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Archives de Tag: Littérature française

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Récidive

AU MENU DU JOUR

S. Delzongle - Récidive

Titre : Récidive
Auteur : Sonja Delzongle
Editeur : Editions de l’Epée
Parution : 2017
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Hanah Baxter ne supporte pas l’idée que son père, l’assassin de sa mère, ait pu être libéré après 25 années de détention. Non seulement l’idée la révolte, mais elle craint aussi la vengeance de son géniteur, quand le verdict est tombé son père, Erwan Kardec, a promis de la traquer et de la tuer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour le plaisir de retrouver Hanah Baxter, une profileuse hors-norme, mais d’une redoutable efficacité.
J’ai assisté à sa première apparition dans Dust, sous le soleil écrasant du Kenya, l’auteure m’avait alors impressionné par sa maîtrise et j’avais tout de suite accroché au personnage d’Hanah. Puis il y eut Quand La Neige Danse et les paysages hivernaux de l’Illinois ; incontestablement l’essai a été transformé ! Quel que soit le climat, je suis emballé…

Ma chronique

C’est toujours un plaisir de retrouver un personnage auquel on s’est attaché au fil des romans. Hanah Baxter est de ceux-là, il me tardait d’assister ENFIN à la confrontation annoncée entre elle et son père. Si dans le roman précédent Hanah était un peu en retrait, cette fois elle est bel et bien au centre du récit et de l’intrigue (voire même des intrigues).

Une intrigue qui exigera de nombreux aller-retour entre New York et Saint Malo et vous proposera une narration selon trois axes. Le principal étant celui d’Hanah qui enquête depuis New York sur les circonstances d’un naufrage survenu dans la baie de Saint Malo durant l’hiver 1905. Naufrage dont elle est encore loin de se douter des conséquences et implications sur son passé mouvementé.

Le second axe vous permettra de suivre Erwan Kardec, dont le séjour en prison n’a en rien apaisé la haine qu’il nourrit pour sa fille. Plus que jamais déterminé à la retrouver et à l’attirer jusqu’à lui, quitte à semer la mort sur son passage. Une mort qui le ronge lentement mais sûrement de l’intérieur, pas question toutefois de mourir avant de s’être vengé.

Enfin l’auteure nous invite à suivre l’enquête de gendarmerie sur les meurtres qui secouent la paisible cité bretonne. Particulièrement via le lieutenant Yann Maurice qui dirige la Brigade de Recherches (BR) de Saint Malo et cache, lui aussi, un lourd secret.

Plus que jamais les relations entre les personnages sont au coeur de l’intrigue. Avec, en premier lieu, la relation père fille, plus que tumultueuse qui lie Hanah à son meurtrier de père. Mais aussi les relations d’Hanah avec les figures de son passé et même ses relations présentes (elle est en pleine phase de remise en question).

Puisqu’on est dans le relationnel, restons ici et penchons-nous sur le cas Yann Maurice. Jeune flic brillant contraint de cacher son homosexualité à ses hommes, mais aussi et surtout à son propre père (eh oui, encore des relations familiales tendues).

Avec tout ça Sonja Delzongle nous offre un thriller psychologique rondement mené et n’hésite pas à malmener Hanah. Il faut dire que la confrontation avec son paternel lui réservera de sacrées surprises quant à son propre passé. Comme Hanah j’ai pris la révélation en pleine poire, je n’avais rien vu venir.

L’auteure ne laisse rien au hasard, perfectionniste et marionnettiste, elle nous promène dans son roman (une promenade qui n’est pas toujours de tout repos), n’hésitant pas à nous entraîner sur de fausses pistes (avec de vraies surprises), mais au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue les différentes pièces du puzzle s’imbriquent entre elles de façon cohérente et convaincante.

Un thriller qui n’en est pas vraiment un (l’enquête policière sur les meurtres de Saint Malo tendrait presque à passer en second plan), mais profondément humain qui confirme l’immense talent de Sonja Delzongle. En refermant le roman, on a la sensation que la boucle est bouclée pour Hanah, du coup c’est avec une légère appréhension que l’on se demande : et maintenant ? C’est qu’on n’a pas envie de la laisser filer notre Hanah, comme bon nombre de lecteurs, j’ai bon espoir de la croiser à nouveau…

En attendant, si ce n’est déjà fait, je vous invite vivement à découvrir cette trilogie (pour le moment) ; lire les bouquins dans l’ordre ne s’impose pas vraiment, chaque intrigue étant indépendante, mais je ne saurais que trop vous recommander de le faire ; comme toujours en présence d’un personnage récurrent, c’est un vrai plus de pouvoir suivre son évolution.

MON VERDICT

 
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Publié par le 1 août 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Pierre Gaulon – La Brûlure Des Anges

AU MENU DU JOUR

P. Gaulon - La brûlure des anges

Titre : La Brûlure Des Anges
Auteur : Pierre Gaulon
Editeur : Fleur Sauvage
Parution : 2017
Origine : France
237 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’elle rentre d’une soirée, Louise est agressée par trois individus qui tentent de la violer. Un inconnu neutralise ses agresseurs et disparaît aussi vite qu’il est arrivé. La jeune femme n’aura de cesse de retrouver son mystérieux ange gardien. C’est alors qu’elle est contactée par Quentin, un jeune journaliste au chômage, qui est lui aussi sur la piste de son sauveteur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

L’éditeur : Fleur Sauvage
J’ai décidé de me pencher sérieusement sur le catalogue de ce modeste éditeur qui, jusqu’à ce jour, ne m’a réservé que de belles découvertes.

La couv’ : j’ai été intrigué par cette paire d’ailes rafistolées.
Associée au titre et au pitch, on obtient le trio gagnant pour achever de me convaincre de tenter l’aventure.

Ma chronique

Une fois de plus j’ai été bluffé par la ligne éditoriale de Fleur Sauvage, le roman de Pierre Gaulon s’inscrit dans la continuité des titres que j’ai déjà eu l’occasion de lire. Un thriller noir avec un soupçon (vraiment à minima) de fantastique servi par une intrigue maîtrisée du début à la fin.

L’intrigue tourne bien entendu autour de l’enquête de Louise et Quentin pour identifier et retrouver le fameux ange-gardien (même si Quentin ne partage pas forcément la même vision idyllique sur le personnage). Les deux jeunes l’ignorent encore, mais l’histoire ne démarre pas avec l’agression de Louise, il faut remonter vingt ans plus tôt (en 1996), pour en découvrir l’origine (au fil des chapitres, des flashbacks lèvent progressivement le voile du passé).

Pierre Gaulon saura vous faire douter, remettre en question vos certitudes avant de retourner complètement la situation. Vous comprendrez aisément que je ne souhaite pas m’étendre sur la question, je dirai juste que je n’ai rien vu venir.
L’auteur parvient aussi à insuffler une réelle personnalité à ses personnages, il nous plonge dans leur peau et nous fait vivre leurs émotions et leur ressenti. Il faut dire que Louise et Quentin ont des caractères plutôt affirmés, l’une marquée par sa récente agression, l’autre encore hanté par un lourd passif.

Concernant le mystérieux ange-gardien, j’avoue que j’ai rapidement fait le rapprochement entre les événements de 1996 et ceux de 2016. De fait j’ai fortement soupçonné son identité assez rapidement. Ce qui ne m’a en rien gâché le plaisir de la lecture, et surtout ne m’a pas épargné la surprise du twist final.

Un bémol ? Grrr, la fin ne rétablit pas la vérité… il n’y a qu’un personnage qui la connaisse et il/elle ne peut rien dire sans se compromettre. Mais bon c’est aussi une triste réalité dans la vraie vie, la vérité ne triomphe pas toujours face aux certitudes de la police et des médias…

MON VERDICT

Aparté technique

Si Fleur Sauvage joue pleinement le jeu du numérique force est de constater que techniquement parlant il y a encore des progrès à faire… Mais comme le dit fort justement le proverbe : c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Aussi j’essaie de faire dans la critique constructive.

Voici quelques défauts repérés :

Présence de lignes vides en fin de chapitre, parfois c’est juste une ou deux lignes, mais d’autres fois on se retrouve avec plusieurs dizaines de lignes vides.

Multiplication de styles redondants ou très semblables, après un nettoyage rapide la feuille de style CSS (et du code) compte encore 195 lignes (elle en comptait 775 à l’origine). Et encore, je suis sûr que l’on peut creuser et optimiser davantage la feuille de style.

Certes ça passe quasiment inaperçu pour la plupart des lecteurs, mais ça alourdit inutilement le code. Et puis il y a toujours des maniaques qui vont mettre le nez là où ils n’ont rien à y faire…

Autre coquille récurrente : il reste des mots coupés dans le texte (ex : complète-ment au lieu de complètement).

 
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Publié par le 24 juillet 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cédric Cham – Du Barbelé Sur Le Coeur

C. Cham - Du Barbelé Sur Le CoeurDésirant étendre mon exploration du catalogue de l’éditeur Fleur Sauvage (jusqu’alors je n’avais lu qu’une seule de leur auteure, Armelle Carbonnel), j’ai longuement hésité entre plusieurs titres qui me faisaient de l’oeil (I’ll be back… aucun doute là-dessus) avant de jeter mon dévolu sur Du Barbelé Sur Le Coeur de Cédric Cham.
Dris sort de prison après cinq années de détention pour trafic de stupéfiants, il est bien déterminé à rentrer dans le droit chemin et gagner sa vie honnêtement. Serge est en liberté surveillée après avoir purgé une peine pour viol sur mineure, lui aussi ne compte pas y retourner, mais il entend bien profiter à fond de sa liberté retrouvée…
Deux anciens taulards, pas franchement des enfants de choeur… le pari de l’auteur est de nous faire ressentir une réelle empathie pour au moins l’un d’eux (impossible pour le second, c’est une merde irrécupérable). Un défi osé, mais relevé haut la main.
Si Dris n’est pas un saint (et ne se pose jamais en victime) il représente le visage humain de la population carcérale. Ces gars qui font des conneries pour un tas de mauvaises raisons (il le reconnaît lui-même : « Ainsi, il tapa dans les stups. Non par goût, car en dehors de quelques joints fumés avec les potes, il ne consommait pas. Mais par calcul. Le bizness rapportait gros et finalement les risques n’étaient pas plus importants.« ), qui en paient le prix par un séjour plus ou moins long derrière les barreaux, mais qui une fois libérés se décarcassent vraiment pour s’en sortir. Ces gars sur qui le destin semble s’acharner à leur jouer des mauvais tours et leur foutre les bâtons dans les roues…
Serge lui est la face la plus obscure de cette même population carcérale : « Un putain de trappeur. Un enculé de pointeur. Une sous merde dans la chaîne alimentaire carcérale. » ! Des raclures qui ne méritent pas que le contribuable paie des impôts pour les envoyer en taule. Plutôt leur couper les couilles et les leur faire bouffer avant de leur coller un coup de surin dans le bide et de les laisser crever dans le caniveau… Au lieu de ça on leur offre des aménagements de peine, des aides en tout genre pour les réinsérer…
Je n’ai pas été surpris d’apprendre que Cédric Cham travaillait dans l’administration pénitentiaire, on sent qu’il maîtrise le jargon et les procédures. Et bien entendu cela contribue grandement à ancrer son roman dans la réalité.
Un polar noir, très noir, mais aussi tristement réaliste et sociétal. Un roman qui vous prendra instantanément aux tripes et vous les vrillera jusqu’à la toute dernière page. Et quand vous le lâcherez enfin ce sera quasiment KO debout. Un coup de poing dans la gueule magistral, superbement écrit (la plume de l’auteur est sans concession, percutante et bouleversante à la fois) et incontestablement un coup de coeur. Un sans-faute du début à la fin (et putain de fin ! KO debout, j’vous dis).
Je m’attendais à du lourd de par certaines critiques très enthousiastes lues sur Babelio et la blogosphère, notamment celle de Loley, on peut dire que j’ai été généreusement servi. Un grand merci à Cédric Cham et à Fleur Sauvage, pour ce moment d’intense lecture. Nul doute que d’autres occasions de mettre en avant cette maison d’édition se présenteront très vite. Quant à l’auteur, j’ai d’ores et déjà son premier roman, La Promesse, en stock.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 10 juillet 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jean-Philippe Jaworski – Même Pas Mort !

JP Jaworski - Même pas mort !Au menu du jour un roman découvert grâce à un certain Book Club mal famé. La chose est française, issue de l’imagination de Jean-Philippe Jaworski et s’appelle Même Pas Mort !, premier opus de la trilogie (qui n’en sera pas vraiment une au final) Rois Du Monde.
Bellovèse et ses compagnons de voyage, le guerrier Sumarios et le barde Albios, voguent vers les inhospitalières Iles des Vieilles sur ordre du Grand Druide Comrunos. Bellovèse doit y consulter les oracles Gallicènes afin de comprendre pourquoi la Mort n’a pas voulu de lui alors qu’il a pourtant bel et bien été tué au combat. Malédiction ou bénédiction ?
La première chose qui frappe dans le roman de Jean-Philippe Jaworski est la richesse du vocabulaire utilisé et le grand soin apporté au style ; rien n’est laissé au hasard, tout est fait pour assurer au lecteur une lecture placée sous le signe du plaisir. Je ne vous cacherai pas qu’une telle richesse m’a tout d’abord surpris, puis m’a fait craindre pour le rythme et la fluidité. Craintes rapidement balayées, tout est pesé et mesuré pour un équilibre qui flirte avec la perfection.
La seconde surprise vient de la quasi-absence de contexte, l’auteur nous plonge au coeur de son intrigue sans vraiment prendre le temps de présenter l’univers qu’il souhaite déployer. Un univers dans lequel la fiction cohabite étroitement avec la réalité historique puisque le récit nous propulse au VIe siècle avant Jésus-Christ, au coeur des royaumes celtes, civilisation alors à l’apogée de sa gloire.
Point de fantasy sans apports surnaturels, me direz-vous. Bien d’accord avec vous, vous répondrai-je. Rassurez-vous le surnaturel et bien présent dans ce roman, mais une fois encore l’auteur ne laisse rien au hasard et puise dans la mythologie celtique afin d’intégrer une part de fantastique à son récit. On devine sans peine l’énorme travail documentaire auquel Jean-Philippe Jaworski a dû se livrer dans le but de produire un tout parfaitement cohérent. On est dans un roman de fantasy certes, mais de la fantasy quasi historique… et on s’y croirait vraiment !
N’allez surtout pas croire que Jean-Philippe Jaworski mise tout sur la rigueur historique, je pense que j’aurais l’affaire rapidement si tel avait été le cas, il s’autorise aussi certaine liberté, notamment quand il s’agit de donner la parole à ses personnages. Le langage est alors résolument moderne et pour le moins fleuri… mais bon nous sommes en présence de guerriers, pas de politiciens véreux (pléonasme ?) adeptes de la langue de bois.
Le récit se fait à la première personne, c’est Bellovèse lui-même qui nous conte son périple initiatique. Selon la légende, Bellovèse et son frère, Ségovèse, seraient à l’origine de l’extension des royaumes celtes au-delà des frontières de la Gaule ; la véracité historique de cette légende n’est toutefois pas avérée. Pour rebondir sur ma remarque précédente, une carte en début d’ouvrage aurait été un plus afin de suivre au mieux le périple de Bellovèse.
Un récit que se joue de l’ordre chronologique, se permettant un long retour en arrière afin que l’on apprenne par quelle succession d’événements Bellovése s’est retrouvé « même pas mort ». Un récit découpé en trois longues parties, pour ma part j’avoue que j’aurai apprécié que chacune de ces parties soit elle-même découpée en chapitres (ça facilite la navigation quand on passe d’un support à l’autre). Un bémol minuscule de pure forme, mais je tenais à le dire.
Ce roman reste une belle découverte en offrant non seulement un univers fantasy original mais aussi une écriture éblouissante. Il me tarde de découvrir la suite du cycle…
Et puisque je mentionne la suite, il est temps pour moi de revenir sur la notion de trilogie qui n’en est pas une. Initialement le roman était prévu en trois volumes, chacun correspondant à une période phare du récit (Même Pas Mort est ainsi rattaché à l’enfance des personnages). Toutefois, face au grand nombre de pages du second opus, Chasse Royale, l’auteur a opté pour un découpage en trois tomes (deux sont d’ores et déjà disponibles), préférant privilégier la qualité narrative plutôt qu’un quelconque impératif éditorial. A l’heure d’aujourd’hui, bien malin celui qui pourra dire sous quelle forme se présentera l’ultime opus, La Jument Verte.

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Morceaux choisis

Qu’est-ce que la guerre ?
Laissons la parole à Bellovèse…

Qu’est-ce que la guerre ? Vos rhapsodes et nos bardes commettent la même erreur : ils ne chantent que les armes, les corps vigoureux, le tourbillon des mêlées, les larmes, les bûchers funéraires. Ils ne retiennent que l’anecdote. Entrer en guerre, c’est comme passer de l’autre côté. C’est gagner un monde voisin, familier et pourtant différent. C’est une pomme surie au milieu de fruits frais. C’est un univers bruissant de rumeurs, d’agitation et d’erreurs ; c’est l’émergence de fraternités factices et de haines irraisonnées. C’est un face à face avec des fantômes inconnus et fuyants. Des greniers abandonnés, des champs livrés aux herbes folles, la peur à chaque détour du chemin, parfois la mort sous la lance d’un ami, parfois la compassion dans le regard de l’ennemi. La guerre, c’est le désordre. C’est le mouvement.

Y’a pas à dire Tigernomagle, le roi des Lémovices, sait y faire pour haranguer les foules :

« La racaille, elle se croit forte ? Elle imagine qu’elle peut me la mettre bien profond ? On va leur montrer, à ces bâtards ! On va leur tomber sur la tronche ! On va leur casser les reins ! Ils veulent jouer à la guerre ? On va les défoncer ! Et quand ce sera fini, je suspendrai leur viande sur mes frontières ! Ils serviront de perchoirs à corbeaux ! »

Ca a quand même plus de gueule qu’un discours de Macron !

Suobnos, un vagabond qui ne manque pas de bon sens :

« Au monde, rien ne va de droit fil. Avez-vous déjà suivi un chemin qui vous mène tout droit à destination ? Avez-vous déjà descendu une rivière qui va se jeter tout droit dans la mer ? Avez-vous déjà vu la lune ou le soleil traverser tout droit le firmament ? Même les étoiles dansent de lentes farandoles. L’existence n’est qu’un immense canevas de lacets, de virages, d’embranchements et de méandres. Tout est capricieux et infléchi, et la vie entière est un entrelacs d’arabesques. Seuls les lances et les javelots sont droits…  Mais les lances et les javelots sont des instruments de mort. Eh bien, les histoires sont les reflets du monde, et une belle histoire gire et vagabonde. Il n’y a que les contes sinistres qui vont droit au but, comme un trait jeté pour tuer. »

 
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Publié par le 26 juin 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – Le Retour De Jules

D. Van Cauwelaert - Le retour de JulesChangement de registre au menu du jour, avec Le Retour De Jules de Didier Van Cauwelaert ; vous l’aurez deviné, il s’agit bien entendu de la suite de Jules. Une escapade bienvenue loin de la folie des hommes exposée dans les thrillers.
RIen ne va plus pour Jules. Zibal et Alice, ses maîtres, se sont séparés, le petit garçon épileptique sur lequel il veillait est guéri et, cerise sur le gâteau, le voilà menacé d’euthanasie pour comportement dangereux. Ils sont fous ces humains ! Zibal, Alice et Fred vont tout faire pour le tirer d’affaire, ils pourront heureusement compter sur de précieux soutiens… mais pas sur la collaboration de Jules, qui semble plus que jamais déterminé à n’en faire qu’à sa tête !
Avant d’entrer dans le vif du sujet je me permets un petit aparté concernant la couv’ du bouquin, et ceci s’applique aussi au premier opus : Jules est un labrador couleur sable, une race et une couleur de robe on ne peut plus courantes vous en conviendrez ; alors, fichtre diantre, pourquoi nous coller un braque de Weimar sur les couvertures ??? Ceci dit dans le présent roman on a bien un (ou plutôt une) braque qui tiendra compagnie (et plus si affinités) à notre brave Jules.
Ceux et celles qui ont lu Jules seront sans aucun doute ravis de le retrouver, mais est-ce pour autant qu’une suite s’imposait ? Je ne trancherai pas la question de façon binaire (oui/non) mais plutôt à la sauce normande : oui et non. Cette suite ne s’imposait pas, mais elle n’est pas non plus une aberration. Vous voilà bien avancés, n’est-il point ?
On prend bien évidemment un réel plaisir à retrouver Jules, Alice, Zibal et d’autres personnages déjà croisés dans le roman précédent (dont bien entendu l’incontournable Fred) ; on fait connaissance avec de nouveaux venus (notamment Marjorie et sa chienne, Victoire) avec le même plaisir.
De même que l’on suit l’intrigue sans vraiment se poser de question sur la vraisemblance (ou plus exactement l’invraisemblance) de certaines situations, en se simplement laissant guider sur les chemins (parfois tortueux) que l’auteur défriche pour nous.
MAIS… bin oui sinon ça ne serait pas marrant. Malgré quelques trouvailles sympathiques, l’ensemble manque cruellement de pep’s contrairement à son aîné. Plus d’une fois on a l’impression que les personnages sonnent creux, qu’ils ne font qu’office de faire-valoir au périple des chiens.
Dire que je me suis ennuyé en lisant ce bouquin serait mentir, je me le suis fait d’une traite en une demi-journée (bon OK, il ne fait que 176 pages dans sa version papier) ! J’ai apprécié cette lecture sans toutefois ressentir les émotions et l’énergie qui ont su faire vibrer les bonnes cordes alors que je lisais Jules. Un retour réussi, mais en demi-teinte.
Didier Van Cauwelaert en profite toutefois pour rendre un vibrant hommage à ces chiens qui aident les humains, qu’il s’agisse d’assistance aux épileptiques ou de lutte antiterroriste. Une bonne raison de plus pour s’offrir ce roman.

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Publié par le 30 mai 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Armelle Carbonel – Majestic Murder

A. Carbonel - Majestic MurderAmi(e)s lecteurs et lectrices, vous le savez, j’aime aller fouiner de temps à autre en dehors des offres des ténors de l’édition (Fleuve, Albin Michel, Robert Laffont…), il y a tant de pépites offertes par des éditeurs plus modestes et injustement méconnus (et je ne vous parle pas de l’auto-édition encore trop souvent mésestimée). C’est donc chez Fleur Sauvage que j’ai cueilli le bouquin que je viens d’achever, l’objet du délit s’appelle Majestic Murder et est signé Armelle Carbonel.
Lillian rêve de devenir actrice, mais en attendant elle vit une vie à la dérive entre les squats pourris et la drogue. Sa rencontre avec Seamus, qui vient d’intégrer le squat dans lequel elle végète, pourrait bien lui offrir une opportunité d’un nouveau départ ; surtout quand celui-ci lui parle d’une troupe itinérante qui recrute des comédiens. Direction le Majestic Theater pour un nouveau départ…
En matière de thriller (mais je suppose que cela est vrai aussi pour les autres genres littéraires), il y a les auteur(e)s qui suivent « simplement » les règles du genre (ce qui n’empêche pas d’arriver à un excellent bouquin au final), ceux et celles qui jouent avec ces règles et brouillent les cartes, et, enfin, ceux et celles qui réinterprètent totalement le genre. Armelle Carbonel appartient incontestablement à cette dernière catégorie.
J’avoue qu’en choisissant ce bouquin je ne m’aventurais pas en terrain totalement inconnu (du moins le pensais-je avant de le lire), avec son précédent roman, Criminal Loft, l’auteure m’avait fait forte impression malgré quelques imperfections mineures. Il me tardait donc de voir si l’essai serait transformé ou non…
Dès les premières pages force est de s’incliner devant l’audace d’Armelle Carbonel, une fois de plus elle prend ses lecteurs à contre-pied en restructurant le thriller à la façon d’une pièce de théâtre. Audacieux mais efficace, redoutablement efficace !
Comme dans Criminal Loft l’auteure situe son action en un lieu bien réel, le Majestic Theater de Saint-Louis (Missouri) est en effet un théâtre désaffecté depuis les années 60, inscrit depuis 1985 au registre des sites historiques nationaux (traduction littérale du National Register of Historic Places). De même le personnage de Peg Entwistle, que doit interpréter Lillian a lui aussi existé (un court passage dans le monde des vivants, elle se suicida à 24 ans). Mais n’oublions que nous sommes dans une fiction, l’auteure peut donc se permettre de prendre certaine liberté avec la réalité…
Si le bouquin peut surprendre par sa construction, ne vous y trompez pas, c’est bel et bien un thriller que vous tenez entre les mains ; l’intrigue se met en place lentement mais sûrement, tissant un écheveau que le lecteur aura bien du mal à démêler afin de comprendre qui manipule qui et à quelles fins.
Les personnages sont soignés, chacun ayant sa part d’ombre (et parfois de lumière, mais c’est plus rare). Outre Lillian et Seamus vous découvrirez rapidement que le Majestic renferme une faune pour le moins atypique.
Oh j’oubliais un détail qui a son importance, vous connaissez sans doute la chanson Hotel California des Eagles, peut être vous souvenez-vous alors des dernières phrases : « We are programmed to receive. You can check out any time you like, but you can never leave !« . Il en va de même au Majestic, une fois les portes refermées, elles ne se rouvriront que lors du baisser de rideau final. Et il s’en passe des vertes et des pas mûres derrière les murs du Majestic.
Alors, oserez-vous pousser les portes du Majestic ? Je ne saurai que trop vous encourager à le faire ; non seulement le bouquin le mérite largement, mais il est primordial de soutenir ces petites maisons d’édition qui essayent de percer loin des diktats imposés par leurs illustres aînés.

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Publié par le 29 mai 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Marc Levy – La Dernière Des Stanfield

M. Levy - La dernière des StanfieldChose promise, chose due, je ne pouvais pas passer à côté du cru 2017 façon Marc Levy, La Dernière Des Stanfield. Place donc à ma chronique et à mon verdict du classico littéraire 2017.
Eleanor-Rigby, résidente de la banlieue londonienne, reçoit une lettre anonyme lui révélant que sa mère, décédée l’an dernier, aurait pris part à un crime il y a plus de 30 ans. Si elle souhaite en savoir plus, elle doit se rendre à Baltimore. D’abord dubitative, la jeune femme finit par céder à la curiosité et s’envole pour les Etats-Unis…
Avec ce nouveau roman Marc Levy vous invite au voyage, non seulement dans l’espace (l’aventure débute à Londres, mais se poursuivra aux Etats-Unis, au Québec et même en France) mais aussi dans le temps de 1944 (au coeur de la résistance française en compagnie de Robert et Hanna) à nos jours (avec l’enquête de nos héros Eleanor-Rigby et Georges-Harrison) en passant par l’année 1980 qui scellera le destin de Sally-Ann (la mère d’Eleanor-Rigby) et de May (la mère de Georges-Harrison).
Difficile de résister à des compagnons de voyage tels que Eleanor-Rigby et Georges-Harrison (un double hommage aux Beatles au cas où cela aurait échappé à certains lecteurs). Nos deux héros vont devoir fouiner dans les secrets de familles et les non-dits afin de découvrir la vérité sur le passé de leurs mères.
Si elles réservent bien des surprises à leur progéniture, Sally-Ann et May offrent aux lecteurs deux fortes personnalités au parcours étonnant. J’avoue sans complexe que c’est en leur compagnie que j’ai passé les meilleurs moments de ce roman.
J’ai nettement moins adhéré aux personnages de Robert et Hanna, surtout après-guerre lorsque le nom des Stanfield est réhabilité sur la base d’un mensonge. C’est d’ailleurs ce mensonge qui sera la clé de voute de l’intrigue.
Les personnages secondaires ne sont pas non plus laissés pour compte, je pense notamment à la famille de Eleanor-Rigby, entre un père un peu loufoque, une soeur caractérielle et un frère jumeau légèrement autiste, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Que du bonheur !
L’intrigue est rondement menée par Marc Levy et fait mouche autant par sa construction que par sa narration, difficile de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Si vous espérez une enquête qui jouera avec vos nerfs et un suspense digne des maîtres du genre, alors passez votre chemin ; on devine les tenants et les aboutissants bien avant que les personnages ne les découvrent eux-mêmes. Pour ma part cela ne m’a pas empêché d’apprécier pleinement ce bouquin, en ouvrant un titre de Musso ou Levy je sais que je ne trouverai pas une ambiance à la Chattam ou Thilliez, et je m’en accommode fort bien.
Voici venu le temps, de l’île aux enfants… oups, je m’égare (et ça ne me rajeunit pas soit dit en passant). Voici venu le temps du verdict ; qui sera le grand vainqueur de ce classico 2017 ? Un choix difficile, car les deux auteurs ont placé la barre haut cette année ; pour la qualité » du travail sur les personnages, j’accorderai toutefois un léger avantage (et donc le titre) à Marc Levy.

MON VERDICT

 
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Publié par le 3 mai 2017 dans Bouquins

 

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