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Archives de Tag: Héloïse Esquié (trad.)

[BOUQUINS] Carole Johnstone – Mirrorland

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Titre : Mirrorland
Auteur : Carole Johnstone
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Écosse
448 pages

De quoi ça cause ?

Cat est partie s’installer à Los Angeles, loin de sa ville natale d’Édimbourg, et de sa sœur jumelle, El, dont elle est sans nouvelles depuis de longues années. La première partie de sa vie semble effacée de sa mémoire. Mais le jour où elle apprend la disparition inquiétante de sa sœur, elle décide de rentrer en Écosse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait prometteur.

Je me méfie des accroches commerciales, mais quand je vois que Stephen King juge le bouquin « diablement intelligent »,  ça ne fait que booster ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance.

J’avoue que la prise de contact avec ce roman ne s’est pas forcément passée aussi bien que je l’espérais, j’ai en effet eu beaucoup de mal à me plonger dans l’intrigue et à accrocher aux personnages.  Heureusement le mix réussi entre le thriller psychologique et la chasse au trésor et l’ambiguïté grandissante de certains protagonistes ont fini par me faire oublier ces débuts difficiles.

Il faut dire que Carole Johnstone sait y faire quand il s’agit de nous faire douter de ses personnages (le lecteur aura bien du mal à démêler le vrai du faux autour de El, Ross et même Cat). Qu’est-il réellement arrivé à El ? Pourquoi les deux sœurs étaient-elles brouillées depuis plus de dix ans ? Et surtout que s’est-il passé cette nuit du 4 septembre 1998 où tout a basculé ?

À travers un jeu de piste macabre (sous forme d’une chasse au trésor parsemé d’indices) orchestré par sa sœur, Cat va redécouvrir le Mirrorland, un monde imaginaire que les deux sœurs avaient créé pour échapper à la réalité ; un voyage dans le passé qui va faire remonter les souvenirs refoulés des traumatismes de leur enfance.

Le récit à la première personne nous permet de suivre l’intrigue du point de vue de Cat, avec elle on redécouvre son passé pour dénouer les événements du présent (la disparition en mer de sa sœur… accident, suicide ou homicide ?).

Au départ la situation paraît très embrouillée, mais heureusement les choses se précisent peu à peu. Ce qui ne signifie pas pour autant que tout devient limpide comme de l’eau de roche, au contraire le lecteur n’a pas fini de douter et de s’interroger. Les multiples rebondissements rebattent totalement les cartes, trop peut-être… j’ai trouvé en effet que l’ultime retournement de situation était un peu (beaucoup) too much, idem pour les explications qui suivront ; du coup la crédibilité de l’intrigue prend du plomb dans l’aile.

Pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut que les personnages soient particulièrement crédibles, c’est heureusement le cas ici. Le trio formé par Cat, El et Ross est très réussi et vous donnera  bien du fil à retordre. Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, je pense notamment au duo d’enquêteurs formé par Rafiq et Logan.

L’intrigue est plutôt bien ficelée (machiavélique parfois) malgré quelques bémols. L’idée de combiner le passé et le présent est une idée plutôt bien trouvée et bien exploitée, idem pour l’essentiel de l’intrigue qui se joue quasiment à huis clos.

Force est toutefois de reconnaître que pour son premier roman Carole Johnstone n’a pas fait le choix de la simplicité, ça force le respect.

MON VERDICT

 
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Publié par le 9 septembre 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUIN] Sarah Elaine Smith – Marilou est Partout

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S.E. Smith - Marilou est partout
Titre : Marilou Est Partout
Auteur : Sarah Elaine Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2019)
470 pages

De quoi ça cause ?

Cindy, 14 ans, est une gamine livrée à elle-même qui vit, en l’absence prolongée de leur mère, avec ses deux frères ainés dans un bled paumé de Pennsylvanie.

Quand Jude, la fille d’une voisine, disparaît, Cindy va peu à peu entrer dans la vie de sa mère, Bernadette, jusqu’à prendre la place de Jude et espérer, enfin, mener une vie meilleure que la sienne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, même si je savais que, avec ce roman, je ne devais pas m’attendre à un thriller boosté à l’adrénaline.

Ma Chronique

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en attaquant ce roman, mais, label Sonatine oblige, je partais plutôt confiant.

Le moins que l’on puisse dire c’est que pour un premier roman Sarah Elaine Smith ose s’aventurer hors des sentiers battus ; Marilou Est Partout s’impose d’emblée comme un bouquin semblable à nul autre. Tout dans ce roman contribue à lui conférer un petit quelque chose d’unique, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur…

Je serai tenté de dire que ce roman est un bouquin qui se mérite, l’auteure use en effet d’un style très particulier qui demande une phase d’adaptation pour être dégusté à sa juste valeur. À ce titre je tire mon chapeau à Héloïse Esquié, la traductrice, ça n’a pas toujours dû être simple de trouver les bonnes figures de style pour restituer au mieux les pensées parfois très absconses de Cindy, la jeune héroïne du roman.

Le récit est à la première personne, c’est donc Cindy qui vous raconte son « imposture » et vous invite à suivre le fil (décousu) de ses pensées. Une ado un peu sauvage, livrée à elle-même, qui vit dans une baraque à la limite de l’insalubre avec ses deux frères tandis que la mère s’est carapatée une énième fois.

Autant elle peut être complice avec Virgil, l’ainé, autant sa relation avec Clinton est plus houleuse ; sans jamais y mettre les mots, l’auteure suggère fortement des gestes inappropriés et/ou un comportement déplacé du garçon (ou à tout le moins ressentis comme tels par Cindy). Avec le même art subtil du non-dit, on devine qui Virgil soupçonne quelque chose.

C’est sans doute la raison pour laquelle c’est Virgil qui suggérera à Cindy de se rapprocher de Bernadette afin de veiller sur elle. Il faut dire que Bernadette a parfois (souvent) la mémoire qui flanche, la disparition de sa fille a certainement contribué à la fragiliser et une consommation d’alcool immodérée termine de fertiliser un terrain déjà propice aux « absences ».

Cindy quant à elle poussera le rapprochement à l’extrême et profitera, sans réelle intention de nuire à quiconque, de la fragilité de Bernadette pour se substituer à Jude. Dans la peau de Jude, elle va trouver une place qu’elle ne parvient pas à trouver en étant elle-même… et tant pis si cet épanouissement de façade est biaisé par l’état de Bernadette.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de classer ce roman dans un genre en particulier. C’est à la fois un drame familial et un roman noir, avec une dimension psychologique prépondérante. Pas d’action débridée et pourtant, une fois pris par la narration de Cindy, il devient quasiment impossible de lâcher le bouquin… même si parfois la lecture pourra s’avérer éprouvante, voire dérangeante.

En donnant voix Cindy, Sarah Elaine Smith empêche le lecteur de porter un jugement tranché sur le comportement de sa jeune héroïne, sa candeur et son innocence venant contrebalancer l’amoralité de ses actes.

Finalement ce bouquin propose une expérience de lecture assez unique en son genre, ne serait-ce que pour ça, il mérite que l’on s’y attarde… sans perdre de vue toutefois qu’il exigera de vous un certain investissement personnel afin de dompter un style tout aussi unique en son genre.

MON VERDICT

 
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Publié par le 15 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Alexandria Marzano-Lesnevich – L’Empreinte

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A. Marzano-Lesnevich - L'Empreinte
Titre : L’Empreinte
Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2017)
480 pages

De quoi ça cause ?

En 2003 Alexandria Marzano est une étudiante en droit farouchement opposée à la peine de mort. Lors d’un stage en Louisiane, elle découvre le dossier Langley, une affaire qui va profondément l’ébranler et la faire douter de ses propres convictions.

En 1992, Ricky Langley, 26 ans, tue Jeremy Guillory, un enfant de six ans venu jouer avec ses petits voisins. Déjà condamné pour des affaires de pédophilie, Langley sera condamné à mort. En 2003, son procès sera révisé.

Pour Alexandria cette affaire a une résonance bien particulière, elle fait remonter à la surface ses propres souvenirs d’enfance, ces années durant lesquelles son grand-père a abusé d’elle et de sa sœur cadette…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine. Et même si ce titre s’écarte de leur ligne éditoriale habituelle, il m’intriguait et titillait ma curiosité.

Sonatine et Net Galley ayant donné une suite favorable à ma demande, je profite de l’occasion pour découvrir ce titre en avant-première (parution le 24 janvier).

Ma Chronique

Avant toute chose je tiens à remercier chaleureusement les éditions Sonatine et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si ce titre m’intriguait tout particulièrement c’est parce qu’il est un cocktail étonnant entre la reconstitution façon True Crime (l’affaire Langley demeure le thème central du récit) et des éléments autobiographiques (principalement les abuse subis par l’auteure et leurs conséquences). Afin de combler les blancs laissés par les diverses (et nombreuses) sources consultées, Alexandria Marzano-Lesnevich a dû faire jouer son imagination afin de consolider son récit.

Ce bouquin est le fruit de dix années de labeur et plus de 30 000 pages (plus les innombrables photos et vidéos) relatives à l’affaire Langley consultées. Un bouquin qui a bien failli ne jamais voir le jour, au vu de la réaction de l’auteure quand elle a pris connaissance de l’affaire Langley :

Je suis venue ici pour aider à sauver l’homme à l’écran. Je suis venue pour contribuer à sauver des hommes tels que lui. Je suis venue parce que mes idéaux et mon identité existent indépendamment de ce qui s’est produit dans le passé. Il le faut. Sinon, que me réserve la vie ?
Mais je regarde l’homme à l’écran, je sens les mains de mon grand-père sur moi, et je sais. Malgré la formation que j’ai suivie, malgré le but que je poursuivais en venant travailler ici, malgré mes convictions.
Je veux que Ricky meure.

On sent à la lecture du bouquin, et tout particulièrement quand Alexandria Marzano-Lesnevich évoque son propre parcours, qu’elle a dû effectuer un énorme travail sur elle-même pour exprimer tout ce qu’elle avait sur le cœur et la conscience. À ce titre l’exercice apparaît comme une forme d’exutoire (voire d’exorcisme) face à ce passé qui l’empoisonne par ses non-dits accumulés.

En lisant tout ce qui a trait à l’affaire Langley, on ne peut que s’incliner devant le formidable travail de documentation et de synthèse réalisé par l’auteure. On en viendrait presque à oublier que l’on est cœur d’une affaire aussi sordide que réelle, tant on a l’impression d’être plongé dans un très bon polar.

Alexandria Marzano-Lesnevich s’efforce de retranscrire les faits bruts (et ce n’est pas évident au vu des nombreuses déclarations contradictoires de Ricky Langley), évitant toute interprétation personnelle et surtout ne prenant pas parti. De même elle évite toute impression de voyeurisme malsain, ne s’attardant pas inutilement sur les détails les plus glauques de l’affaire.

En refermant ce bouquin, j’en viendrai presque à ressentir un plaisir coupable à avoir trouvé cette lecture captivante (même si par moments ce fut oppressant) de bout en bout.

Reconnu coupable de meurtre au premier degré (avec préméditation), Ricky Langley sera condamné à mort. Un second procès commuera sa peine en prison à perpétuité, le meurtre au second degré (sans préméditation) étant retenu comme chef d’accusation. En 2018, un cinquième jugement remet en question l’intention même de donner la mort… Un verdict qui pourrait valoir à Ricky Langley de sortir de prison après 26 années de détention. Le verdict final devrait être connu dans les prochaines semaines.

Je sais que bon nombre de bien-pensants doivent se dire que justice a été rendue, que Langley a payé sa dette à la société et autres conneries du genre… Pour ma part j’espère bien qu’il crèvera en prison sans jamais avoir revu la lumière du jour. À 52 ans il peut encore nuire aux enfants qui auraient le malheur de croiser sa route. Cette opinion n’engage que moi, mais je l’assume totalement.

MON VERDICT

 
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Publié par le 21 janvier 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Gillian Flynn – Nous Allons Mourir Ce Soir

G. Flynn - Nous allons mourir ce soirEn découvrant un nouveau titre de Gillian Flynn au catalogue 2016 des éditions Sonatine ma face a dû afficher un sourire béat… et sans doute un peu idiot ! D’autant plus que le titre était plutôt prometteur : Nous Allons Mourir Ce Soir. Avec trois romans à son actif non seulement l’auteure signe un sans faute mais en plus son écriture et ses intrigues se magnifient d’un titre à l’autre. Elle a en effet placé la barrer très haut avec son premier titre, Sur Ma Peau, pour flirter avec l’excellence avec son troisième en dernier titre en date : Les Apparences.
Bref, tout ça pour vous dire que j’attendais un nouveau roman avec impatience… et donc que je suis un peu tombé des nues en apprenant que Nous Allons Mourir Ce Soir était une nouvelle ; quatre ans d’attente pour 72 pages à se mettre sous la dent. Haut les coeurs, on y croit quand même !
D’entrée de jeu on peut dire que Gillian Flynn nous surprend, sa narratrice (qui restera anonyme tout au long du récit) commence en effet son histoire de façon assez abrupte : « Si j’ai cessé de branler des mecs, ce n’est pas parce que je n’étais pas douée pour ça. J’ai cessé de branler des mecs parce que j’étais la meilleure. »
Vous vous demandez peut-être comment on devient branleuse professionnelle… exactement comme on devient serveuse ou cadre supérieur : « J’avais répondu à une petite annonce pour un boulot de réceptionniste. En fin de compte, « réceptionniste », ça voulait dire « pute ». » Pas vraiment une vocation mais il faut bien faire bouillir la marmite : « Franchement, je préférerais être bibliothécaire, mais je m’inquiète pour la sécurité de l’emploi. Les livres, ça pourrait bien être temporaire ; les bites sont éternelles. »
Bon admettons, mais alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? « J’ai abandonné parce que, quand vous pratiquez 23 546 branlettes sur une période de trois ans, le syndrome du canal carpien, ça devient une réalité. »
Forcément avec ce genre de travail de proximité, notre narratrice a eu le temps de développer un certain talent, non seulement pour astiquer les manches, mais aussi pour lire en ses interlocuteurs comme dans un livre ouvert. Afin de ménager son poignet, fragilisé par ce travail manuel de haute précision, elle décide tout naturellement de se lancer dans la voyance (non je n’ai pas dit que toutes les voyantes ont commencé par tâter des paires de couilles avant de passer aux boules de cristal).
Désolé pour cette longue ouverture, mais il fallait que je montre à la hauteur de ce que propose ce petit bijou qu’est Nous Allons Mourir Ce Soir. On entre véritablement dans le vif du sujet quand notre voyante de pacotille (non je n’ai pas dit que toutes les voyantes étaient de pacotille… arrêtez de m’interrompre à tout va) rencontre Susan Burke, une riche bourgeoise qui semble avoir quelques soucis avec son beau-fils et/ou leur nouvelle maison. Du coup notre voyante se verrait bien dans la peau d’un exorciste (non… je ne dirai rien sur les exorcistes) ; mais elle ignore dans quel merdier elle vient de s’engager…
Avec cette nouvelle Gillian Flynn réussit un véritable tour de force mêlant humour, cynisme, manipulation, mensonge et bien des questionnements dans un condensé hyper addictif. Et c’est bien là mon seul et unique regret, je reste persuadé que l’auteur avait matière à étoffer certaines transitions (format oblige l’histoire prend parfois des raccourcis un peu abrupts) et l’ensemble de son récit afin d’en faire un (excellent) roman. Peut être pas un truc de 500 pages mais bien 250 / 300 pages… voilà qui aurait comblé plus d’un lecteur, même si je suis parfaitement conscient que ça ne demande pas la même somme de travail pour l’auteure.
Il n’en reste pas moins que cette nouvelle est une réussite, un véritable plaisir à se laisser emporté par un tourbillon dont on a du mal à discerner le vrai du faux (qui manipule qui ? d’où vient la menace ? Miles ou Susan ? les deux hypothèses sont plausibles). L’auteure s’offre même le culot de ne pas totalement lever le voile sur ces interrogations, la fin ouverte laisse au lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Et le pire c’est que ce n’est pas frustrant, au contraire on se prend volontiers au jeu (quitte à relire certains passages afin de vérifier quelques détails troublants).
Nous Allons Mourir Ce Soir brille par son originalité et mérite amplement le Edgar-Allan-Poe Award remporté en 2015 dans la catégorie meilleure nouvelle (pour la petite histoire en 2016 c’est la nouvelle Necro de Stephen King qui a remporté ce prix).

MON VERDICT
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Publié par le 8 décembre 2016 dans Bouquins

 

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