[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Vieux

D. Friedman - Ne Deviens Jamais VieuxA contrario il est des livres pour lesquels je craque sans me poser la moindre question, Ne Deviens Jamais Vieux de Daniel Friedman fait partie de cette catégorie. Rien que le titre est une invitation à la lecture, la couverture est tout aussi craquante et la quatrième de couv’ plutôt alléchante. Ajoutez à cela que c’est Sonatine l’éditeur et voilà la cerise sur le gâteau (ou le gâteux en l’occurrence).
A quelques jours de ses 88 ans Buck Schatz est une ancienne gloire de la police de Memphis à la retraite. Son quotidien plus ou moins paisible et routinier est chamboulé quand il apprend que son tortionnaire pendant la Seconde Guerre Mondiale, Heinrich Ziegler serait vivant et aurait fui avec un trésor de guerre conséquent. Le hic c’est qu’il n’est pas le seul à le savoir et que l’or nazi semble susciter bien des convoitises, pas toujours bien intentionnées…
Une fois de plus Sonatine a su me surprendre et me séduire. Le personnage de Buck Schatz est des plus pittoresques, un vieux grincheux qui n’a pas sa langue dans sa poche et encore toute sa tête (même si parfois il semble en douter). Comme le bouquin est écrit à la première personne c’est lui qui nous guide tout au long de l’intrigue. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la ballade ne sera pas de tout repos et parsemée de morts brutales. Buck est le plus souvent taciturne et bourru mais il lui arrive aussi d’être touchant (dans la complicité et la tendresse qu’il partage avec Rose, sa femme qui le supporte depuis 64 ans) et souvent drôle dans ses analyses (même si parfois c’est malgré lui). Un flic à l’ancienne complétement dépassé par la technologie actuelle. Mais il n’est pas facile de vouloir jouer les durs à cuire quand le corps ne suit plus. C’est ce mélange de force et  de fragilité qui rend le personnage de Buck aussi attachant.
Daniel Friedman nous propose un polar qui révise avec intelligence et brio les règles du genre. On a tout de même droit à une intrigue pleine de rebondissements, on se prend vite au jeu à essayer de trouver les réponses avant Buck. Si au départ Buck semble se lancer dans l’affaire simplement pour égayer une routine un peu trop paisible pour l’homme d’action qu’il a été, il va rapidement ses réflexes (façon de parler) d’enquêteur pour démêler ce sac d’embrouilles. Un dernier baroud d’honneur avant de tirer sa révérence…
Pour un premier roman l’auteur réussi un véritable coup de maître, c’est plutôt prometteur pour la suite, en espérant que suite (ou plus exactement autres romans) il y ait. J’ai été scotché dès les premières phrases et je n’ai pas décroché avant le clap de fin et quelle fin ! Même si j’avais identifié l’assassin avec une quasi certitude mais plus au feeling qu’autre chose.

[BOUQUINS] Ian Manook – Yeruldelgger

I. Manook - YeruldelggerA la base ce roman de la rentrée littéraire n’était pas prévu dans mon Stock à Lire Numérique, mais à force de lire, çà et là, des critiques élogieuses,  dont celle de Gruz, et sachant que nous avons des goûts littéraires plus que proches, j’ai fini par craquer pour ce Yeruldelgger de Ian Manook. C’est l’occasion de poursuivre le voyage, sauf que cette fois la destination est beaucoup plus exotique puisque l’on file direct vers la Mongolie et ses steppes…
Yeruldelgger, commissaire à la crim’ d’Oulan Bator, est appelé dans les steppes alors qu’il enquêtait sur le meurtre sauvage de trois chinois. Là-bas il découvre le corps d’une fillette, un crime qui le ramenè directement vers son propre drame personnel, l’assassinat de sa fille cadette quelques années plus tôt. Au fil de son enquête Yeruldelgger et son équipe vont découvrir que les deux affaires pourraient être liées…
Vous trouvez sans doute que notre héros porte un prénom à coucher dehors, pour votre peine je vous condamne à psalmodier cent fois son nom complet : Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Au moindre raté on remet le compteur à zéro. Ah oui avec l’accent mongol svp ! Z’êtes pas prêt d’aller vous coucher bande d’ingrats.
Bon autant vous le dire tout de suite ce polar/thriller sera certainement l’un de mes coups de coeur de l’année (faut dire qu’il y en a eu pas mal cette année). Pour une première incursion dans le genre l’auteur réussit un coup de maître. Bon voilà ça c’est fait, étoffons un peu maintenant.
La première bonne surprise vient de l’incroyable profondeur des personnages. Yeruldelgger d’abord, flic brisé de l’intérieur, aussi têtu que bourru mais enquêteur hors pair (il me fait un peu penser au Harry Hole de Jo Nesbo). Ses alliées de charme et de choc, Oyun, sa collègue, et Solongo, légiste et compagne de Yeruldelgger (leur relation est assez bizarre). Mon coup de coeur va sans hésitation à Gantulga, gamin des égouts d’Oulan-Bator, un allié aussi précieux que débrouillard pour Oyun et Yeruldelgger.
La seconde bonne surprise, je devrai plutôt dire claque vient de l’intrigue elle même. Une intrigue incroyablement complexe maîtrisée du début à la fin, juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine. Vraiment un polar haut de gamme, peut être pas aussi cash que du Chattam mais vous aurez tout de même le droit à quelques scènes pas piquées des hannetons.
Avec Yeruldelgger Ian Manook nous invite à découvrir une Mongolie aux multiples facettes. Oulan-Bator, la capitale, où les buildings modernes poussent aux côtés des vestiges rustiques et sans âme de l’occupation communiste. Un peuple moderne mais aussi ancré dans ses traditions nomades et chamanes. On aurait presque envie de prendre un billet d’avion pour un petit détour touristique.
L’auteur soulève aussi une question pour le moins intéressante, selon notre lieu de vie et notre culture nous n’avons pas la même vision de l’Histoire. Pour l’Occident le pire « boucher » de tous les temps est certainement Hitler alors que la seconde guerre mondiale est un épisode ignoré par la plupart des Mongols. En Mongolie les « bouchers » s’appellent plutôt Staline et Mao.
Extrait pour illustrer mon propos :
– Comment pouvons-nous ignorer l’holocauste de six millions de Juifs ? s’était-il indigné à l’époque.
– Parce que ce n’est pas notre histoire, avait répondu tristement Solongo.
– Six millions de morts, comme cela peut-il ne pas être notre histoire à nous aussi ?
– Notre histoire à nous, elle est plus proche des quatre-vingts millions de morts de Staline, et des centaines de millions de morts de Mao et des autres. L’histoire des Juifs n’est pas la nôtre. Toute leur guerre n’était pas la nôtre non plus !
Je suis convaincu que le bouquin vaudra beaucoup de son succès (plus que mérité) au Net, un auteur inconnu, un titre à coucher dehors, une couv’ pas vraiment percutante : tout était fait pour qu’il passe inaperçu (ou presque). Et bien je suis heureux de faire partie de ceux qui vont propager la bonne parole.
Pour l’anecdote j’ai découvert que la boisson traditionnelle mongole est le suutei tsaï, un thé noir au lait, salé, dans lequel ils ajoutent du beurre ou de la farine. Ca vous dit de goûter ? Moi, je passe mon tour. D’une façon générale la gastronomie mongole est très exotique, certains plats ont l’air plutôt appétissants mais pas évident de trouver les ingrédients (le boodog est à base de marmotte).
Albin Michel a réussi à convaincre l’auteur de faire de Yeruldelgger un personnage récurrent, j’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Après tout le bouquin s’achève en laissant un gros point d’interrogation dans l’esprit des lecteurs.

[BOUQUINS] Robert Galbraith – L’Appel Du Coucou

R. Galbraith - L'Appel Du CoucouPeu à peu je viens à bout de cette rentrée littéraire d’une incroyable richesse, c’est la première fois qu’autant de titres atterrissent à quelques jours d’intervalles dans mon Stock à Lire Numérique. L’heureux élu de ce nouveau tirage (pas du tout au sort) est un polar signé Robert Galbraith, L’Appel Du Coucou.
Le même jour le détective Cormoran Strike, au bord du gouffre aussi bien personnellement que professionnellement, doit gérer une rupture pas franchement à l’amiable et l’arrivée d’une nouvelle secrétaire, Robin, mais aussi et surtout un client qui pourrait bien lui éviter le naufrage. John Bristow lui demande en effet d’enquêter qur la mort de sa soeur, Lula Landry, un célébre top model, la police a validé la thèse du suicide mais lui refuse d’y croire…
Robert Galbraith ? Au cas où ce nom ne vous dirait rien, malgré un roman annoncé haut et fort par la presse, n’est autre que J.K. Rowling. Là si çà ne vous parle toujours pas je rends mon tablier, crévindiou c’est l’auteure de la saga Harry Potter (toujours en attente de lecture chez moi). Si quelqu’un me demande ce qu’est Harry Potter je crois que je me fais interner avant de commettre un geste irréparable (manger tout un pot de Nutella par exemple) ! Une façon comme une autre de rompre avec l’univers de son sorcier préféré, même si elle a déjà publié sous son véritable nom Une Place A Prendre (un titre diversement apprécié) ; il semblerait que Strike et Robin soient à leur tour appelés à devenir des personnages récurrents, je leur souhaite le même avenir que Harry (Potter pas le prince british).
Contrairement à son précédent roman cette fois l’auteure affiche clairement la couleur : elle va s’essayer au polar à l’anglaise, du pur jus. Sans révolutionner le genre elle parvient à jouer efficacement avec les régles du genre.
Le duo aussi antagoniste que complémentaire formé par Strike et Robin (leur premier contact fut épique… et douloureux pour elle) est particulièrement bien travaillé, les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte ; l’auteure dresse une galerie de personnage très convaincante et surtout profondément humaine.
L’enquête de Strike (aidé par Robin) est on ne peut plus normale, d’abord il collecte des informations par divers moyens (presse, internet…), puis il interroge un maximum de personnes susceptibles de l’éclairer, ensuite il épluche ses notes pour relever d’éventuels incohérences ou mensonges et étudier les prochaines pistes à suivre. Pas de fusillades à tout va, ni de bastons à gogo… Bienvenue dans la vraie vie ! N’allez pas en déduire que la lecture du bouquin doit être chiante à en crever, d’une part c’est bien écrit, et d’autre part l’enquête est bien ficelée, maintenant le suspense intact jusqu’à la révélation finale.
Bref un polar classique mais réussi. Ce n’est déjà pas si mal pour un prermier essai. Pour ma part je retrouverai avec plaisir Strike et Robin pour leur prochaine enquête.
C’est le Sunday Times qui a révélé, suite à un tweet anonyme, la véritable identité de Robert Galbraith, ce qui a eu pour effet quasi immédiat de booster les ventes qui jusqu’alors n’étaient pas extraordinaires malgré un bon accueil critique et public ; en quelques jours le bouquin s’est retrouvé en tête des ventes.

[BOUQUINS] Homicides Multiples Dans Un Hôtel Miteux Des Bords De Loire

L.C. Tyler - Homicides Multiples...Fidèle à ma décision de respecter l’ordre d’entrée dans mon Stock à Lire Numérique, et ce malgré l’entrée en lice des derniers Tom Clancy et Stephen King, je me suis donc lancé avec un réel plaisir dans Homicides Multiples Dans Un Hôtel Miteux Des Bords De Loire de L.C. Tyler, qui marque la seconde collaboration entre Ethelred Tressider et Elsie Thirkettle.
Un an après la subite disparition d’Ethelred, Elsie décide que la plaisanterie a assez duré et fait annuler toutes les cartes de crédit de son auteur fugueur. Au bout de quelques jours Ethelred la contacte enfin et lui demande de le rejoindre dans un hôtel miteux situé face au Château de Chaubord. Quelques heures après leurs retrouvailles un client est poignardé à mort, la police boucle l’hôtel et consigne les rares clients à l’intérieur. Il n’en faut pas plus pour convaincre Elsie de mener une enquête parrallèle dans laquelle elle entraînera Ethelred…
On retrouve avec plaisir les ingrédients qui ont fait le succès du précédent roman de l’auteur (Etrange Suicide…), à savoir un mix entre le roman policier classique et la comédie. L’intrigue est de nouveau écrite à quatre mains, selon les points de vue d’Elsie ou d’Ethelred. Histoire de rester dans la continuité, Sonatine joue sur une couverture du même style que le précédent (une ancienne fourgonnette de la gendarmerie ayant pris la place de la fameuse Fiat rouge) et un titre à rallonge.
A propos du titre (à rallonge mais parfaitement approprié à la présente intrigue) comme pour le précédent opus la version française n’a pas grand chose à voir avec l’original baptisé Ten Little Herrings, hommage « aquatique » à Agatha Christie que l’on pourrait traduire par Dix Petits Harengs. Pour la petite histoire les quatre titres de la série Elsie & Ethelred Mysteries font référence au hareng (allez savoir pourquoi… Notre François Troudic national n’est pas le seul obsédé par ce poisson), les trois derniers sont des déclinaisons de titres d’Agatha Christie (je n’ai rien trouvé rapport au premier, The Herring Seller’s Apprentice).
Comme dans le précédent roman le personnage d’Ethelred, lui même écrivain, donne quelques conseils quant à l’écriture d’un roman policier, cette fois ce sont les armes du crime qu’il privilégie. Au fil des pages on croisera de nombreux clins d’oeil à la littérature policière.
Vous l’aurez sans doute compris j’ai de nouveau été sous le charme de l’auteur. Son style, son intrigue et ses personnages truculents permettent une lecture d’une grande fluidité. Lu en deux jours mais si j’avais été en congés (pas de bol j’ai repris hier après une semaine de repos bien mérité) nul doute que je l’aurai torché en une petite journée.
Juste pour l’anecdote, Sonatine se permet une petite référence largement méritée : « Il se trouve que le brigadier est un grand passionné de romans policiers et qu’il a lu un ou deux de mes livres traduits chez Sonatine Éditions.« .

[BOUQUINS] Harlan Coben – Six Ans Déjà

H. Coben - Six Ans DéjàJ’étais resté sur une impression mitigée après la lecture de Ne T’Eloigne Pas de Harlan Coben, pour quelqu’un considéré comme l’un des grands noms du polar c’est pas franchement top comme première opinion. Du coup je n’ai pas hésité à me jeter sur son dernier roman, Six Ans Déjà, proposé, une fois de plus, en avant première par France Loisirs.
Il y a six ans Jake a assisté au mariage de Natalie, la femme de sa vie… avec un autre homme ! Quand il tombe sur l’avis de décès du mari il décide de se rendre à l’enterrement afin de lui présenter ses condoléances. Non seulement Natalie n’est pas aux funérailles mais le défunt était marié à une autre femme depuis plus de dix ans. Alors qu’il se lance à la recherche de Natalie, Jake va aller de surprise en surprise…
Je suis mal placé pour dire si ce bouquin se situe plutôt dans la borne haute des titres de Harlan Coben mais une chose est sure, il est nettement plus addictif que Ne T’Eloigne Pas. On est directement happé par l’intrigue et du coup on ne lâche le bouquin qu’à regret, avec une seule hâte, s’y replonger le plus rapidement possible. Franchement si j’avais commencé ce bouquin un jour où je ne bossais pas je crois bien que je l’aurai lu d’une traite.
Le récit, écrit à la première personne, nous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Jake et son enquête limite obsessionnelle pour retrouver la femme qu’il aime. Son parcours ne va pas être de tout repos et lui réservera bien des surprises (pas toujours agréables soit dit en passant… sinon ça serait pas marrant). L’auteur ne s’attarde pas éternellement sur les personnages, juste ce qu’il faut pour leur donner suffisamment de profondeur et de présence, du coup ça tend à renforcer l’impression d’urgence de cette course contre la montre ; on va à l’essentiel à un rythme imposé, pas question de flâner. Quant à l’intrigue pour ma part je n’ai rien vu venir, ce qui est d’autant plus jouissif, c’est tordu à souhait sans être tiré par les cheveux ou inutilement complexe à suivre.
Inutile de préciser que l’écriture et le style sont parfaitement maîtrisés, le gars n’en est pas vraiment à son coup d’essai (c’est là son vingt-quatrième roman). Cette fois c’est une certitude je vais continuer à explorer l’univers littéraire de Harlan Coben, je ne sais pas encore si je vais poursuivre dans les romans isolés ou attaquer sa série Bolitar mais attendez vous à le retrouver tôt ou tard dans le coin.
Je ne dois pas être le seul à avoir apprécié puisque d’ores et déjà un projet d’adaptation au cinéma est en cours, pour le moment la seule chose qui soit à peu prés certaine est que Hugh Jackman interprétera le rôle de Jake. A ma connaissance, après Ne Le Dis A Personne c’est seulement le second roman de l’auteur à être porté à l’écran.

[BOUQUINS] Jacques Expert – Adieu

J. Expert - AdieuJ’avais été séduit par Qui ? de Jacques Expert c’est donc sans hésitation que je me suis plongé dans Adieu, son précédent roman, lui aussi publié par Sonatine.
Mars 2011, le commissaire Langelier participe à un pot organisé pour son départ à la retraite. Mais pour le coeur n’y est pas, il est encore par l’affaire du « tueur de familles » survenue dix ans plus tôt, une affaire qu’il considère comme ayant été bâclée par ses supérieurs, une affaire qui lui fait perdre tout ce quoi il tenait… Et si ce pot d’adieu était enfin l’occasion de mettre les choses à plat…
Le récit se divise en trois partie. La première, écrite à la troisième personne, nous plonge au coeur d’une enquête très réalistes sur les événements survenus en 2001. La seconde et la troisième partie, écrite à la première personne (du point de vue de Langelier), constitue le « réquisitoire » du commissaire, qui, seul contre tous, et au risque de tout perdre, s’obstine à poursuivre une enquête non officielle afin de faire éclater la vérité. Au fil des pages l’auteur nous fait douter, est-ce qu’il est vraiment sur une piste inédite ou est-ce qu’il est en train de s’enliser lamentablement en poursuivant des chimères ; un doute qui s’installe d’autant plus facilement que Jacques Expert ne fait rien pour rendre son personnage attachant, au contraire par moment on a envie de lui foutre des claques.
Alors cette vérité quelle est-elle ? Vous devriez commencer à l’entrevoir au cours de la troisième partie, avant qu’elle ne soit révélée (avec le recul dès la seconde partie l’auteur nous donne quelques pistes, mais ça semble tellement énôôôrme que notre esprit rejette l’hypothèse). Ne comptez pas sur moi pour vous en dire d’avantage, si ce n’est qu’il y a en fait deux vérités à découvrir, la seconde (prévisible mais passée en  arrière plan) étant révélée dans l’épilogue.
Tout au long du bouquin on assiste à l’affrontement entre deux hommes, dont l’amitié volera en éclats à cause de cette affaire, le commissaire Hervè Langelier d’un côté, convaincu que la piste officielle est fausse et bien déterminé à le prouver, et le commissaire divisionnaire Jean Louis Ferracci de l’autre, porté aux nues pour avoir résolu l’affaire du « Tueur des Familles ».  Le troisième personnage clé de l’histoire est Stéphanie Langelier, l’épouse du commissaire, qui voit son mari s’enfoncer jusqu’à un point de non retour qui sera fatal à sa famille.
Jacques Expert jongle habilement avec nos doutes et nos certitudes, tout au long d’un polar habilement construit il nous balade au gré de ses envies. Encore une bonne surprise, je guetterai donc attentivement le catalogue Sonatine afin d’intercepter son prochain roman…

[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Délivrance

J. Adler-Olsen - DélivranceDans la famille « je termine les séries en cours mais y’a du boulot », je demande le Département V. Présent mon général ! Vous l’aurez peut être compris (même si c’est loin d’être limpide) j’ai donc inscrit au programme de mes lectures la troisième enquête du fameux Département V, Délivrance de Jussi Adler Olsen, allez zou c’est parti pour une petite escale danoise…
Quand une bouteille à la mer récupérée en Ecosse arrive au Département V, l’inspecteur Carl Morck reste sceptique devant ce message devenu illisible ; mais devant l’insistance d’Assad et de Rose il accepte de se pencher, à temps perdu sur la question, tout en enquêtant sur un incendie de 1995 qui pourrait être lié à d’autres incendies survenus ces dernières semaines. Lentement mais surement le message de détresse prend forme et devient de plus en plus inquiétant. Mais Morck et son équipe ignorent que le prédateur rôde toujours et qu’il déjà repéré ses futures victimes…
Cette troisième enquête du Département V est l’occasion de faire connaissance avec Yrsa, la soeur jumelle (mais de caractère diamétralement opposée à sa frangine) de Rose, celle-ci ayant décidé de se barrer pour une durée indéterminée après une remarque de Carl Morck. Soit dit en passant on devine bien avant Carl le secret de Yrsa. On en apprend aussi un peu plus sur Assad, dont le rôle et la personnalité s’étoffent au fil des romans. Au niveau de l’intrigue c’est la première fois que le Département V se trouve impliqué à la fois dans une affaire en cours (les incendies) et à la poursuite d’un tueur qui sévit encore (même s’ils ne le découvriront que plus tard).
A part ça on retrouve les mêmes ingrédients que dans les deux précédents bouquins, l’intrigue n’est pas forcément menée tambour battant mais le rythme monte crescendo, l’enquête est bien ficelée, les échanges au sein du Département V apportent une touche d’humour et de légèreté, et on a toujours en toile de fond les soupçons de Carl Morck concernant l’affaire qui a coûté la vie à un de ses partenaires et cloué l’autre dans un lit sans espoir de remarcher un jour. Au final l’ensemble tient parfaitement la route, on ne s’ennuie pas une minute tout au long de ce polar nordique, les deux premiers opus m’avaient fait forte impression, celui-ci ne fait que confirmer la tendance.
Le kidnappeur/tueur choisit ses victimes au sein d’un milieu que j’exècre au plus haut point : les sectes qui prônent un intégrisme religieux ; sans approuver ses méthodes (loin s’en faut) je partage son ressenti vis-à-vis de ce type de communauté : « Le fanatisme religieux faisait toujours autant d’adeptes qui, à l’instar de ses parents, se montraient incapables de comprendre ce qu’aimer son prochain signifie vraiment. (…) Qu’ils aillent pourrir en enfer, tous ceux qui se croyaient meilleurs que les autres parce qu’ils étaient portés par leur foi. »
Reste plus qu’à espérer que le quatrième opus, Journal 64, soit prochainement traduit en français (il date quand même de 2010 et a été cette même année le livre le plus vendu au Danemark), vu le succès critique et commercial des trois premières affaires du Département V je ne serai pas surpris qu’il apparaisse dans les rayons de nos librairies préférées dans les prochains mois. Ca prendra le temps que ça prendra mais je compte bien l’attendre de pieds fermes !

[BOUQUINS] Jacques Expert – Qui ?

J. Expert - Qui ?C’est une critique de Fabe sur son blog qui m’a donné envie de découvrir Qui ? de Jacques Expert, ajoutez à cela une quatrième de couv’ alléchante  et que le bouquin fait partie du catalogue des Editions Sonatine ; toutes les conditions sont réunies pour que je craque.
1994, Carpentras. Laetitia, 10 ans est violée et assassinée en pleine forêt ; son assassin ne sera jamais identifié. 2013, une émission de TV retrace l’affaire en essayant d’y apporter des éléments nouveaux ; quatre couples directement concernés par ce sordide faits divers suivent l’émission. Parmi ces quatre hommes l’un d’eux est l’assassin de Laetitia, sa femme le sait mais n’a pas de preuves, elle espère que l’émission le poussera enfin à se trahir afin que justice soit faite…
Sur un peu plus de 300 pages représentant une heure en temps réel (de 22h30 à 23h30, la durée de l’émission) on suit le reportage ainsi que les réactions de chacun des couples face aux images et commentaires qui défilent, mais aussi et surtout le ressenti de l’assassin et de son épouse (désignés par Lui et Elle). Le challenge pour le lecteur est de démasquer le coupable avant la fin de l’émission, mais surtout de le démasquer avec la certitude absolue de tenir le bon.
Forcément pour que le jeu de piste tienne la route (et nous tienne en haleine) il faut que les personnages soient à la hauteur, et à ce titre même si l’auteur dissémine çà et là quelques indices on va rapidement s’apercevoir que les quatre couples sont assez semblables dans leur vie privée, leur loisirs et même leur personnalité. Du coup les fameux indices peuvent alternativement s’appliquer à l’un ou l’autre, les présomptions de culpabilité aussi ! D’autant que, au fur et à mesure que les non-dits refont surface, on se rend compte que nos quatre suspects ont tous quelques sombres secrets dans leur placard.
Avec le recul on peut reprocher aux personnages certaines réactions ou propos « choquants » (quoique ça reste discutable) mais essayez simplement de vous mettre à leur place avant de juger, la gamine d’un couple d’ami est violée avant d’être sauvagement assassinée ; vous êtes sûr(e) de pouvoir rester zen et raisonnable ? Pour ma part je ne juge pas utile de répondre à cette question, si vous me suivez depuis quelques temps déjà vous connaissez mes prises de position (que j’assume et revendique).
Passons maintenant à LA question du jour : challenge réussi ou pas ? Bien entendu je n’ai pas la prétention d’y répondre au nom de tous les lecteurs mais en mon propre. Comme je l’ai dit plus haut les suspects deviennent tour à tour potentiellement coupable, j’ai eu des soupçons plus prononcés (un indice a fait basculer la balance) mais sans aucune certitude absolue sur un individu (que je nommerai pas) ; et finalement je me suis planté du coupable, on a frôlé l’erreur judiciaire !
Jacques Expert a longtemps été journaliste (aujourd’hui responsable des programmes à RTL) et plus particulièrement chargé des grandes affaires criminelles en France, il a ainsi couvert l’affaire Grégory et l’on sent effectivement qu’il maîtrise son sujet (on trouvera d’ailleurs certaines similitudes entre cette triste et bien réelle affaire et l’assassinat de Laetitia), on est complétement immergé dans l’affaire et dans la vie de ces quatre couples, à la limite du voyeurisme même. Le style peut surprendre, voire déranger, mais pour ma part je le trouve plutôt bien adapté au découpage du roman.
Qui ? est son septième roman, le second publié par Sonatine (Adieu, le précédent figure déjà dans mon Stock à Lire) ; une découverte que je ne regrette pas et surtout qui m’a donné envie de prolonger ma plongée dans l’univers littéraire de Jacques Expert…