[BOUQUINS] Tiffany McDaniel – L’Été Où Tout A Fondu

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Titre : L’Été Où Tout A Fondu
Auteur : Tiffany McDaniel
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2016)
480 pages

De quoi ça cause ?

Été 1984, Breathed, Ohio. Quelle mouche a piqué le procureur Autopsy Bliss pour qu’il publie une annonce invitant le Diable à venir lui rendre visite ?

Plus étonnant encore quand le Diable, tel qu’il présente lui-même, prend la forme d’un ado à la peau noire et aux yeux d’un vert intense. Un gamin dépenaillé que Fielding, le fils cadet du procureur, va rapidement considérer comme son ami.

Tandis qu’un été caniculaire s’abat sur Breathed, il suffit d’un stupide accident pour que les esprits s’échauffent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Betty aura incontestablement été l’une des lectures les plus intenses de l’année dernière. Il était impossible de faire l’impasse sur ce nouveau roman de Tiffany McDaniel (qui est en fait une réédition de son premier roman).

Ma Chronique

L’Été Où Tout A Fondu est le premier roman de Tiffany McDaniel, publié aux Etats-Unis en 2016, soit 4 ans avant Betty. En France, ce sont les éditions Joëlle Losfeld qui publieront le roman en 2019 (traduction de Christophe Mercier), une sortie qui passera quasiment inaperçue. Encouragées par le succès critique et populaire de Betty, les éditions Gallmeister lui offrent une seconde chance avec une traduction de François Happe (à qui l’on doit déjà la version française de Betty).

Tiffany McDaniel est originaire de l’Ohio, il n’est donc pas étonnant que le Midwest serve de scène à ses intrigues. Ne cherchez toutefois pas Breathed sur une carte de l’état, le patelin qui sert de toile de fond aux romans de l’auteure n’existe que dans son imagination.

« L’enfer, c’est les autres » affirmait Sartre dans Huis Clos. C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit en lisant ce roman, face aux paroles pleines de bon sens et de sagesse de ce petit diable auto-proclamé, une bande de dégénérés du bulbe aux neurones grillés par le soleil répond par l’obscurantisme, le fanatisme et la haine. Comme j’ai souhaité que Sal soit vraiment le diable et envoie ces péquenots décérébrés cramer en enfer.

Honnêtement les histoires de Sal m’ont vrillé les tripes et le cœur, nul besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre – très vite – que ces histoires n’en sont pas vraiment. Putain ce gamin m’a vraiment touché comme rarement un personnage de fiction a su le faire.

Bien sûr Fielding est aussi un gamin très sympathique, toujours prêt à aider son nouvel ami même s’il ne le comprend pas toujours. Mais je n’ai pas ressenti la même empathie émotionnelle que pour Sal.

À l’opposé j’ai éprouvé une haine viscérale – là encore, rarement ressentie en lisant un bouquin – pour cette enflure de nain de jardin. Je doute fort que le choix de son nom soit le fruit du hasard (en hébreu Elohim désigne un dieu ou une divinité), un patronyme en totale opposition avec ses actes.

Le choix de l’année 1984 ne doit rien au hasard, c’est en effet l’année où l’Amérique et le monde découvrent le SIDA. Une pathologie encore mal comprise qui s’accompagne de son lot de peurs et de préjugés (aussi irrationnels les unes que les autres), quand elle n’est pas tout simplement considérée comme un châtiment divin. Connerie quand tu nous tiens !

Le récit est à la première personne, Tiffany McDaniel offre sa plume à la voix de Fielding pour nous raconter cet été 1984 mais pas que… En effet, ce n’est le jeune Fielding qui nous raconte son histoire, mais un vieil homme âgé de 84 ans. En plus de cet été où tout a basculé pour lui et sa famille, il nous raconte des bribes de son propre parcours. un parcours souvent chaotique, marqué au fer rouge par les événements de l’été 1984.

La plume de l’auteure est d’une remarquable efficacité, aussi bien pour nous faire partager les moments de bonheur (telles que les joies simples et innocentes de deux adolescents qui développent une amitié quasi fraternelle) que ceux de douleur. Elle vous fera passer du rire aux larmes en quelques phrases, incroyable la puissance qui se dégage de son écriture (et par la même occasion chapeau bas au traducteur, François Happe).

Vous l’aurez sans doute compris j’ai été complétement emballé (et plus encore) par ce bouquin, impossible donc de ne pas lui attribuer 5 Jack et un coup double (coup de cœur et coup de poing). Un verdict amplement mérité.

Petite pause culturelle. D’un point de vue psychologique, Mme Bliss, la mère Fielding, souffre d’ombrophobie ; c’est en effet le mot « savant » pour désigner la peur de la pluie (et par extension des orages). Un cas loin d’être isolé puisque ce serait la phobie la plus répandue en France, devant l’arachnophobie et la mégalophobie (source All About Cats). Je ne serai pas surpris que cela soit la conséquence directe des dérèglements climatiques et des fortes pluies à l’origine de nombreuses inondations destructrices.

MON VERDICT

Coup double

Ci-dessous la couverture du roman publié par Joëlle Losfeld, force est de reconnaître que si j’étais passé à côté de ce bouquin en 2019 je ne lui guère accordé plus d’un regard : auteure inconnue au bataillon, le clocher d’une église qui s’étale sur la couverture et un titre qui ne m’inspire pas outre mesure… L’effet Betty, associé au formidable travail de traduction de François Happe, a totalement changé la donne.

[BOUQUINS] Gérald Bronner – Comme Des Dieux

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Titre : Comme Des Dieux
Auteur : Gérald Bronner
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Une émission de téléréalité pour se choisir un Messie ? C’est l’idée folle et géniale lancée par une église évangélique américaine. Le principe en est simple : après un gigantesque casting mené dans le monde entier, treize candidats choisis pour leurs aptitudes extraordinaires, réelles ou prétendues, concourent dans l’émission He is alive ! et c’est aux téléspectateurs de voter pour le Messie des temps modernes. Notre Messie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un choix qui s’est joué 100% au feeling, le pitch m’a paru prometteur et j’ai foncé.

Gérald Bronner est plutôt spécialisé dans les ouvrages de sociologie (étant sociologue lui-même, cela n’a rien d’étonnant). Son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super-Héros (2007), a été initialement adapté pour le cinéma en 2020 et finalement diffusé sur Netflix en 2021 (crise sanitaire et restrictions liées à celle-ci obligent).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce roman Gérald Bronner s’essaye pour la seconde fois à la fiction, je reconnais sans aucune honte n’avoir pas lu son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super Héros, mais j’ai vu le film que j’avais trouvé fort sympathique soit dit en passant.

Il est évident que l’athée viscéral que je suis espérait un scénario qui prend ses distances avec les préceptes religieux ; je misais beaucoup sur l’esprit rationnel de l’auteur pour aller dans ce sens.

Et sur ce point j’ai eu le nez creux, Gérald Bronner explique de façon claire et concise certaines notions de sociologie appliquées aux sectes et plus largement à toute forme de croyance. Il ne va d’ailleurs pas que s’intéresser aux croyances / superstitions en appliquant la sociologie à différents comportements humains… Ça aurait pu être rébarbatif pour les non-initiés, c’est juste captivant (didactiquue sans être pompeux) !

Le narrateur, Jeff Jefferson, est un modeste universitaire d’origine franco-américaine, alors qu’il vient de se faire plaquer par sa femme et virer de son job, il va se retrouver engagé sur le show de téléréalité He is alive !. Un spectacle orchestré par l’Église des jours nouveaux (un mouvement auquel il avait consacré sa thèse quelques années plus tôt), durant lequel 13 candidats vont s’affronter dans l’espoir d’être élu – par le public – Messie des temps modernes.

Et ce brave Jeff va s’impliquer bien plus que de raison dans ce grand show télévisé, au risque de se brûler les ailes et d’y perdre le peu d’âme qu’il lui reste…

J’aurai aimé plus de cynisme autour du programme qui offre une occasion rêvée de pointer du doigt les dérives de la téléréalité (associées à des dérives idéologiques / théologiques). Ce ne fut pas le choix de l’auteur et le résultat n’en demeure pas moins convaincant (mais il aurait pu être plus mordant).

Le show et tout ce qui tourne autour pourrait constituer la première partie de l’intrigue (une grosse moitié du bouquin). La seconde partie va plutôt s’articuler autour de ce nouveau Messie 2.0… l’occasion de réaliser que le costard de prophète n’est pas toujours évident à porter.

Gérald Bronner nous plonge dans l’esprit de son narrateur, on partage ses joies, ses doutes, ses peines, ses instants de pure félicité comme sa détresse (parfois physique, souvent psychologique).

Je ne m’étendrai pas sur l’autre personnage phare du roman, notre fameux Messie, afin de préserver le plaisir de la découverte. Je peux juste toutefois vous dire que l’on bien loin des enseignements de son prédécesseur punaisé…

Pour l’anecdote, le périple messianique de nos héros va les amener à croiser la route – et à changer le funeste destin – de la secte Heaven’s Gate (qui au centre de l’excellent docu-fiction Dieu est Un Voleur Qui marche Dans La Nuit signé Quentin Bruet-Ferréol).

Le style de l’auteur est agréable et abordable ce qui permet une grande fluidité de lecture, on en viendrait même à se surprendre de l’aisance avec laquelle on enchaîne les chapitres.

Je conçois volontiers que certains lecteurs puissent passer à côté de ce bouquin (voire plus), pour ma part j’ai bien accroché mais ce n’est pas pour autant que je le conseillerai aveuglément.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Claire Bauchart – Le Manuscrit MS620

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Titre : Le Manuscrit MS620
Auteur : Claire Bauchart
Éditeur : Filature(s)
Parution : 2022
Origine : France
205 pages

De quoi ça cause ?

1920. Herta Mertil, militante féministe et auteure au succès d’estime, purge sa peine au bagne de l’Île des Pins. Quelques jours avant de rendre son dernier souffle, elle achève son ultime texte : un manuscrit codé.

1980. Nouméa. Suzanne, la petite-fille d’Herta s’est fait la promesse de décrypter le texte de son aïeule avant sa mort. Le temps presse car un « cancer à un stade avancé », la bouffe de l’intérieur.

2011. Washington DC. Hortense, une brillante étudiante passionnée de mystères et de criminologie (tout particulièrement les cold case), cherche, elle aussi, à décoder ce mystérieux manuscrit.

2019. Singapour. Bérénice, experte en cybersécurité et en cryptologie se voit confier par son employeur la mission de décrypter le manuscrit pour le compte d’un client. Une tâche qu’elle prend comme un affront visant surtout à l’écarter d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À votre avis ? Il est question de l’île des Pins et de Nouméa… c’est fait pour moi ! Au-delà de tout chauvinisme déplacé, j’aime bien ces histoires de codes secrets et de symboles à déchiffrer.

Ma Chronique

Quand je pense codes et symboles à décrypter c’est l’auteur Dan Brown et son personnage de Robert Langdon qui me viennent immédiatement à l’esprit. D’entrée de jeu je tiens à préciser que si l’intrigue du présent roman n’est pas aussi dense et complexe que celles imaginées par Dan Brown, Claire Bauchart tire toutefois bien son épingle du jeu en nous livrant un bouquin bien ficelé et très agréable à lire (pas besoin de sortir les Doliprane, tout est parfaitement et clairement expliqué).

Une intrigue chorale à trois voix (un peu plus en réalité) qui vous fera voyager de l’île des Pins à Paris, en passant par Washington et Singapour. Le fil rouge étant ce fameux manuscrit et son code qui pourrait bien lever le voile sur les circonstances du crime d’Herta Mertil. Mais vous verrez que ce n’est pas le seul fil rouge permettant de lier les époques.

Au niveau des personnages (dans l’ordre antéchronologique) j’ai bien aimé les acteurs de 2019, et tout particulièrement Bérénice. J’ai eu plus de mal avec Hortense (2011) qui, aussi brillante soit-elle, apparait bien souvent comme imbue d’elle-même et prétentieuse. Impossible de ne pas s’attacher à Suzanne (1980), un peu plus de mal au départ avec son fils (Émile) et sa belle-fille (Rachel), mais ils remonteront rapidement dans mon estime.

On se laisse bien volontiers porter par l’intrigue même si, pour ma part, j’ai assez vite compris le secret de Herta Mertil. Pour le reste on se prend au jeu et on échafaude des hypothèses au fil des chapitres.

J’avoue que j’ai été vachement surpris que le terme nyctaginaceae, qui constituerait la clé d’une partie du code ait donné autant de fil à retordre à Hortense et Bérénice (respectivement en 2011 et 2019). Une simple recherche Google suffisait à répondre à la question (c’est la première chose que j’ai faite quand ce mot est apparu dans le bouquin).

Concernant le décryptage des symboles j’avais bien envisagé que chaque figure devait représenter une lettre mais j’avoue très honnêtement ne pas avoir poussé plus loin ma recherche… je ne l’aurai pas fait même en ayant l’intégralité du texte sous le nez, c’est bien trop fastidieux. En revanche Bérénice expose de façon claire et précise la méthode dans son explication.

Une intrigue attachante et captivante que vous aurez bien du mal à lâcher… rassurez-vous le bouquin est relativement court, pas de nuits blanches en perspective !

Au-delà de son intrigue, ce roman est aussi une ode aux femmes et à leurs combats, d’abord pour gagner leurs libertés (de travailler, de se marier, de voter…), puis pour davantage d’égalité, dans tous les domaines. Pour porter son message l’auteure peut compter sur ses personnages féminins qui ont un caractère bien trempé et savent ce qu’elles veulent.

Je ne connaissais pas du tout Claire Bauchart, ce bouquin m’a donné envie de plonger plus avant à la découverte de son univers littéraire, il va falloir que je me penche sur la question afin de voir si certains de ses précédents romans sont susceptibles de m’intéresser.

Un de mes petits plaisirs (sadiques) quand je lis un roman se déroulant en Nouvelle-Calédonie, et à plus forte raison écrit par un(e) auteur(e) qui n’a jamais mis les pieds sur le Caillou, est de dénicher les erreurs qui trahissent cet état de fait. Claire Bauchart n’échappera pas à cette chasse aux intrus, un jeu qui se veut bon enfant, sans la moindre arrière-pensée :
– Point de sable blanc sur la plage de l’Anse Vata, juste du sable lambda (et malheureusement de moins en moins de plage),
– Difficile de flâner en fin d’après-midi dans les allées du marché municipal, il ferme à 13 heures,
– Jamais vu de litchi de la taille d’une balle de tennis… du ping pong à la rigueur.
Comme vous pouvez le constater, il n’y a rien qui soit de nature à perturber le lecteur, c’est même plus anecdotique qu’autre chose.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Agnès Laurent – Rendors-Toi, Tout Va Bien

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Titre : Rendors-Toi, Tout Va Bien
Auteur : Agnès Laurent
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Vendredi fin d’après-midi, autoroute A31. Christelle est au volant de sa voiture et roule trop vite. Elle a abandonné un mari aimant et ses deux filles pour prendre la fuite. Et soudain elle perd le contrôle de sa vieille R21, la voiture part en tonneaux avant de se faire percuter par un autre véhicule.

Ce même vendredi, le matin, à Sète. Guillaume, le mari de Christelle, est interpellé par les gendarmes alors qu’il se rendait à son travail.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est l’enthousiasme de Aude qui m’a poussé à lire ce bouquin.

Ma Chronique

Avec le temps…
Avec le temps va, tout s’en va.
(…)
Avec le temps tout s’évanouit.
Léo Ferré – Avec le temps.

Avec le temps aurait aussi pu être le titre de ce roman. L’histoire d’un couple qui, au fil du temps, s’éloigne sans s’en apercevoir, un mari et une femme qui peu à peu deviennent deux étrangers qui partagent le même toit.

Avec le temps la routine s’installe, les petites attentions s’espacent avant de disparaître, même le dialogue s’éteint inexorablement pour laisser place à des échanges de banalités sur la pluie et le beau temps, quand ce n’est pas le silence qui règne en maître. Et le pire c’est que ce silence on l’accepte comme normal, on finit même par l’apprécier.

Une histoire malheureusement trop « normale » au sein de certains foyers. Tellement « normale » que ça en deviendrait banal, pas la peine de s’inquiéter ou de se remettre en question… avec le temps, c’est « normal ».

Pour son premier roman Agnès Laurent décide de partir de cette histoire ordinaire pour en faire un livre extraordinaire.

Extraordinaire déjà par sa narration. Le roman s’ouvre sur l’accident de Christelle (vendredi entre 17h15 et 17h30), puis le second chapitre nous renvoie à cette même journée mais à 6h45 et l’interpellation de Guillaume par les gendarmes.

Les chapitres suivants dérouleront la journée en alternant entre la fuite de Christelle et la garde à vue de Guillaume. De temps en temps un intervenant extérieur au couple interviendra dans le déroulé du récit.

Mais le véritable tour de force d’Agnès Laurent est de garder secrètes les raisons de la fuite de Christelle et de l’arrestation de Guillaume. Au fil de leurs cogitations l’homme et la femme réalisent à quel point ils sont devenus presque des étrangers l’un pour l’autre.

Extraordinaire aussi par l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Quand la vérité commence à se dessiner (à ce moment vous aurez déjà lu plus des trois quarts du bouquin), ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, le pire reste à venir. Et là c’est l’uppercut en pleine face, on est véritablement KO debout.

Extraordinaire par la justesse du ton et l’implacable décorticage de la vie apparemment sans histoire du couple et des apparences. À ne plus prendre le temps de parler avec l’autre et de regarder l’autre, on devient aveugle et sourd à ce qui se joue sous notre nez. Inconsciemment on devient acteur, voire complice, du drame qui se joue à l’insu de notre plein gré.

J’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite, impossible de le lâcher, l’envie de savoir était trop forte. Presque oppressante.

Je vous tirerai volontiers mon chapeau Madame Laurent mais je n’en porte pas ; il faudra vous contenter de mes humbles remerciements pour ce roman court mais intense. Une approche originale qui s’avère payante, c’était un pari audacieux pour un premier roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Malot – Que Dieu Lui Pardonne

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L. Malot - Que Dieu lui pardonne

Titre : Que Dieu Lui Pardonne
Auteur : Laurent Malot
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Maya, 17 ans, s’est installée à Fécamp, loin de ses parents, pour prendre un nouveau départ et se reconstruire.

Dans l’appartement voisin du sien, quatre enfants, de six à douze ans, vivent sous la coupe d’un beau-père violent. Une situation qui renvoie Maya à son propre vécu et ne peut la laisser indifférente…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’étais curieux de voir comment Laurent Malot allait s’en sortir avec un sujet aussi fort que sensible.

Parce que toutes les occasions de pointer du doigt les ordures qui se défoulent sur leurs compagnes et/ou leurs gosses sont bonnes à saisir.

Ma Chronique

Je remercie les XO éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connaissais Laurent Malot en tant qu’auteur de romans policiers (même si je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire), j’étais curieux de découvrir par quel type d’approche l’auteur allait aborder une intrigue ayant pour thème central la maltraitance des enfants.

Si je partais légèrement sceptique, force est de reconnaître que l’auteur a réussi à balayer mes doutes dès les premières pages. Il faut dire qu’en optant pour un récit à la première personne qui nous place dans la peau de Maya, Laurent Malot fait un pari audacieux qu’il remporte haut la main.

Impossible pour le lecteur de rester insensible face à cette « gamine » contrainte de grandir trop vite du fait d’un père abusif. Une réalité qui va s’imposer à elle comme une obligation par la suite ; une réalité qu’elle ne cherchera jamais à fuir mais affrontera plutôt toujours avec un courage à toute épreuve.

Une adolescente qui va se battre contre les préjugés et l’indifférence pour offrir à ses jeunes voisins un semblant d’avenir et d’espoir fait de jours sans cris, sans coups et sans peur. Des jours meilleurs qui souderont le petit groupe malgré les aléas de la vie. Certains choix faits par Maya et les enfants peuvent paraître hautement improbable mais on a envie d’y croire.

Avec ce roman Laurent Malot ne dénonce pas les seules raclures qui cognent leurs gosses pour tout un tas de mauvaises raisons (même si ces pourritures arrivent à se persuader du contraire) ; il pointe aussi du doigt les témoins silencieux de ses drames du quotidien (voisins, amis et parfois même les autres membres de la famille), ceux et celles qui savent pertinemment ce qui se passe derrière la porte mais qui se taisent et se persuadent qu’ils se font peut être des idées et que de toutes façons ce ne sont pas leurs oignons.

Le(s) thème(s) abordé(s) sont graves mais l’auteur les attaque de front avec énormément de justesse, sans pathos ni sensiblerie sauce guimauve, ça donne au roman une réalité sans fard qui nous percute comme une claque dans la gueule. Pas de sentimentalisme excessif et pas de surenchère non plus, les faits parlent d’eux-mêmes, inutile d’en rajouter.

Un roman court mais d’une incroyable intensité et d’une redoutable efficacité. Le message passe haut et clair, en refermant le bouquin on a juste envie de remercier Laurent Malot… on aurait presque envie de croire que les choses peuvent changer (malgré les infos qui, trop souvent, viennent nous prouver le contraire). Un roman dévoré d’une traite même si, plus d’une fois, il m’a collé une putain de boule au ventre.

Si un quelconque Dieu (auquel je ne crois toujours pas) doit pardonner à quelqu’un, que ce soit à toutes les Maya du monde, celles qui trouvent le courage et la force de réagir face à leur bourreau. Les bourreaux en questions, ces lamentables crevures, ne méritent ni pitié, ni pardon, juste une punition à la hauteur de leurs crimes (et plus si affinités… et sur le coup j’ai vachement d’affinités)… une punition que la justice refuse encore trop souvent d’appliquer.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Tiffany McDaniel – Betty

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T. McDaniel - Betty
Titre : Betty
Auteur : Tiffany McDaniel
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2020
Origine : États-Unis
720 pages

De quoi ça cause ?

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee.

Après des années d’errance, les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, Ohio. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La véritable question serait plutôt : pourquoi avoir autant tardé alors les critiques, toutes plus élogieuses les unes que les autres, se multipliaient sur le Net ? Au risque de nager à contre-courant, je dois avouer que le bouquin ne m’inspirait pas plus que ça… L’idée de me farcir 700 pages d’une saga familiale me donnait la migraine.

Finalement la curiosité aura été plus forte que mes doutes.

Ma Chronique

Malgré les critiques dithyrambiques qui portent ce roman aux nues j’avoue que c’est presque à reculons que je m’y suis attelé, mû davantage par la curiosité que par un réel intérêt. Je craignais qu’une grande fresque familiale qui s’étale sur plus de 700 pages ne s’avère parfois laborieuse à lire ; j’me voyais déjà passer plusieurs semaines à traîner ce bouquin comme un boulet.

Finalement il ne m’aura qu’une petite semaine pour venir à bout du roman de Tiffany McDaniel ; je n’ai jamais suspendu ma lecture par lassitude, c’était soit par obligation vis-à-vis de mon quotidien, soit pour prendre le temps de digérer un passage particulièrement éprouvant du récit.

Pour écrire ce roman l’auteure s’est inspirée de l’histoire de sa propre mère e d’autres femmes de sa famille avant elle. Où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Seule Tiffany McDaniel peut répondre à cette question. Une chose est sûre la vie de la famille Carpenter, que vous découvrirez en lisant Betty, n’est pas un long fleuve tranquille ; elle a été ponctuée de nombreux drames au fil des ans.

Dans la famille Carpenter, je voudrais le père, Landon. Honnêtement je crois que je n’ai jamais croisé un personnage aussi charismatique et empathique dans un roman. Malgré les épreuves qu’il devra traverser, il ne baissera jamais les bras et sera toujours présent pour réconforter les siens et les pousser à aller de l’avant. Souvent à grand renforts de légendes indiennes (fier d’être un Cherokee) et autres histoires nées de son imagination.

Dans la famille Carpenter, je voudrais la mère, Alka. On découvre dans les premières pages du roman une jeune femme battue par son père, sa rencontre avec Landon lui offrira une chance d’échapper à l’emprise paternelle. Une personnalité complexe qui parait souvent froide, voire franchement méchante (pauvre Birdie) ; elle cache en fait de profondes blessures secrètes qui se révéleront au fil des chapitres et des années (ceci dit ça n’excuse pas tout… pas vrai Birdie ?).

Dans la famille Carpenter, je voudrais les enfants. Huit enfants en tout mais deux ne survivront pas assez longtemps pour intégrer l’histoire que nous conte Betty. Dans l’ordre de venue au monde : Leland (1939), Fraya (1944), Flossie (1951), Betty (1954), Turstin (1956) et Lint (1957).

C’est donc Betty qui nous raconte l’histoire de sa famille – et la sienne –, une histoire qui s’étalera de 1961 à 1973, jusqu’à ce qu’elle prenne son envol pour écrire sa propre histoire individuelle.

Betty qui découvrira bien malgré elle que la vie d’une jeune métisse dans le sud profond des États-Unis n’est pas une sinécure. Très vite elle devra faire face au racisme (et la connerie) ordinaire de ses camarades de classe ; mais le pire dans tout ça reste sans doute l’indifférence des enseignants, leur absence de réaction est une forme d’encouragement silencieux à la moquerie, aux insultes et autres humiliations.

Au-delà du racisme, Betty sera aussi confrontée (sans forcément les subir directement) aux perversions (passées ou présentes) des uns et des autres. Ainsi il sera question de viol et d’inceste (merci maman, pour cet inoubliable cadeau d’anniversaire offert pour les neuf ans de Betty).

Comme si cela ne suffisait pas, les Carpenter devront aussi faire face à de nombreux drames familiaux, plus d’une fois la mort viendra endeuiller cette famille.

Mais Betty n’est pas que noirceur, c’est aussi un formidable message d’espoir et une ode à la femme. Aux femmes qui doivent se battre plus que les hommes pour s’imposer dans la société (et c’est encore vrai de nos jours) et faire face à des préjugés éculés.

À ce moment-là, j’ai compris que les pantalons et les jupes, tout comme les sexes, n’étaient pas considérés comme égaux dans notre société. Porter un pantalon, c’était être habillé pour exercer le pouvoir. Porter une jupe, c’était être habillée pour faire la vaisselle.

C’est sans grande conviction que j’ai ouvert ce roman, c’est totalement conquis que je le referme. Incontestablement Betty est une histoire qui marque durablement les esprits. Un tourbillon d’émotions qui entraîne le lecteur du rire aux larmes.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Sébastien Raizer – 3 Minutes, 7 Secondes

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S. Raizer - 3 minutes, 7 secondes
Titre : 3 Minutes, 7 Secondes
Auteur : Sébastien Raizer
Éditeur : La Manufacture De Livre
Parution : 2018
Origine : France
107 pages

De quoi ça cause ?

Le vol MU729 décolle de Shanghai à destination d’Osaka. Un vol de routine jusqu’à ce que le commandant de bord apprenne que son appareil a été pris pour cible par un missile balistique nord-coréen.

L’impact est inévitable. Il reste à l’équipage et aux passagers un peu plus de 3 minutes à vivre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un titre qui doit beaucoup au hasard. Jamais entendu parler de ce titre jusqu’à ce que lise un avis de Lau Lo qui a attisé ma curiosité.

Ma chronique

L’idée de départ était plutôt prometteuse, restait à savoir comment Sébastien Raizer allait l’exploiter. La solution de « facilité » eut été de tout miser sur le scénario catastrophe, l’auteur a opté pour une approche plus humaine et plus intimiste (voire introspectif).

C’est d’abord le commandant de bord, Nomura, qui apprendra la terrible nouvelle. Suivront son second, Sagawa, et le personnel naviguant (deux stewards et deux hôtesses).

Un passager, Glenn Wang, concepteur de jeux vidéo, apprendra à son tour la nouvelle un peu par hasard. Quant à Yan Van Welde, photographe professionnel, il ne saura jamais si la menace était bien réelle ou s’il s’agissait d’une mauvaise blague.

C’est autour de ces quelques personnages que Sébastien Raizer va construire son récit (difficile de parler d’intrigue dans le cas présent) en nous plongeant dans leurs pensées et leurs réflexions alors qu’ils vivent leurs derniers instants. Malheureusement j’ai trouvé que l’ensemble de ces introspections sonnaient trop artificiels.

Une approche osée que l’auteur maîtrise parfaitement. Par contre cette approche se fait au détriment du rythme, l’écriture est belle, mais l’encéphalogramme reste désespérément plat de la première à la dernière page.

Un bel exercice de style, mais j’aurai aimé un récit plus vivant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Trois Jours Et Une Vie

P. Lemaitre - Trois jours et une vieAprès le magistral (et fort justement goncourisé) Au Revoir Là-Haut, les lecteurs attendaient de pieds fermes Pierre Lemaitre. D’autant qu’avec ce roman l’auteur a prouvé qu’il pouvait faire autre chose que du thriller pur et dur, et le faire foutrement bien qui plus est. C’est donc confiant que j’ai ouvert Trois Jours Et Une Vie, son dernier opus.
Décembre 1999. La commune de Beauval est en émoi suite à la disparition de Rémi Desmedt, un petit garçon de six ans. Pour Antoine, douze ans, ce drame prend une tournure bien plus personnelle, il est en effet le seul à savoir que Rémi n’a pas seulement disparu, et pour cause…
Visuellement déjà le bouquin en jette, la couv’ est superbe avec son paysage forestier. Passons maintenant à la prise en main (façon de parler, ayant lu le bouquin en numérique), c’est léger, trés léger. A peine 240 pages ! Dites Monsieur Lemaitre, nous faire attendre 3 ans pour ça, c’est limite, non ?
Permettez-moi de répondre à la place de l’auteur. Que nenni les amis ! C’est léger mais ça envoie du lourd ! Ces 240 pages sont d’une rare intensité. Bien qu’écrit à la troisième personne, l’auteur nous fait vivre les événements via le personnage d’Antoine. Un adolescent effacé qui, dans un moment d’égarement, va commettre l’irréparable. Un drame qui ne cessera jamais de le hanter, un peur qui ne le quittera jamais. Une fois de plus le formidable talent de conteur de Pierre Lemaitre déploie toute son efficacité, on vit le récit en totale immersion. Les tripes vrillées et les nerfs en pelote… comme Antoine.
L’essentiel de l’intrigue se déroule en 1999, l’occasion pour l’auteur de mettre en avant des personnages d’adolescents, un groupes d’amis plus ou moins proches, tous concernés par la disparition de Rémi. Les adultes, bien que présents et jouant un rôle important, sont comme relégués en arrière plan. Pour que la sauce prenne il fallait donner une véritable profondeur à ces ados, Pierre Lemaitre le fait avec brio.
La seconde partie du récit nous expédie en 2011. On y retrouve nos adolescents devenus adultes, chacun ayant suivi sa propre voie. Des retrouvailles au cours d’une soirée, un écart de conduite lourd de conséquences. Décidément le sort s’acharne sur Antoine (qui ne se pose jamais en victime soit dit en passant).
La troisième et dernière partie, un unique chapitre, nous conduit en 2015. Une conclusion qui vous réserve une ultime surprise de taille.
Alors trop court ce roman ? Force est de constater que non. Tout a été dit et bien dit. Chapeau bas Monsieur Lemaitre, une fois de plus vous réussissez à nous surprendre, une fois de plus nous avons été sous le charme de votre plume.
Les maniaques du classement se demandent peut être à quel genre rattacher ce roman. Je vous souhaite bien du courage ! On est dans la littérature générale avec quelques touches bien noires et l’ensemble se lit comme un thriller.

MON VERDICT
jd4Coup de poing

[BOUQUINS] Marc Levy – L’Horizon A L’Envers

M. Levy - L'horizon à l'enversFidèle (totalement assumé) de la première heure, il m’était impossible de ne pas me ruer sur le dernier Marc Levy, L’Horizon A L’Envers.
Hope, étudiante en neuroscience rencontre Josh et Luke, deux étudiants dans la même matière, sur le campus. Le courant passe tout de suite entre les trois jeunes gens. Tant et si bien que Josh et Luke finissent par avouer à leur nouvelle amie qu’ils travaillent, en contrepartie du financement de leur études, pour une grosse structure de recherche scientifique privée. D’abord réticente Hope se laisse convaincre de les rejoindre sur un projet particulièrement ambitieux…
A la fermeture de ce bouquin un seul mot m’est venu à la bouche : Enfin ! Pas dans le sens enfin c’est fini, ce fut un calvaire à lire. Mon enfin m’est venu pour deux raisons. D’abord dans le sens enfin Marc Levy nous revient avec un très grand cru (ces derniers titres étaient agréables mais pas transcendants), digne de figurer dans son top 5. Ensuite parce qu’enfin j’ai eu mon premier vrai coup de coeur de l’année 2016.
J’ai pourtant eu un instant de flottement. Totalement emballé par la première partie, j’ai senti que le soufflé menaçait de s’effondrer avec la seconde partie, mais rapidement l’auteur relance sa mécanique implacable et le coup de coeur revient au galop. Rien de vraiment imprévisible dans le dénouement mais c’est bien amené, du coup ça passe comme une lettre à la poste.
L’intrigue s’articule autour de thèmes chers à l’auteur, l’amitié, l’amour, les relations familiales mais elle aborde aussi des sujets plus « sérieux », voire philosophique, du genre jusqu’où peut on aller au nom du progrès scientifique ? Quelles sont les limites morales et / ou humaines à poser au progrès ?
Des thèmes portés et/ou remis en question par le personnage de Hope. C’est en effet la seule qui porte tous les thèmes sur ses épaules, d’abord via son amitié avec Luke puis et Josh, puis son histoire d’amour, passionnée et fusionnelle, avec ce dernier. Ensuite par la relation, toute aussi fusionnelle, mais dans le respect de leur indépendance réciproque, qu’elle entretient avec son père. Enfin elle est celle qui, tour à tour, tempère les ardeurs scientifiques du trio, ou s’engage à fond avec ses complices..
Durant tout le roman j’ai trouvé le personnage de Luke quelque peu ambigü, un ressenti que ne fait que confirmer et renforcer la seconde partie du roman.
Ces deux dernières années le duel littéraire opposant Marc Levy à Guillaume Musso voyait ce dernier remporter la manche haut la main ; qu’en sera-t-il en 2016 ? Réponse fin mars avec La Fille De Brooklyn, le prochain Musso. Un pitch prometteur, un bon accueil critique de ses pairs… Un duel au sommet en prévision! Et ce n’est pas nous, lecteurs, qui nous en plaindrons…

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Henri Loevenbruck – Nous Rêvions Juste De Liberté

H. Loevenbruck - Nous rêvions juste de libertéA force de lire ou entendre des critiques toutes plus enthousiastes les unes que les autres sur ce bouquin j’ai donc décidé de changer mon programme de lectures pour le propulser en pole position de mon Stock à Lire Numérique. A mon tour de vous livrer mes impressions sur le roman Nous Rêvions Juste De Liberté, dernier titre en date de Henri Loevenbruck.
Quand Hugo, un adolescent difficile, se retrouve scolarisé au collége privé catholique de Providence il ose à peine imaginer le calvaire que ça va être pour lui de se retrouver au milieu de ces gosses de riches pourris gâtés. Et pourtant c’est là qu’il va croiser les chemins de Freddy, Oscar et Alex, des ado comme lui, des mauvais garçons déracinés, commencera alors une longue et indéfectible amitié…
Henri Loevenbruck fait partie de ses auteurs qui forcent l’admiration, le gars parvient à donner corps et vie à ses récits, quel que soit le genre abordé (fantasy, thriller, roman historique…). Je n’ai aucune hésitation à affirmer que ce mec à une plume en or. Et ce n’est pas ce roman qui me fera mentir, au contraire il ne fait que renforcer mon admiration pour ce formidable talent de conteur.
Cette fois l’auteur se met dans la peau de Hugo pour nous conter son parcours, avec ses mots à lui ; rassurez-vous même si c’est plus parlé que littéraire ce n’est pas non plus du charabia à la sauce djeun’s qui veut se la jouer racaille. On a vraiment l’impression d’être en face du narrateur, de l’écouter sans oser l’interrompre. Bravo et merci Monsieur Loevenbruck !
Merci pour ce road trip exceptionnel en compagnie de Hugo et ses potes. Un long périple à moto à travers les USA, avec des rencontres (bonnes et mauvaises) et des choix (bons et mauvais) mais surtout riche en émotions en tout genre.
Merci pour cette ode à l’amitié et à la liberté. Merci aussi pour cette belle réflexion sur la Liberté ; qu’est-ce être libre ? Faire tout et n’importe quoi au mépris de tout et de tous ? Pour moi on est davantage dans le registre de l’anarchie là, le concept est sympa aussi mais il a ses limites. Croquer la vie à pleines dents en essayant de faire le moins de tort possible aux autres ? Ca me semble pas mal comme définition, on a jamais dit que c’était facile d’être libre…
Il est temps pour moi de répondre à la question que tout le monde (personne serait sans doute plus réaliste) se pose : est-ce que j’ai versé une larmiche en lisant ce bouquin ? J’aurai pu répondre non car j’ai tenu bon mais l’épilogue m’a achevé !
Les motos et les bikers te laissent de marbre ? Tu kiffes pas les bandes de jeunes ? Moi non plus, mais ça ne m’a nullement empêché d’adorer ce bouquin. Si je n’avais pas déjà publié mon Top 10 il y a fort parier qu’il en aurait fait partie.
Pour la petite histoire ces fameux 1% existent bel et bien et désignent en effet ces gangs de motards considérés comme des organisations criminelles ; les plus célèbres représentants sont les éternels rivaux Hells Angels et Bandidos. Pas vraiment des enfants de choeur !
Le hasard a voulu que je prévoyais de lire Le Syndrome Copernic du même auteur dans le cadre d’un book club, c’est partie remise ; ce ne sera pas ma prochaine lecture mais la suivante.

Morceaux choisis… Et c’est pas évident de choisir tant il y a de belles réflexions dans ce roman.

Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins.

On peut être libres à plusieurs, j’ai dit. Moi, j’ai connu des solitudes qui ressemblaient vachement à des prisons.

(…) je pensais que la vie serait plus jamais la même, que je laisserais plus jamais passer une seule minute sans déguster la liberté, que plus jamais je laisserais rien ni personne m’emmerder, que plus jamais je ferais partie des 99 % de moutons.

La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre.

Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir.

Un jour, comme ça, pour me moquer un peu, j’ai dit à la Fouine qu’il avait quand même vachement changé d’avis sur la cocaïne et tous ses beaux discours, avec le temps, et alors il m’a répondu que c’était drôlement plus intelligent d’en vendre que d’en prendre, ce qui n’était pas loin d’être vrai.

Merci aussi à ces anciens « amis » devenus de bons gros patrons bien tristes, qui m’ont appris la saveur amère de la désillusion et de la trahison.

MON VERDICT
jd5Coup double