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Archives de Tag: Roman noir

[BOUQUIN] Sarah Elaine Smith – Marilou est Partout

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S.E. Smith - Marilou est partout
Titre : Marilou Est Partout
Auteur : Sarah Elaine Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2019)
470 pages

De quoi ça cause ?

Cindy, 14 ans, est une gamine livrée à elle-même qui vit, en l’absence prolongée de leur mère, avec ses deux frères ainés dans un bled paumé de Pennsylvanie.

Quand Jude, la fille d’une voisine, disparaît, Cindy va peu à peu entrer dans la vie de sa mère, Bernadette, jusqu’à prendre la place de Jude et espérer, enfin, mener une vie meilleure que la sienne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, même si je savais que, avec ce roman, je ne devais pas m’attendre à un thriller boosté à l’adrénaline.

Ma Chronique

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en attaquant ce roman, mais, label Sonatine oblige, je partais plutôt confiant.

Le moins que l’on puisse dire c’est que pour un premier roman Sarah Elaine Smith ose s’aventurer hors des sentiers battus ; Marilou Est Partout s’impose d’emblée comme un bouquin semblable à nul autre. Tout dans ce roman contribue à lui conférer un petit quelque chose d’unique, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur…

Je serai tenté de dire que ce roman est un bouquin qui se mérite, l’auteure use en effet d’un style très particulier qui demande une phase d’adaptation pour être dégusté à sa juste valeur. À ce titre je tire mon chapeau à Héloïse Esquié, la traductrice, ça n’a pas toujours dû être simple de trouver les bonnes figures de style pour restituer au mieux les pensées parfois très absconses de Cindy, la jeune héroïne du roman.

Le récit est à la première personne, c’est donc Cindy qui vous raconte son « imposture » et vous invite à suivre le fil (décousu) de ses pensées. Une ado un peu sauvage, livrée à elle-même, qui vit dans une baraque à la limite de l’insalubre avec ses deux frères tandis que la mère s’est carapatée une énième fois.

Autant elle peut être complice avec Virgil, l’ainé, autant sa relation avec Clinton est plus houleuse ; sans jamais y mettre les mots, l’auteure suggère fortement des gestes inappropriés et/ou un comportement déplacé du garçon (ou à tout le moins ressentis comme tels par Cindy). Avec le même art subtil du non-dit, on devine qui Virgil soupçonne quelque chose.

C’est sans doute la raison pour laquelle c’est Virgil qui suggérera à Cindy de se rapprocher de Bernadette afin de veiller sur elle. Il faut dire que Bernadette a parfois (souvent) la mémoire qui flanche, la disparition de sa fille a certainement contribué à la fragiliser et une consommation d’alcool immodérée termine de fertiliser un terrain déjà propice aux « absences ».

Cindy quant à elle poussera le rapprochement à l’extrême et profitera, sans réelle intention de nuire à quiconque, de la fragilité de Bernadette pour se substituer à Jude. Dans la peau de Jude, elle va trouver une place qu’elle ne parvient pas à trouver en étant elle-même… et tant pis si cet épanouissement de façade est biaisé par l’état de Bernadette.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de classer ce roman dans un genre en particulier. C’est à la fois un drame familial et un roman noir, avec une dimension psychologique prépondérante. Pas d’action débridée et pourtant, une fois pris par la narration de Cindy, il devient quasiment impossible de lâcher le bouquin… même si parfois la lecture pourra s’avérer éprouvante, voire dérangeante.

En donnant voix Cindy, Sarah Elaine Smith empêche le lecteur de porter un jugement tranché sur le comportement de sa jeune héroïne, sa candeur et son innocence venant contrebalancer l’amoralité de ses actes.

Finalement ce bouquin propose une expérience de lecture assez unique en son genre, ne serait-ce que pour ça, il mérite que l’on s’y attarde… sans perdre de vue toutefois qu’il exigera de vous un certain investissement personnel afin de dompter un style tout aussi unique en son genre.

MON VERDICT

 
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Publié par le 15 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Oyinkan Braithwaite – Ma Sœur, Serial Killeuse

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O. Braithwaite - Ma sœur, serial killeuse
Titre : Ma Sœur, Serial Killeuse
Auteur : Oyinkan Braithwaite
Éditeur : Delcourt
Parution : 2019
Origine : Nigéria (2018)
244 pages

De quoi ça cause ?

Korede, infirmière à Lagos, n’a pas son pareil pour nettoyer une scène de crime. Il faut dire qu’avec Ayoola, sa sœur cadette, c’est un talent des plus utiles ! En effet elle a déjà tué ses deux précédents mecs.

Aussi Korede n’est pas vraiment surprise quand sa sœur l’appelle pour lui demander son aide, elle vient de trucider Femi, son mec du moment. « Avec Femi, ça fait trois, vous savez. Et à trois, on vous catalogue tueur en série. »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que juste le visuel dans son ensemble (titre et design de la couv’) m’a fait gravement kiffer !

J’étais complètement passé à côté de ce bouquin au moment de sa sortie ; c’est au fil de mes errances sur le web, à la recherche de nouvelles lectures (malgré un Stock à Lire Numérique d’ores et déjà insurmontable), que j’ai croisé sa route.

Le pitch du bouquin n’a fait qu’attiser davantage ma curiosité et mon envie. Pauvre pécheur que je suis, je n’ai pu résister à l’appel du Malin et suis entré en tentation sans cacher mon impatience de goûter au fruit défendu…

Ma Chronique

J’avoue sans le moindre complexe que je suis profane en matière de littérature africaine, à part peut-être un ou deux auteurs d’Afrique du Sud, le reste du continent reste pour moi terra incognita. Ce n’est pas que j’ai un quelconque a priori vis-à-vis de la littérature africaine, juste que l’occasion ne s’est pas présentée. Peut-être qu’Oyinkan Braithwaite me donnera l’envie de partir à la découverte de cet univers qui m’est encore étranger…

Le fait est que pour un premier roman, l’auteure ose s’écarter des sentiers battus et nous offre un récit aussi original que dépaysant. Oyinkan Braithwaite profite en effet de son intrigue pour pointer du doigt les travers de la société nigériane (corruption, place de la femme dans la famille et dans la société en général…).

Le récit est à la première personne, c’est Korede qui nous raconte son histoire. Pas uniquement le parcours criminel de sa cadette, elle nous éclaire aussi sur la vie de sa famille (trois femmes qui ont longtemps été sous l’emprise d’un mari et père aussi charismatique que tyrannique) et sa vie professionnelle.

Korede va rapidement (et on s’en doutait un peu) se retrouver écartelée entre l’envie (sa mission, voire son sacerdoce) de couvrir sa sœur, et celle de protéger l’homme qu’elle aime (même s’il n’a d’yeux que pour la beauté vénéneuse d’Ayoola).

Autant le personnage de Korede nous apparaît comme posé et sérieux, autant Ayoola n’est qu’insouciance, superficialité et apparences. Éternel conflit opposant l’être et le paraître, malheureusement le paraître est souvent bien plus attrayant, tant pis si on réalise trop tard qu’il n’était qu’un miroir aux alouettes.

Le style et la construction du roman permettent de le lire quasiment d’une traite, l’auteure joue souvent la carte de l’humour (noir) et maîtrise son intrigue du début à la fin. J’ai passé un agréable moment, mais j’avoue que j’espérais quelque chose de plus décalé, plus barré, plus déjanté.

MON VERDICT

 
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Publié par le 9 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Noël Boudou – Benzos

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N. Boudou - Benzos

Titre : Benzos
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
222 pages

De quoi ça cause ?

Nick souffre d’insomnies chroniques, pour y remédier il se gave de somnifères. Il va pourtant falloir qu’il assure pour accueillir un couple d’amis venus passer quelques jours de vacances chez lui. D’autant que Chloé, sa femme, ne pourra lui prêter main forte, elle est en effet en déplacement professionnel.

Les vacances vont rapidement tourner au cauchemar pour Nick, moins il comprend ce qui lui arrive, plus il gobe ses précieux cachetons…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Noël Boudou. Son premier roman, Elijah, m’avait emballé par sa noirceur et sa violence… mais pas que !

Parce que Joël, des éditions Taurnada, m’a gentiment proposé de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 novembre). Une offre pareille, ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée. Et leur impressionnant catalogue, qui n’en finit pas de me surprendre par ses nombreuses pépites.

Noël Boudou fait partie de ces auteurs qui frappent fort d’entrée de jeu, en 2017 son premier roman, Elijah, m’avait littéralement laissé sur le cul. Une véritable perle de noir et de violence mais aussi de lumière et d’espoir.

Un premier roman qui place la barre très haut c’est un sacré challenge pour le second (et les suivants). Forcément le lecteur attend le même niveau, voire même un cran au-dessus ; d’autant plus qu’il ne sera pas aussi indulgent que pour un premier roman. Il n’empêche que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans Benzos (oui, oui, je parlais de moi à la troisième personne dans la phrase précédente… syndrome de Jules César ?).

Vous aurez peut-être deviné que le titre fait référence aux benzodiazépines (BZD pour les intimes) qui sont les principes actifs de bon nombre de somnifères et autres anxiolytiques. En l’occurrence ce sont les cachetons que Nick consomme comme des friandises :

Je pourrais chercher des solutions concrètes, affronter mes problèmes comme un homme, seulement voilà, je suis totalement accro à cette merde. Le premier réflexe de mon corps à la moindre petite contrariété : avaler un comprimé ou deux ou trois. Je suis tellement habitué à cette réaction que mes besoins sont automatiquement calculés par mon organisme. Il me réclame la dose nécessaire à m’apaiser en fonction du dilemme auquel je suis confronté.

Avec Benzos l’auteur change son fusil d’épaule, si l’intrigue reste bien noire on est davantage dans le thriller psychologique que dans l’hyper-violence. Pour nous faire vivre son intrigue, Noël nous invite dans la tête de Nick (autant vous prévenir de suite, un voyage dans la tête d’un accro aux BZD n’est pas de tout repos) avec un récit à la première personne.

J’ai été happé par l’histoire (machiavélique à souhait) dès les premières pages, pris par une soudaine frénésie de lecture qui flirtait allègrement avec la boulimie ! D’ailleurs je n’exagérerai pas en disant que j’ai littéralement dévoré le roman de Noël Boudou, dégusté et digéré d’une traite ! Apprécié surtout, adoré même.

Bon d’accord il n’y a qu’un peu plus de 200 pages à lire mais je vous assure que l’intensité est présente de la première à la dernière page. La tension va crescendo et ce rythme endiablé ne connaît aucun répit. Comme dans Elijah l’auteur opte pour un style direct, sans fioritures ni chichis ; il nous assène les faits comme autant de coups de fouet, ou de coups de poing dans la tronche (à vous de choisir votre sévices favori).

Si Nick se pose beaucoup de questions (et ce ne sont pas les raisons de s’en poser qui manquent, surtout avec son esprit en permanence embrumé par les médocs, l’alcool et la beuh), je me suis pour ma part rapidement fait une idée assez précise de ce qui se tramait (et même du pourquoi de la chose). Idée qui s’avérera juste, ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la dérive de Nick et surtout d’être totalement abasourdi par le dénouement.

De mon côté j’ai bien quelques questions en suspens concernant La Mort et Jean-Yves, mais ça ne m’empêchera pas de dormir et surtout ça n’influera en rien sur ma note finale.

Pour les cachetons et les pétards, je passe mon tour ; par contre pour le Jack Daniel’s je suis toujours partant (scout toujours prêt), plus encore avec en fond sonore un bon gros son Métal qui tabasse.

Noël si jamais tu passes par Nouméa mon invitation à partager un (et plus si affinités) Jack est toujours de rigueur. En la matière je suis comme Nick :

Moi, j’ai l’alcool généreux, la cuite abondante, quand je picole, seul ou accompagné, j’ai la main lourde.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 30 octobre 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

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I. Desesquelles - UnPur
Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Été 1976, alors qu’il est en vacances à Venise avec son frère jumeau, Julien, et leur mère, Clarice, Benjamin, 8 ans, est enlevé.

C’est trente ans plus tard que Benjamin refera surface, sur le banc des accusés, alors que s’ouvre son procès, mais aussi, et surtout celui de son ravisseur.

Il lui faudra huit années de plus avant qu’il accepte de reparler, pour la première fois depuis son enlèvement, à son frère, Julien. Déterminé à tout lui raconter, même ce qu’il n’a pas dit au tribunal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au fil de mes errances sur Net Galley, j’ai d’abord été intrigué par le titre et la couverture du roman, un coup d’oeil à la quatrième de couv’ a achevé de mettre en alerte ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. L’occasion de découvrir ce roman en avant-première ; j’ai attendu la parution (format papier) du bouquin avant de publier ma chronique, car tel était le souhait exprimé par l’éditeur (sachant que le roman a fait l’objet d’une masse critique sur Babelio et avait donc déjà de nombreux retours en ligne avant qu’il ne soit publié).

Si Isabelle Desesquelles n’en est pas à son coup d’essai, j’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas l’auteure. Pour une découverte le moins que l’on puisse dire c’est que je commence avec du lourd, du très lourd…

Le jeu de mots ambigu sur le titre ne vous aura certainement pas échappé, faut-il l’interpréter comme Un Pur ou Impur ? C’est la question qui viendra tarauder le lecteur au fur et à mesure qu’il découvrira le témoignage de Benjamin. Nul ne contestera le fait que Benjamin ait été avant tout une victime qui a perdu son enfance et son innocence entre les griffes d’un prédateur sexuel ; c’est la suite des événements qui interrogera et tourmentera le lecteur.

Isabelle Desesquelles aborde un sujet à la fois glauque, délicat et sérieux, dire qu’elle s’aventure en terrain glissant serait une litote tant une mauvaise approche de la question pourrait transformer le bourbier en véritable merdier. Un sacré challenge que de trouver à la fois la forme et le ton les plus adaptés au traitement d’un tel sujet.

Mais avant de vous parler du contenu, j’aimerai aborder le contenant, à savoir la couverture du roman. Rien de franchement transcendant me direz-vous ; et bien détrompez-vous, elle prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin.

Sur la forme l’auteure opte pour le témoignage et donc un récit à la première personne (presque exclusivement consacré à la confession de Benjamin). Je serai tenté de dire que c’est encore la meilleure façon d’aborder de front le parcours de Benjamin.

Je conçois volontiers que de prime abord le ton choisi puisse paraître impersonnel et détaché des événements et que cela puisse déconcerter certains lecteurs. Mais il faut aller au-delà des mots et des phrases pour apprécier le récit dans toute sa ténébreuse singularité.

Isabelle Desesquelles nous raconte l’insoutenable sans sombrer dans les descriptions outrancières ou le sentimentalisme exacerbé, mais sans chercher à se voiler la face ou à nous cacher la vérité dans toute sa noirceur. Elle joue sur les tournures de phrases avec des images courtes, mais percutantes, telles que « On n’est pas ravi d’être enlevé« , ou encore « Et j’apprends qu’en comblant un trou, on enterre un enfant » sans oublier le « sang blanc » qui vient souiller Benjamin chaque fois que le « fusil » se décharge en lui. Des images qui nous renvoient les faits bruts de décoffrage en pleine gueule !

Un roman court, mais dont se dégage une rare intensité, à la fois d’une absolue noirceur, mais pas totalement désespéré. Une lecture éprouvante et parfois même dérangeante, mais dont vous aurez un mal fou à vous détacher, non par voyeurisme malsain, juste pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’ai en effet mentionné précédemment une interrogation qui n’aura de cesse de turlupiner le lecteur, ne comptez pas sur moi pour vous apporter des éléments de réponse ; je dirai simplement que le choix de l’auteure est plutôt judicieux sur ce point.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent, tant sur le fond que sur la forme.

Pour l’anecdote le fichier numérique reçu via Net Galley porte la mention « Épreuves non corrigées » ; si je n’ai relevé aucune coquille rédhibitoire à la lecture du roman, j’ai toutefois retravaillé l’epub afin d’en améliorer la lisibilité (ne serait-ce que par un redécoupage de certains fichiers constituant le roman et l’intégration d’une table des matières). Vous me connaissez, je suis un tantinet maniaque !

MON VERDICT
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Publié par le 22 août 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Lorraine Letournel Laloue – HS 7244

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L. Letournel - HS 7244
Titre : HS 7244
Auteur : Lorraine Letournel Laloue
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Marius espérait faire le voyage de ses rêves avec ce séjour en Russie en compagnie de sa moitié, l’amour de sa vie, Camille. Sauf qu’un matin, Marius va se réveiller dans une cellule crasseuse, prisonnier dans un camp qui va se révéler être une véritable antichambre de l’Enfer.

Pourquoi a-t-il été fait prisonnier ? Qui sont ses geôliers / tortionnaires ? Où est Camille ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est un peu par hasard, en panne d’inspiration en visitant Net Galley, que j’ai découvert ce roman. Le titre m’a intrigué, puis la couv’ à la fois sobre et sombre m’a tapé dans l’œil, enfin la quatrième de couv’ a enfoncé le clou de la curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je dirai simplement : âmes sensibles s’abstenir. Le bouquin est terriblement violent, glauque et désespéré ; Lorraine Letournel Laloue n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs. Cette violence n’est toutefois pas gratuite, elle est mise au service d’une cause juste, pour pointer du doigt et dénoncer une situation amorale et abjecte.

Pour son premier roman, l’auteure ose un choix audacieux, engagé et assumé. Si son roman reste une oeuvre de fiction, elle s’inspire toutefois de faits réels (attention à ne pas confondre s’inspirer de faits réels et relater des faits réels). Si l’auteure révèle assez tard dans son récit le pourquoi de ces persécutions en tout genre (violences physiques et psychologiques, humiliations et privations en tout genre), il n’est toutefois pas difficile de se faire une idée de la chose quand on sait que l’intrigue se déroule en Tchétchénie de nos jours.

Alors : noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Oui et non.

Oui, parce que l’auteure nous propulse au cœur de l’horreur dans ce que l’humanité peut avoir de plus odieux et abominable ; incontestablement un roman d’une absolue noirceur qui vous broiera le cœur et vous vrillera les tripes.

Non, parce que même plongé dans le pire des cauchemars les victimes se serrent les coudes et se soutiennent mutuellement. Autant les bourreaux sont dépeints comme des monstres déshumanisés, autant les victimes dégagent une formidable humanité, dans ce qu’elle a de meilleur cette fois.

Une lecture coup-de-poing qui nous fait relativiser nos petits tracas du quotidien et apprécier de vivre dans le pays des droits de l’homme (même si tout n’est pas parfait, loin s’en faut). Un roman qui, dans toute son horreur, est aussi une ode à la liberté et à la tolérance.

Un premier roman osé, mais redoutablement efficace. Au risque de me répéter, je conclurai ma présente chronique en vous invitant à le lire, même si l’exercice se révélera parfois éprouvant moralement et nerveusement, mais c’est pour la bonne cause.

Je tire mon chapeau (que je ne porte pas) à Lorraine Letournel Laloue qui s’impose d’entrée de jeu dans la cour des grands du roman noir francophone.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 5 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jonathan Theroude – Terminus

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J. Theroude - Terminus
Titre : Terminus
Auteur : Jonathan Theroude
Éditeur : Éditions Nouvelle Bibliothèque
Parution : 2018
Origine : France
221 pages

De quoi ça cause ?

Vincent Kaplan avait tout pour être heureux… puis il a tout foutu en l’air, bêtement.

Une erreur et ses conséquences qu’il a voulu noyer dans l’alcool, encore et encore… Mais aujourd’hui, après quinze années d’errance, il est déterminé à se reprendre en main…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de vous paraître bizarre, je dirai que je n’en sais rien… J’ai choisi ce bouquin à l’instinct, sans vraiment savoir de quoi il parlait.

La couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe, ça fait mal) avec son gars qui pénètre dans un tunnel dont on ne voit pas l’issue. Faut il y voir une métaphore avec la mort et sa fameuse lumière blanche si l’on en croit les témoignages post EMI (Expériences de Mort Imminente) ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Nouvelle Bibliothèque et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma demande.

Le bouquin reçu étant au format PDF j’ai d’abord été tenté de ne pas le lire. Finalement j’ai remonté mes manches, pris mon courage à deux mains et… créé une version epub maison. Du coup plus rien ne s’opposait à ce que je lise ce bouquin sollicité sur un coup de tête.

Un bouquin classé dans la catégorie thriller, mais je serai plutôt tenté de dire que c’est un roman noir qui décrit le parcours tristement ordinaire d’un homme tout aussi ordinaire. Un gars qui avait tout pour être heureux (vu de l’extérieur en tout cas), qui fout tout en l’air sur une connerie (une erreur certes banale, mais ça n’en reste pas moins une grosse connerie) et pense trouver refuge dans l’alcool ; la spirale infernale de l’alcoolisme fera le reste (sur ce point il n’a pas encore complètement touché le fond, il a encore un job et un appart).

Sans forcément éprouver une quelconque empathie pour le personnage de Vincent Kaplan (qui reste un concentré d’égocentrisme pendant la quasi-totalité du roman), je n’ai pas pour autant eu envie de le clouer au pilori. Comme dirait l’autre (le punaisé sur sa croix) : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! ».

Les chapitres alternent entre le présent (Vincent Kaplan trouve une planche de salut au sein d’une cellule des Alcooliques Anonymes) et les flashbacks qui nous font revivre son ascension et sa dégringolade. Il est alors facile de se dire « bien fait pour sa gueule » (nul besoin de sortir de Normale Sup’ pour deviner la nature de son erreur), pour ma part j’ai préféré m’attacher à ses efforts pour s’en sortir.

Mon terme « parcours ordinaire » ne s’adresse heureusement pas à tout le monde, je cible plutôt ceux et celles (mesdames vous n’êtes pas à l’abri d’une connerie) qui ratent le coche à un instant T et espèrent que l’alcool leur fera oublier leur erreur et ses conséquences. Il n’en reste pas moins que les derniers chapitres vont brutalement extraire Vincent Kaplan de cette « normalité ». Je ne saurai dire exactement pourquoi et comment, mais j’ai senti venir ce choc final (sans doute au nom de la fameuse Loi de l’Emmerdement Maximum qui affirme que tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal).

Soit dit en passant j’ai trouvé le personnage de Marie, la fille de Vincent, pas forcément très bien lotie dans son traitement. La nana est tout de même un tantinet parano au niveau de sa relation à autrui, et pas franchement futée (quelle idée de s’endormir lors d’un trajet si tu ne descends pas au terminus). J’dis ça, j’dis rien…

Un coup de tête qui se solde par une agréable surprise, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin ; la preuve, je l’ai dévoré quasiment d’une traite.

MON VERDICT

 
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Publié par le 25 janvier 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Adeline Dieudonné – La Vraie Vie

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A. Dieudonné - La vraie vie
Titre : La Vraie Vie
Auteur : Adeline Dieudonné
Éditeur : L’Iconoclaste
Parution : 2018
Origine : Belgique
265 pages

De quoi ça cause ?

Une adolescente (la narratrice) et son petit frère, Gilles, vivent une vie insouciante entre une mère qui semble avoir renoncé à tout et un père colérique et violent.

La vie des enfants va basculer suite à un tragique accident. Profondément marqué, Gilles se renferme sur lui même, renonçant ainsi à l’innocence et l’insouciance de l’enfance. Sa sœur va remuer ciel et terre pour sortir son petit frère des ténèbres dans lesquels il semble s’enfoncer chaque jour davantage…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il fait partie de ces titres injustement oubliés de la rentrée littéraire 2018 que je m’étais promis de lire… Dans les semaines à venir, il va y en avoir d’autres dans la même situation.

Ma Chronique

Au départ c’est la couv’ qui m’a attiré, non qu’elle soit particulièrement belle (ni particulièrement moche) ; elle m’a intrigué plus qu’autre chose. Il ne faut pas grand-chose pour déclencher l’envie d’ouvrir un bouquin…

Mais un visuel alléchant ne fait tout… Malgré les réactions quasi unanimement enthousiastes sur le web (Babelio et blog litt’), j’ai maintes fois remisé ce bouquin dans mon Stock à Lire Numérique avant d’en choisir un autre. Pourquoi donc me demanderez-vous (à moins que vous ne vous foutiez comme de l’an mil de ce que je vous raconte) ? Disons que le pitch ne m’attirait pas outre mesure et que j’ai tendance à me méfier des trucs qui font l’unanimité (en bien comme en mal) ; grosso modo je craignais un bouquin très bien écrit, mais dans lequel il ne se passe pas grand-chose…

Monumentale erreur comme dirait l’autre ; je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître… cherchez pas, Aznavour n’a jamais chanté Monumentale erreur ! C’est la réplique favorite de Jack Slater, incarné par Arnold Schwarzenegger, dans le film Last Action Hero (John McTiernan – 1993).

Mais revenons à nos moutonsse (référence cette fois à la pièce Topaze de Marcel Pagnol) et cessons sur le champ ces futiles digressions…

Les premières pages nous décrivent en effet le quotidien des enfants, une vie d’enfants dans un monde d’enfants, une vie normale quoi (pas facile à instaurer quand on doit subir des parents tels que les leurs). Et v’là t’y pas qu’un jour comme un autre, le frère et la sœur sont témoins d’un accident bête, tragique, explosif, sanglant… Réfléchissez bien la prochaine que vous commanderez une glace, un geste innocent et banal peut être lourd de conséquences ! J’dis ça, j’dis rien ; mais quand même…

Le pivot du roman est cette famille pas vraiment comme les autres (heureusement), deux enfants quasiment livrés à eux-mêmes ; entre une mère qui vit et subit dans son monde à elle sans jamais protester (une amibe comme se plait à la décrire la jeune narratrice), et un père froid, autoritaire, colérique et violent (et accessoirement chasseur/tueur et collectionneur de trophées de chasse).

Ah ce père… Comme j’ai adoré le détester, de la première à la dernière page du roman, ça a été littéralement viscéral, à chacune de ses apparitions j’ai eu des envies de meurtre ! Et de préférence avec une mise à mort lente et douloureuse ! Une pourriture abjecte et amorale, un pur concentré de jus de merde, avec la pulpe !

Pas vraiment de haine contre la mère, plutôt une colère sourde à l’encontre de ses renonciations et de sa résignation ; une méchante envie de la secouer et de lui gueuler de se sortir les doigts du cul !

J’avoue sans honte que parfois j’ai aussi eu envie de botter le cul du frangin. J’y peux rien, mais quand on touche aux animaux mes instincts les plus primaires remontent à la surface ; présentement le coup de pied au cul serait plutôt une entrée à la matière, juste avant de lui raclée qu’il ne sera pas prêt d’oublier.

Et puis il y a la fille ; qui ne s’appelle pas Frida, n’en déplaise à Jacques Brel… d’ailleurs on ne sait pas comment elle s’appelle et on s’en fout. Une gamine obligée de grandir trop vite pour survivre dans cette famille, une gamine qui ne renoncera jamais à sauver son frère. Une véritable force de la nature et un rayon de soleil au milieu des ténèbres et du désespoir. Et il lui en faudra de la volonté et de la force pour surmonter les nombreux obstacles qui se dresseront sur son chemin.

Bin oui, on en prend plein la gueule avec ce bouquin ! La faute à une narration parfaitement maîtrisée qui saura vibrer les bonnes cordes émotionnelles chez le lecteur et le prendra même parfois aux tripes. Je ne m’attendais pas à un tel tourbillon d’émotions, quelle claque !

Pour un premier roman, on ne peut que s’incliner devant le talent d’Adeline Dieudonné. Impossible de rester indifférent face à ce bouquin, impossible de ne pas craquer pour cette jeune narratrice ! Décidément cette jeune auteure belge vous laissera sur le cul, un sourire béat aux lèvres (oui je sais, on a l’air con dans cette position… mais c’est pour la bonne cause).

De là à qualifier cette lecture d’indispensable il n’y a qu’un pas… et je serai tenté de le faire. Vous avez des doutes ? Lisez-le et on en reparlera.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 23 janvier 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Michael Farris Smith – Le Pays Des Oubliés

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M. Farris Smith - Le Pays Des Oubliés
Titre : Le Pays Des Oubliés
Auteur : Michael Farris Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
256 pages

De quoi ça cause ?

Jack Boucher est marqué physiquement et moralement par des années de combats clandestins et ses multiples addictions. Sa mémoire aussi commence à se déliter, tout comme celle de sa mère adoptive, Maryann, qui vit ses derniers jours, ravagée par la maladie d’Alzheimer…

Jack aussi sait qu’il n’en a plus pour longtemps, il espère juste avoir le temps de sauver la propriété de Maryann, menacée de saisie par les banques ; mais non seulement Jack est fauché comme les blés, mais il doit aussi une forte somme d’argent à Big Momma Sweet, qui règne sans partage sur tout ce que le Delta du Mississippi a d’illégal et compte bien récupérer son argent, d’une façon ou d’une autre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, un éditeur que je classe sans hésitation parmi les valeurs sures rapport à mes goûts.

Parce que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir Michael Farris Smith, mais que j’ai lu çà et là de nombreux retours positifs relatifs à son précédent roman, Nulle Part Sur La Terre.

Sonatine et Net Galley ayant donné une suite favorable à ma demande, je profite de l’occasion pour découvrir ce titre en avant-première (parution le 17 janvier).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le titre fait référence à ce trou perdu qu’est le delta du Mississippi, un bled où les oubliés en tout genre essayent tant bien que mal de survivre. J’avoue que je trouve le titre original, The Fighter, beaucoup plus parlant et parfaitement raccord avec le bouquin.

Vous l’aurez sans doute compris la couleur dominante de ce roman est le noir, un noir absolu qui ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir. D’autant que bien souvent quand une lueur d’espoir apparaît elle est rapidement balayée par un accident de parcours (ou un mauvais choix).

L’essentiel du récit se construit autour du personnage de Jack. Un mauvais départ dans la vie (abandonné par ses parents, il enchaînera les séjours en foyer et en familles d’accueil) fera de lui un ado difficile. Sa rencontre avec Maryann aurait pu être l’occasion de repartir sur des bases meilleures, mais ses choix personnels l’écarteront du droit chemin.

Je serai tenté de dire que la suite de son parcours ne sera qu’une succession de mauvais choix. Sans forcément être tenté de le blâmer, j’ai tout de même eu du mal à éprouver un semblant d’empathie pour le personnage ; je me contenterai, à son égard, d’une forme d’indifférence bienveillante.

L’autre personnage clé du roman est Annette, une jeune femme couverte de tatouages qui suit son propre chemin de vie au gré de ses humeurs et inspirations du moment ; un irrépressible besoin de liberté qui lui interdit toute attache.

L’auteur nous offre une description sans concession du côté obscur du rêve américain, sur ce point il nous prend aux tripes et nous en fout plein la gueule. Mais (bin oui, il faut un, mais sinon ça ne serait pas marrant) j’ai été parfois perturbé par certaines lourdeurs de style dans la narration ; par exemple :

– Succession de « et » dans une même phrase : Il se tortilla et se retourna et parvint à ramener ses pieds sous lui et à couper le moteur.

– Phrases parlées intégrées directement à la narration : Skelly déclara Ça m’irait si on continuait de rouler un peu. Ça intéresse pas exactement ma bonne femme de me voir.

Mon plus gros reproche serait toutefois un final beaucoup trop prévisible, je ne m’attarderai pas sur ce point au risque de trop en dire. Disons simplement que quand la phase finale s’initie on sait d’ores et déjà comment elle va se terminer.

Malgré ces quelques bémols je referme ce bouquin globalement satisfait de ma découverte.

MON VERDICT

 
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Publié par le 11 janvier 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jedidiah Ayres – Les Féroces

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Féroces
Auteur : Jedidiah Ayres
Éditeur : Les Arènes
Parution : 2018
Origine : USA (2013)
128 pages

De quoi ça cause ?

Politoville est une enclave paumée entre les States et le Mexique, un no man’s land sans existence officielle. La seule loi qui y règne est celle du maître des lieux, un caïd du crime organisé. Les gringos viennent pour s’y faire oublier et se débaucher à moindre coût. Alcool, drogues et prostituées sont à leur disposition. D’ailleurs les seules femmes présentes sur place sont ces prostituées, de simples marchandises (mal)traitées comme de vulgaires morceaux de barbaque.

Quand l’une d’elles réussit à échapper à cet enfer, c’est l’étincelle qui mettra le feu aux poudres..

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour commencer l’année en douceur avec un court roman tout en restant dans l’univers du noir.

C’est la couv’ qui, la première, a attisé ma curiosité, la quatrième de couv’ a fini de me convaincre.

Ma chronique

Je ne suis jamais parfaitement à l’aise quand il s’agit de rédiger la chronique d’un roman court ou d’une nouvelle. Même quand, comme dans le cas présent, je quitte cette lecture avec un ressenti globalement positif.

Le bandeau du roman cite son auteur qui définit son récit comme « la plus belle histoire d’amour qu’il ait jamais écrite« . S’agissant de son premier roman traduit en français, on ne peut que se fier à sa parole… mais ne cherchez pas une once de romantisme ou un soupçon de guimauve dans ces quelques pages, ici tout est noirceur et violence. La mort est omniprésente, mais jamais naturelle ou douce ; Jedidiah Ayres doit être un adepte de l’amour vache !

Le bouquin se divise en trois parties, chacune offrant un point de vue différent sur cette antichambre de l’enfer qu’est Politoville ; trois récits distincts reliés par un fil rouge. Des personnages aux personnalités taillées au scalpel (il faut bien ça pour survivre dans un pareil contexte), une écriture brute (voire brutale) sans fioriture, mais tout en puissance. Tout est fait pour vous plonger au cœur de l’action, et ça fonctionne impeccablement. Il y a même quelque chose de lyrique (de presque beau oserai-je dire) qui sublime cette noirceur.

Un roman court tout en intensité ; on en vient même à se demander comment l’auteur fait tenir un tel concentré de sensations en une centaine de pages. Un grand merci à Antoine Chainas, le traducteur, qui restitue parfaitement cette ambiance oppressante qui nous prend aux tripes dès la première page et ne nous lâche pas avant le clap de fin.

Je découvre la collection Equinox avec ce titre, d’autres sont d’ores et déjà présents dans mon Stock à Lire Numérique ; il me tarde de les découvrir s’ils sont tous aussi intenses.

MON VERDICT
Coup de poing

 

 
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Publié par le 4 janvier 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Don Winslow – Corruption

AU MENU DU JOUR

D. Winslow - Corruption

Titre : Corruption
Auteur : Don Winslow
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
592 pages

De quoi ça cause ?

Denny Malone est le chef de la Task Force, une unité d’élite du NYPD, chargée de lutter contre les gangs et les trafics de drogues et d’armes dans North Manhattan. Une mission qui nécessite parfois d’être borderline, voire de franchir la ligne jaune, mais on ne fait d’omelette sans casser des œufs.

Denny Malone vient d’être arrêté par le FBI. Les gros bonnets tremblent… des deux côtés de la barrière. S’il chute, Malone ne tombera pas seul…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Don Winslow. J’ai failli franchir le cap lors de la parution de Cartel, mais j’ai remis à plus tard en découvrant que c’était la suite de La Griffe Du Chien.

Corruption étant un one-shot j’ai sauté sur l’occasion…

Ma chronique

Magique. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit si je devais définir la plume de Don Winslow. En quelques lignes à peine j’ai été en totale immersion dans le récit, en immersion dans l’équipe de la Task Force. J’ai eu l’impression de patrouiller avec eux dans les rues de Manhattan, de partager leurs (nombreux) succès, mais aussi leurs (rares) échecs. De faire partie intégrante de cette équipe qui pourrait quasiment se définir comme une Fraternité, dans le sens le plus noble du terme, vu la force des liens qui unissent ces hommes.

Denny Malone était bien le dernier homme au monde que l’on pouvait s’attendre à voir finir dans une cellule du Metropolitan Correctional Center, sur Park Row.
Vous auriez dit le maire, le président des États-Unis, le pape… Les habitants de New York auraient parié qu’ils les verraient derrière les barreaux avant l’inspecteur-chef Dennis John Malone.
Un héros de la police.
Le fils d’un héros.
Un vétéran de l’unité d’élite du NYPD.
La Manhattan North Special Task Force.
Et, surtout, un type qui savait où étaient cachés tous les squelettes, car il en avait lui-même enterré la moitié.

Ainsi commence Corruption, le dernier roman de Don Winslow. Comment Malone s’est-il retrouvé dans une prison fédérale ? Quels sont les enjeux ? Qui tire les ficelles ? C’est que nous allons découvrir au fil des chapitres suivants.

Rarement dans un roman j’ai croisé un type aussi charismatique que Denny Malone, et pourtant le gars n’est pas un saint, loin s’en faut ! S’il franchit parfois (souvent ?) la ligne jaune, ce n’est pas uniquement pour satisfaire les ambitions de ses supérieurs ; après tout c’est lui et son équipe qui patrouillent dans les rues et n’hésitent pas à mettre les mains dans le cambouis tandis que des ronds de cuir attendent des résultats, le cul vautré dans de confortables bureaux. Alors, pourquoi ne pas en tirer quelques profits quand l’occasion se présente ?

Il a fallu du temps, du forcing et de l’influence, mais la Manhattan North Special Task Force a vu le jour.
Sa mission est simple : reprendre possession des rues.
Malone en connaît la devise cachée : on se fout de ce que vous faites, et de comment vous le faites (du moment que ça ne se retrouve pas dans les journaux), mais empêchez les animaux de sortir de leurs cages.

C’est ainsi que les illusions s’envolent, pas après pas Malone et son équipe franchissent la ligne de démarcation, chaque pas les éloigne davantage du droit chemin… Alors oui on est bel et bien en présence de flics corrompus, des ripoux, mais des ripoux que l’on ne peut s’empêcher de comprendre, voire même d’approuver. Comme le dit fort justement l’accroche du bouquin en quatrième de couv’ : « Quand tout le système est pourri, autant jouer selon ses propres règles« .

L’écriture de Don Winslow est pour beaucoup dans cette profonde empathie que l’on ressent pour ses personnages, et tout particulièrement pour Malone. Bien qu’écrit à la troisième personne, l’auteur nous place dans la tête de son héros, nous invitant même à partager ses impressions à chaud.

Et en matière de coups de chaud, Malone va avoir le droit à la totale. Au fil des chapitres il accumule les coups durs et s’empêtre dans un sac de nœuds de plus en plus inextricable. On se demande comment il va se dépêtrer de ce merdier, parce que oui, on a envie qu’il s’en sorte et pas seulement lui, ses équipiers aussi.

Dans un polar « classique » on aurait tendance à prendre parti pour les agents du FBI qui traquent les flics corrompus, ici on a plutôt envie de les considérer comme les derniers des enfoirés. Il faut dire que la corruption est présente à tous les niveaux dans ce bouquin, du coup les flics de la Task Force ne sont sans doute pas les pires.

Don Winslow signe un polar très noir, mais cela ne l’empêche pas de placer çà et là quelques touches d’humour ; l’ensemble est parfaitement dosé.

Au-delà de la fiction, on devine un gros travail de documentation sur les conditions de vie des policiers, mais surtout on sent que l’auteur parle d’un monde qu’il connait bien et pour lequel il a un énorme respect. Certes il y a des bavures, et il n’est pas question de faire l’impasse dessus ou de les excuser, mais la police paie aussi un lourd tribut humain à la société pour la servir et la protéger.

Un énorme coup de cœur pour ce roman et une magistrale claque dans la gueule. Je craignais de boucler cette année de lecture sans avoir eu LE coup de cœur (même si La Mort Selon Turner aurait pu tenir ce rôle), après la lecture de Corruption mes craintes se sont envolées.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 5 décembre 2018 dans Bouquins

 

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