[BOUQUINS] Patrice Guirao – Rivage Obscur

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Titre : Rivage Obscur
Série : Lilith Tereia – Livre 3
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

Chez elles, les journalistes Lilith et Maema tombent nez à nez avec un enfant tétanisé. Son poignet saigne. Apeuré et mutique, le jeune garçon finit par les conduire jusqu’à un squat isolé au fin fond d’une vallée. Elles y découvrent sous une bâche les cadavres mutilés d’un couple. Et un univers insoupçonnable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la troisième (et dernière ?) enquête de Lilith Tereia et de sa fidèle complice Maema. J’ai tout de suite été happé par l’univers « noir azur » de Patrice Guirao, il me tardait donc de découvrir ce qui attendait nos deux journalistes pleines de ressources.

Ma Chronique

Avec sa trilogie noire azure, Patrice Guirao vous invite à découvrir la Polynésie Française en allant au-delà des décors de cartes postales ; et il le fait fichtrement bien, même si le voyage n’est pas toujours de tout repos (et même souvent éprouvant). Prêt pour l’embarquement ? Suivez le guide.

C’est une réalité encore plus noire que nous découvrons avec ce troisième opus puisque l’épidémie de Covid est passé par là et n’a pas épargné la Polynésie. Sur une population totale de 281 000 habitants, 72 678 cas positifs ont été signalés et 648 décès.

C’est d’ailleurs cette même pandémie qui fait que le présent roman, initialement annoncé pour 2021, a été publié avec un an de retard. Entre temps le titre aussi a changé, Tiaré Noir est devenu Rivage Obscur.

Après une escale mouvementée aux Tuamotu (Les Disparus De Pukatapu), Lilith et Maema sont de retour à Tahiti. Alors qu’elles profitent du bord de mer chez Maema, un bruit venant de l’intérieur du faré les tire de leur causerie. À l’intérieur, elles se retrouvent nez à nez avec un jeune garçon, blessé à une main. Une rencontre qui les plongera au cœur de la face la plus sombre de la Polynésie.

Même si ce roman peut se lire indépendamment des précédents, je ne saurai que vous conseiller de les lire dans l’ordre. D’une part c’est la meilleure façon d’aborder les personnages, mais c’est aussi et surtout l’unique façon de comprendre pleinement l’impact du Covid sur la vie de l’archipel.

Chères lectrices du Bûcher De Moorea (le premier opus de la trilogie), j’ai une bonne nouvelle pour vous. Le beau Kae est de retour sur le devant de la scène… dans la limite de l’espace que veulent bien lui laisser Lilith et Maema.

Chaque roman de cette série est l’occasion de découvrir de nouvelles problématiques polynésiennes, des problématiques souvent ignorées des non-résidents pourtant bien réelles. Comme partout la crise sanitaire a eu de lourdes conséquences économiques, avec des fermetures d’entreprises, des pertes d’emploi et donc une précarité galopante. Crise économique étant elle-même facteur d’insécurité et offrant un terrain propice à l’expansion de trafics en tout genre (argent facile pour les uns, palliatif – illusoire – à la misère pour les autres), dont celui de l’ice.

Fidèle à son habitude Patrice Guirao pointe aussi du doigt les méfaits de la décolonisation. Je ne dis pas que tout est faux (loin de là), mais il est un peu facile de faire l’impasse sur les nombreux points positifs apportés par la France dans ses colonies du Pacifique. Désolé, mais le coup du « c’était mieux avant » ne prend pas avec moi, sans doute le fait que je vive en Nouvelle-Calédonie n’est pas totalement étranger à cette prise de position.

Au niveau des nouvelles rencontres que vous réserve ce roman, nul doute que vous ne résisterez pas longtemps à l’effronterie et à l’assurance du jeune Toi ; un mélange de force et de fragilité qui vous va droit au cœur.

Une fois de plus j’ai été totalement embarqué par ce voyage au cœur de la dure réalité polynésienne ; même si j’ai trouvé l’intrigue un tantinet en deçà des précédentes, on reste dans très bon niveau.

Je suis bien conscient que le principe fondateur d’une trilogie est de se décliner en trois volets, mais j’aimerai sincèrement qu’un quatrième tome vienne consolider le final. Ce serait dommage de quitter Lilith et Maema dans la situation laissée à la fin du présent roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rydahl & Kazinski – La Mort D’Une Sirène

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Rydahl & Kazinski - La Mort d'une Sirène
Titre : La Mort D’Une Sirène
Auteur : Thomas Rydahl & A.J. Kazinski
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : Danemark (2019)
560 pages

De quoi ça cause ?

Septembre 1834. Copenhague.

Anna, une jeune prostituée, est retrouvée morte, atrocement mutilée. La sœur de la victime, Molly, accuse Hans Christian Andersen, un jeune auteur et client régulier de Anna. Ni une ni deux, la police arrête ce coupable tout désigné et l’emprisonne dans l’attente de son exécution.

Faisant jouer ses relations Hans Christian Andersen obtient un sursis de trois jours. Trois jours pendant lesquels il sera libre (avec interdiction de quitter la ville). Trois jours pour identifier le(s) vrai(s) coupable(s) et le(s) livrer à la police.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que le pitch avait tout pour titiller ma curiosité. Plutôt audacieux de faire de Hans Christian Andersen, essentiellement connu pour ses contes, le héros d’un thriller historique qui s’annonce glauque à souhait.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Un peu d’Histoire pour commencer. Avant d’écrire des contes pour enfants, H.C. Andersen s’est essayé à la dramaturgie, sans toutefois obtenir la reconnaissance du public et de ses pairs ; au mieux ses pièces étaient descendues en flèche, au pire elles étaient moquées. Ses autres écrits, notamment ses récits de voyage, connaissent un succès relatif. C’est à son retour d’Italie, en 1834, que Andersen va se résoudre (résigner ?) à écrire des contes pour enfants. Contes qui aujourd’hui encore sont racontés aux enfants d’ici et d’ailleurs, tout le monde connaît La Petite Sirène, La Petite Fille Aux Allumettes ou encore Le Vilain Petit Canard (il nous ferait pas une fixette sur tout ce qui est petit le gars ? On ne lui a jamais expliqué que la taille ne compte pas.).

De 1825 à 1875 H.C. Andersen a tenu régulièrement un journal intime, hormis sur une période 18 mois qui démarre à son retour d’Italie. Et c’est précisément parce qu’on ne sait rien de la vie privée d’Andersen au cours de cette période que les auteurs Thomas Rydahl et A.J. Kazinski vont en faire le personnage central de leur roman et l’impliquer dans une affaire glauque à souhait qui démarre par le meurtre sauvage d’une prostituée.

Un roman écrit à quatre mains ? Contrairement aux apparences ce n’est pas le cas, il s’agirait plutôt d’un roman écrit à six mains, A.J. Kazinski étant déjà un nom de plume utilisé par les auteurs Anders R. Klarlund et Jacob Weinreich pour publier leurs romans (un diptyque autour des personnages de Niels Bentzon et Hannah Lund). Pour info, le duo publie aussi sous le nom de plume d’Anna Ekberg.

Bon bin après toutes ces digressions, il serait peut-être temps d’entrer dans le vif du sujet et vous parler de La Mort D’Une Sirène.

Comme le disait fort justement ce brave Willy : « Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark » (Hamlet – W. Shakespeare). C’est en tout une triste réalité en 1834, alors que la population doit se battre contre la misère, la faim et la maladie, la noblesse se vautre dans le luxe et multiplie les frasques en tout genre. La colère gronde, mais sous le manteau uniquement, critiquer la famille royale vous mènera tout droit en prison… ou à la mort.

La première chose qui frappe dans ce roman est la qualité des descriptions de la Copenhague du XIXe siècle, c’est vrai pour la ville elle-même mais aussi et surtout pour les conditions de vie. On est en totale immersion dans une ville où règne la crasse et la puanteur, non seulement on visualise parfaitement les scènes décrites mais on a aussi l’impression de les sentir. S’en est saisissant au point d’avoir envie de se laver à chaque fois que l’on referme le bouquin ; il faut dire aussi que les auteurs ne ménagent pas ce brave Andersen, question odeurs ils vont le plonger dans le grand bain !

Vous vous doutez bien que les auteurs n’ont pas transformé le célèbre conteur en un super-enquêteur sans peurs et sans reproches. Le gars serait plutôt du genre à douter de tout (à commencer de lui-même) et un tantinet maladroit (aussi bien en paroles qu’en actions).

Heureusement il pourra compter sur l’aide de Molly, la sœur de la victime, elle aussi prostituée. Du fait du milieu dans lequel elle évolue elle a appris à faire face à toutes les situations (ou presque), c’est pour elle une question de survie.

Les auteurs brossent des portraits réalistes et crédibles de leurs personnages, rien n’est laissé au hasard pour leur donner une réelle personnalité. Et ça fonctionne à la perfection.

L’intrigue est elle aussi totalement maîtrisée, les multiples rebondissements sauront tenir le lecteur en haleine. Rydahl et Kazinski savent incontestablement y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs et l’adrénaline du lecteur. Sa principale force réside toutefois dans son originalité et sa crédibilité.

Les auteurs vont même jusqu’à imaginer que c’est précisément de cet épisode de la vie d’Andersen qu’est né le conte La petite Sirène. Ça peut paraître un peu fou mais si vous le relisez (oubliez la version Disney qui, comme souvent, propose une relecture aseptisée et optimiste du conte original) vous constaterez que finalement ça se tient.

Un roman noir et glauque qui ne dépareille pas dans la collection La Bête Noire, une collection riche en pépites qui n’en finit pas de surprendre (et donc de combler) ses lecteurs.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Katerina Autet – La Chute De La Maison Whyte

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K. Autet - La Chute de la Maison Whyte
Titre : La Chute De La Maison Whyte
Auteur : Katerina Autet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
312 pages

De quoi ça cause ?

Rien ne va plus pour la prestigieuse et respectée famille Whyte. Le patriarche est assassiné selon une macabre mise en scène et c’est son propre fils, Skip que la police soupçonne. Pour assurer sa défense, Skip Whyte fait appel à son ami d’enfance, Zach Damon, avocat à New York spécialisé dans l’art.

Dans le même temps, Edith, l’aînée des enfants Whyte, publie un livre dans lequel elle révèle d’encombrants secrets de famille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection la Bête Noire, une raison qui se suffirait à elle seule pour me donner envie de découvrir ce roman. Cerise sur le gâteau, le roman de Katerina Autet a remporté l’édition 2020 du Grand Prix des Enquêteurs.

Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Katerina Autet, auteure d’origine russe, mais française d’adoption, opte pour une approche plutôt classique façon whodunit avec un meurtre, un suspect tout désigné et un vrai coupable à identifier. Mais classique ne rime pas pour autant avec banal ou sans intérêt, loin s’en faut !

C’est aux États-Unis que l’auteure décide de situer son intrigue. Si le meurtre de William Whyte a eu lieu dans son cottage de Cape Cod (région très prisée par la richissime élite de Boston et New York dont les résidences rivalisent de faste), c’est surtout à Boston et ses environs que Zach sera amené à rencontrer et interroger ses interlocuteurs. Une région que l’auteure connait bien pour y avoir vécu plusieurs années.

La narration donne la parole au héros du roman, Zach Damon, un jeune avocat de New York spécialisé dans l’art, que son ami d’enfance, Skip Whyte, va contacter afin qu’il assure sa défense face à une accusation de meurtre. Bien que n’ayant aucune expérience de pénaliste, il va accepter cette délicate mission.

Mission qui le poussera à fouiner dans le passé de la famille Whyte, famille qu’il considère un peu comme la sienne malgré leurs nombreuses différences. Et plus son enquête va progresser, plus les sombres secrets du patriarche vont refaire surface.

Un héros au demeurant fort sympathique, des secrets de familles qui viennent éclabousser la respectabilité apparente de ladite famille et une fratrie (Edith, Caroline et Skip) malgré tout attachante ; le cadre est alléchant et sera à la hauteur de nos attentes.

Bien entendu pour que la mélodie se déroule sans fausse note, il faut que l’auteure alimente son intrigue de nombreux rebondissements, et surtout qu’ils soient crédibles. Katerina Autet nous offre un véritable festival de surprises et revirements de situation, jusqu’au bout elle entretiendra le mystère et nous fera douter de tout et de tous.

Si les personnages principaux (Zach et les 3 enfants Whyte) sont traités avec beaucoup de soins par l’auteure, elle ne laisse pas pour autant en plan ses personnages secondaires. Mention spéciale au capitaine Stone Dennis, le flic chargé de l’enquête, bourru à souhait tendance soupe au lait, mais très professionnel.

Les chapitres consacrés à l’enquête de Zach sont courts histoire d’aller à l’essentiel et de maintenir le rythme. Çà et là quelques extraits du livre d’Edith Whyte viennent ternir un peu plus l’image de William Whyte ; l’image d’Épinal du vénérable patriarche qui veille sur sa tribu prend méchamment du plomb dans l’aile.

Si le roman ne révolutionne clairement pas le genre, il s’en sort honorablement en proposant un mix agréable de tous les ingrédients qui font un bon roman policier. Le contrat est rempli, le lecteur est satisfait même s’il sait que dans quelques semaines il aura tout oublié des frasques de la famille Whyte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Elizabeth Kay – Sept Mensonges

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E. Kay - Sept Mensonges

Titre : Sept Mensonges
Auteur : Elizabeth Kay
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : Angleterre
400 pages

De quoi ça cause ?

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, en espérant que ce roman me fera oublier la déception que fut la lecture de La Seconde Épouse de Rebecca Fleet.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman, Elizabeth Kay (à ne pas confondre avec l’auteure homonyme de la trilogie jeunesse The Divide) joue la carte du thriller psychologique et prend pour toile de fond de son intrigue, une histoire d’amitié entre deux femmes, Jane et Marnie.

Le récit est la première personne, Jane raconte l’histoire de sa relation avec Marnie à un(e) confident(e) non identifié(e). Une relation construite autour de sept mensonges proférés par Jane, mensonges qui constituent les sept premiers chapitres du roman (à ce stade je tiens à féliciter les éditions Robert Laffont pour le visuel particulièrement bien travaillé de l’édition papier du roman).

Au fil des chapitres je me suis posé beaucoup de questions sur l’identité de l’interlocuteur (ou interlocutrice) de Jane, puis l’évidence s’est imposé quelques pages avant que l’auteure ne lève le voile à son tour. Je ne m’étendrais pas davantage sur la question afin d’éviter tout risque de spoiler malvenu.

Jane et Marnie se connaissent depuis l’enfance et leur amitié est littéralement fusionnelle. Mais Jane est un tantinet jalouse et possessive, de fait elle ne voit pas vraiment d’un bon œil l’arrivée de Charles dans la vie de Marnie ; et pourtant cela ne l’empêchera pas d’affirmer le contraire à son amie (premier mensonge).

Parce qu’en plus d’être totalement obsédée par son amitié avec Marnie, Jane va se rapidement se révéler être une menteuse pathologique… mais aussi une excellente actrice qui sait donner le change et se convaincre (et convaincre les autres) que SA vérité est LA vérité.

Elizabeth Kay prend son temps pour faire monter en sauce son intrigue, mais elle sait y faire de sorte que jamais le lecteur ne s’impatiente ou ne s’ennuie. Par contre, une fois que la mécanique est enclenchée (avec la mort de Charles), elle maintient la tension à son maximum.

J’ai beaucoup aimé la construction et la narration du roman qui s’articule sur le seul point de vue de Jane sur le déroulé des événements et une nette tendance à minimiser la portée de ses actes. Mais en contrepartie de la personnalité psychotique de son personnage, l’auteure met aussi en avant les aspects positifs de sa personnalité, qu’il s’agisse de l’attention qu’elle porte à sa mère malade, ou de sa relation avec sa sœur, elle aussi fragilisée par la vie.

Sans avoir eu envie de lui trouver des circonstances atténuantes, et moins encore de justifier ses actions, je dois toutefois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire la confession de Jane, elle se raconte sans fard, avec un détachement parfois glaçant. Ceci dit je n’en voudrais pas comme amie.

Mission accomplie pour La Bête Noire qui me réconcilie (même si je n’ai jamais été vraiment fâché) avec son catalogue après le raté de La Seconde Épouse. Quant à Elizabeth Kay, elle signe un premier roman totalement maîtrisé.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rebecca Fleet – La Seconde Épouse

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R. Fleet - La seconde épouse
Titre : La Seconde Épouse
Auteur : Rebecca Fleet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : Angleterre
360 pages

De quoi ça cause ?

Quand Alex a rencontré Natalie, celle-ci a changé sa vie. Après la mort tragique de sa première femme, avec qui il a eu une fille, Jade, à présent adolescente, il est déterminé à former de nouveau une famille unie.

Mais son bonheur naissant se brise lorsque sa maison est ravagée par les flammes. Jade soutient qu’elle a vu un homme s’introduire chez eux le soir de l’incendie ; Natalie affirme au contraire qu’il n’y avait personne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire.

Parce que j’avais bien aimé le premier roman de l’auteure, L’Échange, en dépit quelques erreurs de jeunesse vite pardonnées.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Une fois n’est pas coutume mais je dois avouer qu’en refermant ce bouquin je ne trouvais aucune accroche pour rédiger ma chronique. Non que le bouquin m’ait déplu, même s’il ne m’a pas franchement emballé (loin s’en faut), force est de reconnaître qu’il se lit plutôt bien et me laisse sur une impression que je qualifierai de mitigée. Sans aller jusqu’à dire que j’ai eu l’impression de perdre mon temps en lisant ce bouquin (ce n’est quand même pas tout à fait vrai), je le referme en ne pouvant m’empêcher de penser que ce fut une lecture dont j’aurai pu me dispenser.

Pour son second roman, après L’Échange, Rebecca Fleet reste dans le thriller psychologique familial. Une intrigue qui, à la base, tourne autour de trois personnages, Alex, un jeune veuf qui élevait seul sa fille, Jade, avant de rencontrer Natalie avec qui il a eu envie de fonder un nouveau foyer. Mais au fil des chapitres un autre personnage va s’imposer, Sadie, la sœur de Natalie, deux frangines aux personnalité aussi opposées que peuvent l’être le Yin et le Yang.

Le bouquin alterne non seulement entre les points de vue des différents personnages phares de l’intrigue mais aussi entre les périodes, passant du présent (2017) au passé (1999). L’idée étant que les événements de 1999 vont nous donner les clés permettant de comprendre ceux de 2017.

Sauf que, me concernant, le suspense aura fait long feu… au lieu d’un grand BOUM attendu et espéré, je n’ai eu qu’un misérable PLOP de pétard mouillé. Ce qui devait constituer un revirement majeur de l’intrigue m’a sauté à la tronche comme une évidence à peine le sujet abordé. J’espérais, sans trop y croire, me tromper… et ben non, j’avais vu juste.

Pour un thriller on peut difficilement imaginer pire dans le genre faux-départ. J’ai toutefois décidé de persévérer, malheureusement plus le déroulé de l’intrigue me donnait raison, plus le récit perdait en saveur.

L’idée des deux sœurs était plutôt bonne même si le trait a été beaucoup trop forcé, on est à la limite de la caricature façon Jekyll et Hyde ; d’un côté la blanche colombe pure et innocente et de l’autre la brebis galeuse qui cumule les tares.

Les autres personnages sont malheureusement à l’image des deux frangines, des clichés de ce qu’ils sont sensés être. Trop souvent j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains un scénario prometteur qui aurait été gâché par de mauvais interprètes.

Je mentirai en disant que je me suis emmerdé en lisant ce bouquin, mais il ne révolutionne clairement pas le genre, au contraire il aurait même une fâcheuse tendance à enfoncer les portes ouvertes. Une fois que l’on s’est résigné à cela, la lecture n’est pas désagréable même si elle n’apporte rien.

Je fais volontiers l’impasse sur certaines faiblesses quand je lis le premier roman d’un(e) auteur(e), mais si je retrouve ces mêmes faiblesses – encore plus accentuées – dans le suivant, il ne faut pas compter sur la même indulgence.

Ce n’est clairement pas avec ce roman que Rebecca Fleet retrouvera grâce auprès des lecteurs et lectrices qui n’avaient pas adhéré à L’Échange ; quant aux autres, dont je suis, nul doute qu’il leur laissera un arrière-goût amer en bouche.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabrice Rose – Tel Père, Telle Fille

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F. Rose - Tel père, telle fille
Titre : Tel Père, Telle Fille
Auteur : Fabrice Rose
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Alex mène une vie de bohème sans histoires. Son plus grand regret, son père, Marc, qui a toujours privilégié sa vie de braqueur plutôt que sa famille. Un père qui alterne entre les peines de prison et les périodes de cavales. Un père qui vient justement, une fois de plus, de fausser compagnie à ses geôliers.

Quand Marc apprend que sa fille est menacée par des racketteurs islamistes, il décide tout mettre en œuvre pour la protéger. Et tant qu’à faire – autant joindre l’utile à l’agréable – pourquoi ne pas en profiter pour organiser un nouveau braquage ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont riche qui recèle de quelques pépites du genre.

Le bandeau, signé Olivier Marchal, nous promet une « plongée dans les ténèbres » ; ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connais et apprécie tout particulièrement les polars et thrillers écrits par des auteurs qui appartiennent ou ont appartenu au monde de la justice (qu’il s’agisse de la police ou de l’administration pénitentiaire), tout simplement parce qu’il se dégage de ces romans un parfum d’authenticité inimitable. Avec Fabrice Rose, je découvre un auteur qui a longtemps fricoté avec l’autre côté de la barrière, un braqueur qui a connu la prison, reconverti pour voir sa fille grandir.

J’avoue que je ne sais pas vraiment comment aborder cette chronique, si j’ai indéniablement pris mon pied avec ce bouquin, je n’ai à aucun moment réussi à prendre son intrigue au sérieux. De nombreux éléments m’ont paru tellement caricatural que j’avais parfois l’impression de lire un thriller parodique… mais, et je le répète, je me suis éclaté avec ce roman.

D’un côté on a les voyous sympas (dans le sens où ils n’ont jamais recours à la violence gratuite, ni contre la police, ni contre leurs victimes), et force est de reconnaître que la fine équipe ne peut qu’attirer la sympathie du lecteur.

En face d’eux une bande d’islamistes tellement décérébrés qu’ils en deviennent risibles (ce qui n’exclut pas la violence gratuite et les actes de barbarie). Dans le coin droit un émir autoproclamé qui ne pense qu’avec sa bite et son bide, radicalisé de façade mais dans la pratique, pas plus musulman que moi. Dans le coin gauche, ses sbires, et tout particulièrement Tariq, radicalisés à l’extrême, encéphalogramme plat, les plombs ont sautés et fondus depuis bien longtemps.

Manichéen ? Vous avez dit manichéen ? Juste un tout petit peu… beaucoup !

Prise entre deux feu, Alex, jeune fille un tantinet bohème qui a eu la malchance de s’enticher d’un type qui a le QI d’une huître confite… mais bon elle l’aiiiimeuh, elle l’aimait et elle l’aimera (merci Francis… enfin presque). Il est coutume de dire jusqu’à ce que la mort vous sépare, mais avec Alex l’amour (qui frôle parfois l’idolâtrie niaise) se poursuit post-mortem.

Puis il y a la police (voire les polices), qu’il s’agisse de la brigade criminelle ou de l’antiterrorisme tous ont pour point commun d’être complètement dépassé par les événements.

Le déroulé de l’intrigue est à l’image de ses acteurs, ça dépote bien mais c’est tellement poussé à l’extrême que ça sent à plein nez la grosse farce potiche (même dans les moments les plus dramatiques).

Je suppose que tout cet aspect second degré n’est pas vraiment volontaire, mais pour ma part c’est ce qui sauve le bouquin d’une critique assassine. Peut-être me suis-je régalé à l’insu de son plein gré, mais l’essentiel reste que je me sois régalé.

Bon point pour le ton général de Fabrice Rose, j’ai bien aimé son style proche du langage parlé qui lui (ou à ses personnages en tout cas) autorise des prises de position tranchées et sans emphase.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

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D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

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S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Le Bûcher De Moorea

AU MENU DU JOUR

P. Guirao - Le bûcher de Moorea
Titre : Le Bûcher De Moorea
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À Moorea, Lilith, photographe de presse, et Maema, journaliste, sont amies et travaillent toutes deux pour le quotidien La Dépêche de Tahiti. Elles sont envoyées sur une scène de crime particulièrement sordide, plusieurs corps ont été incinérés après avoir été démembrés dans un macabre simulacre de bûcher funéraire.

Pourquoi une telle mise en scène ? Mise en scène ou authentique crime rituel ? L’enquête s’annonce particulièrement complexe, les deux amies ne comptent pas être tenues à l’écart par la gendarmerie en charge de l’affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont.

Pour le cadre, un thriller se déroulant en Polynésie Française, voilà qui n’est pas ordinaire.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation pour ce titre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie Française ne peuvent aucunement être considérées comme des territoires voisins. D’une part c’est une assertion géographiquement erronée, même si ces deux territoires sont baignés par le Pacifique Sud, il y a plus de 4600 kms entre Nouméa et Papeete (à titre de comparaison, la distance séparant Paris à Moscou, à vol d’oiseau, est de 2500 kms). D’autre part c’est culturellement parlant tout aussi faux, comme son nom l’indique la Polynésie est de tradition polynésienne alors que la Nouvelle-Calédonie est de tradition mélanésienne. Administrativement la Polynésie Française a le statut de collectivité d’outre-mer (COM)depuis 2003 (anciennement territoire d’outre-mer, TOM) ; la Nouvelle-Calédonie, anciennement TOM, est devenue collectivité sui generis (ou COM à statut particulier) en 1999.

Avec ce roman je découvre une forme littéraire que je ne connaissais pas, le roman noir azur, un roman noir fortement imprégné de vie tropicale ; Patrice Guirao en parle mieux que moi :

Le roman « noir azur » est une alternative. Il ne suffit donc pas que le roman noir s’inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu’il devienne « noir azur ». Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues.

Extrait du Petit manifeste élargi du polar « noir azur » joint au présent roman.

Calédonien d’adoption depuis bientôt 40 ans et grand amateur de polars / thrillers / romans noirs, il m’est impossible de ne point succomber à la tentation face à une telle promesse.

L’auteur vivant en Polynésie Française depuis de nombreuses années doit avoir une bonne connaissance des us et coutumes du peuple polynésien, et plus particulièrement des traditions tahitiennes. D’ailleurs la présence d’un glossaire expliquant les nombreux termes tahitiens est une bonne initiative même si on en saisit globalement le sens dans le contexte.

Direction Moorea donc pour y suivre Lilith et Maema qui vont prêter main-forte à la gendarmerie afin de résoudre un crime particulièrement sordide. Une enquête qui leur réservera bien des surprises, et pas toujours des plus agréables.

Parallèlement l’auteur nous invite à suivre Nael, un tueur en série qui sévit en Métropole, choisissant ses victimes au hasard et variant les modes opératoires, la police n’a pas encore fait le lien entre ces nombreuses scènes de crimes. Habitué à ne rien laisser au hasard (à part le choix de ses victimes), il va pourtant être sérieusement ébranlé par une découverte faite sur les lieux de son dernier forfait. Il va rapidement comprendre que pour trouver les réponses à ses questions, il va devoir se rendre en Polynésie Française.

Et puis il y a Gaspard. Un personnage que rencontrera Nael un peu par hasard, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette rencontre sera pour le moins déconcertante (pour lui, et pour nous). Je serai tenté de dire qu’il y a deux approches possibles face à ce brave Gaspard. La première étant « simplement » d’accepter qu’il soit ce qu’il affirme être et de fait la touche de fantastique qu’il apporte au roman. La seconde option étant de considérer Gaspard comme la créature qu’il est et rien de plus, les « dialogues » de Nael devenant des monologues avec sa propre conscience. Personnellement j’ai opté pour le premier choix, d’autant que j’ai trouvé Gaspard fort sympathique et plein d’à-propos.

Vous l’aurez compris, l’intrigue est fortement teintée de noir ; ce qui n’empêche pas la touche azur d’être omniprésente et particulièrement bien traitée. Certains lecteurs pourraient trouver que certains détails de ces scènes de vie tahitienne sont à la limite du cliché facile ; pour ma part j’estime qu’elles sont le reflet d’une réelle douceur de vivre tropicale. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, à la délinquance et au crime. Comme le chantait fort justement le grand Charles (mais non, pas de Gaulle ! Aznavour) : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil« .

Malgré la noirceur de son intrigue, l’auteur conserve un ton résolument frais et optimiste, les quelques touches d’humour sont bienvenues et sonnent juste. Ce roman este une belle découverte malgré un élément du final que j’ai trouvé un peu tiré par les cheveux. La collection La Bête Noire ajoute une nouvelle corde à son arc avec ce titre.

Il semblerait que Patrice Guirao ait décidé de faire de Lilith un personnage récurrent de ses prochains romans, un second opus est annoncé pour janvier 2020 ; le court extrait offert à la fin du roman a de quoi nous faire baver d’impatience. Il me tarde de retourner à Moorea pour y retrouver Lilith et ses amis… et pourquoi pas Gaspard ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Harriet Tyce – Blood Orange

AU MENU DU JOUR

H. Tyce - Blood Orange
Titre : Blood Orange
Auteur : Harriet Tyce
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Angleterre
400 pages

De quoi ça cause ?

Allison Wood est avocate pénaliste, sa carrière est en passe de connaître un nouvel essor avec une première affaire de meurtre à plaider.

Mais sa réussite professionnelle se fait au détriment de sa vie de couple et de sa vie familiale, d’autant qu’elle ne parvient pas à mettre fin à la relation toxique qu’elle entretient avec son amant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu.

Un titre sollicité auprès de Net Galley début mars, acceptation tardive reçue le 18 avril.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur réponse favorable et leur confiance.

Il est des bouquins qui me font craquer instantanément pour leur personnage et d’autres qui, au contraire, me le font prendre en grippe ; Blood Orange appartient à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, le personnage d’Allison m’a hérissé le poil. Qu’elle s’envoie en l’air avec un amant qui ne semble pas avoir grand-chose à foutre de sa petite personne, qu’elle se bourre la gueule à la moindre occasion, qu’elle soit une piètre épouse et plus encore une piètre mère… ça ne joue certes pas en sa faveur, mais ça aurait pu passer. C’est plutôt son inconstance (voire son inconsistance) qui l’enfonce plus que tout le reste.

La nana a bien conscience de merder dans les grandes largeurs, mais semble incapable de se tenir à ses bonnes résolutions qui la poussent à vouloir changer. Impossible de ne pas la voir comme un monstre d’égoïsme un peu idiote.

Je n’ai pas eu beaucoup plus d’empathie pour le mari cocu, Carl ; son côté monsieur propre, psychorigide et adepte de la morale à deux balles, m’a de suite semblé trop parfait pour être honnête.

Pas davantage de considération pour Patrick, l’amant. D’entrée de jeu le gars ne semble pas clair même s’il l’assume pleinement.

Je tiens toutefois à préciser que même si je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages principaux, cela ne m’a nullement empêché de passer un agréable moment en compagnie de ce bouquin.

L’intrigue va s’articuler autour de deux axes, avec d’un côté la sphère privée d’Allison (sa vie de famille) et de l’autre l’aspect purement juridique (l’affaire de meurtre dont elle a la charge). Ces deux facettes sont bien dosées, mais ne réservent pas de grandes surprises (voire même franchement prévisible sur certains aspects) ; même si je ne m’attendais pas au revirement final.

Harriet Tyce opte pour un récit à la première personne en nous faisant vivre son intrigue par le biais d’Allison. Malgré un manque évident d’originalité et de surprise, le récit est suffisamment addictif pour nous donner envie d’aller toujours plus avant afin de suivre le déroulé des événements et ses dénouements.

Un premier roman plutôt convaincant qui me donne envie de suivre l’auteure si jamais elle décidait de poursuivre sur la voie de l’écriture (a priori il n’y a pas de raison pour qu’elle y renonce).

MON VERDICT