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[BOUQUINS] Jack Ketchum – Morte Saison

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J. Ketchum - Morte Saison

Titre : Morte Saison
Auteur : Jack Ketchum
Editeur : Bragelonne
Parution : 2008
Origine : USA
280 pages

De quoi ça cause ?

1981. Dead River, Maine. Afin de pouvoir travailler tranquillement sur un livre, Carla loue une maison isolée au coeur de la forêt. Avant de se mettre au travail, elle invite cinq amis de New-York à venir passer quelques jours dans sa nouvelle demeure. Carla ignore encore que la forêt est le terrain de chasse et de jeu d’une bande de dangereux dégénérés…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jack Ketchum.
Pour patienter jusqu’à la sortie de son prochain roman, Comme Un Chien.

Ma chronique

Après Une Fille Comme Les Autres et Fils Unique, et à quelques semaines de la sortie de son dernier roman, je renoue avec l’univers tourmenté de Jack Ketchum. Comme pour les deux titres précédemment cités l’auteur s’inspire d’un fait divers sordide et non avéré, puisque connu sous le nom de légende de Sawney Bean, légende qui inspira aussi Wes Craven pour la réalisation de son film La Colline A Des Yeux.

Comme l’auteur nous l’explique dans sa postface, l’accouchement fut long et douloureux. Morte Saison est le premier roman de Jack Ketchum ; afin de répondre aux exigences de son éditeur (et accessoirement ménager les futurs lecteurs), l’auteur a dû procéder à de multiples coupes franches et à la réécriture de nombreux passages, pour aboutir à une version édulcorée (pour ne pas dire dénaturée) de son roman. Ce qui n’empêchera pas son éditeur, Ballantine Books, de le présenter comme « l’ultime roman d’horreur » lors de sa publication en 1981.

Déçu par le résultat, Jack Ketchum se lance dans une nouvelle réécriture de son roman afin de lui rendre son âme originelle, les lecteurs devront attendre 1999 pour enfin pouvoir lire Morte Saison dans sa « version non expurgée ».

En France, le roman (version expurgée) a initialement été publié par Fleuve Noir dans sa collection Gore en 1986, sous le titre Saison De Mort. La présente édition (Bragelonne, 2008) permet aux lecteurs français de découvrir cette fameuse « version non expurgée ». Et autant prévenir d’emblée : âmes sensibles s’abstenir ! Une lecture à réserver à un public averti.

Après cette longue introduction, il est temps d’entrer dans le vif du sujet. Attachez vos ceintures, embarquement immédiat pour Dead River…

Après une intro qui nous plonge au coeur de la folie qui hante la forêt de Dead River, Jack Ketchum prend le temps de poser les bases de son intrigue et ses personnages. Les choses sérieuses commencent réellement dans la troisième et dernière partie du bouquin (le troisième jour, à 0h02) ; il en reste alors un peu plus de la moitié à lire.

J’imagine que certains amateurs de littérature horrifique se disent que à peine plus de la moitié du bouquin consacré au genre qu’ils affectionnent ça fait un peu léger, je tiens à vous rassurer : c’est plus que suffisant pour faire vivre aux personnages le pire des cauchemars. Le genre de nuit que tu ne souhaiterais même pas à ton pire ennemi !

En effet Jack Ketchum ne lésine ni sur les moyens ni sur les détails les plus sordides pour régaler les amateurs de sensations fortes. Mais il ne commet pas non plus l’erreur de la surenchère gratuite, où trop de gore tue le gore et où l’effet obtenu est à l’opposé de celui recherché.

L’auteur ne se contente pas de faire couler l’hémoglobine à flots, il pousse le vice en annihilant toute forme d’espoir chez ses « victimes » ; de fait ce bouquin est aussi d’une noirceur absolue.

Paradoxalement, bien que nettement plus trash que Fils Unique ou encore Une Fille Comme Les Autres, j’ai trouvé Morte Saison moins dérangeant. Sans doute parce que, pris dans son ensemble, le roman parait nettement moins réel que les deux autres, mais aussi parce que la violence extrême qu’il déploie est moins « ordinaire » que celle décrite dans ces autres bouquins.

MON VERDICT

Le cadeau bonus n°1

Je ne sais pas si vous avez connu la collection Gore de Fleuve Noir, entre 1985 et 1989 ce sont plus d’une centaine de titres qui ont été publiés. Les amateurs de la littérature horrifique ne pouvaient pas rater ces bouquins en visitant les rayons de leur librairie préférée ; pas tant du fait de la qualité des romans en question, mais surtout par les couv’ aussi kitchissimes que sanguinolentes.

Mon cadeau bonus du jour sera donc la couverture de Saison De Mort, livre n°25 de la collection Gore.

Le cadeau bonus n°2

Il m’a semblé intéressant (mais peut que ça n’intéresse que moi) de vous proposer un petit comparatif entre la version expurgée du roman (Saison De Mort) et sa version non expurgée (Morte Saison).

J’ai volontairement choisi un passage relativement neutre qui, à mon sens, ne méritait pas de subir les foudres de la bien-pensance hypocrite de l’éditeur. Je précise que les deux versions n’ont pas été traduites par la même personne (Annie Frezouls pour Saison De Mort et Benoît Domis pour Morte Saison).

Les passages les plus trash restent éprouvant même dans leur version expurgée, la version non expurgée est plus généreuse en détails sordides. Là où Saison De Mort offre une petite lueur d’espoir final, Morte Saison exprime au contraire toute sa noirceur assumée…

Fin du chapitre 15 h 00 de la seconde partie.

Saison De Mort (1986)

Il soupira. De toute façon, quel qu’ait pu être l’agresseur de cette fille, il devait être loin à présent. Ils ne l’attraperaient jamais.

Morte Saison (2008)

Il soupira. À cette heure-ci, celui ou celle qui avait agressé la jeune femme pouvait déjà s’être réfugié au Canada. Il espéra qu’elle serait bientôt en mesure de parler. Dans le cas contraire, il serait trop tard. Ils ne l’attraperaient jamais.
Il repensa aux crabes. Le crabe : une des formes de vie les plus anciennes. Avec le requin et le cafard. Pendant toutes ces années, il n’avait pas eu à apprendre en quoi le monde avait changé ; rien d’autre ne traversait son esprit que son prochain repas. Une forme de vie simple et brutale. Comment pouvait-on manger ces bestioles ! Bien sûr, les touristes adoraient le crabe frais. Mais les touristes étaient complètement idiots. Pas Peters. Il avait grandi dans cette région.
Un crabe n’était rien d’autre qu’un charognard. Une créature qui se nourrissait des morts ou – dans le cas présent – des mourants. Comme un vautour. Il faillit frémir à la pensée de ces pinces sur la victime. Mais ce n’était pas son genre. Il avait plutôt tendance à hausser les épaules et à dire : « C’est la vie. » Comme toute créature, le crabe avait probablement trouvé sa funeste petite place en ce bas monde.

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8 Commentaires

Publié par le 22 août 2017 dans Bouquins

 

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