[BOUQUINS] Sara Greem – Gloria Dei – 1 – Fidem Invictam

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Titre : Fidem Invictam
Série : Gloria Dei – Livre 1
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2022
Origine : France
318 pages

De quoi ça cause ?

VIIIe siècle. Charlemagne poursuit impitoyablement sa campagne de christianisation de l’Europe. Les Saxons, menés par le duc Widukind résistent tant bien que mal afin de préserver leur culture et leurs croyances.

Plus au nord, à Uppsalir, le jeune Ragnarr Sigurdsson, épaulé et entraîné par son mentor, Enoal, se prépare à entrer dans l’âge adulte et à monter sur le trône afin de succéder à son défunt père.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Impossible de refuser la proposition de Sara qui m’a gentiment invité à découvrir son nouvel opus. Une incursion à plusieurs voix dans la tumultueuse Europe médiévale.

Ma Chronique

Sara Greem est une touche-à-tout au niveau littéraire, après des débuts réussis dans la littérature érotique (Publicité Pour Adultes), elle s’est essayé, avec le même succès, à la fantasy, d’abord sur fond de mythologie celte (Épopées Avaloniennes), puis de mythologie nordique (La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar) et la science-fiction (Hémisphère, co-écrit avec Bernard Afflatet). C’est au roman historique qu’elle se frotte avec ce premier opus d’une trilogie annoncée.

Comme vous le savez peut-être on ne peut pas vraiment dire que le roman historique soit mon genre de prédilection, et la période du Moyen-Âge n’est certainement celle qui m’inspire le plus… Je n’étais pas forcément la cible idéale pour ce roman, mais je me suis pourtant lancé sans la moindre hésitation.

Certes il faut un certain temps d’adaptation afin de bien cadrer le contexte, les personnages et les lieux ; mais une fois que tout est en place, le bouquin se lit avec une grande fluidité (malgré les nombreux appels de note, une fonctionnalité pas simple à gérer sur liseuse… difficulté contournée en imprimant le fichier contenant l’ensemble des notes). Même sans être un féru d’Histoire médiévale, on se laisse facilement porter par l’intrigue.

L’une des grandes forces du bouquin est de nous proposer plusieurs points de vue sur le déroulé de l’intrigue. On est bien loin de la version de l’éducation nationale qui veut que le gentil Charlemagne ait contribué à évangéliser les hordes barbares et païennes, ou encore qu’il ait généralisé l’école pour tous…

Les fameux « barbares païens » (ici ce sont les Saxons qui endossent ce rôle) ne demandaient rien à personne, ils vivaient peinards avec leurs traditions et leurs croyances. Et v’là t’y pas que le roi des Francs déboule avec son Dieu unique, pour convertir les plus réticents il n’hésite pas à affamer les populations, à les assommer de taxes et accessoirement à les massacrer purement et simplement.

Il en va de l’école comme de l’aumône, elle est exclusivement réservée aux enfants chrétiens. Les autres peuvent bien crever la gueule ouverte à ses portes, il ne lèvera pas le petit doigt pour leur venir en aide le « gentil Charlemagne ».

Si le fond est incontestablement historique avec le conflit qui oppose les Francs de Charlemagne et les Saxons de Widukind, les intrigues franque et saxonne se construisent autour de personnages nés de l’imagination de l’auteure. D’un côté il y a Dhariba, une esclave musulmane offerte à Charlemagne qui, par son érudition, deviendra la préceptrice officieuse de l’aîné des enfants du roi (Carloman, dont les sautes d’humeur effraient les servantes et exaspèrent les moines chargés de son éducation). Chez les Saxons on suivra le parcours d’Agmundr, un talentueux forgeron engagé auprès de Widukind mais aussi soucieux d’assurer l’avenir de son jeune fils.

Enfin il y a les chapitres consacrés à Ragnarr, le roman s’ouvre sur les funérailles de son père alors qu’il n’était qu’un enfant. C’est Enoal, un maître de guerre fidèle au défunt roi, qui prendra l’enfant sous son aile et le préparera à prendre la succession de son père. Le personnage de Ragnarr Lodbrok étant une figure de la légende viking, ça laisse une grande marge à Sara Greem pour réécrire son histoire…

Tout ça pour dire que j’ai totalement accroché à ce roman, il me tarde de découvrir la suite… en espérant que Sara ne souffre pas du syndrome de GRRM, syndrome dont les principales victimes sont les lecteurs, condamné à une attente qui n’en finit pas de mettre leur patience et leurs nerfs à rude épreuve.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Requiem Des Ombres

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Titre : Requiem Des Ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Donovan Lorrence, écrivain à succès, revient à Neuchâtel après des années d’absence. Il est déterminé à faire toute la lumière sur cette nuit de novembre 1973 où son frère a disparu et lui-même a été agressé.

Il est temps d’exorciser ses démons du passé, mais certaines personnes pourraient ne pas voir d’un bon œil cette envie de faire remonter à la surface des souvenirs oubliés…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Taurnada et David Ruiz Martin m’avait scotché et bluffé avec Seule La Haine, le précédent roman de l’auteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime les auteurs qui osent se remettre en question d’un titre à l’autre, si David Ruiz Martin reste dans le thriller noir avec ce nouveau roman, il est totalement différent de Seule La Haine. On pourrait penser qu’il est difficile d’imaginer une intrigue originale autour du thème (éculé diront certains) de la vengeance, et pourtant l’auteur réussit à nous proposer une approche plutôt novatrice. Même s’il est d’usage de dire que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », rien n’interdit d’apporter une pointe d’originalité et de modernité à ladite soupe.

Ici cette note inédite vient du personnage d’Iris et de son don (qu’elle considère plutôt comme une malédiction). Son apparition va donner un sérieux coup de boost à l’intrigue, constituant même un second arc narratif qui entraînera Donovan dans son sillage.

Il faut bien reconnaître que Donovan Lorrence ne fait rien pour s’attirer la sympathie des lecteurs malgré la totale légitimité de sa quête de vérité. Heureusement Iris aura un effet apaisant sur lui, même si trop se rapprocher de la mystérieuse jeune femme peut réserver bien des surprises.

Une fois encore c’est la Suisse, et plus particulièrement Neuchâtel et ses environs, qui servira de décor à l’intrigue imaginée par David Ruiz Martin. Une Suisse bien loin de l’image d’Épinal qui vante le flegme helvète, c’est le côté obscur de la Suisse que nous dévoile l’auteur.

Une intrigue certes moins machiavélique que celle de Seule La Haine et son incroyable face à face psychologique, mais pas moins intéressante. Vous aurez rapidement envie de comprendre ce qui a bien pu passer au cœur de la brume neuchâteloise, un soir de novembre 1973. Il faut croire que la soif de vérité de Donovan est contagieuse.

Les personnages sont soignés, l’intrigue est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Franchement difficile de lâcher le bouquin une fois que vous serez pris dans les mailles du filet. Résultat des courses on dévore les presque 400 pages quasiment d’une traite (deux traites pour être exact).

Avec ce roman David Ruiz Martin confirme qu’il faudra désormais compter avec lui dans le petit monde du polar suisse, mais aussi, plus largement, du polar francophone.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Pépin – L’Angélus Des Ogres

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Titre : L’Angélus Des Ogres
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2021
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Et si sa rencontre avec Lucy, une thanatopractrice anorexique et adepte d’une curieuse sorcellerie, pouvait enfin sauver le narrateur des Monstres qui le hantent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Monstrueuse Féérie, un roman totalement atypique qui nous offre une plongée en totale immersion dans une folie heureusement pas du tout ordinaire…

Ma Chronique

Avec Monstrueuse Féérie, Laurent Pépin nous proposait de découvrir un roman à nul autre semblable. Avec cette suite, l’auteur continue d’explorer les méandres de l’esprit dérangé de son narrateur.

Sans surprise on retrouve un cheminement de pensée très particulier, surtout quand il s’agit de réinterpréter certaines réalités. On découvre assez vite que les monstres de l’enfance du narrateur n’étaient que la partie visible de l’iceberg, au fond se cache un monstre plus redoutable et plus puissant que tous les autres réunis.

Un monstre dont il persiste à nier l’existence afin de se protéger (et se protéger de noirs souvenirs), mais aussi de protéger les autres. Et notamment Lucy, sa nouvelle amie, thanatopractrice de profession qui souffre d’une forme grave d’anorexie depuis la perte de son bébé (là encore il faut parfois savoir lire entre les lignes).

Un récit plus sombre que le précédent, dans lequel les souvenirs sont moins profondément enfouis sous diverses réinterprétations. Un récit noir mais plein de poésie dans sa narration (une poésie souvent sous acide mais une poésie toutefois bien réelle). Ne serait-ce que pour cet exercice stylistique aussi original que complexe, le roman de Laurent pépin mérite que l’on s’attarde sur lui.

Lucy veut libérer le narrateur de ses montres, le narrateur veut sauver Lucy de son anorexie. Leur complicité et leur amour peuvent-ils les libérer de leur passé et leur offrir un nouveau départ ? Ou, au contraire, est-ce que leur relation ne peut que leur être nuisible à tous les deux.

Les lecteurs qui ont réussi à ne pas s’enfuir devant le côté totalement atypique de Monstrueuse Féérie, retrouveront facilement leurs marques avec ce nouvel opus. Peut-être est-ce pour cela que le récit nous parait plus limpide, moins abscons.

La magie est toujours de la partie dans ce second roman, Lucy, anorexique le jour, se métamorphose en une ogresse affamée à partir de minuit. Mais même ces banquets gargantuesques ne parviennent à avoir raison du mal qui la ronge.

Laurent Pépin se questionne sur les dangers de la pensée unique, certes le raisonnement du narrateur s’applique à l’intérieur du centre psychiatrique dans lequel il est interné (même si à son niveau il se considère comme un « patient-salarié » du centre) ; il est toutefois aisé pour le lecteur de pousser la réflexion au sein de la société actuelle et son « bien penser » nauséabond.

Que ceux et celles qui n’ont pas accroché à Monstrueuse Féérie passent leur chemin, ce n’est pas ce roman qui les réconciliera avec la verve inimitable de l’auteur. Si vous n’avez pas eu l’occasion de le lire je vous invite à le faire avant de vous lancer dans cet Angélus Des Ogres. Pour ma part je ne regrette pas d’avoir répondu présent pour ce deuxième opus, et c’est avec plaisir que je serai au rendez-vous du troisième et dernier volume, Clapotille.

SI généralement je fuis comme la peste les bouquins reçus au format PDF, je reconnais que pour les textes courts je veux bien faire l’effort d’une conversion maison en epub. J’ai envoyé le résultat à Laurent Pépin, libre à lui (et à son éditeur) d’en faire ce que bon leur semble.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – La Quatrième Feuille

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Titre : La Quatrième Feuille
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

À quelques jours de son premier vernissage, Sophie a tout pour être heureuse. Avec l’aide de Carole, son amie de toujours, elles peaufinent les derniers détails avant le grand jour.

Un drame va alors faire remonter à la surface un passé qu’elle pensait définitivement oublié. La descente aux enfers ne fait que commencer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais leurs propositions de découvrir un de leurs titres… qui bien souvent s’avèrent être d’excellente qualité.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de Christophe Royer, d’autant que ce celui-ci permet de découvrir l’auteur aux manettes d’une intrigue totalement indépendante des précédentes.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avec ce nouveau roman Christophe Royer délaisse temporairement (c’est lui qui le dit… et le répète, dans ses remerciements) le personnage de Nathalie Lesage.

Si l’auteur laisse son personnage fétiche profiter d’un repos bien mérité, il reste clairement dans le registre du thriller avec La Quatrième Feuille. Et plus particulièrement du thriller psychologique, poussant à l’extrême la notion de personnalité toxique.

Au départ il y avait trois adolescentes, amies inséparables, Sophie, Carole et Béatrice, les trois drôles de dames comme elles se plaisaient à s’identifier. Pour symboliser leur amitié indéfectible, elles dessinaient un trèfle à trois feuilles, formé de trois D imbriqués.

Puis Maud est arrivée, sans cheval ni grand chapeau (faut être vieux pour comprendre), les trois drôles de dames devinrent quatre drôles de dames et le trèfle gagna une quatrième feuille. Si dans la culture populaire le trèfle à quatre feuilles est un porte-bonheur, ici il sera plutôt porteur de drames et de destruction.

Mais je brûle les étapes en vous disant cela, c’est la seconde partie du roman qui vous fera découvrir toute l’histoire passée de ces (pas toujours) drôles de dames.

Le roman démarre plutôt sous les meilleurs auspices pour Sophie qui prépare fébrilement son premier vernissage avec l’aide de Carole. Mais voilà, quelques jours avant l’ouverture de l’expo c’est le drame, Carole est agressée et le local incendié.

Après le flashback constitué par la seconde partie du roman, les deux suivantes vont se concentrer exclusivement sur l’enquête présente.

Et quelle enquête ! Nul doute qu’elle saura surprendre même le plus aguerri des amateurs de thrillers. Il faut dire que l’auteur ne ménage pas ses personnages et ses lecteurs. Comme les policiers chargés de l’enquête, nous serons face à une énigme d’apparence insoluble (ils ont une coupable toute désignée mais son alibi est inattaquable).

Christophe Royer décortique avec beaucoup de justesse le processus de manipulation psychologique que peut déployer une personne toxique pour asseoir son emprise sur les autres. Mais cette fois la victime se rebiffe et ne se laisse pas embobiner, ce qui va enfoncer l’autre dans un délire de persécution et une folie destructrice.

Heureusement le process est poussé à l’extrême pour les besoins de l’intrigue… quoique l’auteur nous apprend que son roman est inspiré de faits réels ; où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Bonne question… lui seul connaît la réponse.

J’ai souvent eu l’occasion de le dire, et je ne cesserai de le répéter, la clé de voûte d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, c’est leur crédibilité qui fera que l’intrigue fonctionne (ou à contrario s’effondre). Là encore Christophe Royer ne laisse rien au hasard mais je ne m’attarderai pas sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme souvent avec les titres de Taurnada, j’ai dévoré le bouquin d’une traite, totalement happé par l’intrigue, de la première à la dernière page. Une pépite de plus dans le coffre déjà bien rempli des éditions Taurnada.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

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Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

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Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Magali Collet – Les Yeux D’Iris

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Titre : Les Yeux D’Iris
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Morgane a quitté la France pour se construire une nouvelle vie en Irlande après le suicide de sa sœur, Iris, laissant en plan son frère aîné, Fred, et leurs parents ravagés par le drame qui les a frappés de plein fouet.

Quand elle reçoit un SMS lui annonçant qu’il est temps d’honorer une ancienne promesse, elle revient dans la maison de famille, désormais tenue par Fred, sans la moindre hésitation. Lui aussi est lié par ce pacte surgi du passé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche de belles découvertes.

Parce que j’étais passé à côté du précédent roman de Magali Collet, La Cave Aux Poupées, il convenait donc de réparer cette injustice en découvrant son nouveau bébé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Une fois n’est pas coutume je vais mentionner la quatrième de couv’ dans ma chronique, et c’est autour d’elle que s’articulera ma chronique :

Un meurtre et un suicide.
Trois hommes. Trois femmes.
Des retrouvailles.
Un pacte.
Tout se paye, même l’amitié.

Un meurtre : pas de surprise c’est sur cette scène que s’ouvre le bouquin.
Un suicide : celui d’Iris, la sœur de Morgane et Fred.
Pour être exhaustif il manque un troisième fait déclencheur, celui par lequel tout va s’enchaîner… mais je ne vous en dirai pas plus.

Trois hommes : par ordre d’apparition Fred, Bastien et Mickaël.

Fred est policier à Draguignan, après le suicide d’Iris et le départ de Morgane il s’est retrouvé seul avec ses parents abattus par la perte brutale de leur fille. Il a géré le quotidien tant bien que mal tout en composant avec son propre chagrin et sa culpabilité.

Bastien et Mickaël sont amis et collègues (plus exactement le second est le patron du premier). D’entrée de jeu je n’ai pas pu les blairer ces deux gugusses, Bastien pour des raisons évidentes (c’est un connard de beauf parvenu qui ne voit pas plus loin que son nombril, doublé d’un macho misogyne) ; pour Mickaël ça a été plus subtil (le mari et le père modèle, né d’une bonne famille il a consolidé la fortune familiale… trop propre pour être honnête). En plus ils partagent une même passion pour la chasse (non alimentaire je précise), ça n’aide pas à faire monter mon niveau d’empathie.

Trois femmes : par ordre d’apparition Morgane, Julie et Audrey.

De loin les personnages les plus complexes de l’intrigue, difficile de les cerner avec précision. Afin de garder intact le plaisir de la découverte je ne m’attarderai pas sur elles et leurs liens.

Après le suicide d’Iris, Morgane est partie vivre en Irlande pour s’éloigner d’une famille au bord du gouffre et essayer de se reconstruire malgré ses propres blessures. Avec son frère, ce sont les personnages les plus attachants (et les plus vrais) du bouquin.

Julie est la compagne de Bastien. Audrey est l’épouse de Mickaël, ils ont un fils de onze mois, Tom. A tour de rôle, elles souffleront le chaud et le froid, inspirant tantôt une réelle empathie, tantôt une totale aversion.

Des retrouvailles. Un pacte.  Magali Collet sait y faire pour faire durer le suspense quant au pourquoi de ces retrouvailles et la nature du pacte. Il faudra attendre le chapitre 11 pour que les choses commencent à se mettre en place et encore quelques chapitres pour avoir, en même temps que Morgane, toutes les cartes (et encore quelques questions et doutes) en main. C’est aussi à partir de ce moment-là que le rythme de l’intrigue passe à la vitesse supérieure, tout va s’accélérer jusqu’au dénouement et l’ultime retournement de situation (pas vraiment une surprise).

Sans prendre le risque d’en dire trop je dois reconnaître que dès que la jeune femme s’est engagée dans le souterrain j’ai deviné le drame qui allait se dérouler sous nos yeux. J’ai du mal à imaginer que la référence au film de Gaspar Noé, Irréversible (2002), soit le seul fruit du hasard… Même si Magali Collet ne nous épargne pas dans la description du calvaire que va subir « sa » victime, c’est moins insoutenable (mais tout aussi gerbant) que les 9 minutes du film de Gaspar Noé.

La construction du roman contribue à garder le lecteur dans le flou (pour la bonne cause) en alternant entre l’intrigue présente et les flashbacks ; une bonne façon pour l’auteure de distribuer les indices à son rythme

Avec ce roman Magali Collet signe un thriller psychologique totalement maîtrisé, porté, comme il se doit, par des personnages tirés au cordeau. Une intrigue qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, surtout si, comme moi, vous êtes sensible à la cause féminine (et allergique aux connards qui les bafoue allégrement).

Peut-être vous demandez vous d’où vient le titre du roman, pour le savoir il vous faudra le lire, tout ce que je peux vous dire c’est qu’il ne doit rien au hasard.

« Court mais intense », telle pourrait être la devise de l’équipe éditoriale des éditions Taurnada. Je parle bien entendu du choix des manuscrits qui intégreront leur catalogue (en privé « cela ne nous regarde pas », comme diraient les autres).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Les Eaux Noires

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Titre : Les Eaux Noires
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Joséfa est dévastée quand les eaux noires de la baie des naufragés rejettent le corps de sa fille, disparue depuis quelques jours. L’adolescente a été assassinée, mais l’enquête de police piétine.

Folle de rage et de chagrin, Joséfa va remuer ciel et terre pour que l’assassin de sa fille soit démasqué. Tant pis si pour cela il faut que les secrets des uns et des autres éclatent en plein jour…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Estelle Tharreau ; ses deux précédents romans m’ayant agréablement surpris je replonge volontiers dans son univers littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Difficile d’imaginer la douleur d’un parent qui perd son enfant, une douleur sans doute encore plus vive quand l’enfant a été assassiné et que l’assassin reste non identifié. Un point de départ qui fait écho à une actualité avec l’affaire Daval (je comprends la douleur des parents d’Alexia, mais leur appétit médiatique me débecte).

Une douleur qui a de quoi faire perdre pied à ceux et celles qui y sont confrontés, et c’est exactement ce qui arrive à Joséfa dans le roman d’Estelle Tharreau. Elle va voir en tout habitant de la baie des naufragés le (ou la) potentiel(le) assassin de sa fille, n’hésitant pas à lancer des accusations sans le moindre fondement ou des rumeurs inventées de toutes pièces.

Dans le même temps, elle va se refermer sur elle-même. Il n’en faut pas plus pour que ses voisins et les autres résidents commencent à la regarder avec méfiance, voire plus. Un comportement qui va aussi lui attirer les foudres des médias… foudres dont sa fille subira les dommages collatéraux.

Une situation qui va encore s’envenimer quand un mystérieux Corbeau se joint à la partie, révélant les secrets les plus sombres des uns et des autres. Une tension qui va arriver à son apogée quand les hordes de la bien-pensance joueront les justiciers populaires sur fond de lynchage public.

Estelle Tharreau décrit à la perfection cette implacable mécanique qui va se mettre en branle en déployant inexorablement ses forces destructrices. L’auteure retranscrit avec justesse les états psychologiques de ses personnages.

Si l’intrigue ne s’attarde guère sur l’aspect purement policier de l’affaire, elle opte pour une approche plus originale en faisant du déroulé (et du délitement) des évènements le déclencheur de la résolution de l’assassinat de l’adolescente.

Une fois de plus Estelle Tharreau prouve qu’elle maîtrise toutes les ficelles du thriller psychologiques et qu’elle les manie parfaitement quand il s’agit de jouer avec les certitudes (et accessoirement les nerfs) de ses lecteurs.

En tant que lecteur, j’ai eu du mal à me sentir proche des personnages. J’ai trouvé le comportement de Joséfa complétement déplacé, la douleur n’excuse pas tout (ça serait trop facile de se réfugier derrière la perte d’un être cher pour justifier la calomnie et la diffamation. Pour les autres personnages (les résidents de la baie essentiellement), l’auteure prenant un malin plaisir à jouer avec nos certitudes, il est difficile de se faire une opinion tranchée sans que ne subsiste une part de soupçon.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

AU MENU DU JOUR


Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

 MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Seule La Haine

AU MENU DU JOUR


Titre : Seule La Haine
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Le jour de son quinzième anniversaire, Elliot se présente au cabinet de psychanalyse de Larry Barnay armé d’un pistolet. L’adolescent veut comprendre pourquoi son frère s’est suicidé six mois plus tôt, et pourquoi Larry, qui le suivait comme patient, n’a pas été capable de l’empêcher de passer à l’acte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Ce roman est paru initialement en 2020 aux éditions Nouvelle Bibliothèque, la version proposée par Taurnada a été entièrement remaniée par David Ruiz Martin. Je ne sais pas ce que valait le premier jet du bouquin, mais je peux d’ores et déjà vous assurer qu’avec ce titre, Taurnada inscrit une nouvelle pépite à son catalogue.

Le bouquin s’ouvre sur une préface de Nicolas Feuz qui pose la question de l’identité du polar suisse (je ne me prononcerai pas sur le sujet, il me semble que c’est le premier polar helvète que je lis). En effet si David Ruiz Martin est né en Espagne c’est en Suisse qu’il a grandi et qu’il vit encore aujourd’hui.

C’est donc tout naturellement que l’auteur a situé l’intrigue de son roman en Suisse (à Neuchâtel pour être exact). Une intrigue qui va se jouer presque exclusivement en huis clos entre l’adolescent et le psychanalyste. Un huis clos au cours duquel la tension va aller crescendo, au fil des pages un sentiment grandissant d’oppression vous prendra aux tripes, le récit d’Elliot soumettra vos nerfs à rude épreuve avec, en bonus, quelques poussées d’adrénaline.

Pour des raisons évidentes je ne m’étalerai pas davantage sur l’intrigue mais si vous cherchez un truc vraiment machiavélique et noir de noir, alors ce roman est fait pour vous. David Ruiz Martin signe un thriller psychologique intense et totalement maîtrisé.

Condition sine qua non pour qu’un thriller psychologique, plus encore dans le cadre d’un huis clos confrontant deux individus, il est impératif que les personnages portent l’intrigue et la fassent vivre (cerise sur le gâteau s’ils parviennent en plus à nous faire vibrer).

Je commencerai par Larry Barnay parce qu’il est le narrateur du présent roman. On découvre un homme plutôt sûr de lui et de ses convictions même si confronté à une situation pour le moins inhabituelle. Au fil du récit d’Elliot nous verrons ses certitudes se fissurer, puis s’effondrer pour être remplacées par des doutes et des questionnements qui le boufferont de l’intérieur.

Malgré son jeune âge Elliot reste maître du jeu tout le temps de son récit, même ses coups de mou et coups de colère semblent minutieusement calculés pour s’inscrire dans son récit (d’un autre côté il est difficile, voire impossible, de rester de marbre face à son témoignage qui s’enfonce toujours plus loin dans l’abject). Je peux comprendre que certains lecteurs aient pu penser qu’une telle personnalité ne collait pas un gamin de 15 ans, personnellement cela ne m’a pas dérangé outre mesure, Larry nous prévient d’entrée de jeu :

« Non. Elliot n’est pas fou. Je l’ai vaguement côtoyé par le passé. Il a toujours été un ado brillant, intelligent et futé. Parfois même un peu trop. »

C’est sans la moindre hésitation que j’attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman.

MON VERDICT

Coup double