[BOUQUINS] Stuart Turton – L’Étrange Traversée Du Saardam

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Étrange Traversée Du Saardam
Auteur : Stuart Turton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
608 pages

De quoi ça cause ?

1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.

Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements. Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et les phénomènes surnaturels se multiplient. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ? Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Déjà parce que c’est Sonatine mais aussi parce que Stuart Turton m’avait agréablement surpris et séduit avec son précédent (et premier) roman, Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’apprécie tout particulièrement de découvrir des auteurs audacieux qui n’hésitent pas à sortir des sentiers battus, et c’est précisément ce qui m’avait séduit dans le précédent roman de Stuart Turton, Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle. J’ai été rassuré de retrouver cette audace et cette originalité dans ce second roman.

Mais ce sont bien les seuls points communs entre les deux bouquins, si le premier jouait d’entrée de jeu la carte du fantastique, L’Étrange Traversée Du Saardam entretient le doute quasiment de la première à la dernière page. Le Saardam est-il frappé d’une étrange malédiction ? Ou serait-il plutôt le terrain de jeu de certains malfaisants qui jouent avec les peurs et les superstitions des uns et des autres ?

Alors, fantastique ou polar ? Plutôt que de vouloir impérativement faire entrer ce bouquin dans une case formatée, pourquoi ne pas simplement le prendre comme il vient et se laisser guider par l’intrigue ? Et pourquoi pas trouver la clé de l’énigme avant nos héros ?

Sur ce dernier point je vous souhaite bien du courage… Stuart Turton sait y faire pour brouiller allégrement les pistes tout en restant parfaitement maître de son intrigue. Et je dois reconnaître que la recette est d’une redoutable efficacité, j’ai bien pressenti certains éléments (plus par intuition que par déduction) mais j’étais encore très loin de la vérité.

Faisons machine arrière jusqu’en l’an 1634 et embarquons pour une traversée à bord d’un bateau de la Compagnie des Indes qui doit mener son équipage et ses passagers de Batavia (actuellement Jakarta) à Amsterdam. Comme vous pouvez vous en doutez la croisière ne va pas s’amuser tous les jours et le voyage (même dans des conditions optimales) n’est pas franchement un long fleuve tranquille. Entre les caprices de la météo, les attaques de pirates et les huit mois de traversée, le voyage promet d’être éprouvant.

Et si pour pimenter le tout vous ajoutiez une malédiction lancée par un lépreux alors que le Saardman est en plein chargement. À peine la grande voile hissée, un étrange symbole ésotérique s’étale à la vue de tous avant de disparaître. Mais il en faut plus que ça pour empêcher le départ du bateau, de grosses sommes sont en jeu et des réputations peuvent se faire ou se défaire à l’arrivée à Amsterdam.

C’est parti pour un huis clos maritime émaillé d’incidents tous plus mystérieux les uns que les autres. Avec dans les cales une cargaison qui semble aussi précieuse que mystérieuse. Et une floppée de personnages, dont certains cachent de sombres secrets. Au fil de la croisière et des incidents la tension monte. La logique et l’esprit rationnel des uns sont mis à rude épreuve pas les peurs et les superstitions des autres.

Les personnages sont nombreux mais à aucun moment le lecteur ne s’y perd, l’auteur cadre aussi bien sa galerie de portraits que son intrigue. D’emblée certains vous apparaîtront attachants alors que vous en détesterez d’autres dans le même élan. Certains évolueront vers un ressenti plus positif au fur et à mesure qu’ils se révéleront. Puis il y a ceux qui vous laisseront dans l’expectative… sont-ils bons ou mauvais ? Et bien entendu vous aurez aussi le droit à des changements de bords totalement inattendus.

Dans l’ensemble cette étrange traversée ne fera pas ressortir ce que l’humain a de meilleur en lui, l’appât du gain et la soif de pouvoir ne sont pas vraiment les meilleurs conseillers. Heureusement certains tireront leur épingle du jeu et, en conjuguant leurs talents, découvriront la clé du mystère. Mais toute vérité est-elle bonne à dire ?

Avec ce second roman Stuart Turton confirme que l’audace peut encore payer de nos jours, il suffit d’oser s’écarter des sentiers battus… et le fait avec un incroyable talent.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stuart Turton – Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle

AU MENU DU JOUR

S. Turton - Les 7 morts d'Evelyn Hardcastle

Titre : Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle
Auteur : Stuart Turton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
544 pages

De quoi ça cause ?

Le narrateur reprend conscience au cœur d’une forêt, une femme est poursuivie par un homme, un coup de feu est tiré.

L’homme est plus confus que jamais, d’autant qu’il n’a aucun souvenir, ni de son identité ni de son passé, sinon un prénom qui lui revient en boucle : Anna.

Il ne le sait pas encore, mais il vient de pénétrer dans un cycle infernal sur lequel il n’a aucun contrôle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que la quatrième de couv’ de ce roman a particulièrement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous connaissez sans doute l’adage qui affirme que « la vie est un éternel recommencement« , mais connaissez-vous la citation complète dont il est extrait ? Il semblerait en effet que ce soit l’auteure québécoise Fleurette Levesque qui ait écrit : « La vie étant un éternel recommencement, seule l’acceptation de la défaite signifie la fin de tout. Tant et aussi longtemps que l’on sait recommencer, rien n’est totalement perdu. »

Merci Google, pour cette minute culturelle. J’avoue humblement et sans complexe qu’avant d’écrire cette chronique je n’avais jamais entendu parler de Fleurette Levesque… et que, ici et maintenant, je n’en sais pas davantage sur cette brave dame. Mais rassurez-vous, cela ne m’empêchera pas de dormir !

N’allez pas croire que je digresse à tort et à travers, cette citation illustre parfaitement la situation dans laquelle se retrouve le héros (malgré lui) de ce roman. En effet Aiden Bishop (c’est son nom, même si lui-même ne le découvrira que plus tard) est condamné à revivre la même journée endossant à chaque fois le corps et la personnalité d’un des hôtes du domaine de Blackheath. Pour se libérer de cette malédiction, il dispose de huit jours (et donc huit incarnations) pour résoudre l’énigme entourant la mort d’Evelyn Hardcastle, la fille des maîtres des lieux ; s’il échoue, le cycle repartira à zéro.

Même si les règles du jeu échappent totalement à Aiden Bishop, pas question pour lui de se résigner. Dans un premier temps il sera tenté de vouloir échapper de lui-même à ce funeste sort… avant de comprendre que la fuite est tout bonnement impossible. Par la suite il mettra tout en oeuvre non seulement pour identifier le responsable de la mort d’Evelyn Hardcastle, mais aussi pour la sauver d’une mort qui semble pourtant inéluctable.

A chaque incarnation Aiden Bishop hérite des forces et faiblesses (qu’elles soient physiques ou psychologiques) de son hôte. Chaque fois il se souvient de tout ce qu’il a vécu avec ses hôtes précédents, ce n’est qu’en mettant bout à bout les pièces du puzzle qu’il pourra quitter Blackheath.

Ajoutez à cela un maître du jeu dissimulé sous un costume de médecin de peste, un maléfique valet de pied qui ne reculera devant rien pour faire échouer la mission d’Aiden Bishop, autant de suspects qu’il y a d’invités… et vous aurez un aperçu (de nombreuses autres surprises vous attendent au fil des chapitres) de ce que vous réserve ce roman pareil à nul autre.

Ah oui j’oubliais, même si Stuart Turton ne situe pas précisément son intrigue dans le temps, on devine aisément que nous sommes au cœur de l’Angleterre victorienne. Un détail certes, mais qui ajoute un charme certain à ce bouquin.

On se retrouve projeté dans un huis clos qui pourrait laisser penser à une partie de Cluedo grandeur nature, mais avec des règles du jeu complètement réécrites par un esprit né d’un croisement improbable entre Agatha Christie et H.G. Wells.

C’est volontairement que je ne fais aucun rapprochement avec d’autres œuvres (romans ou films) ayant un thème apparemment semblable ; avec Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle l’auteur nous offre un premier roman particulièrement audacieux qui, au risque de me répéter, impose un cachet unique. Un roman qui joue habilement aussi bien avec les règles des genres (policier et fantastique/science-fiction) qu’avec l’échelle temporelle (je vous laisse découvrir le pourquoi du comment de ce dernier point).

L’intrigue policière est menée de bout en bout de main de maître, il faut dire que l’auteur nous propose une sacrée galerie de personnages peu recommandables, tous plus roublards ou manipulateurs les uns que les autres. Chacun traîne ses casseroles et ses secrets, toujours prompt à trahir les autres pour se protéger. Difficile de savoir avec certitude à qui se fier au sein de ce grand bal des faux-culs.

Bien malin(e), celui ou celle qui saura démêler cet incroyable écheveau afin de découvrir la vérité, faire le tri entre les fausses pistes et les vrais indices, faire tomber le voile des apparences qui recouvre le domaine de Blackheath et ses invités.

De tout ce que j’ai vu le premier jour, qu’est-ce qui était réel ? Quelqu’un était-il vraiment ce qu’il prétendait être ? Je croyais que Daniel et Evelyn étaient amis, et que le médecin de peste était fou, et que j’étais un médecin nommé Sebastian Bell, dont le principal problème était d’avoir perdu la mémoire. Comment aurais-je pu savoir que tout cela n’était que les positions de départ d’une course dont personne ne m’avait dit que je la courais ?

Soyez assuré que jusqu’au bout ce bouquin vous réservera des rebondissements totalement inattendus et des revirements surprenants. Pour ma part j’ai été complètement bluffé du début à la fin, j’ai adoré ce cocktail fort justement dosé entre policier et fantastique. Si je ne devais retenir qu’un mot pour qualifier ce roman, j’opterai sans hésitation pour génial.

MON VERDICT

En aparté

Je me permets, en guise d’aparté, petit clin d’œil à propos des traductions.

Nul n’a jamais vraiment compris pourquoi le roman de Jim Thompson Pop. 1280 en VO s’est retrouvé traduit par 1275 Âmes en VF ; avant que justice ne lui soit rendue avec une nouvelle traduction intégrale sous le titre Pottsville, 1280 Habitants.

Dans le cas présent ce n’est pas la version française du titre qui interpelle, la VF étant la traduction littérale du titre original, The Seven Deaths Of Evelyn Hardcastle ; qui, dans son édition américaine, devient The 7½ Deaths Of Evelyn Hardcastle… Reste à définir le concept de demi-mort.

Je connais pour ma part la petite mort qui désigne parfois l’orgasme (bien qu’à l’origine l’expression était à usage médical pour faire état d’un évanouissement ou de frissons nerveux).

Inutile de me remercier pour cette seconde minute culturelle, c’est un cadeau de la maison.