[BOUQUINS] Jonas Jonasson – Douce, Douce Vengeance

AU MENU DU JOUR


Titre : Douce, Douce Vengeance
Auteur : Jonas Jonasson
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2021
Origine : Suède
456 pages

De quoi ça cause ?

Kevin et Jenny ont tous les deux d’excellentes raisons d’en vouloir à Victor Alderheim. Quand ils se rencontrent par hasard c’est le coup de foudre ; aussi quand ils tombent, toujours par hasard, sur la société La Vengeance est douce, fondée et dirigée par Hugo Hamlin, ils sont sûrs d’être à la bonne adresse pour se venger d’Alderheim.

De son côté Hugo est loin d’imaginer qu’en acceptant d’aider Kevin et Jenny il s’engage dans une aventure riche en rebondissements. Quand Ole Mbatian, le père adoptif de Kevin, homme-médecine Masaï de son état, débarque en Suède, les choses vont encore davantage se compliquer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jonas Jonasson et que j’ai adoré ses quatre précédents romans. Du 100% feel good totalement assumé qui fait du bien par où ça passe.

Ma Chronique

Avec Gilles Legardinier, Jonas Jonasson fait partie des incontournables de la littérature feel good ; des bouquins qui, avant même que vous ne les ouvriez, sont l’assurance de passer un agréable moment, de se vider la tête tout en se musclant les zygomatiques.

Quand vous ouvrez un roman de Jonas Jonasson vous pouvez vous attendre à une galerie de personnages hors du commun. Et le moins que l’on puisse dire c’est que son dernier opus ne déroge pas à la règle.

Direction le Kenya pour commencer, plus précisément la vallée du Masai Mara, où vous apprendrez comment Ole Mbatian le Jeune succédera à son père et deviendra un homme médecine respecté bien au-delà de son village.

Retour en Suède pour faire connaissance avec Victor Svensson, un arriviste et un égoïste aux idées bien arrêtées (et un tantinet arriérées). Il a de grands projets pour lui – et pour la Suède – mais pour ça il va devoir se faire un nom. Se faire embaucher par Alderheim, un marchand d’art jouissant déjà d’une certaine réputation sur la place est une première marche qu’il gravira sans peine. L’étape suivante consiste à séduire et épouser la fille – un peu cruche – du marchand d’art afin de pouvoir légitimement se targuer d’un patronyme plus honorable que le quelconque Svensson.

Le plan de carrière et de vie tout tracé de Victor va être perturbé par un premier obstacle en la personne de Kevin, son fils illégitime et de surcroît noir ! Action, réaction. Problème réglé peu après les 18 ans du garçon… par un abandon pur et simple du rejeton basané au cœur de la savane du Kenya.

De retour en Suède, Victor peut enfin convoler en justes noces avec Jenny Alderheim. La chance lui sourit enfin, peu après les noces beau-papa est emporté par un cancer. inutile dès lors de s’encombrer d’une épouse dont il ne sait que faire. Le divorce est réglé en deux temps et trois mouvements en contrepartie d’une pension alimentaire ridiculement basse.

La voie royale s’ouvre enfin devant Victor Alderheim, plus rien ne saurait arrêter son inéluctable ascension. Bin oui, mais non… Kevin a eu la mauvaise idée de ne pas se faire bouffer par les lions, il a été et élevé dans la pure tradition masaï par Ole Mbatian. Sauf que l’ultime rituel de passage à l’âge adulte exige une circoncision… Kevin, tenant à l’intégrité de son appendice, s’enfuit et rentre en Suède. Où il va rencontrer – le monde est petit – Jenny, le coup de foudre est immédiat.

Et c’est ainsi que nos deux tourtereaux vont croiser le chemin de Hugo Hamlin, un brillant homme d’affaire à la tête d’une société spécialisée dans la vengeance. Heureuse coïncidence car Kevin et Jenny ont un vieux compte à régler avec Victor Alderheim. Hugo est loin de se douter qu’en acceptant ce contrat, il met le doigt dans un engrenage aussi infernal que burlesque… plus encore quand Ole Mbatian s’invite dans leur petite sauterie vengeresse !

N’allez pas croire que j’ai fondu une durite et que je vous raconte tout le bouquin… Ce n’est que le début d’une aventure aussi improbable que ses acteurs et il fallait bien que je fasse un topo du casting avant d’entrer dans le vif du sujet.

Casting qui serait incomplet si je faisais l’impasse sur Christian Calander, un inspecteur de police qui, à quelques jours de sa retraite, n’aspire qu’à se la couler douce. Jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’un certain Ole Mbatian.

Vous l’aurez compris, comme à son habitude Jonas Jonasson excelle dans l’absurde, son intrigue est totalement improbable et déjantée mais on se laisse entraîner sans se poser de question ; on sourit et l’on rit volontiers d’un humour potache totalement assumé.

Mais sous cette apparente légèreté se cache aussi une ode à l’art en général, et tout particulièrement à la peinture. À travers le personnage d’Irma Stern, une artiste sud-africaine bien réelle qui va se retrouver, bien malgré elle, mêlée à l’intrigue du roman de Jonas Jonasson.

L’auteur invite aussi le lecteur à réfléchir à la montée des extrêmes (qu’ils soient politiques ou religieux), à la différence et à la tolérance. Il le fait sans militantisme mais avec beaucoup d’humanité, et c’est, selon moi, la meilleure façon de faire passer ce genre de message.

Drôle et intelligent, ce roman tiendra toutes ses promesses… et plus encore !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jonas Jonasson – Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde

AU MENU DU JOUR

J. Jonasson - Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde

Titre : Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde
Auteur : Jonas Jonasson
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2018
Origine : Suède
504 pages

De quoi ça cause ?

Allan et Julius coulent des jours heureux, mais un peu trop tranquilles à leur goût, sur l’île de Bali.

À l’occasion du cent-unième anniversaire de son ami, Julius décide de lui offrir un vol en montgolfière. Les deux amis embarquent et, par un malheureux concours de circonstances, s’envolent à bord du ballon en oubliant d’embarquer le pilote (et accessoirement de régler la note de leur hôtel de luxe).

Ainsi débute une nouvelle odyssée qui mènera nos deux compères à la rencontre des grands de ce monde…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les romans de Jonas Jonasson font partie de ces rendez-vous feel good qui font du bien par où ils passent.

C’est aussi l’occasion de retrouver Allan Karlsson, Le Vieux Qui Ne Voulait Pas Fêter Son Anniversaire, pour un nouveau périple international qui s’annonce haut en couleur…

Ma chronique

Comme l’explique Jonas Jonasson dans sa préface, il n’avait pas prévu de lancer son Vieux dans de nouvelles aventures, mais avec des individus comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Kim Jong-un aux commandes de notre pauvre monde, un retour en force d’Allan Karlsson s’est imposé comme une évidence.

Du haut de ses 101 ans, Allan Karlsson a le don de se fourrer dans les pires pétrins et d’y entraîner ses complices du moment, tout comme il a le don pour foutre les deux pieds dans le plat dans les pires moments… Bref notre Monsieur Catastrophe suédois reste égal à lui même et ne perd pas une occasion de dire tout haut ce qu’il pense (surtout quand il s’agit de s’adresser aux grands de ce monde).

Un périple qui mènera notre vieux préféré de l’Indonésie à la Tanzanie, en passant notamment par la Corée du Nord et les États-Unis, pour le plus grand déplaisir de Kim Jong-un et de Donald Trump. L’occasion pour l’auteur de dézinguer ces deux fanfarons de la scène internationale, mais aussi de pointer du doigt le rôle d’agitateur de l’ombre de Vladimir Poutine.

Tous les grands de ce monde n’auront pas le droit à un portrait à charge (même si c’est là que c’est le plus marrant), ainsi Angela Merkel, apparaît comme une personne posée avec qui il est possible de discuter aimablement.

Si ça peut vous rassurer il n’y a pas que les grands de ce monde que Allan Karlsson parvient à horripiler au plus haut point, il s’attirera notamment les foudres d’un nazillon pas très futé, mais bien déterminé à lui faire la peau.

Heureusement (enfin, ça dépend pour qui) il fera aussi des rencontres plus amicales… Je serai tenté de dire que sa rencontre la plus marquante est aussi celle qui sera le moins à même de se plaindre : son iPad ! Cette tablette qui lui permet de suivre quasiment en temps réel les déboires de notre triste monde.

Jonas Jonasson reprend plus ou moins les mêmes ficelles qu’il avait précédemment éprouvées avec Le Vieux Qui Ne Voulait Pas Fêter Son Anniversaire ; si l’effet de surprise est moindre, le résultat est toujours agréable à lire. Vous allez rire et sourire en suivant le périple complètement loufoque de ce brave Allan Karlsson et de ses amis. Ça fait du bien aux zygomatiques, idéal pour se détendre et oublier, le temps d’une lecture, tous les petits (et gros) tracas du quotidien.

En refermant ce bouquin, la culture de l’asperge n’aura plus aucun secret pour vous… quoique, j’ai comme un léger doute sur la question.

Je serai tenté de dire rendez-vous pour le cent-deuxième anniversaire d’Allan, mais je suppose que son auteur préférera lui accorder un repos bien mérité afin de passer à autre chose…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jonas Jonasson – L’Assassin Qui Rêvait D’Une Place Au Paradis

J. Jonasson - L'assassin qui rêvait d'une place au paradisUne lecture façon Feel Good pour changer un peu de mes mondes de brutes sanguinaires. Une escapade en compagnie de Jonas Jonasson, un habitué de genre, et son dernier opus L’Assassin Qui Rêvait D’Une Place Au Paradis.
Dédè le Meurtrier, un assassin qui vient de purger 30 ans de prison, s’associe avec Per Persson, un standardiste fauché et plein de rancoeur, et Johanna Kjellander, une pasteure athée et défroquée, dans un entreprise de punitions corporelles. Tout se passe pour le mieux jusqu’à ce que le Dédé découvre la Bible et les vertus de la non violence…
Après un vieux râleur fugueur et une analphabète pour qui les chiffres n’ont aucun secret, Jonas Jonasson nous offre un assassin repenti pas vraiment futé et très porté sur le sang du Christ. Si vous avez lu les deux précédents roman de l’auteur vous savez d’ores et déjà que vous embarquez pour un voyage en absurdie où tout est possible… même (surtout serait un terme plus approprié) le plus improbable et le plus invraisemblable.
Le trio composé de Dédé, Per et Johanna fonctionne plutôt bien. D’une part du fait de l’incommensurable bêtise de l’assassin (mais ne le lui répétez pas, il pourrait mal le prendre), mais aussi et surtout grâce à l’absence totale de morale et de scrupules du réceptionniste et de la pasteure ! Ils ne connaissent aucune limite quand il s’agit de trouver des idées tordues pour se faire un max de fric en un minimum de temps et avec le moins d’efforts possibles… quitte à abuser de la niaiserie de leur complice.
Une lecture agréable mais sans plus d’enthousiasme que ça, je n’ai pas retrouvé le même plaisir que j’avais eu en lisant les deux précédents romans. Les sourires sont bien au rendez-vous mais ils sont discrets, ne vous attendez pas à rire aux larmes vous seriez déçus. Le récit est burlesque mais moins déjanté que les précédents, à force de vouloir en faire trop dans la redondance ça finit par lasser.
Un roman de 480 pages qui gagnerait à n’en faire que 400, par moments on a l’impression que l’auteur tire sur ses ficelles jusqu’à l’extrême limite du point de rupture. Point de rupture pour ma part mais quelques soupirs désabusés. Peut être que j’attendais trop de ce bouquin…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Fredrik Backman – Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour

F. Backman - Ma grand-mère vous passe le bonjourUn peu de légèreté pour reposer les neurones et apaiser les tensions. C’est exactement ce qu’il me faut en ce moment et je compte bien sur Fredrik Backman pour se faire, avec son dernier roman, Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour.
Elsa, 7 ans, presque 8, est une enfant solitaire qui partage une grande complicité avec sa grand-mère, prête à toutes les excentricités pour rendre sa petite fille heureuse. Juste avant que la vieille dame ne décède, vaincue par le cancer, elle propose à Elsa de participer à une chasse au trésor de son cru. A la recherche des indices éparpillés ça et là par sa grand-mère, Elsa va faire son deuil et en apprendre plus sur mamie… et ses voisins.
Avec ce second roman, Fredrik Backman ne fait que me conforter dans l’opinion que j’avais de lui : il est à la littérature suédoise ce que Gilles Legardinier est à la littérature française, un champion toute catégorie de la littérature feel good. Ses romans nous mettent du baume au coeur et jouent avec toute la gamme des émotions ; on passe du rire aux larmes. Heureusement on rit plus souvent qu’on ne verse une larmiche émue !
Bien qu’écrit à la troisième personne l’auteur nous fait vivre le récit à travers les mots et les émotions d’Elsa, je tiens à saluer le travail de Laurence Mennerich, la traductrice, l’effet est bluffant, une totale réussite !
Nul doute que cette petite Elsa restera longtemps dans votre tête, même après avoir refermé (à regrets) le bouquin. Une gamine de 7 ans, presque 8, d’une intelligence et d’une maturité remarquables pour son âge, solitaire car les enfants de son âge ne la comprennent pas (au contraire ils la prennent comme souffre douleur). Elle n’en finira pas de vous surprendre.
Puis il y a la fameuse mamie, comme on aurait aimé la connaître plus longtemps. Pour sa petite fille elle a inventé tout un univers de contes de fées… Une univers pourtant pas si fictionnel que cela comme le découvrira Elsa au cours de sa chasse au trésor ! Encore une brillante idée de l’auteur mais je n’en dirai pas plus afin de ne pas gâcher la surprise.
Les autres personnages sont les habitants de l’immeuble. Ulrica la maman d’Elsa, enceinte d’un futur petit frère ou d’une future petite soeur, la Moitié. George le beau-père que tout le monde apprécie sauf Elsa, sans être méchante avec lui elle joue la carte de l’indifférence. Chacun des voisins mériterait que j’en dise quelques mots mais là encore je préfère laisser intact le plaisir de la découverte pour les futurs lecteurs.
Un bouquin qu’il fait bon lire, qui vous redonne même foi en l’humanité. Un récit qui aborde des thèmes sérieux avec légèreté mais intelligence, sans une once de mièvrerie. Vivement que le roman suivant de l’auteur soit traduit en français ! D’autant que, au vu du titre, il n’est pas impossible que l’on retrouve un personnage déjà croisé dans ces pages.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Une citation qui s’applique particulièrement bien à la sombre actualité du moment : « C’est comme ça qu’on tient tête aux salauds qui nous disent ce qu’on a le foutu droit de faire ou pas. En foutant ce qu’on veut. »
Vous nous avez fait tanguer mais nous ne sombrerons pas. Vous mordrez la poussière avant nous ! Vous disparaîtrez avant nous !

[BOUQUINS] Fredrik Backman – Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove

F. Backman - Vieux, Râleur et SuicidaireIl est des titres qui s’imposent comme une évidence, allez savoir pourquoi ; en ouvrant mon catalogue France Loisirs je tombe sur Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove écrit par Fredrik Backman, comment voulez-vous que je puisse résister ? Tout m’interpelle danse ce bouquin, le titre, la couv’, le pitch…
Depuis la mort de sa femme et sa mise à la retraite, Ove ne trouve plus vraiment de sens à la vie. Quoi de plus normal dans ces cas-là que de vouloir se suicider ? Les plans morbides d’Ove seront toutefois contrariés par l’arrivée surprise dans sa vie d’un chat et de nouveaux voisins…
Vieux ? Je ne suis plus franchement de première main du haut de mes 46 piges. Râleur ? Ca me semble un état normal pour un vieil ours grincheux et asocial tel que moi. Suicidaire ? Heu non pas encore… à moins de considérer le Jack Daniel’s comme l’arme d’un crime pas encore commis (je ne saurai vous dire l’état d’avancement de la chose). Ajoutez à cela un auteur nordique qui s’écarte du polar (oui je sais que c ‘est un énooorme cliché). Je ne pouvais que craquer !
On pourrait ajouter au titre maniaque et routinier mais ça ferait peut être un peu long. J’ai tout de suite adoré le personnage d’Ove ainsi que son entourage dont il se passerait bien parfois (souvent). A l’instar d’un Gilles Legardinier, Fredrik Backman nous offre un bouquin qui met du baume au coeur et vous laisse avec un sourire béat une fois la dernière page tournée (à regret).
L’auteur ne nous invite pas seulement à découvrir le quotidien de Ove, au fil des pages c’est sa vie que l’on partage. Une vie vide de sens dès le moment où il perd son père et jusqu’à ce qu’il rencontre Sonja (qui deviendra sa femme), une vie encore plus vide lorsque celle-ci s’éteint trop tôt et jusqu’à sa rencontre avec le chat et ses voisins.
« Il était un homme en noir et blanc. Elle était les couleurs. Toutes les couleurs. »
« Si quelqu’un lui avait posé la question, il aurait répondu qu’il ne vivait pas avant elle. et après non plus. »
Indéniablement un livre plein de bonne humeur, mais aussi plein d’émotions. Je n’ai aucune honte à avouer qu’il m’a même tiré une larmiche de temps en temps. Mais il m’a surtout fait sourire et même rire.
Fredrik Backman nous vient de Suède et signe là son premier roman qui a fait un carton dans son pays d’origine, je lui souhaite le même succès, amplement mérité, dans la francophonie. Il a deux autres titres à son actif, non encore traduits à ce jour, s’ils sont du même acabit que celui-ci il me tarde de les découvrir !