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Archives de Tag: Roman noir

[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

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D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et NetGalley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

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Publié par le 24 août 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – La Disparition D’Adèle Bedeau

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G. Macrae Burnet - La Disparition D'Adèle Bedeau

Titre : La Disparition D’Adèle Bedeau
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Écosse (2013)
288 pages

De quoi ça cause ?

Quand Adèle Bedeau, la jeune et jolie serveuse du restaurant de la Cloche, disparaît, l’inspecteur Gorski, chargé de l’enquête, s’intéresse de près aux habitués de l’établissement. Et tout particulièrement à Manfred Baumann, un jeune homme timide et réservé, voire taciturne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

A la base parce que c’est Sonatine, donc une valeur sûre. Un titre sollicité et obtenu via NetGalley en avant-première (parution le 30 août 2018).

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme NetGalley d’avoir donné une suite favorable à ma sollicitation et me permettre ainsi de découvrir ce titre en avant-première.

A en croire la préface de l’auteur, le roman La Disparition D’Adèle Bedeau, écrit par un modeste auteur français, Raymond Brunet et édité par Gaspard-Moreau, est paru en 1982. Puis ça a été un film réalisé par Claude Chabrol en 1989. En 2013, l’auteur écossais, Graeme Macrae Burnet, sort une traduction anglaise du roman sous le titre The Disappearance Of Adèle Bedeau. Et donc en 2018 Sonatine nous propose de découvrir ce titre (re)traduit par Julie Sibony.

Quelle histoire ! Et quel parcours hors du commun… Stooop ! On arrête de s’extasier et de superlater (qui a dit que ce mot n’existait pas ?), tout ça, c’est du vent, du bidon, du concentré de portnawak. C’était un peu gros comme une maison cette histoire et pourtant je suis moi aussi tombé dans le panneau avant d’appeler mon ami Google à la rescousse et de découvrir le poteau rose (oui je sais, on dit pot aux roses, mais j’avais envie de changer un peu). Et pourtant l’auteur (le vrai, Graeme Macrae Burnet) nous donne un indice relatif à sa supercherie à la fin de sa préface…

Bien malin le lecteur, ou la lectrice, qui pourra avec certitude situer ce récit dans le temps. Pour ma part je dirai que l’intrigue ne se déroule pas de nos jours (il manque notamment trop de technologies modernes qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien), je serai tenté de la situer entre la fin des années 70 et le début des années 80 (ce qui collerait plutôt bien avec la vraie fausse histoire du roman). Une impression renforcée par le charme suranné qui se dégage de l’écriture de Graeme Macrae Burnet.

Bienvenu à Saint-Louis, petite ville (bien réelle) du Haut-Rhin (Alsace), frontalière de la Suisse et de l’Allemagne. Un petit bled provincial où il n’arrive jamais rien, alors pensez bien qu’une serveuse qui disparaît du jour au lendemain ça défraye la chronique et ça fait jaser la populace… Forcément dans ces petits bourgs très (trop ?) tranquilles tout se sait, à défaut de savoir, laissons la rumeur faire son office.

Si la pseudo genèse du bouquin est pour le moins atypique, le roman en lui-même l’est tout autant. Pas tout à fait un roman noir, pas tout à fait un roman policier et un peu des deux en même temps. À la fois thriller psychologique et chronique provinciale socio-psychologique.

Une histoire qui ne prête pourtant pas à sourire, mais traitée avec un certain humour (noir) et beaucoup de savoir-faire. Mais ce bouquin est aussi et surtout la rencontre entre deux personnages qui semblent avoir bien du mal à trouver leur place dans la société, mais se fondent parfaitement dans le décor et l’intrigue imaginés par l’auteur.

Manfred Baumann est un jeune cadre d’un naturel très réservé, il vit sa vie dans son coin avec des principes et des rituels immuables. Sa timidité maladive le pousse à prendre ses distances avec les autres aux yeux de qui il passe au mieux pour un asocial, au pire pour un type imbu de lui même. Du coup quand la police s’intéresse d’un peu trop près à lui suite à la disparition d’Adèle, il devient d’une paranoïa quasi maladive.

Georges Gorski est inspecteur à Saint-Louis hanté par une affaire de meurtre survenue vingt ans plus tôt ; une enquête considérée pourtant comme résolue, mais le policier est convaincu que le véritable assassin est passé entre les mailles de la justice. Quelque part pour lui la disparition d’Adèle est l’occasion de s’absoudre de cette « erreur ».

Graeme Macrae Burnet signe là un premier roman (même s’il a été publié en France après son second roman) comparable à nul autre, un bouquin qui bénéficie d’un cachet unique, baigné d’une ambiance à la fois kitsch et sombre. Une lecture qui ne devrait laisser personne indifférent.

Pour la petite histoire, le personnage de Georges Gorski sera de retour dans le prochain roman de l’auteur (non encore disponible en français).

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 août 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Alexandra Coin – Entraves

AU MENU DU JOUR

A. Coin - Entraves

Titre : Entraves
Auteur : Alexandra Coin
Éditeur : Aconitum (2016) / Autoédité en 2018
Parution : 2016
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Emma, professeur de français au lycée, vit dans un mas retiré avec son mari, Illario, qui élève de cochons truffiers dans l’espoir de faire fortune dans la truffe. Ils ont une fille, Louise. Vue de l’extérieur c’est une famille sans histoire.

Mais Illario est en fait un pervers narcissique, dominateur et manipulateur. Il fait vivre à Emma un véritable enfer fait de brimades, reproches et autres humiliations psychologiques.

Exténuée, vidée de toute volonté, Emma tente de mettre fin à ses jours. Quand elle reprend connaissance, elle apprend qu’elle est internée en hôpital psychiatrique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ca faisait un moment que j’avais ce roman dans mon Stock à Lire Numérique, Alexandra, l’auteure, m’ayant proposé une lecture en SP j’ai sauté sur l’occasion pour lui faire gagner quelques échelons dans la (looongue) liste d’attente.

Ma chronique

Tout d’abord je tiens à remercier Alexandra Coin pour sa confiance.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais signaler que le visuel de la version autoéditée est beaucoup plus réussi que celui des éditions Aconitum. Je vous laisse juge en vous proposant les deux couvertures ci-dessous.

A en croire la locution latine « Verba volant, scripta manent« , les mots s’envolent, les écrits restent. Il faut croire que nos ancêtres, latinistes distingués, n’ont jamais été confrontés à des cas de perversion narcissique et autres formes de harcèlement moral. De fait aujourd’hui le Dr Marie-France Hirigoyen, psychiatre spécialisée dans les questions de harcèlement moral et d’aide aux victimes, pourrait leur rétorquer : « Il est possible de détruire quelqu’un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. »

Pour un premier roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteure, ne choisit pas de jouer la carte de la facilité. Le sujet (la perversion narcissique au sein du couple) est aussi glauque que sérieux (et malheureusement trop réel), du coup son roman est empreint de noirceur et de détresse.

Un roman où la dimension psychologique est primordiale et Alexandra excelle dans ce domaine, le processus de destruction est décrit avec un réalisme glaçant. On a vraiment l’impression de lire le témoignage d’Emma, un appel au secours qu’elle ne parvient pas à hurler, condamné à rester sans réponse…

La première partie, qui occupe plus des 2/3 du roman, alterne entre les flashbacks (rédigés à la troisième personne, mais centrés sur Emma) qui décrivent la descente aux enfers d’Emma et son quotidien à St John’s (écrits à la première personne), l’HP où elle a été internée et tente de se reconstruire. Une alternance de vues et de styles qui permet de suivre l’évolution (même si le terme évolution tendrait à faire penser à une situation qui va en s’améliorant, ce n’est pas le cas présentement) de la jeune femme.

Je ne vous parlerai pas des secondes et troisièmes parties du récit, non qu’elles soient sans intérêt, tant s’en faut, mais pour éviter tout spoiler qui nuirait à la découverte du récit. Je dirai simplement que le tunnel sera long et sombre pour Emma… Avec un espoir de voir la lumière au bout du chemin ? A vous de le découvrir !

Je ne vais pas vous décrire les différentes étapes du comportement d’Illario (et donc des pervers narcissiques en général), Alexandra le fait très bien dans son roman. Les plus curieux trouveront matière à méditer sur Internet (ne serait-ce que la page Wikipedia consacrée au sujet).

Une lecture éprouvante (dans le bon sens du terme), mais que je qualifierai presque d’utilité publique. Peut-être une passerelle pour permettre aux victimes de s’extraire de l’emprise des salopards qui font de leur quotidien un enfer. Peut-être aussi un moyen pour les autres d’identifier ses victimes silencieuses d’un mal invisible et insidieux, de leur tendre une main secourable et d’accorder une écoute bienveillante à leur détresse. Je sais que ça fait beaucoup de peut-être, mais j’ai quand même envie d’y croire…

Certains chapitres se terminent par un renvoi, sous forme d’un QR Code à scanner, vers un article sur le site de l’auteure. Si comme moi vos n’êtes pas un adepte de ces QR Codes (simplement parce que je n’utilise quasiment jamais mon smartphone pour aller sur Internet), je vous invite toutefois à vous rendre sur la page d’Alexandra Coin afin d’y lire les articles en question, ils sont en effet très bien documentés et apportent un vrai plus à la seule lecture du roman.

Le roman est préfacé par Dominique Barbier, un psychiatre qui a fait de l’aide aux victimes des pervers narcissiques son cheval de bataille. Son ouvrage, La Fabrique De L’Homme Pervers (Odile Jacob – 2013), semble avoir été le support de référence d’Alexandra pour la rédaction de son roman. Il a rejoint mon Stock à Lire Numérique à peine la lecture d’Entraves achevée.

Un petit bémol de rien du tout, presque du pinaillage, voire de l’enculage de mouches, pour terminer cette chronique. Un bémol purement typographique (j’vous avais prévenu… tant pis pour les mouches), l’utilisation intempestive des points de suspension n’apporte rien à la lecture.

Vous le savez je suis un tantinet maniaque en matière de code dans le fichier epub (viens-là saleté de mouche… j’en ai pas fini avec toi !), j’ai donc été fouiné dans les entrailles du fichier. Au final j’ai ajouté quelques insécables oubliés et fait le ménage dans les styles doublonnés (deux noms de classe distincts pour une même typographie).

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 8 mai 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Bryan Reardon – Jake

AU MENU DU JOUR

B. Reardon - Jake

Titre : Jake
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
352 pages

De quoi ça cause ?

La vie de Simon Connolly bascule le jour où une fusillade éclate dans le lycée de ses enfants. Sur place il retrouve sa fille, Laney, mais son aîné, Jake, est introuvable.

Le tireur, Doug, a tué treize jeunes avant de se suicider. Un élève asocial qui pour seul ami Jake, lui même d’un naturel plutôt réservé, ce dernier peut-il être mêlé, de près ou de loin, à cette fusillade ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La couv’ et le pitch ont tout de suite titillé ma curiosité. L’enthousiasme quasi unanime de la blogosphère a fait le reste…

Ma chronique

Il est des bouquins qui vous prennent aux tripes par le rythme effréné de leur intrigue, d’autres vous feront tout autant d’effet en misant uniquement sur les personnages. Jake, de Bryan Reardon, s’inscrit incontestablement dans la seconde catégorie ; il m’a rarement été donné de lire un roman dont les personnages dégagent une telle humanité. Impossible de ne pas éprouver une sincère empathie pour la famille Connolly face à l’épreuve qu’ils traversent, en particulier pour Simon.

L’intrigue n’est pas pour autant laissée pour compte, mais elle reste relativement classique et, osons le dire haut fort, tristement banale (c’est d’autant plus vrai qu’elle colle a l’actualité du moment, trois semaines après la fusillade survenue dans un lycée Parkland qui a fait 17 morts). C’est plutôt dans son traitement que l’intrigue se démarque, ici le sensationnalisme ou le voyeurisme n’ont pas leur place, de nouveau c’est le côté humain qui est mis en avant.

Le récit est à la première personne, c’est Simon qui nous raconte le drame que lui et sa famille subissent. Il faut dire que la situation familiale des Connolly est un peu atypique, le couple a en effet décidé, d’un commun accord, que Simon resterait à la maison pour s’occuper des enfants, tandis que Rachel, son épouse, poursuivrait sa brillante carrière professionnelle.

Nul besoin d’être soi-même père de famille pour partager la détresse de Simon, une détresse faite d’inquiétudes pour son fils disparu, mais aussi de doutes et de colère alors que les médias et une partie du voisinage désignent sans la moindre hésitation Jake comme complice et pointent du doigt la responsabilité des parents.

Si l’on s’identifie aisément au personnage de Simon, c’est parce qu’il n’a rien du héros nourri à la testostérone ; ce serait plutôt monsieur Tout-le-Monde, un type réservé qui s’efforce d’élever au mieux ses enfants et qui, du jour au lendemain, se retrouve confronté au plus inconcevable des cauchemars.

Les chapitres alternent entre le présent et les souvenirs de Simon, des flashbacks relatifs à Jake bien entendu, mais qui impliquent aussi Rachel et Laney. En puisant dans le passé, Simon essaye de comprendre le présent.

La grande force du roman reste la formidable écriture de Bryan Reardon, une écriture criante de vérité par son authenticité, mais aussi une écriture chargée d’une énorme intensité émotionnelle. Si vous avez encore ne serait-ce qu’une once d’empathie, impossible que ce roman vous laisse de marbre ! C’est une lecture qui vous prendra au coeur et aux tripes ; je parierai même que vous ne refermerez pas ce bouquin sans avoir versé une larme.

Il me semble donc parfaitement légitime de saluer le travail de la traductrice, Flavia Robin, qui a su retranscrire ce tourbillon d’émotions avec beaucoup de justesse. Une profession de la chaîne du livre trop souvent oubliée malgré son rôle essentiel.

Bon, et Jake dans tout ça ? Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la clé de l’intrigue. Je dirai juste que j’ai rapidement pressenti le fin mot de l’histoire ; mais ça ne m’a nullement empêché de profiter pleinement de ce bouquin.

Nous ne sommes qu’en mars, mais je peux d’ores et déjà affirmer que Jake sera certainement l’une de mes lectures les plus marquantes de cette année 2018.

MON VERDICT
Coup double

 
9 Commentaires

Publié par le 7 mars 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Samuel Sutra – Coupable[s]

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S. Sutra - Coupable[s]

Titre : Coupable[s]
Auteur : Samuel Sutra
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Raphaël Deschanel, agent du renseignement, est appelé en renfort par la Crim’ de Paris. La brigade du commandant Blay sèche en effet sur une série de crimes faisant jusqu’alors l’objet d’enquêtes distinctes. Or, le dernier corps retrouvé semble faire un lien entre les différentes victimes et orienter l’enquête vers un assassin originaire d’Haïti.

Jean-Raph’ étant lui aussi d’origine haïtienne, il est apparu que son concours pouvait être un atout pour Blay et son équipe…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie m’a généreusement proposé de lire le roman en avant-première (parution le 5 mars 2018). Une offre pareille, ça ne se refuse pas !

Ayant pris beaucoup de plaisir à lire Kind Of Black, j’étais curieux de retrouver l’auteur dans le même registre (polar noir).

Ma chronique

Je tiens avant tout à remercier les éditions Flamant Noir et tout particulièrement Nathalie pour sa confiance renouvelée (ça me va droit au coeur, sincèrement). Et bien entendu aussi pour l’occasion qui m’est donnée de découvrir le dernier roman de Samuel Sutra, Coupable[s], en avant-première.

Même si généralement je m’efforce d’éviter tout spoiler en rédigeant mes chroniques (parfois il vaut mieux rester concis plutôt que de prendre le risque trop en dire), c’est un impératif encore plus présent quand je dois parler d’un bouquin lu en avant-première.

Nous voilà donc en présence d’un agent du renseignement natif d’Haïti, mais adopté dès son plus jeune âge par un couple français et ayant quasiment tout le temps vécu en France. Quand une série de crimes semblant avoir pour fil rouge Haïti met la Crim’ dans l’impasse, c’est donc à lui que l’on fait appel pour venir leur prêter main-forte.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi personnellement quand on me dit Haïti, je pense immédiatement au tremblement de terre de 2010 qui a frappé l’île, détruisant quasiment sa capitale, Port-au-Prince, et faisant plus de 300 000 morts et autant de blessés. Je reconnais volontiers que c’est un peu réducteur comme vision d’un pays et d’un peuple, mais ça n’en reste pas moins vrai.

Du séisme il sera justement question dans ce roman, ou plus exactement de l’aide humanitaire internationale, notamment en matière de reconstruction. Je n’en dirai pas plus, mais on comprend rapidement ce que cache le fameux « Kenscoff ». J’aimerai pouvoir affirmer que ce n’est que fiction, mais ça ne m’étonnerait pas que certaines ordures peu scrupuleuses aient eu recours aux mêmes procédés pour s’en mettre plein les fouilles.

Si Haïti fait office de fil rouge entre les différentes scènes de crime, toute l’intrigue se déroule quant à elle sur le sol français, à Paris et alentours pour être exact. Quatre scènes de crimes qui se distinguent par l’extrême violence des mises à mort. Et une enquête qui va lancer la Crim’ sur la piste d’un cinquième homme, reste à découvrir s’il est la prochaine victime ou l’assassin…

L’essentiel du récit (hormis quelques apartés, un pour chaque victime) est rédigé à la première personne, on vit l’intrigue par le biais de Jean-Raph’, un « administratif » qui va, pour la première fois de sa carrière, se frotter à une enquête de terrain. Forcément ça va le changer et il ne sera pas toujours à l’aise avec les méthodes de ses nouveaux coéquipiers.

Samuel Sutra apporte un soin tout particulier à ses personnages, un exercice de style pas toujours évident dans un récit à la première personne, la personnalité des autres n’est alors que le reflet de ce que le narrateur perçoit. Heureusement pour nous Jean-Raph’ est plutôt perspicace quand il s’agit de cerner ses interlocuteurs.

Je ne vous ferai pas l’affront de dresser un rapide portrait de chacun, autant laisser entier le plaisir de la découverte. Disons que j’ai eu un faible pour le commandant Blay, le flic bourru par excellence, revenu de tout, mais toujours aussi professionnel, un chef respecté (vénéré ?) par ses hommes. Ce serait manquer de galanterie que de ne pas mentionner Vanessa Dubreuil, psychocriminologue qui fera office de « profileuse » sur cette enquête ; la touche de charme de l’équipe, mais elle prouvera rapidement qu’elle n’est pas là pour se contenter de jouer les potiches.

Pour ma part j’ai rapidement des soupçons quant à l’identité du tueur, puis la présomption est devenue certitude. Par contre je tiens à préciser qu’à aucun moment ça n’a gâché mon plaisir de lecture, j’ai même pris beaucoup de plaisir à suivre la progression de l’enquête, à voir comment l’auteur amènerait ses enquêteurs à la même conclusion.

Avec Kind Of Black, Samuel Sutra avait déjà démontré que le polar noir ne lui faisait pas peur, qu’il maîtrisait les règles du genre. Avec Coupable[s] c’est désormais une certitude, l’auteur est une brillante plume de la scène littéraire noire francophone.

Je terminerai cette chronique par un aspect qui peut sembler plus futile, mais qui a toutefois un rôle non négligeable dans la « vie » d’un livre : sa couverture. Je l’avais découverte sur la page Facebook de Flamant Noir et ça a tout de suite fait tilt, je la trouve tout simplement magnifique.

C’est le dixième roman des éditions Flamant Noir que je lis et je ne peux que m’incliner devant la qualité de leur catalogue, non seulement je n’ai jamais été déçu, mais j’ai même eu le droit à quelques belles claques dans la gueule. De quoi m’inciter à suivre leurs prochaines publications, mais aussi, à condition de trouver le temps, de me pencher sur les titres que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire (j’en ai déjà trois en stock, c’est un bon début).

MON VERDICT
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Publié par le 8 février 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Olivier Norek – Entre Deux Mondes

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O. Norek - Entre Deux Mondes

Titre : Entre Deux Mondes
Auteur : Olivier Norek
Editeur : Michel Lafon
Parution : 2017
Origine : France
413 pages

De quoi ça cause ?

Adam, un ex-policier ayant rejoint les forces rebelles de l’Armée Syrienne Libre, fuit la Syrie pour se réfugier à Calais, dans la Jungle des migrants. Il espère y retrouver sa femme et sa fille, parties une semaine plus tôt.
Bastien est un flic nouvellement muté à Calais à la tête de la BSU. Il y découvre des collègues désabusés, notamment une équipe de la BAC avec qui il va sympathiser.
Les deux hommes n’auraient jamais dû se croiser, et pourtant le destin va les réunir…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek et que sa trilogie consacrée au Groupe Coste m’avait littéralement scotché.
J’espérais retrouver Victor Coste et son équipe ; mais comment rester de marbre face à une réception unanimement dithyrambique ? Surtout quand je vois mes blog-potes aussi enthousiastes !

Ma chronique

Force est de reconnaître que, vue de Nouméa, la question des migrants est très abstraite. Pour ma part je m’en tiens à ce les médias veulent bien nous dire, ça me suffit pour me convaincre qu’il est difficile d’avoir un avis tranché sur le sujet.

Écrire un roman sur le sujet peut rapidement s’avérer casse-gueule tant le nombre d’écueils à éviter est important. Et très franchement, il fallait un auteur en qui j’ai une confiance absolue pour me convaincre d’aller au-delà de mes appréhensions.

Le ton est donné dès les premières pages, on sait d’ores et déjà que Olivier Norek ne nous ménagera pas et qu’on va en prendre plein la gueule.

Il faut dire que Olivier Norek a payé de sa personne pour nous offrir un récit qui colle à la réalité du terrain. Un récit surtout sans parti pris ni raccourci facile, un récit où l’humain est mis en avant. Et vous le savez aussi bien que moi (sauf si vous pensez que le monde extérieur est le pays des Bisounours), l’humain est capable du pire (souvent), mais aussi du meilleur (parfois).

Plus que jamais l’auteur apporte un soin particulier à ses personnages, les principaux comme les secondaires. Et il faut bien ça si on veut les comprendre et comprendre le regard qu’ils portent sur les événements. Mais aussi et surtout si on veut vivre pleinement leurs émotions !

Il y a Adam et Bastien, les deux piliers de l’intrigue. Avec Adam on plonge au coeur de la Jungle, on va même directement se frotter à ce qu’elle abrite de plus immonde. Avec Bastien c’est un regard extérieur qui est porté sur la Jungle, un regard idéaliste qui va évoluer au contact de la réalité.

La réalité se sont ses collègues qui vont la lui faire découvrir, d’abord via Erika son adjointe, puis au contact de Passaro, le chef de la BAC et son équipe, qu’il accompagnera sur diverses opérations de terrain.

Au niveau des personnages, mon coup de coeur va incontestablement à Kilani, un gamin soudanais muet que Adam sauvera de l’enfer avant de le prendre sous sa protection. C’est avec Kilani que vous vivrez les émotions les plus intenses, nul doute que son parcours tirera des larmes mêmes aux lecteurs les plus coriaces (ou les plus blasés).

C’est pas une baffe dans la gueule que vous assène Olivier Norek avec ce roman, mais bel et bien des uppercuts en série qui vous laisseront KO debout après vous avoir vrillé les nerfs, les tripes et le coeur. Plus d’une fois, j’ai dû arrêter ma lecture pour laisser la tension et l’adrénaline retrouver un niveau acceptable.

Je peux d’ores et déjà affirmer que Entre Deux Mondes sera mon méga coup de coeur de l’année 2017. Les mots me manquent pour définir mon ressenti après avoir refermé ce bouquin, alors je dirai simplement le premier qui m’est venu à l’esprit : monumental !

Ceci dit Monsieur Norek, pas de conneries, on veut retrouver le Groupe Coste !

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 21 novembre 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jack Ketchum & Lucky McKee – Comme Un Chien

AU MENU DU JOUR

J. Ketchum & L. McKee - Comme un chien

Titre : Comme Un Chien
Auteur : Jack Ketchum & Lucky McKee
Editeur : Bragelonne
Parution : 2017
Origine : USA (2016)
264 pages

De quoi ça cause ?

Dans la famille Cross Delia est l’enfant prodige, une star que les sponsors s’arrachent. Et pour les parents la poule aux oeufs d’or, Patricia, sa mère est aussi son manager, elle dirige sa vie d’une main de fer, imposant à sa fille des cadences infernales. Et pourtant Delia ne se plaint jamais, elle trouve son réconfort auprès de Caity, sa chienne, sa meilleure amie.

Et puis un jour c’est l’accident, Delia est gravement brûlée, défigurée. Elle ne doit la vie qu’à l’intervention courageuse de Caity qui n’hésitera à se mettre en danger pour sauver sa jeune maîtresse. La fin d’une carrière prometteuse ? Non ! Pas question que Patricia renonce à ses rêves de grandeur et de fortune ; qu’importent la morale et le bien-être de sa fille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jack Ketchum (même s’il n’est pas tout seul sur le coup) et que c’est la certitude d’avoir un roman qui envoie du lourd !
Parce qu’il y a un chien (une chienne en l’occurrence). Et qu’elle me semble pleine de ressources et de bienveillance pour protéger sa jeune maîtresse.

Ma chronique

J’ai attaqué ce roman sans avoir lu la quatrième de couverture (ça m’arrive parfois) et force est de reconnaître que dans les premiers chapitres je me suis bien demandé ce qui avait bien pu passer par la tête de Jack Ketchum pour écrire une histoire aussi « insipide » ; pas inintéressante, mais à des années-lumière de ce qu’il nous a proposé jusqu’à maintenant (des récits sombres et violents).

On fait connaissance avec la famille Cross, Delia l’enfant star privée d’enfance, Robbie son frère jumeau qui vit dans l’ombre de cette soeur si célèbre, Bart, le père, un grand enfant qui semble n’avoir que peu d’attaches avec la réalité et Patricia, la mère, qui impose à sa fille des emplois du temps de folie. Toujours à courir après le prochain contrat et le fric qui va avec… Enfin il y a Caity, une chienne bouvier australien de deux ans qui vit une relation quasi fusionnelle avec Delia.

Les jalons sont posés, du côté lumineux, les enfants et le chien, du côté obscur les parents. Basique, mais efficace. Une belle histoire d’amitié entre la jeune star presque malgré elle et sa chienne… certes, mais ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attends en ouvrant un roman signé (et même cosigné) par Jack Ketchum.

Et puis il y a l’incendie qui manquera de peu de tuer Delia. Un accident qui aurait pu ressouder les liens familiaux, mais c’était sans compter sur l’avidité des parents… On sent rapidement que la situation ne peut qu’aller de mal en pis, la noirceur si chère à l’auteur va pouvoir étendre son voile destructeur sur la famille Cross.

Le fossé se creuse inexorablement entre les côtés lumineux et obscurs. Si vous aimez les romans pleins de noirceur nul doute que vous adorerez détester Patricia Cross. Ceci dit vous comprendrez aisément que je ne peux guère m’étendre sur la question.

Les auteurs profitent de leur récit pour sévèrement égratigner certains travers de la société de communication et de consommation d’aujourd’hui. A commencer par le culte de l’enfant star et ces parents qui agissent plus par ambition personnelle (faire de leur gamin ce qu’il n’ont pas réussi à devenir ? Se faire du fric sur le dos de leur gamin ?), les talk-shows outranciers et les émissions de télé-réalité au ras des pâquerettes, mais aussi le comportement de certains journalistes qui se comportent comme les pires des charognards.

Un roman court, mais intense, quand les auteurs décident de passer à la vitesse supérieure ils ne ménagent ni leurs personnages ni leurs lecteurs (la dernière partie du récit est menée à un rythme hallucinant). Un roman lu en quelques heures, impossible de le lâcher avant d’en connaître le dénouement. Mais au-delà du roman noir, l’on peut aussi retenir une formidable histoire d’amitié entre une enfant et sa chienne, même la petite touche fantastique apportée au récit ne fera pas tomber mon enthousiasme.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 16 octobre 2017 dans Bouquins

 

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