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Archives de Tag: Historique

[BOUQUINS] Minette Walters – Les Dernières Heures

AU MENU DU JOUR

M. Walters - Les Dernières Heures
Titre : Les Dernières Heures
Série : La Mort Noire – Tome 1
Auteur : Minette Walters
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2017)
528 pages

De quoi ça cause ?

Juin 1348. Comté de Dorseteshire, Angleterre. Un mystérieux mal se répand et sème la mort sur son passage.

Au domaine de Develish, Lady Anne fait tout son possible pour protéger « ses » gens du fléau qui semble frapper tout le pays, qu’ils soient de sang noble ou simples paysans, tous sont traités avec les mêmes égards.

Pour se faire aider, elle nomme Thaddeus Thurkell, un serf à l’esprit vif et affûté comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelque temps que ce bouquin me faisait de l’œil, dans l’espoir d’un geste secourable avant qu’il ne sombre dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique.

L’actualité aidant et les heureux hasards d’un Book Club dont il ne faut pas parler (toute référence à un certain Fight Club n’aurait rien de fortuite) ont joué en sa faveur.

Ma Chronique

En cette période de crise sanitaire majeure, rien de tel pour se changer les idées que de lire un roman traitant justement d’une épidémie mortelle qui ravage le royaume d’Angleterre. Pas besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre que cette fameuse Mort Noire n’est autre que la peste noire. Un fléau qui s’étendra d’abord en Asie avant de frapper l’Europe et une partie du continent africain ; laissant dans son sombre sillage entre 75 et 200 millions de morts sur une période de huit années (entre 1346 et 1353).

Des chiffres qui permettent de relativiser notre situation actuelle, sans pour autant en minimiser les conséquences sanitaires et économiques, mais, aussi et surtout, sans négliger les gestes barrières qui font rempart contre la propagation de cette saloperie de COVID-19 (même si cela me semble inéluctable au fil des déconfinements amorcés ou annoncés).

Embarquement immédiat pour la perfide Albion du XVe siècle, la peste fait rage et décime les populations. Pour faire face à l’épidémie, la mise en quarantaine des malades et le confinement des personnes saines peuvent sembler bien dérisoires, mais restent des mesures éprouvées (et ça reste vrai au XXIe siècle).

C’est la première incursion de Minette Walters dans le roman historique, jusqu’alors elle se cantonnait aux polars et thrillers. Je n’ai aucune honte à avouer ne pas connaître cette auteure, si ce n’est de nom… et encore, très vaguement. Force est de constater que pour un coup d’essai, elle tape haut et fort, même si le bouquin n’est pas exempt de défauts.

Commençons par les personnages. On ne peut qu’adhérer au personnage de Lady Anne, une noble éprise de justice et soucieuse de bien-être de ses gens, qu’ils soient nobles ou simples paysans. Tout le contraire de feu son époux, Sir Richard, qui, en plus d’avoir été un ignare incompétent et violent, était aussi un gros porc lubrique.

On retrouve la même opposition flagrante chez la génération suivante. Thaddeus est un serf brillant, cultivé, à l’esprit vif et toujours à œuvrer pour le bien du domaine dont il se retrouve propulsé régisseur malgré son ascendance paysanne. Eleanor, la fille de Sir Richard et Lady Anne, brille par son égoïsme, ses sautes d’humeur de gamine pourrie et un mépris souverain pour tout ce qui l’entoure (à commencer par sa mère).

Les autres personnages sont plus ou moins à l’image de ces quatre-là, des stéréotypes tout en qualités ou tout à défaut… il n’y a pas vraiment de demi-mesure même si certains évolueront au fil de l’intrigue (je pense notamment aux jeunes que Thaddeus entraînera dans son périple).

Dans le même ordre d’idée, j’avoue volontiers avoir pris beaucoup de plaisir à lire ce roman et à vivre avec les confinés de Develish ; il n’en reste pas moins que globalement j’ai trouvé l’intrigue un peu lisse. Je n’ai jamais tremblé pour les personnages, tant on pouvait être certain que rien de terrible ne pouvait leur arriver.

Bref la principale (et peut être même la seule) faiblesse de ce bouquin tient dans son manichéisme poussé à outrance. Et pourtant, quitte à me répéter, je ne me suis jamais ennuyé en enchaînant les chapitres ; au contraire, plus j’avançais dans l’intrigue et plus j’avais d’en connaître le dénouement.

Je répondrai donc présent pour le(s) prochain(s) tome(s) en espérant des personnages plus nuancés et une intrigue un peu plus sombre. Le second tome est d’ores et déjà disponible en langue de Shakespeare, gageons que les éditions Robert Laffont nous proposent rapidement une traduction en langue de Molière.

MON VERDICT

 
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Publié par le 7 mai 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Miroir De Nos Peines

AU MENU DU JOUR

P. Lemaitre - Miroir De Nos Peines

Titre : Miroir De Nos Peines
Série : Les Enfants Du Désastre – Tome 3
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : France
Origine : 2020
544 pages

De quoi ça cause ?

Avril 1940. Louise Belmont est une jeune institutrice qui arrondit les fins de mois en travaillant comme serveuse à La Petite Bohème.

C’est là qu’elle rencontre un vieux médecin à la retraite, un habitué des lieux. L’homme lui fait alors une proposition pour le moins inattendue. Et contre toute attente Louise l’accepte. Une décision qui va complètement chambouler son quotidien bien tranquille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième et dernier tome de la trilogie Les Enfants Du Désastre. Les deux précédents opus, Au Revoir Là-Haut (2013) et Couleurs De L’Incendie (2018) m’avaient totalement emballé. Il me tardait donc de découvrir le mot de la fin de cette saga aux heures noires de l’Histoire de France.

Ma Chronique

Les lecteurs d’Au Revoir Là-Haut se souviennent peut-être de Louise Belmont, elle avait alors 10 ans et était élevée par sa mère, veuve de guerre. À la fois intriguée et attirée par les curieux locataires que sa mère hébergeait alors.

On la retrouve donc âgée de la trentaine, elle a perdu sa mère il y a peu, elle ne croit plus en l’amour et semble ne pas attendre grand-chose de la vie en général. C’était sans compter sur le talent de Pierre Lemaitre qui va la confronter à une situation pour le moins déstabilisante (une proposition qui pourrait sembler indécente mais ne l’est finalement pas tant que ça). Elle va alors faire un choix lourd de conséquences aux répercussions qu’elle est loin d’imaginer…

Chacun des volumes constituant cette trilogie peut être lu indépendamment des autres. Ils ont tous un début et une fin et s’intéressent à des personnages différents. Une chose est certaine, tous méritent amplement le détour.

Contrairement aux précédents romans, celui-ci ne se concentre pas sur le destin d’un personnage unique. Outre Louise Belmont, on suivra Gabriel et Raoul, deux soldats devenus déserteurs presque à l’insu de leur plein gré, Désiré, un habile mythomane qui sera tour à tour avocat, chargé de communication pour le Ministère de l’Information et prêtre, Fernand, un garde mobile qui rêve d’offrir une vie meilleure à son épouse. Et bien d’autres qui seront appelés à jouer un rôle plus ou moins important dans le déroulé de l’intrigue.

Peu à peu les liens se précisent entre certains personnages, pour d’autres le fil rouge reste plutôt flou.

Le roman s’ouvre sur une situation plutôt favorable dans l’esprit des autorités françaises, la ligne Maginot freinera l’avancée des troupes allemandes (qui n’attaqueront que sur un front unique), la vaillante armée française saura repousser l’envahisseur teuton… mais quand les armées du Reich donnent l’assaut c’est la débandade totale ! Plusieurs lignes de front sont ouvertes, les forces françaises sont soit écrasées, soit dépassées ; rien ne semble pouvoir stopper la marche en avant des troupes allemandes.

Pierre Lemaitre décrit avec énormément de réalisme l’exode des populations civiles qui fuient l’avancée de l’envahisseur allemand. Comme il l’a déjà fait dans les deux précédents opus de cette trilogie, il n’hésite pas à ponctuer d’humour même les situations les plus dramatiques.

Pour revenir aux personnages je reconnais avoir mis un certain temps à m’attacher à Louise, mais finalement elle est beaucoup moins nunuche que l’on pourrait le penser de prime abord, et saura s’adapter à des situations pour le moins inhabituelles et parfois mêmes extrêmes.

Dans le même ordre d’idée j’ai eu du mal à apprécier le personnage de Raoul, même s’il s’améliore au fil des chapitres et finirait presque par nous devenir sympathique, l’épisode du singe m’est resté au travers du gosier.

Indéniablement le personnage le plus attachant et le plus truculent du roman demeure Désiré, un mythomane hors pair capable d’endosser n’importe quel rôle en un temps record et de s’éclipser avant que le vent ne tourne en sa défaveur.

J’ai aussi eu un faible pour M. Jules, le patron de La Petite Bohême, un grincheux au grand cœur.

Globalement je serai tenté de dire que ce Miroir De Nos Peines m’a un peu moins emballé que les deux précédents opus de la série ; il faut dire que la barre était haute, voire très haute. Il n’en reste pas moins que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin, je vous le recommande donc vivement. Ne serait-ce que pour apprécier la qualité de l’écriture de Pierre Lemaitre.

Une trilogie qui n’a été clairement nommée par son auteur qu’à l’issue du second tome, avant on parlait simplement de Trilogie De L’Entre-Deux Guerres.  Dans une interview accordée au Journal du Québec, Pierre Lemaitre explique pourquoi il a finalement choisi comme titre Les Enfants Du Désastre :

« J’avais choisi de faire un premier roman qui se passerait au tout début des années 20. C’est seulement ensuite que je me suis intéressé à l’entre-deux-guerres, une période durant laquelle toutes les générations de jeunes ont été sacrifiées. Ils ont eu une première guerre, ils ont assisté à la montée du nazisme, et hop, on leur colle une deuxième guerre. Bref, 30 ans de désastre. »

Et maintenant ? Il semblerait que l’auteur ne soit pas encore décidé à se remettre au thriller, son ambition initiale étant de proposer une saga littéraire s’étendant de 1920 à 2020, ce sont les Trente Glorieuses qui lui tendent les bras pour son (ses) prochain(s) roman(s).

MON VERDICT

 
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Publié par le 4 février 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Kate Mosse – La Cité De Feu

AU MENU DU JOUR

K. Mosse - La Cité de Feu

Titre : La Cité De Feu
Auteur : Kate Mosse
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2018)
608 pages

De quoi ça cause ?

France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants montent, le royaume se déchire.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, une jeune libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant dont la vie est en danger. Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique volée et à un testament très convoité.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine. Bien que n’étant pas forcément réceptif aux romans historiques et moins encore quand il est question de guerre de religion, j’ai une totale confiance en cette maison d’édition.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue sans la moindre honte qu’avant de découvrir ce roman au catalogue des éditions Sonatine je n’avais jamais entendu parler de Kate Mosse. À ma décharge je ne suis pas particulièrement friand des romans historiques. Après quelques recherches sur Internet (merci Google et Wikipedia) j’ai réalisé que l’auteure était une référence du genre, certains n’hésitant pas à la définir comme étant l’équivalent féminin de Ken Follett (jamais lu non plus, mais je connais de nom).

Si vous me suivez depuis déjà quelques temps vous savez que je suis viscéralement athée et plus encore anticlérical… bref j’exècre tout ce qui a trait aux religions (oui, je les fous toutes dans le même panier).

Gros challenge pour ce roman, il doit réussir à me plonger en immersion dans un roman historique qui se déroule justement en pleine guerre de religion. Le pari n’était pas gagné d’avance.

La Cité De Feu est le premier tome d’une ambitieuse tétralogie qui promet de nous faire voyager à la fois dans l’espace et dans le temps. En compagnie de Kate Mosse et de ses personnages nous traverserons 300 ans d’Histoire, une saga qui débute en France au XVIe siècle pour s’achever en Afrique du Sud au XIXe siècle.

Le roman s’ouvre de fait sur un prologue qui nous transporte dans un trou perdu au fin fond de l’Afrique du Sud en 1862. Une femme arrive devant une tombe, elle ne le sait pas encore mais elle n’est pas seule dans ce désert. Est-ce le début de la fin ? La fin d’une histoire commencée trois siècles plus tôt en France.

Et nous voilà propulsé 300 ans plus tôt, là où tout a commencé. An de grâce 1562, Carcassonne. Quelques semaines avant le massacre de Vassy qui marquera le début de la première guerre de religion opposant catholiques et protestants.

Contre toute attente il n’aura fallu que quelques pages à Kate Mosse pour m’embarquer corps et âme. J’ai d’abord été totalement convaincu par la qualité de la reconstitution historique, même si je suis loin d’être un expert en la matière ; c’est totalement crédible, cela me suffit amplement.

J’ai aussi apprécié le traitement des personnages, l’auteure donne à chacun une véritable profondeur et une personnalité qui lui est propre. Elle sait aussi y faire pour orienter notre empathie vers certains personnages, en rendre d’autres en tout point méprisables et entretenir le doute sur d’autres encore.

Nul besoin d’avoir fait Normale Sup pour deviner, dès leur première rencontre, que Minou et Piet finiront dans les bras l’un de l’autre. De même que certaines grandes lignes de l’intrigue sautent aux yeux comme une verrue poilue sur le nez. Mais il n’en reste pas moins que l’on a envie de se laisser porter par le récit, d’en découvrir les tenants et les aboutissants et surtout de savoir comment Kate Mosse va nous y amener… et à quel prix pour ses personnages. Tant et si bien que le roman se lit véritablement comme un thriller.

À travers ses personnages féminins, l’auteur souligne la place de la femme dans la société de l’époque. Si Minou bénéficie d’une grande liberté de mouvement et d’expression, il n’en va pas de même pour sa tante, Mme Boussay, épouse effacée d’un notable à Toulouse. Mais comme le dit fort justement l’adage, il faut parfois se méfier de l’eau qui dort.

En refermant ce bouquin, non seulement il me tarde de découvrir la suite (le second tome est d’ores et déjà disponible en VO), mais en plus ça m’a donné envie de plonger plus avant dans l’univers de l’auteure, notamment via sa Trilogie du Languedoc qui semble être un must du genre.

Au fil du temps, les protestants ne furent malheureusement pas les premières (ni les dernières) victimes du puissant clergé catholique, avec ou sans le bras armé de l’Inquisition. Au XIIIe siècle les cathares ont été littéralement exterminés par les catholiques, au XIVe siècle ce sont les Templiers qui seront traqués et éliminés. Et encore, je ne vous parle pas des juifs qui seront à maintes reprises victimes de l’intégrisme catholique. Et dire que ça prêche la tolérance !

Je ne résiste pas à une ultime pique à destination des culs bénits en citant un personnage du roman qui, alors que sa future victime en appelle à sa conscience, lui répond froidement :

Je n’aurai rien sur la conscience. Je confesserai mes péchés et mon âme sera de nouveau comme neuve, tandis que toi, catin de huguenote, tu paraîtras devant Dieu sans t’être confessée, grevée de tous tes péchés.

On pourrait m’objecter qu’il faut replacer la chose dans son contexte historique, sauf que j’ai entendu grosso modo ce même genre d’argument foireux  venant d’une racaille quelconque qui venait d’être interpellée après son forfait. Comme si le simple fait de sucer son hostie à la messe du dimanche matin effaçait toutes ses conneries de la semaine.

MON VERDICT

 
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Publié par le 29 janvier 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Chris Kraus – La Fabrique Des Salauds

AU MENU DU JOUR

C. Kraus - La Fabrique des Salauds

Titre : La Fabrique Des Salauds
Auteur : Chris Kraus
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : Allemagne (2017)
880 pages

De quoi ça cause ?

Les frères Solm, Hub (1905)et Koja (1909), naissent en Lettonie alors déchirée par la guerre civile, convoitée à la fois par les Russes et les Allemands. Au cœur de la crise, la famille Solm recueille et adopte Ev, une gamine dont les parents viennent d’être exécutés par les bolcheviques.

Soixante ans plus tard, Koja raconte à son voisin de chambrée à l’hôpital, sa vie, leur vie à tous les trois. Un parcours hors du commun étroitement lié à l’histoire de l’Europe et du Monde dans ses heures les plus sombres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé dessus par hasard en parcourant le catalogue de Net Galley, le titre m’a inspiré, la quatrième de couverture a fait le reste.

J’ai attendu de me procurer une version commerciale avant de le lire, la version « non corrigée » envoyée par l’éditeur demandait trop de travail de mise en forme pour pouvoir être lue confortablement.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant de m’attaquer au fond de l’histoire, et quel fond puisqu’il s’agit de ni plus ni moins de 70 ans d’Histoire au cours desquels l’Europe et le monde ont connu de profonds bouleversements ; je souhaiterai dire quelques mots sur la forme.

Ce bouquin est tout simplement divinement écrit, pour son premier roman traduit en français Chris Kraus signe une oeuvre audacieuse (pas loin de 900 pages) qu’il maîtrise de bout en bout, sa plume est un régal pour les yeux (il parvient même parfois à sublimer l’horreur et le tragique de certaines situations, ou, à contrario à les restituer froidement). De fait je ne peux que m’incliner devant le formidable travail de la traductrice, Rose Labourie, qui su retranscrire toutes ces émotions et toute la magie des mots à l’attention des lecteurs français.

Il m’aura fallu pas loin de trois semaines pour venir à bout de ces 900 pages, délai qui n’est pas à imputer à la qualité du récit mais bel et bien à un emploi du temps professionnel surchargé qui faisait qu’en rentrant du taf je n’avais envie de penser à rien. Or ce roman n’est pas vraiment une lecture vide tête, loin s’en faut ! Les neurones turbinent à fond au fil des pages…

Il est facile de juger rétrospectivement, confortablement vautré dans son canapé ; mais qui peut en toute sincérité affirmer qu’en son âme et conscience, dans les mêmes conditions, il n’aurait pas fait les mêmes choix que Koja, ou Hub Solm ? Pour ma part je préfère me réfléchir aux paroles de Jean-Jacques Goldman plutôt que de dispenser des leçons de morale à deux balles :

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt / Sur les ruines d’un champ de bataille / Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens / Si j’avais été allemand ?

N’allez surtout pas croire que je cherche à excuser, ni même à minimiser les horreurs du régime nazi. Une telle abomination est et restera à jamais inexcusable, mais l’esprit humain est une mécanique complexe qui peut nous pousser à faire passer l’instinct de survie avant le sens moral.

La Fabrique Des Salauds n’est pas un énième roman sur la seconde guerre mondiale, même si le conflit reste le fil rouge de l’intrigue, c’est plutôt les années d’après-guerre qui donne corps au récit et à l’histoire que nous narre Koja Solm. Avec en point de mire la surprenante facilité avec laquelle l’Allemagne d’après-guerre a su recycler nombre de ses anciens dignitaires nazis.

Un narrateur au parcours peu commun puisqu’après son enrôlement au sein de la SS il visitera les geôles des services secrets russes avant d’être « retourné » par le KGB, puis mettra son savoir au service du BND (les services secrets allemands), de la CIA et du Mossad. Parfois même en revêtant une double, voire une triple, casquette avec souvent des intérêts totalement contradictoires (les uns veulent protéger les anciens nazis alors que les autres cherchent à les démasquer et à les traduire en justice).

Koja Solm lui même se retrouvera plus d’une fois le cul entre deux chaises, d’un côté il doit se protéger et cacher (ou minimiser) ses anciennes fonctions dans la SS, de l’autre répondre aux attentes de ses employeurs et enfin se venger de son frère en le faisant tomber sans que celui-ci ne l’entraîne dans sa chute.

Une lecture éprouvante moralement et nerveusement (ce qui explique aussi le temps mis pour achever le roman), au-delà des actes eux-mêmes c’est le ton du narrateur qui est dérangeant. Il relate les faits avec froideur et en cherchant toujours à mettre une certaine distance entre l’acte et sa propre responsabilité. Au lieu d’éprouver des remords, il va plutôt chercher à se faire passer pour une victime. Ce déni permanent et cette lâcheté m’ont dérangé plus d’une fois ; difficile, pour ne pas dire impossible, dans ces conditions d’éprouver un semblant d’empathie pour le personnage de Koja Solm. Et pourtant parfois on aurait presque envie de le croire !

Chris Kraus mêle adroitement Histoire et fiction, n’hésitant pas à faire intervenir dans son intrigue des personnages ayant réellement existés. Difficile de deviner où s’arrête la réalité historique et où commence l’imaginaire de l’auteur ; d’autant qu’il nous prévient dans son avant-propos, les événements les plus incroyables (ou les plus improbables) ne sont forcément fictifs.

Un bouquin qui vous prend aux tripes, à savourer lentement pour apprécier pleinement tout son potentiel. Clairement pas une lecture qui vous redonnera foi dans le genre humain !

L’auteur a récemment déclaré qu’il trouvait le titre français de son roman très bien trouvé pour son côté cash avec un brin de provocation ; le titre original Das Kalt Bulte pouvant en effet se traduire par Le Sang Froid, certes adapté mais nettement plus sage que La Fabrique Des Salauds.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 1 octobre 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Mireille Calmel – La Prisonnière Du Diable

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M. Calmel - La Prisonnière du Diable

Titre : La Prisonnière Du Diable
Auteur : Mireille Calmel
Éditeur : XO
Parution : 2019
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Mai 1494, en Égypte.
Une roue de pierre tourne, gardée par un ordre secret.
Lorsqu’elle s’arrête, le nom de celui qui doit mourir apparaît sur la tranche.
Celui dont le diable s’est emparé et qui sera exécuté par l’Ordre.
La volonté de Dieu…

Juin 1494, à Utelle, sur les hauteurs de Nice.
Hersande règne sur le sanctuaire de Notre-Dame.
Elle reçoit enfin le billet délivré par la roue.
Mais lorsqu’elle lit le message, elle vacille.
Jamais ce nom n’aurait dû apparaître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par curiosité et pour sortir de ma zone de confort. Un roman historique qui se décline sous forme d’un thriller médiéval mâtiné d’une pointe de fantastique ; pourquoi pas ?

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien que n’étant pas très porté sur les romans historiques, je connaissais de nom Mireille Calmel et, au vu de sa réputation, je me disais pourquoi ne pas tenter le coup un jour. Il fallait juste que je trouve le titre qui m’inspire ; le déclic s’est fait presque instantanément avec son dernier roman, La Prisonnière Du Diable.

Direction la fin du XVe siècle, l’histoire débute en Égypte et donne d’entrée de jeu le ton (on ne plaisante pas avec le Diable), mais c’est à Utelle, un petit bourg situé sur les hauteurs de Nice que se jouera ensuite l’intrigue.

Si le fond est bel et bien historique, sur la forme le roman se lit véritablement comme un thriller en nous proposant une intrigue dont on n’aura beaucoup de mal à se détacher et plus encore à percer les petits et gros secrets des différents personnages. Mireille Calmel sait y faire pour brouiller les pistes sans toutefois embrouiller le lecteur.

L’auteure apporte énormément de soins à ses personnages, les dotant de personnalités bien affirmées et ne révélant les desseins (plus ou moins avouables) de certain(e)s qu’avec parcimonie. Sans entrer dans les détails, soyez assuré que votre première impression sur certains personnages ne sera pas forcément la plus juste.

Une intrigue portée presque exclusivement par des personnages féminins, qu’il s’agisse de Myriam, une villageoise qui a bien du mal à joindre les deux bouts depuis le décès brutal de son époux, mais qui est prête à tout donner pour ses enfants (deux et un troisième à venir incessamment sous peu). Mais aussi les sœurs du sanctuaire de Notre-Dame, à commencer par la mère supérieure, Hersande qui appartient aussi, ainsi que Camilla une autre nonne dont elle est très proche, à l’Ordre.

Les hommes ne sont toutefois pas cantonnés à des rôles secondaires, Benoit, Jacquot (et ses filles) ou encore le baron seront appelés à jouer un rôle majeur dans le déroulé des événements.

Le fantastique s’installe petit à petit dans le récit, sur fond de sorcellerie et de magie noire. Ça pourrait sembler déroutant dans ce type de roman, mais en l’occurrence cela s’intègre parfaitement à l’intrigue.

Puisqu’il est question du Diable, il sera aussi question de Dieu ; j’avoue que je redoutais un côté trop manichéen ou trop religieux (c’eut été pire pour moi), mais là encore j’ai été agréablement surpris. Même si nous sommes au XVe siècle dans un bourg qui vous un culte à la vierge Marie, l’auteure ne verse pas dans le prosélytisme (vous pouvez faire confiance à l’athée anticlérical que je suis sur ce point).

À la lecture du roman on devine que Mireille Calmel a dû se livrer à un gros travail de documentation et le résultat est on ne peu plus convaincant, on est en totale immersion dans le Moyen Âge (une époque où l’Église était, ne l’oublions pas, toute puissante).

Les chapitres sont courts, le style ne s’encombre pas de tournures alambiquées inutiles et va à l’essentiel, ce qui colle parfaitement au rythme de l’intrigue (qui se déroule pour l’essentiel sur 4 jours). Tout est fait pour que vous ne puissiez plus lâcher le bouquin une fois qu’il vous aura ferré… et c’est fichtrement bien fait !

MON VERDICT

 
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Publié par le 20 août 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Couleurs De L’Incendie

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P. Lemaitre - Couleurs de l'incendie

Titre : Couleurs De L’Incendie
Série : Les Enfants Du Désastre – Tome 2
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
544 pages

De quoi ça cause ?

1927. A la mort de son père, Marcel Péricourt, c’est sa fille unique, Madeleine, qui va hériter de son empire financier. Le jour des obsèques, son jeune fils, Paul, se jette par la fenêtre du second étage et vient s’écraser sur le cercueil de son grand-père.

Paul survivra à sa chute, mais restera paraplégique. Totalement accaparée par la santé de son fils, Madeleine ne se rend pas compte de ce qui se trame dans son dos. Au bord de la ruine, elle sera contrainte de vendre la demeure familiale et de s’installer en ville dans un modeste logement.

Quand elle réalise qu’elle a été trahie et manipulée par ceux et celles en qui elle avait placé sa confiance, Madeleine met en branle un plan de bataille aussi intelligent que machiavélique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre, un extraordinaire conteur qui, sortant de sa zone de confort, nous compose une trilogie consacrée à la période de l’Entre-Deux-Guerres.

Parce qu’il me tardait justement de renouer avec ce cycle initié en 2013 avec l’excellentissime et goncourisé Au Revoir là-Haut.

Ma chronique

En 2013, Pierre Lemaitre, qui jusqu’alors était connu pour ses thrillers (avec notamment la trilogie Verhoeven), crée la surprise avec son roman Au Revoir Là-Haut, une fiction historique ayant pour cadre la Première Guerre mondiale et l’après-guerre.

Un pari risqué, mais qui s’avérera payant grâce aux formidables talents de conteur de l’auteur ; pour ma part j’ai adoré suivre les mésaventures d’Albert Maillard et Edouard Péricourt. Et je ne suis pas le seul, le roman récoltant de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux prix Goncourt. Pas mal pour un premier essai !

Quatre ans c’est long, autant vous prévenir de suite Monsieur Lemaitre, vos lecteurs exigent que cette attente soit récompensée dignement. Et l’on est rassuré dès les premières pages avec une mise en bouche surprenante, mais savoureuse. Mais surtout on retrouve le style narratif qui nous avait tant enchanté à la lecture de Au Revoir Là-Haut, l’auteur s’adressant parfois directement au lecteur.

Au niveau des personnages l’intrigue se construit autour de Madeleine et de son fils, Paul. Deux personnages bien travaillés, l’auteur parvient à nous les rendre rapidement sympathiques. Alors même si les plans de Madeleine impliquent de faire quelques écarts avec la loi et la morale, on ferme les yeux en se disant que c’est pour la bonne cause.

Pour se reconstruire Madeleine va devoir déstabiliser, voire détruire, les responsables de sa déchéance. A commencer par Gustave Joubert, l’ancien adjoint et homme de confiance de son père, un individu à la fois aigri et imbu de lui même. Puis il y a Charles Péricourt, son oncle, un politicien véreux qui a toujours jalousé la réussite de son frère. Enfin il y a André Delcourt, un journaliste arriviste, qui, sous ses faux airs de gendre idéal, cache de bien sombres travers.

Si Pierre Lemaitre réussit à vous faire aimer certains personnages, il est tout aussi doué quand il s’agit de vous en faire détester d’autres. Il l’avait déjà brillamment prouvé dans Au Revoir Là-Haut avec Henri d’Aulnay-Pradelle, vous allez adorer détester ces trois sinistres sires.

L’auteur apporte le même soin à ses personnages plus secondaires. Vous découvrirez ainsi Solange Gallinato, une cantatrice au talent incommensurable mais un tantinet fantasque et exubérante. Pour ma part j’ai eu un faible pour le personnage de M. Dupré, qui deviendra en quelque sorte le bras armé de Madeleine. Je ne peux pas tous les citer mais je m’en voudrais de ne pas mentionner Léonce et son amant Robert ou encore Vladi, la nurse polonaise de Paul…

Au risque de me répéter (tant pis, j’assume), la plume de Pierre Lemaitre vous mettra du baume au coeur tant elle est agréable à lire, riche tout en restant parfaitement fluide et naturelle, tout amoureux de la langue française succombera inévitablement aux charmes narratifs de l’auteur.

Il est des livres très « visuels », au cours de la lecture on visualise littéralement l’action, comme si on regardait un film. Avec ce cycle de l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaitre nous propose des livres « audiovisuels », non seulement on visualise l’action, mais en plus on la vit comme si l’auteur nous la racontait en personne.

Les thèmes abordés dans le roman sont graves, non seulement à cause du contexte (la seconde partie du récit se déroule à partir de 1933, Hitler est tout juste élu Chancelier du Reich, mais on devine rapidement les ravages de la propagande nazie), mais aussi du fait même de l’intrigue. Tout en restant sérieux dans son traitement, Pierre Lemaitre n’hésite pas à apporter çà et là quelques touches de légèreté et d’humour.

Il me tarde de découvrir l’ultime opus de cette trilogie. L’auteur se veut rassurant pour ceux et celles qui, comme moi, trépignent déjà d’impatience, il nous assure que cet ultime opus sera publié dans 18 mois (soit à la mi 2020).

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 janvier 2018 dans Bouquins

 

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