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[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

AU MENU DU JOUR

T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme NetGalley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

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Publié par le 10 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jonathan Skariton – Séance Infernale

AU MENU DU JOUR

L. Skariton - Séance Infernale
Titre : Séance Infernale
Auteur : Jonathan Skariton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Alex Whitman n’a pas son pareil pour dénicher des objets en lien avec le cinéma, même ceux réputés introuvables ; il faut dire que ses méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes, en effet il ne recule devant (presque) rien pour arriver à ses fins.

Sa mission du moment : retrouver le film Séance Infernale, réalisé par Augustin Sekuler, un inventeur français, des années avant que les travaux des frères Lumière et de Thomas Edison n’aboutissent.

Son enquête le conduira à Édimbourg (Ecosse) sur les traces de Sekuler et de son film, mais il encore loin de se douter que ses recherches seront plus périlleuses que ce à quoi il pouvait s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, c’est un thriller et ça met le cinéma à l’honneur… ça fait trois bonnes raisons de se laisser tenter.

Parce que le billet enthousiaste de Stelphique est venu rajouter une couche sur un degré de curiosité déjà élevé.

Sonatine ayant accepté, via la plateforme NetGalley, de donner une suite favorable à ma sollicitation, je ne vois aucune raison de différer plus avant cette lecture.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et NetGalley pour leur confiance renouvelée.

Vous l’aurez certainement remarqué j’ai un faible pour les thrillers et, même si c’est moins évident, pour le cinéma ; difficile, pour ne pas dire impossible de résister à un roman qui combine ces deux éléments et saupoudre le tout d’une bonne dose d’énigmes à résoudre.

Je ne sais pas si je peux me prétendre cinéphile, mais il est vrai que je suis un passionné de cinéma depuis de nombreuses années, même si mes goûts personnels me portent plus vers le cinéma contemporain, je connais quand même mes classiques (la preuve, je connais quasiment tous les films cités dans ce roman).

J’avais déjà lu que l’attribution de l’invention du cinéma aux Frères Lumière et à Thomas Edison était sujette à caution, mais je dois reconnaître que j’ai été bluffé par le travail de recherche effectué par l’auteur. Si le personnage d’Augustin Sekuler est fictif, il s’inspire d’un inventeur français bien réel, Louis Aimé Augustin Le Prince, qui aurait été un précurseur en matière de cinéma. Et qui, comme Augustin Sekuler, disparaîtra mystérieusement en 1890 au cours d’un voyage en train reliant Dijon à Paris. La comparaison s’arrête à ça, tout le reste n’est que fiction.

Je rassure ceux et celles que l’idée de courir après un vieux film rebuterait, il y a bien plus que ça dans ce roman. Un tueur en série particulièrement retors, voilà qui devrait vous motiver davantage.

Il faut savoir que si Alex Whitman se donne corps et âme dans son travail, c’est pour essayer de surmonter un drame personnel survenu une dizaine d’années plus tôt : la disparition de sa fille alors qu’il la conduisait au parc de Meadows à Édimbourg. Disparition suivie, quelque temps plus tard, par son divorce.

D’enfant il est aussi question dans la vie d’Augustin Sekuler, sa fille Zoe ayant elle aussi mystérieusement disparu. De nos jours aussi à Édimbourg une menace plane sur les enfants, suite à la découverte du corps calciné d’une fillette, l’inspecteur Georgina McBride est persuadée qu’un tueur en série sévit depuis plusieurs années en toute impunité… même si sa hiérarchie ne semble pas partager son point de vue.

Vous l’aurez compris sans qu’il me soit utile de le préciser : celui qui a enlevé (et certainement tué) la fille de Whitman dix ans plus tôt et le tueur en série qui sévit encore aujourd’hui sont très certainement une seule et même personne.

Mais alors quel rapport avec ce fichu film oublié de tous ? Et bien, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Je ne suis pas là pour vous raconter le bouquin, mais pour vous donner envie de le lire.

L’enquête, avec ses multiples ramifications, est tout simplement captivante. Impossible de lâcher le morceau une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et faites-moi confiance, l’auteur sait y faire pour que vous appâter.

Les chapitres sont courts, l’écriture va à l’essentiel, tout est fait pour assurer un rythme de croisière soutenu. Et qui, bien entendu, ira crescendo au fil des pages !

J’ai beaucoup aimé les personnages de Whitman et McBride, mais il serait franchement injuste de ne pas citer le troisième larron : Charlie, le collègue et ami de Whitman. Pour être tout à fait franc, tous les personnages sont impeccablement travaillés et crédibles.

Une intrigue qui fait aussi la part belle à la ville d’Édimbourg, au point que l’on pourrait quasiment la considérer comme un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais en refermant ce bouquin j’ai eu envie d’aller la visiter, de découvrir tous ces coins et recoins à côté desquels un visiteur non avisé passerait sans les voir.

Si la plupart des notes vers lesquels pointent les appels de note vous renseignent sur tel ou tel aspect de l’histoire, d’autres sont nettement plus surprenantes. L’auteur vous invite à revêtir votre tenue d’enquêteur et à les décrypter (sans vous en donner la clé).

Petite anecdote en passant :

Je clique sur le premier appel de note [1] et je vois un truc comme ça s’afficher :

1. N’importe quel âge : -… .. . -. / –.- ..- . / .-.. .- –. . / .. — .–. — .-. – . / .–. . ..- / .- / — — .. -. … / -.. . – .-. . / ..- -. / ..-. .-. — — .- –. .

Je me suis dit que mon fichier devait être corrompu. Renseignement pris (merci Stelphique), c’est « normal » et je dois m’attendre à d’autres surprises.

Donc c’est qu’il y a un truc à décoder et du coup la clé saute aux yeux : du morse !

Facile ! Sauf que les autres notes cryptées sont nettement plus coriaces… J’ai renoncé à y comprendre quelque chose ; ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension du bouquin, ça ajoute même une sympathique touche d’interactivité.

J’ai envoyé un mail à l’auteur afin d’avoir des explications (à supposer qu’explications il y ait), on verra bien s’il me répondra ou non.

Pour un premier roman Jonathan Skariton nous propose un mélange des genres (Indiana Jones & Sherlock Holmes affrontent le Da Vinci Code) audacieux, mais totalement maîtrisé.

MON VERDICT


La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Le bouquin comporte de nombreux appels de notes numérotés vers lesdites notes (57 au total), dommage que l’appel et la note ne soient pas liés (un clic sur l’appel affiche directement la note correspondante). C’est quand même vachement plus pratique que de devoir naviguer d’une section à l’autre du bouquin…

Plutôt inhabituel de la part de Sonatine qui tend à nous proposer des versions epub quasiment irréprochables.

J’ai fait les liens manuellement sous Sigil, pas de difficulté particulière, si ce n’est qu’il faut répéter l’opération 57 fois…

 
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Publié par le 5 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

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D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et NetGalley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 24 août 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – La Disparition D’Adèle Bedeau

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G. Macrae Burnet - La Disparition D'Adèle Bedeau

Titre : La Disparition D’Adèle Bedeau
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Écosse (2013)
288 pages

De quoi ça cause ?

Quand Adèle Bedeau, la jeune et jolie serveuse du restaurant de la Cloche, disparaît, l’inspecteur Gorski, chargé de l’enquête, s’intéresse de près aux habitués de l’établissement. Et tout particulièrement à Manfred Baumann, un jeune homme timide et réservé, voire taciturne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

A la base parce que c’est Sonatine, donc une valeur sûre. Un titre sollicité et obtenu via NetGalley en avant-première (parution le 30 août 2018).

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley d’avoir donné une suite favorable à ma sollicitation et me permettre ainsi de découvrir ce titre en avant-première.

A en croire la préface de l’auteur, le roman La Disparition D’Adèle Bedeau, écrit par un modeste auteur français, Raymond Brunet et édité par Gaspard-Moreau, est paru en 1982. Puis ça a été un film réalisé par Claude Chabrol en 1989. En 2013, l’auteur écossais, Graeme Macrae Burnet, sort une traduction anglaise du roman sous le titre The Disappearance Of Adèle Bedeau. Et donc en 2018 Sonatine nous propose de découvrir ce titre (re)traduit par Julie Sibony.

Quelle histoire ! Et quel parcours hors du commun… Stooop ! On arrête de s’extasier et de superlater (qui a dit que ce mot n’existait pas ?), tout ça, c’est du vent, du bidon, du concentré de portnawak. C’était un peu gros comme une maison cette histoire et pourtant je suis moi aussi tombé dans le panneau avant d’appeler mon ami Google à la rescousse et de découvrir le poteau rose (oui je sais, on dit pot aux roses, mais j’avais envie de changer un peu). Et pourtant l’auteur (le vrai, Graeme Macrae Burnet) nous donne un indice relatif à sa supercherie à la fin de sa préface…

Bien malin le lecteur, ou la lectrice, qui pourra avec certitude situer ce récit dans le temps. Pour ma part je dirai que l’intrigue ne se déroule pas de nos jours (il manque notamment trop de technologies modernes qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien), je serai tenté de la situer entre la fin des années 70 et le début des années 80 (ce qui collerait plutôt bien avec la vraie fausse histoire du roman). Une impression renforcée par le charme suranné qui se dégage de l’écriture de Graeme Macrae Burnet.

Bienvenu à Saint-Louis, petite ville (bien réelle) du Haut-Rhin (Alsace), frontalière de la Suisse et de l’Allemagne. Un petit bled provincial où il n’arrive jamais rien, alors pensez bien qu’une serveuse qui disparaît du jour au lendemain ça défraye la chronique et ça fait jaser la populace… Forcément dans ces petits bourgs très (trop ?) tranquilles tout se sait, à défaut de savoir, laissons la rumeur faire son office.

Si la pseudo genèse du bouquin est pour le moins atypique, le roman en lui-même l’est tout autant. Pas tout à fait un roman noir, pas tout à fait un roman policier et un peu des deux en même temps. À la fois thriller psychologique et chronique provinciale socio-psychologique.

Une histoire qui ne prête pourtant pas à sourire, mais traitée avec un certain humour (noir) et beaucoup de savoir-faire. Mais ce bouquin est aussi et surtout la rencontre entre deux personnages qui semblent avoir bien du mal à trouver leur place dans la société, mais se fondent parfaitement dans le décor et l’intrigue imaginés par l’auteur.

Manfred Baumann est un jeune cadre d’un naturel très réservé, il vit sa vie dans son coin avec des principes et des rituels immuables. Sa timidité maladive le pousse à prendre ses distances avec les autres aux yeux de qui il passe au mieux pour un asocial, au pire pour un type imbu de lui même. Du coup quand la police s’intéresse d’un peu trop près à lui suite à la disparition d’Adèle, il devient d’une paranoïa quasi maladive.

Georges Gorski est inspecteur à Saint-Louis hanté par une affaire de meurtre survenue vingt ans plus tôt ; une enquête considérée pourtant comme résolue, mais le policier est convaincu que le véritable assassin est passé entre les mailles de la justice. Quelque part pour lui la disparition d’Adèle est l’occasion de s’absoudre de cette « erreur ».

Graeme Macrae Burnet signe là un premier roman (même s’il a été publié en France après son second roman) comparable à nul autre, un bouquin qui bénéficie d’un cachet unique, baigné d’une ambiance à la fois kitsch et sombre. Une lecture qui ne devrait laisser personne indifférent.

Pour la petite histoire, le personnage de Georges Gorski sera de retour dans le prochain roman de l’auteur (non encore disponible en français).

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 août 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jacques Expert – Sauvez-Moi !

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J. Expert - Sauvez-moi !

Titre : Sauvez-Moi !
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

1960. Nicolas Thomas est arrêté pour avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes. Pour Sophie Ponchartrain qui a récemment intégré la brigade criminelle au 36, cette affaire est l’occasion rêvée de prouver enfin ce qu’elle vaut et lancer véritablement sa carrière. Contre toute attente, elle obtient les « aveux » de Nicolas qui sera condamné à la peine de mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à perpétuité.

1990. Thomas Nicolas est libéré après 30 années de détention bien qu’il ait toujours clamé son innocence. Dans les jours qui suivent de nouveaux meurtres sont commis suivant le même opératoire que celui utilisé en 1960. Pour Sophie Ponchartrain, devenue divisionnaire, il ne fait aucun doute que Nicolas Thomas est coupable, sauf qu’il demeure introuvable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, un auteur que j’apprécie tout particulièrement et qui a un don narratif tout particulier ; on lit ses romans comme on écoutait Pierre Bellemarre (paix à son âme) nous détailler les plus improbables faits-divers avec un réalisme aussi glaçant que captivant.

Parce que c’est Sonatine, une maison d’édition que je suis depuis des années et qui m’a réservé quelques belles surprises. C’est donc avec plaisir que j’ai reçu ce SP fourni par l’intermédiaire du site NetGalley.

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley pour l’envoi de ce SP, votre confiance m’honore et me va droit au coeur.

Un adage populaire prétend que « la justice est aveugle« , personnellement je serai tenté de tempérer en ajoutant « il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » et c’est justement la toile de fond du dernier roman de Jacques Expert. Si comme moi vous n’avez qu’une foi modérée en la justice des hommes, ce n’est pas ce roman qui vous amènera à réviser votre jugement.

Fort de son expérience de grand reporter, notamment en matière d’affaires criminelles, Jacques Expert décortique les rouages de la machine (qui a dit machination ?) judiciaire au travers d’une intrigue qui vous happera dès les premières pages pour ne plus vous lâcher avant le clap de fin.

Il est malheureusement vrai que quand une « grande » affaire criminelle vient défrayer la chronique, les enquêteurs subissent de multiples pressions exigeant des résultats rapides. Que ce soient les médias, la population ou le parquet, ça fuse de toute part : trouvez-nous un coupable pour apaiser la vindicte populaire ! Vous aurez sans doute relevé la subtile nuance entre UN coupable et LE coupable…

Comme à l’accoutumée la plume, le style et l’expertise de Jacques Expert font mouche. L’auteur nous plonge en totale immersion au coeur de l’enquête de police, c’est criant de réalisme à en devenir glaçant par moment. Mais c’est justement ce que l’on aime chez cet auteur, il met ses connaissances du milieu au service de ses intrigues ; et avec lui rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, on joue plutôt sur les nuances de gris.

Pour ma part j’ai tout de suite pris en grippe le personnage de Sophie Ponchartrain, je n’ai rien contre les gens ambitieux, mais je veux croire que l’on peut gravir les marches en conservant un minimum de sens éthique et moral. Des valeurs complètement absentes chez Ponchartrain, les « aveux » soutirés à Nicolas Thomas en sont la preuve formelle.

Et 30 ans plus tard, rien n’a changé, sa conviction fait foi, quitte à en devenir obsessionnelle. Si elle pense que untel est coupable alors untel doit payer, quels que soient les moyens mis en oeuvre pour parvenir à ses fins. Il faut dire que son équipe n’est pas vraiment contrariante, tous déifient leur patronne et sont prêts à la suivre aveuglément.

Alors coupable ou innocent ? Concernant Nicolas Thomas je n’ai jamais eu le moindre doute. Pour Guillaume Chambaraud je reconnais m’être plus d’une fois posé la question, même si mes soupçons s’orientaient plutôt vers une troisième piste, écartée par les enquêteurs. Ai-je eu tort ou raison ? À vous de le découvrir en lisant Sauvez-Moi !.

Jacques Expert ne se contente pas de soigner son intrigue, il prend aussi le temps de façonner ses personnages. À ce titre j’ai particulièrement apprécié Rachel Bachelard, l’assistante de Ponchartrain, prête à tout pour que sa patronne la remarque enfin. À tout ? Même à vendre son âme au diable ? Ça reste à voir…

Bien que posant clairement la question de l’erreur judiciaire, le roman de Jacques Expert ne se revendique pas comme un livre à charge contre le système judiciaire, on peut heureusement supposer que de telles situations restent exceptionnelles. Mais elles existent, pratiquer l’omerta autour du sujet n’est en rien constructif, en parler, même autour d’une fiction, peut au contraire nous amener à réfléchir à la question.

Un roman lu quasiment d’une traite, impossible de s’en séparer avant de connaître le fin mot de l’histoire. Mais bon, il faut bien composer avec les obligations du quotidien et se faire une raison, mais à chaque fois que je le refermais je n’avais qu’une hâte : y revenir au plus vite !

MON VERDICT

 
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Publié par le 13 juin 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Anonyme – Bourbon Kid

AU MENU DU JOUR

Anonyme - Bourbon Kid

Titre : Bourbon Kid
Auteur : Anonyme
Editeur : Sonatine
Parution : 2017
Origine : USA (?)
456 pages

De quoi ça cause ?

Caïn, le premier meurtrier de l’histoire biblique, libère les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Leur but : accéder au Cimetière du Diable afin d’ouvrir les portes de l’Enfer. Et accessoirement éliminer le Bourbon Kid.

Le Kid et les Dead Hunters deviennent les cibles de Caïn et des cavaliers. Face à des ennemis aussi démoniaques qu’impitoyables, le Kid et le Dead Hunters devront faire montre d’une détermination sans faille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quelle question ! Parce que c’est une nouvelle aventure du Bourbon Kid. Et donc la promesse d’une lecture aussi jouissive que déjantée

Ma chronique

Fan de la première, la lecture du Livre Sans Nom en 2011 fut une sacrée découverte et une méga claque. Crévindiou, mais qui est donc cet auteur qui ose tout et ne recule devant rien ? Bin on n’en sait rien en fait, le gars signe ses romans Anonyme. Petit saligaud ! Et aujourd’hui encore le mystère reste entier autour de l’identité de celui qui se cache derrière cet anonymat.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore l’univers du Bourbon Kid est pour le moins inhabituel… Un peu beaucoup déjanté, décalé, irrespectueux, irrévérencieux, hyper violent et plein de références en tout genre. Un cocktail explosif d’un humour parfois grinçant, souvent très très gras… mais quel plaisir pour les zygomatiques ! Même en plein coeur d’un carnage l’auteur réussit à placer un bon mot pour nous tirer un sourire (parfois sadique, je l’admets volontiers).

Le risque inhérent à toute saga littéraire, et peut-être plus encore dans un univers aussi atypique, est d’user et d’abuser des mêmes ficelles jusqu’au point de rupture. Effectivement Le Livre Sans Nom m’a surpris par son originalité totalement unique en son genre. Je n’ai jamais été déçu par les autres romans de la série (bien au contraire, je suis toujours aussi fan du Bourbon Kid), mais force est de reconnaître que l’effet de surprise a été nettement moins percutant.

Alors quid de ce Bourbon Kid ? Glop ou pas glop ? Top ou flop ? Je ne vous ferai pas languir plus longtemps : Glop glop et méga top ! Incontestablement un retour gagnant.

Plus que jamais notre Anonyme préféré ose tout et ne s’impose aucune limite. Cette fois il revisite allègrement l’histoire biblique en mettant en scène Caïn (le gars qui a buté son frangin, Abel, commettant ainsi le premier meurtre de l’histoire de l’humanité… version biblique cela va de soi) et les quatre cavaliers de l’Apocalypse (peu de gens le savent, mais dans ses jeunes années Jésus a été envoyé en Amérique afin de les combattre et de les neutraliser… et dire qu’il y en a qui pensent que l’Amérique a été découverte par Christophe Colomb ! Ah les cons !).

Fidèle à son habitude l’auteur multiplie les clins d’oeil à la pop culture, et puisque puiser dans l’histoire biblique ne semble pas lui suffire alors pourquoi ne pas aussi piocher dans la mythologie grecque. Mais je vous laisse découvrir tout ça, purement et simplement jouissif.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du bouquin, l’intrigue ne se concentre pas sur le Bourbon Kid, toute l’équipe des Dead Hunters (Rodeo Rex, Elvis, Joey, Bébé et Jasmine) sera mise à contribution pour déjouer les plans de Caïn. Mais aussi l’inénarrable Sanchez (toujours aussi… heu… égal à lui même !), Flake et Beth viendront leur prêter main forte (pour diverses raisons et avec plus ou moins de bonne volonté). Quel plaisir de retrouver tout ce petit monde.

Si le Kid n’est pas forcément au coeur du récit, ses quelques apparitions seront pour le moins remarquées et remarquables. Nul doute que les habitants de Crimson County se souviendront longtemps de son passage dans leur paisible patelin… mais bon, fallait pas le faire chier !

Pour la première fois, j’ai senti le Kid et ses comparses en réel danger, plus d’une fois je me suis dit « Oh merde… pas lui ! » ou encore « Oh non… pas elle ! » ; ne vous étonnez donc pas si certains de vos personnages préférés ne se reléveront pas de leur confrontation avec Caïn et ses cavaliers de l’Apocalypse. Mais comme dirait l’autre : « Faut pas pleurer comme ça / Demain ou dans un mois / Tu n’y penseras plus. » (Merci à Daniel G. pour ce conseil plein de sagesse et de bon sens).

Si je m’écoutais, je serais intarissable sur ce bouquin, mais ce serait vraiment dommage de vous gâcher le plaisir de la découverte. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, cet OLNI vaut vraiment le détour ! Vous pouvez pensez qu’en tant que fan de la saga je ne suis pas totalement impartial dans mon jugement (et vous n’auriez peut-être pas tort) ais je m’en fous, je persiste et signe !

Si vous ne connaissez pas cette série peut-être vous demandez-vous s’il est nécessaire de lire les précédents pour apprécier ce dernier (?) opus. Que nenni, mais ce serait dommage de s’en priver et surtout ce Bourbon Kid n’en sera que plus savoureux. Pour tout vous dire seule la trilogie constituée du Livre Sans Nom, L’Oeil De La Lune et du Livre De la Mort est à prendre dans l’ordre ; tous les autres peuvent se lire en one-shot.

Et maintenant ? Bin j’en sais rien, et bien malin celui ou celle qui saura répondre à cette interrogation. l’auteur termine une fois de plus son bouquin par un laconique : FIN (peut-être…).

MON VERDICT
Coup double

 

 
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Publié par le 8 novembre 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Lee Martin – Cet Eté-Là

L. Martin - Cet été-làComme vous le savez sans doute mon Stock à Lire Numérique à tendance à connaître une croissance exponentielle, du coup quand vient l’heure de choisir sa prochaine lecture c’est toujours un déchirement, et forcément on oublie certains titres et certains éditeurs. Comme ça faisait un moment que je ne m’étais pas penché sur le catalogue de Sonatine j’ai décidé de rectifier le tir avec Cet Eté-Là de Lee Martin.
Trente ans plus tôt, dans une petite bourgade de l’Indiana. La jeune Katie Mackey, 9 ans, disparaît alors qu’elle était sortie faire une course à vélo. Même si la police a rapidement interpellé un suspect, la disparition de Katie reste un mystère. Aujourd’hui, en recoupant les faits et divers témoignages, la vérité va peut être enfin éclater…
Un faits divers, des témoignages, des faits (connus ou reconstitués) et de fil en aiguille la vérité qui refait surface. J’aime beaucoup ce concept de roman choral qui permet au lecteur de jouer les apprentis journalistes (ou apprentis détectives selon ses ambitions). Une forme (et un fond) qui n’est pas sans me rappeler le roman Qui ? de Jacques Expert, construit sur le même principe et déjà publié par Sonatine.
La principale difficulté, pour l’auteur qui veut se lancer dans ce genre de roman, consiste à affecter un style distinct à chacun des intervenants afin que l’on puisse les identifier sans forcément avoir besoin de se référer au nom du chapitre. C’est malheureusement là que le bât blesse avec Cet Eté-Là, et ce sera certainement mon seul reproche, le style (efficace et concis) est trop uniforme, on a du mal à s’identifier aux personnages, un peu comme si c’était une seule et même personne qui nous relatait les événements…
Bon ça c’est fait. Une fois n’est pas coutume j’ai commencé par souligner le point négatif, sans doute parce que je tiens à tempérer mon reproche. En effet l’attribution d’un style propre à chaque intervenant eut été un plus plutôt qu’un point réellement négatif. Cela ne m’a nullement empêché de prendre beaucoup de plaisir à lire ce bouquin et de me sentir en totale immersion dans l’intrigue.
Les principaux intervenants sont au nombre de trois : M. Dees, un enseignant solitaire qui donnait des cours d’été à Katie, Gilley, le frère aîné de Katie et Clare, une veuve qui a par la suite épousé le principal suspect du crime. Chacun se livre au lecteur, s’adressant directement à lui, comme s’il était dans votre salon, évoquant non seulement ses souvenirs mais aussi ses états d’âmes. A ce titre on peut souligner un gros travail de l’auteur sur la psychologie de ses personnages, ce qui vient en partie contrebalancer l’absence de style personnalisé.
L’intrigue est bien construite même si l’on ne peut pas vraiment dire que l’on ait le droit à d’énormes surprises au fil des révélations ; on supposait beaucoup sans toutefois avoir une idée précise du déroulement des événements. Ca n’en reste pas moins un récit addictif qui se lit quasiment d’une traite (malheureusement les obligations professionnelles et personnelles ne permettent pas toujours ce genre d’immersion intégrale). Nul doute qu’au fil des pages vous serez projeté à Tower Hills dans les années 70, nul doute que vous aussi aurez envie de comprendre ce qui est arrivé à Katie…

MON VERDICT
jd4

 
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Publié par le 25 janvier 2017 dans Bouquins

 

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