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Archives de Tag: Gallimard

[BOUQUINS] Ian McEwan – Dans Une Coque De Noix

I. McEwan - Dans une coque de noixUn invité surprise au menu du jour, je suis en effet par le plus grand des hasards sur le roman de Ian McEwan, Dans Une Coque De Noix. Jamais entendu parler de ce titre, auteur qui m’est inconnu, mais un pitch qui a fait immédiatement mouche. Faible créature que je suis, je n’ai pu résister à la tentation…
Lorsque le narrateur découvre que sa mère complote avec son amant en vue d’éliminer le mari cocu (et donc le père du narrateur), il décide de tout mettre en oeuvre pour faire échouer ce sinistre plan. Circonstance aggravante, l’amant n’est autre que le frère du mari (et donc l’oncle du narrateur). Mais le narrateur est un foetus encore dans le ventre de sa mère, pas facile dans ces conditions d’interagir sur les événements et les individus…
Ian McEwan nous livre un court (224 pages dans sa version papier) roman noir qui ne manque ni d’humour (tout aussi noir cela va de soi), ni d’originalité (revisiter Hamlet en version in utero, il fallait oser… et en plus l’auteur y ajoute une bonne couche de vaudeville).
Le moins que l’on puisse dire c’est que la plume de l’auteur est un pur délice pour les amateurs de jolies phrases. Que ce soit par la richesse de son vocabulaire ou la qualité de ses tournures de phrases, c’est clairement un roman qui se déguste plus qu’il ne s’engloutit.
Mais… car il y a un mais, comme bien souvent. A force d’user (et d’abuser) de périphrases, la narration perd de son naturel ; dommage pour un récit écrit à la première personne. C’est vrai que le narrateur en question est un foetus à quelques semaines de sa naissance, bien malin celui ou celle qui pourra affirmer ce qui passe par la tête de ces petites choses.
Outre sa préoccupation du moment, qui consiste à éviter que son père ne soit trucidé tout en préservant l’intégrité physique (pour l’intégrité morale c’est trop tard vu qu’elle se tape déjà Tonton Claude) de sa mère, notre jeune narrateur ne manque pas de bon sens quand il juge ses contemporains ou plus généralement la société et le monde. Un bon sens non dénué de sens critique et d’une once de causticité.
Une once ça pèse pas bien lourd (un peu plus de 28 grammes), et c’est bien là que se placera mon second bémol. Si je ne peux nier avoir passé un bon moment en compagnie de ce bouquin j’espérais plus de causticité dans le ton et un humour encore plus noir, bref un truc plus percutant.
Une lecture agréable tant par la forme que par le fond, originale, bien construite, mais avec un peu trop retenue à mon goût.

MON VERDICT

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Publié par le 5 mai 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Caryl Férey – Condor

C. Férey - CondorDécidément ce mois de mars est riche en sorties littéraires, difficile de suivre de rythme et, à défaut, de choisir quel titre privilégier par rapport aux autres. J’ai opté pour une excursion exotique en compagnie de Caryl Férey et son dernier roman, Condor. Nul doute que cette escapade chilienne ne sera pas de tout repos…
Des enfants meurent dans l’indifférence générale à La Victoria, faubourg très pauvre de la banlieue de Santiago. Gabriela Wenchwn, une jeune Mapuche, vidéaste amateure, contacte Esteban Roz-Tagle, avocat spécialisé dans les causes désespérées, afin qu’il vienne en aide aux familles endeuillées. Au cours de leur enquête ils vont rapidement s’apercevoir que leurs recherches et questions dérangent en haut lieu…
Quatre ans après Mapuche, Caryl Férey reste en Amérique du Sud, mais direction le Chili pour sa nouvelle intrigue. Un pays encore lourdement marqué par les années Pinochet, une dictature hyper répressive qui s’est faite au détriment du peuple chilien mais avec la bénédiction (voire la collaboration) des Etats Unis et de l’Europe. Un régime totalitaire en grande partie amnistié dans un simulacre de pardon national… Un terrain propice pour l’auteur qui ne manquera pas de rappeler les grandes lignes (et certains détails oubliés) de l’histoire contemporaine du Chili.
Difficile de trouver un duo plus atypique que celui formé par Gabriela et Esteban. Une jeune Mapuche qui a décidé de couper les liens avec ses racines pour tenter sa chance en ville et se retrouve dans l’un des faubourgs les plus miséreux de Santiago. Un avocat issu d’une richissime famille, révolté contre son milieu et ses origines dont l’aisance lui parait injustement acquise. Deux personnages aux personnalités bien marquées et une rencontre qui ne manquera pas de faire des étincelles.
Les autres personnages ne sont pas pour autant négligés, tous sont travaillés en profondeur. Il faut dire que le contexte permet à l’auteur de puiser dans des origines diverses et variées parmi les plus contrastées, notamment entre anciens opposants/victimes du régime Pinochet et anciens chefs de file/tortionnaires de la dictature.
Fidèle à son habitude l’auteur propose une intrigue richement documentée, intense et pleine de rebondissements. Une intrigue qui carbure à l’adrénaline et ne vous laissera pas un moment de répit. Une fois que vous aurez plongé le nez dans le bouquin, vous ne le lâcherez qu’à regrets.
La plume de Caryl Férey fait mouche sans jamais faillir, acérée, avec une pointe de vitriol en option, elle n’hésite pas à taper là où ça fait mal, sans concession, aucune. Une plume engagée certes, mais pour la bonne cause, ou plutôt contre la mauvaise cause, voire la pire des causes.
El Condor pasa… et ne devrait laisser personne indifférent. L’intrigue vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher jusqu’au clap de fin, et quelle fin ! Redoutablement efficace, on en redemande, encore et encore ; même (surtout) si ce n’est pas de tout repos nerveusement parlant.

MON VERDICT
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Morceaux choisis

Extermination d’opposants politiques sans jugements ni procès : le concept avait été mis au point par les militaires français en Algérie avant que Washington ne généralise la méthode en Amérique du Sud. Avec l’aide d’agents de la CIA, Pinochet et ses généraux avaient, sous le nom de Plan Condor, étendu l’opération criminelle et secrète non seulement au Chili mais dans les dictatures voisines – Uruguay, Brésil, Argentine, Paraguay, Bolivie –, puis ils avaient poursuivi la traque dans le monde entier.
Soixante mille morts : une hécatombe intercontinentale, silencieuse. On retrouvait des opposants réfugiés en Europe empoisonnés, suicidés, accidentés de la route ou froidement abattus lors d’attentats jamais revendiqués ou alors par des organisations fantoches.

Les militaires ayant piétiné cent fois le droit international, Pinochet avait modifié la Constitution pour graver dans le marbre les rouages du système économique et politique (une Constitution en l’état immodifiable) et s’octroyer une amnistie en se réservant un poste à vie au Sénat, où les lois se faisaient. La mort du vieux Général au début des années 2000 n’y changea rien. Manque de courage civil, complicité passive, on parlait bien de mémoire mais tout participait à tordre les faits, à commencer par les manuels scolaires où le coup d’État contre Allende était dans le meilleur des cas traité en quelques pages, voire pas du tout…

La probité du vieux Général ? Possédant une simple voiture le jour du coup d’État, il avait vécu dans un bunker doré, détournant des millions de dollars sans jamais répondre d’aucun de ses crimes, du sang jusque sur les dents.

Les lits électrifiés où on attachait les gens comme elle, les électrodes dans le vagin et le rectum qui les convulsaient de douleur, leurs hurlements de terreur sous les yeux de leurs frères ou maris qu’on forçait à regarder, les baignoires où on les étouffait, les viols, les viols collectifs, les viols par des bergers allemands, ceux qu’on jetait des hélicoptères attachés à des rails de chemin de fer pour éviter qu’ils ne remontent à la surface, le cadavre d’un enfant retrouvé trente ans plus tard avec douze balles dans le corps, les sévices qu’il fallait « interpréter dans le contexte », tous ces mensonges avalés maelstrom, tourbillon, pourriture, Allende autopsiant les enfants le cœur brisé, le même acculé au suicide dans la Moneda en flammes, Víctor Jara supplicié, quarante ans et autant d’impacts de balles dans la peau, un massacre riant pour des bourreaux qui savaient à peine lire, Catalina la petite pute rouge qui avant de devenir une rose en avait pris pour son grade : les larmes qui avaient coulé ce jour-là à la Villa Grimaldi coulaient toujours.

 
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Publié par le 31 mars 2016 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jessie Burton – Miniaturiste

Une lecture faite dans des conditions un peu particulières, en hommage à une personne qui fréquentait certains mêmes lieux de perdition littéraire que moi et brutalement décédée le mois dernier. Nous ne nous connaissions pas mais je prenais un réel plaisir à lire ses messages plein de retenue et de pertinence (une bouffée d’air frais quand l’ambiance est plombée par des trolls et des polémiques à deux balles). Elle avait posté une critique dithyrambique de ce livre sur le forum, et aujourd’hui il est au programme du Book Club de septembre 2015. Repose en paix Ariel.

J. Burton - MiniaturisteBon je sais que c’est le genre d’intro qui plombe l’ambiance mais j’y tenais absolument, donc voilà qui est fait. Et maintenant place à ma chronique de Miniaturiste de Jessie Burton. Serai-je aussi enthousiaste que Ariel ? Je vous promets par contre une critique rédigée et notée en totale impartialité.
Amsterdam, novembre 1686. Nella Oortman quitte sa campagne pour la capitale afin d’y rejoindre son époux, Johannes Brandt, un riche commerçant. A son arrivée l’accueil est glacial, la maison semble sans âme et, cerise sur le gâteau, Johannes n’a même pas daigné se libérer pour l’accueillir. Quelques jours plus tard son époux lui offre une maison de poupée, exacte réplique de leur grande demeure…
Si vous me lisez depuis déjà quelques temps vous aurez compris que ce n’est pas vraiment mon style habituel de lecture… franchement quelle idée saugrenue d’aller se balader dans un Amsterdam du XVIIème siècle ! Et je reconnais sans la moindre honte que je m’y suis aventuré presque à reculons, mais dès les premières pages mes appréhensions se sont envolées. D’une part grâce au style de l’auteure qui signe là un premier roman pour le moins original mais surtout d’une lecture aisée et agréable. Mais aussi et surtout l’auteure sait s’y prendre pour tenir son lecteur en haleine, pas par une intrigue dopée à l’adrénaline, loin s’en faut, elle mise plutôt sur une ambiance pesante qui dégage une impression de mal être (sensation renforcée par les silences qui répondent aux questions de Nella). Bref on sent bien qu’il y a anguille sous roche dans cette piaule et dans cette famille… Et bien entendu on crève d’envie de connaître le(s) fin(s) mot(s) de l’histoire.
On sent que l’auteure a dû faire un sacré travail de documentation pour restituer avec un tel réalisme la société et les moeurs amstellodamois du XVIIème siècle. On y découvre une société engoncée dans les carcans du calvinisme, puante de puritanisme et d’hypocrisie ; parfois ça frôle même la crétinerie la plus crasse. A vous de juger : « Arnoud confirme que les biscuits en forme d’hommes et de femmes, de garçons et de filles ont été bannis des commerces, en même temps qu’on fermait les échoppes des vendeurs de poupées sur le Vijzeldam. Ça aurait un rapport avec les catholiques, dit-il, une histoire de fausses idoles et de supériorité de l’invisible sur le tangible. »
Johannes portera un jugement sans appel sur Amsterdam qu’il qualifie de « cage invisible, dont les barreaux sont faits d’une hypocrisie meurtrière » et la mentalité de ses habitants qu’il résume ainsi : « Le comportement de chacun est observé en permanence. Et toute cette bigoterie – les voisins qui surveillent leurs voisins, tressant des cordes pour tous nous ligoter ! »
Une société qui n’a pas une très haute opinion de la gente féminine à en croire certains propos : « Certaines peuvent travailler, s’écrie Marin. Elles s’éreintent à la tâche et ne sont payées que la moitié de ce que gagnerait un homme. Les femmes ne peuvent rien posséder, elles ne peuvent faire de procès. La seule chose dont on nous croit capables, c’est de produire des enfants, qui ensuite deviennent la propriété de notre mari. »
Heureusement l’intrigue ne repose pas uniquement sur cette ambiance pesante, lentement mais sûrement l’auteure lève le voile sur certains secrets de la famille Brandt ; chaque révélation semble les précipiter vers une succession de drames que l’on devine inévitables sans réussir toutefois à les cerner avec précision (il faut dire que le prologue, qui se déroule en janvier 1687, commence par un enterrement… ça aide à supposer que les choses vont mal tourner).
Jessie Burton s’attache aussi à soigner la présentation et la personnalité de ses personnages. Bien entendu elle donne la primeur à Nella, qui débarque en jeune fille fragile et perdue dans un contexte d’indifférence, voire de mépris, à son égard ; mais qui, peu à peu et par la force des choses, va devoir s’affirmer pour éviter le naufrage. Elle résume assez bien sa propre situation : « Parfois, dans cette maison, je vois des filets de lumière, comme si on me donnait quelque chose. D’autres jours, l’ignorance me plonge dans l’obscurité la plus totale. »
Les autres occupants de la maison, Johannes, sa soeur, Marin et les deux domestiques (qui sont bien plus que cela), Cornelia et Otto, vont eux aussi se dévoiler petit à petit. Mais le personnage le plus énigmatique reste bien entendu la mystérieuse miniaturiste ; les questions ne manquent pas la concernant. Mais je ne vous dirai pas si on a toutes les réponses en fin de lecture…
C’est pas franchement convaincu que j’ai ouvert ce livre et pourtant je le referme avec un air béat figé sur la tronche. J’ai été happé par l’histoire et les personnages sans ressentir le moindre ennui, au contraire il a même un côté sacrément addictif. Et surtout, quitte à me répéter, j’ai été sous le charme de l’écriture de l’auteur ; un grand merci à Dominique Letellier pour la qualité de sa traduction.
Pour un premier roman, Jessie Burton, du haut de son jeune âge (elle est née en 1982), réussit un impressionnant tour de force qui devrait séduire même les plus réfractaires aux fictions historiques, cette chronique en est la preuve !
La genèse de ce roman aussi captivant que atypique mérite que l’on s’y attarde, c’est lors d’une visite au Rijksmuseum d’Amsterdam que Jessie Burton est tombée en admiration devant la maison de poupées de Petronella Oortman. Dès lors elle a décidé de lui consacrer un récit qu’elle mettra quatre années à finaliser, une fiction créée de toute pièce autour du personnage de Petronella Oortman.

MON VERDICT
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Je vous invite à cliquer sur la photo ci-dessous pour découvrir ladite maison de poupées… le travail de finition est impressionnant !

Petronella Oortman dollhouse

Pour la voir avec encore plus détails je vous invite à visiter le site du Rijksmuseum.

 
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Publié par le 10 septembre 2015 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jo Nesbo – Du Sang Sur La Glace

J. Nesbo - Du Sang Sur La GlaceLe seul nom de Jo Nesbo sur une couverture suffit à mettre en branle le signal « A LIRE DE TOUTE URGENCE », j’étais d’autant plus curieux de découvrir Du Sang Sur La Glace car c’est son premier roman que je lis en dehors de la série Harry Hole.
Olav est un tueur à gages qui bosse pour Daniel Hoffman, un caïd du milieu à Oslo. Tout va pour le mieux dans son train train quotidien, jusqu’à ce que son patron lui demande d’éliminer son épouse, qu’il soupçonne de lui être infidèle…
La première chose qui frappe le fidèle lecteur de Jo Nesbo est l’épaisseur du bouquin, à peine 160 pages (Police, le dernier tome de la série Harry Hole faisait 608 pages). On va dire que la taille ne compte pas et se focaliser plutôt sur la qualité de la chose que l’on tient entre nos mains.
D’entrée de jeu on ne retrouve pas la griffe de l’auteur dans le style narratif, ça peut être déconcertant au départ. Le récit est à la première personne (raconté par Olav), on peut donc supposer que l’auteur ait pris le parti de se mettre dans la peau de son personnage afin de donner une touche originale et plus de crédibilité à son roman. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème de traduction, les trois derniers tomes de la série Harry Hole ont été traduits par trois traducteurs différents qui ont su préserver une continuité dans le style. Je reconnais toutefois que certaines tournures de phrases sont parfois indigestes : « Affaire pour laquelle la police avait déjà un suspect, fut donc à côté de la plaque dès le premier jour… » ; ou encore : « Disait qu’il ne supportait plus la puanteur de la poissonnerie. Aurait sans doute dû peaufiner un peu sa couverture.« .
Une fois n’est pas coutume j’ai commencé par le point négatif, je dis bien LE car c’est le seul bémol que je peux signaler concernant ce bouquin. Même s’il fait un boulot pas franchement honnête on s’attache rapidement au personnage d’Olav. Au-delà du tueur froid et implacable on découvre l’homme ; un homme fragile, timide, doux comme un agneau , plein de rêves et d’illusions. Un homme passionné par les livres malgré le fait qu’il soit dyslexique. On suit avec plaisir son périple de quelques jours dans l’hiver norvégien, mais surtout on croise les doigts pour que les choses se terminent au mieux pour lui.
L’intrigue est bien menée, c’est court mais intense. Un sympathique clin d’oeil au polar noir avec quelques touches d’humour çà et là et même une romance en toile de fond. Bref ça se lit d’une traite et on se régale au fil des pages. Jo Nesbo nous prouve brillament qu’il n’a pas besoin de Harry Hole pour tenir ses lecteurs en haleine.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’auteur s’écarte de Harry Hole, à ce jour il a publié quatre romans isolés en plus de celui-ci, seul Chasseurs De Têtes est disponible en français. Plus surprenant, il a aussi à son actif trois titres jeunesse.
Je sais que Harry Hole aurait déjà amplement mérité sa retraite mais j’ai bon espoir que l’auteur lui réserve encore quelques enquêtes bien tordues. Rien ne semble s’annoncer à l’horizon…

MON VERDICT
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Publié par le 16 avril 2015 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Eric Maravélias – La Faux Soyeuse

E. Maravélias - La Faux SoyeuseLe noir me colle à la peau en ce moment, ne dérogeons pas à nos bonnes habitudes et continuons sur la lancée avec La Faux Soyeuse, un premier roman pour le moins percutant signé Eric Maravélias.
Franck est un toxico en fin de course, il crèche dans un taudis merdique de la banlieue parisienne et ne survit que pour ses fix, rongé par le SIDA et la dope. Entre deux shoots, il se souvient comment il en est arrivé là…
En lisant ce bouquin je n’ai pu m’empêcher de penser à Trainspotting, le film de Danny Boyle (n’ayant pas encore lu le bouquin d’Irvine Welsh dont il est l’adaptation), tous deux nous offrent un portrait sans concession de la toxicomanie vue, vécue et subie par les toxicos. Un livre à offrir à quiconque vous dirait que goûter à cette poudreuse le tenterait bien, « juste pour essayer« …
Une fois de plus on retrouve un auteur sait de quoi il parle pour avoir tâté ce milieu (« Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie.« ) et pour en parler il ne prend pas de gants, il vous balance tout à la gueule franco. Et ça marche ! On a le droit à un récit dur et noir (saupoudré de poudre blanche ou parfois marron) criant de vérité, mais aussi, quelque part, sous la surface, plein d’humanité (à défaut d’espoir).
Ecrit à la première personne le récit vous plonge dans la peau de Franck, un toxico en sursis (je ne révèle rien en disant ça, on le comprend dès les premières pages). Il a brûlé la chandelle par les deux bouts et maintenant il attend l’inévitable retour de manivelle tout en s’accrochant à ce qu’il reste de sa vie.
L’auteur nous invite donc à suivre le parcours chaotique qui a conduit Franck là où il est aujourd’hui (en 1999 pour être exact). Du minot de banlieue qui se la joue rebelle aux coups plus ambitieux, parfois juteux, souvent foireux. Puis c’est l’arrivée (et la banalisation) de l’héroïne au début des années 80 avec ses promesses de bonheur artificiel et toutes les combines pour se procurer un nouveau fix… encore et encore… se shooter toujours plus et dégringoler toujours plus bas.
Oui les mots sont durs et crus, mais il sont vrais. De cette réalité que tout le monde connait mais que personne (ou presque) n’a vraiment envie de voir ; une réalité tristement ordinaire qui ne semble pas avoir de solution. Paradoxalement ces mots sont aussi mélodieux à l’oreille, avec un usage brillant de ce bon vieil argot français (et non le baragouin banlieusard de la racaille d’aujourd’hui).
Je ne pense pas manquer d’empathie mais je n’ai ressenti aucune sympathie pour le personnage de Franck, pas de haine non plus, juste de l’indifférence teintée d’une pointe de mépris. Je ne juge pas, personne n’est à l’abri d’un mauvais choix, en l’occurrence d’une succession de mauvais choix (Franck le dit lui même : « mon his­toire n’est qu’une suite d’exemples de mon in­com­pa­rable connerie« ), mais ce n’est pas pour autant que je compatis. Ceci dit ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement ce bouquin.
Non en fait je n’ai pas aimé La Faux Soyeuse… J’ai adoré ! Une totale réussite qui vous laisse un arrière goût de bile dans la gorge. Encore un bouquin qui vous broie le coeur et les tripes et vous abandonne KO debout. Game Over ! Merci Monsieur Maravélias, j’ai hâte de retrouver votre plume dans un prochain roman.
Je vais quand même me faire un petit break plus léger, sans aller jusqu’à me ruer sur la collection Harlequin, mais m’évader dans un monde un peu moins noir… Mine de rien c’est éprouvant tout ça.

 
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Publié par le 4 juillet 2014 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Frank Bill – Donnybrook

F. Bill - DonnybrookeMême sans ce challenge Coupe du Monde des Livres je comptais bien lire, dans des délais relativement brefs, ce Donnybrook de Frank Bill ; disons que le délai s’est raccourci de quelques jours, voire quelques semaines…
Le Donnybrook c’est le must du combat clandestin, deux fournées 20 combattants, trois jours de castagne. Le dernier debout empoche le pactole de 100 000 dollars. Pour Earl Marine c’est une occasion unique à saisir s’il veut refaire surface et s’offrir un nouveau départ avec sa femme et ses gosses…
Si vous avez lu Chiennes De Vies vous ne serez pas totalement dépaysé, en quelque sorte le roman fait suite à la nouvelle L’Amour Brut, certains des personnages que vous croiserez sur ce Donnybrook ne vous seront pas inconnus. Mais bon cela est plus anecdotique qu’autre chose, le roman peut parfaitement être lu indépendamment de la nouvelle.
Vous l’aurez compris, une fois de plus Frank Bill ne vous invite pas au Pays des Bisounours, retour dans son Indiana du Sud et ses rednecks, retour au pays où la meth est reine ! Et sans surprise vous croiserez, au fil des pages, bon nombre de paumés à la dérive…
Dans mon pitch je ne vous parle que d’Earl, peut être parce que c’est le personnage le plus « noble » de ce Donnybrook ; OK ce n’est pas non plus un saint, pour trouver le fric nécessaire à son inscription au tournoi il n’hésitera à employer des moyens plutôt musclés. Pour couronner quelques mauvaises rencontres viendront compromettre sa participation au tournoi…
Deux autres personnages se partagent la vedette. Angus, une légende du Donnybrook qui s’est reconverti dans le trafic de meth suite à un accident ; et sa frangine, Liz, une junkie un tantinet nympho qui a eu la mauvaise idée de vouloir le doubler.
Tandis que Earl essaye tant bien que mal de se la jouer discret, le frère et la soeur foutent un joyeux bordel tout le long de leur course poursuite. Forcément on se doute que tout ce beau monde va finir par se croiser et que le résultat sera plutôt explosif.
L’auteur nous dresse un portrait au vitriol de ses personnages, sa plume n’a rien perdu de son efficacité en passant de la nouvelle au roman. Et une fois de plus j’ai été sous le charme de cette noirceur qu’il dépeint si bien.
Il en va de même avec son intrigue aux rebondissements multiples, l’auteur ne vous laisse pas une minute pour reprendre votre souffle. N’espérez pas une promenade de santé : ça arnaque, ça cogne, ça flingue, sans foi, ni morale ; seule la survie importe ! Et oui c’est glauque, mais qu’est-ce que c’est bon !!! Le bouquin est relativement court (240 pages) mais ô combien percutant, intense et jouissif.
Honnêtement je pense que même si je n’avais jamais entendu parler de Chiennes De Vies, ce bouquin m’aurait fait de l’oeil (au beurre noir) et un joli sourire (aux lèvres explosées), la couv’ aurait immanquablement éveillé ma curiosité et le pitch aurait fait le reste. Avec Chiennes De Vies l’auteur marquait un essai qui ne demandait qu’à être transformé, avec Donnybrook non seulement il transforme l’essai mais en marque un second transformé d’emblée… Même les All Black au mieux de leur forme ne sauraient faire mieux !
Un individu qui sait apprécier un Turkey 101 (comprendre Wild Turkey 101 proof, un bourbon du Kentucky qui affiche fièrement 50.5% d’alcool) avec une bière (de la Bud en l’occurrence) en écoutant Lynyrd Skynyrd (Call Me The Breeze) ne peut qu’avoir un bon fond… Bin non pas chez Frank Bill ! Irrécupérable la chose en question…
L’éloignement a du bon, au niveau des drogues on est relativement à l’abri, à part l’herbe qui pousse et circule sans vraiment prendre la peine de se cacher. Un peu d’ecstasy occasionnellement et de la coke dans les hautes sphères ; mais ça reste très confiné. Franchement quand j’ai lu le procédé de fabrication de la meth je me suis dis qu’il fallait vraiment être tombé très bas pour se réfugier dans une pareille merde.

 
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Publié par le 25 juin 2014 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Paul Colize – Un Long Moment De Silence

P. Colize - Un Long Moment De SilenceEn début d’année j’avais eu un bon gros coup de coeur pour Back Up, le premier roman de Paul Colize, je m’étais donc promis de garder un oeil sur le gars. Promesse tenue puisque j’ai eu l’occasion de me plonger dans Un Long Moment De Silence, son roman suivant.
Après une émission télé dans laquelle il présentait son livre consacré à la Tuerie du Caire, en 1954, où plusieurs personnes, dont son père, furent tuées, Stanislas Kervyn reçoit un appel qui remettra en cause toutes ses certitudes. Quel est le lien entre Stanislas et Nathan Katz, un rescapé des Camps de la Mort établi aux Etats-Unis depuis 1948 ?
De nouveau l’auteur nous embarque dans une double intrigue. D’un côté on suit Stanislas Kervyn, de nos jours, et les rebondissements de son enquête sur la Tuerie du Caire ; cette partie est écrite à la première personne, comme si elle était racontée par Stan. D’autre part on assiste à l’arrivée de Nathan Katz sur le sol américain en 1948 et à son parcours ; cette fois c’est écrit à la troisième personne. Et de nouveau, la même question que lors de la lecture de Back Up vient nous turlupiner : quel rapport entre Stanislas et Nathan ? On suppose un lien possible assez rapidement, mais gare à ne pas tirer de conclusion trop hâtive. L’auteur a plus d’un  tour dans son sac quand il s’agit de brouiller les pistes.
Autre point commun avec Back Up (promis après j’arrête les comparaisons), les titres des chapitres sont en fait les derniers mots du chapitre ; ça doit être la marque de fabrique de l’auteur…
Le personnage de Stanislas Kervyn apparait totalement antipathique dès les premières pages, un connard nombriliste, égocentrique et misogyne. L’archétype de la tête à claques en puissance. Une seule chose l’intéresse (à part se vider les couilles le plus souvent possible et sans sentimentalisme) : résoudre le mystère qui entoure la mort de son père. Avec lui on déterre mes secrets de familles jusqu’à trouver le fin mot de l’histoire.
A contrario Nathan Katz est tout suite attachant, pas seulement à cause de son douloureux passé, on découvre une homme de conviction, profondément humain. Mais lui aussi est bouffé par une obsession, son désir de vengeance envers les criminels de guerre restés impunis, quitte à franchir la ligne blanche pour parvenir à ses fins. En sa compagnie on voyage dans le passé et l’Histoire, de 1948 à nos jours.
C’est pas vraiment le genre d’indice qui va nous aider à lier les deux intrigues. Mais rassurez vous l’auteur viendra en temps et en heure éclairer notre lanterne.
Encore une fois difficile de caser ce roman dans un genre particulier tant il est riche, comme sur la couv’ c’est écrit policier on va dire ça ; c’est vrai que les démarches respectives de Stanislas et Nathan tiennent de la véritable enquête de police (sauf qu’elles ne sont pas réalisées par des flics… bah juste un détail insignifiant). Quoi qu’il en soit l’auteur nous offre un petit bijou parfaitement ciselé (aussi bien dans sa construction que dans son écriture) et surtout hautement addictif.
En lisant la note au lecteur en fin de roman (ne la lisez pas avant sacrebleu, si elle est à la fin c’est pas pour faire joli… couillon va !) on réalise l’importance que doit avoir ce roman pour son auteur. Mais je ne peux en dire plus au risque de vous mettre sur la voie.
Deuxième incursion dans l’univers littéraire et deuxième coup de coeur (à force de coups de coeur je vais finir par me faire un infarct), il ne me reste plus qu’à attendre que son dernier opus ne vienne se prendre dans les mailles de mon Stock à Lire Numérique. Je ne suis pas certain que les romans écrits avant Back Up soient disponibles en France… et j’ai bien assez de livres qui s’accumulent en attendant que je daigne jeter mon dévolu sur eux.

 
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Publié par le 19 juin 2014 dans Bouquins

 

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