[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

 MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Roy Braverman – Manhattan Sunset

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Manhattan sunset
Titre : Manhattan Sunset
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
322 pages

De quoi ça cause ?

Donnelli, inspecteur du NYPD, est appelé sur une scène de crime particulièrement sordide. La victime est une adolescente, ses assassins se sont acharnés sur le corps afin qu’il ne soit pas identifiable.

Outre sa partenaire, Mankato, Donnelli doit faire équipe, à l’insu de son plein gré, avec Pfiffelmann… ou plus exactement le « fantôme » de Pfiffelmann, son précédent partenaire, abattu à l’issue d’une perquisition. Un « fantôme » parfois encombrant qui voudrait comprendre le pourquoi du comment de sa mort.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman / Ian Manook / Patrick Manoukian qui poursuit son aventure Made in USA avec un roman n’ayant aucun lien avec sa précédente trilogie (Hunter, Crow et Freeman). Une raison qui se suffit à elle seule.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Quand Ian Manook devient Roy Braverman c’est pour sillonner incognito les Etats-Unis. Pour son nouveau périple on change radicalement de décor (et de personnages), exit les grands espaces, welcome to Manhattan !

Dans l’imaginaire collectif (et sans aucun doute dans les faits aussi), Manhattan est l’archétype de LA mégapole.  Vu du ciel (ou sur une carte) c’est le découpage quasi géométrique de la ville qui saute aux yeux, les axes horizontaux sont les avenues (identifiées par leur numéro et le suffixe Nord ou Sud), et les verticales sont les rues (idem, un numéro et le suffixe Est ou Ouest).

La 42e coupe Manhattan en deux. Midtown. Au-delà c’est le Nord, en deçà le Sud. Sa perpendiculaire, la Cinquième Avenue, tranche entre l’Est et l’Ouest. 42e Ouest d’un côté, 42e Est de l’autre.

Un découpage qui permet d’assister, deux fois par an (half sun en mai et full sun en juillet), à un phénomène naturel assez exceptionnel et dont je n’avais pour ma part jamais entendu parler, le Manhattanhenge.  Un coucher de soleil pile-poil dans l’axe de la 42e rue (voir la couv du bouquin pour se faire une idée du truc).

Que l’axe de l’île sauvage de Manhattan soit décalé de vingt-neuf degrés par rapport au nord. Que le plan de la ville, imaginé sans architecte par de simples fonctionnaires, repose sur un quadrillage perpendiculaire des rues et des avenues. Le grid, la grille arbitraire et cadastrale d’un commissaire au plan pour rendre plus rentable le négoce de chaque parcelle. Donnelli n’ose imaginer que ces coïncidences aient pu être calculées. Le phénomène est bien plus grisant encore s’il n’est que le fruit du hasard.

Fin de la visite touristique, il est temps de passer aux choses sérieuses. Roy Braverman n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle et ce n’est Manhattan Sunset qui viendra déroger à la règle… heureusement ! Ça défouraille sévère et la viande froide ne manque pas (comme vous vous en doutez, on ne meurt pas paisiblement dans son sommeil dans cette histoire).

L’intrigue se déroule sur deux axes, le premier va suivre l’enquête de Donnelli sur le meurtre de la gamine retrouvée dans une casse, le second va amener ce même Donnelli à se poser des questions sur les circonstances de la mort de son partenaire, Pfiffelmann.

Ce brave Donnelli aura du pain sur la planche puisque son enquête le mènera à se frotter à la mafia lituanienne sur fond de trafic humain, quitte à piétiner sans retenue les plates-bandes du FBI qui s’intéresse de près à ces mêmes Lituaniens.

Dans le même temps il devra composer avec un tueur qui semble déterminer à éliminer toutes les personnes dont il est proche. Je serai tenté de dire que c’est la partie la moins intéressante du bouquin car très (trop) prévisible (l’identité du mystérieux tueur s’impose rapidement comme une évidence).

Une autre caractéristique de la « griffe Braverman » est l’omniprésence de l’humour (souvent teinté de noir et d’une bonne dose de cynisme), une agréable façon de contrebalancer la violence assumée et décomplexée de l’intrigue.

Sur ce point la présence d’un Pfiffelmann spectral ouvre de nombreuses perspectives à l’auteur qui ne manque pas d’en jouer afin de détendre l’atmosphère. Me concernant le pari n’était pas gagné d’avance, la présence de ce fantôme me laissait plus que perplexe, mais finalement il est parfaitement intégré à l’intrigue et parvient même à s’imposer comme u élément clé du récit.

Fidèle à son habitude, Roy Braverman nous offre une galerie de portraits mitonnée aux petits oignons. À commencer par Donnelli, flic bourru et cynique à souhait, un brin macho (voire misogyne) ; l’archétype du dur à cuire qui a tout vu, tout vécu et qui est revenu de tout… mais pas forcément sans séquelles ! En creusant au-delà des apparences on découvre un personnage plus complexe que ne le laisse paraître son éternelle désinvolture (voire m’enfoutisme).

Effacée dans un premier temps, la partenaire de Donnelli, Mankato, va peu à peu s’imposer, d’abord par sa force de caractère, puis par son engagement dans le déroulé de l’intrigue. Elle donnera même de sa personne pour arrondir les angles avec le FBI (disons plutôt que c’est le côté bonus de sa relation).

Une fois de plus, nos amis les chats vont surement boycotter ce roman suite aux tortures infligées à l’un des leurs… même si le coupable et ses complices paieront le prix fort de leur connerie (bien fait pour leur gueule à ces fucking bastards). Petite question bonus qui me turlupine à la fermeture du bouquin : que devient Darwin ? Je ne parle pas de Richard l’évolutionniste, je sais que ça bien longtemps qu’il suce les pissenlits par la racine.

Roy Braverman nous offre un divertissement boosté à l’adrénaline et à la testostérone, un thriller fortement teinté de noir maîtrisé de bout en bout. Il me tarde de découvrir la prochaine étape de son périple US.… ou ailleurs, où qu’il aille je le suivrai les yeux fermés.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Ludovic Lancien – Les Oubliés De Dieu

AU MENU DU JOUR

L. Lancien - Les oubliés de Dieu

Titre : Les Oubliés De Dieu
Auteur : Ludovic Lancien
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
494 pages

De quoi ça cause ?

Un médecin généraliste est retrouvé mort à son cabinet ; le(s) meurtrier(s) se sont acharnés sur leur victime pour le massacrer et le mutiler.

Rapidement les policiers chargés de l’enquête découvrent que sous une respectabilité de façade, la victime cachait de sombres secrets. Des secrets qui pourraient bien les mener sur la piste du (ou des) coupable(s)… une piste jalonnée de cadavres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le pitch me semblait prometteur. Et ça faisait déjà un moment que l’envie de découvrir cet auteur me titillait.

J’ai laissé passer le coche avec son premier roman, Le Singe D’Harlow, qui a rapidement rejoint mon Stock à Lire Numérique… avant de s’y perdre, noyé dans la masse. Après m’être assuré auprès de Ludovic Lancien que ce roman pouvait être lu indépendamment du précédent, je me suis lancé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’origine c’est Ludovic Lancien qui m’a contacté via Facebook afin de me proposer de découvrir son roman. Offre que j’ai accepté, après m’être assuré qu’il pouvait être lu indépendamment de son précédent (et premier) roman. La maison d’édition devait me faire parvenir le fichier epub mais ça a cafouillé quelque part… C’est pourquoi j’ai proposé à l’auteur de faire une demande en bonne et due forme via Net Galley.

Comme souvent dans un thriller, le roman s’ouvre sur une scène de crime (passé un prologue pour le moins énigmatique… qui prendra tout son sens bien plus tard), une scène crime qui plonge directement le lecteur dans le grand bain ! La victime, un médecin généraliste sans histoire, a été littéralement déchiquetée par son ou ses assassins. Qu’est-ce qui bien justifier un tel acharnement ? Une telle haine ?

C’est une des nombreuses questions qui se poseront à l’équipe chargée de l’enquête, et tout particulièrement au capitaine Gabriel Darui. Et si je vous disais qu’une partie de la réponse réside dans la tératologie. Ça vous fait de belles jambes ? J’avoue que moi aussi j’ai découvert ce terme à la lecture du roman.

Étymologiquement parlant la tératologie est l’étude des monstres (du grec ancien tératos, signifiant monstres). La définition du Larousse apporte un éclairage plus scientifique au terme : « Science qui traite des anomalies et des malformations liées à une perturbation du développement embryonnaire ou fœtal. »

Entre de mauvaises mains, ce genre de centre d’intérêt peut aboutir aux pires dérives (je pense notamment aux idées nauséabondes du régime nazi). Notre brave Docteur Mievel, la victime, n’est certes pas un adepte du Dr Mengele, mais ses intentions ne sont pas pour autant louables. L’apparente respectabilité du toubib commence à se fissurer… et ce n’est que le début !

Le titre du roman est une référence directe à la tératologie, les « oubliés » en question désignant ces fameux « monstres ». Comme vous pourrez le constater à la lecture du bouquin, la tératologie n’est pas que prétexte aux plus sombres dérives de l’âme humaine ; elle peut aussi donner lieu à des initiatives pleines d’humanité et d’empathie.

Ludovic Lancien nous offre une intrigue aussi intelligente que captivante, le lecteur est tenu en haleine quasiment non-stop au vu des nombreux rebondissements et retournements de situation.

L’autre force du roman réside dans ses personnages. À commencer par Gabriel, en plus d’être confronté à une enquête particulièrement éprouvante, il doit faire face à une situation personnelle douloureuse. Pauline, son épouse, est en phase terminale d’un cancer qu’elle affronte la tête haute, malgré la douleur qui l’accable, Gabriel n’a pas le droit de flancher.

Le reste de l’équipe est composé d’Éric ‘Le Bélier’ Blasco, chef de groupe bourru, mais au grand cœur, Noémie Egawa, lieutenant au tempérament sanguin et Jérémy Perrin, jeune lieutenant qui vient d’intégrer le Bastion.

Les autres personnages du roman ne sont pas pour autant laissés pour compte, c’est volontairement que je fais l’impasse sur eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Avec ce thriller fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale) et de rouge (pour l’hémoglobine), Ludovic Lancien signe quasiment un sans-faute. J’ai été bluffé de bout en bout.

Si le roman peut effectivement être lu et apprécié indépendamment du Singe D’Harlow, il m’a en tout cas donné envie de découvrir ce premier roman. Ne serait-ce que pour en apprendre plus sur ce mystérieux Lucas, le prédécesseur du Bélier.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Roz Nay – La Sentinelle

AU MENU DU JOUR

R. Nay - La sentinelle
Titre : La Sentinelle
Auteur : Roz Nay
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Canada
313 pages

De quoi ça cause ?

Lorsque sa sœur Ruth s’invite chez elle, dans cette station du Colorado devenue son refuge et le point d’ancrage de sa nouvelle vie, Alex Van Ness comprend très vite que le monde qu’elle s’est construit à grand-peine est menacé.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch, bien que d’apparence classique, a su titiller ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il est des bouquins qui, malgré une quatrième de couv’ proposant un pitch plutôt classique, me font quand même envie. La Sentinelle fait partie de ceux-là.

La Sentinelle est le second roman de Roz Nay, mais pour moi ce sera une découverte (même si son premier roman, Notre Petit Secret, a rejoint mon Stock à Lire Numérique depuis un temps plus que certain).

De prime abord donc on serait tenté de croire que l’on a entre les mains un énième thriller psychologique, mais dans les faits le bouquin est bien plus complexe que cela. C’est avant tout l’histoire d’une famille – et tout particulièrement de deux sœurs – brisée par un dramatique accident qui sera le prélude à une inexorable érosion du tissu familial.

Les chapitres alternent donc entre les points de vue des deux sœurs, Ruth, l’aînée qui refait surface dans la vie de sa sœur après avoir disparu durant de longues années, et Alex, la cadette qui s’est construit une nouvelle vie en tirant définitivement un trait sur son passé.

Force est de reconnaître qu’au départ les apparences ne jouent pas franchement en faveur de Ruth ; on a clairement l’impression qu’elle est le mouton noir de la famille Van Ness et la cause de tous leurs déboires. Malgré tout, certains indices (notamment des remarques de Ruth) viennent planter les graines du doute dans l’esprit du lecteur.

Au fil des chapitres on est confronté à deux versions radicalement différentes de l’histoire de la famille Van Ness ; difficile de trancher en faveur de l’une ou de l’autre tant elles nous sont présentées avec la même conviction.

Si le passé de sœurs Van Ness est un élément essentiel du récit (surtout afin de cerner leur personnalité respective), le cœur même de l’intrigue se déroule bel et bien aujourd’hui. Alors que se démêle l’écheveau d’un passé lourd de non-dits et de mensonges, il se tisse conjointement, au présent, un piège implacable.

Roz Nay apporte beaucoup de soins à ses personnages, à l’image de l’intrigue ils nous démontreront que les apparences peuvent être trompeuses et dévoileront des facettes inattendues de leur personnalité.

L’auteure prouve avec brio qu’il est encore possible de surprendre avec une idée de base relativement classique ; c’est sa construction de l’intrigue et l’intensité de ses personnages qui donnent à ce roman une réelle touche d’originalité.

Je ne regrette pas d’avoir voulu aller au-delà des apparences, ce bouquin a été une belle découverte riche en surprises… même si j’avais quand même découvert (ou soupçonné) quelques ficelles de l’intrigue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tom Chatfield – Bienvenue À Gomorrhe

AU MENU DU JOUR

T. Chatfield - Bienvenue à Gomorrhe
Titre : Bienvenue À Gomorrhe
Auteur : Tom Chatfield
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Grande-Bretagne (2019)
473 pages

De quoi ça cause ?

AZ est un hacker qui jouit d’une bonne réputation dans le milieu. Alors qu’il peaufine une opération d’infiltration d’un groupe néonazi allemand, il reçoit un appel à l’aide d’une hacktiviste traquée par l’État Islamique.

À peine l’échange terminé, une inconnue frappe à la porte de son repaire. Anna est membre d’une organisation secrète pour qui l’activité d’AZ semble n’avoir aucun secret. Elle va lui faire une offre qu’il ne peut refuser et qui va radicalement changer sa vie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En parcourant le catalogue de Net Galley c’est d’abord la couv’ qui m’a attiré vers ce bouquin, le pitch n’a fait qu’attiser ma curiosité et mon envie de m’y plonger.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman, Tom Chatfield opte pour un technothriller qui vous plongera dans le monde des hackers et du Darknet (le côté obscur du Net). Il faut dire que les nouvelles technologies n’ont aucun secret pour l’auteur, tech philosopher (que l’on pourrait traduire par philosophe de la technologie),  qui a déjà signé plusieurs essais et les enseigne.

Si au fil du roman ses connaissances sur le sujet sautent aux yeux, nul besoin d’être un geek accompli pour apprécier pleinement son roman. Les nombreux termes techniques sont expliqués dans un langage et une formulation accessibles à tous.

Une intrigue qui vous fera voyager de Londres à la Californie, en passant par Berlin et Athènes. Mais pas vraiment le temps d’admirer les paysages ! Dès que AZ est « enrôlé » (à l’insu de son plein gré) par l’Organisation, sa vie va se dérouler en quatrième vitesse… et sous haute tension !

Tom Chatfield sait y faire pour rendre le personnage d’AZ (Azi pour l’état civil) particulièrement attachant. Le contraste entre sa personnalité virtuelle (et l’aisance avec laquelle il évolue dans ce milieu) et sa personnalité « réelle » (et la difficulté qu’il a à lier et développer des contacts avec ses pairs) y est pour beaucoup. Il est l’archétype de l’antihéros, donnant parfois d’être un ado perdu dans le corps d’un trentenaire.

À sa décharge depuis qu’il s’est retrouvé dans cette sombre affaire dont il ignore une bonne partie des tenants et des aboutissants, difficile de savoir à qui il peut faire confiance ou de qui il doit se méfier, qui veut l’aider ou qui veut le tuer… pas franchement le contexte idéal pour développer sa sociabilité.

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur les autres personnages appelés à intervenir dans le déroulé de l’intrigue. Soyez toutefois assuré que celle-ci vous réservera un bon nombre de revirements de situation, faux-semblants et trahisons en tout genre.

Tom Chatfield nous invite à naviguer eu eaux troubles, entre le Darknet dans ce qu’il a de plus sombre, les milieux néonazis qui ont de plus en plus pignon sur rue et les coulisses de l’État Islamique. Difficile de lier tout ce « beau » monde, et pourtant l’auteur nous propose une intrigue à la fois crédible, cohérente et menée tambour battant.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en ouvrant ce bouquin (comme souvent quand on découvre le premier roman d’un auteur), mais la surprise fut des plus agréables ; c’est totalement conquis que je le referme. J’espère que Tom Chatfield ne s’arrêtera pas en si bon chemin…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Luna Joice – Community

AU MENU DU JOUR

L. Joice - Community
Titre : Community
Auteur : Luna Joice
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
298 pages

De quoi ça cause ?

3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.

Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?

Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit. Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est d’abord la couv’ qui a retenu mon attention. Si le pitch est plutôt un classique du genre (la promesse d’un monde idéal qui va finalement révéler ses failles), j’ai toutefois eu envie de découvrir cette énième vision dystopique du monde de demain.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Écrit à la première personne, le roman nous propose de vire l’intrigue via le personnage de Lyah. Une jeune femme plutôt attachante au caractère bien trempée mais qui fait souvent penser, surtout dans la première partie du récit, à une ado de 16/17 ans davantage qu’à une jeune adulte.

Les premiers chapitres, jusqu’aux résultats de l’Assignation, permettent de définir le cadre de l’intrigue et notamment la vie au quotidien sous contrôle total de Community. Une vision idéalisée de l’avenir qui suscitera d’emblée une certaine méfiance chez tout lecteur un tantinet libre-penseur.

C’est après son Assignation que Lyah va découvrir ce qui se cache réellement derrière Community, notamment à quel point, au nom du bien commun, l’humain a été privé de tout ce qui fait de lui un individu à part entière. Des questions et des thèmes à fort potentiel sont soulevés au fur et à mesure que Lyah doute du bien-fondé de Community, malheureusement ils ne sont abordés que superficiellement par des réponses toutes faites apportées à la va-vite.

Dans les derniers chapitres du roman, Lyah va donc – sans surprise – vouloir se dresser contre le système. Là encore tout va trop vite, tout semble trop simple, elle ne rencontre quasiment aucune opposition et expédie le truc en deux temps et trois mouvements.

Vous l’aurez compris c’est mitigé que je referme ce bouquin. Une lecture qui n’en demeure pas moins sympathique mais qui laisse l’impression d’être complètement passée à côté d’un fort potentiel. Ce n’est pas avec Community que Luna Joice gravera son nom au panthéon des maîtres de la dystopie tels que H.G. Wells, George Orwell, Ray Bradbury, Ira Levin ou encore Margaret Atwood pour ne citer qu’eux (pardon à ceux et celles que j’ai injustement oublié).

MON VERDICT

[BOUQUINS] T.M. Logan – Holiday

AU MENU DU JOUR

T.M. Logan - Holiday
Titre : Holiday

Auteur : T.M. Logan
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2019)
459 pages

De quoi ça cause ?

Kate et ses trois meilleures amies s’offrent une semaine de vacances dans le sud de la France avec maris et enfants.

Des vacances de rêve qui tournent vite au cauchemar pour Kate. À peine arrivée, elle découvre que son mari la trompe et que sa maîtresse est l’une de ses trois amies…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Paraît que les gens de là-haut (l’hémisphère nord) sont en vacances, du coup je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que je me prive du doux parfum du farniente… Même si je me doute bien (et je l’espère plus encore) que l’ambiance des vacances va rapidement virer au noir dans ce roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

On va commencer par les choses qui fâchent avec un gros coup de gueule. Je connaissais les quatrièmes de couv’ trop bavardent qui spoilent (j’ai vraiment du mal à adopter la forme française divulgâcher) tout ou partie de l’intrigue, avec ce roman je découvre le méga spoiler direct sur la couv’.

La coupable ? Cette accroche sous le titre du roman : « Sept jours. Trois couples. Un meurtre. » Le meurtre en question survient dans la toute dernière partie du bouquin, et encore, dans un premier temps tout laisse penser à un dramatique accident. Merci pour l’effet de surprise !

A la décharge (partielle) de l’éditeur, la version originale fait la même connerie en annonçant en couv’ : « Seven days. Three families. One killer. » Mais bon, ce n’est pas parce que ton voisin décide de se jeter sous les roues d’un camion-citerne lancé à pleine vitesse que tu es obligé de reproduire son geste.

Si Holiday est le premier roman de T.M. Logan traduit en français, c’est le troisième (et avant-dernier) roman signé par l’auteur et publié outre-Manche.

Enfilez votre maillot de bain et vos tongs, tartinez-vous de crème solaire et allongez-vous confortablement sur votre transat préféré. Vous voilà paré pour partager les vacances de Kate et ses amies… sauf que lesdites vacances ne seront pas de tout repos, et pas que pour les personnages du roman ; vos nerfs aussi seront mis à rude épreuve.

Pour Kate le ton des vacances est donné, à peine installée, en fouinant dans le téléphone de son mari (pas glop ! pas glop du tout même !), elle tombe sur un échange via Messenger avec une autre femme. Double punition pour la vilaine curieuse : son mari la trompe et sa maîtresse est une de ses meilleures amies ! De quoi plomber l’ambiance d’entrée de jeu…

L’essentiel du roman est rédigé à la première personne, vous permettant de vivre l’intrigue par les yeux de Kate. Quelques chapitres, rédigés à la troisième personne, se concentrent sur d’autres personnages, permettant de mettre l’accent sur des éléments qui échappent à Kate.

L’immersion est totale, on partage les questionnements, les doutes et les remises en questions de Kate au fil de l’intrigue. Et le moins que l’on puisse dire c’est que T.M. Logan ne ménage pas son héroïne, toutes ses amies vont se retrouvées tour à tour suspectées d’être la maîtresse de son mari.

L’auteur apporte beaucoup de soin à ses personnages, il construit une véritable histoire autour des couples et des familles. À tel point d’ailleurs que l’intrigue va rapidement se jouer à deux niveaux, avec d’un côté les adultes et de l’autre les enfants. Et avec T.M. Logan, enfance (et surtout adolescence) ne rime pas forcément avec innocence.

Franchement j’ai été bluffé par la maîtrise de l’auteur quant à sa façon de mener son intrigue,  tant et si bien que son ultime twist m’a totalement pris au dépourvu. J’avais imaginé beaucoup de scénarios possibles, mais j’étais bien loin de la vérité. Ce roman est de fait un véritable page-turner que vous aurez bien du mal à lâcher une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles…

MON VERDICT

Aparté technique

La version numérique reçue via Net Galley comporte une grosse anomalie dans sa mise en page : le fichier correspondant au chapitre 71 comprend en fait les chapitres 71 et 72, avant d’enchaîner sur le fichier du chapitre 72 qui reprend le texte lu précédemment.

Du coup on a ça :

Puis plus tard :

J’espère que la version commerciale finalisée aura corrigé cette erreur.

[BOUQUINS] Vincent Hauuy – Survivre

AU MENU DU JOUR

V. Hauuy - Survivre

Titre : Survivre
Auteur : Vincent Hauuy
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

2035, la Terre et l’humanité sont au plus mal, les dérèglements climatiques et les épidémies se multiplient.

Florian Starck, ex-légionnaire et ex-journaliste, vit reclus dans un coin perdu des Alpes françaises depuis la mort de sa femme et de sa fille.

La disparition de son frère Pierrick, alors qu’il enquêtait sur le projet Survivre, un programme de télé-réalité orchestrée par Alejandro Perez, un milliardaire expert dans le domaine de l’intelligence artificielle, va pousser Florian à sortir de son exil. Il va en effet participer à l’émission Survivre en tant que coach pour l’un(e) des candidat(e)s…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il faut croire qu’en ce moment j’ai le vent en poupe pour découvrir les univers littéraires d’auteurs qui me font du pied depuis déjà quelque temps. Après Christian Blanchard et Michel Bussi, c’est au tour de Vincent Hauuy de passer sur le grill.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’heure où le réchauffement climatique est plus que jamais une réalité (n’en déplaise aux éternels climato-sceptiques), à l’heure où l’épidémie liée au Covid19 vient d’être reconnue comme une pandémie par l’OMS (plus de 156 000 cas confirmés, dont pas loin de 6 000 morts à ce jour) et alors que la France entre en stade 3 de la contamination (grosso modo 4 500 cas confirmés, dont 79 décès), le roman de Vincent Hauuy s’inscrit malheureusement dans l’air du temps.

Bien que n’ayant encore jamais lu de roman de Vincent Hauuy, j’ai ses trois précédents titres dans mon Stock à Lire Numérique ; il semblerait que jusqu’à maintenant il se consacrait à des thrillers plus « classiques » (n’y voyez rien de péjoratif, j’aurai tout aussi bien pu dire « purs et durs »), avec ce nouveau roman l’auteur s’aventure sur le terrain du thriller d’anticipation (même si en l’occurrence ladite anticipation est tristement crédible).

Vous l’aurez compris le futur envisagé par Vincent Hauuy n’est pas franchement une vision optimiste de ce qui nous attend (d’un autre côté, peut-on vraiment être optimiste au vu de la situation actuelle ?). Dans ce contexte plutôt que d’opter pour une approche 100% survivaliste, l’auteur nous plonge au cœur d’un programme de télé-réalité combinant survie et hautes technologies.

Si la simple idée de télé-réalité vous donne des nausées, je vous rassure de suite, Vincent Hauuy n’est pas le clone féminin de Nabilla. Son intrigue et ses personnages ont une réelle profondeur et vous réserveront quelques belles surprises (contrairement à l’encéphalogramme plat de la bimbo au QI d’huître).

N’espérez donc pas suivre un programme télé qui se déroule sans la moindre anicroche, les choses vont rapidement prendre un tournant pour le moins inattendu… pour notre plus grand plaisir (sadique).

L’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages. À commencer bien entendu par Florian Starck, expert du survivalisme qui a perdu foi en l’espèce humaine sans pour autant se couper totalement des autres. La candidate qu’il devra coacher dans le cadre du programme Survivre, Zoé,  lui donnera bien du fil à retordre, mais les deux asociaux vont peu à peu apprendre à se faire confiance.

Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, à commencer par Sofia Lee, psychiatre consultante de l’émission, dont les premiers contacts avec Florian seront plutôt houleux. Sans oublier le lieutenant Phillip Newton, un policier chargé d’enquêter sur la mort d’un scientifique travaillant pour Alejandro Perez et ayant été en contact avec Pierrick, le frère de Florian.

Enfin le personnage le plus ambigu reste celui d’Alejandro Perez, milliardaire spécialisé dans l’Intelligence Artificielle. Il faudra vous contenter de ça, je ne dirai rien de plus sur le bonhomme et vous laisse vous faire votre propre opinion quant à sa vision de l’avenir. De la même façon, je passe volontairement sous silence le rôle d’autres personnages.

Un récit à la première personne qui nous place dans la peau de Florian Starck histoire de nous faire vivre l’intrigue aux premières loges.

Petit bémol de pure forme, je ne suis pas franchement des accroches de fin de chapitre du genre « Je ne pouvais pas savoir que les choses allaient empirer » ou encore « Dans deux jours la situation échapperait à tout contrôle » (ces exemples ne sont pas extraits du présent roman). Un détail insignifiant qui ne m’a nullement empêché de passer un très bon moment avec ce roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Freeman

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Freeman

Titre : Freeman
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
520 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’un ouragan balaie Patterson, un patelin de Louisiane, un homme cagoulé s’introduit au domicile de Sobchak, le redoutable parrain du crime organisé local, et lui dérobe deux millions de dollars en cash.

Dans le même temps Freeman reçoit un joli pactole de la part de Mardiros, un collecteur de dettes missionné par Hunter pour lui remettre l’argent.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman qui perpétue l’aventure US entamée avec Hunter et poursuivie avec Crow. Deux titres avec lesquels j’avais pris un pied d’enfer, j’espérais qu’il en serait de même avec ce nouvel opus.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance. Même si la présente chronique a bien failli ne pas voir le jour.

En effet sur Net Galley le bouquin était initialement proposé au format PDF ; comme c’était le cinquième titre consécutif que je recevais sous cette forme antédiluvienne, j’avais purement et simplement décidé de faire l’impasse sur sa lecture plutôt que de galérer à la réalisation d’un epub maison.

Quelques semaines plus tard le bouquin était disponible au format epub, il a ainsi pu rejoindre la (longue) file d’attente des titres en stand-by. Mon emploi du temps personnel et ma volonté d’alterner entre SP et autres romans ont fait que je n’ai pas eu le temps de me pencher sur le cas Freeman plus tôt (et encore, j’ai pris sur moi pour que Stephen King ne lui grille pas la priorité).

Le personnage de Freeman n’est pas inconnu des lecteurs de Roy Braverman, on le croise en effet dans Hunter, il est le père d’une des victimes présumées de Hunter et traque le fugitif pour lui faire avouer ce qu’il a fait de Louise, sa fille.

Les lecteurs retrouveront avec plaisir l’inénarrable Mardiros, déjà croisé dans Crow, collecteur de dettes (ne dites pas chasseur de primes, ça le vexe) arménien à la langue bien pendue, et toujours prompt à surprendre ses interlocuteurs (et accessoirement le lecteur).

Pour le reste changement de climat, après les tempêtes de neige du grand nord américain, l’intrigue pose ses valises en Louisiane, avec ses airs de jazz et ses cyclones dévastateurs. Une fois de plus la nature fait quasiment office de personnage à part entière dans le roman, avec sa faune pas toujours sympathique (le bayou est en effet un terrain propice aux alligators… n’est-ce pas Tyson ?).

Cette fois, outre la nature sauvage, Roy Braverman donne littéralement vie à La Nouvelle-Orléans, mais pas celle des guides touristiques, c’est plutôt les nombreux côtés obscurs de la ville qui l’inspirent.

Contrairement aux deux précédents romans, l’intrigue de celui-ci ne tourne pas autour d’un personnage unique. On pourrait même dire que Freeman n’est qu’un acteur parmi d’autres qui gravitent autour du vol du fric de Sobchak. Même ce braquage audacieux n’est en quelque sorte que la partie visible de l’iceberg.

Outre Freeman, Louise et Mardiros que nous connaissons déjà, deux enquêteurs, partenaires sans être amis, vont jouer un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue. Deux flics que tout oppose à part le fait que chacun se bat pour une cause qui lui est chère. Beauregard s’est juré de se consacrer en priorité sur les dernières semaines de sa femme qui se meurt d’un cancer en phase terminale. Howard passe ses nuits à chercher des pistes qui pourraient expliquer la disparition de son jeune frère, un an plus tôt.

Autant j’ai trouvé Beauregard sympathique, autant Howard m’est souvent apparu comme un sinistre connard qui ferait mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de l’ouvrir.

Il serait injuste de ne pas mentionner Sobchak, celui qui règne sur le crime organisé en Louisiane et ailleurs, un peu (beaucoup) vénèr de s’être fait piquer deux patates alors que se jouait une importante transaction avec un cartel colombien. Si vous êtes amateur de cocktails (ce qui n’est pas mon cas), vous aurez en bonus le droit à de nombreuses recettes fort bien documentée par Sobchak himself, expert autoproclamé en mixologie (terme qui désigne l’art de préparer des cocktails).

Bien d’autres personnages gravitent autour de ce petit monde, il serait trop long et un tantinet divulgâchant (berk, je déteste ce mot) de vous dresser une bio (avec la nécro en bonus pour certains) exhaustive de chacun.

L’intrigue est riche en rebondissements en tout genre, mais là encore le traitement est très différent de celui de Hunter et Crow. Les deux premiers opus jouaient la carte d’une hyper violence parfaitement  décomplexée et assumée, celui opte pour une approche plus mature et surtout plus humaine de l’intrigue. Ce qui n’exclut pas certaines morts violentes et sanguinolentes…

Ces approches différentes ont été un peu déconcertantes dans un premier temps, me laissant l’impression de lire un roman totalement détaché des deux précédents, mais c’était sans compter sur le talent (et le style narratif très visuel) de Roy Braverman qui balayera bien vite cette impression et saura rapidement vous convaincre que sa façon de traiter le récit est la bonne… voire même la meilleure !

Si ce troisième tome vient clore sa trilogie américaine, j’espère que Patrick Manoukian (aka Ian Manook) ne remisera pas totalement son pseudonyme version US et ses personnages ; certains semblent avoir encore beaucoup de choses à raconter…

MON VERDICT