[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

AU MENU DU JOUR


Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Prophétie Des Abeilles

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie Des Abeilles
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Au cours d’une séance d’autohypnose, René Tolédano rencontre son homologue du futur. L’humanité est au bord de l’effondrement, son alter ego lui confie alors la lourde mission de changer le futur, précisant simplement que les réponses se trouvent dans un texte du XIe siècle, La Prophétie des Abeilles, écrit par le chevalier Salvin de Bienne.

Pour avancer dans sa quête, René Tolédano va devoir rencontrer celui qu’il était au XIe siècle avant de remonter la piste de cette fameuse prophétie dont personne, de nos jours, ne semble connaître l’existence…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur qui ne m’a jamais déçu à travers ses écrits… même si certains m’ont moins emballé que d’autres.

Après les fourmis et les chats, ce brave Bernard Werber se penche maintenant sur le cas des abeilles. J’étais forcément curieux sous quel angle il aborderait la question.

Ma Chronique

Contrairement à une idée reçue, Albert Einstein se souciait comme de sa première branlette des abeilles ; c’est donc à tort que l’on lui attribue l’affirmation que sans les abeilles, l’humanité n’aurait que quelques années à vivre. Ce n’est toutefois pas une raison pour rejeter en bloc cette idée ; en effet, on sait aujourd’hui que la disparition des abeilles (un phénomène qui s’observe depuis quelques années, pour diverses raisons) aurait de lourdes conséquences sur l’environnement et donc sur le devenir de l’humanité.

Si le grand Albert n’avait pas grand-chose à foutre de la question des abeilles (à sa décharge, il avait d’autres chats à fouetter), Bernard Werber s’est quant à lui penché sur la question pour construire l’intrigue de son nouveau roman. Dommage qu’en guise d’exergue, l’auteur reprenne cette citation indument attribuée à Einstein…

Les lecteurs les plus assidus de Bernard Werber retrouveront le personnage de René Toledano (déjà croisé dans La Boite De Pandore), qui maîtrise désormais parfaitement les techniques d’hypnose régressive (permettant de remonter les vies passées de l’hypnotisé) et travaillant sur une hypnose prospective (idem, pour les vies futures de l’hypnotisé).

D’emblée si vous êtes totalement réfractaire à l’hypnose, passez votre chemin, ce bouquin n’est définitivement pas fait pour vous. Ce n’est heureusement pas mon cas (il était déjà fortement question d’hypnose régressive dans La Boîte De Pandore).

Le moins que l’on puisse dire c’est que les perspectives ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices pour René Toledano ; dans les premiers chapitres, il va plutôt cumuler les tuiles et les imprévus.

J’en vois déjà qui font une moue sceptique, René Tolédano et hypnose régressive, ça a comme un parfum de déjà-vu, non ? Que nenni ami(e)s lecteurs et lectrices ! Bernard Werber vous propose bel et bien une intrigue 100% inédite, qui conduira René Toledano (et ses amis) à rencontrer ses moi antérieurs de la prise de Jérusalem en 1099 jusqu’à la chute de l’Ordre des Templiers (en 1312).

René Toledano ne sera pas seul pour traverser les nombreuses épreuves qui l’attendent, il pourra en effet compter sur le soutien de son ami Alexandre Langevin, féru d’Histoire et actuel président de la Sorbonne, et de la fille de ce-dernier, Mélissa, professeure d’Histoire dans cette même université.

Un périple qui leur fera voir du pays (Israël et Chypre) avant de rentrer en France pour l’ultime étape de la course à la prophétie !

Si l’intrigue reste intéressante à suivre, j’avoue que j’ai parfois été lassé par son aspect répétitif dans son déroulé : deux pas dans le passé, un pas dans le présent et bis repetita, encore et encore. Heureusement que la partie historique (même un peu revisitée) est bien ficelée, sinon je ne pense pas que j’aurai réussi à aller jusqu’au bout.

Dans le même ordre d’idée, les référence au MNEMOS de René Toledano sont beaucoup trop axée sur l’histoire des peuples d’Israël. Je n’ai aucune honte à avouer qu’au bout d’un moment je les ai survolés, ne m’attardant que sur les rares passages susceptibles d’apporter quelque chose à l’intrigue.

Le fait de faire interagir des personnages fictifs avec des personnages historiques n’est pas nouveau, mais Bernard Werber exploite plutôt bien le filon. On se prend aisément au jeu même si j’ai globalement trouvé la genèse de la prophétie un peu tirée par les cheveux.

Je ne m’attarderai pas sur le face à face final, opposant René Toledano et ses amis à leur adversaire… on est davantage dans la farce burlesque que dans la poussée d’adrénaline.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, mais j’ai connu Bernard Werber nettement plus inspiré ; sur ce coup il ne m’a clairement pas emballé. Heureusement l’auteur évite le naufrage grâce à la qualité de la narration, en parfait conteur, il parvient à garder le lecteur en haleine… mais pas suffisamment pour faire oublier les bémols évoqués précédemment.

MON VERDICT

En aparté

Les livres du programme de français qu’on lui imposait de lire ont failli le dégoûter de la lecture.

Ah que voilà une phrase qui trouve une résonnance toute particulière en moi.

Ce ne sont certainement pas les bouquins inscrits au programme scolaire des cours de français qui m’ont donné goût à la lecture… au contraire, à de rares exceptions près, ils auraient plutôt eu tendance à me faire considérer le livre comme un instrument de torture.

Il en va de même pour cette manie des profs de français qui veulent tout expliquer, analyser et décortiquer en oubliant l’essentiel. Lire un livre ce n’est pas comme disséquer une grenouille, il n’y a pas de méthode meilleure qu’une autre, parfois il vaut mieux se laisser porter par les mots et les émotions qu’ils génèrent… quitte à ne pouvoir les verbaliser ensuite.

Heureusement le goût de la lecture m’a été transmis par mes parents et mes grands-parents, c’est donc en prenant mes distances avec les titres imposés par le système scolaire, que j’ai appris à apprécier pleinement la lecture. Je ne saurai dire quels sont les premiers « vrais » livres que j’ai lus, adolescent, mes parents m’avaient abonné à un club du livre qui envoyait à ses membres deux titres par mois, c’est ainsi que j’ai découvert – et dévoré – des auteurs tels que Jack London (Croc Blanc, L’Appel De La Forêt), James Fenimore Cooper (Le Dernier Des Mohicans, La Prairie), Mark Twain (Tom Sawyer) mais aussi la Comtesse de Ségur (L’Auberge De L’Ange Gardien, Le Général Dourakine)… et bien d’autres !

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – L’Enfant Dormira Bientôt

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Titre : L’Enfant Dormira Bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour deux nouveau-nés sont enlevés dans deux maternité différentes. L’affaire est confiée à la commissaire divisionnaire Jeanne Muller et son équipe. La consigne du préfet est sans équivoque : il faut agir vite, retrouver le (ou les) coupable(s) et rendre les bébés à leurs parents… tout ça avant que la psychose ne s’installe.

Plus facile à dire qu’à faire quand la police ne dispose d’aucun indice et que rien ne semble relier les victimes. Rien ? À part le fait que les deux couples ont été candidats à l’adoption avant une grossesse inespérée ; ils sont passés par la fondation Ange, dirigée par Michel Béjart.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est François-Xavier Dillard, un auteur que j’ai découvert il y a peu mais dont les deux derniers titres m’avaient fait forte impression.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver la commissaire Jeanne Muller, un flic atypique rencontré dans le précédent roman de l’auteur : Prendre Un Enfant.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce nouveau roman, François-Xavier Dillard, place de nouveau l’enfant au cœur de son récit, qu’il s’agisse d’adoption, de maternité, d’infanticide (plus précisément de néonaticide) ou encore de la relation de l’enfant au(x) parent(s). Comme vous pouvez vous en douter, sous la plume de l’auteur, ce sont les aspects les plus noirs de ce vaste thème qui seront mis en avant. Ajoutez à cela une touche de culpabilité, un soupçon de rédemption et une pointe de vengeance afin d’épicer encore davantage le récit.

La scène d’ouverture donne tout de suite le ton. Elle est d’un réalisme à couper le souffle, la souffrance de l’homme qui découvre l’indicible est restituée avec une incroyable justesse. Un premier chapitre qui vous glacera les sangs et vous plongera dans l’horreur la plus abjecte qui soit.

Dans un premier temps l’intrigue se divise en plusieurs arcs narratifs distincts. Le premier suivra bien entendu l’enquête de Jeanne Muller et de son équipe autour de ce double enlèvement de nouveau-nés. Puis l’on va s’intéresser à Michel Béjart – l’homme du premier chapitre – qui cohabite tant bien que mal avec son fils, Hadrien, lourdement handicapé à la suite de l’accident de voiture survenu alors que sa mère prenait la fuite avec lui. Enfin on se pencher sur le cas d’une femme visiblement perturbée et en permanence sur le qui-vive – pas besoin d’avoir fait Normale sup pour comprendre qu’il s’agit de l’ex-épouse de Béjart et de l’auteure des enlèvements. Enfin, il y a Samia, une jeune femme que Jeanne Muller a sorti du cercle vicieux de la prostitution avant de la confier à un couple qui doit lui permettre de mieux se réintégrer… mais pas facile d’échapper à son passé.

De prime abord le fil rouge semble évident mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir brouiller les cartes et surprendre le lecteur avec quelques révélations totalement inattendues… et ce jusqu’au clap de fin. Je n’aurai qu’un conseil à vous donner si vous vous lancez dans ce bouquin, ne vous fiez pas aux apparences !

Si vous avez lu Prendre Un Enfant, le précédent roman de François-Xavier Dillard, vous connaissez déjà la commissaire Jeanne Muller et sa personnalité très marquée. Pour les autres, attendez-vous à faire connaissance avec un flic totalement atypique qui piétine allégrement les plates-bandes du politiquement correct et du bio-éco-bobo. Sa voiture, une Maserati Gran Turismo, pétaradante et fumante, a de quoi faire tourner de l’œil les braves gens qui ne jurent que par l’électrique ou l’hybride. Et ne lui parlez surtout pas de cigarette électronique, elle serait plutôt du genre à allumer sa clope au mégot de la précédente.

Je ne vous répéterai pas une fois de plus ma ritournelle affirmant que pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut des personnages crédibles et traités en profondeur (ah bin si, je viens de le faire). Le fait est que la mécanique imaginée par François-Xavier Dillard est implacable ; sa clé de voûte étant la relation amour / haine qui lie Michel et Hadrien.

On sort ébranlé (ne pas oublier le é… sinon ça ne fait pas le même effet) d’une telle lecture, d’autant que les ultimes révélations vos feront l’effet d’un coup de massue. L’une d’elle remettant même radicalement en cause la perception du lecteur vis-à-vis des acteurs du drame.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

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Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Magali Collet – Les Yeux D’Iris

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Titre : Les Yeux D’Iris
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Morgane a quitté la France pour se construire une nouvelle vie en Irlande après le suicide de sa sœur, Iris, laissant en plan son frère aîné, Fred, et leurs parents ravagés par le drame qui les a frappés de plein fouet.

Quand elle reçoit un SMS lui annonçant qu’il est temps d’honorer une ancienne promesse, elle revient dans la maison de famille, désormais tenue par Fred, sans la moindre hésitation. Lui aussi est lié par ce pacte surgi du passé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que leur catalogue est riche de belles découvertes.

Parce que j’étais passé à côté du précédent roman de Magali Collet, La Cave Aux Poupées, il convenait donc de réparer cette injustice en découvrant son nouveau bébé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Une fois n’est pas coutume je vais mentionner la quatrième de couv’ dans ma chronique, et c’est autour d’elle que s’articulera ma chronique :

Un meurtre et un suicide.
Trois hommes. Trois femmes.
Des retrouvailles.
Un pacte.
Tout se paye, même l’amitié.

Un meurtre : pas de surprise c’est sur cette scène que s’ouvre le bouquin.
Un suicide : celui d’Iris, la sœur de Morgane et Fred.
Pour être exhaustif il manque un troisième fait déclencheur, celui par lequel tout va s’enchaîner… mais je ne vous en dirai pas plus.

Trois hommes : par ordre d’apparition Fred, Bastien et Mickaël.

Fred est policier à Draguignan, après le suicide d’Iris et le départ de Morgane il s’est retrouvé seul avec ses parents abattus par la perte brutale de leur fille. Il a géré le quotidien tant bien que mal tout en composant avec son propre chagrin et sa culpabilité.

Bastien et Mickaël sont amis et collègues (plus exactement le second est le patron du premier). D’entrée de jeu je n’ai pas pu les blairer ces deux gugusses, Bastien pour des raisons évidentes (c’est un connard de beauf parvenu qui ne voit pas plus loin que son nombril, doublé d’un macho misogyne) ; pour Mickaël ça a été plus subtil (le mari et le père modèle, né d’une bonne famille il a consolidé la fortune familiale… trop propre pour être honnête). En plus ils partagent une même passion pour la chasse (non alimentaire je précise), ça n’aide pas à faire monter mon niveau d’empathie.

Trois femmes : par ordre d’apparition Morgane, Julie et Audrey.

De loin les personnages les plus complexes de l’intrigue, difficile de les cerner avec précision. Afin de garder intact le plaisir de la découverte je ne m’attarderai pas sur elles et leurs liens.

Après le suicide d’Iris, Morgane est partie vivre en Irlande pour s’éloigner d’une famille au bord du gouffre et essayer de se reconstruire malgré ses propres blessures. Avec son frère, ce sont les personnages les plus attachants (et les plus vrais) du bouquin.

Julie est la compagne de Bastien. Audrey est l’épouse de Mickaël, ils ont un fils de onze mois, Tom. A tour de rôle, elles souffleront le chaud et le froid, inspirant tantôt une réelle empathie, tantôt une totale aversion.

Des retrouvailles. Un pacte.  Magali Collet sait y faire pour faire durer le suspense quant au pourquoi de ces retrouvailles et la nature du pacte. Il faudra attendre le chapitre 11 pour que les choses commencent à se mettre en place et encore quelques chapitres pour avoir, en même temps que Morgane, toutes les cartes (et encore quelques questions et doutes) en main. C’est aussi à partir de ce moment-là que le rythme de l’intrigue passe à la vitesse supérieure, tout va s’accélérer jusqu’au dénouement et l’ultime retournement de situation (pas vraiment une surprise).

Sans prendre le risque d’en dire trop je dois reconnaître que dès que la jeune femme s’est engagée dans le souterrain j’ai deviné le drame qui allait se dérouler sous nos yeux. J’ai du mal à imaginer que la référence au film de Gaspar Noé, Irréversible (2002), soit le seul fruit du hasard… Même si Magali Collet ne nous épargne pas dans la description du calvaire que va subir « sa » victime, c’est moins insoutenable (mais tout aussi gerbant) que les 9 minutes du film de Gaspar Noé.

La construction du roman contribue à garder le lecteur dans le flou (pour la bonne cause) en alternant entre l’intrigue présente et les flashbacks ; une bonne façon pour l’auteure de distribuer les indices à son rythme

Avec ce roman Magali Collet signe un thriller psychologique totalement maîtrisé, porté, comme il se doit, par des personnages tirés au cordeau. Une intrigue qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, surtout si, comme moi, vous êtes sensible à la cause féminine (et allergique aux connards qui les bafoue allégrement).

Peut-être vous demandez vous d’où vient le titre du roman, pour le savoir il vous faudra le lire, tout ce que je peux vous dire c’est qu’il ne doit rien au hasard.

« Court mais intense », telle pourrait être la devise de l’équipe éditoriale des éditions Taurnada. Je parle bien entendu du choix des manuscrits qui intégreront leur catalogue (en privé « cela ne nous regarde pas », comme diraient les autres).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Mardi Soir, 19h

AU MENU DU JOUR


Titre : Mardi Soir, 19h
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2021
Origine : France
380 pages

De quoi ça cause ?

A l’approche de la trentaine, Elynn a l’impression de s’enliser dans sa vie. Entre sa vie de couple à l’état végétatif et son quotidien professionnel presque routinier, elle est convaincue de faire du sur-place.

Pour briser cette routine, elle s’inscrit à un cours de gym hebdomadaire… une occasion rêvée pour faire de nouvelles rencontres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier tout simplement. Ce gars à un talent fou pour vous donner une pêche d’enfer et activer vos zygomatiques. En ces temps de crise sanitaire, c’est le remède idéal !

Ma Chronique

Ah que voilà un rendez-vous annuel que je ne manquerai sous aucun prétexte. C’est toujours une joie de retrouver Gilles Legardinier… ou plus exactement son dernier roman. Une certitude de passer un agréable moment et d’oublier la morosité ambiante. Au risque de paraître un peu con (voire franchement niais), c’est le rayon de soleil qui fait éclater la chape nuageuse sur notre quotidien.

Promis je n’ai fumé ni consommé la moindre substance illicite… même pas encore commencé l’apéro. C’est juste mon état post-Legardinier.

Ce n’est certainement pas un hasard si, en cette période de crise sanitaire majeure, Gilles Legardinier a choisi la profession d’infirmière pour son personnage principal. Plus que jamais le personnel soignant mérite un hommage appuyé pour leurs efforts (et parfois même leurs sacrifices) ; ils se donnent sans compter pour soulager la souffrance des patients et de leurs proches. Un hommage amplement mérité doublé d’une piqûre de rappel sur la situation du milieu hospitalier en général… saigné à blanc par des réformes iniques !

Je vous rassure de suite l’auteur opte résolument pour un ton feel good pour son nouveau roman. Une fois encore il aborde des sujets sérieux avec une légèreté qui s’avère redoutablement efficace pour nous pousser – l’air de rien – à la réflexion. Et bien entendu il le fait en mettant en avant l’humain dans tout ce qu’il a de meilleur (on oublie parfois qu’il y a du bon dans l’humain… ça fait de mal de nous rappeler que tout espoir n’est pas perdu).

Au fil des pages il sera beaucoup question d’amitiés (oui au pluriel, la relation d’Elynn avec ses collègues de travail n’est pas la même que celle qu’elle a avec ses copines de gym) et d’amours (il n’y a pas qu’une forme d’amour… et encore moins un chemin tout tracé pour le trouver). Une fois de plus les relations humaines sont au cœur de l’intrigue, avec Elynn on s’interrogera, on doutera, on partagera sa peine… mais le plus souvent on sourira et plus si affinités (les zygomatiques sont mis à rude épreuve… attention aux regards étonnés ou méfiants si vous lisez dans un lieu public).

Elynn qualifie son lieu de travail (le service orthopédique d’un hôpital) de zoo, et force est de reconnaître que certaines rencontres seront tout sauf ordinaires ! Pour notre plus grand plaisir.

Elynn se sent seule (et la solitude est l’un des pivots du récit) mais elle est entourée de gens formidables, que ce soit à l’hôpital ou à ses cours de gym, elle peut compter sur des amitiés indéfectibles. Au fond elle le sait, même si sa nature la pousse d’abord à réparer les peines et les doutes des autres, avant de s’occuper de sa petite personne.

Une fois de plus l’effet feel good est immédiat… il ne vous quittera pas de la première à la dernière page du roman. Dommage que l’effet s’estompe avec le temps.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Sire – La Saignée

AU MENU DU JOUR


Titre : La Saignée
Auteur : Cédric Sire
Éditeur : Fayard
Parution : 2021
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, elle se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait  : à coups de poing.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette «  red room  » appelée  La Saignée,  diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade  : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Sire et que le pitch du présent roman attisait particulièrement ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman, Cédric Sire va fouiner dans les entrailles du Dark Net, pour y remonter ce qu’il peut y avoir de plus glauque puisqu’il s’agit d’une « red room », un site via lequel les utilisateurs – contre une généreuse contribution – peuvent assister en livestream à une séance de torture suivie d’une mise à mort de la victime.

Ces fameuses « red rooms » font un peu office de légende urbaine du Dark Net, tout le monde en a entendu parler, mais personne n’en a jamais vu. À se demander si elles existent vraiment ou si ce n’est qu’un mythe 2.0 (ce qui, soit dit en passant, ne serait pas plus mal… et surtout beaucoup plus rassurant).

L’intrigue se déroule selon deux arcs narratifs. Du côté on suit le parcours d’Estel Rochand, ex-flic virée suite à une bavure, elle s’est rabattue sur la sécurité. Après une mission qui tourne mal, elle démissionne malgré les menaces de son employeur. Alors qu’elle désespérait de trouver un nouveau job, un écrivain à succès et à la réputation sulfureuse, lui propose de l’embaucher comme garde du corps.

De l’autre côté Quentin Falconnier, un lieutenant de police spécialisé dans la traque des cybercriminels, se trouve confronté à ce qui semble être une véritable « red room » située en France. Il va tout mettre en œuvre pour neutraliser le site et identifier le bourreau. Une femme qui semble prendre un réel plaisir à exécuter les ordres des utilisateurs connectés.

Le fil rouge semble s’imposer comme une évidence… un peu trop évidente justement. Au fil des chapitres les indices s’accumulent en ce sens, mais j’ai refusé d’y croire. Refusé de croire que Cédric Sire aurait pu se laisser aller à une telle évidence, ce serait indigne de l’auteur qui a imaginé les personnages d’Eva Svarta et Alexandre Vauvert.

Estel et Quentin, deux personnages aux personnalités bien marquées, mais qui doivent aussi composer avec leurs propres démons… une cohabitation pas toujours évidente. Si ce sont eux qui portent l’intrigue, les personnages secondaires ne se contenteront pas de meubler le récit, loin s’en faut ! Les rôles des uns et des autres se préciseront au fil des chapitres, donnant parfois lieu à un total revirement de situation.

Une intrigue boostée à l’adrénaline qui ne laissera que peu d’occasions au lecteur de reprendre son souffle. Une intrigue à ne pas mettre entre toutes les mains, le ton est donné d’entrée de jeu dès la scène d’ouverture… âmes sensibles s’abstenir !

La violence et les effusions de sang ne sont pas gratuites, elles sont mises au service de l’intrigue. Si le rythme imposé est des plus soutenu, ça n’empêche pas le récit d’être hyper documenté afin de le rendre parfaitement crédible… tout en restant accessible aux profanes. Bref, une intrigue totalement maîtrisée qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

L’écriture de Cédric Sire nous plonge en totale immersion au cœur de l’intrigue, un style direct qui privilégie le rythme. Exactement ce qu’il faut pour faire de ce roman un thriller aussi captivant qu’addictif.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Les Eaux Noires

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Eaux Noires
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Joséfa est dévastée quand les eaux noires de la baie des naufragés rejettent le corps de sa fille, disparue depuis quelques jours. L’adolescente a été assassinée, mais l’enquête de police piétine.

Folle de rage et de chagrin, Joséfa va remuer ciel et terre pour que l’assassin de sa fille soit démasqué. Tant pis si pour cela il faut que les secrets des uns et des autres éclatent en plein jour…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Estelle Tharreau ; ses deux précédents romans m’ayant agréablement surpris je replonge volontiers dans son univers littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Difficile d’imaginer la douleur d’un parent qui perd son enfant, une douleur sans doute encore plus vive quand l’enfant a été assassiné et que l’assassin reste non identifié. Un point de départ qui fait écho à une actualité avec l’affaire Daval (je comprends la douleur des parents d’Alexia, mais leur appétit médiatique me débecte).

Une douleur qui a de quoi faire perdre pied à ceux et celles qui y sont confrontés, et c’est exactement ce qui arrive à Joséfa dans le roman d’Estelle Tharreau. Elle va voir en tout habitant de la baie des naufragés le (ou la) potentiel(le) assassin de sa fille, n’hésitant pas à lancer des accusations sans le moindre fondement ou des rumeurs inventées de toutes pièces.

Dans le même temps, elle va se refermer sur elle-même. Il n’en faut pas plus pour que ses voisins et les autres résidents commencent à la regarder avec méfiance, voire plus. Un comportement qui va aussi lui attirer les foudres des médias… foudres dont sa fille subira les dommages collatéraux.

Une situation qui va encore s’envenimer quand un mystérieux Corbeau se joint à la partie, révélant les secrets les plus sombres des uns et des autres. Une tension qui va arriver à son apogée quand les hordes de la bien-pensance joueront les justiciers populaires sur fond de lynchage public.

Estelle Tharreau décrit à la perfection cette implacable mécanique qui va se mettre en branle en déployant inexorablement ses forces destructrices. L’auteure retranscrit avec justesse les états psychologiques de ses personnages.

Si l’intrigue ne s’attarde guère sur l’aspect purement policier de l’affaire, elle opte pour une approche plus originale en faisant du déroulé (et du délitement) des évènements le déclencheur de la résolution de l’assassinat de l’adolescente.

Une fois de plus Estelle Tharreau prouve qu’elle maîtrise toutes les ficelles du thriller psychologiques et qu’elle les manie parfaitement quand il s’agit de jouer avec les certitudes (et accessoirement les nerfs) de ses lecteurs.

En tant que lecteur, j’ai eu du mal à me sentir proche des personnages. J’ai trouvé le comportement de Joséfa complétement déplacé, la douleur n’excuse pas tout (ça serait trop facile de se réfugier derrière la perte d’un être cher pour justifier la calomnie et la diffamation. Pour les autres personnages (les résidents de la baie essentiellement), l’auteure prenant un malin plaisir à jouer avec nos certitudes, il est difficile de se faire une opinion tranchée sans que ne subsiste une part de soupçon.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – L’Inconnue De La Seine

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Inconnue De La Seine
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Roxane Montchrestien, capitaine de police se retrouve mise au placard à la Brigade des Affaires Non Conventionnelles ; une brigade fantôme dont elle sera le seul élément, hormis une stagiaire embauchée par son prédécesseur.

À peine installée, Roxane se retrouve confrontée à une affaire hors norme. À quelques jours de Noël, une inconnue est repêchée nue et amnésique dans la Seine avant de disparaitre au cours de son transfert vers un établissement hospitalier.

Les résultats des analyses ADN sont formels, l’inconnue est Milena Bergmann, une célèbre pianiste allemande… décédée dans un crash aérien survenu un an plus tôt.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso, cela fait maintenant 10 ans que je le suis de façon inconditionnelle et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

Ma Chronique

Guillaume Musso a déjà largement démontré qu’il n’avait plus rien à prouver quant à sa maîtrise des règles du polar, des règles qu’il prend même plaisir à tordre et distordre au fil de ses romans afin qu’aucun ne ressemble aux précédents. Et c’est précisément à ce petit jeu qu’il se livre à l’occasion de ce nouvel opus.

Pour la petite histoire c’est le quatrième roman consécutif de l’auteur dont l’intrigue tourne autour ou implique un écrivain. Sans forcément décortiquer le processus créatif de l’écrivain, force est de constater que bien souvent les auteurs mis en scène par Guillaume Musso ont des personnalités complexes avec un côté obscur plus ou moins affirmé.

Cette fois l’auteur en question, Raphaël Batailley, va se retrouver bien malgré lui impliqué dans une intrigue qui dépasse l’entendement.

Il faut bien reconnaître que si l’affaire commence comme un fait divers assez banal (une nana sauvée de la noyade par la brigade fluviale), les choses vont rapidement se corser et prendre un tour totalement inattendu. À tel point que l’on en viendra même à se demander si Guillaume Musso n’aurait pas été aspiré dans la quatrième dimension pour nous livrer sa nouvelle intrigue. Que nenni ! Restons terre à terre et cartésiens… la réalité (littéraire) dépasse parfois les frontières de l’imaginaire, pour se révéler bien plus complexe et machiavélique que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Point de fantastique donc mais un polar pur et dur mené par Roxane Montchrestien, une policière mise au placard mais déterminée à rebondir bien que largement désabusée et désillusionnée par le métier de flic (il faut bien avouer que quand une foule de connards décérébrés gueule aux flics « SUICIDEZ VOUS ! », ça donne envie de sortir l’artillerie lourde et de tirer dans ce tas de merde). Une enquête qui va rapidement s’avérer addictive tant elle est riche en surprises et rebondissements.

Une intrigue chorale qui donnera aussi voix à Raphaël Batailley, un écrivain brillant torturé par un passé douloureux, qui va se retrouver bien malgré lui (même si, à l’insu de son plein gré, c’est lui qui a mis en branle cette mécanique infernale) entraîné dans une mise en scène perverse et implacable. Aura aussi voix au chapitre, son père, Marc Batailley, un flic qui a connu son heure de gloire au sein de la Crim’ marseillaise avant de se retrouver placardisé à la tête de cette fameuse Brigade des Affaires Non Conventionnelle, aujourd’hui dans le coma à la suite d’une mauvaise chute (?).

Même si le bouquin est prenant de bout en bout, il m’a laissé un amer sentiment d’inachevé quand je l’ai refermé.

Concernant le personnage de Roxanne, j’aurai aimé comprendre les raisons de cette soudaine mise au placard. De même elle semble faire état d’un événement survenu pendant son année d’hypokhâgne (1ère année de prépa à Normale sup section littéraire) qui aurait justifié ce brusque changement d’orientation professionnelle, mais le lecteur est condamné à rester dans l’ignorance.

Quid de la chute de Marc Batailley ? Son enquête personnelle était pas loin d’aboutir, de là à penser que sa chute ne serait pas si accidentelle que l’on veut bien nous le faire croire il n’y a qu’un pas. Rien de vient confirmer ou infirmer cette impression.

Dommage que le personnage de Valentine, qui apporte une touche de fraîcheur et de dynamisme au récit, n’ait pas été davantage mis en valeur.

Dernier bémol, et non des moindre, la fin, un peu trop ouverte à mon goût, me laisse sur ma faim. D’où le sentiment d’inachevé en refermant le bouquin.

Une intrigue maîtrisée avec des personnages forts mais qui manque de profondeur sur certains aspects… Dommage ça aurait pu être un gros WAOW ! Ce sera finalement un simple Hmouais, pas mal mais peut mieux faire.

Le point de départ de son intrigue – tout comme le titre de son roman – s’inspire d’une noyade qui serait survenue à la fin du XIXe siècle, l’employé de la morgue, subjugué par la beauté de la victime, aurait alors réalisé un moulage en plâtre de son visage. Ainsi naquit la légende de l’Inconnue de la Seine… où s’arrête la réalité, où commence la légende ? Nul ne le saura jamais.

MON VERDICT

 Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso depuis 2012

2021 : Marc Levy (Le Crépuscule Des Fauves)
2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était À Refaire)

Marc Levy : 5 – Guillaume Musso : 5
Égalité

[BOUQUINS] Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac & Guillo – Goldorak

AU MENU DU JOUR


Titre : Goldorak
Scénario : Xavier Dorison & Denis Bajram
Dessin : Denis Bajram, Brice Cossu & Alexis Sentenac
Couleur : Yoann Guillo
Éditeur : Kana
Parution : 2021
Origine : France
168 pages

De quoi ça cause ?

Dix ans se sont écoulés depuis que la Patrouille des Aigles a défait les forces de Véga et qu’Actarus, aux commandes de Goldorak, est retourné sur Euphor pour essayer de redonner vie à son monde d’origine.

Alors que l’humanité se croyait définitivement hors de portée de la menace de Véga, une soucoupe amirale extra-terrestre apparaît dans le ciel japonais et déploie le plus puissant golgoth de leur armada, l’Hydragon, sur Tokyo…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Goldorak tout simplement ! Le grand retour d’un héros devenu culte que l’on doit à cinq Français, fans de la première heure, avec la bénédiction du mangaka Go Nagai.

Ma Chronique

Si à l’origine Goldorak (Grendizer en VO) est un manga créé par Go Nagai en 1975, le public français le découvrira en 1978 dans l’émission Récré A2 animée par Dorothée (c’est d’ailleurs grâce à elle que la France s’ouvrira aux animes made in Japan et aux mangas).

Force est de reconnaître que l’arrivée de Goldorak sur nos petits écrans était une véritable révolution en soi, ce programme et d’autres proposés par Récré A2 puis par le Club Dorothée proposait du jamais vu en France. Je n’ai pas adhéré à tous leurs dessins animés, mais j’ai tout de suite accroché à Goldorak, et ultérieurement à Albator (1980) et à Ken le Survivant (1989).

Il fallait être sacrément couillu pour reprendre le flambeau plus de 40 ans après la fin de la série… et aussi sacrément fan et motivé pour qu’un tel projet (un peu dingue) obtienne l’adoubement du « père » de Goldorak, le mangaka Go Nagai. Un challenge relevé et remporté par cinq Français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais répondre à la question que vous vous posez peut-être : cette BD s’adresse-t-elle aux seuls fans de Goldorak ? Au risque de passer pour réducteur, je serai tenté de répondre par un oui franc ; c’est clairement la cible première qui va se jeter sur cette BD.

Sur la forme la BD est au format classique (lecture de gauche à droite, puis de haut en bas) plutôt que d’adopter une lecture façon manga (de droite à gauche, puis de haut en bas).

Les auteurs ont eu la bonne idée de proposer un résumé de la série avant de lancer leur propre intrigue. Intrigue sur laquelle je ne vais pas m’appesantir afin de garder intact le plaisir de la découverte. Je dirai simplement qu’elle reste fidèle à l’esprit imaginé par Go Nagai, sans pour autant faire dans le copier-coller basique. Un hommage réussi et brillant.

Une intrigue qui se situe donc dix années après la fin de la série. On retrouve avec plaisir nos personnages préférés ; à commencer par la fameuse Patrouille des Aigles (Actarus, Alcor, Venusia et Phenicia), le Professeur Procyon et les résidents du ranch du bouleau blanc (Rigel, Mizar et Banta).

Des personnages qui ont gagné en maturité, ainsi Alcor est un homme d’affaires à la tête d’une entreprise leader dans son secteur et Venusia est une brillante et prometteuse interne en chirurgie. Actarus n’est plus le héros fougueux qu’il était, marqué par des années de combat et l’échec de renaissance pour Euphor, il navigue entre questionnements, doutes et désillusions. La grande surprise vient de Rigel, dans l’anime il apportait une touche comique plus qu’autre chose, ici il est d’une grande sagesse et son l’expérience qu’il partagera avec Actarus offrira au prince d’Euphor une issue au conflit sans combats.

Du côté des forces de Véga, forcément on découvre une nouvelle unité, la Division Ruine. Si l’ultimatum de base reste 100% dans l’esprit Véga, la suite des événements réservera quelques surprises… sur lesquelles je ne m’attarderai pas. Une approche inédite de la problématique végalienne qui permet aux lecteurs de mieux comprendre (à défaut d’approuver) leur démarche.

Si le général Arkhen est plutôt modéré (pour un végalien), son lieutenant, Kehos, est lui animé par une haine farouche et une soif de vengeance à l’encontre d’Actarus.

Si cette BD (que l’on peut qualifier de roman graphique au vu de sa richesse) laisse une place de choix à l’action, elle brille surtout par la profondeur psychologique accordée aux personnages. Ce qui ne fait que confirmer mon impression, au risque de me répéter, que les auteurs s’adressent aux fans de la première heure de Goldorak, des enfants / adolescents, devenus des adultes qui ont (a priori) gagné en maturité.

Le dessin (trait et couleur) reste fidèle à l’original tout en étant résolument moderne, le résultat est tout simplement époustouflant !

Vous l’aurez compris, cette suite est une totale réussite. À la fois un hommage brillant et un second souffle audacieux totalement maîtrisé.

La BD est complétée par un making of d’une trentaine de pages, outre la genèse de ce projet un peu fou (et de longue haleine), les auteurs nous présentent les différentes étapes du processus créatif, du story-board à la page colorisée.

Une BD achetée en numérique (et commandée en version papier) qui m’aura donné bien du fil à retordre pour la lecture. Le fichier reçu est protégé par un chiffrage LCP et n’est lisible que via le logiciel Thorium. Logiciel gratuit certes, mais qui ne fonctionne qu’en version 64 bits alors que mon système est en 32 bits… Je vous passe les détails quant aux ruses de Sioux que j’ai dû employer afin de contourner le problème.

MON VERDICT