[BOUQUINS] Philippe Pratx – Le Soir, Lilith

P. Pratx - Le soir, LilithAu menu du jour un roman lu à la demande de son auteur, Philippe Pratx. Une chronique tardive sachant que j’ai reçu ce roman, Le Soir, Lilith, depuis plus d’un an ! Si, comme le dit l’adage, « Patience est mère de toutes les vertus« , alors Monsieur Pratx doit être vachement vertueux… en tout cas il aura été vachement patient et je l’en remercie.
1964. Le narrateur est contacté par une journaliste qui souhaiterait écrire un article en hommage à Lilith Hevesi, star montante du cinéma muet des années 20, décédée quarante ans plus tôt. Le narrateur ayant été un proche de Lilith, son aide serait précieuse à la journaliste…
Vu comme ça et si vous me lisez depuis quelque temps déjà, vous vous demandez peut être pourquoi je me suis lancé dans ce bouquin. Rassurez-vous je me suis longtemps (très longtemps) posé la même question avant de me lancer. Et je me suis lancé sans conviction, uniquement afin de respecter mon engagement à le lire.
Incontestablement l’auteur est un amoureux de la langue française au vocabulaire riche et maître dans l’art de la sémantique et de la métaphore. Le hic c’est que personnellement je ne suis pas fan des tournures trop alambiquées qui nuisent (et là encore ça n’engage que moi) à la fluidité du récit. Trop de style finit par tuer le style, si à la fin d’une phrase j’ai besoin de revenir au début pour en saisir le sens alors il y a peu de chance pour que l’alchimie se fasse.
La construction même du récit est quelque peu déconcertante, outre les échanges entre le narrateur et la journaliste, on trouve extraits de la biographie de Lilith que le narrateur est en train d’écrire, des morceaux des carnets d’écriture de Lilith, des extraits de scénarios de films, des lettres… comme piochés au hasard, en dépit de toute chronologie, dans une malle contenant un tas de paperasses que le narrateur aurait devant lui. Plus d’une fois j’ai eu le sentiment de naviguer à l’aveugle au milieu d’un èpais brouillard.
Et tout ça pour aller où ? J’avoue sans complexe m’être posé la question plus d’une fois. Le bouquin est tout simplement inclassable ; ça aurait pu être un atout mais faute de réelle trame romanesque ce mélange des genres (ou ce non genre) finit par se retourner contre lui. Et pourtant j’ai persévéré, non par masochisme littéraire, mais parce que, presque malgré moi, j’avais envie de connaître le fin mot de l’histoire… en espérant qu’il y en ait un !
Et donc au final ? Il faut attendre le douzième (et dernier) chapitre pour que les pièces du puzzle s’assemblent enfin. Ca commence par une révélation qui ne surprendra qu’à moitié le lecteur ; la suite par contre sera nettement plus inattendue. Dommage que tout le roman n’ait pas été conçu comme ce dernier chapitre ! Au moins on referme le bouquin avec une impression plutôt positive…

MON VERDICT
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Philippe Pratx reconnait volontiers que son roman est destiné à un public élitiste : « Amateurs d’«easy reading» s’abstenir. Mon écriture est exigeante. »
Je ne peux que plussoyer ! Ce qui m’amène à me poser la question suivante : Pourquoi moi ? Non que je considère son offre comme une punition, au contraire je remercie Philippe pour sa confiance. Mais en parcourant les différentes lectures chroniquées dans mon blog il me paraît évident que je suis certes éclectique mais aussi que je ne place pas la barre de mes exigences à des sommets vertigineux. Dans tous les cas je préfère l’intensité du récit ou encore le rythme de l’intrigue que le style. Est-ce que cela fait de moi un « easy reader » ? Si oui, je l’assume pleinement.
Désolé Philippe de ne pouvoir proposer une chronique plus élogieuse mais je ne dérogerai pas à ma philosophie qui consiste à écrire avec le coeur et les tripes.

Petit bémol adressé aux Editions L’Harmattan. Pour votre offre numérique vous devriez privilégier le format epub plutôt que le pdf ; le pdf c’était avant. Lire en pdf aujourd’hui c’est un peu comme regarder Avatar sur un vieux téléviseur en noir et blanc… on pige l’essentiel mais ça manque cruellement d’éclat !
Merci à Philippe de m’avoir fait parvenir son roman au format epub. Même si j’ai dû m’imposer un gros travail de retouche via Sigil, l’effort mérite d’être remercié.

[BOUQUINS] Michael Mention – Jeudi Noir

M. Mention - Jeudi NoirUne lecture expresse au menu du jour, avec le très original roman / essai Jeudi Noir de Michael Mention.
Jeudi 8 juillet 1982, Séville. France – RFA, demi-finale de la Coupe du Monde de football. Un match de football qui restera à jamais gravé dans l’histoire de la Coupe du Monde. Un match de football qui réussira à raviver les braises d’une haine que l’on espérait oubliée…
Que les choses soient claires : je n’aime pas le foot ! Oui, je sais que j’ai déjà eu maintes occasions de le dire ; faut croire que je ne me lasse pas de le revendiquer. Alors pourquoi irai-je perdre mon temps à lire un bouquin qui parle presque exclusivement de foot ? Ce n’est pas le choix qui manque dans mon Stock à Lire Numérique.
Même sans être un adepte du ballon rond j’aime me tenir au courant des principaux résultats, notamment quand il s’agit de la Coupe du Monde. Sans pousser le vice jusqu’à suivre tous les matchs je fais en sorte de récupérer les scores (éventuellement les résumés si un score m’interpelle) sur Internet.
Seconde raison, et non des moindres, ce jeudi 8 juillet 1982 j’étais devant la TV pour suivre cette rencontre historique (c’était quand même la première fois que la France arrivait en demi-finale). Pour être tout à fait franc c’est le genre de rencontre où mon coeur balance entre chauvinisme pour mon pays et attrait pour l’équipe adverse. Et oui j’ai toujours, et aujourd’hui encore, apprécié le jeu et la technique de la Mannschaft.
L’auteur nous propose quasiment une reconstitution minute par minute de cette rencontre historique. Pour nous plonger au coeur de l’action il nous place dans la peau d’un joueur fictif de l’Equipe de France ; pas un joueur qui prend la place d’un de ceux qui étaient sur le terrain ce jour-là mais une sorte de douzième homme. Un joueur qui n’influencera en rien le déroulé du match mais qui analyse son déroulement et livre ses pensées.
On a tendance à ne retenir de cette rencontre que le KO de Patrick Battiston, percuté volontairement et de front par Harald Schumacher, le goal allemand ; et surtout l’absence totale de sanction contre la RFA. Mais dès les premières minutes la tension entre les deux équipes était palpable, les allemands ayant de suite opté pour un contact physique musclé.
Il n’en reste pas moins que c’est ce dérapage de Schumacher qui fera dégénérer les choses, ravivant les blessures du passé et les haines de la seconde guerre mondiale… L’auteur expose très habilement cette montée en puissance de la tension aussi bien sur le terrain que dans les gradins (les supporters espagnols soutenaient jusqu’alors la RFA, ils ont pris fait et cause pour la France après la sortie de Battiston).
Pour la petite histoire ce fut la première fois qu’un match de Coupe du Monde ira jusqu’aux tirs au but ; avec le résultat que l’on connait et la qualification de la RFA. Est-ce que les choses auraient été différentes sans l’agression de Schumacher ? Honnêtement je n’en suis pas convaincu, mais je laisse à chacun le soin de forger sa propre opinion.
J’ai dit que l’auteur parlait presque exclusivement de foot, mais par le biais de son joueur imaginaire, il porte aussi un regard critique à la fois sociétal, sociologique et politique sur la société française. On peut adhérer ou non, perso je ne suis pas un nostalgique de l’expérience Mitterandiste (qu’il ne cautionne pas systématiquement je précise).
J’ai lu par curiosité, je n’ai pas forcément été emballé mais pas déçu non plus. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en ouvrant ce livre, le compromis entre fiction et essai m’est apparu comme un bon choix de la part de l’auteur. Une chose est sure, il est indéniable qu’il a dû sacrément se documenter sur le sujet pour nous offrir un récit aussi complet.
Pour ceux et celles qui n’auraient pas vu ce match historique, vous le trouverez facilement et dans son intégralité sur Youtube.

[BOUQUINS] Nathalie Hug – L’Enfant-Rien

N. Hug - L'Enfant-RienJe reste dans le roman court mais avec un total changement de registre. Avec L’Enfant-Rien, Nathalie Hug se lance dans l’écriture en solo dans un genre bien loin des thrillers qu’elle signe à quatre mains avec son mari, Jérôme Camut. Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité…
Adrien guette chaque semaine l’arrivée du père de sa demi-sœur, dans l’espoir de recueillir un regard, une parole ou un geste tendre mais sans jamais rien obtenir de cet homme qui l’ignore. Le jour où sa mère se fait renverser par une voiture et tombe dans le coma, la possibilité d’une vie nouvelle s’ouvre à lui. Mais Adrien peut-il vraiment trouver sa place dans une famille qui n’est pas la sienne ?
D’entrée de jeu vous pouvez constater, si vous me suivez depuis déjà quelque temps, que ce n’est pas franchement dans mes habitudes de lecture. Non que j’éprouve un quelconque rejet pour ce genre de récit, c’est juste qu’on ne peut pas tout lire et qu’il faut savoir faire des choix. Sans la signature de Nathalie Hug je serai passé à côté de ce bouquin. A tort ou à raison ? Je vous laisse décider à la lecture des lignes qui vont suivre.
Nathalie Hug a fait le choix d’une écriture à la première personne afin de nous faire partager les pensées et la vision des choses d’Adrien ; le résultat est bluffant, vraiment criant de vérité et forcément plein d’émotions.
EmotionS, et j’insiste sur le S final, est bien le maître mot de ce roman, court mais intense, on en prend la gueule avec Adrien. Un brave gamin de 10 ans à la santé fragile (une néphropathie visiblement) qui n’a jamais connu son père et vit avec une mère qui n’est que l’ombre d’elle même (avant l’accident déjà). Arrivé dans cette nouvelle famille (celle du père de sa demi-soeur, Isabelle, son aînée) il ne demande qu’à être accepté et aimé mais ne rencontre qu’une froide indifférence. Adrien, l’Enfant-Rien comme il se qualifie lui même, nous offre un cri où se mêlent amour et désespoir, un cri qui ne manquera de nous prendre aux tripes.
« Le mo­ment d’ac­cep­ter l’in­évi­table était ar­rivé. Notre mère n’exis­tait pas. Isa­belle avait la sienne, belle et gaie, éprise d’un homme, et moi, j’avais la mienne, bri­sée et vide, mon fan­tôme triste et so­li­taire. » C’est en ses termes que Adrien définit sa mère après avoir vu des photos de sa vie d’avant.
Adrien confronté à un homme qui ne veut rien savoir de lui (on devine rapidement le pourquoi du comment de la chose ; à défaut de l’excuser on peut le comprendre) mais surtout à une tante qui est une vraie vipère, une langue de pute dans toute sa médiocrité. A travers ces quelques pages vous partagerez avec Adrien des moments forts qui ne devraient pas vous laisser indifférent et nul doute que la fin vous laissera sur le cul.
« Je m’ap­pelle Adrien. Dans Adrien, il y a rien.« 
En lisant les remerciements j’ai été surpris d’y trouver les prénoms de Clara et Louis, les deux enfants de la tétralogie Les Voies De L’Ombre ; seraient-ce « eux » qui lui ont donné l’envie de se lancer en solo ?

[BOUQUINS] Marc Levy – Une Autre Idée Du Bonheur

M. Levy - Une Autre Idée Du BonheurPas encore eu l’occasion d’aller piocher dans ma PàL papier, mais d’un autre côté je ne me voyais pas faire l’impasse sur le dernier Marc Levy, Une Autre Idée Du Bonheur. Un écart qui ne devrait pas me retenir trop longtemps vu l’épaisseur de la chose.
Après trente années de détention et alors qu’il ne lui restait « que » cinq ans à tirer, Agatha prend la poudre d’escampette. Dans sa cavale elle entraîne, bon an mal an, Milly, une jeune femme à la vie apparemment bien rangée. Les deux femmes vont apprendre à se connaître et se comprendre tandis qu’elles traversent les USA…
Avant d’aller plus avant dans cette chronique je tiens à dire un grand NON ! Non Marc Levy ne nous livre pas un remake de Thelma et Louise, le film de Ridley Scott sorti en 1991. Oui on assiste à la cavale de deux nanas mais la ressemblance s’arrête là, ça fait un peu léger pour parler de remake, voire de plagiat.
Ceci étant dit il n’en reste pas moins que l’auteur nous invite à partager un road trip dans l’espace et dans le temps. Chaque étape du voyage entre Philadelphie (Pennsylvanie) et San Franciso (Californie) est l’occasion d’une nouvelle rencontre avec le passé d’Agatha. Les confidences (confessions ?) d’Agatha nous ramènent aux heures sombres de l’Amérique de la ségrégation et de la guerre du Vietnam. Mais la véritable question est surtout de savoir pourquoi Agatha s’est évadée et quelle vérité elle souhaite rétablir. D’un autre côté on se demande aussi ce qui motive vraiment le marshal Bradley lancé à la poursuite de la fugitive.
En France on ne connait cette partie de l’histoire des Etats-Unis de façon quasi anecdotique ou via le cinéma (en tout cas ça vaut pour moi), en lisant ce bouquin et en vérifiant les faits (dans la mesure du possible), la chose prend une toute autre ampleur, j’étais loin d’imaginer une répression policière aussi violente (et surtout de façon quasi généralisée et avec la bénédiction de l’exécutif).
Une fois de plus l’auteur prouve que, contrairement à ce que pensent ses détracteurs,  il sait se diversifier (même s’il aborde encore des thèmes qui lui sont chers, tels que l’amitié et l’amour) en restant efficace. Ce bouquin ne devrait pas séduire lesdits détracteurs, les inconditionnels devraient, quant à eux, y trouver leur bonheur même si ce n’est sans doute pas le meilleur de l’auteur.
Quid du duel Musso vs Levy cuvée 2014 ? J’ai apprécié ce bouquin mais je n’ai pas été bluffé comme m’avait laissé sur le cul la lecture de Central Park. Je donne donc, pour la seconde année consécutive, l’avantage à Guillaume Musso, sans la moindre hésitation cette fois.