[BOUQUINS] Magali Collet – Les Yeux D’Iris

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Yeux D’Iris
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Morgane a quitté la France pour se construire une nouvelle vie en Irlande après le suicide de sa sœur, Iris, laissant en plan son frère aîné, Fred, et leurs parents ravagés par le drame qui les a frappés de plein fouet.

Quand elle reçoit un SMS lui annonçant qu’il est temps d’honorer une ancienne promesse, elle revient dans la maison de famille, désormais tenue par Fred, sans la moindre hésitation. Lui aussi est lié par ce pacte surgi du passé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche de belles découvertes.

Parce que j’étais passé à côté du précédent roman de Magali Collet, La Cave Aux Poupées, il convenait donc de réparer cette injustice en découvrant son nouveau bébé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Une fois n’est pas coutume je vais mentionner la quatrième de couv’ dans ma chronique, et c’est autour d’elle que s’articulera ma chronique :

Un meurtre et un suicide.
Trois hommes. Trois femmes.
Des retrouvailles.
Un pacte.
Tout se paye, même l’amitié.

Un meurtre : pas de surprise c’est sur cette scène que s’ouvre le bouquin.
Un suicide : celui d’Iris, la sœur de Morgane et Fred.
Pour être exhaustif il manque un troisième fait déclencheur, celui par lequel tout va s’enchaîner… mais je ne vous en dirai pas plus.

Trois hommes : par ordre d’apparition Fred, Bastien et Mickaël.

Fred est policier à Draguignan, après le suicide d’Iris et le départ de Morgane il s’est retrouvé seul avec ses parents abattus par la perte brutale de leur fille. Il a géré le quotidien tant bien que mal tout en composant avec son propre chagrin et sa culpabilité.

Bastien et Mickaël sont amis et collègues (plus exactement le second est le patron du premier). D’entrée de jeu je n’ai pas pu les blairer ces deux gugusses, Bastien pour des raisons évidentes (c’est un connard de beauf parvenu qui ne voit pas plus loin que son nombril, doublé d’un macho misogyne) ; pour Mickaël ça a été plus subtil (le mari et le père modèle, né d’une bonne famille il a consolidé la fortune familiale… trop propre pour être honnête). En plus ils partagent une même passion pour la chasse (non alimentaire je précise), ça n’aide pas à faire monter mon niveau d’empathie.

Trois femmes : par ordre d’apparition Morgane, Julie et Audrey.

De loin les personnages les plus complexes de l’intrigue, difficile de les cerner avec précision. Afin de garder intact le plaisir de la découverte je ne m’attarderai pas sur elles et leurs liens.

Après le suicide d’Iris, Morgane est partie vivre en Irlande pour s’éloigner d’une famille au bord du gouffre et essayer de se reconstruire malgré ses propres blessures. Avec son frère, ce sont les personnages les plus attachants (et les plus vrais) du bouquin.

Julie est la compagne de Bastien. Audrey est l’épouse de Mickaël, ils ont un fils de onze mois, Tom. A tour de rôle, elles souffleront le chaud et le froid, inspirant tantôt une réelle empathie, tantôt une totale aversion.

Des retrouvailles. Un pacte.  Magali Collet sait y faire pour faire durer le suspense quant au pourquoi de ces retrouvailles et la nature du pacte. Il faudra attendre le chapitre 11 pour que les choses commencent à se mettre en place et encore quelques chapitres pour avoir, en même temps que Morgane, toutes les cartes (et encore quelques questions et doutes) en main. C’est aussi à partir de ce moment-là que le rythme de l’intrigue passe à la vitesse supérieure, tout va s’accélérer jusqu’au dénouement et l’ultime retournement de situation (pas vraiment une surprise).

Sans prendre le risque d’en dire trop je dois reconnaître que dès que la jeune femme s’est engagée dans le souterrain j’ai deviné le drame qui allait se dérouler sous nos yeux. J’ai du mal à imaginer que la référence au film de Gaspar Noé, Irréversible (2002), soit le seul fruit du hasard… Même si Magali Collet ne nous épargne pas dans la description du calvaire que va subir « sa » victime, c’est moins insoutenable (mais tout aussi gerbant) que les 9 minutes du film de Gaspar Noé.

La construction du roman contribue à garder le lecteur dans le flou (pour la bonne cause) en alternant entre l’intrigue présente et les flashbacks ; une bonne façon pour l’auteure de distribuer les indices à son rythme

Avec ce roman Magali Collet signe un thriller psychologique totalement maîtrisé, porté, comme il se doit, par des personnages tirés au cordeau. Une intrigue qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, surtout si, comme moi, vous êtes sensible à la cause féminine (et allergique aux connards qui les bafoue allégrement).

Peut-être vous demandez vous d’où vient le titre du roman, pour le savoir il vous faudra le lire, tout ce que je peux vous dire c’est qu’il ne doit rien au hasard.

« Court mais intense », telle pourrait être la devise de l’équipe éditoriale des éditions Taurnada. Je parle bien entendu du choix des manuscrits qui intégreront leur catalogue (en privé « cela ne nous regarde pas », comme diraient les autres).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Les Eaux Noires

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Titre : Les Eaux Noires
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Joséfa est dévastée quand les eaux noires de la baie des naufragés rejettent le corps de sa fille, disparue depuis quelques jours. L’adolescente a été assassinée, mais l’enquête de police piétine.

Folle de rage et de chagrin, Joséfa va remuer ciel et terre pour que l’assassin de sa fille soit démasqué. Tant pis si pour cela il faut que les secrets des uns et des autres éclatent en plein jour…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Estelle Tharreau ; ses deux précédents romans m’ayant agréablement surpris je replonge volontiers dans son univers littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Difficile d’imaginer la douleur d’un parent qui perd son enfant, une douleur sans doute encore plus vive quand l’enfant a été assassiné et que l’assassin reste non identifié. Un point de départ qui fait écho à une actualité avec l’affaire Daval (je comprends la douleur des parents d’Alexia, mais leur appétit médiatique me débecte).

Une douleur qui a de quoi faire perdre pied à ceux et celles qui y sont confrontés, et c’est exactement ce qui arrive à Joséfa dans le roman d’Estelle Tharreau. Elle va voir en tout habitant de la baie des naufragés le (ou la) potentiel(le) assassin de sa fille, n’hésitant pas à lancer des accusations sans le moindre fondement ou des rumeurs inventées de toutes pièces.

Dans le même temps, elle va se refermer sur elle-même. Il n’en faut pas plus pour que ses voisins et les autres résidents commencent à la regarder avec méfiance, voire plus. Un comportement qui va aussi lui attirer les foudres des médias… foudres dont sa fille subira les dommages collatéraux.

Une situation qui va encore s’envenimer quand un mystérieux Corbeau se joint à la partie, révélant les secrets les plus sombres des uns et des autres. Une tension qui va arriver à son apogée quand les hordes de la bien-pensance joueront les justiciers populaires sur fond de lynchage public.

Estelle Tharreau décrit à la perfection cette implacable mécanique qui va se mettre en branle en déployant inexorablement ses forces destructrices. L’auteure retranscrit avec justesse les états psychologiques de ses personnages.

Si l’intrigue ne s’attarde guère sur l’aspect purement policier de l’affaire, elle opte pour une approche plus originale en faisant du déroulé (et du délitement) des évènements le déclencheur de la résolution de l’assassinat de l’adolescente.

Une fois de plus Estelle Tharreau prouve qu’elle maîtrise toutes les ficelles du thriller psychologiques et qu’elle les manie parfaitement quand il s’agit de jouer avec les certitudes (et accessoirement les nerfs) de ses lecteurs.

En tant que lecteur, j’ai eu du mal à me sentir proche des personnages. J’ai trouvé le comportement de Joséfa complétement déplacé, la douleur n’excuse pas tout (ça serait trop facile de se réfugier derrière la perte d’un être cher pour justifier la calomnie et la diffamation. Pour les autres personnages (les résidents de la baie essentiellement), l’auteure prenant un malin plaisir à jouer avec nos certitudes, il est difficile de se faire une opinion tranchée sans que ne subsiste une part de soupçon.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

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Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

 MON VERDICT

[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Seule La Haine

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Titre : Seule La Haine
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Le jour de son quinzième anniversaire, Elliot se présente au cabinet de psychanalyse de Larry Barnay armé d’un pistolet. L’adolescent veut comprendre pourquoi son frère s’est suicidé six mois plus tôt, et pourquoi Larry, qui le suivait comme patient, n’a pas été capable de l’empêcher de passer à l’acte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Ce roman est paru initialement en 2020 aux éditions Nouvelle Bibliothèque, la version proposée par Taurnada a été entièrement remaniée par David Ruiz Martin. Je ne sais pas ce que valait le premier jet du bouquin, mais je peux d’ores et déjà vous assurer qu’avec ce titre, Taurnada inscrit une nouvelle pépite à son catalogue.

Le bouquin s’ouvre sur une préface de Nicolas Feuz qui pose la question de l’identité du polar suisse (je ne me prononcerai pas sur le sujet, il me semble que c’est le premier polar helvète que je lis). En effet si David Ruiz Martin est né en Espagne c’est en Suisse qu’il a grandi et qu’il vit encore aujourd’hui.

C’est donc tout naturellement que l’auteur a situé l’intrigue de son roman en Suisse (à Neuchâtel pour être exact). Une intrigue qui va se jouer presque exclusivement en huis clos entre l’adolescent et le psychanalyste. Un huis clos au cours duquel la tension va aller crescendo, au fil des pages un sentiment grandissant d’oppression vous prendra aux tripes, le récit d’Elliot soumettra vos nerfs à rude épreuve avec, en bonus, quelques poussées d’adrénaline.

Pour des raisons évidentes je ne m’étalerai pas davantage sur l’intrigue mais si vous cherchez un truc vraiment machiavélique et noir de noir, alors ce roman est fait pour vous. David Ruiz Martin signe un thriller psychologique intense et totalement maîtrisé.

Condition sine qua non pour qu’un thriller psychologique, plus encore dans le cadre d’un huis clos confrontant deux individus, il est impératif que les personnages portent l’intrigue et la fassent vivre (cerise sur le gâteau s’ils parviennent en plus à nous faire vibrer).

Je commencerai par Larry Barnay parce qu’il est le narrateur du présent roman. On découvre un homme plutôt sûr de lui et de ses convictions même si confronté à une situation pour le moins inhabituelle. Au fil du récit d’Elliot nous verrons ses certitudes se fissurer, puis s’effondrer pour être remplacées par des doutes et des questionnements qui le boufferont de l’intérieur.

Malgré son jeune âge Elliot reste maître du jeu tout le temps de son récit, même ses coups de mou et coups de colère semblent minutieusement calculés pour s’inscrire dans son récit (d’un autre côté il est difficile, voire impossible, de rester de marbre face à son témoignage qui s’enfonce toujours plus loin dans l’abject). Je peux comprendre que certains lecteurs aient pu penser qu’une telle personnalité ne collait pas un gamin de 15 ans, personnellement cela ne m’a pas dérangé outre mesure, Larry nous prévient d’entrée de jeu :

« Non. Elliot n’est pas fou. Je l’ai vaguement côtoyé par le passé. Il a toujours été un ado brillant, intelligent et futé. Parfois même un peu trop. »

C’est sans la moindre hésitation que j’attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Toucher Le Noir

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Titre : Toucher Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

11 auteurs mettent le toucher à l’honneur.
10 nouvelles fondues au noir.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Principalement pour la même raison qui m’avait poussé à découvrir les deux précédents recueils proposés par Belfond et dirigé par Yvan Fauth : Yvan himself ! Le seul, l’unique !

Une fois encore l’ami Yvan réunit une belle brochette d’auteurs autour d’un thème commun.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Yvan qui m’ont fait parvenir le présent recueil.

Après l’audition et la vue, Yvan Fauth continue d’explorer le noir à travers nos cinq sens (et un soupçon de sixième sens) ; les onze auteurs qui ont répondu présents à l’invitation du maître de cérémonie mettent le toucher à l’honneur. Un toucher qui, à n’en point douter, va se décliner sous toutes ses formes (sauf rectal !).

Parmi les invités à la table d’honneur on retrouve deux auteurs qui s’étaient déjà prêtés au jeu dans Regarder Le Noir (Laurent Scalère et Maud Mayeras) ; les neuf autres sont des nouveaux venus dans l’aventure… nouveaux mais certainement pas novices ! Ce sont des plumes connues et reconnues de la littérature noire et/ou policière.

Ce sont Frank Thilliez et Laurent Scalèse qui ouvrent le bal avec un texte écrit à quatre mains. Les auteurs font le pari audacieux de nous raconter leur histoire dans l’ordre antéchronologique (on commence par la fin pour remonter vers le début).

Valentin Musso nous invite ensuite à suivre un couple qui sur le chemin du retour après une sortie au restau. Un retour de soirée où tout va basculer.

Avec Solène Bakowski nous cheminerons sur les sentiers tortueux et hypocrites de la foi. Un texte aussi puissant qu’émouvant (on pourrait ajouter éprouvant, énervant…).

Benoît Philippon nous offre un périple à fleur de peau dans le monde de l’art dans ce qu’il a de plus indécent, non par ce qu’il peut montrer ou représenter mais par les prix que certaines œuvres peuvent atteindre. Un concept poussé à l’extrême.

Eric Cherrière nous concocte une histoire de vengeance qui se mange froide sur fond de pollution plastique.

Michaël Mention signe la nouvelle la plus longue du présent recueil. La plus minimaliste aussi puisqu’elle met en scène deux individus dans une cabine d’ascenseur à l’arrêt. L’auteur déploiera tout son savoir-faire pour sublimer ce point de départ et surprendre les lecteurs.

Avec Danielle Thiéry vous découvrirez que la musique n’adoucit pas toujours les mœurs, les dernières notes sont juste sublimes.

Ghislain Gilberti nous invite à une traque aux frontières du réel dans laquelle les prédateurs se feront proies et inversement. Une approche audacieuse qui démarque clairement son récit des autres.

Jacques Saussey nous emmène en Italie à la rencontre d’un prisonnier qui a un véritable don pour le dessin… un don qui va se transformer en malédiction.

Maud Mayeras nous livre un récit qui nous glacera les sangs tant par son absolue noirceur que par sa triste part de vérité que l’auteure nous rappelle à la fin de son récit.

La visite s’achève en compagnie de Franck Thilliez et Laurent Scalése qui nous font découvrir la seconde partie de leur récit en deux actes. Une relecture des faits dans l’ordre chronologique cette fois.

Comme pour les précédents recueils je vais donc attribuer une note sur 5 à chacune des nouvelles composant ce recueil. Au risque de me répéter ces notes n’engagent que moi et sont le reflet de mon ressenti personnel.

  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Envers / 4
  • V. Musso – Retour De Soirée / 4.5
  • S. Bakowski – L’Ange De La Vallée / 5
  • B. Philippon – Signé / 5
  • E. Cherrière – Mer Carnage / 4
  • M. Mention – No Smoking / 5
  • D. Thiéry – Doigts D’Honneur / 4.5
  • G. Gilberti – L’Ombre De La Proie / 5
  • J. Saussey – Une Main En Or / 4.5
  • M. Mayeras – Zeru Zeru / 5
  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Endroit / 4

Soit une honorable moyenne de 4,6 sur 5 que mon infinie mansuétude me pousse à arrondir à un carton plein de 5 Jack ! Pour remercier les auteurs, parce qu’ils le valent bien comme le prouvent leurs récits. Et pour remercier Yvan qui poursuit, pour notre plus grand plaisir, l’aventure.

Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle exploration du noir par le biais d’un sens encore inédit (l’odorat ou le goût ? telle est la question).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Noël Boudou – … Et Pour Le Pire

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Titre : … Et Pour Le Pire
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Vincent a 86 ans, il se définit lui-même comme un vieux con grincheux et alcoolique, à sa décharge il est mort de l’intérieur depuis 20 ans. Depuis que son épouse a été violée, torturée et tuée par trois jeunes complètement défoncés.

Après avoir purgé leur peine de 20 ans de prison, les assassins vont bientôt être libérés. Vincent compte sur leur retour dans le village pour appliquer sa propre justice, une vengeance qu’il rumine depuis 20 longues années…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Noël Boudou. Ses deux premiers romans m’avaient totalement emballé ; il me tardait de découvrir si l’adage « jamais deux sans trois » se confirmerait sous la plume de Noël.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Il paraît qu’on ne change pas une recette qui marche, si Noël Boudou reste dans le roman noir  – et il aurait tort de s’en priver, il excelle dans ce domaine –, son dernier roman … Et Pour Le Pire ne ressemble à aucun des précédents ; personnellement je n’hésiterai pas à affirmer qu’il ne ressemble à aucun autre roman que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

Certes la vengeance est un thème récurrent dans ce genre de roman, mais je n’avais encore jamais croisé de vengeur potentiel âgé de 86 ans – avec toutes les vicissitudes d’un âge aussi avancé –. Si le corps de Vincent Dolt, vengeur et narrateur de son état, n’a plus le répondant et l’ardeur de  sa jeunesse, la tête est toujours pleinement fonctionnelle (et un sens de la répartie des plus aiguisé).

Je suis un vieux con et personne à vingt kilomètres à la ronde ne vous dira le contraire.

Je suis vieux, je suis seul, je suis alcoolo, je suis une caricature.

Si le vieux bonhomme peut paraître antipathique de prime abord, on s’attache rapidement à son caractère de cochon et à sa personnalité. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la légitimité de sa soif de vengeance, mais je peux parfaitement la comprendre, au vu du calvaire subi par sa femme avant que celle-ci ne soit  achevée.

Puisque j’en suis à parler des personnages, je ne peux pas faire l’impasse sur les nouveaux voisins de Vincent, Bao, France et leurs deux enfants. Une sympathique famille qui s’avérera pleine de ressources pour aider Vincent à mener à bien sa mission vengeresse.

Au niveau intrigue, je ne vous surprendrais pas en vous annonçant que ça dépote grave. Une violence omniprésente qui pourra déranger certaines âmes sensibles, pour ma part du moment qu’elle est mise au service de l’intrigue cela ne me dérange pas outre mesure. Et c’est précisément le cas ici, aucune surenchère gratuite même si parfois l’hémoglobine coule à flots.

J’admets volontiers que niveau crédibilité, ça peut coincer parfois, mais pour être tout à fait franc  ça ne m’a pas dérangé outre mesure. J’y ai vu un côté décalé totalement assumé qui contribue à faire baisser la tension ambiante.

Avec ce nouveau roman Noël Boudou confirme l’adage « jamais deux sans trois », j’ai été totalement emballé une fois de plus. J’ai été embarqué dès les premières pages et après impossible de le lâcher, du coup j’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Christophe Royer – Une Arête Dans La Gorge

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Titre : Une Arête Dans La Gorge
Série : Nathalie Lesage – Tome 2
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Après dix-huit mois d’exil volontaire en Irlande à la suite d’une enquête particulièrement éprouvante, le commandant Nathalie Lesage réintègre les forces de police. Exit Paris et la BRP (Brigade de Répression du Proxénétisme), c’est au sein de la Brigade Criminelle de Lyon qu’elle officiera désormais.

Une arrivée impromptue qui n’enchante pas vraiment sa supérieure, la commissaire Clément qui lui affecte un rôle de conseiller / superviseur et un jeune lieutenant, Cyrille Savage, pour l’assister.

Pas le temps de ruminer sa colère, Lesage et son binôme sont appelés sur la scène d’un crime d’une extrême brutalité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais de découvrir un nouveau titre de leur catalogue déjà riche en pépites de qualité.

Parce que j’avais été emballé par la précédente enquête de Nathalie Lesage, Lésions Intimes. J’avais promis d’être au rendez-vous pour la suite, parole tenue !

Ma Chronique

Je remercie mes éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’ai découvert Christophe Royer à l’occasion de son précédent roman, Lésions Intimes, qui est aussi la première enquête (littéraire en tout cas) de Nathalie Lesage. Pour une première incursion dans le monde du thriller, j’ai trouvé qu’il tirait fort bien son épingle du jeu. Cerise sur le gâteau, il nous donnait rendez-vous pour une prochaine enquête de Nathalie Lesage.

Promesse tenue avec Une Arête Dans La Gorge, il était inévitable que je respecte moi aussi mon engagement d’être au rendez-vous pour cette nouvelle enquête. Une nouvelle enquête qui redistribue les cartes puisque Nathalie Lesage change non seulement de service (du Proxénétisme, elle passe à la Crim’) mais aussi de ville en quittant Paris pour Lyon.

Qui dit nouvel environnement, dit nouvelles rencontres ; à commencer par son entourage professionnel. Sa nouvelle boss, la commissaire Clément, apprécie très moyennement l’arrivée surprise du commandant Lesage… et elle ne manquera pas de le lui faire savoir.  Heureusement les relations avec son jeune adjoint seront nettement plus apaisées.

Le fort tempérament et l’impétuosité de Nathalie Lesage n’ont pas été altérés son exil volontaire. Elle est bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple conseillère mais aussi à gagner le respect des équipes avec qui elle va devoir travailler.

Christophe Royer soigne ses personnages et les liens / relations qui vont se nouer entre eux et évoluer au fil des chapitres (pour le meilleur… et pour le pire). De la même manière il tisse une intrigue qui va rapidement s’avérer addictive (surtout dans la première partie du récit).

Un roman globalement bien ficelé auquel je reprocherai toutefois un manque d’adrénaline. Mon plus gros reproche reste la prévisibilité d’un élément clé du récit, jusqu’à la fin j’ai espéré me tromper tellement ça sautait aux yeux (à tel point que ça en devenait presque insultant pour l’intelligence du lecteur).

Je ne m’attarderai pas sur ce dernier point, non parce qu’il n’y a rien à en dire (au contraire) mais pour éviter tout spoiler susceptible de gâcher le plaisir des futurs lecteurs.

Si cette prévisibilité gâche une partie de l’enquête policière, je dois toutefois avouer que je n’avais rien vu venir concernant l’ultime révélation du roman.

Je ne connais pas la ville de Lyon (et je doute fort de la connaître un jour) mais j’ai été fasciné par l’histoire de son imposant réseau souterrain (surnommé les « arêtes de poisson » en raison de sa forme unique). Une histoire qui n’a d’ailleurs pas encore révélé tous ses secrets… de quoi faire le plaisir des cataphiles (explorateurs des galeries souterraines) de la région… et plus si affinités (et pas de crise sanitaire accessoirement).

Cet aspect du récit, associé à la thématique autour de la franc-maçonnerie, me ferait presque oublier cette maudite prévisibilité d’une partie de l’intrigue. Presque… je ne peux décemment pas en faire abstraction au moment de noter ce roman (même si cela n’engage que moi). Ma sentence est irrévocable !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Isabelle Villain – À Pas De Loup

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I. Villan - A pas de loup
Titre : À Pas De Loup
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Rosalie vit seule avec son fils, Martin, au sein d’une communauté écoresponsable et autonome qui a élu domicile dans un hameau isolé des Alpes de Haute-Provence. Une vie en totale harmonie avec l’environnement.

Un matin c’est le drame, Martin a disparu ! Refusant de céder à la panique, Rosalie soupçonne son ex-mari, Philippe, d’être à l’origine de cet « enlèvement » ; elle se persuade que la situation se réglera d’elle-même d’ici quelques jours.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche en pépites.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans d’Isabelle Villain, j’étais curieux de la découvrir dans un environnement nouveau (même si j’espère bien retrouver le groupe de Lost prochainement).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour l’envoi de ce roman. J’aurais aimé pouvoir proposer une chronique en avant-première, mais ça n’a pas été possible du fait d’une actualité littéraire chargée et d’un emploi du temps personnel plutôt serré (préparation des fêtes de fin d’année oblige).

Je n’ai lu que les deux précédents romans d’Isabelle Villain (Mauvais Genre et Blessures Invisibles), qui étaient de très bons (et plus si affinités) polars dont les intrigues étaient menées par des personnages récurrents chers à l’auteure : le groupe de Lost (Rebecca de Lost étant à la tête du groupe d’enquêteurs de la Crim’).  J’étais donc curieux de découvrir l’auteure hors de sa zone de confort, curieux, mais confiant.

Avec ce roman Isabelle Villain s’essaye au thriller fortement teinté de noir (même si cela ne saute pas aux yeux de prime abord), et le résultat est à la hauteur de nos attentes (et espoirs), voire même bien au-delà de tout ce à quoi on pouvait s’attendre.

Incontestablement le coup de force du roman (et de l’auteure) et de retourner totalement son intrigue et ses lecteurs au bout de quelques chapitres.

Dès les premières pages le lecteur se forge une idée assez précise de qui est du bon côté de la barrière, et de qui est du mauvais côté… quelques sous-entendus bien passés par Isabelle Villain viennent renforcer notre ressenti. Quelques chapitres plus tard nos certitudes se fendillent avant que la donne ne s’inverse littéralement. Un joli tour de force parfaitement orchestré par l’auteure !

L’aspect policier de l’intrigue intervient plus tardivement dans le déroulé de l’intrigue. Dès la première scène de crime, le lecteur peut avoir des soupçons quant au(x) coupable(s), mais sans qu’aucune certitude factuelle ne vienne étayer lesdits soupçons. La seconde scène de crime vient balayer les derniers doutes que l’on pouvait avoir, pas de preuve concrète, mais une certitude absolue.

Isabelle Villain orchestre son intrigue d’une main de maître, rien n’est laissé au hasard, les faits s’enchaînent et s’emboîtent en une mécanique parfaitement rôdée. Une mécanique de plus en plus glaçante pour le lecteur qui plonge de plus en plus loin dans les méandres obscurs de la psyché humaine.

Bien entendu pour que la sauce prenne totalement il faut que les personnages soient traités avec la même efficacité (j’aurai presque envie d’ajouter, avec la même duplicité) ; là encore l’auteure réussit un sans-faute.

Si vous voulez savoir comment un le rêve d’une vie écoresponsable peut tourner au pire cauchemar sectaire ; je vous encourage vivement à lire ce roman.

Une fois de plus les éditions Taurnada accrochent une pépite à un catalogue déjà bien fourni, quant à Isabelle Villain, elle peut ajouter une étoile noire à son palmarès.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – Némésis

AU MENU DU JOUR

X. Massé - Némésis

Titre : Némésis
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
308 pages

De quoi ça cause ?

Quand le paisible village d’Assieu est secoué par le meurtre atroce d’un nourrisson, Vincent appelle à la rescousse son ami d’enfance, David, lui aussi originaire du village. Les deux fils d’Assieu, devenus flics, vont être confrontés à une enquête qui dépasse tout ce à quoi ils pouvaient s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue réserve souvent de belles surprises.

Parce que c’est Xavier Massé et que son précédent roman, L’Inconnue De L’Équation, m’avait séduit à plus d’un titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Comme souvent avec les titres proposés par Taurnada, vous allez vous engager dans une lecture courte, mais intense ; il ne vous faudra que quelques heures pour dévorer ce roman (pour ma part, avalé d’une traite), mais il vous trottera encore longtemps dans les méninges après l’avoir refermé.

Xavier Massé connaît bien le village d’Assieu (Isère) puisqu’il y a passé son enfance. Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’auteur s’excuse d’avoir fait d’un endroit aussi paisible le théâtre d’une intrigue aussi sombre.

Il faut dire que d’entrée de jeu l’auteur marque les esprits avec une scène de crime doublement sordide ; d’abord parce que la victime est une petite fille de 4 mois, ensuite parce que le corps a été atrocement mutilé.

Voilà, ça c’est fait ! Désormais vous savez où vous mettez les pieds… Sauf que Xavier Massé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, comme le chante (qui a dit le bêêêle ?) fort justement ce brave Francis (qui a dit Lalanne ?): Et ça continue encore et encore / C’est que le début d’accord, d’accord…

Avec un point de départ pareil, on aurait pu craindre que Xavier Massé ne s’échoue sur les écueils de la surenchère gratuite, il n’en est rien. Le gars mène sa barque avec brion tout dans son intrigue est parfaitement pensé et trouve la place qui lui correspond le mieux pour guider, au terme d’un jeu de piste morbide, vers un final qui ne laissera aucune question sans réponse.

Face à un assassin qui ne sème aucun indice et semble toujours avoir un coup d’avance sur la police, deux jeunes flics originaires d’Assieu. Vincent Juron n’a jamais quitté son village natal et en connaît donc tous les habitants. De son côté David Massiènas est parti pour Lyon avec sa mère alors qu’il était adolescent. Deux amis d’enfance qui se retrouvent (à la demande de Vincent) à la tête d’une enquête où tout semble défier la raison et le bon sens.

Si la complicité entre les deux amis est indéniable, on sent toutefois qu’il y a des non-dits de la part de Vincent ; ainsi quand David pose certaines questions troublantes sur la situation à Assieu, son ami a une nette tendance à éluder ou à répondre par une banalité du genre : « c’est la même chose dans tous les villages ».

Des non-dits qui vont pousser David à creuser seul certaines pistes… et ainsi l’amener à déterrer les plus sombres secrets d’Assieu. Mais aussi à découvrir une vérité qu’il n’aurait pu soupçonne tant elle est impensable (et assez peu crédible à mon avis, mais on s’en fout, on est dans une fiction).

Je n’en dirai pas davantage, car déflorer une telle intrigue relèverait du crime littéraire (et ne comptez pas sur moi pour évoquer d’autres formes de déflorations criminelles, je suis quelqu’un de respectable). Comment réagir face au dilemme final auquel David va se retrouver confronté ? Pour en savoir plus, lisez ce roman !

Une fois de plus Taurnada propose un titre qui surprend et décoiffe. Il ne passe pas loin du coup double, mais devra se contenter d’un honorable coup de poing ; c’est la communauté qui lui vole son coup de cœur (une fois encore il faut avoir lu le roman pour comprendre ma réserve).

En bonus je vous offre les premières lignes de l’article de Wikipedia consacré à la Némésis de la mythologie grecque (sachant qu’elle ne contient aucun spoiler relatif au présent roman) :

Némésis est une déesse de la mythologie grecque, mais aussi un concept : celle de la juste colère (des dieux) et du châtiment céleste. Son courroux s’abat en particulier sur les humains coupables d’hybris : démesure, mégalomanie. Elle est ainsi parfois assimilée, à la fois, à la vengeance et à l’équilibre.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

AU MENU DU JOUR

E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2