[BOUQUINS] Anne-Marie Mitchell – Le Piéton Du 36

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Piéton Du 36
Auteur : Anne-Marie Mitchell
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2022
Origine : France
144 pages

De quoi ça cause ?

Paris 2019. Le commissaire Noé Jaurèle et le lieutenant Léo Paulin sont appelés sur une scène de crime. Les rares indices retrouvés sur place semblent avoir été laissés à dessein par l’assassin.

Pas le temps de souffler qu’une deuxième victime est identifiée. Aucun doute possible, c’est bien le même assassin qui a frappé à quelques heures d’intervalle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À la base c’est la couv’ qui a titillé ma curiosité, la quatrième de couv’ n’a fait que confirmer mon envie de me pencher sur ce bouquin.

Ce seront quelques échanges avec l’auteure, Anne-Marie Mitchell, qui achèveront de me convaincre.

Ma Chronique

Le Piéton du 36 c’est le commissaire Noé Jaurèle, un surnom qu’il doit à son amaxophobie (la peur de conduire) bien connue de tous.

Pour revenir à mon amaxophobie – qui est, au cas où tu serais trop paresseux pour ouvrir un dictionnaire, la peur maladive de mettre les mains sur un volant –, sais-tu que deux cents millions d’animaux meurent chaque année sur les routes d’Europe, tués par d’abjects écrabouilleurs ?

Jaurèle est un flic à l’ancienne qui se méfie de tout ce qui touche aux nouvelles technologies. Un flic bourru à souhait qui n’a pas son pareil pour manier l’argot, totalement accro à Dolce, son chat chartreux. Fan de Brassens et fervent admirateur de Georges Simenon et de son héros fétiche, le commissaire Maigret.

N’ayant jamais lu Simenon et ne connaissant Maigret que par écran interposé (au cinéma sous les traits de Jean Gabin, à la télévision sous ceux de Jean Richard puis de Bruno Cremer), les nombreuses références à l’auteur et à son personnage m’ont laissé de marbre, mais cela ne m’a nullement empêché d’apprécier ce bouquin.

Sinon je suis piéton (pas amaxophobe, juste piéton sans aucun permis de conduire), ailurophile totalement assumé et non exclusif, grand fan de Brassens et, plus généralement, amoureux de la langue française. Ajoutons à cela un tantinet asocial et vous aurez un aperçu de ce qui me rapproche d’un personnage comme Noé Jaurèle.

En revanche s’il y a bien une différence sur laquelle je ne transigerai pas c’est que quand je vais à la boulangerie je commande un pain au chocolat, pas une chocolatine (vade retro !!!).

Si l’enquête de police ne révolutionnera sans doute pas le genre, elle n’en reste pas moins très bien construite, j’avoue d’ailleurs sans la moindre honte m’être totalement laissé berner sur la fin (mes soupçons se sont orientés sur le mauvais suspect… ce qui était certainement une volonté de l’auteure).

Le roman brille surtout par la qualité et la beauté de son écriture ; les dialogues sont purement et simplement jouissifs (je pense notamment aux échanges en Jaurèle et son lieutenant ou encore entre le commissaire et son ami médecin-légiste). C’est un plaisir qui ravira les amoureux de la langue française.

Il faut dire que Anne-Marie Mitchell apporte un soin tout particulier à ses personnages. À l’inverse de son boss, le lieutenant Léo Paulin est un as en informatique. Le légiste, Edwin Joubert, habitué à parler à ses cadavres en cours d’autopsie n’est pas san rappeler Ducky Mallard de la série NCIS. Vous croiserez aussi un libraire pour le moins atypique et très dissert.

Enfin vous découvrirez un autre aspect de Noé Jaurèle une fois dans l’intimité qu’il partage avec son chat. Un personnage plus fragile qui doit composer avec les blessures du passé que le temps n’efface jamais totalement.

Un roman que l’auteure ancre aussi fortement dans notre réalité pas toujours réjouissante, l’occasion de lancer quelques piques bien senties çà et là… sans toutefois s’attarder en de vaines polémiques.

Le roman est court et se dévorera (ou plutôt se dégustera) d’une traite et vous laissera un baume bienfaisant au cœur et à l’âme tant les mots continueront de chanter à vos oreilles. Et pourquoi pas écouter quelques chanson de Brassens en refermant ce roman ? Ne serait-ce que pour prolonger le plaisir de notre belle langue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Robert Galbraith – Sang Trouble

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Titre : Sang Trouble
Série – Cormoran Strike – Livre 5
Auteur : Robert Galbraith
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
928 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il visite sa famille dans les Cornouailles, Cormoran Strike est abordée par une inconnue qui l’implore de l’aider à retrouver sa mère, disparue ans des circonstances encore inexpliquées en 1974.

Après en avoir discuté avec son associée, Robin Ellacott, et bien que n’ayant jamais eu à travailler sur des cold cases, Strike accepte de reprendre l’enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le cinquième opus des enquêtes de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Non seulement les intrigues sont bien fichues, mais en plus on prend plaisir à assister à l’évolution des personnages.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le duo d’enquêteurs que forment Cormoran Strike et Robin Ellacott. Pour la première fois ils vont devoir plancher sur un cold case, le Dr Margot Bamborough a en effet mystérieusement disparu un soir de 1974, alors qu’elle quittait le cabinet médical dans lequel elle exerçait. C’est à la demande de sa fille, Anna, que Strike et Robin vont accepter de remonter et démêler les fils de l’enquête.

Comme souvent quand on est confronté à une série, certains lecteurs peuvent se poser la question de la nécessité d’avoir lu les tomes précédents ou si cela reste accessoire. Très honnêtement, même si cela ne s’impose pas nécessairement, je vous invite à lire les précédents tomes de la série dans l’ordre. C’est la meilleure façon d’apprécier pleinement la situation des personnages.

Si les affaires sont plutôt florissantes pour nos deux détectives associés, d’un point de vue personnel ce n’est pas vraiment la joie. Galanterie oblige je commencerai par Robin, empêtrée dans un divorce qui n’aurait dû être qu’une formalité, mais c’était sans compter sur la fierté mal placée de son ex, Matthew, qui semble prendre un malin plaisir à faire traîner les démarches.

De son côté Strike n’est guère mieux loti. Il est au chevet de sa tante, qu’il considère comme une mère, atteinte d’un cancer en phase terminale. Un malheur n’arrivant jamais seul, il va aussi devoir composer avec les soudains élans familiaux de son géniteur et les états d’âme de son ex, Charlotte, plus suicidaire et pleurnicharde que jamais.

En plus de la disparition du Dr Bamborough, l’agence doit assurer le suivi des affaires en cours ; heureusement que Strike et Robin pourront compter sur leur équipe en renfort même s’ils devront parfois, eux aussi, mouiller la chemise. Des affaires qui sont bien plus que de simples digressions de l’intrigue principale, ce sont elles qui contribuent à faire bouillir la marmite et, pour certaines, elles sont loin d’être aussi anodines que l’on pourrait le supposer de prime abord.

Matthew étant moins présent dans le présent roman, on aurait pu craindre l’absence d’une tête à claques de service ; je vous rassure tout de suite, il a un trouvé un digne successeur en la personne de Saul Morris, l’un des enquêteurs sous-traitant de l’agence. Difficile, pour ne pas dire impossible, d’imaginer plus beauf que ce type.

En reprenant l’enquête sur la disparition du Dr Bamborough, Strike et Robin vont rapidement se retrouver confrontés à un enquêteur obsessionnel, convaincu que le coupable ne peut être que Dennis Creed, un tueur en série qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets. Une obsession qui le poussera à manipuler les témoins et à suivre de vagues pistes ésotériques afin que les faits viennent, envers et contre tout, corroborer ses soupçons.

Ne pouvant se fier au seul rapport d’enquête, Strike et Robin vont devoir interroger les témoins précédemment entendus par la police. À condition bien sûr que ceux-ci soient toujours en vie et de parvenir à leur mettre la main dessus. Les témoignages, parfois contradictoires, vont pousser les enquêteurs à examiner de nombreuses pistes, dont celle d’une famille qui régnait sur le crime organisé dans les années 70.

À partir de là les enquêteurs vont s’engager dans un jeu de pistes labyrinthique dans lequel ils auront bien du mal à démêler le vrai du faux. Décortiquant chaque témoignage obtenu afin de le comparer à celui livré au moment des faits, au rapport d’enquête et aux notes (plus ou moins absconses) de l’inspecteur Talbot. De quoi s’arracher les cheveux et y perdre son latin… mais il faudra plus que ça pour décourager notre duo de choc.

Et au milieu de tout ça on suit l’évolution de la relation entre Strike et Robin, une relation sur fond de valse-hésitation, un pas en avant et deux pas en arrière ; tantôt on souffle le chaud, tantôt on souffle le froid. L’aspect personnel est encore fois (peut-être même plus que jamais) au centre de l’intrigue mais sans que cela ne vienne casser le rythme.

Niveau adrénaline, on ne peut pas vraiment dire que le palpitant et les nerfs soient mis à rude épreuve ; l’enquête se déroule sans grosse montée de stress pour nos deux enquêteurs, jamais ils ne se retrouveront réellement en danger.

Une intrigue rondement menée qui réserve quelques surprises (j’avoue que je ne m’attendais pas du tout au final), si l’adrénaline n’est pas au rendez-vous, l’ennui non plus. On se laisse volontiers entraîner par l’enquête et les déboires personnels de Strike et Robin, du coup les 900 (et plus si affinités) pages passent comme une lettre à la poste.

Bien entendu je serai au rendez-vous pour leur sixième enquête (prévue pour cette année en VO), en espérant toutefois quelque chose d’un peu plus nerveux.

D’ici là, si l’occasion se présente, il faudrait que je me penche sur la série TV C.B. Strike qui compte déjà quatre saisons (une pour chacun des précédents romans) avec une cinquième annoncée (dédiée à Sang Trouble cela va sans dire).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – L’Inconnue De La Seine

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Titre : L’Inconnue De La Seine
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Roxane Montchrestien, capitaine de police se retrouve mise au placard à la Brigade des Affaires Non Conventionnelles ; une brigade fantôme dont elle sera le seul élément, hormis une stagiaire embauchée par son prédécesseur.

À peine installée, Roxane se retrouve confrontée à une affaire hors norme. À quelques jours de Noël, une inconnue est repêchée nue et amnésique dans la Seine avant de disparaitre au cours de son transfert vers un établissement hospitalier.

Les résultats des analyses ADN sont formels, l’inconnue est Milena Bergmann, une célèbre pianiste allemande… décédée dans un crash aérien survenu un an plus tôt.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso, cela fait maintenant 10 ans que je le suis de façon inconditionnelle et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

Ma Chronique

Guillaume Musso a déjà largement démontré qu’il n’avait plus rien à prouver quant à sa maîtrise des règles du polar, des règles qu’il prend même plaisir à tordre et distordre au fil de ses romans afin qu’aucun ne ressemble aux précédents. Et c’est précisément à ce petit jeu qu’il se livre à l’occasion de ce nouvel opus.

Pour la petite histoire c’est le quatrième roman consécutif de l’auteur dont l’intrigue tourne autour ou implique un écrivain. Sans forcément décortiquer le processus créatif de l’écrivain, force est de constater que bien souvent les auteurs mis en scène par Guillaume Musso ont des personnalités complexes avec un côté obscur plus ou moins affirmé.

Cette fois l’auteur en question, Raphaël Batailley, va se retrouver bien malgré lui impliqué dans une intrigue qui dépasse l’entendement.

Il faut bien reconnaître que si l’affaire commence comme un fait divers assez banal (une nana sauvée de la noyade par la brigade fluviale), les choses vont rapidement se corser et prendre un tour totalement inattendu. À tel point que l’on en viendra même à se demander si Guillaume Musso n’aurait pas été aspiré dans la quatrième dimension pour nous livrer sa nouvelle intrigue. Que nenni ! Restons terre à terre et cartésiens… la réalité (littéraire) dépasse parfois les frontières de l’imaginaire, pour se révéler bien plus complexe et machiavélique que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Point de fantastique donc mais un polar pur et dur mené par Roxane Montchrestien, une policière mise au placard mais déterminée à rebondir bien que largement désabusée et désillusionnée par le métier de flic (il faut bien avouer que quand une foule de connards décérébrés gueule aux flics « SUICIDEZ VOUS ! », ça donne envie de sortir l’artillerie lourde et de tirer dans ce tas de merde). Une enquête qui va rapidement s’avérer addictive tant elle est riche en surprises et rebondissements.

Une intrigue chorale qui donnera aussi voix à Raphaël Batailley, un écrivain brillant torturé par un passé douloureux, qui va se retrouver bien malgré lui (même si, à l’insu de son plein gré, c’est lui qui a mis en branle cette mécanique infernale) entraîné dans une mise en scène perverse et implacable. Aura aussi voix au chapitre, son père, Marc Batailley, un flic qui a connu son heure de gloire au sein de la Crim’ marseillaise avant de se retrouver placardisé à la tête de cette fameuse Brigade des Affaires Non Conventionnelle, aujourd’hui dans le coma à la suite d’une mauvaise chute (?).

Même si le bouquin est prenant de bout en bout, il m’a laissé un amer sentiment d’inachevé quand je l’ai refermé.

Concernant le personnage de Roxanne, j’aurai aimé comprendre les raisons de cette soudaine mise au placard. De même elle semble faire état d’un événement survenu pendant son année d’hypokhâgne (1ère année de prépa à Normale sup section littéraire) qui aurait justifié ce brusque changement d’orientation professionnelle, mais le lecteur est condamné à rester dans l’ignorance.

Quid de la chute de Marc Batailley ? Son enquête personnelle était pas loin d’aboutir, de là à penser que sa chute ne serait pas si accidentelle que l’on veut bien nous le faire croire il n’y a qu’un pas. Rien de vient confirmer ou infirmer cette impression.

Dommage que le personnage de Valentine, qui apporte une touche de fraîcheur et de dynamisme au récit, n’ait pas été davantage mis en valeur.

Dernier bémol, et non des moindre, la fin, un peu trop ouverte à mon goût, me laisse sur ma faim. D’où le sentiment d’inachevé en refermant le bouquin.

Une intrigue maîtrisée avec des personnages forts mais qui manque de profondeur sur certains aspects… Dommage ça aurait pu être un gros WAOW ! Ce sera finalement un simple Hmouais, pas mal mais peut mieux faire.

Le point de départ de son intrigue – tout comme le titre de son roman – s’inspire d’une noyade qui serait survenue à la fin du XIXe siècle, l’employé de la morgue, subjugué par la beauté de la victime, aurait alors réalisé un moulage en plâtre de son visage. Ainsi naquit la légende de l’Inconnue de la Seine… où s’arrête la réalité, où commence la légende ? Nul ne le saura jamais.

MON VERDICT

 Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso depuis 2012

2021 : Marc Levy (Le Crépuscule Des Fauves)
2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était À Refaire)

Marc Levy : 5 – Guillaume Musso : 5
Égalité

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Serpent Majuscule

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Titre : Le Serpent Majuscule
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde, 63 ans, petite, large et lourde comme elle se définit elle-même, a tout de la madame Tout-le-Monde qui se fond, anonyme et invisible, dans la foule. Les apparences sont parfois trompeuses, Mathilde est une tueuse professionnelle d’une redoutable efficacité.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il nous propose de découvrir son premier roman, écrit en 1985, et jamais publié jusqu’à ce jour.

Ma Chronique

En nous proposant de découvrir ce roman inédit, oublié au fond d’un tiroir, Pierre Lemaitre fait ses « adieux » au polar (c’est votre dernier mot Pierre ? je ne perds pas espoir qu’à l’image de certaines stars du showbiz, ces adieux ne soient qu’un au revoir dissimulé).

Un roman écrit en 1985 dont l’intrigue se situe cette même année. Une époque où l’être humain lambda n’avait pas un smartphone greffé au bout du bras H24, où les gadgets connectés en tout genre n’existaient que dans les romans de science-fiction les plus visionnaires… comme dirait l’autre (merci Charles), je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître

Un polar noir qui adopte un ton décalé totalement assumé et affiche fièrement son intrigue hautement amorale. Une intrigue qui balaie allégrement le politiquement correct aseptisé et hypocrite. Un plaisir jubilatoire à lire !

Une intrigue portée par une héroïne pour le moins atypique. C’est qu’on lui donnerait le Bon Dieu sans confession à cette petite vieille qui se perd dans la masse. L’habit ne fait pas le moine et si la Mathilde a un contrat sur votre tête elle n’hésitera pas à faire parler la poudre. La rencontre entre une balle tirée par un Desert Eagle et une paire de couilles ne se joue pas à l’avantage de cette dernière… et de son propriétaire. C’est que la Mathilde (qu’est revenue) a une attirance particulière pour les gros calibres !

Un premier roman qui a certes quelques faiblesses sur la forme, mais le fond est tellement jouissif que l’on pardonne sans mal ces légères erreurs de jeunesse. Un bouquin donne du pep’s et qui force à une certaine bienveillance à son égard. 35 ans avant qu’il ne publie son premier roman (Travail Soigné, en 2006), on reconnaît déjà la griffe de Pierre Lemaitre et le plaisir sadique qu’il a à malmener ses personnages.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Merle – Dans L’Ombre Du Loup

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O. Merle - Dans l'ombre du loup
Titre : Dans L’Ombre Du Loup
Auteur : Olivier Merle
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
540 pages

De quoi ça cause ?

Quand M. Kerdegat, un notable de la ville de Rennes, s’adresse à la police pour se plaindre d’appels et de lettres anonymes, c’est le commandant Hubert Grimm qui le reçoit avec pour consigne de ne pas faire de vagues.

Même si Grimm, récemment muté à Rennes, considère que l’affaire est plutôt banale, il va mobiliser son équipe pour mener une enquête rigoureuse. Il va rapidement comprendre que Kerdegat, en plus d’être un individu méprisable, a bien des secrets à cacher aux enquêteurs…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant tout par curiosité, la quatrième de couv’ nous promettant une rencontre avec « un flic pas comme les autres ».

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quelques mots sur l’auteur avant d’entrer dans le vif du sujet. Olivier Merle est le fils du romancier Robert Merle, connu pour ses romans historiques (on lui doit notamment la série Fortune de France). Après quelques titres en littérature jeunesse et quelques romans historiques, Olivier Merle signe son premier thriller avec Dans L’Ombre Du Loup.

J’ai pris l’habitude de ne pas prendre pour argent comptant les annonces (promesses ?) des bandeaux et quatrième de couv’, force est toutefois de constater qu’en l’occurrence Hubert Grimm est vraiment « un flic pas comme les autres ». Ce n’est pas tant par ses méthodes qu’il sort de l’ordinaire (au contraire, malgré un caractère affirmé il a tendance à respecter – plus ou moins – les procédures), mais plutôt par sa personnalité tourmentée.

Outre le fait d’avoir du mal à se remettre d’une histoire d’amour compliquée (comme on dit sur la fesse du bouc), il est surtout climato-dépressif au plus haut degré… à ce niveau on pourrait même parler de collapsophobie tant ça vire à l’obsession chez lui. Genre de gars tu bouffes une côte de bœuf à côté de lui, il t’explique ne long en large et en travers les multiples impacts environnementaux de la consommation de viande… bref au bout de 30 secondes tu n’as qu’envie, lui enfoncer la gueule dans son tofu pour qu’il s’étouffe avec (oui, je suis un carnivore revendiqué et assumé) !

Malgré sa barbaquophobie le personnage est intéressant et attachant. Il peut aussi compter sur le soutien de son équipe. Trois flics ayant chacun leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses. Une équipe qui se complète parfaitement aussi bien sur le terrain que dans les tâches administratives.

L’enquête ne démarre pas forcément tambour battant, il faut que les choses se mettent en place et que Grimm et son équipe explorent les différentes pistes et les divers indices. Peu à peu les choses vont s’accélérer, d’autant que l’affaire va se compliquer avec la découverte d’un corps découpé déposé devant chez Kerdegat.

L’intrigue à proprement parler est plutôt bien menée, même si parfois j’ai trouvé que l’équipe tirait des conclusions un peu hâtives ou séchait sur des éléments plutôt évidents… il n’en reste pas moins que ce roman vous réservera quelques belles surprises et quelques revirements pour le moins inattendus.

L’écriture et le style d’Olivier Merle permettent une lecture fluide. Pour sa première incursion dans le monde du polar, l’auteur n’a pas à rougir du résultat. Certes ce n’est pas parfait, mais le roman n’en reste pas moins convaincant et efficace.

MON VERDICT
 

Morceau choisi

Au niveau des gouvernants, nous sommes entrés dans une nouvelle période : celle de l’homme-à-grosses-couilles. L’homme-à-grosses-couilles prend le pouvoir un peu partout sur la planète.
[…]
Ils débarquent en nombre, on ne voit plus qu’eux : Trump, Poutine, Xi Jinping, Bolsonaro, Erdogan, Salvini, Orban, etc., etc., etc., je pourrais les citer tous, mais on y serait encore demain matin ! L’homme-à-grosse-couilles est là ! Or, l’homme-à-grosses-couilles n’en a rien à faire de la planète. Rien du tout ! Il la détruit parce que sa destruction augmente sa puissance ! Et il n’y a que ça qui compte pour lui : le pouvoir et l’argent ! L’homme-à-grosses-couilles n’a qu’une perspective : sa propre jouissance. Et il est convaincu que la planète tiendra bien encore un peu, au moins jusqu’à ce qu’il meure. C’est tout ce qui lui importe. Ce qui adviendra après sa mort, il s’en contrefout, l’homme-à-grosses-couilles ! Voilà pourquoi tu as perdu, toi, le petit Grimm, recroquevillé sur ton étroit lopin de terre qui se dégrade inéluctablement !
[…]
Tu vois, l’homme-à-grosses-couilles, c’est que de la haine, que du pur macho violent ! Tu enfermes Greta Thunberg avec Trump, Poutine et Xi Jinping dans une pièce, je suis sûre qu’ils lui font subir une tournante avant de la pendre au plafond à un croc de boucher !

[BOUQUINS] Bernard Petit – La Traque

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B. Petit - La traque

Titre : La Traque
Auteur : Bernard Petit
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Toutes les forces de police de Belgique sont mobilisées et en alerte maximale.

Un ancien ministre, devenu un homme d’affaires de premier plan, a été enlevé. Les ravisseurs n’ont laissé aucun indice derrière eux, sinon un courrier laissant supposer une future demande de rançon.

Peu de temps après, un dangereux gang de fourgonniers (braqueurs de fourgons blindés) que la police traque sans succès depuis des années, frappe de nouveau. Un convoyeur a été tué, un flic blessé par balles est dans un état critique… l’argent a disparu avec les braqueurs.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’un roman policier écrit par un ancien flic est bien souvent un gage de qualité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Impossible de vous parler de ce roman sans vous dire quelques mots sur son auteur.

Bernard Petit intègre les forces de police en 1983 en tant qu’inspecteur, il connaître une ascension fulgurante et une carrière sans fausse note qui lui vaudront d’être nommé à la tête de 36 Quai des Orfèvres en 2013. En 2015, après 38 années passées de service, il est limogé et mis en examen pour avoir violé le secret professionnel.

Il ne m’appartient pas de juger du bien-fondé ou non de de l’accusation et de la sanction (Bernard Petit a toujours nié les faits qui lui sont reprochés) ; force est toutefois de reconnaître que, quand on creuse un peu autour de cette affaire, il subsiste pas mal de zones d’ombres et d’incertitudes.

Fin de la parenthèse. Venons-en à l’objet du délit, à savoir le premier roman de Bernard Petit… roman policier, cela va sans dire !

L’auteur nous invite à une longue et sanglante traque qui va s’étaler dans le temps (sur plusieurs années) et dans l’espace (essentiellement entre la France et la Belgique… mais pas que). Une traque qui obligera les différentes forces de police à passer outre les différents / désaccords / tensions afin d’œuvrer ensemble au démantèlement du gang des fourgonniers.

Il m’a fallu un peu de temps pour réussir à me poser mes marques parmi les nombreux intervenants policiers (quelle brigade ? quel pays ? avec qui ?), mais finalement chacun a rapidement trouvé sa place dans mon esprit.

Une galerie de flics aux profils divers et variés, il y a ceux qui filent droit dans leurs bottes et dans le respect des règles, ceux qui contournent plus ou moins fortement lesdites règles afin de faire avancer leur enquête et ceux qui franchissent allègrement la ligne blanche avec pour unique mot d’ordre leur profit personnel.

Dépeindre le quotidien de ces flics au cœur de l’action permet aussi à l’auteur de pointer bon nombre de disfonctionnements du système. Les chefs de groupe doivent composer avec un effectif insuffisant, les coupes budgétaires, les tracasseries administratives ou procédurières. Sans parler d’une mission souvent parasitée par les consignes visant à gonfler artificiellement les stats d’efficience afin de faire plaisir aux ronds-de-cuir (procureurs, préfets, ministres).

Bernard Petit aurait pu faire dans la facilité en opposant à « ses » flics, des braqueurs bourrins et sanguinaires. Certes ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes pour arriver à leurs fins ou neutraliser une menace, mais j’ai bien aimé l’esprit de groupe qui soudait le gang.

Le roman va au-delà d’un simple jeu du chat et de la souris entre gentils flics et méchants braqueurs. Il donne aussi de la voix à ceux et celles qui sont entraînés dans la spirale. Du côté des flics la difficulté de concilier une vie de couple normale et les impératifs de leur métier. Du côté des braqueurs c’est l’incertitude des compagnes au départ de chaque nouvelle opération.

Comme chez Olivier Norek, Didier Fossey ou Christophe Guillaumot, la plume de Bernard Petit est d’un réalisme époustouflant. Il reconnaît volontiers s’être inspiré de plusieurs véritables affaires criminelles pour construire son intrigue, on l’aurait deviné tant le roman dégage une impression de « vécu ». Au-delà du jargon et des procédures, il n’y a que ceux qui ont connu cette réalité qui peuvent la retranscrire aussi bien au travers l’humanité des personnages que via la violence des faits.

J’ai littéralement dévoré les 400 pages du bouquin, impossible de le lâcher tellement je voulais en connaître l’issue. Pour un premier roman l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu. Aucun bémol majeur à signaler, j’ai été conquis de bout en bout. J’espère vraiment que Bernard Petit ne compte pas s’arrêter à ce coup d’essai. Je suis fier de crier haut et fort que La Traque m’a fichu une sacrée claque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Katrine Engberg – L’Enfant Étoile

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K. Engberg - L'enfant étoile
Titre : L’Enfant Étoile
Auteur : Katrine Engberg
Éditeur : Fleuve
Parution : 2021
Origine : Danemark (2016)
416 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune étudiante est retrouvée morte dans son appartement de Copenhague, le visage mutilé au couteau. Personne n’a vu ou entendu quoi que ce soit d’inhabituel.

Pour l’inspecteur Jeppe Korner et son assistante, Annette Werner, en charge de l’affaire, l’enquête s’annonce complexe et va les amener à déterrer les sombres secrets des uns et des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis un inconditionnel du polar nordique. Comme le bandeau présente Katrine Engberg comme « auteure phénomène » du genre, ça titille forcément ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec L’Enfant Étoile Katrine Engberg signe son premier roman, et le premier d’une série réunissant le duo Korner / Werner.

Commençons par les personnages et le duo formé par les enquêteurs Jeppe Korner et Annette Werner. Deux personnalités radicalement différentes dont la collaboration pourrait faire des étincelles mais qui fonctionne plutôt bien… avec quelques prises de bec çà et là.

Jeppe Korner peine à se remettre d’un divorce difficile qui ‘a plongé dans une profonde dépression. Un individu réservé et un tantinet obsessionnel, voire psychorigide. Au fil des chapitres on apprend à la connaître et à l’apprécier, derrière l’image bourrue qu’il renvoie se cache un être profondément sensible et humain.

Annette Werner serait quant à elle plutôt du genre pile électrique qui fonctionne à l’instinct. Épanouie et heureuse dans sa vie de couple. Une personnalité plus limpide que celle de Jeppe qui ne l’empêche pas d’avoir un caractère bien trempé.

Autre personnage clé de l’intrigue, la propriétaire de l’immeuble et voisine de la victime, Esther De Laurenti. Prof de littérature à la retraite, elle s’est mise en tête d’écrire un roman policier dont elle partage l’avancée au sein d’un groupe de lecture. Une femme d’un certain âge qui vit seule avec ses deux carlins. Qui va se retrouver bien malgré elle entraînée dans cette sordide affaire, le tueur ayant copié jusque dans le moindre détail, le crime qu’elle décrit dans son roman.

Et il y a la victime, la jeune Julie Stender. Bien que morte elle va occuper une place essentielle dans le déroulé de l’intrigue. Il faut bien reconnaître que sous ses airs de jeune fille modèle, se cachent de lourds et sombres secrets.

Les autres personnages liés à l’intrigue ne sont pas laissés en plan, l’auteure leur a forgé à chacun une personnalité propre. De fait certains vous apparaîtront plus ou moins appréciables, alors que vous adorerez en détester d’autres.

À la lecture on sent que Katrine Engberg est très attachée à la ville de Copenhague, à tel point que la capitale danoise devient presque un personnage à part entière du roman et non un simple décor.

Bien que de construction relativement classique, l’intrigue fonctionne bien. Les nombreuses fausses pistes qui viendront égarer les enquêteurs (et accessoirement les lecteurs) assurent une lecture captivante de bout en bout. Une intrigue parfois complexe et retorse mais jamais embrouillée.

Pour un premier roman l’auteure tire bien son épingle du jeu sans chercher à révolutionner le genre. Un peu tôt pour parler de nouvelle reine du polar nordique ou d’auteure phénomène, mais c’est plutôt prometteur pour la suite. Personnellement je suis partant pour retrouver Jeppe et Annette pour de nouvelles enquêtes (ça tombe bien, si j’ai bien tout compris trois autres romans sont d’ores et déjà disponibles en VO… yapuka cas attendre leur traduction).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Katerina Autet – La Chute De La Maison Whyte

AU MENU DU JOUR

K. Autet - La Chute de la Maison Whyte
Titre : La Chute De La Maison Whyte
Auteur : Katerina Autet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
312 pages

De quoi ça cause ?

Rien ne va plus pour la prestigieuse et respectée famille Whyte. Le patriarche est assassiné selon une macabre mise en scène et c’est son propre fils, Skip que la police soupçonne. Pour assurer sa défense, Skip Whyte fait appel à son ami d’enfance, Zach Damon, avocat à New York spécialisé dans l’art.

Dans le même temps, Edith, l’aînée des enfants Whyte, publie un livre dans lequel elle révèle d’encombrants secrets de famille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection la Bête Noire, une raison qui se suffirait à elle seule pour me donner envie de découvrir ce roman. Cerise sur le gâteau, le roman de Katerina Autet a remporté l’édition 2020 du Grand Prix des Enquêteurs.

Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Katerina Autet, auteure d’origine russe, mais française d’adoption, opte pour une approche plutôt classique façon whodunit avec un meurtre, un suspect tout désigné et un vrai coupable à identifier. Mais classique ne rime pas pour autant avec banal ou sans intérêt, loin s’en faut !

C’est aux États-Unis que l’auteure décide de situer son intrigue. Si le meurtre de William Whyte a eu lieu dans son cottage de Cape Cod (région très prisée par la richissime élite de Boston et New York dont les résidences rivalisent de faste), c’est surtout à Boston et ses environs que Zach sera amené à rencontrer et interroger ses interlocuteurs. Une région que l’auteure connait bien pour y avoir vécu plusieurs années.

La narration donne la parole au héros du roman, Zach Damon, un jeune avocat de New York spécialisé dans l’art, que son ami d’enfance, Skip Whyte, va contacter afin qu’il assure sa défense face à une accusation de meurtre. Bien que n’ayant aucune expérience de pénaliste, il va accepter cette délicate mission.

Mission qui le poussera à fouiner dans le passé de la famille Whyte, famille qu’il considère un peu comme la sienne malgré leurs nombreuses différences. Et plus son enquête va progresser, plus les sombres secrets du patriarche vont refaire surface.

Un héros au demeurant fort sympathique, des secrets de familles qui viennent éclabousser la respectabilité apparente de ladite famille et une fratrie (Edith, Caroline et Skip) malgré tout attachante ; le cadre est alléchant et sera à la hauteur de nos attentes.

Bien entendu pour que la mélodie se déroule sans fausse note, il faut que l’auteure alimente son intrigue de nombreux rebondissements, et surtout qu’ils soient crédibles. Katerina Autet nous offre un véritable festival de surprises et revirements de situation, jusqu’au bout elle entretiendra le mystère et nous fera douter de tout et de tous.

Si les personnages principaux (Zach et les 3 enfants Whyte) sont traités avec beaucoup de soins par l’auteure, elle ne laisse pas pour autant en plan ses personnages secondaires. Mention spéciale au capitaine Stone Dennis, le flic chargé de l’enquête, bourru à souhait tendance soupe au lait, mais très professionnel.

Les chapitres consacrés à l’enquête de Zach sont courts histoire d’aller à l’essentiel et de maintenir le rythme. Çà et là quelques extraits du livre d’Edith Whyte viennent ternir un peu plus l’image de William Whyte ; l’image d’Épinal du vénérable patriarche qui veille sur sa tribu prend méchamment du plomb dans l’aile.

Si le roman ne révolutionne clairement pas le genre, il s’en sort honorablement en proposant un mix agréable de tous les ingrédients qui font un bon roman policier. Le contrat est rempli, le lecteur est satisfait même s’il sait que dans quelques semaines il aura tout oublié des frasques de la famille Whyte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Joël Dicker – L’Énigme De La Chambre 622

AU MENU DU JOUR

J. Dicker - L'énigme de la chambre 622

Titre : L’Énigme De La Chambre 622
Auteur : Joël Dicker
Éditeur : De Fallois
Parution : 2020
Origine : France
576 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il profite de quelques jours de repos dans un palace du Verbier (Suisse), le narrateur/auteur, poussé par une voisine de chambrée dynamique et curieuse, va chercher à comprendre pourquoi il n’y a pas de chambre 622 dans leur hôtel.

Il ne faudra pas longtemps au pétillant duo pour découvrir qu’un meurtre a été commis dans cette fameuse chambre 622 trois ans plus tôt. Mais aussi et surtout que ce crime n’a jamais été élucidé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Joël Dicker et que j’avais beaucoup aimé La Vérité Sur L’Affaire Harry Québert. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ses deux romans suivants, plutôt que de les sortir des profondeurs de mon Stock à Lire Numérique, j’ai décidé de passer directement à son dernier titre.

Ma Chronique

Le temps d’un roman, Joël Dicker se met en scène – endossant le costume de narrateur / auteur – afin de résoudre la fameuse énigme de la chambre 622 ; à savoir un meurtre dont l’auteur n’a jamais été identifié.

Le roman s’articule autour de trois axes temporels, le présent qui nous fait vivre l’enquête du narrateur et de Scarlett (sa voisine de chambrée), un premier saut dans le passé de trois années afin de découvrir le déroulé des événements autour du meurtre et enfin un second saut en arrière de quinze années qui correspond à la période où tout a commencé et qui pose (plus ou moins) les jalons de l’intrigue à venir.

Si le bouquin n’est pas parfait, force est de reconnaître que l’auteur sait y faire pour entretenir le mystère autour de l’identité de la victime de la chambre 622. Au fil des chapitres le lecteur va sans doute se laisser aller à diverses hypothèses, et je reconnais bien volontiers avoir été pris de court en découvrant de qui il s’agissait.

Un début plutôt prometteur qui sera malheureusement sabordé par une suite un peu trop hasardeuse. Joël Dicker aurait sans doute dû méditer davantage sur la sentence de Montesquieu qui affirme que « le mieux est le mortel ennemi du bien ». À multiplier les revirements de situation et les rebondissements son intrigue perd toute crédibilité et vire même parfois à la farce burlesque.

Tout n’est pas non plus foireux dans l’aspect policier du roman, je pense notamment à l’identité du meurtrier qui devrait en surprendre plus d’un, même parmi les lecteurs les plus aguerris.

De quoi décevoir les amateurs de polars (dont je suis) mais je ne peux toutefois pas descendre en flèche le présent roman. Hormis le côté parfois grand guignolesque de l’énigme policière, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire. J’ai trouvé l’écriture de Joël Dicker entraînante car non surjouée (contrairement à son intrigue), pas d’abus d’effets stylistiques qui viennent alourdir inutilement le phrasé ; la lecture est fluide, les pages et les chapitres s’enchaînent sans que l’on voie le temps passer.

Au niveau des personnages le narrateur / auteur ne fait ni dans le narcissisme, ni dans l’auto-psychanalyse, il est pleinement acteur de l’intrigue et c’est déjà pas si mal. En revanche, j’ai beaucoup aimé la touche de dynamisme et de bonne humeur apportée par Scarlett.

Par contre, j’ai eu beaucoup plus de mal à éprouver une quelconque empathie pour les personnages de Macaire Ebezner et Lev Levonovitch ; pas simple de se faire une idée précise de leur personnalité vu qu’ils seront amenés, au fil des événements, à naviguer entre gris clair et gris foncé.

Pour Joël Dicker ce roman est surtout l’occasion de rendre un vibrant hommage à Bernard de Fallois, qui fut son éditeur, mentor et ami dès le début de sa carrière littéraire. Une amitié et une complicité jamais démentie jusqu’au décès de M. de Fallois survenu début 2018. Le roman est parsemé d’anecdotes illustrant leur relation.

Elle déposa un baiser sur ma joue. Puis elle ajouta :
— Grâce à vous, j’ai l’impression d’avoir un peu connu Bernard.
— Si c’est ce même sentiment qu’éprouveront les lecteurs de ce roman, alors ce livre valait la peine d’être écrit.

Soyez assuré Monsieur Dicker que vous remportez la mise haut la main, de fait vous pouvez considérer que ce livre valait en effet la peine d’être écrit.

MON VERDICT

[BOUQUIN] Samuel Sutra – Un Truand Peut En Cacher Un Autre

AU MENU DU JOUR

S. Sutra - Un truand peut en cacher un autre

Titre : Un Truand Peut En Cacher Un Autre
Auteur : Samuel Sutra
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2020
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Chez les Duçon on est truands de père en fils et on ne plaisante pas avec la truande, il faut voir les choses en grand et les faire sans commettre d’impairs.

Cette fois Aimé, le fiston, surnommé Tonton, est sûr de son fait, il tient le gros coup et son plan est infaillible… ne lui reste qu’à trouver des complices sûrs pour arriver à ses fins.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Fidèle de la première heure aux éditions Flamant Noir, il est pourtant une série de romans que je n’avais pas encore pris le temps de découvrir : les fameux Tonton de Samuel Sutra.

Et pourtant ça fait un moment qu’ils me tentent ! Comme à l’occasion de son dernier opus, l’auteur nous invite à découvrir la première grosse combine montée par Tonton et ses sbires, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de l’occasion d’assouvir enfin ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Flamant Noir – et tout particulièrement Nathalie – ainsi que Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Incontestablement la plus grande force de ce roman réside dans son ton, un cocktail aussi subtil qu’agréable entre Frédéric Dard et Michel Audiard ; le genre de mélodie qui ne peut qu’enchanter les oreilles des amoureux de la langue française. et plus encore quand ceux-ci ne sont pas insensibles à la gouaille et au charme de l’argot parisien.

Mais Samuel Sutra ne se contente pas de jouer avec les mots (même s’il le fait admirablement), il joue aussi avec ses personnages, les confrontant à des situations qui flirtent souvent avec le burlesque et ponctuant leurs échanges de dialogues truculents. C’est que du bonheur pour le lecteur qui se laisse entraîner sans vraiment se poser de questions !

Il faut dire qu’au niveau de ses personnages l’auteur n’y va pas de main morte pour nous offrir une sympathique galerie de portraits que l’on n’est pas près d’oublier. À commencer bien entendu par notre fameux Tonton, qui, selon les exigences du contexte, saura si montrer aussi habile à manier les bons mots que de jouer des poings.

À ce titre sa visite chez Maxim’s (et surtout sa sortie) a été purement et simplement jubilatoire ; à éviter en public si vous ne voulez pas que les autres vous regardent bizarrement… sans parler du petit désagrément que représente le risque de se pisser dessus à force de se marrer.

Je ne vous parlerai pas de la fine équipe qui aidera (même si parfois ça reste à prouver) Tonton à monter son coup. Il faut le lire pour le croire !

N’allez pas croire que l’intrigue à proprement parler est surtout prétexte pour Samuel Sutra à s’amuser et à nous amuser, tout en restant plutôt légère elle est toutefois bien construite et menée d’une main de maître.

Concernant le choix du titre, force est de reconnaître qu’il est parfaitement adapté à la situation du présent roman. Plus d’une fois je me demandé qui pouvait bien être cet « autre » et pourquoi il voulait tant chier dans les bottes de Tonton.

S’agissant de ma première incursion dans l’univers de Tonton, je n’ai pas d’éléments de comparaison, mais ce bouquin m’a clairement donné envie de poursuivre mon exploration. J’irai même plus loin en affirmant qu’il me ferait presque regretter de ne pas m’être laissé tenter plus tôt.

Et parce qu’il le vaut bien j’inaugure même un tag « banana » que je décernerai désormais aux bouquins qui donnent la banane !

MON VERDICT