[BOUQUINS] Paula Hawkins – Celle Qui Brûle

AU MENU DU JOUR


Titre : Celle Qui Brûle
Auteur : Paula Hawkins
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Angleterre
464 pages

De quoi ça cause ?

Daniel Sutherland a été assassiné à bord de sa péniche.

Trois femmes et un homme sont directement impactés par cette mort brutale. Miriam, sa voisine, a découvert le corps. Carla, sa tante, séparée mais encore très porche de son ex-mari et qui a perdu sa sœur (la mère de Daniel, quelques semaines plus tôt). Laura, une jeune femme qui a passé la nuit avec Daniel avant de se séparer sur une violente dispute. Théo, auteur à succès et ex-mari de Carla.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Inévitablement parce que c’est Sonatine, mais aussi et surtout parce c’est enfin pour moi l’occasion de découvrir l’univers littéraire de Paula Hawkins.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Celle Qui Brûle est le troisième roman de Paula Hawkins publié par les éditions Sonatine, bien qu’ayant les deux précédents dans mo Stock à lire Numérique et malgré l’engouement suscité par La Fille Du Train, ce sera pour moi l’occasion de découvrir, ENFIN, l’univers littéraire de l’auteure.

L’auteure nous offre un thriller psychologique porté par des personnages forts, marqués par des drames personnels lourds. Miriam a été enlevée et séquestrée alors qu’elle était ado, elle a réussi à s’enfuir mais son amie a été violée et tuée par leur ravisseur.  Carla et Théo ont perdu leur jeune fils à la suite d’un accident dû à la négligence d’Angela. Laura a été renversée par une voiture quand elle était enfant, après une période de coma et une longue rééducation, elle garde quelques séquelles physiques et psychologiques.

L’enquête de police autour du meurtre de Daniel est presque reléguée au second plan tant l’accent est mis sur les personnages. Il faut bien reconnaître que pour la police Laura fait un peu figure de coupable idéale au vu de son passif et de sa totale imprévisibilité. Vous l’aurez compris ce serait trop facile… et pis je me refusais à y croire parce que je l’aimais bien la petite Laura.

Mais pour lever tous les soupçons qui pèsent sur la jeune femme, encore faut-il découvrir l’identité du véritable assassin… et alors là je vous souhaite bien du courage, Paula Hawkins sait y faire pour brouiller les pistes… et accessoirement vous embrouiller l’esprit ! Les soupçons passeront de l’un à l’autre des personnages au gré de l’évolution de l’intrigue… sans vraiment avoir de certitude absolue.

Heureusement Laura ne sera pas seule pour affronter les événements, elle pourra compter sur le soutien et la confiance inconditionnels d’Irene. Une vieille dame à qui elle rend parfois quelques menus services. Une mamie gâteaux qui est loin d’être gâteuse, si parfois sa mémoire lui joue des tours, son esprit reste parfaitement affuté. Un personnage très attachant qui vous réservera bien des surprises.

Et la victime dans tout ça ? Daniel était-il si innocent que l’on voudrait nous le faire croire ? Peu à peu on découvre un individu qui peut s’avérer hautement méprisable et parfois très instable.

Dans sa narration l’auteure joue volontiers avec le temps. L’intrigue actuelle est entrecoupée par les souvenirs de l’un ou l’autre des personnages. Parfois ça vous aidera à mieux cerner l’individu en question, d’autre fois ça vous enfoncera encore davantage dans la brume.

Vous l’aurez compris il n’est pas question de pyromane dans ce bouquin, le feu est intérieur et consume lentement mais sûrement ses proies. Colères, rancœurs, regrets, culpabilité… que l’on laisse enfler sans leur offrir un exutoire… l’effet peut être tout aussi dévastateur qu’un incendie.

Un roman qui sort de lot par la qualité et l’intelligence de sa narration et de sa construction (en plus des personnages mitonnés aux petits oignons). De fait la lecture est aussi addictive que fluide. J’en viendrai presque à regretter de ne pas m’être penché plus tôt sur le cas Paula Hawkins… je dis bien presque, les regrets ce n’est pas ma tasse de thé. Et puis il n’est pas trop tard pour pallier ce retard.

Le délai de publication de la présente chronique est de mon seul fait, j’ai pris mon temps avant de jeter mon dévolu sur ce roman et ensuite j’ai eu un retard de rédaction et publication. Un coup de mou, ça arrive de temps en temps.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anonyme (Bourbon Kid) – Santa Mondega

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Titre : Santa Mondega
Série : Bourbon Kid – Livre 9
Auteur : Anonyme
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2020)
648 pages

De quoi ça cause ?

Finalement peut-être que le Bourbon Kid n’aurait pas dû promettre au Diable qu’il était le prochain sur sa liste… C’est qu’il est susceptible le Scratch, jugeant qu’il vaut mieux prévenir que guérir il convoque au Purgatoire les pires tueurs à gages et toute une armada de créatures d’outre-tombe.

Leurs cibles ? Les Dead Hunters et bien entendu le Bourbon Kid… plutôt morts que vifs ! La chasse est ouverte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est le Bourbon Kid, deux raisons qui suffisent à faire de ce bouquin un incontournable de cette rentrée littéraire.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Ce neuvième opus de la saga du Bourbon Kid démarre exactement là où s’arrêtait le précédent, Que Le Diable L’Emporte. Pour rappel le Kid renvoyait à Scratch (le Diable) les restes de son envoyé spécial avec la promesse qu’il serait le prochain sur sa liste. Autant dire que Scratch n’a que très moyennement apprécié le message…

Branle-bas de combat au Purgatoire ! Scratch rassemble et renforce ses troupes dans le but d’en finir, une bonne fois pour toutes, avec les Dead Hunters et le Bourbon Kid.

Un postulat de départ qui ouvre les portes à tous les excès… trop peut-être ! Si on retrouve avec plaisir une intrigue plus déjantée et plus trash que jamais, force est de constater que la sensation de déjà-vu gâche un peu le plaisir, idem pour l’effet de répétition de certaines séquences.

Au niveau des personnages le sentiment est tout aussi mitigé. Évidemment que l’on prend plaisir à renouer avec les Dead Hunters, le Bourbon Kid, Sanchez et même Scratch… d’autant que tous sont au sommet de leur forme ! Le bât blesse davantage au niveau de la horde de tueurs à gages que convoque Scratch, je pense qu’il eut été préférable qu’il y ait moins de tueurs mais qu’ils soient mieux exploités (certains font un passage express avant d’être éliminés).

Au chapitre des nouveauté on peut toutefois signaler que les tueurs de Scratch et les Dead Hunters vont faire la connaissance d’Arizona, qui n’est autre que la fille du président des Etats-Unis… Bin oui, rien que ça ! Et le pire c’est que ça ne nous surprend pas plus que ça. Avec le Bourbon Kid, le champ des possibles est infini.

Hormis ces deux petits bémols, la lecture de roman est toujours aussi jouissive. Du grand portnawak où tout est permis, même le plus invraisemblable… j’oserai même dire que plus c’est gros et mieux ça passe (sans aucune allusion grivoise ou déplacée). Une ultime aventure qui tombe à point avant que le soufflé, jusque-là parfaitement maîtrisé, ne s’effondre faut de matière.

Ultime aventure ? Tout porte en effet à croire que le Kid et ses potes nous offrent leur dernier coup d’éclat. D’une part le final met un terme à l’histoire (à moins de repartir sur un nouvel arc narratif… ce qui ne serait pas forcément le choix le plus judicieux). D’autre part (et là c’est encore plus flagrant), parce que l’habituelle mention « FIN (peut-être…) » cède sa place à un « FIN » sans appel. Une conclusion qui ne sera pas en forme d’apothéose mais qui reste toutefois fidèle à l’esprit de la série.

 Je suis vachement surpris qu’après neuf romans et plus de dix ans de sévices littéraires, notre Anonyme préféré (bien souvent associé à son héros, Bourbon Kid) ait su préserver son anonymat, même sa nationalité (britannique ou américaine ?) est auréolée d’incertitude. De nombreux noms ont circulé çà et là, tous ont été démentis… et le mystère reste entier à ce jour !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jeff Jackson – Live !

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Titre : Live !
Auteur : Jeff Jackson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis doivent faire face à une déferlante d’attaques meurtrières prenant pour cible des formations musicales lors de leurs prestations en public. Aucun fil rouge ne permet de relier les cibles ou les assaillants.

La ville d’Arcadia ne sera pas épargnée par cette vague criminelle, Shaun, un jeune guitariste et chanteur, est abattu alors qu’il se produisait avec son groupe. Pour ses proches, et pour toute la ville d’Arcadia, plus rien ne sera jamais comme avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une fois n’est pas coutume, c’est le visuel qui a, le premier, titillé ma curiosité. Cette couv’ façon d’un album vinyle m’a tapé dans l’oeil.

La quatrième de couv’ a enfoncé le clou en traitant cette vague de crime comme une « épidémie » ; voilà qui s’annonce prometteur.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au même titre que la lecture, la musique fait partie intégrante de mon quotidien, comme vous le savez peut-être je suis très éclectique en la matière,et toujours avide de découvrir des artistes que je ne connaissais pas (qui ne sont pas nécessairement de nouveaux talents), voire même d’élargir mon horizon musical.

Dans mon univers musical, le rock occupe une place centrale, du coup j’attendais énormément d’un bouquin qui se veut une ode à la musique en général et au rock en particulier… trop peut-être.

Force est toutefois de reconnaître que le roman de Jeff Jackson est des plus originaux, à ce niveau on pourrait même parler d’expérimental (un peu comme les premiers albums des Pink Floyd).

Sur la forme, outre le visuel très réussi de la couv’, le bouquin se divise en deux faces, la première étant deux fois plus longue que la seconde. La Face A, Ma période sombre, s’ouvre sur la rencontre (et le coup de foudre) de Shaun et Xenie. Quand Shaun est abattu, on va suivre le parcours de trois de ses proches, à commencer par Xénie, puis Florian et Eddie, deux amis de Shaun.

La Face B, Kill City, s’ouvre sur diverses scènes de massacre de musiciens, avant de nous raconter une version radicalement différente des événements d’Arcadia. C’est un peu déconcertant, pour ne pas dire franchement troublant.

J’ai trouvé vraiment intéressante tout ce qui tournait autour de la vie d’un groupe de rock amateur qui essaie de percer. La recherche de l’inspiration pour produire LA chanson qui attirera l’attention des bonnes personnes sur le groupe, les répétitions et l’ambiance des concerts (vu du public, ou de la scène).

Par contre j’ai eu beaucoup plus de mal à adhérer aux errances des personnages et de leur être qui transpire dans chacun de leurs mots ou de leurs actes. Non seulement ça n’apporte strictement rien au récit, mais ça en deviendrait presque déprimant à la longue.

Mais le plus gros reproche que je pourrai faire au bouquin et à Jeff Jackson, c’est d’être complètement passé à côté du coeur de son intrigue. Hormis quelques chapitres décrivant des attaques contre les musiciens, il n’y a ni enquête ni développement autour du pourquoi du comment de cette vague de crimes.

C’est donc très mitigé que je referme ce bouquin. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en le lisant, mais je n’ai clairement pas eu l’étincelle que j’espérais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Giles Blunt – Grand Calme

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Titre : Grand Calme
Série : Cardinal – Livre 6
Auteur : Giles Blunt
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Canada (2012)
336 pages

De quoi ça cause ?

Ontario, Canada. Alors que l’hiver s’annonce particulièrement rude à Algonquin Bay, le corps d’un homme est retrouvé dans un motel de la région. Sa maîtresse, dernière personne à l’avoir vu vivant, a disparu. Bientôt, c’est le corps d’une autre femme qui est retrouvé dans un hôtel désaffecté. Dépêchés sur les lieux, les inspecteurs John Cardinal et Lise Delorme sont loin d’imaginer l’ampleur des ramifications qui sous-tendent leur enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

J’avoue que le duo Arctique / Canada a aussi fait pencher la balance en faveur de ce titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si je ne connaissais pas Giles Blunt j’ai été étonné de découvrir que le gars n’en était pas son coup d’essai niveau littérature. Grand Calme est en effet le sixième roman mettant en scène le personnage de John Cardinal (le cinquième n’est pas disponible en version française, mais les quatre premiers ont été publié par les éditions du Masque).

Il existe même une série télé, Cardinal, qui en est à sa quatrième saison (saison qui porte justement Grand Calme à l’écran). Jamais entendu parler, malgré une diffusion assurée par Canal+ en France.

Cela dit ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette lecture, aussi bien au niveau de son intrigue que de ses personnages. Mais avec le recul je me dis que l’enquête sur laquelle revient Lise Delorme, la collègue de John Cardinal, est peut-être (?) abordée dans un des précédents romans.

L’intrigue se divise en trois arcs narratifs. L’enquête principale porte sur la scène de crime sur laquelle Cardinal et Delorme ont été appelé, un homme a été tué et sa maîtresse est portée disparue. Parallèlement Delorme va s’intéresser à un cold-case, le meurtre d’une femme pour lequel le véritable coupable n’a pas été condamné, une injustice qu’elle compte bien réparer, quitte à payer de sa personne. Enfin on suit le récit d’un scientifique basé sur une base dérivante en Arctique… et longtemps on se demandera quel est le lien entre cette expédition scientifique et l’enquête de Cardinal, même si on devine sans peine que les choses vont tourner au drame en Arctique.

Sur la forme Giles Blunt opte pour deux narrations totalement distinctes entre les enquêtes de Cardinal et Delorme et le journal de bord de Kit Durie. Ce dernier est parfois un peu poussif et mise sur une mise en page minimaliste ; heureusement le développement des relations entre les personnages et les événements vont finir par rendre ce récit aussi captivant que le reste du roman.

Le duo Cardinal / Delorme fonctionne bien même si leur relation est un peu distante, chacun ne sachant pas vraiment s’il est judicieux que leur amitié se transforme en quelque chose de plus intime. Giles Blunt met l’accent sur le côté humain de ses personnages, on s’identifie ainsi plus facilement à eux et, selon les traits de personnalité qu’ils développent, on se sent proches d’eaux, ou on les prend en grippe.

Ainsi si le Commissaire Chouinard passe le plus clair de son temps à grogner ou à gueuler, il n’en reste pas moins sympathique. A l’inverse de l’ambitieux Loach, imbu de lui-même à en devenir puant, qui brille dans l’art de brasser de l’air plus qu’autre chose.

Le personnage le plus ambigu reste sans conteste Leonard Priest, aussi sûr de lui que de sa totale invulnérabilité / impunité. Une assurance qui pourrait bien se retourner contre lui face à la détermination de Delorme.

Finalement Grand Calme est un thriller à l’intrigue rondement menée et au suspense addictif à souhait. Je dirai bien que je retrouverai volontiers Cardinal et Delorme pour la suite de leurs aventures mais ça risque d’être compliqué. En effet bien que publié en 2012 au Canada, c’est le sixième et dernier opus de la série à ce jour. À défaut je peux toujours me consoler en découvrant leurs enquêtes précédentes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Carnaval Des Ombres

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Titre : Le Carnaval Des Ombres
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Grande-Bretagne (2014)
648 pages

De quoi ça cause ?

1958. Un cirque ambulant vient de s’installer dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. La troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par la découverte d’un macchabée partiellement glissé sous le carrousel.

Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. De plus, il a bien du mal à tirer les vers du nez des membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory. Chacun de ses romans possède une identité qui lui est propre et le rend unique.

Ma Chronique

Contrairement aux apparences Le Carnaval Des Ombres n’est pas le dernier roman de R.J. Ellory, celui-ci a été publié en 2014 en Grande-Bretagne. Le dernier en date, Proof Of Life, n’est pas encore traduit (tout comme Kings Of America, publié en 2017).

R.J. Ellory demeure le plus américains des auteurs britanniques dans le sens où tous ses romans se déroulent aux Etats-Unis. Il faut dire que l’auteur sait y faire quand il s’agit de disséquer la société américaine et accessoirement de déconstruire un mythe.

Ainsi avant JFK dans Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort, c’est J. Edgar Hoover, le mythique et très controversé directeur du FBI, qui est passé sous l’impitoyable moulinette de R.J. Ellory.

SI l’auteur excelle dans le genre qui lui est cher (le thriller) il parvient à se renouveler et à donner une griffe unique à chacun de ses romans. C’est plus que jamais vrai avec ce Carnaval Des Ombres et son étrange troupe de saltimbanques. Quasiment de la première à la dernière page on se dit que le bouquin aurait pu être écrit par Stephen King (et un King au sommet de sa forme). Il flotte en effet sur l’intrigue une ombre de paranormal, voire de fantastique.

Le nouvellement promu agent fédéral senior, Michael Travis, débarque à Seneca Falls fort de ses certitudes. Plutôt taiseux et distant il n’est pas d’un abord facile mais c’est surtout son caractère rigoureux (dans le bon et le mauvais sens du terme) qui le définit le mieux.

Afin de mieux cerner le pourquoi du comment de sa personnalité, quelques flashbacks reviennent sur les moments forts (et souvent douloureux) de son passé.

Il n’en reste pas moins que pensant être confronté à une enquête banale, il va rapidement se rendre compte que de nombreux détails ne collent pas. Mais ce sont ses échanges avec Edgar Doyle qui le perturberont le plus, non seulement il n’hésite pas à critiquer ouvertement le système, les méthodes du FBI et même l’intouchable Hoover, mais en plus il bouscule les certitudes de Travis. Théories complotistes ou vérités cachées ? A Travis de le découvrir… au risque d’avoir à en payer le prix !

Si le personnage principal est bel et bien Michael Travis, je serai tenté de dire que les véritables héros de ce roman sont les artistes du Carnaval des Ombres. Ils ont une capacité hors du commun à percer la véritable personnalité de leurs interlocuteurs, mais aussi et surtout de mettre à jour leurs blessures secrètes et de les apaiser (ou pas si les intentions de leur vis-à-vis leur sont nuisibles).

Le personnage le plus étonnant est leur chef de file, Edgar Doyle, Il n’hésitera pas à faire vaciller l’univers de Michael Travis mais pas dans l’intention de lui nuire, au contraire c’est pour le pousser à retirer les œillères qui l’empêchent de voir le monde tel qu’il est.

Enfin il faudra aussi compter avec les habitants de Seneca Falls qui auront leur mot à dire dans le déroulé de l’intrigue. Je pense notamment à Laura McCaffrey qui va s’évertuer à essayer de rendre Travis plus « humain ».

Je n’ai pas lu tous les romans de R.J. Ellory (je n’ai que six titres à mon actif, sur les dix-sept romans qui ont été traduits à ce jour) mais d’ores et déjà je place celui-ci dans mon top 3 spécial R.J. (aux côtés de Seul Le Silence qui est le roman qui m’a fait découvrir l’auteur et du Chant De L’Assassin qui m’a fait passer pour toutes les émotions possibles et imaginables). C’est donc naturellement que je lui attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) largement mérité !

Pour conclure cette chronique je tiens à préciser que si cette lecture m’a pris un certain temps (pas loin d’une quinzaine de jours) c’est essentiellement à cause d’un emploi du temps professionnel particulièrement chargé qui faisait qu’en rentrant j’avais davantage envie de plonger le nez dans un verre de Jack que dans un roman (aussi bon soit-il).

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] David L. Carlson & Landis Blair – L’Accident De Chasse

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L'Accident de Chasse
Titre : L’Accident De Chasse
Scénario : David L. Carlson
Dessin : Landis Blair
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2017)
472 pages

De quoi ça cause ?

Chicago, 1959. A la mort de sa mère, Charlie Rizzo va vivre chez son père, Matt Rizzo, aveugle à la suite d’un stupide accident de chasse. C’est en tout cas la version de l’histoire que son père lui a toujours racontée.

Quand la police vient frapper à la porte des Rizzo pour arrêter Charlie, son père lui raconte alors toute la vérité sur sa cécité et son passé criminel…

Ma Chronique

L’Accident De Chasse est le premier roman graphique à intégrer le catalogue des éditions Sonatine, sa présence aux côtés des autres titres et auteurs prestigieux de l’éditeur ne doit rien au hasard. Je laisse la parole à Arnaud Hofmarcher, directeur éditorial chez Sonatine, pour expliquer ce choix :

Nous n’avions jamais envisagé de publier chez Sonatine Éditions de roman graphique. Jusqu’au jour où, intrigués par une rumeur grandissante venue d’outre-Atlantique, nous nous sommes procuré L’Accident de chasse. L’enthousiasme de la maison a été tel devant la puissance de ce livre, correspondant, qui plus est, à notre ADN, que nous n’avons pas hésité une seule seconde avant d’en acquérir les droits.

Quelques mots sur l’objet physique pour commencer. D’emblée le visuel donne le ton : noir c’est noir. Couverture rigide, le papier des pages est épais, Sonatine n’a pas lésiné sur les moyens pour nous proposer un ouvrage de qualité. Du coup la chose fait son poids (pas loin de 500 pages), surtout pour moi qui suis habitué à lire sur liseuse ou sur PC.

N’étant pas un expert en dessin je ne m’échinerai pas à décrire le style graphique du roman, les captures d’écran à la fin de cette chronique vous parleront mieux que je ne saurai le faire. Je dirai simplement que le noir et blanc et le trait hachuré sont en totale adéquation avec le récit en plus d’être un véritable régal pour les yeux.

Sur le fond le roman est inspiré de la véritable histoire de Matt Rizzo, telle que Charlie (si, si, le même que dans le livre), son fils, ami de David L. Carlson, la lui a racontée. Tout comme l’histoire de Leopold et Loeb est vraie. Un sujet que l’auteur a approfondi avec son ami avant d’en confier la mise en images à Landis Blair.

L’Accident De Chasse est d’abord l’histoire d’un père et de son fils, une relation sur le tard qui ne les empêchera pas de lier des liens forts. Jusqu’à ce que Charlie apprenne, par la bouche de son père, que tout ce qu’il croyait savoir de lui repose sur des mensonges et des non-dits. Suivra alors un échange père-fils vibrant d’émotions, de force et d’intensité au fur et à mesure que Matt Rizzo se confiera.

Il faut dire que le parcours de Matt Rizzo est pour le moins atypique, une courte « carrière » criminelle qui s’achèvera par une blessure qui lui fera perdre la vue et l’enverra au pénitencier de Stateville (Illinois) pour y purger une condamnation à perpétuité (bin ouais, à l’époque ça ne rigolait pas). Double peine pour Matt Rizzo !

Au fil du récit de Matt on découvre son quotidien en prison, son envie d’en finir avec la vie. Mais surtout sa rencontre avec Nathan Leopold, rencontre qui le mènera pas à pas vers une rédemption inattendue sur fond de littérature (à travers la découverte de L’Enfer de Dante) et de musique (grâce à la Suite pour Violoncelle de Bach).

Un récit bourré d’humanité qui ne devrait laisser personne indifférent, j’ai eu du mal à décrocher avant la fin tellement j’ai été happé par cette histoire. On reproche souvent aux romans graphiques (et BD) de véhiculer moins d’émotions qu’un « vrai » roman, L’Accident De Chasse balaie ce préjugé d’une pichenette.

Un titre qui a toute sa place dans le catalogue de Sonatine, et pourquoi pas une porte ouverte vers d’autres romans graphiques… Je pense notamment à un certain R.J. Ellory qui travaille actuellement avec Richard Guerineau au dessin sur une adaptation de son roman Seul Le Silence.

Une qualité de forme et de fond qui n’a pas laissé indifférent le jury du Festival International de la BD d’Angoulême, édition 2021, puisque L’Accident De Chasse rafle le prix le plus prestigieux du festival, le Fauve d’Or, qui récompense le meilleur album parmi les 45 titres en compétition. Une récompense qui viendra s’ajouter au prix Ouest-France qu’il a remporté lors du festival Quai des Bulles quelques semaines plus tôt.

En bonus sur le site Lisez.com :

La fiche du livre
L’interview des auteurs

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gabino Iglesias – Les Lamentations Du Coyote

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Titre : Les Lamentations Du Coyote
Auteur : Gabino Iglesias
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
224 pages

De quoi ça cause ?

La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C’est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et Gabino Iglesias ; son précédent roman, Santa Muerte, m’avait totalement emballé.

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec son précédent – et premier – roman, Santa Muerte, Gabino Iglesias revendiquait l’invention – excusez du peu – d’un nouveau genre littéraire : le barrio noir. De la violence totalement assumée, mais tempérée par un ton décalé, le tout généreusement saupoudré de mysticisme, mais aussi et surtout un fond de multiculturalisme hispano-américain pour  lier l’ensemble.

Un cocktail explosif qui a été d’une redoutable efficacité avec Santa Muerte, autant dire que j’avais hâte de retrouver tous ces ingrédients en me plongeant dans Les Lamentations Du Coyote.

Sur ce point je n’ai pas été déçu, tous les ingrédients sont bel et bien présents pour assembler un barrio noir à la hauteur des exigences de l’auteur / fondateur du genre… mais, parce qu’il y a un mais, et même plusieurs.

Mon plus gros bémol tient d’abord dans la forme. Plutôt que de proposer un roman avec une intrigue plus ou moins complexe, Gabiano Iglesias opte pour six arcs narratifs (dans l’ordre d’apparition : Perdrito, La Mère, Le Coyote, Jaime, Alma et La Bruja) qui, à l’exception des chemins de Perdrito et du Coyote qui se croiseront, ne sont liés par aucun fil rouge (hormis la fameuse frontera mais ça ne suffit pas à créer un tout cohérent).

Peut-être que si l’auteur avait opté pour un recueil de nouvelles la sauce aurait mieux pris, passer de l’un à l’autre des récits au fil des chapitres ne présente pas grand intérêt à mon goût.

Force est aussi de reconnaître que seuls les récits de Perdrito et du Coyote m’ont réellement convaincu ; en étoffant un peu il y avait même matière à faire un roman à part entière.

Le parcours de Jaime pourrait se résumer à trois petits tours et puis s’en va ; une histoire sans réelle surprise qui n’apporte pas grand-chose (voire strictement rien) à l’ensemble.

Les récits consacrés à La Mère et à La Bruja optent clairement pour une approche placée sous l’angle du fantastique, mais pêchent tous les deux par leur superficialité excessive. C’est d’autant plus dommage que dans les deux cas il y avait un fort potentiel.

Enfin j’ai trouvée toute la partie consacrée à Alma trop décousue, c’est certes le texte le plus engagé du roman, mais le message est noyé dans un excès de zèle qui est plus nuisible qu’autre chose.

Sur le fond aussi je n’ai pas été emballé outre mesure. Je n’ai pas retrouvé le côté décalé qui m’avait tant séduit dans Santa Muerte. Plus globalement j’ai trouvé que l’ensemble des ingrédients était mal dosé (trop de mysticisme notamment)… ça m’a fait l’effet d’un cocktail mal maîtrisé, un peu comme un mojito dont le rhum aurait été complètement noyé sous l’eau gazeuse.

Bref c’est un peu déçu que je referme ce bouquin… peut-être que j’en attendais trop. Ceci dit je mentirai si je disais que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, disons que contrairement à Santa Muerte je ne lui reprocherai pas son nombre de pages… au contraire ! En l’état il se lit vite, ça tempère la déception.

 MON VERDICT

[BOUQUINS] John Wainwright – Les Aveux

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J. Wainwright - Les aveux

Titre : Les Aveux
Auteur : John Wainwright
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (1986)
208 pages

De quoi ça cause ?

Herbert Grantley est un pharmacien respecté et respectable établi à Rogate-on-Sands, une paisible station balnéaire anglaise. Il débarque un beau matin au commissariat et s’accuse du meurtre de son épouse, qu’il aurait empoisonnée un an plus tôt.

L’inspecteur-chef Lyle écoute attentivement les aveux du pharmacien, mais il n’en croit pas un mot ; c’est un tout autre scénario qui se profile dans son esprit…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est John Wainwright, j’avais beaucoup aimé son précédent roman, Une Confession.

Ma Chronique

Il faut bien avouer que jusqu’à l’an dernier et la publication du roman Une Confession, John Wainwright était plutôt – injustement – méconnu du public français, à part peut-être chez les vieux briscards de la collection Série Noire (Gallimard).

Et pourtant il est l’auteur du roman À Table ! qui a inspiré Claude Miller pour son cultissime film Garde À Vue. Oui, je sais, je l’ai déjà mentionné lors de ma chronique d’Une Confession… patience, tout vient à point à qui sait attendre.

Un grand merci aux éditions Sonatine qui nous permettent de (re)découvrir un grand nom de la littérature policière. Des intrigues fortement teintées de noir avec cette inimitable touche so british et une intensité psychologique parfaitement maîtrisée.

D’un point de vue purement esthétique, j’aime beaucoup la couv’ du bouquin, elle donne vraiment l’impression que l’on a la lampe dans la tronche.

Ce n’est pas pour rien que j’ai mentionné le roman À Table !, ce dernier mettait en effet en scène l’inspecteur-chef Lyle dans le rôle de l’accusateur convaincu que son suspect était le coupable. Dans Les Aveux John Wainwright inverse les rôles, cette fois c’est au « suspect » (plus exactement à celui qui vient avouer son crime) de convaincre l’inspecteur-chef qu’il est bien coupable du crime dont il s’accuse.

Vous me direz sans doute qu’il faut vraiment être très con pour s’accuser d’un crime que l’on n’a pas commis (qui plus est d’un meurtre). Instinctivement je ne vois qu’une raison susceptible de motiver un tel mensonge : la volonté de protéger le coupable (un père pourrait s’accuser d’un crime commis par son fils).

Sur un peu plus de 200 pages, nous assistons à un face à face entre l’inspecteur-chef Lyle et Herbert Grantley, l’homme qui s’accuse du meurtre de son épouse. Les chapitres alternent entre la confession de Grantley (c’est l’occasion de découvrir le quotidien du couple Grantley et de leur fille, Jenny) et l’interrogatoire conduit par Lyle.

Pour qu’un tel huis clos en tête à tête fonctionne, il est primordial que les personnages et les faits soient crédibles ; un défi relevé haut la main par John Wainwright. On se laisse embarquer par la confession de Grantley ; à vrai dire seule l’antipathie du bonhomme (un connard coincé du cul, arrogant et prétentieux) m’a donné envie de creuser au-delà des apparences. Et si j’avais vu plus ou moins juste sur certains aspects du récit, j’étais très loin d’imaginer l’ampleur du truc.

C’est quand Lyle va abattre implacablement ses cartes, une à une, que la réalité des faits va s’imposer au lecteur dans toute sa noirceur. Et le pire c’est que l’on pourra simplement se dire – rétrospectivement – « Bon sang, mais c’est bien sûr ! »

Un polar qui repose à 100% sur le côté psychologique de l’intrigue et de ses personnages, un jeu dont John Wainwright maîtrise les règles. Il parvient à captiver et à duper le lecteur sur avec un simple face à face, quasiment sans que jamais le ton ne monte entre Grantley et Lyle.

J’espère que Sonatine continuera à nous faire découvrir les pépites inédites de cet auteur et pourquoi pas de nouvelles traductions de titres déjà disponibles en français (je n’ose pas lire À Table ! dans sa version Série Noire au vu de la triste réputation de cette collection en matière de traduction).

MON VERDICT

[BOUQUIN] Sarah Elaine Smith – Marilou est Partout

AU MENU DU JOUR

S.E. Smith - Marilou est partout
Titre : Marilou Est Partout
Auteur : Sarah Elaine Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2019)
470 pages

De quoi ça cause ?

Cindy, 14 ans, est une gamine livrée à elle-même qui vit, en l’absence prolongée de leur mère, avec ses deux frères ainés dans un bled paumé de Pennsylvanie.

Quand Jude, la fille d’une voisine, disparaît, Cindy va peu à peu entrer dans la vie de sa mère, Bernadette, jusqu’à prendre la place de Jude et espérer, enfin, mener une vie meilleure que la sienne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, même si je savais que, avec ce roman, je ne devais pas m’attendre à un thriller boosté à l’adrénaline.

Ma Chronique

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en attaquant ce roman, mais, label Sonatine oblige, je partais plutôt confiant.

Le moins que l’on puisse dire c’est que pour un premier roman Sarah Elaine Smith ose s’aventurer hors des sentiers battus ; Marilou Est Partout s’impose d’emblée comme un bouquin semblable à nul autre. Tout dans ce roman contribue à lui conférer un petit quelque chose d’unique, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur…

Je serai tenté de dire que ce roman est un bouquin qui se mérite, l’auteure use en effet d’un style très particulier qui demande une phase d’adaptation pour être dégusté à sa juste valeur. À ce titre je tire mon chapeau à Héloïse Esquié, la traductrice, ça n’a pas toujours dû être simple de trouver les bonnes figures de style pour restituer au mieux les pensées parfois très absconses de Cindy, la jeune héroïne du roman.

Le récit est à la première personne, c’est donc Cindy qui vous raconte son « imposture » et vous invite à suivre le fil (décousu) de ses pensées. Une ado un peu sauvage, livrée à elle-même, qui vit dans une baraque à la limite de l’insalubre avec ses deux frères tandis que la mère s’est carapatée une énième fois.

Autant elle peut être complice avec Virgil, l’ainé, autant sa relation avec Clinton est plus houleuse ; sans jamais y mettre les mots, l’auteure suggère fortement des gestes inappropriés et/ou un comportement déplacé du garçon (ou à tout le moins ressentis comme tels par Cindy). Avec le même art subtil du non-dit, on devine qui Virgil soupçonne quelque chose.

C’est sans doute la raison pour laquelle c’est Virgil qui suggérera à Cindy de se rapprocher de Bernadette afin de veiller sur elle. Il faut dire que Bernadette a parfois (souvent) la mémoire qui flanche, la disparition de sa fille a certainement contribué à la fragiliser et une consommation d’alcool immodérée termine de fertiliser un terrain déjà propice aux « absences ».

Cindy quant à elle poussera le rapprochement à l’extrême et profitera, sans réelle intention de nuire à quiconque, de la fragilité de Bernadette pour se substituer à Jude. Dans la peau de Jude, elle va trouver une place qu’elle ne parvient pas à trouver en étant elle-même… et tant pis si cet épanouissement de façade est biaisé par l’état de Bernadette.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de classer ce roman dans un genre en particulier. C’est à la fois un drame familial et un roman noir, avec une dimension psychologique prépondérante. Pas d’action débridée et pourtant, une fois pris par la narration de Cindy, il devient quasiment impossible de lâcher le bouquin… même si parfois la lecture pourra s’avérer éprouvante, voire dérangeante.

En donnant voix Cindy, Sarah Elaine Smith empêche le lecteur de porter un jugement tranché sur le comportement de sa jeune héroïne, sa candeur et son innocence venant contrebalancer l’amoralité de ses actes.

Finalement ce bouquin propose une expérience de lecture assez unique en son genre, ne serait-ce que pour ça, il mérite que l’on s’y attarde… sans perdre de vue toutefois qu’il exigera de vous un certain investissement personnel afin de dompter un style tout aussi unique en son genre.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Wendy Walker – La Nuit D’Avant

AU MENU DU JOUR

W. Walker - La Nuit D'Avant
Titre : La Nuit D’Avant
Auteur : Wendy Walker
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2019)
352 pages

De quoi ça cause ?

Après une rupture difficile, Laura décide de tourner la page en se créant un profil sur un site de rencontres. Un premier rendez-vous est pris. L’homme s’appelle Jonathan Fields, il a 40 ans, il vient de divorcer. Pour le rencontrer, Laura part avec le mini van de sa sœur, Rosie, et l’une de ses robes. Elle sera, promet-elle, de retour le soir même. Le lendemain matin, elle n’est toujours pas rentrée. Que s’est-il passé cette nuit-là ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine.

Parce que c’est le troisième roman de Wendy Walker que l’éditeur publie ; si les deux précédents ont bien intégré mon Stock à Lire Numérique dès leur parution, je n’en ai en revanche lu aucun. Pas de raison particulière à cela, ils ont simplement été noyés dans la masse des sorties littéraires et de mes envies.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec cette Nuit D’Avant Wendy Walker nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, et elle sait y faire quand il s’agit d’explorer les sombres recoins de la psyché humaine et dérouler une intrigue riche en surprises qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

Le roman alterne entre les points de vue de Rosie et ses questionnements et doutes qui refont surface tandis qu’elle cherche à comprendre ce qui a pu arriver à sa sœur, et ceux de Laura avec qui nous revivrons cette fameuse « nuit d’avant », une nuit plutôt banale jusqu’à ce que les choses basculent de la plus inattendue des manières. Par ailleurs nous aurons le droit à des extraits des échanges entre Laura et son psychiatre.

Histoire d’accentuer encore davantage la distinction entre les faits vécus par Rosie et ceux décrits par Laura, Wendy Walker opte pour deux approches narratives distinctes. Les chapitres dédiés à Laura sont en effet rédigés à la première personne, alors que ceux consacrés à Rosie sont écrits à la troisième personne.

Les personnages de Laura, Rosie, Joe et Gabe sont liés par une longue histoire d’amitié commune (qui deviendra une histoire d’amour entre Rosie et Joe). Des amis d’enfance qui ont fait les 400 coups ensemble, mais qui partagent aussi le poids d’un drame survenu des années plus tôt alors qu’ils étaient encore adolescents.

Un drame qui s’est soldé par la mort du petit copain de Laura, une mort survenue dans des circonstances plutôt troubles malgré les conclusions de l’enquête qui incriminaient un SDF retrouvé plus tard dans la voiture de la victime. Et c’est ce doute que Rosie ne pourra complètement refluer tandis qu’elle cherchera à découvrir la vérité autour de la disparition de sa sœur. Un doute qui n’épargnera pas non plus Laura dont le subconscient semble avoir oblitéré une partie de ses souvenirs autour des circonstances exactes de ce drame.

Mais l’intrigue va aussi devoir composer avec le poids des secrets de familles et des non-dits. L’auteure ne lésine pas sur les moyens pour encombrer l’esprit de ses personnages et jouer avec les nerfs des lecteurs en louvoyant habilement avec les fausses pistes et les vrais indices.

Si l’intrigue monte progressivement en intensité et vous asurera quelques poussées d’adrénaline, je suis toutefois plus mitigé sur le final que j’ai trouvé un peu précipité. Pas vraiment de quoi me gâcher le plaisir de cette lecture, mais c’est toujours un peu dommage de refermer un bouquin sur un bémol.

MON VERDICT