[BOUQUINS] Robert Galbraith – Sang Trouble

AU MENU DU JOUR


Titre : Sang Trouble
Série – Cormoran Strike – Livre 5
Auteur : Robert Galbraith
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
928 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il visite sa famille dans les Cornouailles, Cormoran Strike est abordée par une inconnue qui l’implore de l’aider à retrouver sa mère, disparue ans des circonstances encore inexpliquées en 1974.

Après en avoir discuté avec son associée, Robin Ellacott, et bien que n’ayant jamais eu à travailler sur des cold cases, Strike accepte de reprendre l’enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le cinquième opus des enquêtes de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Non seulement les intrigues sont bien fichues, mais en plus on prend plaisir à assister à l’évolution des personnages.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le duo d’enquêteurs que forment Cormoran Strike et Robin Ellacott. Pour la première fois ils vont devoir plancher sur un cold case, le Dr Margot Bamborough a en effet mystérieusement disparu un soir de 1974, alors qu’elle quittait le cabinet médical dans lequel elle exerçait. C’est à la demande de sa fille, Anna, que Strike et Robin vont accepter de remonter et démêler les fils de l’enquête.

Comme souvent quand on est confronté à une série, certains lecteurs peuvent se poser la question de la nécessité d’avoir lu les tomes précédents ou si cela reste accessoire. Très honnêtement, même si cela ne s’impose pas nécessairement, je vous invite à lire les précédents tomes de la série dans l’ordre. C’est la meilleure façon d’apprécier pleinement la situation des personnages.

Si les affaires sont plutôt florissantes pour nos deux détectives associés, d’un point de vue personnel ce n’est pas vraiment la joie. Galanterie oblige je commencerai par Robin, empêtrée dans un divorce qui n’aurait dû être qu’une formalité, mais c’était sans compter sur la fierté mal placée de son ex, Matthew, qui semble prendre un malin plaisir à faire traîner les démarches.

De son côté Strike n’est guère mieux loti. Il est au chevet de sa tante, qu’il considère comme une mère, atteinte d’un cancer en phase terminale. Un malheur n’arrivant jamais seul, il va aussi devoir composer avec les soudains élans familiaux de son géniteur et les états d’âme de son ex, Charlotte, plus suicidaire et pleurnicharde que jamais.

En plus de la disparition du Dr Bamborough, l’agence doit assurer le suivi des affaires en cours ; heureusement que Strike et Robin pourront compter sur leur équipe en renfort même s’ils devront parfois, eux aussi, mouiller la chemise. Des affaires qui sont bien plus que de simples digressions de l’intrigue principale, ce sont elles qui contribuent à faire bouillir la marmite et, pour certaines, elles sont loin d’être aussi anodines que l’on pourrait le supposer de prime abord.

Matthew étant moins présent dans le présent roman, on aurait pu craindre l’absence d’une tête à claques de service ; je vous rassure tout de suite, il a un trouvé un digne successeur en la personne de Saul Morris, l’un des enquêteurs sous-traitant de l’agence. Difficile, pour ne pas dire impossible, d’imaginer plus beauf que ce type.

En reprenant l’enquête sur la disparition du Dr Bamborough, Strike et Robin vont rapidement se retrouver confrontés à un enquêteur obsessionnel, convaincu que le coupable ne peut être que Dennis Creed, un tueur en série qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets. Une obsession qui le poussera à manipuler les témoins et à suivre de vagues pistes ésotériques afin que les faits viennent, envers et contre tout, corroborer ses soupçons.

Ne pouvant se fier au seul rapport d’enquête, Strike et Robin vont devoir interroger les témoins précédemment entendus par la police. À condition bien sûr que ceux-ci soient toujours en vie et de parvenir à leur mettre la main dessus. Les témoignages, parfois contradictoires, vont pousser les enquêteurs à examiner de nombreuses pistes, dont celle d’une famille qui régnait sur le crime organisé dans les années 70.

À partir de là les enquêteurs vont s’engager dans un jeu de pistes labyrinthique dans lequel ils auront bien du mal à démêler le vrai du faux. Décortiquant chaque témoignage obtenu afin de le comparer à celui livré au moment des faits, au rapport d’enquête et aux notes (plus ou moins absconses) de l’inspecteur Talbot. De quoi s’arracher les cheveux et y perdre son latin… mais il faudra plus que ça pour décourager notre duo de choc.

Et au milieu de tout ça on suit l’évolution de la relation entre Strike et Robin, une relation sur fond de valse-hésitation, un pas en avant et deux pas en arrière ; tantôt on souffle le chaud, tantôt on souffle le froid. L’aspect personnel est encore fois (peut-être même plus que jamais) au centre de l’intrigue mais sans que cela ne vienne casser le rythme.

Niveau adrénaline, on ne peut pas vraiment dire que le palpitant et les nerfs soient mis à rude épreuve ; l’enquête se déroule sans grosse montée de stress pour nos deux enquêteurs, jamais ils ne se retrouveront réellement en danger.

Une intrigue rondement menée qui réserve quelques surprises (j’avoue que je ne m’attendais pas du tout au final), si l’adrénaline n’est pas au rendez-vous, l’ennui non plus. On se laisse volontiers entraîner par l’enquête et les déboires personnels de Strike et Robin, du coup les 900 (et plus si affinités) pages passent comme une lettre à la poste.

Bien entendu je serai au rendez-vous pour leur sixième enquête (prévue pour cette année en VO), en espérant toutefois quelque chose d’un peu plus nerveux.

D’ici là, si l’occasion se présente, il faudrait que je me penche sur la série TV C.B. Strike qui compte déjà quatre saisons (une pour chacun des précédents romans) avec une cinquième annoncée (dédiée à Sang Trouble cela va sans dire).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Robert Galbraith – Blanc Mortel

AU MENU DU JOUR

R. Galbraith - Blanc Mortel
Titre : Blanc Mortel
Série : Cormoran Strike – Tome 4
Auteur : Robert Galbraith (J.K. Rowling)
Éditeur : Grasset
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
704 pages

De quoi ça cause ?

Depuis que Robin s’est marié, Cormoran Strike a instauré une certaine distance vis-à-vis de sa jeune associée ; se contentant de relations strictement professionnelles.

Un matin, Billy, un jeune homme mentalement dérangé, fait irruption dans le bureau de Strike en affirmant avoir été témoin du meurtre d’une enfant, vingt ans plus tôt… avant de disparaître aussi vite qu’il est apparu.

Peu après, Strike est embauché par Jasper Chiswell, un homme politique qui serait victime d’un chantage dont il refuse de dévoiler la teneur.

Strike va rapidement découvrir que le maître chanteur n’est autre que le frère aîné du jeune Billy. Les deux associés vont devoir se serrer les coudes pour venir à bout de cette affaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le quatrième roman de Robert Galbraith (nom de plume policier de J.K. Rowling, une façon sans doute de se démarquer de l’univers Harry Potter) mettant en scène le duo Cormoran Strike et Robin Ellacott.

Ma Chronique

Avec cette série de romans et son duo d’enquêteurs, J.K. Rowling a réussi à se défaire du lien qui la rattachait à Harry Potter (tant pis pour ceux qui pensaient que ce lien était indéfectible, et tant mieux pour l’auteure) et a s’imposer dans un genre radicalement différent.

Le pari était audacieux, surtout en jouant la carte de la littérature policière, qui foisonne déjà de grands noms, mais incontestablement Robert Galbraith a su se faire une place au soleil aux côtés de ses prestigieux aînés (et je ne parle pas que des auteurs britanniques).

Une réussite qui doit beaucoup au duo atypique formé par Cormoran Strike et Robin Ellacott ; deux personnalités que tout semble opposer, mais qui s’avèrent complémentaires à plus d’un titre. Cette quatrième enquête commune le prouve une fois de plus !

Au fil des romans on suit tout autant l’enquête à proprement parler que l’évolution de Cormoran et Robin (et donc de leurs relations). C’est encore plus vrai dans ce quatrième opus, à tel point que parfois on a le sentiment que l’aspect personnel tend à supplanter l’intrigue policière.

N’allez pas pour autant en déduire que l’aspect policier stricto sensu du roman est bâclé, loin s’en faut ! L’enquête est menée de bout en bout de main de maître et nous réserve bien des surprises dans son dénouement. Si j’ai eu quelques soupçons, ils étaient plus intuitifs qu’autre chose, et j’étais loin d’imaginer le niveau d’implication des différents protagonistes.

Une enquête qui va nous plonger dans les dessous crasseux du monde politique et de l’aristocratie britannique. Mais pas que…

Un milieu qui ne manque pas d’individus qui rivalisent d’execrabilité ou de superficialité (parfois même ils cumulent ces deux tares). Une sympathique galerie de personnages en perspective, n’est-il point ?

Pour en revenir à l’aspect personnel de l’intrigue, il est évident qu’un mariage est un cap important dans la vie d’un individu (même si personnellement je n’ai aucune foi, sinon économique, en l’institution du mariage). En l’occurrence le roman s’ouvre sur le mariage de Robin et Matthew, une étape majeure dans l’évolution de leur relation.

J’aime beaucoup le personnage de Robin et de fait je suis supposé espérer le meilleur pour elle ; mais jamais je n’ai autant souhaité qu’un mariage ne se fasse pas. Non pour qu’elle puisse vivre pleinement une relation idyllique avec Strike (on n’est pas dans un Harlequin… oubliez les nuages rose bonbon et les cœurs suintant de guimauve), mais simplement parce que ledit Matthew est un sinistre con sans aucun intérêt (plus que jamais dans ce quatrième opus).

Strike de son côté reste égal à lui même, bourru à souhait, mais d’une perspicacité à toute épreuve. Avec Robin il sera tour à tour protecteur (pour ne pas dire paternaliste), affectueux (voire même tendre), complice et distant au gré des situations et de son humeur. Quant à sa vie personnelle, c’est toujours un joyeux bordel dans lequel lui-même a du mal à discerner l’issue.

Au fil de cette enquête, Strike et Robin vont se faire aider par un nouvel enquêteur ayant récemment intégré l’agence, Sam Barclay. Au vu de l’importance qui lui est donnée dans le déroulé de l’enquête, nul doute qu’il soit appelé à tenir un rôle récurrent à l’avenir.

Le fait que le côté personnel soit prépondérant dans le bouquin n’a pas que des inconvénients (même si ça casse parfois le rythme de l’intrigue), d’autant que l’on se doute bien que c’est fait dans l’optique de l’évolution future des personnages (l’auteure a d’ores et déjà annoncé qu’elle avait des idées pour une dizaine de romans).

Si Blanc Mortel n’est pas le meilleur de la série Cormoran Strike (la palme reste à La Carrière Du Mal, le troisième opus), ça n’en reste pas moins un roman de très bonne facture. Il me tarde déjà de retrouver Strike et Robin…

MON VERDICT