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Archives de Tag: Roman noir

[BOUQUINS] Jack Ketchum & Lucky McKee – Comme Un Chien

AU MENU DU JOUR

J. Ketchum & L. McKee - Comme un chien

Titre : Comme Un Chien
Auteur : Jack Ketchum & Lucky McKee
Editeur : Bragelonne
Parution : 2017
Origine : USA (2016)
264 pages

De quoi ça cause ?

Dans la famille Cross Delia est l’enfant prodige, une star que les sponsors s’arrachent. Et pour les parents la poule aux oeufs d’or, Patricia, sa mère est aussi son manager, elle dirige sa vie d’une main de fer, imposant à sa fille des cadences infernales. Et pourtant Delia ne se plaint jamais, elle trouve son réconfort auprès de Caity, sa chienne, sa meilleure amie.

Et puis un jour c’est l’accident, Delia est gravement brûlée, défigurée. Elle ne doit la vie qu’à l’intervention courageuse de Caity qui n’hésitera à se mettre en danger pour sauver sa jeune maîtresse. La fin d’une carrière prometteuse ? Non ! Pas question que Patricia renonce à ses rêves de grandeur et de fortune ; qu’importent la morale et le bien-être de sa fille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jack Ketchum (même s’il n’est pas tout seul sur le coup) et que c’est la certitude d’avoir un roman qui envoie du lourd !
Parce qu’il y a un chien (une chienne en l’occurrence). Et qu’elle me semble pleine de ressources et de bienveillance pour protéger sa jeune maîtresse.

Ma chronique

J’ai attaqué ce roman sans avoir lu la quatrième de couverture (ça m’arrive parfois) et force est de reconnaître que dans les premiers chapitres je me suis bien demandé ce qui avait bien pu passer par la tête de Jack Ketchum pour écrire une histoire aussi « insipide » ; pas inintéressante, mais à des années-lumière de ce qu’il nous a proposé jusqu’à maintenant (des récits sombres et violents).

On fait connaissance avec la famille Cross, Delia l’enfant star privée d’enfance, Robbie son frère jumeau qui vit dans l’ombre de cette soeur si célèbre, Bart, le père, un grand enfant qui semble n’avoir que peu d’attaches avec la réalité et Patricia, la mère, qui impose à sa fille des emplois du temps de folie. Toujours à courir après le prochain contrat et le fric qui va avec… Enfin il y a Caity, une chienne bouvier australien de deux ans qui vit une relation quasi fusionnelle avec Delia.

Les jalons sont posés, du côté lumineux, les enfants et le chien, du côté obscur les parents. Basique, mais efficace. Une belle histoire d’amitié entre la jeune star presque malgré elle et sa chienne… certes, mais ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attends en ouvrant un roman signé (et même cosigné) par Jack Ketchum.

Et puis il y a l’incendie qui manquera de peu de tuer Delia. Un accident qui aurait pu ressouder les liens familiaux, mais c’était sans compter sur l’avidité des parents… On sent rapidement que la situation ne peut qu’aller de mal en pis, la noirceur si chère à l’auteur va pouvoir étendre son voile destructeur sur la famille Cross.

Le fossé se creuse inexorablement entre les côtés lumineux et obscurs. Si vous aimez les romans pleins de noirceur nul doute que vous adorerez détester Patricia Cross. Ceci dit vous comprendrez aisément que je ne peux guère m’étendre sur la question.

Les auteurs profitent de leur récit pour sévèrement égratigner certains travers de la société de communication et de consommation d’aujourd’hui. A commencer par le culte de l’enfant star et ces parents qui agissent plus par ambition personnelle (faire de leur gamin ce qu’il n’ont pas réussi à devenir ? Se faire du fric sur le dos de leur gamin ?), les talk-shows outranciers et les émissions de télé-réalité au ras des pâquerettes, mais aussi le comportement de certains journalistes qui se comportent comme les pires des charognards.

Un roman court, mais intense, quand les auteurs décident de passer à la vitesse supérieure ils ne ménagent ni leurs personnages ni leurs lecteurs (la dernière partie du récit est menée à un rythme hallucinant). Un roman lu en quelques heures, impossible de le lâcher avant d’en connaître le dénouement. Mais au-delà du roman noir, l’on peut aussi retenir une formidable histoire d’amitié entre une enfant et sa chienne, même la petite touche fantastique apportée au récit ne fera pas tomber mon enthousiasme.

MON VERDICT
Coup de poing

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Publié par le 16 octobre 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] David Morrell – Premier Sang

AU MENU DU JOUR

Titre : Premier Sang
Auteur : David Morrell
Editeur : Gallmeister
Parution : 2013
Origine : USA (1972)
308 pages

De quoi ça cause ?

Rambo est un jeune vétéran de la guerre du Vietnam, un héros de guerre. Et pourtant quand il s’arrête dans la ville de Madison (Kentucky), le chef de la police, Wilfred Teasle, ne voit que son allure de vagabond et le conduit manu militari à la sortie de la ville. Mais Rambo revient sur ses pas, marre qu’on le traite comme un moins que rien ; si les flics veulent l’emmerder, alors ils devront se préparer à l’affronter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Rambo ! Le seul, l’unique…
Le film de Ted Kotcheff (sorti 1982) m’avait donné envie de découvrir le roman, il m’aura fallu patienter pas loin de 35 ans avant que l’occasion se présente enfin ; je n’allais certainement pas laisser passer le coche !

Ma chronique

C’est Belfond qui publiera la première traduction française du roman de David Morrell en 1983, trente ans plus tard Gallmeister prend le relais en proposant une traduction totalement révisée et actualisée.

Qui aujourd’hui ne connaît pas John Rambo ? Le cinéma en a fait une icône sous les traits de Sylvester Stallone (entre 1982 et 2008, quatre films mettront en scène les aventures de Rambo). Mais qui connaît véritablement Rambo (le prénom n’est jamais mentionné dans le roman), le personnage imaginé par David Morrell ?

Déjà en voyant le film (et d’autres films sur la guerre du Vietnam) j’avais été choqué par l’accueil réservé aux vétérans. Je ne me prononcerai pas sur la justification ou non du conflit à proprement parler, mais ces gars se sont battus au nom de leur pays, ils ont vécu un véritable enfer et bon nombre sont morts là-bas. La moindre des choses serait d’avoir un minimum de respect et de reconnaissance pour ce qu’ils sont : des soldats certes, mais aussi des hommes dont la plupart n’avaient pas idée du merdier dans lequel ils foutaient les pieds.

Dès les premières pages, j’ai été pris du même sentiment d’injustice, du coup mon empathie est allée directement vers le personnage de Rambo. S’il se montre plus vindicatif et impitoyable que dans le film (conformément à son entraînement, il frappe pour tuer), il est aussi (même si cela peut paraître paradoxal) plus humain, se livrant à de longues introspections, parfois sûr d’être dans son bon droit, mais pas forcément d’avoir fait le bon choix et loin d’être indestructible.

Si dans le film Teasle apparaît comme un plouc relativement basique, le roman lui rend davantage justice. En lui donnant voie au chapitre, en alternance avec Rambo, l’auteur permet au lecteur de mieux appréhender le personnage et ses motivations (pendant toute la première partie de la traque, qui verra de nombreux policiers mourir, il ignore à qu’il a à faire à un héros de guerre que l’armée a formé pour survivre et tuer). Non seulement cela pousse le lecteur à comprendre Teasle, mais ça fait surtout barrage à tout manichéisme (ni lui ni Rambo ne sont exempts de torts).

Rapidement la confrontation entre Rambo et le chef Teasle (lui-même vétéran de la guerre de Corée) va prendre une tournure personnelle, un duel à mort va s’engager entre les deux hommes. Deux hommes qui vont finir par se haïr sans toutefois pouvoir s’empêcher d’éprouver un réel respect l’un pour l’autre.

Je craignais que l’écriture ait pris un coup de vieux, mais, et je suppose que la nouvelle traduction y est pour beaucoup, il n’en est rien. Le récit vibre d’une rare intensité de la première à la dernière page. Pour un premier roman, on peut dire que l’auteur a placé la barre haut, très haut… du coup ça me donne envie de me pencher sur son travail.

Vous l’aurez compris, je vous encourage vivement à découvrir ce Premier Sang, surtout si vous avez vu le film. N’allez surtout pas croire que c’est juste un récit bourrin où on se flingue à tout va ; c’est violent, c’est noir, mais il y a aussi une réelle dimension humaine tout au long du roman.

Le roman est complété par un article écrit par David Morrell en 2000, Rambo et moi, un court essai dans lequel il nous explique comment est né le projet et quelles furent ses répercussions, non seulement pour lui-même, mais aussi pour tout un pan de la société américaine. Bien entendu il évoque aussi les adaptations cinématographiques autour de son personnage.

Pour ma part j’estime que le film de Ted Kotcheff est une réussite, certes moins sombre et plus optimiste que le roman (le but avoué étant bien entendu de cartonner au box-office) mais qui toutefois a préservé une réelle intensité dramatique.

Les suites, de par leur contexte, prennent une dimension plus politique et misent à fond sur l’action. A prendre pour ce qu’elles sont… Pour l’anecdote, David Morrell, a participé à la novélisation des films Rambo 2 et Rambo 3, de son propre aveu afin d’en enrichir le scénario.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 26 juillet 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Pierre Gaulon – La Brûlure Des Anges

AU MENU DU JOUR

P. Gaulon - La brûlure des anges

Titre : La Brûlure Des Anges
Auteur : Pierre Gaulon
Editeur : Fleur Sauvage
Parution : 2017
Origine : France
237 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’elle rentre d’une soirée, Louise est agressée par trois individus qui tentent de la violer. Un inconnu neutralise ses agresseurs et disparaît aussi vite qu’il est arrivé. La jeune femme n’aura de cesse de retrouver son mystérieux ange gardien. C’est alors qu’elle est contactée par Quentin, un jeune journaliste au chômage, qui est lui aussi sur la piste de son sauveteur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

L’éditeur : Fleur Sauvage
J’ai décidé de me pencher sérieusement sur le catalogue de ce modeste éditeur qui, jusqu’à ce jour, ne m’a réservé que de belles découvertes.

La couv’ : j’ai été intrigué par cette paire d’ailes rafistolées.
Associée au titre et au pitch, on obtient le trio gagnant pour achever de me convaincre de tenter l’aventure.

Ma chronique

Une fois de plus j’ai été bluffé par la ligne éditoriale de Fleur Sauvage, le roman de Pierre Gaulon s’inscrit dans la continuité des titres que j’ai déjà eu l’occasion de lire. Un thriller noir avec un soupçon (vraiment à minima) de fantastique servi par une intrigue maîtrisée du début à la fin.

L’intrigue tourne bien entendu autour de l’enquête de Louise et Quentin pour identifier et retrouver le fameux ange-gardien (même si Quentin ne partage pas forcément la même vision idyllique sur le personnage). Les deux jeunes l’ignorent encore, mais l’histoire ne démarre pas avec l’agression de Louise, il faut remonter vingt ans plus tôt (en 1996), pour en découvrir l’origine (au fil des chapitres, des flashbacks lèvent progressivement le voile du passé).

Pierre Gaulon saura vous faire douter, remettre en question vos certitudes avant de retourner complètement la situation. Vous comprendrez aisément que je ne souhaite pas m’étendre sur la question, je dirai juste que je n’ai rien vu venir.
L’auteur parvient aussi à insuffler une réelle personnalité à ses personnages, il nous plonge dans leur peau et nous fait vivre leurs émotions et leur ressenti. Il faut dire que Louise et Quentin ont des caractères plutôt affirmés, l’une marquée par sa récente agression, l’autre encore hanté par un lourd passif.

Concernant le mystérieux ange-gardien, j’avoue que j’ai rapidement fait le rapprochement entre les événements de 1996 et ceux de 2016. De fait j’ai fortement soupçonné son identité assez rapidement. Ce qui ne m’a en rien gâché le plaisir de la lecture, et surtout ne m’a pas épargné la surprise du twist final.

Un bémol ? Grrr, la fin ne rétablit pas la vérité… il n’y a qu’un personnage qui la connaisse et il/elle ne peut rien dire sans se compromettre. Mais bon c’est aussi une triste réalité dans la vraie vie, la vérité ne triomphe pas toujours face aux certitudes de la police et des médias…

MON VERDICT

Aparté technique

Si Fleur Sauvage joue pleinement le jeu du numérique force est de constater que techniquement parlant il y a encore des progrès à faire… Mais comme le dit fort justement le proverbe : c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Aussi j’essaie de faire dans la critique constructive.

Voici quelques défauts repérés :

Présence de lignes vides en fin de chapitre, parfois c’est juste une ou deux lignes, mais d’autres fois on se retrouve avec plusieurs dizaines de lignes vides.

Multiplication de styles redondants ou très semblables, après un nettoyage rapide la feuille de style CSS (et du code) compte encore 195 lignes (elle en comptait 775 à l’origine). Et encore, je suis sûr que l’on peut creuser et optimiser davantage la feuille de style.

Certes ça passe quasiment inaperçu pour la plupart des lecteurs, mais ça alourdit inutilement le code. Et puis il y a toujours des maniaques qui vont mettre le nez là où ils n’ont rien à y faire…

Autre coquille récurrente : il reste des mots coupés dans le texte (ex : complète-ment au lieu de complètement).

 
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Publié par le 24 juillet 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cédric Cham – Du Barbelé Sur Le Coeur

C. Cham - Du Barbelé Sur Le CoeurDésirant étendre mon exploration du catalogue de l’éditeur Fleur Sauvage (jusqu’alors je n’avais lu qu’une seule de leur auteure, Armelle Carbonnel), j’ai longuement hésité entre plusieurs titres qui me faisaient de l’oeil (I’ll be back… aucun doute là-dessus) avant de jeter mon dévolu sur Du Barbelé Sur Le Coeur de Cédric Cham.
Dris sort de prison après cinq années de détention pour trafic de stupéfiants, il est bien déterminé à rentrer dans le droit chemin et gagner sa vie honnêtement. Serge est en liberté surveillée après avoir purgé une peine pour viol sur mineure, lui aussi ne compte pas y retourner, mais il entend bien profiter à fond de sa liberté retrouvée…
Deux anciens taulards, pas franchement des enfants de choeur… le pari de l’auteur est de nous faire ressentir une réelle empathie pour au moins l’un d’eux (impossible pour le second, c’est une merde irrécupérable). Un défi osé, mais relevé haut la main.
Si Dris n’est pas un saint (et ne se pose jamais en victime) il représente le visage humain de la population carcérale. Ces gars qui font des conneries pour un tas de mauvaises raisons (il le reconnaît lui-même : « Ainsi, il tapa dans les stups. Non par goût, car en dehors de quelques joints fumés avec les potes, il ne consommait pas. Mais par calcul. Le bizness rapportait gros et finalement les risques n’étaient pas plus importants.« ), qui en paient le prix par un séjour plus ou moins long derrière les barreaux, mais qui une fois libérés se décarcassent vraiment pour s’en sortir. Ces gars sur qui le destin semble s’acharner à leur jouer des mauvais tours et leur foutre les bâtons dans les roues…
Serge lui est la face la plus obscure de cette même population carcérale : « Un putain de trappeur. Un enculé de pointeur. Une sous merde dans la chaîne alimentaire carcérale. » ! Des raclures qui ne méritent pas que le contribuable paie des impôts pour les envoyer en taule. Plutôt leur couper les couilles et les leur faire bouffer avant de leur coller un coup de surin dans le bide et de les laisser crever dans le caniveau… Au lieu de ça on leur offre des aménagements de peine, des aides en tout genre pour les réinsérer…
Je n’ai pas été surpris d’apprendre que Cédric Cham travaillait dans l’administration pénitentiaire, on sent qu’il maîtrise le jargon et les procédures. Et bien entendu cela contribue grandement à ancrer son roman dans la réalité.
Un polar noir, très noir, mais aussi tristement réaliste et sociétal. Un roman qui vous prendra instantanément aux tripes et vous les vrillera jusqu’à la toute dernière page. Et quand vous le lâcherez enfin ce sera quasiment KO debout. Un coup de poing dans la gueule magistral, superbement écrit (la plume de l’auteur est sans concession, percutante et bouleversante à la fois) et incontestablement un coup de coeur. Un sans-faute du début à la fin (et putain de fin ! KO debout, j’vous dis).
Je m’attendais à du lourd de par certaines critiques très enthousiastes lues sur Babelio et la blogosphère, notamment celle de Loley, on peut dire que j’ai été généreusement servi. Un grand merci à Cédric Cham et à Fleur Sauvage, pour ce moment d’intense lecture. Nul doute que d’autres occasions de mettre en avant cette maison d’édition se présenteront très vite. Quant à l’auteur, j’ai d’ores et déjà son premier roman, La Promesse, en stock.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 10 juillet 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Ian McEwan – Dans Une Coque De Noix

I. McEwan - Dans une coque de noixUn invité surprise au menu du jour, je suis en effet par le plus grand des hasards sur le roman de Ian McEwan, Dans Une Coque De Noix. Jamais entendu parler de ce titre, auteur qui m’est inconnu, mais un pitch qui a fait immédiatement mouche. Faible créature que je suis, je n’ai pu résister à la tentation…
Lorsque le narrateur découvre que sa mère complote avec son amant en vue d’éliminer le mari cocu (et donc le père du narrateur), il décide de tout mettre en oeuvre pour faire échouer ce sinistre plan. Circonstance aggravante, l’amant n’est autre que le frère du mari (et donc l’oncle du narrateur). Mais le narrateur est un foetus encore dans le ventre de sa mère, pas facile dans ces conditions d’interagir sur les événements et les individus…
Ian McEwan nous livre un court (224 pages dans sa version papier) roman noir qui ne manque ni d’humour (tout aussi noir cela va de soi), ni d’originalité (revisiter Hamlet en version in utero, il fallait oser… et en plus l’auteur y ajoute une bonne couche de vaudeville).
Le moins que l’on puisse dire c’est que la plume de l’auteur est un pur délice pour les amateurs de jolies phrases. Que ce soit par la richesse de son vocabulaire ou la qualité de ses tournures de phrases, c’est clairement un roman qui se déguste plus qu’il ne s’engloutit.
Mais… car il y a un mais, comme bien souvent. A force d’user (et d’abuser) de périphrases, la narration perd de son naturel ; dommage pour un récit écrit à la première personne. C’est vrai que le narrateur en question est un foetus à quelques semaines de sa naissance, bien malin celui ou celle qui pourra affirmer ce qui passe par la tête de ces petites choses.
Outre sa préoccupation du moment, qui consiste à éviter que son père ne soit trucidé tout en préservant l’intégrité physique (pour l’intégrité morale c’est trop tard vu qu’elle se tape déjà Tonton Claude) de sa mère, notre jeune narrateur ne manque pas de bon sens quand il juge ses contemporains ou plus généralement la société et le monde. Un bon sens non dénué de sens critique et d’une once de causticité.
Une once ça pèse pas bien lourd (un peu plus de 28 grammes), et c’est bien là que se placera mon second bémol. Si je ne peux nier avoir passé un bon moment en compagnie de ce bouquin j’espérais plus de causticité dans le ton et un humour encore plus noir, bref un truc plus percutant.
Une lecture agréable tant par la forme que par le fond, originale, bien construite, mais avec un peu trop retenue à mon goût.

MON VERDICT

 
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Publié par le 5 mai 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Hervé Le Corre – Prendre Les Loups Pour Des Chiens

H. Le Corre - Prendre Les Loups Pour Des ChiensAu hasard des sorties littéraires j’aime, de temps en temps, oser la découverte. En l’occurrence c’est la première fois que je lis un roman de Hervé Le Corre, et tant qu’à faire autant commencer par la fin avec Prendre Les Loups Pour Des Chiens.
A sa sortie de prison, Franck espère que c’est son frère, Fabien, qui viendra le chercher mais c’est Jessica qui se présente, une jeune femme amie de Fabien. Elle l’informe que Fabien est en Espagne pour quelques jours, ils l’attendront dans la ferme des parents de Jessica…
Dès le départ on a envie de gueuler à Franck de se tirer d’ici, de mettre le plus de distance possible entre lui et cette famille de dégénérés. Tout là-bas pue les emmerdes à plein nez, mais pourtant Franck reste et s’implique même dans les affaires de Jessica et ses parents.
Jessica, bipolaire par excellence et pétasse de première, la beauté empoisonnée qui vous fera une pipe le matin au réveil mais voudra vous arracher les yeux avec les ongles le soir au coucher. Ses sautes d’humeur mettront vos nerfs à rude épreuve, plus d’une fois vous aurez envie de lui exposer la tronche à grands coups de clé à molette.
Puis il y a les Vieux, les parents, taciturnes et aigris, même si la vie semble n’avoir plus rien à leur apporter (à part des emmerdes supplémentaires) il s’y accrochent… Et nous pauvres lecteurs contraint de les subir crevons d’envie de couper la branche à laquelle ils se raccrochent.
Heureusement il y a Rachel, la fille de Jessica, une gamine mutique qui semble en avoir beaucoup (trop) vu et subi. On ne peut que s’attacher à cette gamine, on a envie de la prendre dans nos bras et de l’emmener loin, très loin, de ses trois timbrés que sont sa mère et ses grands-parents.
La plume d’Hervé Le Corre est d’une redoutable efficacité quand il s’agit de restituer l’ambiance oppressante qui règne autour de cette famille. On sent le poids des secrets, les non-dits sont presque aussi importants que le su et le vu. Rien à redire l’écriture est remarquable, on ne peut que succomber à ses charmes.
Mais cela ne m’empêche pas de refermer le bouquin avec un sentiment mitigé. Je n’ai pas vraiment réussi à m’embarquer dans l’intrigue (peut être parce que j’en avais deviné les grandes lignes très rapidement). Du coup j’ai maintenu une espèce de distance de sécurité entre le récit et mes émotions, sans jamais réussir à briser cette frontière invisible.
Une intrigue qui tourne en mode diesel, il faut du temps (beaucoup de temps) pour chauffer le terrain mais une fois que les choses se mettent en branle l’accélération est supersonique ! Je reconnais volontiers que globalement l’intrigue est bien construite mais a aucun moment je n’ai été réellement surpris par la tournure prise par les événements.
Au final je dirai que j’ai passé un très bon moment sur la forme (la plume de l’auteur) mais sans jamais être totalement emballé par le fond (l’intrigue). Peut être que j’ai raté le coche sur ce coup, le fait est que l’étincelle ne s’est pas produite entre ce bouquin et moi.
Toutefois la qualité de l’écriture de Hervé Le Corre m’encourage à persévérer dans la découverte de son univers littéraire.

MON VERDICT
jd3

 
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Publié par le 6 février 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Marin Ledun – En Douce

M. Ledun - En douceAvant dernière étape de mon escapade entre les pages du catalogue des éditions Ombres Noires, mon choix s’est porté sur Marin Ledun et son dernier roman, En Douce.
14 juillet 2015. Simon est convaincu qu’il va passer une soirée d’enfer, il a en effet emballé une nana canon qui est très très entreprenante. Elle le persuade (sans mal) de la suivre dans son mobil-home, elle se déshabille et… lui tire une balle dans la jambe avant de le séquestrer. Pour Emilie l’heure de la vengeance a sonné, et elle compte bien en savourer chaque instant…
C’est le premier roman de Marin Ledun que je lis, et je peux d’ores et déjà affirmer que ça ne sera pas le dernier.
Un récit relativement court (250 pages) mais d’une intensité qui ne se relâche jamais. Emilie avait tout pour être heureuse jusqu’à une journée d’avril 2011 où un violent accident de la route lui vaudra d’être amputée de la jambe gauche. Pour la jeune femme il ne fait nul doute que l’unique responsable de son état et de toutes les merdes qui ont suivies est le conducteur du pick-up qui a percuté sa voiture : Simon. Marin Ledun nous plonge dans les méandres de l’esprit (tourmenté) d’Emilie en adoptant un récit à la troisième personne. Un regard extérieur sur une vue de l’intérieur, vous me suivez ? Ca tombe bien, moi non plus.
Un quasi huis-clos entre Mélanie et Simon, ponctué par les souvenirs de la jeune femme mais surtout une lutte intérieure entre ses certitudes qui deviennent des doutes avant de redevenir avec encore plus de force des certitudes. Surtout se persuader que si Emilie a tout raté c’est de la faute de Simon, pas seulement lui mais aussi la faute de tous les autres, et de la société aussi tant qu’on y est. Et elle ? N’aurait-elle pas aussi sa part de responsabilité ? Non ! Si ? Peut être.
Le flot des pensées d’Emilie n’est pas un long fleuve tranquille mais plutôt un torrent déchaîné tout en courants et contre-courants, en proie à bien des tourbillons. Et maintenant que Simon est à sa portée, que faire de lui ? Là encore elle est torturée par les contradictions, d’abord elle lui tire une balle dans la guibolle, ensuite elle se démène pour que la blessure se soigne au mieux (avec les moyens du bord). Et nous, pauvres lecteurs, sommes bringuebalés au gré de ses humeurs. Jusqu’au bout on se demandera comment tout ça va finir, de plus en plus convaincu qu’il la fin risque d’être des plus brutales. Et ? Et puis quoi encore ?
Que penser d’Emilie ? Au fil de ses humeurs on a parfois envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter, et d’autre fois c’est l’envie de lui mettre des claques qui l’emportera. Personnellement j’ai surtout eu envie de lui dire d’avoir plus de considération pour elle, de se sortir les doigts du cul et de prendre sa vie et son destin en mains (après se les être lavées). Si tu ne veux pas de la pitié des autres, commence par cesser de t’auto-apitoyer ; jouer les Caliméro ne dure qu’un temps.
Un roman noir intensément psychologique ponctué par une critique sociale bien sentie (même si Emilie rejette la responsabilité de sa situation sur les autres et sur la société, tout ce qu’elle en pense n’est pas forcément dénué de bon sens).

MON VERDICT
jd4

 
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Publié par le 16 décembre 2016 dans Bouquins

 

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