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Archives de Tag: Littérature française

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Les Promises

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Promises
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
656 pages

De quoi ça cause ?

Berlin 1939. L’Allemagne nazie est aux portes de la guerre, c’est dans ce contexte qu’un mystérieux tueur en série choisit ses victimes parmi les épouses de dignitaires du régime.

Avant que l’affaire ne s’ébruite, la Gestapo charge l’officier SS Franz Beewen de résoudre cette affaire aussi discrètement que rapidement. L’enquête piétinant Beewen va solliciter – à contrecœur – l’aide de Simon Kraus, un psychiatre qui suivait les victimes et de Minna von Hassel, directrice de l’asile d’aliénés dans lequel son père est suivi.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jean-Christophe Grangé, un auteur (peut-être même le seul) que je suis depuis ses débuts et dont je n’ai raté aucun titre. Non seulement il s’écarte de la série TV Les Rivières Pourpres (les deux précédents romans étant l’adaptation littéraire des deux premières saisons de la série), mais en plus il s’aventure, pour la première fois, dans le thriller sur fond historique.

Ma Chronique

En découvrant le pitch de son dernier roman, Les Promises, j’ai été agréablement surpris de constater que Jean-Christophe Grangé s’écartait de la série TV Les Rivières Pourpres (série dont il est le scénariste). Même si j’ai bien aimé ses deux précédents romans, inspirés respectivement de la première et de la seconde saison de la série TV, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il jouait la carte de la facilité en développant de façon plus littéraire un scénario déjà écrit.

La seconde surprise vient du fait que malgré une carrière littéraire bien garnie (15 romans publiés entre 1994 et 2020), l’auteur est encore capable de surprendre ses lecteurs en s’aventurant sur des sentiers qu’il n’avait jamais explorés par le passé. En effet ce seizième roman s’inscrit clairement comme un thriller historique en se plaçant dans l’Allemagne nazie aux portes de la Seconde Guerre mondiale.

Certains de ses romans antérieurs étaient fortement empreints d’événements historiques survenus antérieurement à l’intrigue, mais ladite intrigue restait contemporaine. Dans Les Promises l’auteur place ses personnages au cœur d’un passé aussi trouble qu’obscur.

Le choix peut surprendre, mais Jean-Christophe Grangé l’explique en l’inscrivant comme une évidence dans son parcours littéraire. En effet l’auteur explique avoir exploré les différentes facettes du mal tout au long de son œuvre, il lui semblait donc impossible de faire l’impasse sur le nazisme qui est quand même le pire du pire dans le genre.

Jusqu’au-boutiste et perfectionniste, on devine que l’auteur a dû se livrer à un énorme travail de documentation afin de restituer le Berlin de 1939 et la vie des berlinois(es) totalement réaliste. Sans être un spécialiste (loin s’en faut) j’ai été en totale immersion dans ce contexte très particulier où le contraste entre les petits protégés du Reich et ses ennemis (avérés ou supposés) est aussi saisissant que glaçant.

Rien de nouveau sous le soleil noir du Reich me direz-vous, en effet l’auteur n’invente rien en prenant la Seconde Guerre mondiale comme cadre de son intrigue, même le point de vue allemand a été lu et relu, mais Jean-Christophe Grangé nous propose de suivre l’affaire d’un point de vue militaire, mais aussi civil.

Le point de vue militaire est assuré par Franz Beewen, un officier SS travaillant à la Gestapo qui attend la guerre avec impatience afin de pouvoir monter au front et se frotter aux Français. Pas franchement le profil type du gendre idéal !

Dépassé par les événements il va devoir, à contrecœur, s’associer avec deux psychiatres (une profession qui n’est pas vraiment en odeur de sainteté sous la bannière du Reich).

Simon Kraus connaissait les victimes qu’il suivait en thérapie ; un type égocentrique et opportuniste, complexé par sa petite taille qui couche avec ses patientes et accessoirement les fait chanter.

La moins pire du trio est Minna von Hassel, elle dirige un asile d’aliénés dans lequel le père de Franz est interné ; son pêché mignon est un net penchant pour les substances illicites. Issue d’une famille de la haute société, elle vomit le régime nazi sans toutefois chercher à le combattre.

Un trio qui n’est pas vraiment à même d’attirer l’empathie du lecteur, l’auteur saura malgré tout y faire pour nous les rendre attachants (à défaut d’être sympathiques). Trois enquêteurs qui n’en sont pas vraiment et qui vont devoir faire abstraction de leurs antagonismes et apprendre à travailler ensemble.

Niveau intrigue, Jean-Christophe Grangé nous livre un sans-faute maîtrisé de la première à la dernière page. Comme dans tout thriller réussi on a le droit aux fausses pistes et à des rebondissements plus ou moins imprévisibles.

Comme à son habitude l’auteur ne ménage pas ses efforts quand il s’agit de faire mourir ses personnages, et vous vous doutez bien qu’ils ne meurent pas paisiblement pendant leur sommeil. Toutefois il n’y a aucune surenchère gore ou trash, les victimes et les sévices qu’elles ont subis sont là pour servir l’intrigue.

Pour une première incursion dans le thriller historique, Grangé nous offre un grand cru et ajoute une corde à son arc (déjà bien – voire très bien – chargé).

Une petite précision pour clore cette chronique. S’il m’a fallu pas loin de trois semaines pour boucler la lecture du bouquin ce n’est pas sa qualité qui est à remettre en cause mais bel et bien mes disponibilités. Entre un emploi du temps professionnel particulièrement chargé et une période de confinement, les facteurs extérieurs se sont accumulés contre mon temps de lecture.

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 octobre 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

AU MENU DU JOUR


Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

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Publié par le 15 septembre 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Laurent Pépin – Monstrueuse Féerie

AU MENU DU JOUR


Titre : Monstrueuse Féerie
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2020
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il est persuadé que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quand Laurent Pépin m’a contacté via Facebook pour me proposer de chroniquer son bouquin, je n’ai pas hésité une seconde tant le truc semblait sortir des sentiers battus… J’aime les auteurs qui osent l’improbable, je ne pouvais décemment pas refuser sa proposition de lecture.

Ma Chronique

Si vous êtes de ceux et celles qui pensent que les psys sont aussi dérangés que leurs patient(e)s, ce n’est certainement pas ce bouquin qui vous réconciliera avec la profession.

Comme son narrateur, Laurent Pépin est psychologue clinicien, c’est peut-être un détail pour vous (mais pour moi ça veut dire beaucoup), mais ça apporte beaucoup à la lecture (et la compréhension… dans la mesure du possible) de savoir que le gars est en terrain connu quand il s’agit des dysfonctionnements divers et variés de l’esprit.

Force est aussi de constater que ce court roman ne ressemble à rien de connu, vous avez entre les mains un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un bouquin jouera avec vos émotions, parfois troublant (voire même dérangeant), souvent drôle (surtout pour les adeptes de l’humour noir) et toujours déconcertant.

Le récit s’articule suivant deux axes. Vous découvrirez ainsi la famille du narrateur telle qu’il la perçoit (et le moins que l’on puisse dire c’est que sa perception est un peu… spéciale). Puis son quotidien au centre psychiatrique où il travaille (et les « décompensations poétiques » de ses patients) et sa relation avec « son » Elfe (là encore, oubliez toute rationalité).

Au fil des pages, le narrateur vous invite dans son monde, une plongée intime au coeur de sa folie. Ça n’a parfois (souvent même) ni queue ni tête, mais une certaine poésie et une certaine harmonie se dégagent de ce récit débridé. À travers ses faiblesses et ses peurs, on devine la fragilité du narrateur et une humanité à fleur de peau.

Quand je dis que le récit peut parfois être dérangeant ce n’est pas tant par le contenu stricto sensu du texte, mais plutôt parce qu’on a l’impression de pénétrer au plus profond (voire de violer) l’intimité du narrateur.

Le lecteur sera libre d’apprécier le texte à plusieurs niveaux, soit le prendre au premier degré comme un vulgaire délire schizophrène d’un esprit dérange, ou se demander quelle est la dimension métaphorique du récit (quels éléments inventés renvoient à des événements réels survenus dans la vie du narrateur). De quoi s’arracher les cheveux si d’aventure vous étiez tenté de psychanalyser le narrateur.

En acceptant la proposition de Laurent Pépin je lui avais fait savoir que je ne m’engageais sur aucun délai compte tenu de l’ampleur de mon Stock à Lire Numérique. Ayant reçu le bouquin au format PDF j’ai décidé de le transformer en epub sur la lancée ; ce qui m’oblige à survoler le texte même si j’essaye d’éviter de trop m’en imprégner afin de l’apprécier pleinement à la lecture. Le peu que j’en ai vu en cours de conversion m’a donné envie d’en savoir plus.

Une expérience de lecture unique en son genre à laquelle j’ai totalement adhéré, le propos défie toute logique, mais la construction est intelligente. J’ai bien conscience que c’est un bouquin qui peut larguer certains lecteurs en cours de route, mais pour ma part je l’ai trouvé brillant aussi bien de par sa façon d’aborder son sujet, que de par les questions qu’il soulève chez le lecteur curieux.

MON VERDICT

 
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Publié par le 29 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jean-Marc Dhainaut – L’Œil Du Chaos

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Œil Du Chaos
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
242 pages

De quoi ça cause ?

Théo, 17 ans, est passionné de photographie. Dans l’espoir d’obtenir des effets visuels inédits, il bricole un système de prismes et de miroirs sur son objectif.

Si visuellement le résultat n’est pas terrible, une vérité bien plus sinistre s’impose rapidement à lui : ses photos lui renvoient les images de ce qui se passera dans trois semaines. Et les résultats ont de quoi faire froid dans le dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur la section fantastique de leur catalogue.

J’avais déjà en stock plusieurs titres de Jean-Marc Dhainaut, mais tous appartenaient à une même série (Alan Lamblin) ; j’ai profité de la sortie de ce one-shot pour faire d’une pierre deux coups.

Ma Chronique

Si le catalogue des éditions Taurnada est majoritairement un vivier de bons (voire très bons… et plus si affinités) polars et thrillers, il aborde aussi d’autres genres. Ainsi Jean-Marc Dhainaut vient l’enrichir en proposant des romans fantastiques ; ça faisait quelques temps que je voulais découvrir son univers littéraire.

Les théories de l’effondrement (la chute de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui) sont chères aux adeptes de la collapsologie et ont déjà inspiré maints réalisateurs et auteurs. Alors est-ce que L’Œil Du Chaos n’est qu’une énième fin du monde annoncée ?

Au spectaculaire Jean-Marc Dhainaut préfère une approche plus probable. C’est une forte éruption solaire qui provoque une tempête électromagnétique sur notre bleue planète et neutralise l’ensemble des systèmes électriques et électroniques. Pas de bol il a fallu que cela se produise alors que l’Europe est en proie à une canicule sans précédent.

L’avantage majeur de ce scénario c’est que l’effet est immédiat : crashs aériens, accidents en tout genre… ensuite il suffit de laisser le temps au temps (pas longtemps) pour que les plus bas instincts de l’homme ne reprennent le dessus chez certains et viennent accentuer un chaos déjà bien engagé.

L’auteur décrit ensuite un effondrement progressif de la société qui, bien que glaçant à plus d’un titre, est totalement crédible. Globalement on retrouve le même bon sens et la même intelligence dans l’ensemble du roman.

Ainsi, si Jean-Marc Dhainaut ne manque pas de pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres (et d’un peu tout le monde il faut bien se l’avouer), il évite l’écueil d’un militantisme à outrance. Le message passe sans qu’il nous soit répété toutes les deux pages ou servi à toutes les sauces.

L’intrigue est portée par deux personnages qui forcent le respect. Théo est un adolescent qui, à la suite d’un bricolage inventif (mais fort peu probable), a une vision de ce que réserve un avenir proche. Manque de bol ses alertes ne sont pas prises au sérieux par ses amis et sa famille (mettez-vous à leur place aussi… un appareil photo qui photographie le futur ; bin voyons !). Pire, elles vont attirer l’attention des mauvaises personnes.

Le gamin assiste ensuite au meurtre sauvage de ses parents et à la fuite de son petit frère. Lui-même ne doit sa survie qu’à l’intervention de Drazic, un ancien militaire, spécialisé dans les télétransmissions, qui vit en ermite depuis qu’un drame personnel a bouleversé sa vie.

Ensemble ils vont partir à la recherche de Bastien, le frère de Théo, parcourant une nature devenue hostile et évitant, autant que possible, toute mauvaise rencontre.

Un titre qui confirme une tendance affirmée chez Taurnada : ce n’est pas la taille qui compte ! Le roman est court mais tout est dit, et bien dit ! Encore un bouquin que j’ai dévoré quasiment d’une traite. Et encore une belle découverte (et une pépite) inscrite au catalogue d’un éditeur qui n’en finit pas de me surprendre (en bien, vous l’aurez compris).

MON VERDICT

 
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Publié par le 19 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Romain R. Martin – La Dissidence Des Cancrelats

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dissidence Des Cancrelats
Auteur : Romain R. Martin
Éditeur : LBS
Parution : 2020
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Claude et Werther sont des marginaux qui hantent les voies désaffectées de la RATP (même s’ils préfèrent se considérer comme des employés auto-proclamés à la maintenance). C’est tout un microcosme qui vit en autarcie dans les sous-sols parisiens, sous la direction de Magnus, le Haut-Contremaître.

Quand Sorensen et Werther sont agressés en pleine nuit par un collègue déguisé en sage-femme, ils entendent bien obtenir une légitime réparation. S’engage alors une course-poursuite vengeresse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de l’auteur, Vermines (Flamant Noir, 2017), j’espérai retrouver le même ton décalé et le même style d’intrigue complétement déjantée.

Ma Chronique

Ça fait longtemps (tout est relatif) que ce bouquin traine dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique, contrairement à bon nombre (trop ?) de ses pairs, je ne l’ai pourtant jamais totalement perdu de vue.

Dès les premières pages Romain R. Martin donne le ton, pas question pour lui de rentrer dans le moule, ni de respecter scrupuleusement les règles d’un genre littéraire. Ça tombe plutôt bien, c’est exactement ce que j’attendais de lui.

Si la couv’ du roman porte bien la mention thriller, je peux vous assurer que celui-ci ne ressemble à aucun autre. C’est un bouquin totalement inclassable, un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne manquera pas de surprendre les lecteurs.

Déjà le microcosme underground qu’il imagine mérite à lui seul le détour, des marginaux un peu (beaucoup) paumés, plus ou moins organisés en communauté et dirigés d’une main de fer par un « Haut-Contremaître ».

Est-il besoin de vous préciser que dans un décor pareil l’auteur a de quoi s’en donner à cœur joie pour nous proposer des personnages hors du commun ? Et il ne se prive pas de le faire, pour notre plus grand plaisir.

En l’occurrence l’intrigue est portée par quatre personnages. À commencer par Claude et Werther qui forment un couple pour le moins atypique, oubliez les grands romantiques, ici on est plutôt dans le registre du sadomasochisme. Ils partagent leur terrier avec Fausto, leur co-locataire (on apprendra par la suite que la réalité est un tantinet plus complexe). Et bien entendu il faudra aussi compter avec le maître des lieux, Magnus, et son moyen de transport pour le moins inhabituel.

Je reste volontairement dans le vague, qu’il s’agisse de l’organisation de cette improbable communauté underground, ou des personnages. Non que je craigne d’en dire trop (en général j’évite toute forme de spoil), mais simplement pour laisser intact le plaisir de la découverte.

Le roman est divisé en deux parties, la première se déroule presque exclusivement dans les souterrains, la seconde précipite nos cancrelats dans le monde d’en-haut pour un bouquet final des plus détonnant.

Les chapitres, courts et rythmés, assurent une lecture d’une grande fluidité. Du coup on se surprend à dévorer le bouquin quasiment d’une traite. Un récit qui fait un pied-de-nez au politiquement correct et à la morale ; noir, irrévérencieux et amoral, le trio gagnant !

Le ton est à l’image de l’intrigue et des personnages, décalé, déjanté mais totalement assumé. On sent que Romain R. Martin est là pour se faire plaisir, et pour nous faire plaisir. Et ça marche ! Cette lecture fut purement et simplement jouissive.

Pour apprécier pleinement ce bouquin laissez-vous simplement porter par son intrigue ; oubliez la logique, oubliez le possible et même le probable. Bref, oubliez le monde réel et entrez dans celui dans cancrelats.

 MON VERDICT

Petit aparté technique

Depuis le temps vous me connaissez, je suis un maniaque du code. Quand j’ouvre un livre numérique je commence par vérifier si la table des matières est intégrée au bouquin (au besoin je l’ajoute), je vire les classes inutiles et j’aère le code (tout ça via Sigil).

La seconde étape consiste à m’intéresser au code à proprement parler. Du premier coup d’œil on devine un code surchargé (essentiellement du fait de classes redondantes), le nettoyage est un peu plus long et n’apporte pas grand-chose (pour ne pas dire que dalle) concrètement. Il n’en reste pas moins que, une fois l’epub retravaillé, la feuille de styles passe de 702 à 262 lignes.

 
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Publié par le 17 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cédric Cham – Mort A Vie

AU MENU DU JOUR


Titre : Mort A Vie
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Pour protéger son jeune frère Eddy, Lukas endosse la responsabilité d’un accident ayant causé la mort d’un jeune piéton. Interpellé et placé en détention provisoire, il va découvrir un univers dont il était d’imaginer la dureté.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham, dans chacun de ses romans il excelle à décrire la noirceur de l’âme humaine et nous mitonne des intrigues qui font mouche à tous les coups.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman Cédric Cham impose encore un peu plus sa griffe dans le paysage de la littérature noire française (et francophone). Une fois de plus il nous propose un roman dans lequel l’intrigue se teinte certes du noir le plus obscur mais est portée par des personnages profondément humains (pour le meilleur… et pour le pire).

Le meilleur c’est Lukas qui accepte d’endosser la responsabilité d’un accident (dont il ignore pourtant les circonstances et les conséquences) causé par son jeune frère, Eddy. Un choix qu’il fait au détriment de sa propre vie, au risque de voir imploser son cocon familial (il est marié et a une fille en bas âge) et son avenir professionnel.

Un choix qui va le confronter au pire, à savoir l’emprisonnement, avec ses règles, ses codes (écrits ou non). À force de côtoyer la noirceur à longueur de temps et d’accepter certaines concessions (surtout vis-à-vis de soi-même et de sa conscience) pour assurer sa survie, c’est son âme et sa personne qui vont peu à peu se déliter. Une extinction que ne pourront empêcher les rares (et donc précieuses) relations plutôt amicales qu’il nouera en prison.

La description de l’univers carcéral est d’un réalisme glaçant, un univers que Cédric Cham connaît bien puisqu’il est dans l’administration pénitentiaire. Je crains malheureusement qu’il ne noircisse pas le tableau… nul doute que la réalité dépasse la fiction.

Le pire c’est Eddy, le frère cadet. Rien dans le personnage n’a réussi à me faire éprouver la moindre empathie pour lui. Clairement le genre de gars qui ne mérite pas que l’on détruise sa vie pour lui. Les liens du sang je veux bien, mais quand tu choisis de vivre en marge tu assumes ma poule et tu viens pas pleurnicher pour qu’on sauve tes miches une fois que la ligne jaune a été franchie.

Non content de foutre sa propre vie en l’air avec des choix toujours plus foireux les uns que les autres et des relations à l’image du milieu qu’il fréquente, il perverti et entraîne dans sa chute ceux qui ont le malheur de lui accorder un semblant de confiance (et plus si affinités).

L’auteur accorde le même soin à l’ensemble de ses personnages, pour chacun il développe une personnalité et un vécu. Ça ne nous les rend pas forcément attachants ou sympathiques (Eddy n’est pas le pire dans la catégorie des bad boys), c’est plutôt une façon réussie de nous rappeler que c’est ainsi qu’est fait et que fonctionne notre monde.

Il sera donc question d’enfermement avec les deux frères (Lukas incarcéré et Eddy empêtré dans sa connerie), de relations humaines (liens du sang, vie de couple, vie de famille, amis – les vrais comme les faux – mais aussi de relations de soumission – à l’autorité ou à la force –), de vengeances (au pluriel, oui)…

Sur la forme Cédric Cham reste fidèle à ses habitudes, une écriture et un style qui vont à l’essentiel, des chapitres courts ; tout est fait pour privilégier le rythme et ne pas égarer le lecteur. Certains pourront trouver cela un peu simple, pour moi ça contribue justement à nous plonger en totale immersion dans son récit. Une immersion qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et devrait occasionner quelques poussées d’adrénaline.

Une fois de plus je referme le bouquin en ayant l’impression d’avoir pris une rafale d’uppercuts dans la gueule. Et le pire c’est que j’en redemande… mais d’abord je vais essayer de reprendre mes esprits et mon souffle.

MON VERDICT

Coup de poing

 
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Publié par le 10 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Agnès Laurent – Rendors-Toi, Tout Va Bien

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Titre : Rendors-Toi, Tout Va Bien
Auteur : Agnès Laurent
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Vendredi fin d’après-midi, autoroute A31. Christelle est au volant de sa voiture et roule trop vite. Elle a abandonné un mari aimant et ses deux filles pour prendre la fuite. Et soudain elle perd le contrôle de sa vieille R21, la voiture part en tonneaux avant de se faire percuter par un autre véhicule.

Ce même vendredi, le matin, à Sète. Guillaume, le mari de Christelle, est interpellé par les gendarmes alors qu’il se rendait à son travail.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est l’enthousiasme de Aude qui m’a poussé à lire ce bouquin.

Ma Chronique

Avec le temps…
Avec le temps va, tout s’en va.
(…)
Avec le temps tout s’évanouit.
Léo Ferré – Avec le temps.

Avec le temps aurait aussi pu être le titre de ce roman. L’histoire d’un couple qui, au fil du temps, s’éloigne sans s’en apercevoir, un mari et une femme qui peu à peu deviennent deux étrangers qui partagent le même toit.

Avec le temps la routine s’installe, les petites attentions s’espacent avant de disparaître, même le dialogue s’éteint inexorablement pour laisser place à des échanges de banalités sur la pluie et le beau temps, quand ce n’est pas le silence qui règne en maître. Et le pire c’est que ce silence on l’accepte comme normal, on finit même par l’apprécier.

Une histoire malheureusement trop « normale » au sein de certains foyers. Tellement « normale » que ça en deviendrait banal, pas la peine de s’inquiéter ou de se remettre en question… avec le temps, c’est « normal ».

Pour son premier roman Agnès Laurent décide de partir de cette histoire ordinaire pour en faire un livre extraordinaire.

Extraordinaire déjà par sa narration. Le roman s’ouvre sur l’accident de Christelle (vendredi entre 17h15 et 17h30), puis le second chapitre nous renvoie à cette même journée mais à 6h45 et l’interpellation de Guillaume par les gendarmes.

Les chapitres suivants dérouleront la journée en alternant entre la fuite de Christelle et la garde à vue de Guillaume. De temps en temps un intervenant extérieur au couple interviendra dans le déroulé du récit.

Mais le véritable tour de force d’Agnès Laurent est de garder secrètes les raisons de la fuite de Christelle et de l’arrestation de Guillaume. Au fil de leurs cogitations l’homme et la femme réalisent à quel point ils sont devenus presque des étrangers l’un pour l’autre.

Extraordinaire aussi par l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Quand la vérité commence à se dessiner (à ce moment vous aurez déjà lu plus des trois quarts du bouquin), ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, le pire reste à venir. Et là c’est l’uppercut en pleine face, on est véritablement KO debout.

Extraordinaire par la justesse du ton et l’implacable décorticage de la vie apparemment sans histoire du couple et des apparences. À ne plus prendre le temps de parler avec l’autre et de regarder l’autre, on devient aveugle et sourd à ce qui se joue sous notre nez. Inconsciemment on devient acteur, voire complice, du drame qui se joue à l’insu de notre plein gré.

J’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite, impossible de le lâcher, l’envie de savoir était trop forte. Presque oppressante.

Je vous tirerai volontiers mon chapeau Madame Laurent mais je n’en porte pas ; il faudra vous contenter de mes humbles remerciements pour ce roman court mais intense. Une approche originale qui s’avère payante, c’était un pari audacieux pour un premier roman.

MON VERDICT

 
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Publié par le 6 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

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Publié par le 23 juillet 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Nicolas Jaillet – Fatal Baby

AU MENU DU JOUR


Titre : Fatal Baby
Auteur : Nicolas Jaillet
Éditeur : La Manufacture de Livres
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Julie et sa fille sont en perpétuelle cavale, traquées par les hommes d’une puissante multinationale qui ne reculera devant rien pour s’emparer de l’enfant. « Leur » création, « leur » bébé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Mauvaise Graine aura certainement été ma lecture de l’année 2020 la plus atypique. Nicolas Jaillet nous invitant à suivre la « suite » des aventures mouvementées de Julie, son héroïne à nulle autre pareille, dans ce nouvel opus, je ne pouvais pas passer à côté d’une telle opportunité.

Ma Chronique

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Julie, l’héroïne de Mauvaise Graine, et fait la connaissance de sa fille (il lui faudra un certain temps avant de se voir attribuer un prénom… oups désolé bébé, maman avait oublié ce détail). Et le moins que l’on puisse c’est que la situation de Julie ne s’est pas arrangée… contrairement à ce que laissait présager la fin du précédent roman.

La mère et son bébé sont effet contrainte à être perpétuellement en mouvement si elles veulent échapper à leurs poursuivants. Et même ainsi les confrontations directes restent inévitables… et mouvementées !

Changement de décor pour Julie puisque c’est sur les routes canadiennes, alors que l’hiver approche (Winter is coming comme dirait l’autre… mais avec GRR Martin il faut prendre son mal en patience et se faire une raison). Mais ce n’est pas le seul changement que vous découvrirez au fil des pages même si je ne m’épanchais pas sur la question afin de ne pas spoiler votre lecture.

Vous vous demandez peut-être s’il est nécessaire d’avoir lu Mauvaise Graine avant de vous lancez dans le présent bouquin ; ce n’est pas indispensable, mais je vous encourage quand même à la faire, ne serait-ce que parce que c’est un bouquin qui vaut le détour, mais aussi parce qu’il vous permet de mieux appréhender la situation dans laquelle vous trouverez Julie en ouvrant Fatal Baby.

Il n’en reste pas moins que ces deux romans sont à la fois dans la même veine et totalement différents. On retrouve le même cocktail parfaitement dosé d’action et d’humour, mais aussi le ton décalé de l’intrigue qui faisait tout le charme de Mauvaise Graine. Comme de bien entendu cette suite reste un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un brin de maturité (tout en conservant le grain de folie) en plus dans le personnage de Julie ; il faut dire qu’elle est confrontée aux joies (et parfois aux affres) de la maternité avec un bébé pas franchement comme les autres.

Si dans le précédent roman l’on suivait le périple de Julie au cours de sa grossesse et jusqu’à son accouchement, ici on part sur plusieurs années de fuite éperdue, avec des pauses plus ou moins longues toujours appréciables et appréciées. Une aventure qui entraînera Julie et sa fille sur les routes, mais aussi sur les mers, des Amériques (Canada, États-Unis puis Amérique du Sud) au vieux continent (retour en France en passant par l’Espagne).

Le fond et le ton volontairement légers de l’intrigue n’empêchent pas l’auteur d’apporter beaucoup de soin à la forme. Que ce soit dans le traitement de ses personnages ou dans sa narration, toujours aussi percutante et efficace.

Les lecteurs numériques qui, comme moi, alternent les supports (liseuse, PC puis retour sur la liseuse, etc.) seront un peu déconcertés par l’absence de chapitrage. Mais comme le bouquin n’est pas un pavé et se lit avec beaucoup de fluidité, ça reste un inconvénient mineur que l’on oubliera rapidement.

Autant retrouver Julie dans le présent roman fut une surprise inattendue, autant je ne peux envisager que ses aventures se terminent avec le présent roman ; il me tarde de la retrouver (ainsi que sa fille, cela va de soi) pour découvrir la suite de cette curieuse expédition qui est tout sauf un long fleuve tranquille…

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Mathieu Menegaux – Femmes En Colère

AU MENU DU JOUR


Titre : Femmes En Colère
Auteur : Mathieu Menegaux
Éditeur : Grasset
Parution : 2021
Origine : France
198 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde Collignon attend, sonnée, que le jury d’assises de Rennes délibère sur son sort.

Sonnée parce que l’avocat général a requis vingt ans de prison à son encontre, avec une période de sûreté de douze années.

Trois ans plus tôt, Mathilde, victime d’un viol, a appliqué sa propre justice. Aujourd’hui, aux yeux de la justice, elle est sur le banc des accusés et ses deux violeurs sont les plaignants…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son pitch qui est malheureusement plus que jamais dans l’air du temps.

Pour sa couv’, aussi explicite qu’intrigante.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation.

Même si, concrètement ce n’est pas le fichier proposé par Grasset que j’ai lu… encore un éditeur qui n’a pas compris que l’ère du PDF était révolue depuis bien longtemps. Heureusement j’ai pu me procurer le bouquin au format epub, et c’est donc cette version que j’ai lu et m’en vais chroniquer de ce pas. Encore un détournement de partenariat Net Galley (après Dehors Les Chiens), ça m’évite de rejeter un titre qui m’a été gracieusement proposé.

Mathieu Menegaux signe un roman qui fait écho à l’actualité de ces dernières années, qu’il s’agisse des mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc qui ont agité les réseaux sociaux et par extension les médias, ou des cas de féminicides qui se multiplient. Plus que jamais la femme n’a le droit de demander à être respectée, écoutée et entendue.

Il faut malheureusement que des victimes comme Jacqueline Sauvage ou Valérie Bacot abattent leur bourreau pour que l’opinion s’émeuve sur leur condition… avant de les oublier et de passer à autre chose !

Le personnage de Mathilde Collignon est une de ces femmes qui a choisi d’agir de son propre chef plutôt que d’espérer une réaction juste et approprié des autorités judiciaires. Elle s’est occupée des deux ordures qui l’ont violée… sans les tuer toutefois, mais en faisant en sorte qu’ils n’oublient jamais qu’une femme n’est pas un tas de barbaque dont on peut user et abuser. Une punition à la hauteur de ce qu’ils méritaient… mais que la justice aurait été incapable de leur infliger.

Au fil des chapitres on alterne entre le récit et les émotions de Mathilde dans l’attente du verdict, et les débats (souvent animés) en salle des délibérés.

J’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas le système français des délibérés, je suis plus familier, à force d’ingurgiter des séries TV et des films, du jury à l’américaine. J’ai donc trouvé ces chapitres aussi instructifs que construits avec beaucoup d’intelligence et de réalisme.

Quant au récit de Mathilde, je n’ai aucune honte à reconnaître qu’il a su me tirer des larmes. Des larmes de peine pour ce qu’elle a subi et ce qu’elle subit encore face à l’incertitude du verdict. Mais aussi et surtout des larmes de haine à l’état brut pour les deux salopards qui l’ont violé.

Mathieu Menegaux réussit le pari de nous prendre aux tripes avec son roman. Un texte court (moins de 200 pages), mais intense et éprouvant. Un bouquin qui m’a laissé KO debout, complètement vide.

Vous aurez compris sans peine que je suis partisan assumé et revendiqué d’un verdict de non-culpabilité (malgré les aveux de Mathilde) et d’une relaxe pure et simple.

Bien entendu je ne vous dirai rien du verdict, mais je peux vous assurer qu’avant d’en arriver là votre palpitant aura été mis à rude épreuve. Ce serait presque frustrant de ne pas pouvoir s’épancher sur ledit verdict, on aimerait en parler et en débattre comme si on était dans la salle des délibérés, répondre aux questions posées aux jurés, défendre notre position…

Mathieu Menegaux nous offre un roman brillamment construit, à défaut de faire avancer le schmilblick (et éveiller les consciences), il amène ses lecteurs (et lectrices) à se poser des questions et à réfléchir sur le sujet. Rien que pour ça, je vous salue bien bas monsieur.

MON VERDICT

Coup de poing

Morceaux (nombreux… quand on aime on ne compte pas) choisis

L’opinion peut bien s’agiter, la presse multiplier les éditoriaux, les politiques occuper les plateaux de télévision, la justice applique les textes que le législateur a fait voter.

Quand je pense que, dans ce procès, je suis l’« accusée » et que les deux salopards sont les « parties civiles ». Je voudrais tout reprendre à zéro. Je voudrais qu’on remette les choses à leur place : je suis la victime et ils sont les bourreaux. J’ai refusé de tenir ce rôle. J’ai refusé de me plier aux règles. Je n’avais pas le « bon » viol, de toute façon. Pas de couteau, pas de rôdeur, pas de parking mal éclairé, pas d’heure tardive, pas de pervers détraqué. Personne ne m’aurait crue.

Pourtant c’est clair : avouer aimer le sexe, pour une femme, en 2020, malgré tous les Weinstein, les Polanski et les #MeToo du monde, c’est toujours s’exposer à être considérée comme une putain, une traînée, une salope, une allumeuse et toute la litanie de qualificatifs imagés écrits par des hommes.

Malgré les témoignages, malgré les tutos sur YouTube comparant le consentement sexuel à l’envie d’une tasse de thé, malgré les cours prodigués dans certaines universités, malgré tout ce qui a pu se dire, se lire, s’écrire, une femme qui dit NON continue, pour beaucoup d’hommes aujourd’hui, à n’attendre qu’une bonne pénétration pour se mettre à crier « Oh oui » et avoir subitement envie de s’enfiler jusqu’à s’en étouffer un sexe bien au fond de la gorge.

Ce n’était peut-être pas de la légitime défense. Mais j’estime que c’était une défense légitime.

Ce n’est peut-être pas de la légitime défense, comme vous nous la décrivez dans les textes de loi, mais c’est un acte de légitime défense dans ce monde où les femmes ne sont pas écoutées quand elles crient, quand elles sont battues, quand elles sont violées. Le jour où les hommes et les femmes seront à armes égales, ce jour-là et ce jour-là seulement, bien sûr, il faudra la condamner. Mais aujourd’hui on ne peut pas. Elle n’avait pas d’autre choix. Et elle a protégé les autres femmes qui auraient fini par devenir victimes de ces deux salauds. Je refuse de condamner cette femme. La condamner, c’est accepter la société dans laquelle nous vivons. L’acquitter, c’est faire changer la peur de camp.

La démocratie, c’est bien commode dès lors que le petit peuple vote tout bien comme les élites lui ont indiqué qu’il convenait, n’est-ce pas ? Mais si le résultat n’est pas dans la ligne, c’est que le peuple n’a pas compris, que le pouvoir n’a pas fait suffisamment de pédagogie et il convient pour les dominants de trouver d’urgence une entourloupe pour enfumer le peuple. Les femmes se rebellent, affirment qu’il ne s’agit ni de barbarie ni de vengeance, mais bien de justice et toc, les hommes s’empressent de retirer le droit de vote aux femmes, c’est bien cela ?

Je suis la criminelle et ils sont les victimes. Alors qu’ils m’ont fait mal, ces deux salauds, tellement mal. J’étais le petit chaperon rouge, je gambadais avec insouciance, et je ne m’attendais pas à tomber sur un grand méchant loup. Encore moins sur deux à la fois.

J’ai dit non. Je l’ai crié, je l’ai hurlé, je l’ai murmuré, je l’ai bégayé, je l’ai répété sur tous les tons, mais personne n’a entendu, personne n’est venu, je me suis débattue un temps, mais ils m’ont forcée à tour de rôle, brisée, et j’ai fini par abandonner le combat, en espérant que ça me ferait moins mal et que je sortirais vivante de ce traquenard. J’ai eu peur pour ma vie, une peur animale, viscérale, paralysante. Ils se sont servis de moi, je les entendais m’insulter, leurs mains me frappaient les fesses, ils m’ont tiré les cheveux, empoignée, brutalisée, forcée encore et encore. Ils m’ont salie partout. Un déchaînement de bruit, de violence, de douleur, de soumission, d’odeur de sueur et de porcherie.

 
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Publié par le 12 juin 2021 dans Bouquins

 

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