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Archives de Tag: Odile Demange (trad.)

[BOUQUINS] Minette Walters – Les Dernières Heures

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M. Walters - Les Dernières Heures
Titre : Les Dernières Heures
Série : La Mort Noire – Tome 1
Auteur : Minette Walters
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2017)
528 pages

De quoi ça cause ?

Juin 1348. Comté de Dorseteshire, Angleterre. Un mystérieux mal se répand et sème la mort sur son passage.

Au domaine de Develish, Lady Anne fait tout son possible pour protéger « ses » gens du fléau qui semble frapper tout le pays, qu’ils soient de sang noble ou simples paysans, tous sont traités avec les mêmes égards.

Pour se faire aider, elle nomme Thaddeus Thurkell, un serf à l’esprit vif et affûté comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelque temps que ce bouquin me faisait de l’œil, dans l’espoir d’un geste secourable avant qu’il ne sombre dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique.

L’actualité aidant et les heureux hasards d’un Book Club dont il ne faut pas parler (toute référence à un certain Fight Club n’aurait rien de fortuite) ont joué en sa faveur.

Ma Chronique

En cette période de crise sanitaire majeure, rien de tel pour se changer les idées que de lire un roman traitant justement d’une épidémie mortelle qui ravage le royaume d’Angleterre. Pas besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre que cette fameuse Mort Noire n’est autre que la peste noire. Un fléau qui s’étendra d’abord en Asie avant de frapper l’Europe et une partie du continent africain ; laissant dans son sombre sillage entre 75 et 200 millions de morts sur une période de huit années (entre 1346 et 1353).

Des chiffres qui permettent de relativiser notre situation actuelle, sans pour autant en minimiser les conséquences sanitaires et économiques, mais, aussi et surtout, sans négliger les gestes barrières qui font rempart contre la propagation de cette saloperie de COVID-19 (même si cela me semble inéluctable au fil des déconfinements amorcés ou annoncés).

Embarquement immédiat pour la perfide Albion du XVe siècle, la peste fait rage et décime les populations. Pour faire face à l’épidémie, la mise en quarantaine des malades et le confinement des personnes saines peuvent sembler bien dérisoires, mais restent des mesures éprouvées (et ça reste vrai au XXIe siècle).

C’est la première incursion de Minette Walters dans le roman historique, jusqu’alors elle se cantonnait aux polars et thrillers. Je n’ai aucune honte à avouer ne pas connaître cette auteure, si ce n’est de nom… et encore, très vaguement. Force est de constater que pour un coup d’essai, elle tape haut et fort, même si le bouquin n’est pas exempt de défauts.

Commençons par les personnages. On ne peut qu’adhérer au personnage de Lady Anne, une noble éprise de justice et soucieuse de bien-être de ses gens, qu’ils soient nobles ou simples paysans. Tout le contraire de feu son époux, Sir Richard, qui, en plus d’avoir été un ignare incompétent et violent, était aussi un gros porc lubrique.

On retrouve la même opposition flagrante chez la génération suivante. Thaddeus est un serf brillant, cultivé, à l’esprit vif et toujours à œuvrer pour le bien du domaine dont il se retrouve propulsé régisseur malgré son ascendance paysanne. Eleanor, la fille de Sir Richard et Lady Anne, brille par son égoïsme, ses sautes d’humeur de gamine pourrie et un mépris souverain pour tout ce qui l’entoure (à commencer par sa mère).

Les autres personnages sont plus ou moins à l’image de ces quatre-là, des stéréotypes tout en qualités ou tout à défaut… il n’y a pas vraiment de demi-mesure même si certains évolueront au fil de l’intrigue (je pense notamment aux jeunes que Thaddeus entraînera dans son périple).

Dans le même ordre d’idée, j’avoue volontiers avoir pris beaucoup de plaisir à lire ce roman et à vivre avec les confinés de Develish ; il n’en reste pas moins que globalement j’ai trouvé l’intrigue un peu lisse. Je n’ai jamais tremblé pour les personnages, tant on pouvait être certain que rien de terrible ne pouvait leur arriver.

Bref la principale (et peut être même la seule) faiblesse de ce bouquin tient dans son manichéisme poussé à outrance. Et pourtant, quitte à me répéter, je ne me suis jamais ennuyé en enchaînant les chapitres ; au contraire, plus j’avançais dans l’intrigue et plus j’avais d’en connaître le dénouement.

Je répondrai donc présent pour le(s) prochain(s) tome(s) en espérant des personnages plus nuancés et une intrigue un peu plus sombre. Le second tome est d’ores et déjà disponible en langue de Shakespeare, gageons que les éditions Robert Laffont nous proposent rapidement une traduction en langue de Molière.

MON VERDICT

 
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Publié par le 7 mai 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Dan Simmons – Collines Noires

D. Simmons - Collines NoiresVoilà un titre qui doit sa promotion au sein de mon Stock à Lire Numérique grâce à un Book Club. Même si je reconnais volontiers que Collines Noires, de Dan Simmons, m’intriguait je comptais le lire quand j’aurai un creux dans mon programme. Le hasard en ayant décidé autrement, place à ma chronique.
Lors de la bataille de Little Big Horn (1876), le jeune Paha Sapa (Collines Noires), un indien lakota, entre en contact avec le général Custer agonisant. L’esprit du général pénétré celui du jeune indien qui va devoir apprendre à cohabiter avec cet hôte indésirable. Désormais d’un simple toucher, Paha Sapa peut connaître le passé et l’avenir de chacun. 1936, Paha Sapa travaille comme dynamiteur sur le site du mont Rushmore qui va bientôt abriter les bustes géants des Pères Fondateurs (Lincoln, Washington, Jefferson et, plus tard, Roosevelt). Le viel indien rêve de faire sauter ce symbole de la suprématie de l’homme blanc qui souille un territoire sacré pour les Lakotas…
Oui je sais que ça fait un peu long comme présentation, mais j’ai fait cours par rapport à la quatrième de couv’. Pas simple de résumer en trois lignes un roman aussi dense. Et encore vous n’avez rien vu !
Je n’oserai pas prétendre connaître l’oeuvre de Dan Simmons (je n’ai lu que L’Echiquier Du Mal et Flashback à ce jour) mais il ne me semble pas exagéré d’affirmer qu’elle s’inscrit clairement dans le genre SFFF. Dans Collines Noires le fantastique n’occupe qu’une place infime, l’auteur nous livre une fresque historique s’étalant essentiellement de 1876 à 1936. Un roman qui a dû lui demander un travail de titan en matière de recherche et de documentation (voir la liste impressionnante d’ouvrages cités dans les remerciements) sur cette période et sur les us et coutumes des indiens Lakotas. A ce titre ce bouquin est une mine d’informations pour le profane ou le simple curieux. La fiction côtoie l’Histoire (et de fait certains personnages historiques) pendant une période cruciale de la construction des Etats-Unis et de l’anéantissement d’une culture.
Si vous espérez un page-turner passez votre chemin. Collines Noires demande un certain investissement personnel en terme de temps, prenez votre temps pour l’apprécier et le digérer, lentement mais surement. Si vous cherchez à le lire à toute berzingue vous finirez par ne plus rien y comprendre et renoncerez au bout de quelques chapitres. D’autant que la chose fait quand même 544 pages et est divisée en chapitres longs ; pas de quoi inciter à une lecture expresse, heureusement que c’est bien écrit. On progresse lentement mais on prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue concoctée par Dan Simmons.
Les chapitres (25) alternent entre le passé de Paha Sapa (un parcours mouvementé ponctué par quelques rencontres avec ceux qui ont écrit une page de l’Histoire) et son présent (en 1936). L’ordre chronologique n’est pas toujours de rigueur mais ça ne nuit en rien au roman, l’auteur sait y faire pour que l’on ne se sente jamais largué. Les chapitres 5, 10, 15 et 20 sont en fait des lettres fictives écrites par George Armstrong Custer et adressées à son épouse Libbie (Elizabeth Bacon).
L’histoire (et l’Histoire) est captivante même si parfois on a un peu l’impression d’être devant un reportage de Discovery Channel sur les indiens d’Amérique. Plus d’un mois pour lire un bouquin ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé (surtout pour un titre qui m’a vraiment plu) ; mon emploi du temps professionnel dopé aux hormones ne justifie pas à lui seul ce délai comme expliqué plus haut.
Je vous invite à survoler l’épilogue qui n’apporte aucun plus au reste du roman, au contraire il est parfois trop didactique ; laissez plutôt oeuvrer votre imaginaire. Si vous voulez vous plonger dans une roman qui vous invite à l’évasion, dans l’espace et le temps, alors Collines Noires et fait pour vous… mais prenez le temps de le déguster. Heureusement, Dan Simmons est un formidable conteur.
L’auteur a fait le choix de conserver certains termes en langue lakota et propose un glossaire en fin de roman afin de retrouver la correspondance en français. Au début c’est un peu délicat mais on s’y fait vite, d’autant que, pour ne pas casser le rythme, Dan Simmons propose parfois la traduction immédiatement après le terme d’origine. Bien entendu la traductrice a respecté ce choix. Par contre là où le bât blesse au niveau de la traduction, c’est quand la traductrice françise les noms anglais des personnes et des lieux… parfois ça pique les yeux. Ainsi les chefs Sioux, Sitting Bull et Crazy Horse, deviennent Bison-Assis et Cheval-Fou, les sites des batailles de Greasy Grass, les Herbes Grasses et Little BigHorn le Grand Mouflon (erreur flagrante de traduction, il eut fallu indiquer Petit « Little » Mouflon « Bighorn »)… La palme d’or revient à un chaman qui se retrouve affublé du doux sobriquet de Long-Etron, on est passé à deux doigts de Grosse-Merde (coup de bol ça semble être un personnage fictif). Il eut vraiment été plus judicieux de garder les noms anglais pour tous les noms propres.

 
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Publié par le 21 octobre 2014 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Graeme Simsion – Le Théorème Du Homard

G. Simsion - Le Théorème Du HomardChangement total de registre le temps que mes constantes (rythme cardiaque et tension nerveuses) redescendent à des niveaux normaux après avoir fortement rudoyées par la lecture de Je Suis Pilgrim. Rien de tel pour se faire que de s’offrir une séance de musculation zygomatique (en clair se payer une bonne tranche de rire), il me semble avoir sorti de mon Stock à Lire Numérique le titre parfait ce genre d’exercice. La chose s’appelle Le Théorème Du Homard et est signée Graeme Simsion.
A 39 ans, Don Tillman, brillant professeur de génétique, est toujours à la recherche de la femme idéale. Il faut dire qu’il est tellement psycho-rigide qu’il en devient inapte à toute relation sociale normale. Il en va de même pour la future heureuse élue, elle devra répondre à des critères bien spécifiques. Et c’est tout le contraire de Rosie Jarman, la trentaine, étudiante en psycho le jour et barmaid la nuit, à la vie dissolue, qui croisera son chemin presque par hasard…
Encore un australien et encore un premier roman (mais cette fois l’essentiel de l’histoire se déroule en Australie)… Et encore une réussite (les droits ont déjà été achetés en vue d’une adaptation au cinéma) ! La comédie romantique (et la romance d’une façon générale) ne figure pas franchement dans mes genres littéraires de prédilection, mais, curieux de tout, j’aime parfois m’aventurer hors des sentiers battus. Parfois (souvent) c’est l’occasion de quelques belles découvertes, ce qui est confirmé avec ce bouquin.
Ecrit à la première personne, il nous présente les choses telles que Don les vit et les interprètes. C’est justement dans leur interprétation que l’on se rend compte que plus socialement inadapté et en total décalage avec la réalité, tu meurs ! Même moi à côté de lui je fais figure d’amateur ; et pourtant, en gros ours grognon, je fais le minimum syndical en matière d’efforts d’intégration sociale, ma politique serait plutôt : « Je suis comme je suis, j’assume. A prendre ou à laisser. » (la version longue est un peu plus longue est pas toujours très polie dans sa formulation).
Est-ce que sa rencontre avec Rosie va lui permettre de profiter pleinement et simplement de la vie, et d’éjecter le tronc de sequoia qu’il a dans le cul ? Heu… C’est une comédie romantique pas un psycho-drame, la réponse est évidente avant même de commencer à lire le bouquin. Est-ce que ça se confirme au fil des pages ? Si tu veux savoir, tu vas chercher le bouquin et tu le lis.
Le bouquin repose essentiellement sur le paradoxe entre Don et Rosie, leur façon de voir la vie étant radicalement différente on le droit à quelques échanges qui, parfois, flirtent avec l’absurde. D’autres personnages interviennent dans l’histoire dont le couple, Gene (un peu gros beauf et beaucoup queutard… mais pas méchant) et Claudia (ses conseils sont bien plus pertinents), les seuls amis de Don.
Pas de grande surprise au rendez-vous, on retrouve tout les classiques de l’amour impossible revus et corrigés par la comédie dramatique. Même si on ne s’esclaffe pas à tout bout de champ, un sourire quasi permanent nous accompagne au fil de cette lecture pleine de fraîcheur et de bonne humeur.
Cerise sur le gâteau c’est vraiment bien écrit, une lecture agréable et fluide (ça se lit tout seul) ; parfois ça fait du bien ces petites bouffées d’oxygène dans ce monde de brutes (surtout dans mes choix de lecture les brutes). J’ai passé un très bon moment avec ce bouquin et je ne peux que vous le recommander si vous cherchez une escapade littéraire sans prise de tête. A défaut de m’avoir tuer ce homard m’a fait beaucoup de bien.
Un petit exemple de l’ampleur du handicap social de Don : « Il est presque impossible d’établir des comparaisons pertinentes entre les niveaux de bonheur, surtout sur de longues périodes. Pourtant, si on m’avait demandé quel avait été le jour le plus heureux de ma vie, j’aurais cité sans hésitation la première journée que j’avais passée au Musée d’histoire naturelle de New York. Je m’étais rendu dans cette ville à l’occasion d’un colloque, à l’époque où je préparais mon doctorat. Le deuxième plus beau jour de ma vie avait été le deuxième jour que j’y avais passé, et le troisième le troisième jour. » Et encore ce n’est pas le pire (au premier regard le gars jauge son interlocuteur, homme ou femme, sur une estimation de son âge et de son indice de masse corporelle)…
Vous vous demandez peut être d’où vient le titre, simplement d’une des exigences de Don quant à la sélection de la femme idéale, le mardi au dîner c’est salade de homard, une des règles de son Système de Repas Normalisés (je vous laisse le plaisir de découvrir les détails de la chose).

 
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Publié par le 28 mai 2014 dans Bouquins

 

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