[BOUQUINS] Xavier Müller – Le Dernier Hiver

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Titre : Le Dernier Hiver
Série : Erectus – Tome 3
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO éditions
Parution : 2022
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Après deux pandémies régressives, l’humanité pouvait espérer retrouver son cours normal. Le répit sera de courte durée, une nouvelle épidémie plonge ses victimes dans un état proche de l’hibernation. Et si ce n’était que le premier symptôme d’un mal qui dépasse l’imagination ?

Lucas Carvalho va rejoindre les équipes de Futurabio afin d’enrayer un fléau qui pourrait bien sonner le glas de l’humanité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième et dernier opus de la trilogie Erectus. Impossible de faire l’impasse sur la conclusion de cette série aussi improbable que crédible (paradoxe quand tu nous tiens).

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour l’ultime opus de sa trilogie régressive Xavier Müller repousse encore les limites de la régression et, une fois de plus, parvient à rendre crédible un scénario hautement improbable. Beaucoup de données scientifiques (vérifiées et vérifiables) viennent s’intégrer à l’intrigue sans jamais assommer le lecteur de théories à rallonge, soporifiques à souhait.

Les lecteurs des précédents opus retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés, tels que Lucas Carvalho, Anna Meunier ou encore Wuan. D’autres, comme Alice, la fille d’Anna, seront appelés à jouer un rôle plus actif dans le déroulé de l’intrigue. Enfin le lecteur découvrira aussi de nouveaux acteurs qui auront un impact direct sur le récit, certains ayant des intentions pas forcément des plus louables.

Une fois de plus Xavier Müller ne se contente pas de nous servir du réchauffé, il renouvelle son intrigue et apporte une dimension supplémentaire à son roman avec des nouveaux défis et enjeux pour ses héros et l’humanité.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette troisième régression tant elle est audacieuse, mais je préfère ne rien divulguer qui puisse gâcher le plaisir de la découverte des futurs lecteurs et lectrices. Sachez simplement que les surprises et autres retournements de situation seront légion au fil des chapitres.

Pour faire simple, je dirai que Xavier Müller nous offre un final en apothéose. La longueur de cette chronique est inversement proportionnelle à l’intérêt du bouquin, c’est juste que des fois il faut prendre sur soi et être concis… même si cela est un tantinet frustrant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Amélie Antoine – Aux Quatre Vents

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Titre : Aux Quatre Vents
Auteur : Amélie Antoine
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : France
439 pages

De quoi ça cause ?

1985. Sabran-sur-la-Lys est un petit village du Nord de la France où tout le monde se connaît. Un village paisible jusqu’à ce qu’un mystérieux inconnu achète le château qui surplombe le village et fait sa fierté… sans toutefois le rouvrir au public.

Par la suite l’homme achète maison sur maison dans le village avant de faire démonter portes et fenêtres et de les laisser, ainsi défigurées, à l’abandon. Qu’est-ce qui pousse cet inconnu à s’acharner ainsi sur ce village ?

C’est ce que va tenter de découvrir Léa, une jeune femme revenue vivre dans le village qui l’a vu grandir depuis quelques années. Pour cela elle va devoir déterrer des secrets du passé que personne de voudrait voir remonter à la surface. Des secrets qui remontent aux heures sombres de la seconde guerre mondiale…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Bien que généralement peu friands de romans ayant pour toile de fond la seconde guerre mondiale, celui-ci a tout de suite titillé ma curiosité. Sans doute parce que l’idée que les évènements du passé puissent venir expliquer ceux du présent me « parlait »…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

La genèse de ce roman est plutôt originale : c’est en effet Jack Koch – dessinateur & illustrateur – qui a soufflé à Amélie Antoine les grandes lignes d’une histoire qu’il a imaginé (un homme achète les maisons d’un village avant de faire retirer portes et fenêtres et de les abandonner à leur triste sort). L’auteure a été séduite par cette histoire, à charge pour elle de se l’approprier et de l’étoffer pour la transformer en roman.

Pour l’anecdote les deux artistes se connaissent bien puisqu’ils ont déjà collaboré à un album jeunesse en 2019, Ernest et Moi, publié chez Michel Lafon.

Ce n’est que le second roman d’Amélie Antoine que je lis, même si le précédent, Raisons Obscures, m’avait fait forte impression. La faute au temps… ou plus exactement au manque de temps.

Pour construire son intrigue Amélie Antoine va nous faire voyager des années 80 aux années de la France occupée. Un voyage dans le temps nécessaire pour comprendre le parcours de Léa, de Ludmilla et de Clément. Mais aussi pour découvrir les sombres secrets enfouis dans les mémoires de Sabran-sur-la-Lys.

Je reconnais volontiers que les années d’Occupation allemande ont dû être traumatisantes pour beaucoup français (et pas seulement les Juifs, obligés de vivre cachés pour espérer échapper aux idées nauséabondes de la doctrine nazie). Mais je ne ferai pas non plus la politique de l’autruche en passant sous silence les dérives de la Libération (délations pas toujours justifiées, exactions en tout genre, basses vengeances…).

N’ayant pas vécu ces sombres années je ne vais pas pérorer à grand renfort de « moi je » qui aurait fait ci ou pas fait ça… Ceux qui tiennent ce genre de discours me donnent envie de leur rabattre le caquet à coup de lattes dans les gencives. Ne disposant d’un permis de latter illimité, je me contente en général de faire référence à la chanson de Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt. Si ça ne suffit pas je fais appel à Audiard : « J’parle pas aux cons, ça les instruit. » Un tantinet prétentieux certes, mais efficace.

Difficile toutefois de rester de marbre face au parcours de Charlotte, à l’autoritarisme borné de son père et au silence soumis de sa mère… c’est quasiment tout un village qui va se liguer contre elle parce qu’elle est tombée amoureuse de la « mauvaise » personne. Malgré les rumeurs et l’hostilité grandissante, elle restera fidèle à ses idéaux et à ses sentiments.

À travers ses nombreux personnages, Amélie Antoine, explore les multiples facettes de l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus répugnant, mais aussi dans ce qu’elle a de plus beau. Un roman qui vous prendra aux tripes plus d’une fois et jonglera avec vos émotions à la manière d’un clown épileptique et parkinsonien.

Le talent de conteur d’Amélie Antoine et la justesse de son propos font que cette alchimie entre Histoire et fiction fonctionne à la perfection. Difficile de trancher entre les voies choisies par Léa et Clément, leurs parcours sont à la fois proches et pourtant radicalement différents, et leur choix est totalement compréhensif quand on se place dans la peau du personnage qui défend son point de vue.

Comme tente de l’expliquer Léa à Clément, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc dans l’absolu :

La vérité est bien plus complexe que vous voulez bien le croire : ceux que vous haïssez du plus profond de votre cœur parce qu’ils sont responsables de la mort de votre mère sont aussi ceux qui ont sauvé la vie d’une gamine juive. Ce sont les mêmes personnes, les mêmes…

Je nuancerai le propos en disant que les villageois ont sauvé la vie de Léa simplement en se taisant alors qu’ils ont participé – activement ou passivement – à la perte de Charlotte.

Je terminerai cette chronique par quelques mots de remerciements qui pourraient surprendre, mais ceux qui ont lu ce roman comprendront : Merci le chien !

MON VERDICT

[BOUQUINS] James Keene & Hillel Levin – Black Bird

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Titre : Black Bird
Auteur : James Keene & Hillel Levin
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2011)
288 pages

De quoi ça cause ?

James Keene était un étudiant brillant mais, appâté par l’argent facile, il a opté pour le trafic de drogue. Une petite affaire qui va rapidement devenir un business des plus florissant grâce à son assurance et à son charisme. Un empire qui s’effondrera en 1996, quand il sera arrêté et condamné à 10 ans de prison.

Quelques mois plus tard le procureur et le FBI lui proposent un deal aussi inattendu que dangereux : sa condamnation sera annulée s’il accepte d’être transféré au pénitencier de Springfield où il devra gagner la confiance de Larry Hall et obtenir des preuves de ses crimes.

Larry Hall est en effet un tueur en série présumé mais la justice n’a réussi à l’inculper que pour un crime unique… et encore le verdict pourrait bien être cassé en appel. Le temps presse, d’où cet ultime recours à James Keene.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques années que le bouquin sommeille dans mon Stock à Lire Numérique, cette réédition est l’occasion rêvée de le dépoussiérer.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à signaler que ce bouquin est une « fausse » nouveauté, il a en effet été initialement publié en 2011 par le même éditeur sous le titre Avec Le Diable. Cette réédition survient à l’occasion de la sortie de la mini-série (6 épisodes) Black Bird diffusée sur Apple TV.

Dans la vie, il arrive que l’on prenne de mauvais t­ournants. C’est ce que j’ai fait. Mais on m’a accordé une seconde chance – non seulement de sauver ma peau, mais aussi de m’acquitter envers la société de mes mauvais choix.

Ce sont sur ces mots de James Keene que s’ouvre le bouquin. De fait si vous vous attendiez à un roman vous pouvez d’ores et déjà passer votre route. Il s’agit bel et bien d’une histoire vraie écrite à quatre mains par James Keene (au centre du récit) et Hillel Levin (journaliste et auteur spécialisé dans les affaires criminelles).

J’avoue sans la moindre honte que j’aime bien regarder les émissions TV consacrées aux affaires criminelles (Faites Entre L’Accusé et autres), même si à l’origine cette lubie était essentiellement radiophonique – en compagnie de Pierre Bellemare. Ce n’est qu’il y a peu que j’ai commencé – sans conviction – à lire des bouquins sur ces fameux True Crime… et à aimer ça (une fois de temps en temps, si je tombe sur une affaire qui titille ma curiosité).

Les auteurs commencent par poser brièvement le contexte avant de s’intéresser aux parcours individuels de James Keene et de Larry Hall. La mission de Keene est entrecoupée de longs paragraphes qui cassent un peu le rythme de la lecture (tels que l’histoire du pénitencier de Springfield, ou des retours en arrière sur l’enquête, le procès et leurs acteurs…). Ces digressions ne sont pas inintéressantes mais la lecture aurait gagné en intensité si l’ensemble avait été organisé différemment.

Force est de reconnaître que les passages les plus captivants du récit sont ceux consacré à la mission de James Keene. Comment aborder Larry Hall et gagner sa confiance au point d’obtenir des éléments permettant de l’incriminer sur au moins un autre meurtre ?

Contrairement à la plupart de ceux qui ont été confrontés à Hall, James Keene va rapidement comprendre qu’il est loin d’être un peu simple d’esprit. Hall serait même plutôt intelligent mais sa façon de penser et d’agir est très personnelle…

Le parcours pénitentiaire de James Keene ne fut pas de tout repos, plus d’une fois il a dû jouer des poings pour se faire respecter ou se tirer d’affaires. Sa mission à Springfield aurait pu virer au fiasco – voire à la catastrophe absolue – à la suite d’un coup de sang.

Au fil des années Larry Hall confessera plusieurs meurtres avant de se rétracter. En 2022, après un ultime recours rejeté et la certitude qu’il ne retrouvera jamais la liberté, Hall reconnaîtra 39 meurtres… avant de faire machine arrière. Le FBI le pense impliqué dans plus d’une cinquantaine d’affaires (et autant de victimes). Malgré tout, à ce jour il n’est condamné « que » pour les enlèvements, viols et meurtres de Jessica Roach (15 ans) et Tricia Reitler (19 ans).

Depuis sa sortie de prison James Keene mène une vie sans histoire, dans les dernières pages du bouquin il s’interroge sur ce qu’aurait été sa vie s’il n’y avait pas eu cette périlleuse mission d’infiltration. S’il avait purgé les dix années auxquelles il a été condamné en s’acoquinant avec des criminels notoires du milieu, nul doute qu’à sa sortie de prison il aurait certainement rejoint ce milieu.

Maintenant que j’ai lu le bouquin, je n’ai plus qu’à me lancer dans la série Black Bird afin d’avoir fait le tour de la question.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Ferré – Les Amants Du Mont-Blanc

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Titre : Les Amants Du Mont-Blanc
Auteur : Christophe Ferré
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Au pied du Mont-Blanc, deux couples de randonneurs qui ne se connaissaient pas sont abattus par un motard. Deux jours plus tard, pour endiguer la pandémie de COVID-19, la France est confinée.

Trois ans plus tard, la journaliste Léa Grange, spécialiste des affaires criminelles non résolues, se rend à Chamonix pour essayer d’élucider l’affaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Christophe Ferré, j’ai profité que le titre soit proposé par Net Galley pour sauter le pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman Christophe Ferré s’inspire – très librement – de la tuerie de Chevaline (en septembre 2012, trois membres d’une même famille et un cycliste sont abattus de plusieurs balles. Malgré plusieurs enquêtes en cours, ce quadruple meurtre demeure non élucidé).

Plus loin dans le roman vous découvrirez que l’auteur ne revisite pas seulement l’affaire de la tuerie de Chevaline, il imagine une sortie de crise sanitaire beaucoup plus optimiste que ne l’est la réalité (en admettant qu’on en soit définitivement sortis). Une liberté scénaristique que l’on lui pardonne bien volontiers, d’autant plus que c’est dans l’intérêt de l’intrigue.

Si le roman peut bel et bien revendiquer le titre de polar, l’enquête que l’on suit n’est pas menée par la police ou la gendarmerie mais par une journaliste indépendante spécialisée dans les affaires criminelles non résolues (les fameux cold cases).

D’emblée je dois avouer n’avoir eu que peu d’empathie pour le personnage de Léa Grange, certes la nana s’investit corps et âme dans son enquête mais parfois je l’ai trouvé agaçante (pour ne pas dire franchement casse-couilles) à force d’insister et de répéter toujours les mêmes questions à ses interlocuteurs. Si encore ça faisait avancer le schmilblick j’aurai pu passer l’éponge, mais même pas !

Au fil de son enquête la journaliste va se lancer sur diverses pistes qui semblent n’aboutir nulle part… sauf une qui pourrait être la clé du mystère. Et compte tenu des conséquences de la découverte cela pourrait aussi expliquer les tentatives d’intimidation dont Léa va être victime. Tant et si bien qu’elle va finir par douter de tout et de tout le monde, ce que l’on peut comprendre ; n’empêche que parfois elle part en vrille en mode totale paranoïa.

Concernant le déroulé de l’intrigue, l’ensemble est plutôt bien ficelé malgré quelques redondances. Au fil des chapitres on a vraiment envie d’en apprendre davantage et de découvrir le fin mot de l’affaire.

Heureusement d’ailleurs que Christophe Ferré garde le contrôle de son intrigue car l’écriture manque un peu de peps (un peu comme un narrateur qui débiterait son histoire d’un ton monocorde). De plus j’ai relevé certains choix de vocabulaire plutôt déconcertants, tel que l’emploie intempestif du verbe s’écrier, à croire que les personnages passent leur temps à gueuler plutôt qu’à parler sereinement.

C’est donc mitigé que je referme ce roman. Malgré quelques faiblesses narratives l’intrigue reste accrocheuse du début à la fin. Une lecture sympathique sans être transcendante, mais pas de quoi me décourager de lire cet auteur (j’ai vu qu’un de ses romans s’inspirait de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnés… pourquoi pas ?).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jakub Szamalek – Tu Sais Qui

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Titre : Tu Sais Qui
Auteur : Jakub Szamalek
Éditeur : Métailié
Parution : 2022
Origine : Pologne (2019)
464 pages

De quoi ça cause ?

Varsovie, octobre 2018. Julita Wójcicka est « journaliste » pour un tabloïd du Net, sa rédactrice en chef lui demande de rédiger un article express sur la mort d’un ancien présentateur TV, qui a connu son heure de gloire dans les années 80-90, et qui vient d’être victime d’un accident de la route. Une tâche facile dont Julita s’acquitte en un temps record.

Plus tard, en observant les photos de l’accident, la jeune femme en vient à douter qu’il s’agisse d’un simple accident dû à la perte de contrôle du véhicule. Elle décide alors de creuser la question…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour le côté thriller technologique 2.0 dans lequel les nouvelles technologies se retournent contre leur utilisateur… une réalité qui, bien souvent, dépasse la fiction.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Métailié et la plateforme Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Qui n’a jamais cliqué sur un lien de ragot people ? Qui n’a jamais participé à un quizz bidon sur internet ? Que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre. Même si on sait parfaitement que la lecture de l’article en question va être sans le moindre intérêt et que les résultats du quizz seront d’une banalité affligeante, on a tous – au moins une fois – mordu à l’appât (ce n’est pas pour rien que ces liens sont appelés clickbaits).

Hormis nous avoir fait perdre du temps, ces moments d’égarement virtuels demeurent – fort heureusement – sans conséquence. Il en va tout autrement quand le fameux lien active un malware (trojan, virus, ransomware…). C’est en cliquant sur un de ces liens que la web-pigiste Julita Wójcicka va voir sa vie complètement chamboulée.

Tout commence avec ce qui semble être un banal accident de la route dans lequel un ancien présentateur TV et acteur va trouver la mort. En fouinant un peu plus loin que les apparences, Julita vient à douter de la thèse officielle de l’accident. Et bien entendu elle ne va pas se priver d’en faire un bref « article » sur le site du tabloïd pour lequel elle bosse. L’usine à clics est lancée. Mais pas que…

Elle aurait sans doute dû prendre au sérieux les menaces proférées par un hacker qui lui a ordonné de cesser ses recherches. Le gars va lui pourrir la vie au-delà de tout ce qui est imaginable et faire tout son possible pour saper sa crédibilité.

Complétement désemparée face à ces assauts virtuels, la jeune journaliste va pouvoir compter sur l’aide providentielle d’un hacker de génie… mais leur adversaire est loin d’avoir dit son dernier mot.

Je vous garantis qu’après la lecture de ce roman vous ne regarderez plus votre PC de la même façon. Cette stupide bécane pourrait très bien se retourner contre vous (pas de son propre chef, comme dans le film Electric Dreams, mais en tombant sous le contrôle d’une tierce personne mal intentionnée). Jakub Szamalek en profite d’ailleurs pour glisser au lecteur quelques conseils sur la sécurité informatique.

Il y a pas mal de jargon technique mais il est exposé de façon très didactique et surtout parfaitement intégré au déroulé de l’intrigue. Si ces termes techniques ne m’ont pas dérangé outre mesure j’avoue avoir eu un peu plus de mal avec les noms des personnages, pas facile de s’y retrouver (j’vous parle même pas de les prononcer) avec les patronymes polonais… mais on finit par s’y faire.

L’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages, mais surtout il entretient un flou artistique autour de certains, tant et si bien qu’on a du mal à percevoir leurs intentions (je pense notamment au procureur) avant que le voile ne soit levé.

Il faut dire que le gars est doué pour maintenir le lecteur en haleine tout au long de son roman, l’intrigue connaîtra son lot de rebondissements dont un revirement total de situation qui, pour ma part, m’a laissé sur le cul.

Une intrigue qui va mener Julita vers la face obscure du web, le dark net et son lot de marchandises toutes plus illégales les unes que les autres, mais qui offre aussi une voie royale – sous couvert d’un anonymat quasiment inviolable – aux perversions les plus abjectes.

Le plus glaçant dans tout ça, est sans doute le fait que tout est plausible (quand ce n’est pas purement et simplement un fait avéré). Avec les bonnes clés, un utilisateur mal intentionné peut visiter les profondeurs du dark net.

Tu Sais Qui est le premier opus d’une trilogie consacrée au dark net, le moins que l’on puisse dire est que Jakub Szamalek nous offre une mise en bouche pour le moins appétissante. Un thriller technologique maîtrisé de bout en bout, addictif au possible.

Mon seul regret, devoir attendre 2023, puis 2024 pour découvrir les suites. Siouplé Madame Métailié, pas moyen de raccourcir les délais d’attente ? Je vous rassure, ce premier opus boucle tout un pan de l’histoire tout en ouvrant une porte vers une extension de l’intrigue.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Valentine Cuny-Le-Callet – Perpendiculaire Au Soleil

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Titre : Perpendiculaire Au Soleil
Scénario et dessin : Valentine Cuny-Le-Callet
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : France
436 pages

De quoi ça cause ?

En 2016, alors âgée de 19 ans, Valentine Cuny-Le Callet entame une correspondance avec Renaldo McGirth, un condamné à mort américain. Au fil de leurs échanges, nait un projet de récit graphique d’une intense émotion.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée et la mise à disposition de ce roman graphique.

Ce roman graphique est le résultat d’un travail à quatre mains, une collaboration et une complicité Valentine Cuny-Le-Callet et Renaldo McGirth. Seul le nom de la jeune française est crédité en qualité d’auteur car, aux Etats-Unis comme en France, la loi interdit aux détenus de tirer un profit financier du récit de leur crime.

Avant d’aller plus avant dans ma chronique je tiens à préciser que ce roman graphique n’est pas un réquisitoire contre à la peine de mort, Valentine Cuny-Le-Callet a une intime conviction sur la question et c’est son droit le plus strict. Nul besoin d’être d’adhérer à ses idées pour apprécier la dimension humaine du récit qu’elle nous livre.

De la même façon il ne s’agit pas de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de Renaldo McGirth (ceux qui veulent se faire leur opinion pourront toujours essayer de fouiner sur le net mais les résultats sont plutôt à charge) ; une fois de plus ce n’est pas ce qui motive la démarche de l’auteure et de ses semblables, là encore c’est le côté humain qui est leur clé de voute.

Valentine Cuny-Le-Callet font montre d’une parfaite maîtrise des diverses techniques graphiques, alternant les styles graphiques, jouant avec la lumière et les détails. Même si globalement la couleur noire est prédominante – avec ça et là quelques touches de couleurs (il s’agit des travaux de Renaldo) – elle réussit toutefois à véhiculer un message porteur d’espoir.

Renaldo demande à sa correspondante d’être sa fenêtre sur le monde extérieur, une tâche dans laquelle elle va s’investir sans ménager ses efforts pour que l’envie de vivre prenne le pas sur les moments de doute.

Se plier aux règles de l’administration pénitentiaire ne l’empêche pas de se livrer à un travail de reconstitution aussi proche de la réalité que possible. Pas toujours évident tant ces règles sont malléables à souhait par ladite administration et obéissent à une logique parfois des plus absconses.

L’auteure ne se contente pas d’évoquer ses échanges avec Renaldo, elle évoque aussi la question du racisme aux États-Unis et bien entendu le fonctionnement du système judiciaire et carcéral américain. Il pourrait être tentant dans sa situation de tirer à boulets rouges contre ce système, mais tel n’est point son objectif ; pointer du doigt certains dysfonctionnements sans tout rejeter en bloc est une démarche bien plus constructive et bien plus fédératrice.

La démarche de Valentine Cuny-Le-Callet est courageuse, de son initiative est née une véritable amitié avec Renaldo, et de cette amitié naît un roman graphique d’une incroyable intensité émotionnelle.

MON VERDICT

Coup de poing


Valentine et Renaldo (Instagram valentine.clc)

[BOUQUINS] Tiffany Quay Tyson – Un Profond Sommeil

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Titre : Un Profond Sommeil
Auteur : Tiffany Quay Tyson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Etats-Unis (2018)
400 pages

De quoi ça cause ?

1976, White Forest, un trou paumé au fin fond du Mississipi. Même si la carrière abandonnée traîne une sale réputation, c’est le seul point d’eau dans lequel les enfants peuvent se rafraîchir au cœur de l’été. Un après-midi de juillet, alors que le soleil tape fort, Willet et Bert y emmènent leur jeune sœur Pansy, pour s’y baigner.

En quête de baies sauvages et surpris par un orage, ils perdent leur cadette de vue durant quelques minutes. De retour à la carrière, ils ne peuvent que constater que Pansy a disparu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, ce qui en soi est déjà un sacré gage de qualité. Et parce que c’est l’occasion de découvrir une nouvelle auteure.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est dans son poème L’isolement que Lamartine affirme « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Une sentence encore plus vraie quand l’être en question est un enfant et que sa disparition laisse planer des doutes – mais aussi des espoirs – quant à son devenir.

C’est le drame qui va frapper la famille Watkins au cours de l’été 1976. Pour Willet et Bert, qui devaient garder un œil sur leur petite sœur, cette disparition va les obliger à entrer prématurément dans le monde des adultes, mais aussi à composer avec le poids de la culpabilité. Quant à leur mère elle s’enfonce inexorablement dans une dépression qui la vide de toute volonté et énergie. Le père est aux abonnés absents, disparus depuis des semaines sans avoir laissé le moindre mot d’explication.

Les semaines, les mois puis les années vont passer sans qu’aucun nouvel élément ne vienne éclairer les circonstances de la disparition de Pansy. Malgré leur peine et leur culpabilité Willet et Bert vont devoir aller de l’avant, même si rien ne sera jamais plus comme avant pour eux. Comme tout un chacun ils traverseront le temps en alternant entre les hauts (plutôt rares) et les bas qui rythment l’existence.

Une tranche de vie qui s’étale sur plus de sept années, du delta du Mississipi aux marécages des Everglades, une quête de la vérité qui va lever le voile sur bien des secrets de famille enfouis depuis trop longtemps et trop profondément. Une vérité parfois douloureuse à entendre mais c’est toujours mieux que de vivre dans le mensonge et l’ignorance.

Tous les chapitres se divisent en deux parties distinctes. Ils commencent par le récit des événements depuis la disparition de Pansy, écrit à la première personne, c’est Bert qui nous guide à travers l’intrigue. La seconde partie nous raconte l’histoire de White Forest et de la famille Watkins, une histoire qui s’est trop souvent écrit dans la douleur, les larmes et le sang. Deux arcs narratifs qui vont se justifier et se rejoindre dans les derniers chapitres du roman, créant ainsi un pont entre le passé et le présent.

Ce n’est pas forcément flatteur pour les Etats-Unis mais force est de constater les choses n’ont pas beaucoup évolué au fil des ans. Certes la ségrégation appartient au passé mais cela n’empêche pas une montée en puissance des extrêmes et du racisme qui va bien souvent de pair.

Pour un premier roman, Tiffany Quay Tyson nous livre un bouquin parfaitement maîtrisé de bout en bout, même en cherchant bien je ne lui trouve aucune fausse note. Un titre qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, d’une noirceur sans fond mais de laquelle l’auteure parvient à faire jaillir une étincelle d’espoir et de bonheur… alors que l’on s’était résigné à un récit bercé de douleurs et de désillusions.

J’avoue que le choix du titre français me laisse perplexe, le titre original, The Past Is Never (Le passé c’est jamais), est en effet beaucoup plus raccord avec le contenu. Quoi qu’il en soit je peux vous assurer que cette lecture sera tout sauf soporifique. Une lecture qui se solde par un coup de cœur amplement mérité.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Serge Le Tendre & Frédéric Peynet – Astérios, Le Minotaure

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Titre : Astérios, Le Minotaure
Scénario : Serge Le Tendre
Dessin : Frédéric Peynet
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

Vaincu par Astérios, le Minotaure, Thésée l’écoute lui raconter l’histoire de Dédale et la sienne. Une confession est bien loin de ce que la légende raconte…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

En lançant la collection Mythologies, les éditions Dargaud prennent le pari audacieux de revisiter quelques récits phare de la mythologie grecque. C’est ainsi que Serge Le Tendre, le scénariste, a décidé de mettre en avant la part d’humanité de ces héros mais aussi de ces anti-héros. C’est ce dernier aspect qui a fait que mon choix s’est porté sur l’album Astérios, Le Minotaure.

Nul besoin d’être passionné de mythologie grecque pour connaître, dans les grandes lignes, la légende de Thésée et du Minotaure. Vous savez donc certainement que dans l’histoire le Minotaure en question n’a pas vraiment le bon rôle.

Oubliez tout ce que vous savez ou croyez savoir en ouvrant cet album. Laissez-vous simplement guider par le récit d’Astérios pour découvrir son histoire et celle de son père adoptif, Dédale.

J’ai été totalement emballé par cette revisite qui nous propose de découvrir un Minotaure victime de l’intolérance et de la cruauté des hommes. Finalement un monstre qui va s’avérer plus humain que bien des humains… et même Thésée ne rachètera pas son espèce.

Ce récit est l’occasion de croiser quelques grands noms de la mythologie grecque, à commencer par le roi Minos, Dédale et son fils Icare mais aussi Ariane (insociable de la légende de Thésée et du Minotaure) qui a une relation très forte avec son demi-frère Astérios.

Le dessin de Fréderic Peynet est sublime, que ce soit par la finesse du trait, le choix des couleurs ou encore la luminosité des cases. Les émotions et les expressions des personnages sont ainsi parfaitement mises en valeur (y compris celles d’Astérios).

J’avoue être nettement moins familier des autres histoires de la collection (Pygmalion, Héra et Tirésias) mais il n’est pas impossible que je laisse tenter si ces albums venaient à croiser ma route.

Pour info, Serge Le Tendre n’est pas un inconnu pour les amateurs de BD et de fantasy, il est en effet à l’origine (entre autres) du cultissime cycle de La Quête De L’Oiseau Du Temps.

MON VERDICT

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[BOUQUINS] Roy Braverman – Le Cas Chakkamuk

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Titre : Le Cas Chakkamuk
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

Le shérif Doug Warwick est accusé de viol par sa belle-sœur et sa propre femme. Taylor, son jeune adjoint est chargé de l’enquête. Quelque peu dépassé par les événements il sollicite l’aide du prédécesseur de Warwick, Blansky, désormais rédacteur en chef au Notchbridge Sentinel.

Assisté de Dempsey, écrivain à succès et employé au journal, l’ancien shérif va essayer de démêler un sac de nœud de plus en plus inextricable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook) qui poursuit son séjour littéraire mouvementé au pays de l’Oncle Sam. Après Pasakukoo, il reste sur les rives du lac et ses environs pour son nouveau roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman Roy Braverman reste à Rhode Island et autour du lac Pasakukoo, un cadre enchanteur qui fut déjà le théâtre de son précédent roman, Pasakukoo. Du coup vous ne serez pas surpris de retrouver de vieilles connaissances, tel que Blansky, ancien shérif devenu rédacteur en chef du quotidien local, et son acolyte ami/ennemi, Dempsey, écrivain à succès qui prête sa plume à la rubrique littéraire de ce même journal.

Les lecteurs assidus de Roy Braverman retrouveront avec plaisir – agréable surprise s’il en est – ce cher Mardiros, collecteur de dettes (ne l’appelez pas chasseur de primes, ça contrarie le bonhomme) arménien qui ne manquera jamais de surprendre ses interlocuteurs et, par la même occasion, le lecteur.

Bien entendu il faudra aussi compter sur de nouveaux personnages. À commencer par le shérif Doug Warwick, Laureen son épouse et Brenda, la sœur de cette dernière. Entre eux va rapidement se jouer un curieux jeu d’alliances et de trahisons, à se demander qui manipule qui et surtout dans quel but…

Mais commençons par le commencement afin d’y voir un peu plus clair. Le bouquin s’ouvre sur la disparition (a priori volontaire) de Brian Ross, un brillant auteur (faut croire que le lac inspire les écrivains) et mari de Brenda. Pour l’aider à surmonter ce cap douloureux, Laureen et Doug l’accueille chez eux toutes les fins de semaine. Jusqu’à ce que survienne une curieuse proposition indécente… Alors que tout semble se dérouler selon le plan des trois complices, la mécanique s’enraye brusquement et prend un tour pour le moins inattendu. À partir de là les choses vont aller de mal en pis, avec parfois quelques revirements des plus surprenants.

Comme dans Pasakukoo les chapitres commencent par quelques mots d’un mystérieux narrateur qui s’adresse directement au lecteur et n’hésite pas à se moquer de son créateur (l’auteur). Comme dans le précédent roman, le narrateur en question nous informe dès sa première intervention qu’il va mourir au cours du roman.

Et puisqu’on cause de macchabées, vous devez bien vous douter que le narrateur n’est pas le seul qui rencontrera la grande faucheuse au fil des chapitres. Et bien entendu, Braverman’s mark oblige, les causes des décès ne seront pas vraiment naturelles et leurs circonstances un tantinet brutales.

Des chapitres courts et un humour (souvent fortement teinté de noir) omniprésent viennent compléter la fameuse griffe Braverman. Une recette éprouvée qui nous garantit une lecture aussi jouissive qu’addictive.

Face à l’ampleur que prennent les choses, le FBI ne va pas tarder à mettre son grain de sel dans l’affaire. En l’occurrence se sont deux girls in black, les agents Daimler et Willow, qui vont devoir essayer de démêler un écheveau de plus en plus inextricable.

Me croiriez-vous si je vous disais qu’au milieu de ce joyeux bordel, ce brave Cupidon va quand même réussir à faire mouche ? Rassurez-vous, l’ami Braverman n’a pas pris d’actions chez Harlequin, de romantisme, point trop n’en faut.

Même si j’ai trouvé ce bouquin un peu plus soft (pour du Braverman, cela s’entend) que les précédents, je me suis régalé de la première à la dernière page. La preuve j’ai dévoré le bouquin dans la journée.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Mo Malo – Summit

AU MENU DU JOUR


Titre : Summit
Série : Qaanaaq – Livre 4
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

À la demande de son supérieur, Arne Jacobsen, Qaanaaq Adriensen doit superviser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les cadors de la police islandaise, danoise, norvégienne et finlandaise vont se réunir au QG de la patrouille Sirius, aux portes de l’inlandsis.

Les choses commencent mal, à peine débarqué au Groenland, le représentant de la police islandaise disparaît mystérieusement. Et ce n’est que le premier « incident » qui va perturber la tenue de ce sommet, les choses vont en effet aller de mal en pis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la quatrième enquête de Qaanaaq Adriensen et son équipe, un coup de cœur dès leur première apparition qui ne s’est jamais démenti.

Ma Chronique

Je remercie les éditions La Martinière et Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Petit détour par le visuel avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est la couv’ de Qaanaaq (le premier opus de la série) qui m’a irrésistiblement attiré vers le roman avec son ours polaire qui fait trempette. A l’occasion de cette quatrième enquête ce brave nanuq (littéralement, ours polaire en inuit) est de retour en tête d’affiche. Une présence qui ne doit rien au hasard, la bestiole ne venant pas faire que de la figuration dans ce roman.

Petite digression géographique maintenant. Vous savez sans doute que la Scandinavie ne désigne pas un état mais une entité géographique regroupant plusieurs états. Au sens strict elle est formée par la Norvège, la Suède et le Danemark qui constituent un ensemble relativement homogène sur les plans ethniques, linguistiques et historiques. Au sens large et usuel, on y ajoute la Finlande et l’Islande, soit l’ensemble des états nordiques. Sauf que ces états sont déjà représentés au sein d’une institution appelée Conseil nordique.

C’est bon on peut y aller ? Allez zou, embarquement immédiat en direction du Groenland.

Ceux et celles qui ont lu les trois précédents romans de la série ne seront pas totalement dépaysés et retrouveront avec plaisir des personnages qu’ils connaissent désormais presque comme leurs amis. Un plaisir que ne suffira pas à gâcher la présence d’Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen, plus déterminé que jamais à nuire à Qaanaaq Adriensen.

Si vous n’avez pas lu les trois précédents romans de la série (Qaanaaq, Disko et Nuuk), je ne saurais que trop vous conseiller de le faire avant de vous lancer dans la lecture de Summit. En effet le présent roman fait très souvent référence aux précédentes enquêtes de Qaanaaq et son équipe, difficile dans ces conditions d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue et plus encore les personnages sans connaître leur histoire.

Rapidement Qaanaaq va réaliser que ce séminaire de la SPA ne sera pas un banal atelier de cohésion des équipes dans la lutte contre le crime organisé. Déjà la disparition du représentant de la police islandaise n’augurait rien de bon, quand celui de la police finlandaise est blessé par balle dès la première sortie du groupe, il apparaît clairement qu’ils sont la cible d’un ennemi invisible… et sans doute venu de l’intérieur.

Ces « incidents de parcours » ne suffiront toutefois pas à convaincre le chef de la patrouille Sirius de changer le programme prévu pour leurs hôtes. Programme dont le point d’orgue sera un trek en traîneau à chiens en bordure de l’inlandsis (sans doute le décor le plus hostile qui soit en milieu polaire).

Fidèle à son habitude Mo Malo (définitivement le plus nordique des écrivains français) place la nature au cœur de son intrigue. L’inlandsis lui offre effectivement un terrain de jeu particulièrement inadapté à l’humain avec des températures extrêmes et un relief accidenté qui dissimule de nombreux pièges invisibles – sauf au dernier moment… quand il est déjà trop tard. Ajoutez au tableau un redoutable prédateur particulièrement sournois et rancunier (fallait pas venir lui chier dans les pattes).

Plus que jamais l’humain sera la clé de la survie dans un décor pareil. Livrés à eux-mêmes après une succession de défaillances, les trekkers vont devoir, plus que jamais, rester solidaires et faire front uni contre l’adversité (pas évident quand on soupçonne qu’il y a – au moins – un fruit pourri dans le panier). Face au froid, au doute et à la faim qui les tenaille, la moindre faille fera d’eux une cible idéale pour la folie polaire.

Si on retrouve un Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen plus mesquin et magouilleur que jamais, on en apprend aussi un peu plus sur les raisons de sa rancœur envers Qaanaaq. Longtemps Jacobsen va se réjouir du bon déroulé de son plan visant à décrédibiliser son ennemi juré… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’a jamais été le maître du jeu et que dès le départ les dés étaient pipés pour lui aussi.

Pendant que nos valeureux séminaristes se débattent pour survivre, sur le continent une guerre des gangs menace d’exploser à tout instant. Les AK81, jusqu’alors affiliés aux Hell’s Angels, rêvent d’autonomie et surtout veulent leur part du gâteau. Un conflit larvé qui pourrait bien embraser toute la Scandinavie.

Une fois de plus Mo Malo n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages. J’avoue que plus d’une fois je me suis demandé s’il n’allait pas sonner le glas de notre sympathique Qaanaaq et des compagnons d’infortune. Avais-je raison de craindre le pire ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.

Un roman qui se dévore tant il est maîtrisé et addictif de la première à la dernière page. Si comme moi vous adorez les thrillers qui jouent avec vos nerfs, vous vous régalerez avec ce bouquin. Il y a d’autres points que j’aurai aimé aborder dans cette chronique, notamment la relation des hommes de la patrouille Sirius et de leurs chiens de traîneaux, mais je n’en ferai rien afin de garder intact le plaisir de la découverte.

Je terminerai en signalant simplement qu’au fil des chapitres, j’ai supposé que le titre, Summit, faisait référence au sommet de la SPA (même si on est plus dans un contexte séminaire, voire atelier) avant de comprendre, dans la dernière partie du roman, que je faisais fausse route.

Et maintenant ? Et si je vous disais que Mo Malo prépare une nouvelle série dans un cadre radicalement différent (un indice, la chose devrait s’appeler La Breizh Brigade), ça vous aiderait ou ça ne ferait que vous embrouiller davantage ? Si vous voulez en savoir plus sur le sort de Qaanaaq vous voilà condamné à lire Summit (croyez-moi, il y a pire comme châtiment).

MON VERDICT

Coup de poing