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Archives de Tag: Julie Sibony (trad.)

[BOUQUINS] David L. Carlson & Landis Blair – L’Accident De Chasse

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L'Accident de Chasse
Titre : L’Accident De Chasse
Scénario : David L. Carlson
Dessin : Landis Blair
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2017)
472 pages

De quoi ça cause ?

Chicago, 1959. A la mort de sa mère, Charlie Rizzo va vivre chez son père, Matt Rizzo, aveugle à la suite d’un stupide accident de chasse. C’est en tout cas la version de l’histoire que son père lui a toujours racontée.

Quand la police vient frapper à la porte des Rizzo pour arrêter Charlie, son père lui raconte alors toute la vérité sur sa cécité et son passé criminel…

Ma Chronique

L’Accident De Chasse est le premier roman graphique à intégrer le catalogue des éditions Sonatine, sa présence aux côtés des autres titres et auteurs prestigieux de l’éditeur ne doit rien au hasard. Je laisse la parole à Arnaud Hofmarcher, directeur éditorial chez Sonatine, pour expliquer ce choix :

Nous n’avions jamais envisagé de publier chez Sonatine Éditions de roman graphique. Jusqu’au jour où, intrigués par une rumeur grandissante venue d’outre-Atlantique, nous nous sommes procuré L’Accident de chasse. L’enthousiasme de la maison a été tel devant la puissance de ce livre, correspondant, qui plus est, à notre ADN, que nous n’avons pas hésité une seule seconde avant d’en acquérir les droits.

Quelques mots sur l’objet physique pour commencer. D’emblée le visuel donne le ton : noir c’est noir. Couverture rigide, le papier des pages est épais, Sonatine n’a pas lésiné sur les moyens pour nous proposer un ouvrage de qualité. Du coup la chose fait son poids (pas loin de 500 pages), surtout pour moi qui suis habitué à lire sur liseuse ou sur PC.

N’étant pas un expert en dessin je ne m’échinerai pas à décrire le style graphique du roman, les captures d’écran à la fin de cette chronique vous parleront mieux que je ne saurai le faire. Je dirai simplement que le noir et blanc et le trait hachuré sont en totale adéquation avec le récit en plus d’être un véritable régal pour les yeux.

Sur le fond le roman est inspiré de la véritable histoire de Matt Rizzo, telle que Charlie (si, si, le même que dans le livre), son fils, ami de David L. Carlson, la lui a racontée. Tout comme l’histoire de Leopold et Loeb est vraie. Un sujet que l’auteur a approfondi avec son ami avant d’en confier la mise en images à Landis Blair.

L’Accident De Chasse est d’abord l’histoire d’un père et de son fils, une relation sur le tard qui ne les empêchera pas de lier des liens forts. Jusqu’à ce que Charlie apprenne, par la bouche de son père, que tout ce qu’il croyait savoir de lui repose sur des mensonges et des non-dits. Suivra alors un échange père-fils vibrant d’émotions, de force et d’intensité au fur et à mesure que Matt Rizzo se confiera.

Il faut dire que le parcours de Matt Rizzo est pour le moins atypique, une courte « carrière » criminelle qui s’achèvera par une blessure qui lui fera perdre la vue et l’enverra au pénitencier de Stateville (Illinois) pour y purger une condamnation à perpétuité (bin ouais, à l’époque ça ne rigolait pas). Double peine pour Matt Rizzo !

Au fil du récit de Matt on découvre son quotidien en prison, son envie d’en finir avec la vie. Mais surtout sa rencontre avec Nathan Leopold, rencontre qui le mènera pas à pas vers une rédemption inattendue sur fond de littérature (à travers la découverte de L’Enfer de Dante) et de musique (grâce à la Suite pour Violoncelle de Bach).

Un récit bourré d’humanité qui ne devrait laisser personne indifférent, j’ai eu du mal à décrocher avant la fin tellement j’ai été happé par cette histoire. On reproche souvent aux romans graphiques (et BD) de véhiculer moins d’émotions qu’un « vrai » roman, L’Accident De Chasse balaie ce préjugé d’une pichenette.

Un titre qui a toute sa place dans le catalogue de Sonatine, et pourquoi pas une porte ouverte vers d’autres romans graphiques… Je pense notamment à un certain R.J. Ellory qui travaille actuellement avec Richard Guerineau au dessin sur une adaptation de son roman Seul Le Silence.

Une qualité de forme et de fond qui n’a pas laissé indifférent le jury du Festival International de la BD d’Angoulême, édition 2021, puisque L’Accident De Chasse rafle le prix le plus prestigieux du festival, le Fauve d’Or, qui récompense le meilleur album parmi les 45 titres en compétition. Une récompense qui viendra s’ajouter au prix Ouest-France qu’il a remporté lors du festival Quai des Bulles quelques semaines plus tôt.

En bonus sur le site Lisez.com :

La fiche du livre
L’interview des auteurs

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Publié par le 19 avril 2021 dans Trucs en vrac

 

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[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – L’Accident De L’A35

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G. Macrae Burnet - L'Accident de l'A35

Titre : L’Accident De L’A35
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Ecosse (2017)
336 pages

De quoi ça cause ?

L’inspecteur Gorski est dépêché sur un accident de la route survenu sur l’A35. La victime, Bertrand Barthelme, est un notaire réputé de Saint Louis. Rien ne laisse à penser qu’il puisse s’agir d’autre chose qu’un simple accident. Pourtant quand la veuve (jeune et jolie) demande à Gorski de creuser la question, ce-dernier va accepter.

Que faisait Bertrand Barthelme sur l’A35 alors qu’il était sensé dîner en ville avec ses associés ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais bien aimé le précédent roman de l’auteur mettant e scène l’inspecteur Gorski, La Disparition D’Adèle Bedeau ; le plus français des écrivains écossais a l’art de nous surprendre avec des polars qui prennent le genre à contre-pied.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Comme pour La Disparition D’Adèle Bedeau, Graeme Macrae Burnet s’amuse à inventer de toutes pièces une genèse factice à son roman. Genèse restant dans la continuité de la précédente avec Raymond Brunet comme auteur et Gaspard-Moreau comme éditeur. Il s’offre même le luxe d’une postface rapprochant l’auteur, Raymond Brunet, du personnage de Raymond Barthelme, le fils de la victime. On finirait presque par y croire !

La pseudo enquête de Gorski est surtout prétexte pour l’auteur de brosser des portraits psychologiques des plus convaincants de ses personnages, et de nous décrire le quotidien d’une petite ville de province où tout le monde, ou presque, se connaît et se « surveille ». À défaut d’une intrigue boostée à l’adrénaline, le récit s’attache à l’humain, chacun ayant ses forces et ses faiblesses.

Au cours de ses investigations Gorski va être amené à côtoyer Lambert, un inspecteur de Strasbourg qui enquête sur le meurtre d’une jeune femme. Le contraste entre les deux personnages est saisissant, d’un côté Gorski tout en réserve et de l’autre Lambert qui serait plutôt tout en exubérance. Les méthodes et la conscience professionnelle aussi séparent nos deux flics.

Mais Gorski n’est pas le seul à mener l’enquête, Raymond Barthelme va lui aussi essayer de percer les secrets de son père. Pas tant pour lui rendre justice que pour échapper à un quotidien qui l’étouffe et donner un peu de piment à sa vie. Au final il perdra surtout le sens des réalités et se comportera souvent comme un sinistre con !

Une fois de plus l’auteur ne nous livre aucun indice permettant de situer son intrigue, on peut toutefois déduire de certains éléments du récit qu’elle pourrait se dérouler dans les années 80. De fait il s’en dégage une ambiance rétro et kitsch fort sympathique.

Même si ‘ai trouvé la fin un peu abrupte je dois reconnaître que je n’avais pas vu venir l’ultime (pour ne pas dire la seule) révélation. Malgré tout l’écriture de Graeme Macrae Burnet et son sens de la mise en scène font de cette lecture un agréable moment ; du coup même en l’absence d’action et de réel suspense on n’est jamais pris de bâillements d’ennui. L’intérêt est ailleurs et l’auteur sait tirer les meilleurs atouts de son jeu.

Un troisième opus devrait venir clore cette trilogie écossaise consacrée à Saint-Louis (Alsace) et à l’inspecteur Gorski. Mais pour l’heure Graeme Macrae Burnet planche sur un autre roman, donc les fans de Gorski vont devoir prendre leur mal en patience…

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Publié par le 4 octobre 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – La Disparition D’Adèle Bedeau

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G. Macrae Burnet - La Disparition D'Adèle Bedeau

Titre : La Disparition D’Adèle Bedeau
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Écosse (2013)
288 pages

De quoi ça cause ?

Quand Adèle Bedeau, la jeune et jolie serveuse du restaurant de la Cloche, disparaît, l’inspecteur Gorski, chargé de l’enquête, s’intéresse de près aux habitués de l’établissement. Et tout particulièrement à Manfred Baumann, un jeune homme timide et réservé, voire taciturne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

A la base parce que c’est Sonatine, donc une valeur sûre. Un titre sollicité et obtenu via Net Galley en avant-première (parution le 30 août 2018).

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley d’avoir donné une suite favorable à ma sollicitation et me permettre ainsi de découvrir ce titre en avant-première.

A en croire la préface de l’auteur, le roman La Disparition D’Adèle Bedeau, écrit par un modeste auteur français, Raymond Brunet et édité par Gaspard-Moreau, est paru en 1982. Puis ça a été un film réalisé par Claude Chabrol en 1989. En 2013, l’auteur écossais, Graeme Macrae Burnet, sort une traduction anglaise du roman sous le titre The Disappearance Of Adèle Bedeau. Et donc en 2018 Sonatine nous propose de découvrir ce titre (re)traduit par Julie Sibony.

Quelle histoire ! Et quel parcours hors du commun… Stooop ! On arrête de s’extasier et de superlater (qui a dit que ce mot n’existait pas ?), tout ça, c’est du vent, du bidon, du concentré de portnawak. C’était un peu gros comme une maison cette histoire et pourtant je suis moi aussi tombé dans le panneau avant d’appeler mon ami Google à la rescousse et de découvrir le poteau rose (oui je sais, on dit pot aux roses, mais j’avais envie de changer un peu). Et pourtant l’auteur (le vrai, Graeme Macrae Burnet) nous donne un indice relatif à sa supercherie à la fin de sa préface…

Bien malin le lecteur, ou la lectrice, qui pourra avec certitude situer ce récit dans le temps. Pour ma part je dirai que l’intrigue ne se déroule pas de nos jours (il manque notamment trop de technologies modernes qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien), je serai tenté de la situer entre la fin des années 70 et le début des années 80 (ce qui collerait plutôt bien avec la vraie fausse histoire du roman). Une impression renforcée par le charme suranné qui se dégage de l’écriture de Graeme Macrae Burnet.

Bienvenu à Saint-Louis, petite ville (bien réelle) du Haut-Rhin (Alsace), frontalière de la Suisse et de l’Allemagne. Un petit bled provincial où il n’arrive jamais rien, alors pensez bien qu’une serveuse qui disparaît du jour au lendemain ça défraye la chronique et ça fait jaser la populace… Forcément dans ces petits bourgs très (trop ?) tranquilles tout se sait, à défaut de savoir, laissons la rumeur faire son office.

Si la pseudo genèse du bouquin est pour le moins atypique, le roman en lui-même l’est tout autant. Pas tout à fait un roman noir, pas tout à fait un roman policier et un peu des deux en même temps. À la fois thriller psychologique et chronique provinciale socio-psychologique.

Une histoire qui ne prête pourtant pas à sourire, mais traitée avec un certain humour (noir) et beaucoup de savoir-faire. Mais ce bouquin est aussi et surtout la rencontre entre deux personnages qui semblent avoir bien du mal à trouver leur place dans la société, mais se fondent parfaitement dans le décor et l’intrigue imaginés par l’auteur.

Manfred Baumann est un jeune cadre d’un naturel très réservé, il vit sa vie dans son coin avec des principes et des rituels immuables. Sa timidité maladive le pousse à prendre ses distances avec les autres aux yeux de qui il passe au mieux pour un asocial, au pire pour un type imbu de lui même. Du coup quand la police s’intéresse d’un peu trop près à lui suite à la disparition d’Adèle, il devient d’une paranoïa quasi maladive.

Georges Gorski est inspecteur à Saint-Louis hanté par une affaire de meurtre survenue vingt ans plus tôt ; une enquête considérée pourtant comme résolue, mais le policier est convaincu que le véritable assassin est passé entre les mailles de la justice. Quelque part pour lui la disparition d’Adèle est l’occasion de s’absoudre de cette « erreur ».

Graeme Macrae Burnet signe là un premier roman (même s’il a été publié en France après son second roman) comparable à nul autre, un bouquin qui bénéficie d’un cachet unique, baigné d’une ambiance à la fois kitsch et sombre. Une lecture qui ne devrait laisser personne indifférent.

Pour la petite histoire, le personnage de Georges Gorski sera de retour dans le prochain roman de l’auteur (non encore disponible en français).

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 août 2018 dans Bouquins

 

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