[BOUQUINS] Gabriel Tallent – My Absolute Darling

AU MENU DU JOUR

G. Tallent - My Absolute Darling
Titre : My Absolute Darling
Auteur : Gabriel Tallent
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
453 pages

De quoi ça cause ?

Julia – Turtle – Alveston, 14 ans, vit seule avec son père Martin. Un père abusif qui ne sait ni l’aimer ni l’élever, comme devrait l’être une adolescente. Mais Turtle n’a connu que cette vie, et surtout elle n’a que lui à qui se rattacher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Encore un oublié de la rentrée littéraire 2018… Ce bouquin semble tellement déchaîner les passions qu’il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur la chose.

Ma Chronique

À en croire tout le battage autour de ce bouquin, il a été LE roman de l’année 2018, celui qu’il fallait avoir lu pour ne pas mourir idiot (j’exagère à peine). Je ne l’ai pas lu, je n’en suis pas mort (je ne me prononcerai pas sur mon niveau potentiel ou avéré d’idiotie) et pourtant j’ai voulu le faire maintes et maintes fois… avant de choisir un autre bouquin.

Forcément tout ce foin autour d’un bouquin ça intrigue, d’autant que globalement les retours de lecture sont très positifs ; alors voilà, à mon tour je me lance… et je partage mon ressenti.

Pour être tout à fait franc cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour, en effet, en parcourant les premiers chapitres le bouquin me tombait presque des mains tant le style était lourd et indigeste ; même en se mettant (difficilement) dans la peau d’une gamine de 14 ans socialement inadaptée… J’ai résisté à l’envie d’envoyer valdinguer le truc (je tiens trop à ma liseuse) et j’ai persévéré… et j’ai eu foutrement raison !

Je ne saurai dire si le style évolue au fil des pages ou si on finit par l’accepter et le trouver raccord au récit, le fait est que finalement la sauce prend et par la même occase nous en fout plein la gueule. Pour être tout à fait franc, le bouquin finit même par devenir totalement addictif.

Un bouquin noir de chez noir qui aborde des thèmes difficiles (pour ne pas dire tabou rapport à la relation incestueuse entre le père et sa fille) et qui place au centre de son intrigue un personnage pour le moins atypique.

Face à l’attitude de Turtle, qui ne semble porter qu’un regard méprisant, voire indifférent, sur les autres, et surtout trouve toujours des excuses à son père, on serait tenté de se détourner d’elle et de fermer la porte à toute forme d’empathie ; « Puisque c’est ce que tu veux, bouffe ta merde et démerde-toi ». Mais l’auteur sait y faire pour que cette gamine nous soit malgré tout sympathique, et surtout il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’a que 14 ans et se trouve confrontée à des situations extrêmes.

Il faut bien reconnaître que son père, Martin, est un sinistre con chez qui il n’y a strictement rien à récupérer, tout est à jeter et à brûler. Non qu’il soit un crétin congénital ou simplement un idiot, loin s’en faut, il serait même plutôt intelligent et cultivé. Sauf qu’il est incapable d’utiliser son savoir à bon escient, il use de sa culture pour inculquer à sa fille des préceptes déformés par sa propre vision des choses. Alors qu’un père devrait tirer son enfant vers le haut, Martin Alveston, prend un malin plaisir à rabaisser encore et encore sa fille. Et je ne vous parle pas des outrages divers et variés qu’il lui fait subir.

Le récit est dur, parfois à la limite du supportable, mais dans son écriture Gabriel Tallent ne fait preuve d’aucune complaisance envers cette noirceur qu’il distille, rien n’est gratuit, rien n’est laissé au hasard ; chaque mot, chaque phrase, est mis au service de son intrigue et de ses personnages.

On a envie que Turtle se sorte de cet enfer, à chaque fois qu’elle baisse les bras ou pardonne à son père on a envie de lui venir en aide et de lui ouvrir les yeux (voire parfois de lui gueuler dessus). Ce n’est pas le lecteur qui fournira à Turtle l’électrochoc dont elle avait besoin, mais plutôt une succession d’événements, dont la rencontre avec deux ados un peu barrés mais fort sympathiques, qui lui ouvrira les yeux et lui laissera entrevoir la possibilité d’un ailleurs et surtout d’un autrement…

Au risque de me laisser aller à la facilité et surtout de reprendre une phrase tant de fois répétée qu’elle en devient éculée, je ne peux que rejoindre les rangs des lecteurs convaincus et affirmer que Gabriel Tallent a bel et bien un incroyable talent. Pour un premier roman, l’auteur a choisi de s’engager directement sur la piste noire, un pari osé, mais remporté haut la main.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Glendon Swarthout – Le Tireur

G. Swarthout - Le TireurAu menu de cette chronique, une première pour moi : un western. En l’occurrence mon choix s’est porté sur Le Tireur de Glendon Swarthout.
El Paso, 1901. J.B. Books est le dernier des tireurs encore en vie, mais plus pour longtemps, un cancer le ronge inexorablement. Il décide alors de vivre ses derniers jours dans une tranquille pension de famille tenue par Mme Rogers, une veuve qui élève seule son fils, Gillom. Alors que Books n’aspire qu’à ce qu’on lui foute la paix, il devra pourtant composer avec les vautours qui chercheront à profiter de sa mort pour s’engraisser à son insu…
Publié en version originale en 1975, puis en français chez Gallimard la même année (sous le titre Une Gâchette), c’est sur l’édition/traduction Gallmeister parue en 2012 que j’ai jeté mon dévolu.
Comme je le disais en introduction de ce post, c’est la première fois que je lis un western… mais je sais d’ores et déjà que ce ne sera pas la dernière fois. Pas de vol à main armée, ni d’attaque de diligence, pas de méchants indiens non plus et pourtant je peux vous assurer que c’est un western pur jus que vous aurez entre les mains. Un western à la croisée de deux époques, la conquête de l’Ouest et ses héros appartiennent au passé tandis que le vingtième siècle et ses changements bouleversent peu à peu le quotidien de tout à chacun.
Le roman  est porté par son personnage principal, John Bernard Books. Un héros qui mène sa vie selon un principe des plus simples : « Je refuse qu’on porte la main sur moi. Je refuse qu’on me trompe. Je ne supporte pas d’être insulté. Je n’inflige rien de tout cela à autrui. J’attends la même chose des autres. » Certes il a expédié ad patres bon nombre de ses semblables mais jamais il n’a été à l’origine d’un affrontement. Ce qui ne l’empêche pas de ne pas trouver sa place dans ce nouveau monde qui se profile, Le shérif Thibido ne manquera d’ailleurs pas de le lui rappeler sans détours : « Où est votre place dans cette marche du progrès ? Nulle part. Votre place est au musée. Pour être plus précis, Books, vous appartenez à une autre époque, complètement révolue. »
Un homme bouffé par la maladie mais bel et bien décidé à rester droit dans ses bottes jusqu’à son dernier souffle. Ce n’est certainement pas lui qui s’adaptera aux autres mais bel et bien aux autres de s’adapter à lui ; à ce titre on assiste au fil des page à l’évolution de sa relation avec sa logeuse Mme Rogers. Un homme déterminé à partir comme il a vécu : la tête haute.
Concernant ladite logeuse, Madame Rogers, il ne faut pas se fier aux apparences, c’est un petit bout de femme au caractère bien trempé, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord. Dommage qu’elle traîne un boulet comme Gillom, son bon à rien de fils.
Un western profondément humain,servi par un roman court mais intense.

MON VERDICTjd4d

Pour la petite histoire le roman a été adapté pour le cinéma dès 1976 par Don Siegel sous le titre, Le Dernier Des Géants, avec dans le rôle de J.B. Books, John Wayne qui incarnera pour l’occasion son dernier grand rôle, un rôle qu’il est à même de comprendre dans toute sa splendeur, étant lui même atteint d’un cancer au moment du tournage.