tout numérique n’attend pas le poids des années pour affirmer son emprise sur l’individu. Là encore on oscille entre triste réalité et dystopie. La dernière phrase de la gamine est une tuerie. 5
  • La Trappe : quand l’obscurantisme religieux pousse l’homme à se substituer à Dieu. Un clap de fin apocalyptique. 4.5

Soit une moyenne de 4.4 / 5 que j’arrondis sans la moindre hésitation à 4.5.

Je ne vois pas ces nouvelles comme une attaque en règle contre les nouvelles technologies (il faudrait être très con pour tout rejeter en bloc) mais plutôt comme un cri d’alarme, un appel à la vigilance afin de ne pas se laisser submerger et ne pas placer notre confiance absolue dans le numérique. Pour que le message passe, il faut taper fort, là où ça fait mal et c’est exactement ce que fait Estelle Tharreau.

Une chose est sûre, avec ce recueil l’auteure ajoute une nouvelle corde à son arc. Ses premiers pas dans le monde de l’anticipation sont totalement convaincants.

Pour ma part je ne m’estime pas encore totalement techno accro, je ne suis pas pendu à mon téléphone H24, il ne me sert qu’à téléphoner (surtout répondre au téléphone) ou envoyer des SMS. En revanche je n’envisage pas de me passer de ma tablette et encore moins de ma liseuse.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Requiem Des Ombres

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Titre : Requiem Des Ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Donovan Lorrence, écrivain à succès, revient à Neuchâtel après des années d’absence. Il est déterminé à faire toute la lumière sur cette nuit de novembre 1973 où son frère a disparu et lui-même a été agressé.

Il est temps d’exorciser ses démons du passé, mais certaines personnes pourraient ne pas voir d’un bon œil cette envie de faire remonter à la surface des souvenirs oubliés…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Taurnada et David Ruiz Martin m’avait scotché et bluffé avec Seule La Haine, le précédent roman de l’auteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime les auteurs qui osent se remettre en question d’un titre à l’autre, si David Ruiz Martin reste dans le thriller noir avec ce nouveau roman, il est totalement différent de Seule La Haine. On pourrait penser qu’il est difficile d’imaginer une intrigue originale autour du thème (éculé diront certains) de la vengeance, et pourtant l’auteur réussit à nous proposer une approche plutôt novatrice. Même s’il est d’usage de dire que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », rien n’interdit d’apporter une pointe d’originalité et de modernité à ladite soupe.

Ici cette note inédite vient du personnage d’Iris et de son don (qu’elle considère plutôt comme une malédiction). Son apparition va donner un sérieux coup de boost à l’intrigue, constituant même un second arc narratif qui entraînera Donovan dans son sillage.

Il faut bien reconnaître que Donovan Lorrence ne fait rien pour s’attirer la sympathie des lecteurs malgré la totale légitimité de sa quête de vérité. Heureusement Iris aura un effet apaisant sur lui, même si trop se rapprocher de la mystérieuse jeune femme peut réserver bien des surprises.

Une fois encore c’est la Suisse, et plus particulièrement Neuchâtel et ses environs, qui servira de décor à l’intrigue imaginée par David Ruiz Martin. Une Suisse bien loin de l’image d’Épinal qui vante le flegme helvète, c’est le côté obscur de la Suisse que nous dévoile l’auteur.

Une intrigue certes moins machiavélique que celle de Seule La Haine et son incroyable face à face psychologique, mais pas moins intéressante. Vous aurez rapidement envie de comprendre ce qui a bien pu passer au cœur de la brume neuchâteloise, un soir de novembre 1973. Il faut croire que la soif de vérité de Donovan est contagieuse.

Les personnages sont soignés, l’intrigue est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Franchement difficile de lâcher le bouquin une fois que vous serez pris dans les mailles du filet. Résultat des courses on dévore les presque 400 pages quasiment d’une traite (deux traites pour être exact).

Avec ce roman David Ruiz Martin confirme qu’il faudra désormais compter avec lui dans le petit monde du polar suisse, mais aussi, plus largement, du polar francophone.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – La Quatrième Feuille

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Titre : La Quatrième Feuille
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

À quelques jours de son premier vernissage, Sophie a tout pour être heureuse. Avec l’aide de Carole, son amie de toujours, elles peaufinent les derniers détails avant le grand jour.

Un drame va alors faire remonter à la surface un passé qu’elle pensait définitivement oublié. La descente aux enfers ne fait que commencer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais leurs propositions de découvrir un de leurs titres… qui bien souvent s’avèrent être d’excellente qualité.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de Christophe Royer, d’autant que ce celui-ci permet de découvrir l’auteur aux manettes d’une intrigue totalement indépendante des précédentes.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avec ce nouveau roman Christophe Royer délaisse temporairement (c’est lui qui le dit… et le répète, dans ses remerciements) le personnage de Nathalie Lesage.

Si l’auteur laisse son personnage fétiche profiter d’un repos bien mérité, il reste clairement dans le registre du thriller avec La Quatrième Feuille. Et plus particulièrement du thriller psychologique, poussant à l’extrême la notion de personnalité toxique.

Au départ il y avait trois adolescentes, amies inséparables, Sophie, Carole et Béatrice, les trois drôles de dames comme elles se plaisaient à s’identifier. Pour symboliser leur amitié indéfectible, elles dessinaient un trèfle à trois feuilles, formé de trois D imbriqués.

Puis Maud est arrivée, sans cheval ni grand chapeau (faut être vieux pour comprendre), les trois drôles de dames devinrent quatre drôles de dames et le trèfle gagna une quatrième feuille. Si dans la culture populaire le trèfle à quatre feuilles est un porte-bonheur, ici il sera plutôt porteur de drames et de destruction.

Mais je brûle les étapes en vous disant cela, c’est la seconde partie du roman qui vous fera découvrir toute l’histoire passée de ces (pas toujours) drôles de dames.

Le roman démarre plutôt sous les meilleurs auspices pour Sophie qui prépare fébrilement son premier vernissage avec l’aide de Carole. Mais voilà, quelques jours avant l’ouverture de l’expo c’est le drame, Carole est agressée et le local incendié.

Après le flashback constitué par la seconde partie du roman, les deux suivantes vont se concentrer exclusivement sur l’enquête présente.

Et quelle enquête ! Nul doute qu’elle saura surprendre même le plus aguerri des amateurs de thrillers. Il faut dire que l’auteur ne ménage pas ses personnages et ses lecteurs. Comme les policiers chargés de l’enquête, nous serons face à une énigme d’apparence insoluble (ils ont une coupable toute désignée mais son alibi est inattaquable).

Christophe Royer décortique avec beaucoup de justesse le processus de manipulation psychologique que peut déployer une personne toxique pour asseoir son emprise sur les autres. Mais cette fois la victime se rebiffe et ne se laisse pas embobiner, ce qui va enfoncer l’autre dans un délire de persécution et une folie destructrice.

Heureusement le process est poussé à l’extrême pour les besoins de l’intrigue… quoique l’auteur nous apprend que son roman est inspiré de faits réels ; où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Bonne question… lui seul connaît la réponse.

J’ai souvent eu l’occasion de le dire, et je ne cesserai de le répéter, la clé de voûte d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, c’est leur crédibilité qui fera que l’intrigue fonctionne (ou à contrario s’effondre). Là encore Christophe Royer ne laisse rien au hasard mais je ne m’attarderai pas sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme souvent avec les titres de Taurnada, j’ai dévoré le bouquin d’une traite, totalement happé par l’intrigue, de la première à la dernière page. Une pépite de plus dans le coffre déjà bien rempli des éditions Taurnada.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

AU MENU DU JOUR


Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

AU MENU DU JOUR


Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT