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Archives de Tag: Le Livre de Poche

[BOUQUINS] Sylvain Neuvel – L’Examen

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Titre : L’Examen
Auteur : Sylvain Neuvel
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2021
Origine : Canada (2019)
128 pages

De quoi ça cause ?

Grande Bretagne, dans un futur indéterminé. Pour devenir citoyen britannique les migrants et réfugiés doivent réussir un examen de citoyenneté composé de 25 questions.

Idir à fuit l’Iran avec sa femme et son fils, il exerce désormais comme dentiste à Londres et est parfaitement intégré au mode de vie occidental. C’est donc plutôt confiant qu’il se présente au centre d’examen. Mais rien ne l’avait préparé à ce qu’il va se produire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est le pitch qui, le premier, m’a attiré vers ce bouquin. J’étais aussi curieux de découvrir Sylvain Neuvel dans un autre registre (ce qui me rappelle au passage que je dois poursuivre la lecture de ses fameux Dossiers Thémis).

Ma Chronique

Avec L’Examen Sylvain Neuvel nous offre une dystopie plutôt glaçante, d’autant plus que l’on est en droit de penser que c’est un des futurs possibles pour nos sociétés occidentales qui veulent toujours tout contrôler au plus prés.

Un texte court, intense et sombre. Et pourtant tout commence comme un banal examen d’intégration sous la forme d’un QCM de 25 questions. Une session d’examen qui va rapidement virer au cauchemar pour Idir. Et qui jettera un froid sur le lecteur quand il découvrira ce qui se cache derrière les événements que subit Idir.

Franchement je ne suis pas contre le principe d’un examen de citoyenneté pour les demandeurs d’asile ; le Canada et de nombreux pays d’Europe du Nord le mettent déjà en pratique sans que personne ne s’en offusque. Bien entendu je parle là d’un véritable examen de citoyenneté, pas d’une mise à l’épreuve comme celle dont il est question dans le présent roman.

Les chapitres alternent entre le récit d’Idir (à la première personne) qui nous relate le cauchemar qu’il est en train de vivre – cauchemar qui semble s’enfoncer toujours plus loin dans l’horreur – et les « coulisses » du centre d’examen, là où des opérateurs tirent les ficelles du drame qu’ils sont en train de scénariser.

Compte tenu de la longueur du roman l’accent est surtout mis sur le personnage d’Idir – soit dit en passant il a le profil idéal pour devenir futur citoyen britannique –, force est de reconnaître que l’on n’a pas particulièrement envie de faire plus ample connaissance avec les autres acteurs de l’intrigue.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté à la longueur du récit et au rythme de l’intrigue, pas de fioritures, pas de bla-bla, pas de chichis… on va à l’essentiel et c’est très bien comme ça ! Avec tout ça, inutile de vous préciser que le bouquin se dévore d’une traite.

Un roman qui poussera le lecteur à la réflexion sur des thèmes tel que le libre arbitre, la manipulation (voire la destruction) psychologique, jusqu’où le système peut-il aller au nom de l’intérêt de la communauté ? La fin du roman laisse un arrière-goût de bile en bouche, mission accomplie haut la main pour Sylvain Neuvel.

Comme quoi ce n’est pas la taille qui compte ! Il vaut mieux savoir-faire court et efficace que long et soporifique…

Pour l’anecdote Sylvain Neuvel est né et vit au Québec, mais c’est en anglais qu’il écrit ses romans. Un choix curieux pour un habitant d’une province qui défend bec et ongles la langue française (même si celle-ci est en recul constant ces dernières années). Mais cela ne nous regarde pas…

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Stephen King – Élévation

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S. King - Elévation
Titre : Élévation
Auteur : Stephen King
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
160 pages

De quoi ça cause ?

Scott Carey perd inexorablement du poids sans que cela n’affecte son apparence physique. Il se confie à son ami Bob Ellis, médecin à la retraite, qui ne peut que constater l’impossible vérité.

Dans le même temps, Scott décide de partir en croisade contre les préjugés dont sont victimes ses voisines, un couple de lesbiennes qui vient d’ouvrir un restaurant. Préjugés qui menacent gravement l’avenir du restaurant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King, what else ?

Ma Chronique

Ce n’est pas la première fois que Stephen King confronte ses lecteurs à une perte de poids inexplicable ; c’est en effet en 1987 que le public français découvre le roman La Peau Sur Les Os signé Richard Bachman. Plus de trente ans plus tard, il remet ça avec Élévation ; un thème central identique, mais deux intrigues et deux approches radicalement différentes.

Avec ce court roman Stephen King nous livre un plaidoyer pour la tolérance et le respect des autres. Le leitmotiv, un peu illusoire malheureusement, pourrait être de faire de nos différences une richesse en balayant définitivement les préjugés et en s’ouvrant aux autres. Incontestablement Élévation il y a donc par la grandeur d’âme du message porté.

Stephen King aurait pu jouer sur la dimension dramatique de son intrigue en mettant l’accent sur la peur de son personnage face à un phénomène inexplicable et dont l’issue semble inévitable (plus il perd du poids, moins la gravité a de prise sur lui) ; trop facile ! C’est bien plus audacieux de faire fi de cet aspect dramatique en dotant Scott d’un optimisme à toute épreuve, il ne se résigne pas às son sort, il l’accepte et décide d’en tirer le meilleur.

Un pari osé qui fonctionne impeccablement, le lecteur obéit à la même dynamique et en vient aussi à faire abstraction du côté dramatique, on se laisse porter par l’optimisme contagieux de Scott.

Le King soigne autant ses personnages que son intrigue. Il nous offre quelques pages d’une incroyable richesse, un condensé d’émotions 100% positives.

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 avril 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS]Stephen King – Cookie Jar

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S. King - Cookie Jar

Titre : Cookie Jar
Auteur : Stephen King
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
33 pages

De quoi ça cause ?

Dale rend visite à son arrière-grand-père, Rhett Alderson, dans le cadre d’un devoir scolaire portant sur les différences entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui.

Mais Rhett va aller beaucoup plus loin dans les confidences, révélant à Dale un secret dont il n’a jamais parlé à personne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour continuer, je l’espère, de surfer sur la vague de félicité entamée avec Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Parce que je suis tombé un peu par hasard sur cette nouvelle en parcourant mon Stock à Lire Numérique (qui est pourtant classé avec une maniaquerie quasi obsessionnelle). Fichtre diantre, une nouvelle du King qui a échappé à ma vigilance !

Ma chronique

La nouvelle faisant une trentaine de pages la présente chronique sera donc relativement courte.

Après la jeune et sympathique Gwendy, changeons de génération pour faire connaissance du plus tout jeune (90 piges au compteur), mais tout aussi sympathique Rhett.

Rhett ? Peut être que ce prénom vous rappelle vaguement quelque chose… c’est normal et c’est un choix délibéré de Stephen King :

Son arrière-petit-fils l’appela d’abord « arrière-grand-papa », mais Barrett ne voulut pas en entendre parler.
« Ça me vieillit encore plus. Appelle-moi Rhett. C’est comme ça que faisait mon père. J’ai été Rhett avant qu’il n’y ait un Rhett Butler, tu te rends compte ? »
Dale demanda qui était Rhett Butler.
« Oublie ça. C’était un mauvais livre et un film très moyen. Parle-moi encore de ton projet.

Je ne me prononcerais pas sur la qualité du livre, n’ayant jamais lu Autant En Emporte Le Vent, concernant le film je rejoins volontiers l’avis de ce brave Rhett, c’est pas transcendant (et surtout ça a très mal vieilli).

Revenons à nous moutons et à nos cookies…

Comme Gwendy, Rhett à un secret, un pot à cookies (Cookie Jar chez nos amis anglophones… comme quoi le titre est vachement bien pensé) que je qualifierai à double tranchant ; avec un côté face plutôt pas mal et un côté face nettement plus glauque. Mais je ne vous en dirai pas plus…

Sur la forme rien à redire, c’est superbement écrit et ça se lit tout seul (une fois de plus je ne peux que m’incliner devant la qualité de la traduction de Michel Pagel).

Rhett va raconter sa jeunesse à Dale, avec notamment la traversée de la Seconde Guerre Mondiale durant laquelle il a combattu en Europe, participant au Débarquement de Normandie et par la suite à la libération des camps. Forcément un épisode qui a de quoi marquer à jamais les esprits même les plus endurcis.

Mais c’est aussi une histoire familiale, Rhett nous parle de ses parents et de ses frères ; l’occasion pour l’auteur de souligner l’importance de la famille dans notre vie de tous les jours (dit comme ça, ça peut paraître évident, mais dans les faits on a souvent tendance à oublier cette évidence).

Les choses se corsent quand Rhett en vient à évoquer le côté obscur de ce fameux pot à cookies, l’auteur nous ouvre les portes sur un potentiel horrifique des plus prometteurs… avant de les refermer presque aussitôt ! C’est un tantinet frustrant pour le lecteur qui peut légitimement se demander pourquoi avoir abordé la question de façon aussi superficielle.

Une lecture agréable, mais qui nous laisse un amer goût d’inachevé au moment de refermer le bouquin.

MON VERDICT

 
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Publié par le 27 septembre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Stephen King & Richard Chizmar – Gwendy Et La Boîte À Boutons

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S. King & R. Chizmar - Gwendy et la boîte à boutons

Titre : Gwendy Et La Boïte À Boutons
Auteur : Stephen King & Richard Chizmar
Éditeur : Le Livre De Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
160 pages

De quoi ça cause ?

1974. Gwendy a 12 ans quand un étrange bonhomme, M. Farris, lui offre une boîte à boutons encore plus étrange. À peine lui a-t-il vaguement expliqué le fonctionnement de la boîte, composée de deux manettes et huit boutons colorés, que l’homme disparaît sur une ultime mise en garde quant aux responsabilités qu’impose la possession de la boîte.

Dix ans durant la boîte à boutons accompagnera Gwendy et changera sa vie, pour le meilleur… et pour le pire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King, tant pis si ce n’est « qu’une » nouvelle, tant pis si elle est écrite à quatre mains, King is THE KING !

Parce que je ne voulais pas rester sur une déception (Sleeping Beauties) en attendant son prochain roman (The Outsider… pas encore de date annoncée pour une publication en français).

Ma chronique

Si vous me le lisez depuis déjà quelque temps vous savez sans doute que je ne suis pas un inconditionnel des nouvelles, mais force est de reconnaître que c’est un exercice dans lequel Stephen King excelle. C’est donc plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Est-il vraiment utile de présenter Stephen King ? Qui ne connaît pas le King ? Même sans être un inconditionnel du bonhomme vous en avez forcément entendu parler.

Par contre je suppose que le nom de Richard Chizmar ne vous dit rien, ne vous inquiétez pas c’est normal ; bien qu’il jouisse d’une notoriété certaine outre Atlantique, comme auteur (surtout nouvelliste) et éditeur, son travail n’a jamais été publié en français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, revenons un instant sur le prénom de notre héroïne ; Gwendy, ce n’est pas commun comme prénom. Laissons justement cette chère Gwendy nous en parler :

Mon père voulait m’appeler Gwendolyne – le prénom de sa grand-mère – et ma mère Wendy, comme dans Peter Pan. Alors ils ont transigé.

Quand on fait sa connaissance, en 1974, elle a douze ans et ne se sent pas très sure d’elle même, mal dans sa peau à cause d’un léger surpoids… bref une gamine ordinaire dans un monde tout aussi ordinaire (et impitoyable, surtout chez les adolescents).

Et v’là-t’y pas qu’un beau jour (ou peut être une nuit… Non Barbara, pas maintenant s’teup !) un bien étrange bonhomme affublé d’un chapeau melon noir lui confie une boîte à boutons tout aussi bizarre que son propriétaire. Mais attention il ne s’agit pas de n’importe quelle boîte, celle-ci est magique, grand est son pouvoir comme dirait ce brave Yoda.

Si vous connaissez un tantinet l’univers de Spiderman, vous n’êtes pas sans savoir qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Ce que M. Farris (notre étrange bonhomme chapeauté) explique à Gwendy en ces termes :

Prends soin de la boîte. Elle accorde des dons, mais ce n’est qu’une faible récompense des responsabilités qu’elle impose.

Nous allons donc accompagner Gwendy au fil des ans, un parcours relativement normal (sans doute un peu plus brillant que la moyenne) pour une jeune femme tout aussi normale. Découvrir ses amis, ses amours (ses emmerdes… Charles, non ! Quoique), ses parents… bref tout ce qui fait son quotidien.

Et la boîte me direz-vous ? Quelle est donc l’étendue de ses fameux pouvoirs magiques (en admettant qu’ils soient bien réels) ? Non rien de rien (je ne regrette rien… Edith ! P’tain, pas moyen de bosser tranquille) je ne vous en dirai rien de plus ; si vous voulez le savoir, vous n’avez qu’à lire le bouquin.

Encore faudrait-il savoir si ce bouquin vaut la peine d’être lu… Ma réponse est sans hésitation un grand OUI. Non seulement c’est bien écrit (et donc bien traduit pour nous, lecteurs francophones), mais en plus les auteurs nous content une belle histoire que vous dévorerez d’une traite.

Même le côté gentillet (sans aucune mièvrerie je ne vous rassure) de l’histoire ne m’a dérangé outre mesure, ça colle même plutôt bien avec l’ensemble des ambiances et émotions que l’on traverse au cours cette lecture.
Certes j’aurai aimé une approche plus horrifique et un peu moins aseptisée, mais dans ce cas c’est tout le récit qu’il aurait fallu repenser et visiblement ce n’est pas ce vers quoi les auteurs tendaient.

On pourrait aussi leur reprocher de ne pas avoir suffisamment exploité le côté obscur de la boîte à boutons, mais là encore ça n’aurait pas collé avec le personnage de Gwendy.

Au final cette nouvelle s’avère être une mise en bouche fort agréable et savoureuse en attendant de découvrir le prochain roman du King.

Cerise sur le gâteau (icing on the cake et non cherry on the cake chez nos amis anglo-saxons), le bouquin est joliment illustré par Keith Minnion et le gars a un joli coup de crayon !

MON VERDICT

 
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Publié par le 26 septembre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sylvain Neuvel – Le Sommeil Des Géants

AU MENU DU JOUR

S. Neuvel - Le sommeil des géants

Titre : Le Sommeil Des Géants
Série : Les Dossiers Thémis – Tome 1
Auteur : Sylvain Neuvel
Editeur : Le Livre de Poche
Parution : 2017
Origine : Canada (2016)
384 pages

De quoi ça cause ?

Attirée par une étrange lueur bleue, Rose Franklin, onze ans, chute dans un trou. En reprenant ses esprits, elle réalise qu’elle se trouve dans une immense main métallique parcourue de faisceaux lumineux.

Dix-sept ans plus tard, Rose Franklin est devenue une scientifique reconnue. On lui propose de diriger une équipe chargée de percer tous les secrets de cette mystérieuse main. Une mission qui leur réserve bien des surprises…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est Stelphique (à lire ici) qui, la première, m’a fait connaître ce bouquin avec un billet des plus élogieux. Ne le trouvant pas en numérique je suis passé à autre chose en attendant. Et un jour, au fil de mes errances, v’là t’y pas que je le croise chez mon fournisseur préféré… Il ne restait plus qu’à lui trouver une place de premier choix dans mon Stock à Lire Numérique.

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais commencer pas disséquer le bandeau (cette bande rouge avec une écriture blanche, sur laquelle les commerciaux écrivent tout et n’importe quoi pour attirer les curieux). En l’occurrence il est écrit « Captivant. Entre World War Z et Seul Sur Mars« .

World War Z ? Une histoire d’apocalypse zombie qui se décline sous la forme d’un rapport rédigé par un consultant de l’ONU. Rapport constitué d’extraits d’entretiens, de témoignages… Sur le fond rien à voir avec le présent bouquin, sur la forme par contre on retrouve un roman constitué essentiellement d’entretiens menés par un personnage dont on ne sait rien (et dont on ne saura jamais rien), çà et là d’autres supports viennent combler les blancs.

Seul Sur Mars ? L’histoire d’un mec « oublié » sur la planète Mars et qui doit se démerder pour assurer sa survie. Heu… Bin à l’heure d’aujourd’hui je cherche toujours un quelconque point commun entre le bouquin d’Andy Weir et celui de Sylvain Neuvel.

OK, vous me direz qu’un bandeau soit un tissu de conneries on a l’habitude. Mais ne fuyez pas ce roman à cause d’une stratégie marketing foireuse ; s’il y a bien un mot qui définit à la perfection mon ressenti après avoir refermé ce bouquin c’est tout simplement CAPTIVANT.

Honnêtement je pense que même si je n’avais jamais entendu parler de ce bouquin auparavant, et que l’auteur soit, pour moi, un parfait inconnu, il aurait retenu mon attention au fil de mes errances en librairie ou sur les différentes plateformes d’achat que je fréquente. Impossible en effet de résister à cette superbe couverture, et donc de se pencher sur la quatrième de couv’… et voilà, le tour aurait été joué, j’aurai été ferré !

M’est d’avis que les principales difficultés avec une narration indirecte (par entretiens interposés) se déclinent à la fois au niveau des personnages et de l’intrigue. Concernant les personnages, leur personnalité se définit ici non seulement au travers de leurs propres interventions, mais aussi par le biais du vécu et du ressenti des autres. Quant à l’intrigue, il faut réussir à capter en permanence l’attention du lecteur et donc assurer sa continuité et son rythme.

Sylvain Neuvel relève haut la main ces deux challenges.

Ses personnages ont une réelle profondeur et chacun une personnalité bien affirmée, l’auteur adapte ainsi sa narration à chacun. J’ai eu un faible pour Kara, sans doute pour son côté réfractaire à toute forme d’autorité (bien qu’elle soit militaire), mais aussi pour Vincent, un tantinet asocial et cynique. Même celui qui mène les entretiens nous devient sympathique, malgré une apparente froideur on sent qu’il fera tout son possible pour protéger son équipe.

Difficile de parler des personnages sans mentionner Thémis, comme dirait l’autre « Qui est-il ? D’où vient-il ? Formidable robot. Des temps nouveaux« . Sauf qu’en l’occurrence c’est « elle » (après le sexe des anges, découvrons le sexe des robots… tout un programme) et que la seule certitude que l’on ait à son sujet est qu’elle vient plutôt des « temps anciens » (Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… ça vous rappelle quelque chose ?).

Si l’intrigue peut paraître, de prime abord, relativement classique (la découverte d’un artefact extra-terrestre n’est pas vraiment une innovation dans le monde de la SF), elle n’en demeure pas moins soignée et maîtrisée. L’auteur vous propose un univers dans lequel la science-fiction, le thriller et même la géopolitique se côtoient et se mélangent. Non seulement le tout est cohérent, mais il devient très vite totalement addictif et ne manque ni de rythme, ni de surprises.

Comme son nom ne l’indique pas forcément, Le Sommeil Des Géants est le premier tome d’une trilogie (Les Dossiers Thémis). La mise en bouche est une totale réussite, j’ai adoré me plonger dans ce bouquin (impossible de le lâcher un fois que l’on a mis le nez dedans) et il me tarde de découvrir la suite. D’autant que le cliffhanger final vous laissera très certainement sur le cul !

MON VERDICT

 
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Publié par le 26 janvier 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Paul M. Marchand – J’Abandonne Aux Chiens L’Exploit De Nous Juger

P. Marchand - J'abandonne aux chiens...Un invité surprise au menu du jour, J’Abandonne Aux Chiens L’Exploit De Nous Juger de Paul M. Marchand, un roman/témoignage qui m’est tombé dessus presque par hasard, après lecture de la quatrième de couv’ (parce que la couv’ en elle même est très bof bof) je me suis dit « ma foi, pourquoi pas ? » Et voilà le résultat.
Sarah est née de père inconnu, elle a 17 ans quand elle rencontre l’inconnu en question, il s’appelle Benoît, il a 38 ans. Ils vont apprendre à se connaître… et à s’aimer. Pas comme père et fille, mais comme homme et femme. Un amour aussi passionné que dévastateur, un amour qui poussera Benoît au suicide…
La genèse même de ce livre mérite que l’on s’y attarde, Sarah (qui ne s’appelle pas Sarah) a rencontré l’auteur, Paul marchand, ancien reporter de guerre reconverti à la littérature après une blessure. Elle lui a raconté son histoire dans les moindres détails. Il lui a suggéré d’écrire son histoire. Elle lui a demandé de l’écrire pour elle. Et voilà… C’est bien entendu une version raccourcie de l’histoire que l’auteur nous raconte en introduction de ce témoignage.
Commençons par le commencement et le choix du titre, c’est Sarah qui le lui a soufflé en empruntant les mots de Jacques Brel dans sa chanson Orly : « Mais ces deux déchirés / Superbes de chagrin / Abandonnent aux chiens / L’exploit de les juger« . L’auteur y consacre d’ailleurs un long (et magnifique) paragraphe, confrontant Sarah, sa peine et son amour perdu à la chanson de Brel.
Sous la plume de Paul Marchand c’est Sarah qui nous raconte son histoire. Une histoire d’amour passionnelle et fusionnelle mais réprouvée par la «Morale», sabordée et souillée par un mot : «Inceste». Une histoire d’amour entre un père et sa fille qui n’ont jamais connu le moindre lien parental sinon celui de la génétique. Une histoire d’amour entre un homme et une femme, deux adultes consentants. Pour ma part, même si je reconnais volontiers que la situation est (heureusement) pour le moins inhabituelle, je n’ai nullement été choqué par la situation. Il faut dire que l’auteur sait y faire pour magnifier un sujet sensible qui aurait pu s’avérer véritablement casse gueule sous la plume d’un autre.
Mais Sarah nous crache aussi à la gueule sa colère. Colère contre Benoît qui a préféré fuir la réalité plutôt que de l’affronter avec elle. Colère aussi contre tous ces bien-pensants, gardiens de la morale judéo-chrétienne, qui les aurait jugé sans rien connaître d’eux. Mais aussi colère contre elle même, contre son esprit de provocation qui a peut être contribué au suicide de son amant : « L’avenir a tué Benoît, je l’ai déjà dit. Mais il ne fut pas seul à commettre ce crime. J’y pris ma part. J’ai beau raturer mes souvenirs, j’en ravive toujours les points de fracture qui ont dégénéré en un point mort… »
Enfin Sarah laisse la parole à Benoît, à travers la lettre qu’il lui a écrit avant de mettre fin à ses jours et qu’elle recevra après ses obsèques. Six pages pour qu’elle comprenne son geste… et le pardonne.
Un livre/témoignage qui ne devrait laisser personne indifférent, suscitant des réactions pouvant être aussi extrêmes que opposées. Il n’en reste pas moins que l’écriture est brillante, l’auteur ne fait pas dans le voyeurisme sordide qui aurait décrédibilisé cette confession par tiers interposé. Un texte court (un peu plus de 200 pages) mais intense. Choqué ? Non. Touché ? Oui. Mais je ne peux toutefois pas adhérer aux conclusions de Sarah : « Demain, un jour, peut-être dans mille, un père pourra aimer sa fille d’amour charnel sans qu’il soit besoin d’en mourir après… Dans mille jours, ou alors après-demain, une fille pourra devenir la maîtresse de son père sans avoir à se cacher ou à mentir. Bientôt les amours volontaires et partagées entre parents et enfants seront reconnues et même tolérées… Certainement, viendront des lois pour promouvoir leurs droits et mieux les protéger. »
Aujourd’hui en France la loi ne condamne pas les relations sexuelles père/fille ou mère/fils tant qu’elles se font entre adultes consentants (Article 222-31-1 du Code Pénal : Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur la personne d’un mineur par (1°) un ascendant ; (2°) un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce ; (3°) le conjoint, le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° et 2° ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une des personnes mentionnées aux mêmes 1° et 2°, s’il a sur le mineur une autorité de droit ou de fait.). Je ne pense pas qu’il soit utile, et encore moins judicieux, qu’une loi vienne protéger ce type de relation. Quant à leur acceptation morale, je ne pense pas que ce soit pour demain… Bien ou mal ? Je laisse tout un chacun en débattre avec sa propre conscience.

MON VERDICT
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Morceaux choisis :

Tous les deux nous avons essayé d’y échapper, en sachant au plus profond de nous-mêmes que ça finirait par arriver. Je n’ai jamais vu en lui un « père », uniquement un « géniteur » imprévu, c’est-à-dire un étranger, avec toutefois une vague familiarité. Toute la nuance est là. Et cet inconnu, que j’avais cherché et fini par retrouver, m’affolait depuis nos premières rencontres. Lorsque j’étais dans ses bras, j’étais ailleurs. Et j’étais bien dans cet ailleurs. Je faisais ce que je ressentais, et je le partageais avec un homme qui ressentait la même chose que moi. C’était aussi simple que cela…

Nous apprenions à nous connaître. C’était très ludique. Nos répliques avaient une séduisante indépendance, il n’y avait aucun embarras dans nos apartés. Nos liens de sang ne figuraient pas dans nos espérances. Il était bien trop tard. Pour lui comme pour moi. Irréconciliables par la force des choses et par nos destins éclatés, il nous paraissait artificiel de nous étendre là-dessus, perchés sur une ramification somme toute imposée, souvent subterfuge. Nous n’étions pas des équilibristes, encore moins des archéologues. Il ne s’agissait pas de combler le temps passé, mais de passer notre temps ensemble sans le combler de remords ou de reproches. Il nous était impossible de ressusciter, d’un simple coup de baguette magique, ce que nous ne connaissions pas. Nous avions fait, chacun de notre côté, le deuil des simagrées qui auraient pu travestir nos retrouvailles. Dans ce domaine nous étions bien du même sang…

Etait-ce une malfaçon, ce qu’on vivait ensemble ? Des nocturnes en plein jour, voilà ce que nous supportions. Nos belles effervescences voyaient en nous ce que d’autres yeux auraient déprécié. Un amour rare. Je savais que j’étais passée au-delà de la zone obscure qui s’étend à la périphérie du champ de pensée de chaque être, de son champ de vision également. Dans cet espace inhabituel et clos, de l’autre côté de l’entendement ordinaire, j’étais libre… Libre, et neuve aussi. Je foulais une planète méconnue, je me sentais pionnière. Attentive à ce qui battait sous ma poitrine. Et le contenu de ce cœur était si grand que mon corps en devenait tout étroit. Alors, je voulais hurler, pour partager ce trop-plein… J’avais une hémorragie à offrir. Et autant de vertiges à étouffer. Mais les mots réprimés, s’ils avaient été déclamés, nous auraient accablés comme l’aveu, fatalement, condamne le suspect. Je désirais être généreuse, par pur égoïsme. Car dans notre clandestinité obligée, je crevais…

Un mot de silence, de foudres, de désapprobation unanime. Un énoncé comme un opprobre, brut, qui fait frémir et qui dégoûte, son extension illimitée, sans aucune possibilité d’atténuation ou motif de débat. Un mot chargé jusqu’à la gueule de haines, d’êtres brisés, de cicatrices et de mémoires prisonnières. Un mot qui salissait notre amour en le diminuant ou en le dénaturant : Inceste.

« Pour tout le monde, je resterai le mec qui baise sa fille, et ça, jamais cela ne changera… »

C’est singulièrement difficile d’aimer… Et quand, après tant de rêves délaissés, se présente cet amour, il suffit de l’accueillir avant qu’il ne s’en aille éblouir ailleurs. S’il s’en va, l’existence, elle, demeure invivable. Pourquoi alors nous faut-il juger un amour quel qu’il soit ? Y en aurait-il de plus honorables, ou de mieux fondés ? Certains seraient-ils maudits avant même d’avoir pu s’épanouir ? Quels sont les critères avérés, qui les déterminent, les limitent ?

 
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Publié par le 2 décembre 2016 dans Bouquins

 

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