[BOUQUINS] C.J. Cooke – Si Tu T’En Vas

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C.J. Cooke - Si tu t'en vas

Titre : Si Tu T’En Vas
Auteur : C.J. Cooke
Editeur : Milady
Parution : 2018
Origine : Irlande (2017)
430 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune femme échoue sur une île déserte au large de la Crète, totalement amnésique. Elle est recueillie par quatre écrivains qui se sont exilés sur l’île le temps d’une retraite littéraire.

Dans la banlieue de Londres, Lochlan Shelley apprend que sa femme, Eloïse, a disparu, laissant derrière elle leurs deux enfants en bas âge. Fuite volontaire ou enlèvement ? Pour quelles raisons ? C’est ce que vont devoir découvrir les proches d’Eloïse et la police…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé sur ce bouquin un peu par hasard, en parcourant le catalogue Net Galley. Le pitch a fait tilt dans mon esprit, je l’ai sollicité et ma demande a été acceptée par l’éditeur Milady (Bragelonne).

Ma chronique

Je remercie Net Galley et les éditions Milady (Bragelonne) d’avoir donné une suite favorable à ma demande relative au roman de C.J. Cooke.

J’associais, à tort (mea culpa), les éditions Milady à la bit-lit et donc je ne prêtais guère attention à leur catalogue. Bon OK, Milady fait autre chose que de la bit-lit, mais de là à imaginer qu’ils puissent proposer des thrillers (psychologiques qui plus est), il y a un pas… je laissais plutôt ça à sa grande sœur, Bragelonne. Et je me trompais encore (mea culpa, bis repetita) ! La preuve en est avec Si Tu T’En Vas, premier thriller de l ‘auteure C.J. Cooke.

L’amnésie est un thème récurrent dans le monde de la littérature policière (et par extension du thriller), mais c’est aussi un thème qui permet des traitements divers et variés. C’est pourquoi je me suis laissé tenter par ce roman dont l’intrigue pouvait paraître relativement classique. Et j’ai eu raison, d’entrée de jeu l’auteure prouve qu’il encore possible de faire du neuf avec du vieux !

On comprend tout de suite (et pour les plus durs du neurone, dès les premiers chapitres) que la mystérieuse naufragée n’est autre que Eloïse Shelley, toute la question est de comprendre le pourquoi du comment elle passe de mère au foyer dans une banlieue cossue de Londres, à naufragée amnésique sur une île crétoise…

Pour nous y aider, les chapitres jouent l’alternance des points de vue. Avec d’un côté Eloïse dans sa version naufragée amnésique, qui lutte pour retrouver son identité et ses souvenirs, entourée par un quatuor d’écrivains qui, tour à tour, soufflent le chaud et le froid autour de leur invitée. Et de l’autre Lochlan, son mari, qui doit non seulement gérer ses enfants qui réclament leur mère, mais aussi essayer de comprendre ce qui s’est passé.

L’aspect psychologique, essentiel dans le traitement d’une telle intrigue est parfaitement maîtrisé par l’auteure, que ce soit dans le combat d’Eloïse contre son amnésie ou dans l’esprit de Lochlan qui semble découvrir progressivement des réalités ignorées concernant sa femme. Deux parcours qui mettront les nerfs du couple (et des lecteurs par la même occasion) à rude épreuve.

Ici l’amnésie n’est qu’un symptôme d’un trouble beaucoup plus sévère, mais je ne peux guère m’étendre sur la question au risque d’en dire trop. Disons que certains chapitres nous plongent dans l’enfance difficile (le mot est volontairement faible afin de rester aussi vague que possible) d’Eloïse et nous aident à comprendre certaines vérités (et par la même occasion, certaines ficelles du roman).

Les personnages sont eux aussi abordés avec beaucoup de soin et d’attention. C.J. Cooke ne se contente pas de brosser un portrait détaillé d’Eloïse et Lochlan, elle accorde le même traitement aux personnages secondaires (le quatuor d’écrivains, Gerda et Magnus, ses grands-parents, et même les enfants Max et Cressida, tous bénéficient d’une personnalité affirmée et raccord avec l’image que l’on se fait d’eux).

L’intrigue se dévoile progressivement, on en devine (plus par présomption que certitude) certains aspects, mais elle nous réserve bien des surprises et des montées d’adrénaline. Une fois que vous aurez mordu à l’appât, vous aurez bien du mal à lâcher ce bouquin…

Un bouquin qui aborde des thèmes graves et amène le lecteur à se poser des questions, voire à remettre en question certaines idées reçues. Addictif et intelligemment construit, pour un premier essai on peut dire qu’il est brillamment transformé.

Non seulement Milady fait dans le thriller, mais en plus ils font dans la qualité… désormais je serai plus vigilant quant à leurs sorties.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Shaun Hutson – Némésis

S. Hutson - NémésisJ’avais besoin de l’univers déjanté de Wilt pour me préparer à cette nouvelle lecture qui est, parait-il, plutôt éprouvante. La chose en question s’appelle Némésis et est signée Shaun Hutson.
Après que leur fillette ait été sauvagement assassinée, Sue et John Hacket déménagent dans l’espoir de pouvoir repartir à zéro. Quand Sue découvre que le soir du drame son mari s’envoyait en l’air avec sa maîtresse, elle décide d’aller vivre chez sa soeur. De loin Hinkston ressemble à une paisible bourgade provinciale mais elle est en réalité le théâtre de nombreux crimes particulièrement violents et de divers incidents autres troublants…
Je trouve la couv’ flippante à souhait, le pitch semble plutôt alléchant mais c’est surtout ce que j’ai pu lire çà et là sur ce bouquin qui m’a poussé à me faire ma propre opinion. Gore et trash ? Incontestablement, on a le droit à tous les sévices : viols, meurtres aussi violents que sanglants, tortures diverses et variés et même du cannibalisme ; qui dit mieux ? Malsain et dérangeant ? Et bin non justement, à ne pas mettre entre toutes les mains du fait de son contenu mais globalement, et c’est là mon principal reproche, aucune ambiance ne se dégage du bouquin. Ca se lit bien, ça se lit vite mais j’ai l’impression que ça va s’oublier encore plus vite…
L’ensemble manque de profondeur, les personnages sont creux, les dialogues faiblards et l’intrigue sonne faux par son absence de cohésion. Qui plus est la surenchère dans le trash sanguinolent finit par faire sourire plutôt que de nous stresser ; si je devais comparer ce bouquin à un film c’est Evil Dead qui me vient à l’esprit (c’est ultra gore mais tellement peu crédible que ça fait marrer). La scène du viol en fin de bouquin est à elle seul un condensé de grand n’importe quoi ; comment voulez vous frissonner face à un truc aussi absurde ; à se demander si l’auteur n’a pas cherché à s’auto-parodier…
Toutefois ce qui m’a vraiment dérangé dans ce bouquin c’est l’absence de relecture, je ne sais pas si c’est l’auteur ou le traducteur qui s’est emmêlé les pinceaux mais il n’est pas rare que les personnages changent de nom : Hacket devient Hacker, Lawrenson se mue en Lawrence ou encore Spencer se transforme en Simpson (au cours du même chapitre). Ca fait pas très sérieux et c’est plutôt étonnant pour un éditeur comme Milady.
Ma critique peut paraître sévère aussi je tiens à répéter que le bouquin n’est pas désagréable à lire (à condition d’aimer le genre cela va de soi), je regrette juste que tout son potentiel n’ait pas été exploité. Peut être aussi espérais-je vraiment avoir la trouille en lisant ce roman alors que finalement ce n’est rien de plus qu’un page turner horrifique, j’ai trouvé Une Fille Comme Les Autres de Jack Ketchum bien plus dérangeant. Ce ne sont pas les litres d’hémoglobine qui créent l’ambiance mais bel et bien l’intrigue même du bouquin.
Je ne résiste pas à l’envie de vous citer un extrait de la biographie de l’auteur (à la fin du roman) : « Alcoolique repenti, fan d’Iron Maiden, diagnostiqué pour ses tendances psychotiques et auteur favori des bibliothèques des prisons anglaises, Shaun Hutson est un homme charmant.«