[BOUQUINS] Andreas Pflüger – Irrévocable

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A. Pflüger - Irrévocable

Titre : Irrévocable
Auteur : Andreas Pflüger
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : Allemagne (2015)
544 pages

De quoi ça cause ?

Jenny Aaron était flic d’élite au sein du Service, la plus secrète des agences secrètes basées en Allemagne, jusqu’à ce qu’une opération à Barcelone tourne mal. Blessée, elle est désormais aveugle, mais ce jour-là, elle a perdu bien plus que la vue.

Cinq ans plus tard, Jenny Aaron est une profileuse reconnue. Le Service fait appel à elle pour interroger un suspect, accusé d’avoir tué la psychologue de la prison où il est détenu, l’homme a déclaré ne vouloir parler qu’à elle. Le suspect, Reinhold Boenisch, est un homme qu’elle a contribué à faire incarcérer seize ans plus tôt pour quatre meurtres ; sans jamais avoir pu prouver qu’il n’avait pas agi seul. Et aujourd’hui encore il semblerait qu’il ne soit pas celui qui tire les ficelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Honnêtement je ne sais pas, ça m’a pris comme une envie de pisser.

J’ai été attiré par la couv’, sobre, mais intrigante, suffisamment en tout cas pour titiller ma curiosité. La quatrième de couv’ a fait le reste. Un choix des plus classique donc.

Ma chronique

Le fait de proposer un thriller ayant pour personnage principal une jeune femme aveugle est plutôt audacieux. Même si Jenny Aaron a été une brillante agente de terrain, aussi à l’aise avec une arme à feu que dans un combat à mains nues… mais ça, c’était avant !

Donc aujourd’hui Jenny Aaron est aveugle, mais elle n’a rien perdu de ses entraînements passés, au contraire elle s’est même encore améliorée. Le plus étonnant est sa parfaite maîtrise des techniques de déplacement et de repérage dans l’espace, techniques inspirées de méthodes bien réelles développées dans le cadre de la rééducation pour les non-voyants.

Et si, histoire d’enfoncer le clou, je vous disais que Aaron souffre aussi d’amnésie rétrograde depuis son retour de Barcelone. Elle ne garde des événements qui se déroulés là-bas de de son passé antérieur que des souvenirs diffus (et une énorme culpabilité liée au fait d’avoir abandonné son collègue et amant, lui aussi blessé lors de l’opération, allant ainsi à l’encontre de toutes les règles du Service). Vous l’aurez compris Andreas Pflüger nous propose un personnage central des plus atypique, un subtil mélange de force, de sagesse (elle s’efforce de suivre la voie du bushido), mais aussi avec ses failles et ses faiblesses.

En face d’elle un tueur machiavélique qui semble dénué tout autant de faiblesses que d’empathie. Un homme froid et calculateur qui ne laisse rien au hasard et ne reculera devant rien pour mener à bien ses plans. Une machine à tuer parfaitement rodée. Mais pourquoi cet acharnement à vouloir détruire Aaron ? Et si les réponses se trouvaient justement dans ce passé oublié d’Aaron…

Chic un méchant très méchant me direz-vous ! Et en effet Holm fait partie de ses salauds que vous vous plairez à détester, tout en voulant en apprendre plus sur ses motivations (il dégage malgré sa cruauté un petit quelque chose qui suscite l’intérêt). Alors que vous ne pourrez que haïr purement et simplement son frère, Sascha, un psychopathe pur et dur de la pire espèce.

Heureusement Jenny ne sera pas totalement seule pour affronter ces deux adorables frangins, elle pourra compter sur le soutien sans faille de ses anciens collègues du Service, notamment celui de Pavlik, ami de toujours et tireur d’élite hors pair.

Si vous souhaitez postuler pour intégrer le Service, vous pouvez oublier ; c’est une agence totalement fictive inventée pour les besoins du roman.

Andreas Pflüger ne laissera aucun répit à ses personnages, il nous propose une intrigue dense, rythmée et riche en rebondissements. Bref tout ce que le lecteur attend de trouver en se plongeant dans un thriller ! Une fois happé par le bouquin, vous aurez bien du mal à décrocher.

Si sur le fond le contrat est rempli avec une redoutable efficacité, la forme peut être un peu déconcertante. Il n’est en effet pas rare que l’auteur passe, sans préavis, de l’intrigue présente à un flashback. Ca peut surprendre, mais en fait c’est aussi une bonne façon de nous mettre à la place de Aaron, parfois, même dans le feu de l’action, des bribes de souvenirs lui reviennent sous forme de flashes.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, aussi bien pour son intrigue rondement menée que pour ses personnages ; comme l’auteur le laisse entendre dans sa postface, « l’histoire d’Aaron n’est pas finie », soyez assurés que je répondrai présent au(x) prochain(s) rendez-vous !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Elsberg – Zero

M. Elsberg - ZeroCe titre va s’inscrire comme défenseur de dernière minute (en remplacement du bouquin de Donato Carrisi qui ne sortira que fin août) dans le cadre de mon challenge Coupe d’Europe des Livres, il m’est en effet tombé entre les mains par le plus grand des hasards, alors que j’avais fini par renoncer à croiser son chemin. So, is Big Brother watching you ? Réponse dans ma chronique de Zero de Marc Elsberg.
Alors qu’elle enquête sur Zero, un groupe d’activiste du Net qui milite pour la protection des données individuelles, Cynthia Bonsant est amenée, après la mort d’un ami de sa fille, à s’intéresser aux activités de la société Freeme, spécialisée justement dans la valorisation et le partage de ces mêmes données. A force de creuser elle va s’attirer les foudres de puissants et dangereux adversaires…
En guise de préambule à son roman, Marc Elsberg rappelle que ce texte est une fiction qui peut se lire comme une dystopie, sachant toutefois que certains outils et certaines procédures, décrits dans le roman existent bel et bien. Pour ma part c’est surtout un bouquin que j’ai lu comme un thriller, une intrigue menée tambour battant, bourrée de suspense et totalement addictive.
Ca fait du bien de lire un roman qui soit à la fois un divertissement (parfois nerveusement éprouvant), une source d’information (on sent que l’auteur s’est richement documenté sur le sujet) et quelque part un appel à la réflexion (pour ne pas dire une mise en garde). Fiction certes, mais pour combien de temps ?
J’ai beaucoup aimé le personnage de Cynthia Bonsant, pas franchement branchée technologie et soudainement confrontée à un monde qu’elle ne connaît pas (heureusement elle pourra compter sur le soutien de sa fille), mais déterminée à découvrir, et révéler, la vérité.
Les nombreux personnages secondaires, aux intérêts divers et variés, ne sont pas laissés pour compte. J’aurai toutefois aimé une présence plus active de Zero, toujours au centre du récit mais finalement assez peu présent. J’ai aimé détester le personnage de Carl Montik, le développeur de Freeme, un mec abject, incapable de la moindre empathie ; pour lui le monde extérieur se résume à des lignes de code qu’il peut manipuler selon son bon vouloir.
Fiction ou prémonition ? On est en droit de se poser la question dans notre société hyper-connectée. Certes les Act Apps de Freeme n’existent pas encore mais quand on voit le succès des applis d’aide au développement personnel ou à la prise de décision (à croire que certains ne sont pas foutus d’aller pisser si leur appli ne leur signale pas que c’est l’heure de la pause pipi), on y arrive lentement mais sûrement.
Et je ne vous parle même pas des accros à FB qui jugent intéressant de renseigner leur profil 796 fois par jour (« je me cure le nez », « je me gratte les couilles », « je mange », « je vais me coucher »… comme si on en avait quelque chose à foutre). La même logique s’applique aussi à Twitter, Instagram, YouTube…
Qui peut dire : « pas moi, pas moi », parmi vous ? Personne, la preuve vous êtes en ce moment même connecté à Internet. Mais ne sombrons pas non plus dans la paranoïa (n’est-ce pas Cynthia ?), inutile de vous vêtir de votre toute nouvelle combi intégrale 100% aluminium ; il y a connecté et cyber-dépendant. Je pense qu’avec un minimum de bon sens et un soupçon d’intelligence on peut limiter au strict minimum notre empreinte numérique.
Je découvre Marc Elsberg avec ce second roman, inutile de préciser qu’il me tarde de lire son premier opus (disponible en français devrai(je préciser) Black Out – Demain Il Sera Trop Tard (tout un programme) ; ça tombe bien il est justement dans mon Stock à Lire Numérique depuis un temps certain.
So, is Big Brother watching you ? Yes, indeed.But…

MON VERDICT
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