[BOUQUINS] Ingrid Desjours – La Prunelle De Ses Yeux

I. Desjours - La prunelle de ses yeuxJ’ai pris pas mal de retard dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont, La Prunelle De Ses Yeux signé Ingrid Desjours me donne l’occasion de me replonger avec plaisir au coeur de cette collection.
2003. Région parisienne. Victor, 17 ans, est assassiné dans des circonstances encore troubles même si tout semble désigner Maya Torres comme coupable ; Maya est quant à elle supposée avoir trouvé la mort dans un attentat survenu le lendemain du meurtre. 2016. Irlande. Gabriel Imbramovic’, aveugle, demande à Maya de lui servir d’accompagnatrice le temps d’un séjour en France, un service généreusement rémunéré que la jeune femme acceptera malgré son appréhension à revenir sur le sol français…
Je suis novice dans l’univers littéraire d’Ingrid Desjours mais son précédent roman, Les Fauves, m’avait fait forte impression ; impression renforcée par le fait que son intrigue était étroitement liée à la tragique actualité du moment (j’étais en train de lire que Paris a été la cible d’attaques terroristes, dont celle du Bataclan).
Certes ce roman est moins ancré dans l’actualité du moment et de fait l’impact émotionnel est moindre. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve la même profondeur psychologique dans l’intrigue ; l’auteure sais s’y prendre pour nous plonger dans les méandres de l’esprit humain (il faut dire qu’elle est psycho-criminologue de formation, ça aide).
Au fil des chapitres on retourne en 2003 en compagnie de Victor qui vient d’intégrer Métis, une institution qui forme les élites de demain, et cherche plus particulièrement à se rapprocher d’un groupe d’élèves qui est la crème de la crème de l’établissement. On découvre peu à peu les réelles motivations de Victor et les circonstances de sa mort.
Puis il y a l’intrigue présente qui confronte Gabriel (le père de Victor) à Maya (sa supposée meurtrière), persuadé de connaître toute la vérité sur la jeune femme et donc d’avoir pris les bonnes décisions. Là encore les surprises ne manqueront de vous ébranler au fil des révélations.
Des personnages attachants (même si au départ je voyais en Victor un gros con pourri gâté), profondément marqués par la vie mais encore plein d’humanité. Et puis il y a le côté obscur, Tancrède Sinclair, nul doute que vous allez adorer le détester, encore et encore, de plus en plus…
Une intrigue totalement maîtrisée qui a su me tenir en haleine quasiment de la première à la dernière page, l’occasion aussi, à plusieurs reprises, de voir voler en éclat mes certitudes sur tel ou tel aspect du récit.
L’occasion aussi de découvrir les troubles de conversion ; un handicap apparaît chez la « victime » sans la moindre explication pathologique ou physiologique, juste parce que votre cerveau a décidé qu’il en était ainsi… Et le pire c’est que la chose est quasiment incurable ! Chez Gabriel c’est la cécité de conversion qui a frappé. Il faut dire que le choc psychologique subit a été énorme le concernant.
Ingrid Desjours ne nous ménage pas, la violence est aussi bien physique que psychologique, sur ce dernier point l’auteure nous fait découvrir deux expériences scientifiques en rapport avec la soumission et la domination (j’ai dit scientifique, pas pornographique ! N’allez pas vous imaginer des trucs). Une écriture qui nous prend aux tripes mais aussi au coeur. Totalement addictif et sans le moinde temps mort. Un roman qui vous en mettra plein les mirettes… et accessoirement plein la gueule !
Une fois encore La Bête Noire a été fidèle à sa réputation et a frappé un grand coup en nous proposant un thriller très haut de gamme.

MON VERDICT
jd4Coup de poing

[BOUQUINS] Ingrid Desjours – Les Fauves

I. Desjours - Les FauvesCa faisait un moment que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire d’Ingrid Desjours, du coup je me suis offert son dernier roman, Les Fauves. Un choix essentiellement motivé par le fait que c’est ce titre qui a inauguré la collection La Bête Noire de Robert Laffont ; collection dont est issu Tu Tueras Le Père qui aura été un formidable coup de coeur.
Haiko dirige une ONG dont le but est d’empêcher l’engagement des jeunes français(es) dans le djihad de l’Etat Islamiste. Quand une fatwa sans équivoque possible est publié à son encontre via Internet, Lars, un ancien militaire, est recruté pour assurer sa protection…
Un thème on ne peut plus d’actualité comme vous pouvez le constater, à tel point que j’ai suspendu ma lecture pendant 48 heures histoire de prendre du recul par rapport aux attentats aussi barbares que sanglants qui ont visé Paris dans la nuit du 13 novembre.
Comme j’en étais à plus des deux tiers du bouquin et que l’intrigue est addictive à souhait il n’était pas question d’y renoncer complètement. J’ai donc terminé tranquillement, à tête reposée et loin de toute source d’informations, ce roman.
Un sujet brûlant traité avec une grande intelligence et sans le moindre obscurantisme, étayé çà et là par des coupures de presse authentiques. La connerie n’est pas une question de couleur de peau ou de religion, l’amalgame serait trop facile (aujourd’hui plus que jamais).
La phrase de Dimitri (le frère insouciant de Haiko) résume assez bien la situation et s’applique aux radicaux des deux côtés de la barrière religieuse : « J‘ai été stupide de ne pas prendre les choses au sérieux mais, voyez-vous, je ne suis pas croyant. Alors j’ai le plus grand mal à me représenter qu’on puisse être en guerre pour des questions de religion, à notre époque. Pour moi ça relève de la barbarie, du Moyen Âge ! »
Les Fauves ce sont deux personnages au caractère bien trempé mais plus fragiles que les apparences ne le laisseraient supposer. Lars, vétéran d’Afghanistan, a été psychologiquement détruit suite à sa détention par les talibans. On devine assez vite la nature du traumatisme mais les faits seront encore plus abjects que tout ce l’on pouvait supposer. Pour ne pas craquer il carbure aux amphéts et à l’adrénaline.
Haiko, journaliste engagée dans ce qui semble être un combat des plus honorables, mais qui semble aussi cacher certaines vérités dérangeantes. Dépassée par les événements et les menaces qui affluent elle accepte à contrecoeur une protection rapprochée. Deux personnages que l’auteure parvient à rendre presque vivants alternant entre leurs forces et leurs faiblesses.
Les Fauves affiche d’emblée la couleur, l’auteure joue à fond la carte du thriller psychologique et sait à merveille jouer avec nos certitudes (et accessoirement nos nerfs). Il faut dire que quand elle n’écrit pas, elle exerce comme psycho-criminologue, autant dire qu’elle connaît son sujet. Et ça se sent, pour notre plus grand plaisir. Au fil des chapitres on n’en finit pas de se poser des questions pour démêler le vrai du faux et essayer de comprendre qui manipule qui. On se triture les neurones avec délectation !
Les Fauves confirme que la collection La Bête Noire mise sur des thrillers haut de gamme ; pour le moment je ne peux que m’incliner devant un bilan zéro défaut ! Je verrai très prochainement si le dernier roman d’Alexis Aubenque (encore un auteur que je souhaite découvrir), troisième titre de la collection, transformera leur catalogue 2015 en un tiercé gagnant.
Pour une découverte de l’univers d’Ingrid Desjours j’ai été totalement bluffé ; il est plus que certains que je prolongerai l’expérience en remontant sa bibliographie à contre courant chronologique (du plus récent au plus ancien).

MON VERDICT
jd4dCoup de poing