[BOUQUINS] Jonas Jonasson – Douce, Douce Vengeance

AU MENU DU JOUR


Titre : Douce, Douce Vengeance
Auteur : Jonas Jonasson
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2021
Origine : Suède
456 pages

De quoi ça cause ?

Kevin et Jenny ont tous les deux d’excellentes raisons d’en vouloir à Victor Alderheim. Quand ils se rencontrent par hasard c’est le coup de foudre ; aussi quand ils tombent, toujours par hasard, sur la société La Vengeance est douce, fondée et dirigée par Hugo Hamlin, ils sont sûrs d’être à la bonne adresse pour se venger d’Alderheim.

De son côté Hugo est loin d’imaginer qu’en acceptant d’aider Kevin et Jenny il s’engage dans une aventure riche en rebondissements. Quand Ole Mbatian, le père adoptif de Kevin, homme-médecine Masaï de son état, débarque en Suède, les choses vont encore davantage se compliquer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jonas Jonasson et que j’ai adoré ses quatre précédents romans. Du 100% feel good totalement assumé qui fait du bien par où ça passe.

Ma Chronique

Avec Gilles Legardinier, Jonas Jonasson fait partie des incontournables de la littérature feel good ; des bouquins qui, avant même que vous ne les ouvriez, sont l’assurance de passer un agréable moment, de se vider la tête tout en se musclant les zygomatiques.

Quand vous ouvrez un roman de Jonas Jonasson vous pouvez vous attendre à une galerie de personnages hors du commun. Et le moins que l’on puisse dire c’est que son dernier opus ne déroge pas à la règle.

Direction le Kenya pour commencer, plus précisément la vallée du Masai Mara, où vous apprendrez comment Ole Mbatian le Jeune succédera à son père et deviendra un homme médecine respecté bien au-delà de son village.

Retour en Suède pour faire connaissance avec Victor Svensson, un arriviste et un égoïste aux idées bien arrêtées (et un tantinet arriérées). Il a de grands projets pour lui – et pour la Suède – mais pour ça il va devoir se faire un nom. Se faire embaucher par Alderheim, un marchand d’art jouissant déjà d’une certaine réputation sur la place est une première marche qu’il gravira sans peine. L’étape suivante consiste à séduire et épouser la fille – un peu cruche – du marchand d’art afin de pouvoir légitimement se targuer d’un patronyme plus honorable que le quelconque Svensson.

Le plan de carrière et de vie tout tracé de Victor va être perturbé par un premier obstacle en la personne de Kevin, son fils illégitime et de surcroît noir ! Action, réaction. Problème réglé peu après les 18 ans du garçon… par un abandon pur et simple du rejeton basané au cœur de la savane du Kenya.

De retour en Suède, Victor peut enfin convoler en justes noces avec Jenny Alderheim. La chance lui sourit enfin, peu après les noces beau-papa est emporté par un cancer. inutile dès lors de s’encombrer d’une épouse dont il ne sait que faire. Le divorce est réglé en deux temps et trois mouvements en contrepartie d’une pension alimentaire ridiculement basse.

La voie royale s’ouvre enfin devant Victor Alderheim, plus rien ne saurait arrêter son inéluctable ascension. Bin oui, mais non… Kevin a eu la mauvaise idée de ne pas se faire bouffer par les lions, il a été et élevé dans la pure tradition masaï par Ole Mbatian. Sauf que l’ultime rituel de passage à l’âge adulte exige une circoncision… Kevin, tenant à l’intégrité de son appendice, s’enfuit et rentre en Suède. Où il va rencontrer – le monde est petit – Jenny, le coup de foudre est immédiat.

Et c’est ainsi que nos deux tourtereaux vont croiser le chemin de Hugo Hamlin, un brillant homme d’affaire à la tête d’une société spécialisée dans la vengeance. Heureuse coïncidence car Kevin et Jenny ont un vieux compte à régler avec Victor Alderheim. Hugo est loin de se douter qu’en acceptant ce contrat, il met le doigt dans un engrenage aussi infernal que burlesque… plus encore quand Ole Mbatian s’invite dans leur petite sauterie vengeresse !

N’allez pas croire que j’ai fondu une durite et que je vous raconte tout le bouquin… Ce n’est que le début d’une aventure aussi improbable que ses acteurs et il fallait bien que je fasse un topo du casting avant d’entrer dans le vif du sujet.

Casting qui serait incomplet si je faisais l’impasse sur Christian Calander, un inspecteur de police qui, à quelques jours de sa retraite, n’aspire qu’à se la couler douce. Jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’un certain Ole Mbatian.

Vous l’aurez compris, comme à son habitude Jonas Jonasson excelle dans l’absurde, son intrigue est totalement improbable et déjantée mais on se laisse entraîner sans se poser de question ; on sourit et l’on rit volontiers d’un humour potache totalement assumé.

Mais sous cette apparente légèreté se cache aussi une ode à l’art en général, et tout particulièrement à la peinture. À travers le personnage d’Irma Stern, une artiste sud-africaine bien réelle qui va se retrouver, bien malgré elle, mêlée à l’intrigue du roman de Jonas Jonasson.

L’auteur invite aussi le lecteur à réfléchir à la montée des extrêmes (qu’ils soient politiques ou religieux), à la différence et à la tolérance. Il le fait sans militantisme mais avec beaucoup d’humanité, et c’est, selon moi, la meilleure façon de faire passer ce genre de message.

Drôle et intelligent, ce roman tiendra toutes ses promesses… et plus encore !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Michel Bussi – Au Soleil Redouté

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M. Bussi - Au Soleil Redouté
Titre : Au Soleil Redouté
Auteur : Michel Bussi
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Cinq lectrices qui se voient déjà romancières ont gagné un séjour à Hiva Oa, un archipel des Marquises. Un séjour qui sera aussi l’occasion d’ateliers d’écriture animés par Pierre-Yves François (PYF), un auteur à succès.

Quand PYF disparaît, les lectrices pensent à une mise en scène dans le cadre de leur atelier d’écriture du jour. Le jeu vire au cauchemar quand l’une des lectrices est retrouvée morte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques années que chaque fois que je vois un roman de Michel Bussi paraître je me dis qu’il faudrait que je le lise… avant de renoncer. Peut-être que le cadre tropical de celui-ci a joué en sa faveur ; cette fois c’est la bonne !

Ma Chronique

Michel Bussi faisait de ces auteurs que j’avais envie de découvrir, mais pour étrange raison que je ne saurai expliquer à chaque fois que j’ai eu envie de lire un de ses romans, quelques jours plus tard, une petite voix me soufflait de laisser tomber et de passer à autre chose… J’aggraverai sûrement mon cas en vous disant que ça me fait ça depuis la sortie des Nymphéas Noirs en 2011 ; le gars entend des voix depuis bientôt dix ans et il ne consulte pas… y’en a qui ont fini serial killer pour moins que ça ! Qui vous dit que je ne consulte pas ? Je me consulte, je m’ausculte, je me diagnostique et je me soigne (ou pas)…

Je ne sais pas si le fait que le présent roman se déroule aux Marquises a contribué à faire taire cette petite voix. Si je pense marquise (sans la majuscule et au singulier), je vois un savoureux entremet au chocolat servi avec une crème anglaise. Si je pense aux Iles Marquises, c’est la voix de Jacques Brel qui me vient à l’esprit, Brel et ses magnifiques chansons définitivement inscrites au patrimoine de la chanson française (oui, je sais, il était belge ! Quand ça nous arrange, on annexe la Belgique).

Retour en Polynésie (après les Disparus De Pukatapu) pour une murder party tropicale orchestrée de main de maître par Michel Bussi. Comme Patrice Guirao, l’auteur nous propose un huis-clos à ciel ouvert. Une murder party fortement inspirée des romans d’Agatha Christie (il est d’ailleurs souvent fait référence aux Dix Petits Nègres).

Si l’intrigue ne brille pas forcément par son originalité, elle n’en reste pas moins rondement menée. Tant et si bien qu’à la fin du bouquin vous aurez envie de vous frapper le front en lâchant « Bon sang mais c’est bien sûr ! » sur un ton dépité. Nous avions en effet quasiment toutes les cartes en main dès les premiers chapitres ; par la suite l’auteur prendra un malin plaisir à les mélanger encore et encore. Pas la peine de revenir en arrière pour vérifier (je l’ai fait), aucun détail n’est laissé au hasard.

Une intrigue rythmée par les refrains de Jacques Brel, pas toujours tirés de ses chansons les plus connues soit dit en passant.

Au niveau des personnages, j’ai trouvé les cinq lectrices un peu trop clichés, tous les traits de leurs personnalités semblent surjoués, à en devenir presque caricaturaux. C’est encore plus flagrant quand il s’agit du personnage de PYF (pas le chien communiste, l’auteur du roman… non pas Michel Bussi, son personnage, écrivain de renom. Faut suivre !).

Les personnages qui sonnent le plus « vrai » sont Yann, le mari d’une des lectrices, capitaine de gendarmerie un peu effacé par l’aura et l’autorité de son épouse, et Maïma, la fille adolescente, marquisienne d’origine, d’une autre. Et c’est justement à cet improbable duo qu’incombera la lourde tâche de démasquer le Colonel Moutarde (à moins qu’il ne s’agisse de Mademoiselle Rose). Il serait injuste de ne pas citer Tanéa, l’hôtesse, qui reçoit tout ce beau monde dans son gîte et leur concocte de délicieux petits plats.

La palme revient toutefois à l’éditrice, Servane Astine, un monument d’arrogance dont les quelques apparitions seront l’occasion d’échanges qui font du bien aux zygomatiques.

Vous l’aurez compris j’ai passé un très agréable moment en compagnie de ce roman. Avant de clore le sujet je vais devoir m’entretenir avec ma petite voix, il est temps de remettre les pendules à l’heure ! Après quoi je me laisserai volontiers bercer par les chansons de l’album Quand on n’a que l’amour, un best-of (37 titres) du Grand Jacques.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mirko Zilahy – Roma

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M. ZIlahy - Roma

Titre : Roma
Auteur : Mirko Zilahy
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2017
Origine : Italie (2016)
432 pages

De quoi ça cause ?

Quand la victime d’un meurtre particulièrement sordide est retrouvée à proximité de la basilique Saint-Paul, le préfet de Rome fait appel au commissaire Enrico Mancini, une légende vivante de la police criminelle italienne et un profiler hors pair.

Mais depuis la mort de son épouse, emportée par un cancer, Enrico Mancini n’est plus que l’ombre de lui même et n’a plus foi en rien. Qui plus est il compte bien s’investir à temps plein sur une autre enquête, la disparition du Dr Carnevali, l’oncologue qui a suivi son épouse.

Devant l’insistance de ses supérieurs, Mancini va monter une équipe et se lancer sur la piste sanglante de celui qui se surnomme lui-même l’Ombre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre qui m’a été fortement recommandé il y a déjà quelque temps (le gars l’avait lu en italien, forcément ça lui donne un peu d’avance sur la version française). Restait à attendre une sortie numérique en français (non parlo italiano, scusami).

Ma chronique

Force est de constater que si je regarde la répartition géographique des auteurs composant mon Stock à Lire Numérique (oui je sais, j’ai que ça à foutre), l’Italie est fort peu représentée ; mais la qualité compense la quantité avec notamment Donato Carrisi et Sandrone Dazieri.

Je peux d’ores et déjà affirmer que Mirko Zilahy s’inscrit clairement parmi les grands noms du thriller, ou, si vous trouvez que je m’emballe un peu vite, on va dire a minima parmi les auteurs à suivre de très près.

Avec Roma il signe un premier roman quasiment irréprochable, un thriller brillant et efficace qui vous scotchera de la première à la dernière page.

D’entrée de jeu l’auteur impose une ambiance plutôt sombre en plaçant Rome sous une pluie continue. Les scènes de crime, qu’il s’agisse des lieux choisis par l’Ombre ou de son mode opératoire, contribuent largement à ce sentiment de noirceur et de pesanteur.

Mirko Zilahy apporte un soin tout particulier à son personnage principal, Enrico Mancini. On découvre un flic désabusé, rongé par le chagrin et la culpabilité, qui n’a plus foi ni en son métier ni en l’humanité. Un flic qui voudrait bien tout plaquer, mais avant d’avoir résolu le mystère de la disparition du Dr Carnevali. Autant dire que c’est sans aucune conviction qu’il se lance sur la piste de l’Ombre, mais au fil de l’enquête son instinct de chasseur va reprendre le dessus.

Dommage que les autres personnages de son équipe ne soient pas autant étoffés. À vrai dire ce sont surtout les personnages féminins (Caterina De Marchi, photographe pour la police criminelle et coéquipière de Mancini, et Giulia Foderà, juge d’instruction en charge de l’affaire) qui sont les plus aboutis, on découvre ainsi que sous des dehors imperturbables, chacune doit lutter contre ces propres démons.

Je n’irai pas jusqu’à accuser l’auteur de machisme en laissant sous-entendre que les mecs n’ont aucune faiblesse (Enrico Mancini en est la preuve évidente), mais il est vrai que j’aurai apprécié d’en apprendre un peu plus sur la gent masculine qui entoure Mancini.

Dans le même registre, la personnalité de l’Ombre n’est détaillée que par l’intermédiaire du profil psychologique que l’équipe dresse au fil de l’enquête. Les quelques chapitres durant lesquels il a directement voix au chapitre sont dépourvus de tout aspect psychologique, voire même humain, il fait ce qu’il à faire, point barre.

Comme chez Donato Carrisi, la ville de Rome fait quasiment office de personnage à part entière sous la plume de Mirko Zilahy.

Si l’intrigue est rondement menée, l’enquête progressant après la découverte de chaque nouvelle scène de crime, je l’ai trouvé un tantinet linéaire. Une succession d’avancées jusqu’au dénouement, mais aucun réel rebondissement, ni fausse piste explorée.

Je le répète, pour un premier roman l’auteur réussi un à imposer sa griffe et son nom, certes il reste des pistes à améliorer pour convaincre les lecteurs les plus exigeants, mais pour ma part je préfère juger avec tolérance plutôt qu’intransigeance.

Un deuxième roman de l’auteur est déjà disponible en italien, je serai fidèle au rendez-vous lors de sa sortie en version française ; mais sans doute plus intransigeant cette fois…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jonas Jonasson – L’Assassin Qui Rêvait D’Une Place Au Paradis

J. Jonasson - L'assassin qui rêvait d'une place au paradisUne lecture façon Feel Good pour changer un peu de mes mondes de brutes sanguinaires. Une escapade en compagnie de Jonas Jonasson, un habitué de genre, et son dernier opus L’Assassin Qui Rêvait D’Une Place Au Paradis.
Dédè le Meurtrier, un assassin qui vient de purger 30 ans de prison, s’associe avec Per Persson, un standardiste fauché et plein de rancoeur, et Johanna Kjellander, une pasteure athée et défroquée, dans un entreprise de punitions corporelles. Tout se passe pour le mieux jusqu’à ce que le Dédé découvre la Bible et les vertus de la non violence…
Après un vieux râleur fugueur et une analphabète pour qui les chiffres n’ont aucun secret, Jonas Jonasson nous offre un assassin repenti pas vraiment futé et très porté sur le sang du Christ. Si vous avez lu les deux précédents roman de l’auteur vous savez d’ores et déjà que vous embarquez pour un voyage en absurdie où tout est possible… même (surtout serait un terme plus approprié) le plus improbable et le plus invraisemblable.
Le trio composé de Dédé, Per et Johanna fonctionne plutôt bien. D’une part du fait de l’incommensurable bêtise de l’assassin (mais ne le lui répétez pas, il pourrait mal le prendre), mais aussi et surtout grâce à l’absence totale de morale et de scrupules du réceptionniste et de la pasteure ! Ils ne connaissent aucune limite quand il s’agit de trouver des idées tordues pour se faire un max de fric en un minimum de temps et avec le moins d’efforts possibles… quitte à abuser de la niaiserie de leur complice.
Une lecture agréable mais sans plus d’enthousiasme que ça, je n’ai pas retrouvé le même plaisir que j’avais eu en lisant les deux précédents romans. Les sourires sont bien au rendez-vous mais ils sont discrets, ne vous attendez pas à rire aux larmes vous seriez déçus. Le récit est burlesque mais moins déjanté que les précédents, à force de vouloir en faire trop dans la redondance ça finit par lasser.
Un roman de 480 pages qui gagnerait à n’en faire que 400, par moments on a l’impression que l’auteur tire sur ses ficelles jusqu’à l’extrême limite du point de rupture. Point de rupture pour ma part mais quelques soupirs désabusés. Peut être que j’attendais trop de ce bouquin…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Fredrik Backman – Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour

F. Backman - Ma grand-mère vous passe le bonjourUn peu de légèreté pour reposer les neurones et apaiser les tensions. C’est exactement ce qu’il me faut en ce moment et je compte bien sur Fredrik Backman pour se faire, avec son dernier roman, Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour.
Elsa, 7 ans, presque 8, est une enfant solitaire qui partage une grande complicité avec sa grand-mère, prête à toutes les excentricités pour rendre sa petite fille heureuse. Juste avant que la vieille dame ne décède, vaincue par le cancer, elle propose à Elsa de participer à une chasse au trésor de son cru. A la recherche des indices éparpillés ça et là par sa grand-mère, Elsa va faire son deuil et en apprendre plus sur mamie… et ses voisins.
Avec ce second roman, Fredrik Backman ne fait que me conforter dans l’opinion que j’avais de lui : il est à la littérature suédoise ce que Gilles Legardinier est à la littérature française, un champion toute catégorie de la littérature feel good. Ses romans nous mettent du baume au coeur et jouent avec toute la gamme des émotions ; on passe du rire aux larmes. Heureusement on rit plus souvent qu’on ne verse une larmiche émue !
Bien qu’écrit à la troisième personne l’auteur nous fait vivre le récit à travers les mots et les émotions d’Elsa, je tiens à saluer le travail de Laurence Mennerich, la traductrice, l’effet est bluffant, une totale réussite !
Nul doute que cette petite Elsa restera longtemps dans votre tête, même après avoir refermé (à regrets) le bouquin. Une gamine de 7 ans, presque 8, d’une intelligence et d’une maturité remarquables pour son âge, solitaire car les enfants de son âge ne la comprennent pas (au contraire ils la prennent comme souffre douleur). Elle n’en finira pas de vous surprendre.
Puis il y a la fameuse mamie, comme on aurait aimé la connaître plus longtemps. Pour sa petite fille elle a inventé tout un univers de contes de fées… Une univers pourtant pas si fictionnel que cela comme le découvrira Elsa au cours de sa chasse au trésor ! Encore une brillante idée de l’auteur mais je n’en dirai pas plus afin de ne pas gâcher la surprise.
Les autres personnages sont les habitants de l’immeuble. Ulrica la maman d’Elsa, enceinte d’un futur petit frère ou d’une future petite soeur, la Moitié. George le beau-père que tout le monde apprécie sauf Elsa, sans être méchante avec lui elle joue la carte de l’indifférence. Chacun des voisins mériterait que j’en dise quelques mots mais là encore je préfère laisser intact le plaisir de la découverte pour les futurs lecteurs.
Un bouquin qu’il fait bon lire, qui vous redonne même foi en l’humanité. Un récit qui aborde des thèmes sérieux avec légèreté mais intelligence, sans une once de mièvrerie. Vivement que le roman suivant de l’auteur soit traduit en français ! D’autant que, au vu du titre, il n’est pas impossible que l’on retrouve un personnage déjà croisé dans ces pages.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Une citation qui s’applique particulièrement bien à la sombre actualité du moment : « C’est comme ça qu’on tient tête aux salauds qui nous disent ce qu’on a le foutu droit de faire ou pas. En foutant ce qu’on veut. »
Vous nous avez fait tanguer mais nous ne sombrerons pas. Vous mordrez la poussière avant nous ! Vous disparaîtrez avant nous !

[BOUQUINS] George, Elizabeth – Juste Une Mauvaise Action

E. George - Juste une mauvaise actionJe poursuis mon Challenge retrouvailles au rythme de croisière que je me suis imposé, grosso modo je m’impose une alternance entre un bouquin du challenge et d’autres bouquins… avec toutefois une certaine souplesse. Direction l’Angleterre cette fois, pour y retrouver l’inspecteur Lynley et sa dix huitième enquête, Juste Une Mauvaise Action, toujours sous la plume d’Elizabeth George.
Azhar, le voisin et ami de Barbara Havers est dévasté, sa compagne s’est fait la malle avec leur fille. Le pire étant que la police ne peut intervenir, Azhar n’a en effet aucun droit sur la gamine. Cinq mois plus tard la compagne de Azhar est de retour à Londres, leur fille a disparu alors qu’ils s’étaient installés en Toscane. L’affaire parvient « malencontreusement » aux oreilles de la presse, Scotland Yard n’a d’autre choix que de dépêcher l’inspecteur Lynley sur place pour une enquête conjointe avec son homologue italien…
C’est ma troisième rencontre avec l’inspecteur Lynley et je dois reconnaître que les précédentes m’avaient fait forte impression. Oubliez les thrillers dopés à l’adrénaline, ici on est dans le polar dans la plus pure tradition british (même si l’auteure est américaine), il faudra se montrer patient avant que les différentes pièces du puzzle ne s’assemblent.
Pour être tout à fait franc j’ai été quelque peu déconcerté par le début, pas d’enquête policière, juste les états d’âmes de Barbara Havers et de Azhar. OK, ça s’engage plutôt mal… 700 pages à ce rythme ça va être foutrement long à lire ! Mais c’était sans compter sur le génie d’Elizabeth George, d’un coup sa mécanique machiavélique se met en branle. Enfin une vraie enquête démarre ! Quand son dénouement semble approcher on s’aperçoit que l’on en est à peine à la moitié du bouquin… L’auteure nous réserve encore bien des surprises et prend un malin plaisir à nous égarer sur de fausses pistes. Et Dieu sait que les questions et remises en question ne manqueront pas au fil des pages !
Dans cette nouvelle affaire le sergent Barbara Havers est largement mise à contribution car elle se sent personnellement impliquée. Le hic c’est qu’elle a la finesse et la délicatesse d’un troupeau d’éléphants enragés lâché dans une plantation de baobabs ! En l’occurrence elle multiplie les erreurs, les mauvais choix, et les négligences au point que même Lynley ne sait plus s’il pourra couvrir ses conneries : « Je viens d’avoir avec elle une conversation qui m’a perturbé. Pourtant depuis que je la connais, j’en ai eu, des occasions d’être perturbé par elle, vous ne pouvez pas savoir. Mais là, c’est trop pour moi. » Ou encore : « Elle était intelligente, certes, mais la moitié du temps ne se servait pas de son cerveau. Et quand elle s’en servait, c’était souvent pour faire n’importe quoi. Comme maintenant. » On en arrive presque à attendre avec impatience le retour de manivelle tant elle semble se montrer stupide et bornée (bin oui, mon empathie est plus limitée que celle de Lynley). Mais même notre flegmatique inspecteur (et de fait nous aussi) doit bien avouer Barbara Havers a d’indéniables qualités : « Et pourtant… Quand elle était sur une enquête, elle s’y plongeait tout entière et donnait le meilleur d’elle-même. Elle n’avait jamais peur de tenir tête à quelqu’un dont elle ne partageait pas l’opinion. Elle ne faisait jamais passer ses chances de promotion avant la résolution d’une affaire. Et quand elle tenait ce qu’elle pensait être une piste, on ne pouvait pas plus la lui faire lâcher qu’à un pitbull un morceau de steak. Son esprit frondeur et sa faculté à ne se laisser démonter par personne, si haut placé que soit ce personne… En un mot, Barbara était hors normes, et c’était exactement le genre d’officier dont on avait besoin dans une équipe. » Retour de boomerang en pleine gueule ou pas ? Sur ce coup je resterai muet comme une carpe catatonique.
D’un autre côté il faut bien reconnaître que tout joue contre le principal suspect, d’autant que lui aussi n’a pas brillé par son intelligence dans certains de ses choix. Si j’étais dans un jury je le condamnerai sans la moindre hésitation, il a le profil idéal pour avoir commis ce dont on l’accuse. Mais dans un roman d’Elizabeth George je me dis qu’il y a forcément anguille sous roche, sous sa plume les évidences sont généralement trompeuses. Mais bon si ce n’est lui alors qui ? Pourquoi ? Et surtout comment ? Ne comptez pas sur votre vieille carpe catatonique pour lever le voile sur ces questions.
Vous l’aurez compris, une fois de plus l’auteure nous a mitonné un polar so british totalement maîtrisé, il va sans dire que j’aurai plaisir à retrouver l’inspecteur Lynley pour sa prochaine enquête.
L’auteure porte un regard plutôt critique sur le système judiciaire italien, je ne sais pas si tout est rigoureusement exact (je suppose que oui), mais si je devais séjourner en Italie (ce qui me semble fort peu probable) j’éviterai consciencieusement d’attirer l’attention des flics sur moi.
Petit bémol sur la forme plus que sur le fond. Je sais bien qu’une partie de l’action se déroule en Toscane, mais étail-il vraiment nécessaire de multiplier les phrases en italien ? La simple mention que le dialogue se déroulait en italien eut été suffisant. Si demain Lynley est envoyé au Japon ou à Moscou nous aurons le droit à des phrases entières écrites en barreaux de chaises (kanji, hiraganas et katakanas) ou en cyrillique ??? Certes ça donne une touche d’exotisme mais personnellement je considère cela comme étant plus pénible qu’autre chose.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Jonas Jonasson – L’Analphabète Qui Savait Compter

J. Jonasson - L'Analphabète Qui savait CompterLa course contre mon Stock à Lire Numérique poursuit son petit bonhomme de chemin avec un retour à la comédie, mais façon grand nord cette fois puisque je me suis attaqué à L’Analphabète Qui Savait Compter de Jonas Jonasson.
Quatrième de couv’ : Née à Soweto pendant l’apartheid, Nombeko Mayeki commence à travailler à cinq ans, devient orpheline à dix et est renversée par une voiture à quinze. Tout semble la vouer à mener une existence de dur labeur et à mourir dans l’indifférence générale. Mais c’est sous-estimer le destin… et le fait qu’elle est une analphabète qui sait compter. Durant son périple, elle rencontre des personnages hauts en couleur, réussit à se mettre à dos les services secrets les plus redoutés au monde et se retrouve enfermée dans un camion de pommes de terre. C’est à ce moment-là que l’humanité est menacée.
Pour son second roman, après l’excellent Vieux Qui Ne Voulait Pas Fêter Son Anniversaire, le suédois Jonas Jonasson nous propose un nouveau périple totalement improbable, riche en surprises et rencontres tout aussi improbables, et toujours aussi déjanté. On serait tenté de dire que l’auteur ne se foule pas en reprenant une recette éprouvée (jusque dans le style narratif qui est identique) et force est de constater que ce n’est pas complètement faux.
Alors est ce que le résultat sent le réchauffé ou est-ce qu’il mérite le détour ? Ma réponse est sans appel : à lire ! Ne serait-ce que pour le plaisir de vivre une intrigue qui vous déridera les zygomatiques. Mais aussi parce que finalement, même si la trame de fond des deux romans reste assez proche, ils sont radicalement différents. Je vous assure que vous serez surpris par le personnage de Nombeko, qui sait faire bien plus que seulement compter. L’auteur réussira aussi à vous étonner avec une galerie de personnages pour le moins originale. Et, cerise sur la gâteau, son intrigue vous tiendra en haleine, aussi dingue soit-elle on a envie de savoir comment tout ça finira.
Si au départ on est tenté de faire des comparaison avec le personnage d’Allan et son périple, on en arrive vite à se laisser charmer et embarquer par les aventures rocambolesques de Nombeko et l’identité propre que l’auteur insuffle à son roman. Derrière l’humour vous pourrez même trouver quelques réflexions plus profondes, notamment sur la tolérance et le racisme (le cadre sud-africain se prête bien à ça). Même si ça peut laisser une impression de déjà vu je vous invite à foncer tête baissée dans ce bouquin, vous ne le regretterez pas et je suis prêt à parier que vos zygomatiques ne résisteront pas longtemps…