[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – L’Enfant Dormira Bientôt

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Enfant Dormira Bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour deux nouveau-nés sont enlevés dans deux maternité différentes. L’affaire est confiée à la commissaire divisionnaire Jeanne Muller et son équipe. La consigne du préfet est sans équivoque : il faut agir vite, retrouver le (ou les) coupable(s) et rendre les bébés à leurs parents… tout ça avant que la psychose ne s’installe.

Plus facile à dire qu’à faire quand la police ne dispose d’aucun indice et que rien ne semble relier les victimes. Rien ? À part le fait que les deux couples ont été candidats à l’adoption avant une grossesse inespérée ; ils sont passés par la fondation Ange, dirigée par Michel Béjart.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est François-Xavier Dillard, un auteur que j’ai découvert il y a peu mais dont les deux derniers titres m’avaient fait forte impression.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver la commissaire Jeanne Muller, un flic atypique rencontré dans le précédent roman de l’auteur : Prendre Un Enfant.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce nouveau roman, François-Xavier Dillard, place de nouveau l’enfant au cœur de son récit, qu’il s’agisse d’adoption, de maternité, d’infanticide (plus précisément de néonaticide) ou encore de la relation de l’enfant au(x) parent(s). Comme vous pouvez vous en douter, sous la plume de l’auteur, ce sont les aspects les plus noirs de ce vaste thème qui seront mis en avant. Ajoutez à cela une touche de culpabilité, un soupçon de rédemption et une pointe de vengeance afin d’épicer encore davantage le récit.

La scène d’ouverture donne tout de suite le ton. Elle est d’un réalisme à couper le souffle, la souffrance de l’homme qui découvre l’indicible est restituée avec une incroyable justesse. Un premier chapitre qui vous glacera les sangs et vous plongera dans l’horreur la plus abjecte qui soit.

Dans un premier temps l’intrigue se divise en plusieurs arcs narratifs distincts. Le premier suivra bien entendu l’enquête de Jeanne Muller et de son équipe autour de ce double enlèvement de nouveau-nés. Puis l’on va s’intéresser à Michel Béjart – l’homme du premier chapitre – qui cohabite tant bien que mal avec son fils, Hadrien, lourdement handicapé à la suite de l’accident de voiture survenu alors que sa mère prenait la fuite avec lui. Enfin on se pencher sur le cas d’une femme visiblement perturbée et en permanence sur le qui-vive – pas besoin d’avoir fait Normale sup pour comprendre qu’il s’agit de l’ex-épouse de Béjart et de l’auteure des enlèvements. Enfin, il y a Samia, une jeune femme que Jeanne Muller a sorti du cercle vicieux de la prostitution avant de la confier à un couple qui doit lui permettre de mieux se réintégrer… mais pas facile d’échapper à son passé.

De prime abord le fil rouge semble évident mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir brouiller les cartes et surprendre le lecteur avec quelques révélations totalement inattendues… et ce jusqu’au clap de fin. Je n’aurai qu’un conseil à vous donner si vous vous lancez dans ce bouquin, ne vous fiez pas aux apparences !

Si vous avez lu Prendre Un Enfant, le précédent roman de François-Xavier Dillard, vous connaissez déjà la commissaire Jeanne Muller et sa personnalité très marquée. Pour les autres, attendez-vous à faire connaissance avec un flic totalement atypique qui piétine allégrement les plates-bandes du politiquement correct et du bio-éco-bobo. Sa voiture, une Maserati Gran Turismo, pétaradante et fumante, a de quoi faire tourner de l’œil les braves gens qui ne jurent que par l’électrique ou l’hybride. Et ne lui parlez surtout pas de cigarette électronique, elle serait plutôt du genre à allumer sa clope au mégot de la précédente.

Je ne vous répéterai pas une fois de plus ma ritournelle affirmant que pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut des personnages crédibles et traités en profondeur (ah bin si, je viens de le faire). Le fait est que la mécanique imaginée par François-Xavier Dillard est implacable ; sa clé de voûte étant la relation amour / haine qui lie Michel et Hadrien.

On sort ébranlé (ne pas oublier le é… sinon ça ne fait pas le même effet) d’une telle lecture, d’autant que les ultimes révélations vos feront l’effet d’un coup de massue. L’une d’elle remettant même radicalement en cause la perception du lecteur vis-à-vis des acteurs du drame.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Wesley Chu – Time Salvager

AU MENU DU JOUR


Titre : Time Salvager
Auteur : Wesley Chu
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2015)
528 pages

De quoi ça cause ?

2511. La Terre n’est plus qu’un champ de ruines dépeuplé et toxique. Ses habitants l’ont quittée depuis longtemps pour s’établir dans le système solaire. Leur survie repose sur les ressources que des agents temporels vont récupérer dans le passé.

James Griffin est un de ces chronmen, un agent désabusé par ses longues années de service et fortement porté sur l’alcool. Et pourtant c’est à lui et à son référent que l’on confie une mission qui devrait leur assurer une retraite dorée.

Alors que sa mission touche à sa fin, James brise la plus importante des lois temporelles en ramenant une personne du passé dans le présent. Rapidement démasqué James dot fuir avec sa protégée. Ils sont désormais des cibles prioritaires pour le Chronocentre et la puissante corporation Valta…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son intrigue, qui, sans révolutionner les règles du genre, m’inspirait. Et la couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe !).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le thème du voyage temporel est un grand classique de la science-fiction, que ce soit au cinéma ou en littérature, il a été exploité sous toutes les coutures. Depuis H.G. Wells et Sa Machine À Explorer Le Temps (et même avant) à nos jours, les auteurs qui se sont essayés au genre sont légion… avec plus ou moins de succès.

On serait tenté de penser que toutes les facettes de cette thématique temporelle ont été exploitées, et bin non ! Wesley Chu, un jeune auteur taïwanais installé aux États-Unis, nous prouve qu’il est encore possible de faire preuve d’originalité en la matière. Même si son roman, Time Salvager, premier opus de sa Trilogie du Temps, ne révolutionne pas franchement le genre, il a au moins le mérite de le rafraîchir.

Si le voyage dans le temps est au cœur de l’intrigue, il est ici prétexte à assurer la survie de l’humanité. Seuls les chronmen, des agents temporels, ont le droit de pratiquer des bonds dans le passé et uniquement pour aller y récupérer des ressources ou de l’énergie (qui font cruellement défaut dans le présent) en veillant à perturber à minima le flux temporel. Ils sont placés sous l’autorité du  Chronocentre qui veille au respect des lois temporelles.

James Griffin est, malgré son instabilité et son alcoolisme, l’un des meilleurs chronmen en service. C’est pour cette raison que le contrôleur Levin Javier donne son feu vert pour une mission commanditée par la puissante corporation Valta.

Alors que cette mission pouvait lui offrir une retraite dorée, James va commettre l’irréparable en brisant la première loi temporelle ; il va en effet ramener dans le présent une personne du passé. Cette « anomalie » est Elise, une biologiste qu’il va rencontrer au cours de sa mission et qu’il sauvera d’une mort certaine sur un coup de tête.

Pour Levin, la traque du fugitif et de sa protégée est une affaire personnelle, d’autant que la corporation Valta met la pression sur le Chronocentre.

Si Time Salvager est un pur produit de SF et d’anticipation, il peut aussi revendiquer le titre de thriller d’anticipation tant le rythme est soutenu de la première à la dernière page. Au fil de la traque, on découvre – en même temps que Levin – qui tient réellement les rênes du pouvoir et du Chronocentre.

Ajoutez à cela la dimension écologique (au sens noble du terme, pas sa version corrompue par la politique) de l’intrigue et vous aurez entre les mains tous les éléments d’un scénario bien plus complexe qu’il ne le laissait supposer.

Le personnage de James est l’archétype de l’antihéros, de prime abord bourru et antipathique, son caractère va s’adoucir au contact d’Elise.

À l’opposé Levin est le parfait fonctionnaire zélé, même quand ses certitudes s’effondrent il persiste à se réfugier derrière le règlement.

Le style de Wesley Chu fait de ce roman un véritable page-turner. Il me tarde de découvrir la suite (Time Siege, paru aux États-Unis en 2016), par contre je suis un peu plus pessimiste pour le troisième et dernier opus qui ne semble toujours pas écrit alors que l’auteur a publié de nombreux autres romans depuis 2016 et annonce même une nouvelle série pour 2022.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Paula Hawkins – Celle Qui Brûle

AU MENU DU JOUR


Titre : Celle Qui Brûle
Auteur : Paula Hawkins
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Angleterre
464 pages

De quoi ça cause ?

Daniel Sutherland a été assassiné à bord de sa péniche.

Trois femmes et un homme sont directement impactés par cette mort brutale. Miriam, sa voisine, a découvert le corps. Carla, sa tante, séparée mais encore très porche de son ex-mari et qui a perdu sa sœur (la mère de Daniel, quelques semaines plus tôt). Laura, une jeune femme qui a passé la nuit avec Daniel avant de se séparer sur une violente dispute. Théo, auteur à succès et ex-mari de Carla.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Inévitablement parce que c’est Sonatine, mais aussi et surtout parce c’est enfin pour moi l’occasion de découvrir l’univers littéraire de Paula Hawkins.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Celle Qui Brûle est le troisième roman de Paula Hawkins publié par les éditions Sonatine, bien qu’ayant les deux précédents dans mo Stock à lire Numérique et malgré l’engouement suscité par La Fille Du Train, ce sera pour moi l’occasion de découvrir, ENFIN, l’univers littéraire de l’auteure.

L’auteure nous offre un thriller psychologique porté par des personnages forts, marqués par des drames personnels lourds. Miriam a été enlevée et séquestrée alors qu’elle était ado, elle a réussi à s’enfuir mais son amie a été violée et tuée par leur ravisseur.  Carla et Théo ont perdu leur jeune fils à la suite d’un accident dû à la négligence d’Angela. Laura a été renversée par une voiture quand elle était enfant, après une période de coma et une longue rééducation, elle garde quelques séquelles physiques et psychologiques.

L’enquête de police autour du meurtre de Daniel est presque reléguée au second plan tant l’accent est mis sur les personnages. Il faut bien reconnaître que pour la police Laura fait un peu figure de coupable idéale au vu de son passif et de sa totale imprévisibilité. Vous l’aurez compris ce serait trop facile… et pis je me refusais à y croire parce que je l’aimais bien la petite Laura.

Mais pour lever tous les soupçons qui pèsent sur la jeune femme, encore faut-il découvrir l’identité du véritable assassin… et alors là je vous souhaite bien du courage, Paula Hawkins sait y faire pour brouiller les pistes… et accessoirement vous embrouiller l’esprit ! Les soupçons passeront de l’un à l’autre des personnages au gré de l’évolution de l’intrigue… sans vraiment avoir de certitude absolue.

Heureusement Laura ne sera pas seule pour affronter les événements, elle pourra compter sur le soutien et la confiance inconditionnels d’Irene. Une vieille dame à qui elle rend parfois quelques menus services. Une mamie gâteaux qui est loin d’être gâteuse, si parfois sa mémoire lui joue des tours, son esprit reste parfaitement affuté. Un personnage très attachant qui vous réservera bien des surprises.

Et la victime dans tout ça ? Daniel était-il si innocent que l’on voudrait nous le faire croire ? Peu à peu on découvre un individu qui peut s’avérer hautement méprisable et parfois très instable.

Dans sa narration l’auteure joue volontiers avec le temps. L’intrigue actuelle est entrecoupée par les souvenirs de l’un ou l’autre des personnages. Parfois ça vous aidera à mieux cerner l’individu en question, d’autre fois ça vous enfoncera encore davantage dans la brume.

Vous l’aurez compris il n’est pas question de pyromane dans ce bouquin, le feu est intérieur et consume lentement mais sûrement ses proies. Colères, rancœurs, regrets, culpabilité… que l’on laisse enfler sans leur offrir un exutoire… l’effet peut être tout aussi dévastateur qu’un incendie.

Un roman qui sort de lot par la qualité et l’intelligence de sa narration et de sa construction (en plus des personnages mitonnés aux petits oignons). De fait la lecture est aussi addictive que fluide. J’en viendrai presque à regretter de ne pas m’être penché plus tôt sur le cas Paula Hawkins… je dis bien presque, les regrets ce n’est pas ma tasse de thé. Et puis il n’est pas trop tard pour pallier ce retard.

Le délai de publication de la présente chronique est de mon seul fait, j’ai pris mon temps avant de jeter mon dévolu sur ce roman et ensuite j’ai eu un retard de rédaction et publication. Un coup de mou, ça arrive de temps en temps.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cory Anderson – Le Fracas Et Le Silence

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Fracas Et Le Silence
Auteur : Cory Anderson
Éditeur : Fleuve Éditions / PKJ
Parution : 2021
Origine : États-Unis
400 pages

De quoi ça cause ?

Après l’arrestation de leur père, à la suite d’un braquage qui a mal tourné, Jack (17 ans) et Matty (7 ans) se retrouvent seuls avec leur mère de plus en plus malade. Ils survivent tant bien que mal dans des conditions précaires.

Quand leur mère, épuisée par la maladie, se suicide, Jack décide de ne rien dire à personne. Il va tout faire pour rester avec son jeune frère et leur assurer une vie meilleure. Pour ça il faudrait qu’il trouve le magot – jamais retrouvé – du braquage de son père, mais il n’est pas le seul à lorgner sur le butin disparu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai tout de suite tilté sur la couv’ et son côté vintage. Associée au pitch ça sentait bon le thriller avec une pointe de nature writing… tout pour me plaire !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je souhaiterai souligner une petite particularité à propos de la parution de ce bouquin, il est en effet sorti simultanément et en version intégrale non retouchée chez Fleuve éditions et PKJ. Chez FLeuve j’ai envie de dire que le titre s’inscrit parfaitement dans leur catalogue ; cependant niveau PKJ je le conseillerai plutôt à un public jeune adulte ayant le cœur et les tripes bien accrochés.

On ne va pas se mentir, avec ce premier roman Cory Anderson signe un thriller très noir mettant en scène des enfants déterminés à prendre leur destin en main. Sans forcément avoir conscience des nombreux dangers qu’ils vont devoir affronter… surtout en se lançant à la recherche d’un butin disparu.

Le premier chapitre donne d’emblée le ton du récit. Si vous vous attendiez à une sympathique promenade de santé dans des paysages bucoliques, passez votre chemin. L’auteure vous invite sur une piste noire semée d’embûches et au cœur d’une nature hostile.

Jack Dahl (17 ans) est un solitaire au lycée. Il faut dire qu’il traîne comme un boulet la triste réputation de son père qui a braqué un prêteur sur gage et purge une peine de prison pour vol et meurtre. Mais le jeune homme ne semble pas en pâtir, au contraire il apprécie plus que tout qu’on lui foute la paix et qu’on ne vienne pas mettre son nez dans ses affaires.

Deux événements vont pourtant venir sérieusement bouleverser le quotidien de Jack. Après le suicide de leur mère, Jack décide de ne rien dire à personne afin que les services sociaux ne le séparent pas de son frère Matty (7 ans). Il va se débrouiller pour faire en sorte que les choses aillent pour le mieux… et pour ça il faut qu’il mette la main sur le butin que son père a planqué. Il l’ignore encore mais cette quête va le confronter à des personnages peu recommandables et les plonger, lui et son frère, dans la tourmente et la violence.

Et si sa rencontre Ava, une adolescente aussi taciturne et mystérieuse que lui, était une main tendue pour sortir des ténèbres. Il ne sait rien d’elle, elle sait tout (ou presque) de lui. Il va, contre toute attente, décider de lui faire confiance et accepter son aide.

Ce que Jack ignore c’est que Ava est la fille de Bardem, le complice de son père et le véritable auteur du meurtre dont son paternel est accusé. Un personnage tout en noirceurs, froid, déterminé et implacable. bien décidé à mettre la main sur un butin qui – il en est convaincu – lui revient de droit.

Ce que Jack ignore c’est que le butin volé appartenait à des trafiquants de drogue qui se servaient du prêteur sur gages pour blanchir leur argent sale. Ils n’ont pas vraiment apprécié que leur fric disparaisse et ne reculeront devant rien pour le récupérer.

Ce que Jack ignore c’est que dans tout le merdier qu’il déclenché bien malgré lui, quelqu’un se soucie de lui et de son frère. Alors que les cadavres commencent à jalonner le parcours des trois gamins, le sheriff Doyle espère pouvoir les sauver.

Si j’ai pris le temps de parler des différents acteurs de cette intrigue, c’est parce que l’auteure accorde une attention toute particulière à ses personnages. Impossible de rester de marbre face au périple de Jack et Ava, ils ne feront pas toujours les choix les plus judicieux mais leur jeune âge justifie amplement ces erreurs d’aiguillage. Et au milieu de ce déferlement de violence, l’innocence de Matty est un véritable rayon de soleil.

La nature est aussi un élément essentiel du récit et de l’intrigue, il faut dire que les fins fonds de l’Idaho au cœur de l’hiver ne constituent pas vraiment le décor idéal pour des gamins livrés à eux-mêmes. Le froid peut rapidement devenir un ennemi impitoyable.

L’intrigue aussi est soignée, le rythme soutenu est assuré de la première à la dernière page, de quoi jouer avec les nerfs et l’adrénaline des lecteurs… même les plus aguerris ! Je l’ai dévoré quasiment d’une traite tant il me tardait de découvrir le dénouement.

La construction du roman mérite aussi que l’on s’y attarde. Chaque chapitre commence par quelques lignes dans lesquelles Ava nous invite à partager ses réflexions. Puis les chapitres s’enchaînent, faisant parfois fi de la chronologie mais sans jamais perdre le lecteur. Leur numérotation aussi est peu ordinaire, on suit un décompte normal des chapitres 1 à 33 avant d’entamer un compte à rebours des chapitres 32 à 1.

Pour un premier roman, Cory Anderson signe un bouquin maîtrisé de bout en bout, rien n’est laissé au hasard. Une très belle découverte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Sire – La Saignée

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Titre : La Saignée
Auteur : Cédric Sire
Éditeur : Fayard
Parution : 2021
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, elle se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait  : à coups de poing.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette «  red room  » appelée  La Saignée,  diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade  : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Sire et que le pitch du présent roman attisait particulièrement ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman, Cédric Sire va fouiner dans les entrailles du Dark Net, pour y remonter ce qu’il peut y avoir de plus glauque puisqu’il s’agit d’une « red room », un site via lequel les utilisateurs – contre une généreuse contribution – peuvent assister en livestream à une séance de torture suivie d’une mise à mort de la victime.

Ces fameuses « red rooms » font un peu office de légende urbaine du Dark Net, tout le monde en a entendu parler, mais personne n’en a jamais vu. À se demander si elles existent vraiment ou si ce n’est qu’un mythe 2.0 (ce qui, soit dit en passant, ne serait pas plus mal… et surtout beaucoup plus rassurant).

L’intrigue se déroule selon deux arcs narratifs. Du côté on suit le parcours d’Estel Rochand, ex-flic virée suite à une bavure, elle s’est rabattue sur la sécurité. Après une mission qui tourne mal, elle démissionne malgré les menaces de son employeur. Alors qu’elle désespérait de trouver un nouveau job, un écrivain à succès et à la réputation sulfureuse, lui propose de l’embaucher comme garde du corps.

De l’autre côté Quentin Falconnier, un lieutenant de police spécialisé dans la traque des cybercriminels, se trouve confronté à ce qui semble être une véritable « red room » située en France. Il va tout mettre en œuvre pour neutraliser le site et identifier le bourreau. Une femme qui semble prendre un réel plaisir à exécuter les ordres des utilisateurs connectés.

Le fil rouge semble s’imposer comme une évidence… un peu trop évidente justement. Au fil des chapitres les indices s’accumulent en ce sens, mais j’ai refusé d’y croire. Refusé de croire que Cédric Sire aurait pu se laisser aller à une telle évidence, ce serait indigne de l’auteur qui a imaginé les personnages d’Eva Svarta et Alexandre Vauvert.

Estel et Quentin, deux personnages aux personnalités bien marquées, mais qui doivent aussi composer avec leurs propres démons… une cohabitation pas toujours évidente. Si ce sont eux qui portent l’intrigue, les personnages secondaires ne se contenteront pas de meubler le récit, loin s’en faut ! Les rôles des uns et des autres se préciseront au fil des chapitres, donnant parfois lieu à un total revirement de situation.

Une intrigue boostée à l’adrénaline qui ne laissera que peu d’occasions au lecteur de reprendre son souffle. Une intrigue à ne pas mettre entre toutes les mains, le ton est donné d’entrée de jeu dès la scène d’ouverture… âmes sensibles s’abstenir !

La violence et les effusions de sang ne sont pas gratuites, elles sont mises au service de l’intrigue. Si le rythme imposé est des plus soutenu, ça n’empêche pas le récit d’être hyper documenté afin de le rendre parfaitement crédible… tout en restant accessible aux profanes. Bref, une intrigue totalement maîtrisée qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

L’écriture de Cédric Sire nous plonge en totale immersion au cœur de l’intrigue, un style direct qui privilégie le rythme. Exactement ce qu’il faut pour faire de ce roman un thriller aussi captivant qu’addictif.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Dean Koontz – Dévotion

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Titre : Dévotion
Auteur : Dean Koontz
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2020)
500 pages

De quoi ça cause ?

Kipp est un golden retriever doué de facultés extraordinaires. Il communique avec ses semblables via un vaste réseau télépathique qu’ils nomment le « Circuit ».

Peu après la mort de sa maîtresse, Kipp capte un signal de détresse sur le « Circuit », un signal envoyé par un enfant humain. Sans la moindre hésitation, le chien se lance à la recherche de l’enfant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Dean Koontz a été, dans les années 90, un potentiel challenger à l’indétrônable Stephen King.

N’ayant pas encore eu l’occasion de découvrir sa série Jane Hawk (publiée par les éditions L’Archipel), j’ai décidé de le redécouvrir avec ce roman one shot.

Ma Chronique

Je remercie les éditions L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Comme annoncé dans mon post précédent, cela faisait pas loin d’une trentaine d’années que je n’avais pas lu un roman de Dean Koontz. Il me tardait de redécouvrir l’univers de l’auteur après tant d’années. J’attendais un roman indépendant pour me lancer, les éditions L’Archipel ont exaucé mon vœu.

Avec Dévotion Dean Koontz renoue avec son genre de prédilection, le thriller fantastico-horrifique… mais pas que ! Ce n’est pas la première fois que l’auteur pointe du doigt les dérives de la recherche scientifique (ici c’est le transhumanisme qui est dénoncé), mais il s’adapte aussi à l’époque contemporaine en s’interrogeant sur les aspects les plus sombres des nouvelles technologies (dont le fameux, mais encore très secret Dark Net). C’est aussi une nouvelle occasion pour l’auteur d’afficher son amour pour les chiens (le golden retriever en tête) qui, sous sa plume, confirment leur statut de « meilleur ami de l’homme ».

Dean Koontz divise clairement (trop à mon goût) ses personnages entre les gentils et les méchants ; c’est soit tout blanc, soit tout noir, les nuances de gris, connaît pas ! Dommage, je trouve que ce manichéisme n’est plus de mise aujourd’hui.

On va commencer par un inventaire non exhaustif des GENTILS. Un chien doté de facultés extraordinaires. Un enfant autiste surdoué, mais muré dans le silence depuis toujours. Une mère prête à tout pour protéger son enfant. Un ancien soldat d’élite qui va se retrouver, presque malgré lui, dans une affaire aussi compliquée que dangereuse.

Même exercice chez les MÉCHANTS. Un rescapé d’un « incident technique » sur un site scientifique secret, qui va se retrouver transformé en OGM assoiffé de sang et de haine. De puissants (et riches) hommes d’affaires déterminés à protéger leurs intérêts, quel qu’en soit le prix à payer. Des tueurs à gages impitoyables, pleins de ressources, mais pas forcément très futés. Des flics et un procureur corrompus et complètement dépassés par les événements.

Tout ce petit monde va se retrouver au cœur d’une intrigue plutôt bien ficelée, complexe, mais jamais embrouillée, et captivante de bout en bout. Malgré d’indéniables qualités qui placent le bouquin sur le haut de l’échelle, je l’ai trouvé un peu léger par certains aspects.

Si certaines scènes risquent de faire régurgiter leur goûter aux estomacs les plus fragiles, je n’ai pour ma part jamais eu le grand frisson (ni même le moindre frisson pour être tout à fait franc). Je peux comprendre que ce soit un choix de l’auteur afin de toucher un public plus large et de ne pas centrer son intrigue sur le seul plan horrifique, on va donc dire que c’est un demi-bémol.

Même si l’intrigue est rythmée, elle manque cruellement d’adrénaline. À aucun moment je n’ai tremblé pour Megan et Woody. Dans le même ordre d’idée, j’ai deviné certains éléments du dénouement avant qu’ils ne soient révélés.

Il n’en reste pas moins que j’ai apprécié ces retrouvailles avec un auteur injustement perdu de vue depuis de trop longues années. Certes je les aurai préférées un peu plus nerveuses, mais ça ne m’empêchera pas de répondre présent pour ses prochains romans (il serait temps que je me penche sur le cas Jane Hawk).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jeff Jackson – Live !

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Titre : Live !
Auteur : Jeff Jackson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis doivent faire face à une déferlante d’attaques meurtrières prenant pour cible des formations musicales lors de leurs prestations en public. Aucun fil rouge ne permet de relier les cibles ou les assaillants.

La ville d’Arcadia ne sera pas épargnée par cette vague criminelle, Shaun, un jeune guitariste et chanteur, est abattu alors qu’il se produisait avec son groupe. Pour ses proches, et pour toute la ville d’Arcadia, plus rien ne sera jamais comme avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une fois n’est pas coutume, c’est le visuel qui a, le premier, titillé ma curiosité. Cette couv’ façon d’un album vinyle m’a tapé dans l’oeil.

La quatrième de couv’ a enfoncé le clou en traitant cette vague de crime comme une « épidémie » ; voilà qui s’annonce prometteur.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au même titre que la lecture, la musique fait partie intégrante de mon quotidien, comme vous le savez peut-être je suis très éclectique en la matière,et toujours avide de découvrir des artistes que je ne connaissais pas (qui ne sont pas nécessairement de nouveaux talents), voire même d’élargir mon horizon musical.

Dans mon univers musical, le rock occupe une place centrale, du coup j’attendais énormément d’un bouquin qui se veut une ode à la musique en général et au rock en particulier… trop peut-être.

Force est toutefois de reconnaître que le roman de Jeff Jackson est des plus originaux, à ce niveau on pourrait même parler d’expérimental (un peu comme les premiers albums des Pink Floyd).

Sur la forme, outre le visuel très réussi de la couv’, le bouquin se divise en deux faces, la première étant deux fois plus longue que la seconde. La Face A, Ma période sombre, s’ouvre sur la rencontre (et le coup de foudre) de Shaun et Xenie. Quand Shaun est abattu, on va suivre le parcours de trois de ses proches, à commencer par Xénie, puis Florian et Eddie, deux amis de Shaun.

La Face B, Kill City, s’ouvre sur diverses scènes de massacre de musiciens, avant de nous raconter une version radicalement différente des événements d’Arcadia. C’est un peu déconcertant, pour ne pas dire franchement troublant.

J’ai trouvé vraiment intéressante tout ce qui tournait autour de la vie d’un groupe de rock amateur qui essaie de percer. La recherche de l’inspiration pour produire LA chanson qui attirera l’attention des bonnes personnes sur le groupe, les répétitions et l’ambiance des concerts (vu du public, ou de la scène).

Par contre j’ai eu beaucoup plus de mal à adhérer aux errances des personnages et de leur être qui transpire dans chacun de leurs mots ou de leurs actes. Non seulement ça n’apporte strictement rien au récit, mais ça en deviendrait presque déprimant à la longue.

Mais le plus gros reproche que je pourrai faire au bouquin et à Jeff Jackson, c’est d’être complètement passé à côté du coeur de son intrigue. Hormis quelques chapitres décrivant des attaques contre les musiciens, il n’y a ni enquête ni développement autour du pourquoi du comment de cette vague de crimes.

C’est donc très mitigé que je referme ce bouquin. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en le lisant, mais je n’ai clairement pas eu l’étincelle que j’espérais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Giles Blunt – Grand Calme

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Titre : Grand Calme
Série : Cardinal – Livre 6
Auteur : Giles Blunt
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Canada (2012)
336 pages

De quoi ça cause ?

Ontario, Canada. Alors que l’hiver s’annonce particulièrement rude à Algonquin Bay, le corps d’un homme est retrouvé dans un motel de la région. Sa maîtresse, dernière personne à l’avoir vu vivant, a disparu. Bientôt, c’est le corps d’une autre femme qui est retrouvé dans un hôtel désaffecté. Dépêchés sur les lieux, les inspecteurs John Cardinal et Lise Delorme sont loin d’imaginer l’ampleur des ramifications qui sous-tendent leur enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

J’avoue que le duo Arctique / Canada a aussi fait pencher la balance en faveur de ce titre.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si je ne connaissais pas Giles Blunt j’ai été étonné de découvrir que le gars n’en était pas son coup d’essai niveau littérature. Grand Calme est en effet le sixième roman mettant en scène le personnage de John Cardinal (le cinquième n’est pas disponible en version française, mais les quatre premiers ont été publié par les éditions du Masque).

Il existe même une série télé, Cardinal, qui en est à sa quatrième saison (saison qui porte justement Grand Calme à l’écran). Jamais entendu parler, malgré une diffusion assurée par Canal+ en France.

Cela dit ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette lecture, aussi bien au niveau de son intrigue que de ses personnages. Mais avec le recul je me dis que l’enquête sur laquelle revient Lise Delorme, la collègue de John Cardinal, est peut-être (?) abordée dans un des précédents romans.

L’intrigue se divise en trois arcs narratifs. L’enquête principale porte sur la scène de crime sur laquelle Cardinal et Delorme ont été appelé, un homme a été tué et sa maîtresse est portée disparue. Parallèlement Delorme va s’intéresser à un cold-case, le meurtre d’une femme pour lequel le véritable coupable n’a pas été condamné, une injustice qu’elle compte bien réparer, quitte à payer de sa personne. Enfin on suit le récit d’un scientifique basé sur une base dérivante en Arctique… et longtemps on se demandera quel est le lien entre cette expédition scientifique et l’enquête de Cardinal, même si on devine sans peine que les choses vont tourner au drame en Arctique.

Sur la forme Giles Blunt opte pour deux narrations totalement distinctes entre les enquêtes de Cardinal et Delorme et le journal de bord de Kit Durie. Ce dernier est parfois un peu poussif et mise sur une mise en page minimaliste ; heureusement le développement des relations entre les personnages et les événements vont finir par rendre ce récit aussi captivant que le reste du roman.

Le duo Cardinal / Delorme fonctionne bien même si leur relation est un peu distante, chacun ne sachant pas vraiment s’il est judicieux que leur amitié se transforme en quelque chose de plus intime. Giles Blunt met l’accent sur le côté humain de ses personnages, on s’identifie ainsi plus facilement à eux et, selon les traits de personnalité qu’ils développent, on se sent proches d’eaux, ou on les prend en grippe.

Ainsi si le Commissaire Chouinard passe le plus clair de son temps à grogner ou à gueuler, il n’en reste pas moins sympathique. A l’inverse de l’ambitieux Loach, imbu de lui-même à en devenir puant, qui brille dans l’art de brasser de l’air plus qu’autre chose.

Le personnage le plus ambigu reste sans conteste Leonard Priest, aussi sûr de lui que de sa totale invulnérabilité / impunité. Une assurance qui pourrait bien se retourner contre lui face à la détermination de Delorme.

Finalement Grand Calme est un thriller à l’intrigue rondement menée et au suspense addictif à souhait. Je dirai bien que je retrouverai volontiers Cardinal et Delorme pour la suite de leurs aventures mais ça risque d’être compliqué. En effet bien que publié en 2012 au Canada, c’est le sixième et dernier opus de la série à ce jour. À défaut je peux toujours me consoler en découvrant leurs enquêtes précédentes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Michael Crichton – Dent De Dinosaure

AU MENU DU JOUR


Titre : Dent De Dinosaure
Auteur : Michael Crichton
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2017)
350 pages

De quoi ça cause ?

1876. Pour ne pas perdre la face par suite d’un pari stupide, William Johnson, étudiant à Yale, rejoint un groupe dirigé par le Professeur Marsh. Direction le grand ouest pour une expédition paléontologique qui n’intéresse pas du tout Johnson…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Essentiellement par curiosité, non seulement à l’idée de découvrir un inédit de Michael Crichton mais aussi et surtout parce qu’il s’agit d’un roman écrit en 1974 et qu’il y est déjà question de dinosaures.

Ma Chronique

Je remercie les éditions L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il semblerait que Michael Crichton ait écrit ce roman en 1974 mais ne l’ait jamais fait publier, c’est donc à l’initiative de ses ayant-droits (Sherri Crichton, sa veuve, signe la postface) que le bouquin est enfin mis en lumière. On peut légitimement supposer qu’il y a eu quelques retouches – tout en respectant la lettre et l’esprit du texte original – à apporter çà et là pour que le texte soit publiable (même si le simple nom de Michael Crichton suffisait à attiser la curiosité des lecteurs).

J’avoue très honnêtement qu’en ouvrant ce roman je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre et surtout je me demandais si l’auteur ferait intervenir des éléments fantastiques dans le déroulé de son récit. Au final Michael Crichton nous livre un thriller historique sur fond de conquête de l’Ouest et de guerres indiennes (dont les tribus Sioux menées par Sitting Bull, galvanisées par leur récente et écrasante victoire à Little Bighorn).

Pour construire son intrigue Michael Crichton combine des personnages ayant réellement existés (outre les Professeurs Marsh et Cope, deux paléontologues dont la rivalité légendaire restera dans l’Histoire sous le nom de « guerre des os », on croisera aussi, de près ou de loin, des grands noms de l’Histoire de l’Ouest américain) et des personnages issus de l’imaginaire de l’auteur (à commencer par son héros, William Johnson). Pour que l’ensemble reste cohérent, Michael Crichton s’est autorisé quelques libertés avec les faits (comme il s’en justifie à la fin du roman) ; et cela fonctionne plutôt bien.

Il faut dire que Michael Crichton apporté beaucoup de soins à ses personnages, et ce quel que soit leur niveau d’implication dans le déroulé de l’intrigue. Le lecteur sera bien entendu plus attentif à l’évolution du caractère de William Johnson ; s’il apparaît au début du roman comme un banal gosse de riche pourri-gâté et égocentrique, sa personnalité va évoluer (en bien) au contact des autres et au fil de ses aventures.

On devine un gros travail de documentation de la part de l’auteur qui nous plonge au cœur d’un western hyper réaliste et très visuel. Outre son intrigue qu’il dirige en véritable virtuose, Michael Crichton attache énormément de soin au contexte, multipliant les références historiques, culturelles, politiques ou économiques… sans jamais sombrer dans l’excès didactique ; le récit n’en devient que plus prenant et captivant.

Si l’intrigue semble un peu longue à démarrer c’est uniquement parce qu’il faut planter le décor avant d’entrer dans le vif du sujet. Rapidement les choses vont s’accélérer et maintenir un rythme de croisière soutenu, s’autorisant même par moment quelques montées en puissance.

Au cas où vous vous poseriez la question, les seuls dinosaures que l’on croise dans le roman sont en pièces détachées fossilisées. Pour que Michael Crichton donne vie à « ses » bestioles il faudra attendre Jurassic Park (1990) et sa suite, Le Monde Perdu (1995). Avec ce bouquin vous aurez un juste un western palpitant de bout en bout entre les mains.

A la lecture du roman on oublie totalement qu’il a été écrit presque cinquante ans plus tôt. Certes le fait de situer l’intrigue au XIXe siècle fige l’intrigue dans le passé, le facteur temporel n’a alors que peu d’impact sur le lecteur. Il n’en reste pas moins que je me demande quelle a été la part de réécriture du présent roman par rapport à la version originale écrite par Michael Crichton.

Michael Crichton fait partie de ces auteurs dont j’ai lu quasiment l’intégralité des romans qu’il a publié. Sur les 19 titres signés de son nom (je fais l’impasse sur les pseudonymes), Dent De Dinosaure est le dix-septième roman de l’auteur que j’ai lu.

MON VERDICT

Aparté à l’intention du traducteur

Je suis loin d’être un fin connaisseur de l’Histoire des Etats-Unis mais que je lis dans une note de bas de page que la bataille d’Appomattox (avril 1876) fut celle qui mit fin à la guerre de Sécession, j’ai les yeux qui pleurent et du coup je me demande si le traducteur n’aurait pas abusé de substances illicites… Ladite bataille a bien eu lieu au mois d’avril, mais c’était en 1865 !