[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Le Sourire Des Pendus (W3 – T01)

Eurekaaa ! J’ai vaincu ma PàL papier… Bon OK je n’ai que peu de mérites vu que je n’achète quasiment que des numériques depuis belle lurette, sauf exceptions : titre non dispo en numérique, format poche (si condition 1 remplie et édition poche dispo) et visite trimestrielle à France Loisirs (en faisant en sorte que la condition 1 soit remplie mais pas la condition 2). Un achat papier demande désormais une longue réflexion et un travail de fouilles presque archéologiques !!!

J. Camut & N. Hug - Le Sourire Des PendusLe petit dernier du moment (jusqu’à la prochaine vague) est donc W3 : Le Sourire Des Pendus, écrit à quatre mains par Jérôme Camut et Nathalie Hug. Tant qu’à faire j’ai gardé le meilleur pour la fin… Et je doute de m’être trompé sur ce choix.
Quel est le point commun entre l’assassinat d’un avocat sulfureux dix ans plus tôt, la disparition de la journaliste Lara Mendès et ce qui semble être un triple suicide familial par pendaison ? De prime abord aucun, mais en fouinant sous la surface il s’avère que ces trois affaires gravitent autour du monde du porno underground…
Les CamHug ont su reconquérir mon coeur avec le très réussi Murs de Sang, je comptais sur ce nouveau titre pour confirmer la tendance. A vrai dire je m’attendais même à du lourd au vu des réactions enthousiastes lues çà et là (c’est toujours un risque de déception de placer la barre de ses attentes très haut). Avant d’aller plus avant dans cette chronique je vais lever le voile sur ma réaction globale : du lourd je voulais, du lourd j’ai eu et même plus encore !
Histoire de brouiller les pistes (sans jamais embrouiller le lecteur) l’intrigue principale se divise en une multitude d’intrigues secondaires (un peu comme si vous laissiez tomber une bille de mercure sur votre bureau), les liens entre elles ne sont pas toujours évident à deviner mais tout finit par se mettre en place naturellement.
Ajoutez à cela une impressionnante galerie de personnages tous parfaitement travaillés (j’ai un faible pour Léon Castel, allez savoir pourquoi). Là encore chacun commence dans sa case puis empiète peu à peu sur les plates bandes des autres ; une fois encore les auteurs savent s’y prendre pour que tout passe comme une lettre à la poste sans anicroches.
Le pavé est épais (750 pages) mais découpé en chapitres courts qui sautent souvent d’une situation à une autre. Les auteurs ont opté pour une écriture d’une remarquable fluidité, le bouquin se lit tout seul (si je n’avais pas eu un emploi du temps de folie je l’aurai sans doute bouclé en deux ou trois jours).
Sous couvert de leur intrigue glauque à souhait les CamHug nous invitent à plonger dans un univers tout aussi malsain et dérangeant : celui des Snuff Movies. Même si le bouquin n’est pas aussi cash que La Promesse Des Ténèbres de Maxime Chattam, il reste toutefois à déconseiller aux âmes sensibles. C’est aussi l’occasion pour les auteurs, du moins à travers leurs personnages, de porter un regard acéré sur la socièté en général (si le snuff existe c’est qu’il y a une demande, idem pour la prostitution enfantine), la justice (aveugle et parfois trop laxiste et procédurière) et les médias (des charognards qui ne jurent que par leur audience)…
Si comme moi vous vous demandez ce qu’est ce fameux W3, évitez de lire la quatrième de couv’ trop bavarde pour conserver intact le mystère. Ce sera mon seul bémol, le résumé donne un indice qui casse l’effet de surprise (mais je n’en dirai pas plus).
Ah si j’ai un autre bémol… Je veux la suite !!! En fait quand vous refermerez le bouquin vous aurez le sentiment de n’avoir lu qu’une mise en bouche de ce que les auteurs nous réservent pour la suite (voire les suites, plus probablement). Sur ce point aussi je les attends au tournant, le premier volet des Voies de l’Ombre m’avait laissé sur le cul mais lors des trois suivants le soufflé est tombé, lentement mais sûrement. Toutefois je pars confiant, ce premier opus ouvre les portes à un incroyable potentiel et surtout il y a encore tant de questions restées sans réponse (je pense notamment au cas de Ilya Kalinine)… Verdict dans les prochains mois.

Une descente à France Loisirs est prévue dans les prochains jours, de quoi redonner des couleurs à ma PàL… Mais avant tout : priorité absolue à Mallock et son Massacre des Innocents !

[BOUQUINS] Bill Loehfelm – Face Au Mal

B. Loehfelm - Face Au MalMa PàL papier diminue aussi vite que mon Stock à Lire Numérique augmente, ça me donne l’occasion d’aller piocher dans les achats France Loisirs laissés (à tort ou à raison ?) en stand-by. C’est donc au tour de Face Au Mal de Bill Loehfelm de passer sur le grill.
Maureen, serveuse dans un club de Staten Island, surprend à la fin de son service son patron et Frank Sebastian, un politicien qui a le vent en poupe, dans une situation plus que compromettante. Le lendemain elle apprend que son boss est mort dans des circonstances louches. Quand des gros bras de Sebastian débarquent chez elle, elle réalise alors qu’elle est la prochaine sur la liste. Sur qui peut elle vraiment compter face à un ennemi aussi puissant que Sebastian ?
Encore une avant-première France Loisirs, mais depuis le temps qu’il prend la poussière dans ma PàL je suppose que le bouquin est dispo en librairie depuis un moment. Quoi qu’il en soit autant jouer cartes sur table d’entrée de jeu : ce bouquin n’a rien d’exceptionnel, si vous le ratez vous ne perdrez pas grand chose…
L’intrigue me semblait prometteuse, quoique relativement classique, mais son traitement manque cruellement de profondeur et de surprises. L’auteur arrive à nous donner l’envie de connaître le fin mot de l’histoire mais sans plus.
Les personnages sont creux et ridiculement manichéens (à peut être celui de l’inspecteur Waters, le seul qui ait un semblant de consistance). Sebastian est l’archétype du méchant pas beau de série B, sadique, pervers, sûr de lui, ambitieux… au point d’en devenir stupide. Le pire dans l’affaire reste le personnage de Maureen, alors qu’elle aurait mérité le plus d’attention de la part de l’auteur (après tout c’est son perso principal), tout en elle sonne creux, on frôle le trou noir. Difficile d’avoir une quelconque empathie pour une palourde échouée sur le sable chaud à marée basse…
C’est le troisième roman de Bill Loehfelm et le premier traduit en français, on ne peut pas vraiment dire que la mise en bouche soit une réussite. Pas certain d’avoir envie d’aller en avant dans l’univers littéraire de l’auteur. On ne peut pas viser juste à tous les coups… Heureusement les top sont plus fréquents que les flop !

[BOUQUINS] David Messager – Article 122.1

D. Messager - Article 122.1Une découverte estampillé avant-première France loisirs, lue le temps d’un week-end, Article 122.1 de David Messager au programme de cette chronique du lundi matin.
Quand un corps calciné est découvert dans les catacombes le commandant Estelle Lacroix, de la PJ de Paris, devine un mode opératoire similaire à celui de Mygale, un tueur en série qui la fascine et à ce jour jamais identifié. Cependant certains faits feraient plutôt pencher pour un imitateur. Mygale est-il de retour ? S’agit-il d’un imitateur ? Si oui, ce dernier ne risque-t-il pas de faire sortir Mygale de son silence ?
Premier point à éclaircir, le titre. L’article 122-1 du Code Pénal fait référence à la responsabilité pénale en cas de trouble psychique : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »
L’auteur nous livre là un premier roman particulièrement bluffant, un thriller psychologique et psychiatrique de très haut niveau. Il faut dire David Messager (pseudo de plume) est juge d’instruction, qui plus est il a été membre d’une commission départementale des hospitalisations psychiatriques. Autant dire qu’il s’aventure sur un terrain connu, et cela se ressent au niveau de son intrigue d’une vraisemblance à couper le souffle.
Si vous voulez une nuance entre réalisme et vraisemblance je vous renvoie à une phrase de l’auteur : « Je pense que le lecteur a davantage besoin de vraisemblance que de réalisme. (…) Mais au fond, la réalité dépasse souvent la fiction. » Dans la partie coupée (…) il indique qu’un récit 100% réaliste serait chiant à mourir (heu… pas vraiment en ces termes mais j’interprète librement le fond de sa pensée).
L’intrigue nous scotche dès les premières pages et jouera habilement avec nos nerfs et nos certitudes au fil des chapitres. Un scénario machiavélique à souhait servi par des personnages tout aussi criants de vérité et sujets au doute (difficile d’appréhender avec justesse le personnage d’Estelle Lacroix… parfois sympathique, parfois hystérique. Victime, coupable ou les deux à la fois ?).
Ajoutez à cela un style simple mais efficace qui nous plonge au coeur de l’intrigue et permet une lecture parfaitement fluide ; je puis vous assurer qu’une fois plongé dans le bouquin vous aurez du mal à le lâcher. L’auteur n’a sans doute pas encore la maîtrise d’un Chattam, Grangé ou Thilliez pour nous mettre les nerfs à vif mais pour un premier roman il m’a laissé sur le cul.
Un second roman est en préparation, je ne saurai vous dire s’il est toujours au stade embryonnaire ou, à contrario, quasiment bouclé ; une chose est sure j’ai vraiment hâte de le découvrir.

[BOUQUINS] Fredrik Backman – Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove

F. Backman - Vieux, Râleur et SuicidaireIl est des titres qui s’imposent comme une évidence, allez savoir pourquoi ; en ouvrant mon catalogue France Loisirs je tombe sur Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove écrit par Fredrik Backman, comment voulez-vous que je puisse résister ? Tout m’interpelle danse ce bouquin, le titre, la couv’, le pitch…
Depuis la mort de sa femme et sa mise à la retraite, Ove ne trouve plus vraiment de sens à la vie. Quoi de plus normal dans ces cas-là que de vouloir se suicider ? Les plans morbides d’Ove seront toutefois contrariés par l’arrivée surprise dans sa vie d’un chat et de nouveaux voisins…
Vieux ? Je ne suis plus franchement de première main du haut de mes 46 piges. Râleur ? Ca me semble un état normal pour un vieil ours grincheux et asocial tel que moi. Suicidaire ? Heu non pas encore… à moins de considérer le Jack Daniel’s comme l’arme d’un crime pas encore commis (je ne saurai vous dire l’état d’avancement de la chose). Ajoutez à cela un auteur nordique qui s’écarte du polar (oui je sais que c ‘est un énooorme cliché). Je ne pouvais que craquer !
On pourrait ajouter au titre maniaque et routinier mais ça ferait peut être un peu long. J’ai tout de suite adoré le personnage d’Ove ainsi que son entourage dont il se passerait bien parfois (souvent). A l’instar d’un Gilles Legardinier, Fredrik Backman nous offre un bouquin qui met du baume au coeur et vous laisse avec un sourire béat une fois la dernière page tournée (à regret).
L’auteur ne nous invite pas seulement à découvrir le quotidien de Ove, au fil des pages c’est sa vie que l’on partage. Une vie vide de sens dès le moment où il perd son père et jusqu’à ce qu’il rencontre Sonja (qui deviendra sa femme), une vie encore plus vide lorsque celle-ci s’éteint trop tôt et jusqu’à sa rencontre avec le chat et ses voisins.
« Il était un homme en noir et blanc. Elle était les couleurs. Toutes les couleurs. »
« Si quelqu’un lui avait posé la question, il aurait répondu qu’il ne vivait pas avant elle. et après non plus. »
Indéniablement un livre plein de bonne humeur, mais aussi plein d’émotions. Je n’ai aucune honte à avouer qu’il m’a même tiré une larmiche de temps en temps. Mais il m’a surtout fait sourire et même rire.
Fredrik Backman nous vient de Suède et signe là son premier roman qui a fait un carton dans son pays d’origine, je lui souhaite le même succès, amplement mérité, dans la francophonie. Il a deux autres titres à son actif, non encore traduits à ce jour, s’ils sont du même acabit que celui-ci il me tarde de les découvrir !

[BOUQUINS] Beatrice Sparks – L’Herbe Bleue

B. Sparks - L'Herbe BleueComme d’hab j’aime me laisser promener au gré de mes humeurs et envies, d’un registre à l’autre, dans le choix de mes lectures. Aujourd’hui au programme un bouquin dont je n’avais jamais entendu parler avant de m’extasier devant La Faux Soyeuse d’Eric Maravélias. Certains comms, çà et là, faisaient référence à L’Herbe Bleue de Beatrice Sparks ; curieux que je suis il a fallu que j’aille jeter un oeil sur la chose.
Une ado de quinze ans tient son journal intime. Un déménagement, nouvelle maison, nouvelle école. Difficile de se faire de nouveaux amis. Mal dans sa peau. Un soir elle prend du LSD à l’insu de son plein gré. Le trip lui plaît. Pourquoi pas un joint ? Juste pour essayer. De fil en aiguille elle s’enfonce encore et encore…
D’abord publié anonymement en 1971, sous la forme d’un journal intime d’une ado qui sombre dans l’univers de la drogue, ce n’est que des années plus tard que Beatrice Sparks, une psychologue américaine, reconnaîtra en être l’auteur et l’avoir écrit en mixant plusieurs récits de ses patients. Elle publiera plusieurs autres journaux intimes abordant des sujets sensibles concernant les jeunes.
Une chose est certaine c’est vraiment écrit dans un style proche de l’adolescence (d’une ado qui sait écrire pas d’un pantin lobotomisé au langage SMS ou au wesh-à-gogo… Ah oui ça n’existait pas, normal) On partage les petits tracas propres à cet âge, du moins dans la première partie du journal. La gamine est parfois soûlante à se la jouer en martyre persécutée, pôv’ piti Caliméro ! Heu non… en fait en fait on a plutôt envie de la choper par le colback et de lui suggérer de se sortir les doigts du cul. Flashback : souviens toi de ta propre adolescence, ce n’est pas pour rien que l’on appelle ça l’âge bête ; toi aussi tu as dû être une tête à claques, même pour ceux qui t’aimaient, parfois (que celui ou celle qui a dit souvent se dénonce !). Zeeen !
Puis la came entre en jeu, sournoise, insidieuse, vénéneuse. Un trip au LSD qui lui fait côtoyer les étoiles, les tranquillisants le soir, les stimulants la journée, le speed… Entre juste pour essayer et trop tard j’suis accro, il n’y a qu’un pas, un tout petit pas que l’on franchit sans s’en apercevoir (« Tous les gosses stupides qui se figurent qu’ils peuvent simplement s’amuser à y goûter n’existent en réalité que d’une prise à une autre. Quand on a commencé, il n’y a plus de vie possible sans drogue, mais c’est une existence dégueulasse d’es­clave« ). Quant à nous, lecteurs, nous ne pouvons que suivre la descente aux enfers de cette gamine. On en arrive à espèrer, sans trop y croire, qu’elle verra enfin le bout du tunnel et se tira sans bobo de cet enfer (à ce titre j’aura apprécié une fin plus étoffée mais était-ce vraiment nécessaire ?).
L’auteure a pris le parti du journal intime pour pouvoir livrer un témoignage aussi proche que possible de la réalité, sans jugement, sans critique et sans solution miracle. Rien que les faits, bruts de décoffrage, avec des mots simples mais percutants. Entre moments de lucidité, de défonce et de manque. L’objectif avoué est simple : faire renoncer celui ou celle qui veut juste essayer. Et pour ceux qui ont déjà un pied dans la merde ? Soit c’est déjà trop tard, soit il faudra des méthodes plus radicales pour les sortir de là.
Pas aussi explosif que La Faux Soyeuse mais le public visé n’est pas le même, et de fait, le langage utilisé non plus. Une texte court (lu en une journée) et intemporel, à défaut d’avoir un but éducatif il peut se targuer d’être un bon outil de prévention, du coup ce bouquin qui devrait être obligatoire dans tout cursus scolaire (bin merde alors, c’est moi qui vient d’écrire ça ? Oui. Et je persiste et signe), presque un bouquin d’utilité publique. Et La Faux Soyeuse quelques années plus tard (on va dire Beatrice Sparks au collège et Eric Maravèlias au lycée), en guise de piqûre de rappel ! Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors noir c’est noir…

PS : pour la première fois je me suis autocensuré. A l’origine la dernière phrase de cette chronique était : Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors il ne reste que l’euthanasie comme option !

[BOUQUINS] Dan Simmons – L’Echiquier Du Mal

D. Simmons - L'Echiquier Du MalCa fait un bail que je ne suis pas revenu faire un tour du côté de mon challenge SF (manque de temps et trop de livres qui me font de l’oeil), il est temps de pallier cette lacune avec L’Echiquier Du Mal de Dan Simmons. Roman que beaucoup considèrent comme étant son chef d’oeuvre.
Face à une série de meurtres inexpliqués à Charleston la police piétine. Aucun lien entre les victimes et une suspecte, Mélanie Fuller, semble s’être volatilisée dans la nature. Pour le shérif Rob Gentry c’est l’impasse. Jusqu’à ce qu’il rencontre Natalie Preston, la fille d’une victime, et Saul Laski, un psychiatre rescapé des Camps de la Mort, qui va leur faire des révélations étonnantes. Tous trois vont lancer à la poursuite de ces mystérieux « vampires psychiques », mais ils ne sont pas les seuls à rechercher Mélanie Fuller…
J’avais les trois livres qui composent L’Echiquier Du Mal depuis déjà quelques temps dans mon Stock à Lire Numérique, une fois de plus c’est France Loisirs qui aura déclenché l’étincelle qui m’a poussé à m’y plonger enfin en proposant une intégrale en un seul volume (1300 pages, papier fin et petite police de caractère… joli pavé).
Alors science fiction ou fantastique ? Pour ma part j’opterai plutôt pour la seconde option car Dan Simmons revisite un thème cher au fantastique : le vampire. Mais ne chipotons pas pour une simple question de genre, ce bouquin mérite bien mieux que de se retrouver le cul entre deux chaises genres (en fait on pourrait aussi ajouter un soupçon de thriller, une pointe horrifique avec un puissant arrière goût de roman noir).
L’auteur prend son temps pour poser son intrigue (quasiment tout le livre I), par moment il faut s’accrocher pour savoir où il veut en venir mais croyez moi ça en vaut largement la peine. Quand la machine se met en branle ça décoiffe, si le rythme n’est pas toujours haletant il distille une telle tension que l’on ne ressent aucun ennui. Au contraire, ces alternances dans le rythme deviennent rapidement un point fort.
J’ai mentionné plus haut que Dan Simmons revisitait le thème du vampire, n’allez pas croire qu’il est l’inventeur du vampire à la guimauve, ses « vampires psychiques » sont largement aussi malfaisants que Dracula et consorts. Ils prennent le contrôle de leurs victimes, leur faisant faire leur quatre volontés, s’en servant parfois comme arme contre leurs adversaires, et les abandonnent comme un vieux slip kangourou, le plus souvent en ayant pris soin d’orchestrer leur mort. Le point commun entre ces individus doués du Talent (le nom donné à leur don) : ils appartiennent tous à l’élite, de part leur fortune ou leur position dans la société (parfois même les deux) et semblent n’avoir aucun sens moral.
Je ne perdrais pas mon temps à vanter le style de Dan Simmons, enfoncer les portes ouvertes n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire s’il s’agit ou non du chef d’oeuvre de l’auteur mais il est évident que c’est un bouquin qui flirte allègrement avec l’excellence (une intrigue originale, riche et totalement maîtrisée, des personnages soigneusement travaillés).
Entre autres récompenses littéraires L’Echiquier Du Mal compte à son actif le prix Bram Stoker du meilleur roman (1989) et le prix Locus du meilleur roman d’horreur (1990).
Si vous vous inquiétez de savoir si un bouquin écrit en 1989 n’a pas pris un coup de vieux avec les années, je vous rassure de suite, hormis quelques antiquités technologiques du XXème siècle (machine à écrire, téléphone à cadran, appareil photo argentique…) l’intrigue n’a pas besoin d’un lifting pour rester percutante.
Petit bémol qui n’a rien à voir avec l’auteur et son intrigue, la version France Loisirs que j’ai lue comporte un paquet de lacunes au niveau relecture et correction. Erreurs que je n’ai pas retrouvées dans la version numérique (TAZ).

[BOUQUINS] Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza – Sérum : Saison 1

H. Loevenbruck & F. Mazza - Sérum S1Ca fait un moment que les six épisodes de la première saison de Sérum, roman-feuilleton/série TV signé Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza, squattent mon Stock à Lire Numérique. Il aura fallu profiter d’une escapade à France Loisirs pour que je m’offre l’intégrale de la saison 1 en en seul volume, et que je me lance dans sa lecture.
Le détective Lola Gallagher enquête sur une tentative de meurtre mais la victime est totalement amnésique suite aux blessures reçues. Lola va alors faire appel aux services du Dr Arthur Draken, un psychologue et hypnothérapeute qui a mis au point un plan de traitement très personnel et non approuvé par la profession, toutefois il garantit à Lola d’obtenir des résultats grâce à son fameux sérum…
Les auteurs ont fait le pari de proposer un feuilleton numérique diffusé au rythme d’un épisode par mois sur une période de six mois par saison (l’ensemble devant compter six saisons). Au niveau de l’écriture le challenge est largement remporté, c’est rythmé à souhait, plein der rebondissements et autres cliffhangers ; on se croirait devant un épisode de 24 Heures Chrono.
L’intrigue se densifie au fil des pages et avec l’apparition de nouveaux personnages, la banale tentative d’assassinat cachant un commplot d’envergure international. On n’en finit pas de se demander quelle est la finalité du fameux complot et surtout qui en est à l’origine. Franchement je ne regrette pas d’avoir attendu l’intégrale de cette première saison avant de m’y plonger, ça évite la frustration liée à l’attente.
Histoire de renforcer la ressemblance avec une série TV les auteurs vous invitent à écouter la bande son du roman (composée par Henri Loevenbruck), il suffit de scanner un flashcode via son smartphone ou sa tablette pour être redirigé vers le morceau concerné. Vous pouvez aussi écouter la bande son et partager d’autres interactivités en vous connectant au site Serum Online. Dommage toutefois d’avoir fait le choix d’un site en flash sachant que ce support n’est plus compatible avec les tablettes Androïd.
Les personnages sont suffisamment soignés pour être crédibles et offrir au lecteur des personnalités diverses. Qu’il s’agisse de Lola, excellente détective quoique un peu tête brûlée ou de Draken, le psy cynique qui n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour faire avancer les choses. Les personnages plus secondaires sont nombreux mais tout aussi bien travaillés (je pense notamment à Philip Detroit, le collègue fouineur, et accessoirement amant, de Lola mais aussi à Sam Loomis, un agent du FBI pour le moins atypique). Bref je ne vous ferai pas le tour du casting, il y a un paquet de monde et tous mérite le détour.
Henri Loevenbruck a commencé par la fantasy jeunesse (avec La Moïra et Gallica) avant de se lancer dans le thriller (j’ai été bluffé par L’Apothicaire et la trilogie Arie Mackenzie squatte mon Stock à Lire Numérique depuis un bail). Fabrice Mazza quant à lui est tombé dans la marmite des énigmes quand il était petit, depuis il propose à ses lecteurs de se triturer les méninges pour résoudre des énigmes en tout genre (Le Grand Livre Des Enigmes ou encore Pas De Panique C’Est Logique).
Vous vous demandez peut être si toutes les questions que vous serez amenés à vous poser trouveront leur réponse dans cette première saison ; sur ce point je veux bien lever le voile vu que la réponse s’impose d’elle même : c’est NON (sinon quel intérêt de prévoir cinq saisons de plus ?) ; au contraire vous refermez le bouquin avec encore plus de questions ! Par contre là où le bât blesse c’est que depuis novembre 2012, date de sortie du dernier épisode de la première saison, c’est le silence radio absolu. Ca peut refroidir les futurs lecteurs, moi même si je m’étais penché sur la question avant de me lancer j’aurai sans doute été moins enthousiaste.

[BOUQUINS] Johan Harstad – 172 Heures Sur La Lune

J. Harstad - 172 Heures Sur La LuneJe ne dirai pas que ce bouquin m’est tombé entre les mains par hasard mais c’est presque ça. Je patientais à la caisse de France Loisirs avec un autre bouquin quand mes yeux se sont posés sur celui-ci. Le pitch m’a emballé alors j’ai pris. Qui plus est ça me fait un invité surprise pour mon challenge SF. Place donc à ma chronique de 172 Heures Sur La Lune de Johan Harstad.
Mia, Midori et Antoine sont trois adolescents qui viennent de remporter un séjour d’une semaine sur une base lunaire suite à une loterie internationale lancée par la NASA. Après une longue et rigoureuse préparation c’est enfin l’heure du grand départ. Mais une fois sur la Lune rien ne se passera comme prévu…
Autant prévenir de suite avant de m’engager dans cette chronique, on est clairement dans la catégorie Young Adult, donc ne vous attendez pas à un space-trip qui vous fera dresser les cheveux sur la nuque, l’ensemble reste très soft. Ce qui n’a pas empêché l’auteur de remporter, avec ce titre, le prix Brage (le plus prestigieux prix littéraire norvégien) en 2008 dans la catégorie Livres pour enfants et la jeunesse.
De fait je reconnais volontiers que l’ensemble est plutôt bien ficelé malgré des débuts un peu poussifs, il faut attendre plus de 220 pages avant le décollage et encore 70 pages avant que la situation ne se gâte sérieusement pour nos touristes lunaires. Ceci dit une fois que la mécanique s’est mise en branle l’auteur passe en mode turbo, plus le moindre temps mort et un bon nombre de rebondissements jusqu’à un final qui en laissera plus d’un la gueule béante…
Globalement les personnages sont plutôt bien travaillés. D’un côté on a nos trois ados lauréats, trois caractères totalement différent (Mia la rebelle venue de Norvège, Midori la rêveuse nippone et Antoine le français, geek romantique) qui ont chacun leur propres motivations pour ce voyage. De l’autre on retrouve un équipage de professionnels, là aussi des caractères bien trempés.
Bon alors qu’est-ce qui les attends sur la Lune ? Heu… comment dire ? Une mauvaise surprise et de mauvaises rencontres. Voilà je n’en dirai pas plus.
La même chose en version plus adulte, avec une ambiance à la Alien, et une immersion plus rapide au coeur de l’intrigue aurait certainement valu au bouquin le titre de coup de coeur SF de l’année et un joli 10/10 ; à défaut on va dire qu’il s’en tire avec un honorable 8/10. Comme quoi l’auteur nordique peut briller dans autre chose que du polar…

[BOUQUINS] Yrsa Sigurdardottir – Je Sais Qui Tu Es

Y. Sigurdardottir - Je Sais Qui Tu EsMême si mon Stock à Lire Papier est nettement moins impressionnant que son alter ego numérique (sauf gros craquage non dispo en édition numérique je me contente des achats chez France Loisirs) il faut quand même que je pioche dedans de temps en temps histoire de le faire fondre, et retrouver le plaisir d’une lecture d’un « vrai » livre. C’est donc à France Loisirs que je dois cette chronique venue du froid, l’auteure, Yrsa Sigurdardottir (et encore là je l’écris avec l’alphabet français), est islandaise et son bouquin s’appelle Je Sais Qui Tu Es.
Un couple, Gardar et Katrin, entreprend de rénover une maison abandonnée dans les sauvages fjords de l’ouest de l’Islande. Leur amie Lif les suit parce qu’elle cherche à faire le deuil de son mari, récemment décédé. Tous trois ont une chose en commun : ils s’attendent à être seuls. Très vite, une présence inquiétante se manifeste dans les parages…
Le roman alterne, d’un chapitre à l’autre, entre deux intrigues. D’une part on a notre trio parti retaper une bicoque sur une île paumée au milieu de nulle part, une île supposée déserte au coeur de l’hiver, mais ils vont rapidement s’apercevoir qu’ils ne sont pas seuls et que cette présence inattendue n’est pas franchement amicale. D’autre part on suit le Dr Freyr, un psychiatre qui prête main forte à la police sur une enquête sur un suicide, une enquête qui pourrait être liée, d’une façon ou d’une autre, avec la disparition, trois ans plus tôt et toujours inexpliquée, du fils du Dr Freyr et peut être même d’une autre disparition, tout aussi mystérieuse, survenue il y a 60 ans. Quel est le lien entre ces deux intrigues ?
D’une grande patience tu devrais faire preuve pour avoir la réponse, ce n’est que dans les derniers chapitres que l’on découvre ce fameux lien. L’auteure nous offre une intrigue qui navigue entre le thriller et le fantastique (sauce maison hantée) sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne. Mais surtout elle mise tout sur l’ambiance qui, d’un côté comme de l’autre, devient de plus en plus oppressante et ne manquera de vous prendre aux tripes. Le rythme imposé est relativement lent mais à aucun moment on ne s’ennuie justement en raison de ce climat presque malsain qui, peu à peu, prend ses aises (et à nous le malaise). La dernière partie s’emballe, et nous avec, les révélations s’enchaînent et nous font découvrir l’intrigue sous un angle nouveau.
Bref l’auteure nous entraîne dans les terres reculées de l’Islande pour un séjour pour le moins glaçant, et pas uniquement à cause du froid hivernal. Un pari largement réussi pour Yrsa Sigurdardottir, une pointe de regret toutefois au niveau de la toute fin du bouquin, j’aurai aimé plus de détails sur le devenir de certains des personnages…

[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Dieu est Un Pote A Moi

C. Massarotto - Dieu Est Un Pote A MoiMalgré mon aversion pour la religion j’ai été irrésistiblement attiré par le titre de ce bouquin, Dieu Est Un Pote A Moi, ça m’inspirait sans que je puisse vraiment me l’expliquer (non non ne mettez pas ça sur le compte d’une soudaine crise de foi, je suis toujours aussi athée) ; du coup je me suis laissé tenter quand il est apparu au catalogue de France Loisirs, j’ai acheté les yeux fermés sans rien savoir ni de son contenu, ni de son auteur, Cyril Massarotto.
Le narrateur, un trentenaire des plus ordinaire, vendeur de nuit dans un sex-shop, est, du jour au lendemain, choisit par Dieu pour tailler un brin de bavette avec lui. Ensemble ils parleront de tout et de rien, Dieu n’hésitera pas à lui filer un coup de main pour l’aider à conclure avec Alice, une étudiante en psychologie croisée au magasin. Deux rencontres qui bouleverseront sa vie…
Un pitch plutôt plaisant à condition que les causeries divines ne tournent pas autour de la religion et sur ce point je n’ai pas été déçu, au contraire le Dieu en question ne semble pas très porté sur les églises et leurs dogmes. Son message est universel et peut séduire tout croyant, quelle que soit sa religion, et même les athées les plus irréductibles. Amour, amitié, famille, deuil, souffrance… les thèmes abordés sont divers et variés, bien traités sans jamais sombrer dans un didactisme ou un moralisme soûlant.
On suit le quotidien du narrateur sur plusieurs années, on partage avec lui une large palette d’émotions, du rire (souvent) aux larmes (quelques moments forts en réserve). On partage ses moments de bonheur mais aussi ses peines et ses colères. Le véritable coup de force de l’auteur, outre une écriture très agréable à parcourir, est de nous proposer un héros auquel n’importe quel quidam peut s’identifier (il n’est d’ailleurs jamais nommé), hormis sa rencontre avec Dieu on peut vivre sa vie, avec ses hauts et ses bas. Du coup forcément on vit aussi plus intensément ses émotions.
Tout au long du roman il est question d’une question divine que Dieu pose aux hommes et aux femmes juste après leur mort ; je peux juste vous dire que votre curiosité à ce sujet sera satisfaite. Par contre ne comptez pas sur moi pour vous dire dans quelles circonstances et encore moins vous révéler ladite question (un indice d’importance toutefois : la réponse n’est pas 42).
Le roman est court (trop court, c’est à regret que l’on le referme), on plonge de suite au coeur de son histoire et une fois ferré, on ne le lâche plus avant la fin (lu en une journée). Une petite perle littéraire comme on n’en croise trop rarement. Un véritable coup de force de la part de l’auteur qui signe là son premier roman (paru en 2008 chez XO Editions) dont le succès sera international. Pas mal pour un coup d’essai ! Incontestablement ça donne envie de se plonger dans les romans suivants de l’auteur, à commencer par la « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, publiée en début d’année.