[BOUQUINS] Hervé Commère – Les Intrépides

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Intrépides
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2022
Origine : France
333 pages

De quoi ça cause ?

La vie des locataires d’un modeste immeuble de quatre appartements est chamboulée quand ils apprennent que l’immeuble est mis en vente et qu’ils vont devoir déménager.

Ils vont tout mettre en œuvre pour empêcher cette vente, mais pour espère arriver à leurs fins ils vont devoir apprendre à se connaître et à faire front commun… et accessoirement compter sur un coup de pouce du hasard.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et qu’il a eu l’audace de s’écarter diamétralement de son genre de prédilection : le roman noir.

Ma Chronique

Je remercie Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est le cinquième roman de Hervé Commère que je lis et le moins que l’on puisse c’est qu’avec ses intrépides l’auteur sort de sa zone de confort. Exit le roman noir – qu’il a décliné sous diverses formes avec brio – avec un virage à 180° puisque le présent roman pourrait aisément s’apparenter à une littérature feel good.

On va donc faire la connaissance des locataires d’un modeste immeuble de quatre appartements. Des gens qui se croisent sans vraiment se connaître, chacun vaquant à ses propres occupations.

Dans l’ordre d’apparition nous croiserons Raoul, chauffeur de taxi – qui fera aussi de temps en temps office de narrateur –, et son épouse Valérie ; un couple qui vit ensemble mais ne partage plus grand chose. Bastien, un jeune commercial ambitieux obnubilé par sa carrière et sa réussite sociale, il partage son appartement avec sa discrète compagne. Suzanne une pétillante veuve qui passe beaucoup de temps avec une étudiante des Beaux-Arts, Melody. Enfin il y a le très discret – pour ne pas dire secret – Dave Missouri.

C’est la menace de la vente de « leur » immeuble qui va les rapprocher, vente qui sera logiquement suivie de la résiliation des baux locatifs et de la probable destruction de l’immeuble pour faire place à quelque chose de plus moderne (donc plus impersonnel et plus rentable).

Si tous ont la même envie de préserver leur logement actuel, les motivations des uns et des autres ne sont pas les mêmes. Pas facile dans ces conditions de faire front commun pour tenter d’enrayer l’impitoyable mécanique qui s’est mise en branle.

Ajoutez au tableau une richissime épouse acariâtre et deux frères milliardaires aux personnalités diamétralement opposées. Secouez le tout et vous obtiendrez un cocktail aussi (d)étonnant que divertissant.

Si les péripéties qui attendent nos chers voisins ne sont pas forcément des plus crédibles, elles permettent néanmoins de passer un bon moment sans trop se creuser les neurones tout en se musclant les zygomatiques.

Si Hervé Commère renonce (pour un temps ? pour toujours ?) au noir, il concentre toujours son intrigue sur l’humain et les relations humaines. Présentement c’est une façon ludique de prouver que l’on est plus fort à plusieurs que tout seul, de placer le collectif au-dessus de l’individualisme.

Le fond n’est pas forcément le plus original qui soit mais sur la forme c’est une totale réussite, le verbe et le style de l’auteur font mouche. Il nous fait découvrir progressivement les personnalités de ses personnages, eux-mêmes vont sans doute se découvrir des qualités insoupçonnées et / ou se remettre en question au cours de cette expérience partagée.

Un pari audacieux relevé haut la main, une belle aventure humaine garantie sans mièvrerie, ni guimauve. Vous pouvez y aller gaiement et consommer sans modération, aucun risque d’indigestion !

Je ne sais pas ce qu’il en est de vous mais pour ma part j’entretiens des relations de voisinages cordiales sans plus. On se salue, on échange quelques banalités à l’occasion et puis basta, chacun reprend le fil de son quotidien. Je n’ai rien contre mes voisins, au contraire, ils sont plutôt sympathiques, c’est juste moi qui demeure viscéralement asocial.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Viktor Vincent – Apparition

AU MENU DU JOUR


Titre : Apparition
Auteur : Viktor Vincent
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2022
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Alexander Kreskine est le plus grand illusionniste du moment, chacun de ses numéros semble repousser toujours plus loin la frontière entre réalité et illusion, ses spectacles se jouent à guichets fermés.

Lors d’une tournée à Paris, Alexander fait la connaissance de Sam, un jeune homme qui lui voue une admiration sans faille. L’illusionniste accepte de prendre le jeune homme sous son aile afin de lui enseigner son art. Mais un tel apprentissage se paie au prix fort, Sam devra consentir à de nombreux sacrifices pour mériter sa place…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est avant tout la curiosité qui m’a poussé vers ce bouquin. J’étais curieux de découvrir les premiers pas de Viktor Vincent comme écrivain de fiction (il a en effet déjà signé plusieurs titres consacrés au mentalisme). Le fait qu’il ait opté pour le thriller n’a fait qu’attiser les braises déjà bien vives de ladite curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance.

Comme beaucoup j’ai connu Viktor Vincent par la télévision et plus particulièrement grâce à Arthur et ses émissions Vendredi Tout Est Permis et Diversions ; force est de reconnaître que même en sachant pertinemment qu’il y a un truc, ses numéros de mentaliste sont bluffant.

De fait ça ne surprendra personne que son premier roman ait pour toile de fond le monde de la magie, et tout particulièrement celui de l’illusion. Si le fond est plutôt original, la forme reste relativement classique. Une intrigue certes classique mais plutôt maîtrisée, Viktor Vincent ne s’écarte guère des règles du genre mais n’en propose pas moins un thriller globalement bien ficelé.

Un thriller dans lequel la dimension psychologique tient une place prépondérante. D’une part les deux personnages centraux, Alexander et Sam, ont des personnalités diamétralement opposées ; autant le premier est sûr de lui, flirtant même allégrement avec l’arrogance et n’a plus rien à prouver (il est au sommet de gloire), autant le second se cherche encore et doute de lui-même (et des autres).

Tous deux ont toutefois appris à composer avec une part d’ombre, quand Alexander semble s’en régaler et s’y complaire en ne respectant aucune règle et en ne s’imposant aucune limite, Sam subit plus qu’autre chose son passé et sa culpabilité.

Mais c’est surtout au niveau de la relation entre Alexander et Sam que la dimension psychologique prend toute son importance. Au fil de son apprentissage, Alexander renforce son emprise sur Sam, n’hésitant pas à le manipuler quand cela peut servir sa cause. Paradoxalement, sous emprise Sam gagne en assurance et affirme une personnalité qu’il était loin de soupçonner.

« La réalité n’a pas d’importance, seule la perception de la réalité compte et cette perception peut être altérée. »

Tel est le leitmotiv d’Alexander Kreskine, une phrase qui pourrait tout à fait s’appliquer au présent roman. L’intrigue s’éloigne en effet du classique whodunit (un ou plusieurs meurtres et une enquête) pour se concentrer exclusivement sur la complicité / confrontation entre Alexander et Sam et notamment sur la perception de l’un et l’autre de cette relation.

Le roman est court et tiendra le lecteur en haleine jusqu’au clap de fin. Viktor Vincent use d’une écriture simple et d’un style très visuel afin de nous plonger au cœur de son intrigue, à tel point que nous aurons parfois, nous aussi, bien du mal à faire la différence entre réalité et illusion.

Un premier roman réussi, peut-être pas parfait mais suffisamment convaincant pour que l’on ait du mal à le lâcher. J’espère sincèrement que Viktor Vincent poursuivra son incursion dans la littérature de fonction, le polar lui va très bien.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Zygmunt Miloszewski – Inestimable

AU MENU DU JOUR


Titre : Inestimable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Pologne (2020)
496 pages

De quoi ça cause ?

Zofia Lorentz, une éminente historienne de l’art, est contacté par Bogdan Smuga, un scientifique un brin aventurier, afin de retrouver la trace d’artefacts Aïnous – une ancienne peuplade de Sibérie – que son aïeul aurait rapporté en Europe.

Mais ils ne sont pas les seuls à rechercher ces artefacts, leur adversaire est puissant et ne reculera devant rien pour mettre la main dessus.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Zygmunt Miloszewski (au Scrabble son prénom et son nom feraient un carton), disons que net Galley m’aura mis le pied à l’étrier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est donc le premier roman de Zygmunt Miloszewski que je lis, même si celui-ci fait intervenir des personnages déjà croisés dans Inavouable, il peut parfaitement se lire indépendamment du précédent (sachez toutefois que dans ce cas, de larges pans de l’intrigue vous seront révélés). J’avoue que je n’avais pas fait gaffe au départ, ce n’est qu’une fois ma lecture déjà bien entamée que je m’en suis rendu compte.

L’avantage que j’ai par rapport à des lecteurs qui connaissent l’auteur, c’est que je n’ai aucun élément de comparaison ; c’est donc d’un œil aussi neutre que vierge que j’aborde ce bouquin.

Le moins que l’on puisse c’est que les choses ne s’annoncent pas sous les meilleurs augures pour Zofia Lorentz au début du présent roman. Non seulement son mari, Karol, a des pertes de mémoire que la médecine n’arrive pas à expliquer, l’ultime espoir serait peut-être une clinique privée dans les Pyrénées françaises. Pour couronner le tout, elle se fait licencier de son poste à la direction du Musée National. Autant dire que la proposition qui lui tombe dessus, aussi insensée qu’elle puisse paraître, est une aubaine financière qu’elle ne saurait refuser.

Une quête moins anodine qu’il n’y parait puisqu’au cœur de ces anciens artefacts aïnous, pourrait se cacher la clé de la survie de l’humanité. Pas étonnant que dans de telles circonstances une puissante multinationale veuille mettre la main sur un sésame synonyme d’encore plus de profits et d’encore plus de pouvoirs. Face à eux, Bogdan Smuga, propose une vision plus humaniste, se proposant d’œuvrer pour le bien de tous sans amasser le moindre kopeck… Hmouais, trop beau pour être vrai me direz-vous, et c’est la même réflexion que je me suis faite, il doit sûrement y avoir anguille sous roche (ou murène sous patate dans sa version tropicale).

Je ne vous cacherai que j’ai mis un certain temps à comprendre où voulait nous mener ZM (marre de faire des copier-coller de son nom à l’orthographe improbable). Le bougre prend son temps, avec parfois de longs chapitres, pour poser le décor et ses personnages. C’est une intrigue façon diesel qui se déroule sous nos yeux, heureusement, une fois que la mécanique se met en branle, le rythme s’accélère, le régime monte dans les tours… pour ne plus retomber avant le clap de fin.

Je ne me prononcerai pas sur la faisabilité ou non de l’extraction et de la multiplication des bactéries de la façon décrite dans le roman (je n’ai pas les compétences scientifiques pour confirmer ou infirmer l’idée… et je m’en tamponne le coquillard) même si ça me semble un peu tiré par les cheveux. De toutes façons il faudrait plus qu’une incohérence scientifique pour que je lâche un bouquin, au nom de la fiction on peut se permettre de prendre quelques libertés avec la sacro-sainte vérité scientifique.

Je ne suis pas climato-sceptique et j’ai bien conscience que ce phénomène, associé à une croissance continue de la population mondiale, nous mène droit dans le mur (la fameuse sixième extinction si chère aux collapsologues ?). Par ailleurs, le peu de foi que j’ai dans le genre humain ne m’encourage pas à envisager l’hypothèse d’une soudaine prise de conscience qui inverserait la tendance. Pour autant, je ne peux pas cautionner une solution telle que celle envisagée dans le roman ; non seulement ça me parait humainement inacceptable, mais ça rappelle un peu trop les heures les plus sombres de l’histoire (et puis Thanos a essayé… ça ne lui a porté bonheur).

Je n’ai pas perdu les pédales, répliqua-t-elle pourtant. Et toi, tu ferais mieux de lire La Servante écarlate, sale crétin, tu verrais à quoi mène ce genre d’idées. Au lieu d’une lutte pour l’eau potable, on aura une lutte pour les femmes fertiles, des viols et une brutalité dont tu n’as pas idée. Et après, regarde Jurassic Park encore une fois et entends à nouveau que « life, uh, finds a way ». Ta bactérie va muter ou on va trouver un antibiotique, les gens vont continuer à se multiplier, mais dans une civilisation basée sur le viol et les violences faites aux femmes. Encore un putain de génie qui veut sauver l’humanité en nous glissant la main dans la culotte.

Finalement, après un début un peu poussif, j’ai trouvé que l’auteur menait rondement son affaire avec son lot de rebondissements et revirements de situation. Une intrigue qui ne mise pas tout sur l’action (parfois un peu too much), les nombreuses thématiques abordées pousseront le lecteur à se poser des questions (et pourquoi pas, à se remettre en question). Les personnages sont bien travaillés y compris les personnages secondaires, qui deviennent même parfois plus attachants que les principaux (mention spéciale à Martin Meller, un navigateur solitaire qui ne devrait laisser personne indifférent).

Une belle découverte qui va me pousser à garder un œil sur les futurs romans de Zygmunt Miloszewski. Et les précédents vous demandez-vous peut-être – je ne vous en vous en tiendrais pas rigueur si vous vous en foutiez comme de l’an Mil. Le cœur me pousse à espérer leur trouver une place dans un futur pas trop lointain, mais la raison me souffle, avec un ricanement sarcastique, d’arrêter de rêver !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Wesley Chu – Time Salvager

AU MENU DU JOUR


Titre : Time Salvager
Auteur : Wesley Chu
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2015)
528 pages

De quoi ça cause ?

2511. La Terre n’est plus qu’un champ de ruines dépeuplé et toxique. Ses habitants l’ont quittée depuis longtemps pour s’établir dans le système solaire. Leur survie repose sur les ressources que des agents temporels vont récupérer dans le passé.

James Griffin est un de ces chronmen, un agent désabusé par ses longues années de service et fortement porté sur l’alcool. Et pourtant c’est à lui et à son référent que l’on confie une mission qui devrait leur assurer une retraite dorée.

Alors que sa mission touche à sa fin, James brise la plus importante des lois temporelles en ramenant une personne du passé dans le présent. Rapidement démasqué James dot fuir avec sa protégée. Ils sont désormais des cibles prioritaires pour le Chronocentre et la puissante corporation Valta…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son intrigue, qui, sans révolutionner les règles du genre, m’inspirait. Et la couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe !).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le thème du voyage temporel est un grand classique de la science-fiction, que ce soit au cinéma ou en littérature, il a été exploité sous toutes les coutures. Depuis H.G. Wells et Sa Machine À Explorer Le Temps (et même avant) à nos jours, les auteurs qui se sont essayés au genre sont légion… avec plus ou moins de succès.

On serait tenté de penser que toutes les facettes de cette thématique temporelle ont été exploitées, et bin non ! Wesley Chu, un jeune auteur taïwanais installé aux États-Unis, nous prouve qu’il est encore possible de faire preuve d’originalité en la matière. Même si son roman, Time Salvager, premier opus de sa Trilogie du Temps, ne révolutionne pas franchement le genre, il a au moins le mérite de le rafraîchir.

Si le voyage dans le temps est au cœur de l’intrigue, il est ici prétexte à assurer la survie de l’humanité. Seuls les chronmen, des agents temporels, ont le droit de pratiquer des bonds dans le passé et uniquement pour aller y récupérer des ressources ou de l’énergie (qui font cruellement défaut dans le présent) en veillant à perturber à minima le flux temporel. Ils sont placés sous l’autorité du  Chronocentre qui veille au respect des lois temporelles.

James Griffin est, malgré son instabilité et son alcoolisme, l’un des meilleurs chronmen en service. C’est pour cette raison que le contrôleur Levin Javier donne son feu vert pour une mission commanditée par la puissante corporation Valta.

Alors que cette mission pouvait lui offrir une retraite dorée, James va commettre l’irréparable en brisant la première loi temporelle ; il va en effet ramener dans le présent une personne du passé. Cette « anomalie » est Elise, une biologiste qu’il va rencontrer au cours de sa mission et qu’il sauvera d’une mort certaine sur un coup de tête.

Pour Levin, la traque du fugitif et de sa protégée est une affaire personnelle, d’autant que la corporation Valta met la pression sur le Chronocentre.

Si Time Salvager est un pur produit de SF et d’anticipation, il peut aussi revendiquer le titre de thriller d’anticipation tant le rythme est soutenu de la première à la dernière page. Au fil de la traque, on découvre – en même temps que Levin – qui tient réellement les rênes du pouvoir et du Chronocentre.

Ajoutez à cela la dimension écologique (au sens noble du terme, pas sa version corrompue par la politique) de l’intrigue et vous aurez entre les mains tous les éléments d’un scénario bien plus complexe qu’il ne le laissait supposer.

Le personnage de James est l’archétype de l’antihéros, de prime abord bourru et antipathique, son caractère va s’adoucir au contact d’Elise.

À l’opposé Levin est le parfait fonctionnaire zélé, même quand ses certitudes s’effondrent il persiste à se réfugier derrière le règlement.

Le style de Wesley Chu fait de ce roman un véritable page-turner. Il me tarde de découvrir la suite (Time Siege, paru aux États-Unis en 2016), par contre je suis un peu plus pessimiste pour le troisième et dernier opus qui ne semble toujours pas écrit alors que l’auteur a publié de nombreux autres romans depuis 2016 et annonce même une nouvelle série pour 2022.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cory Anderson – Le Fracas Et Le Silence

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Titre : Le Fracas Et Le Silence
Auteur : Cory Anderson
Éditeur : Fleuve Éditions / PKJ
Parution : 2021
Origine : États-Unis
400 pages

De quoi ça cause ?

Après l’arrestation de leur père, à la suite d’un braquage qui a mal tourné, Jack (17 ans) et Matty (7 ans) se retrouvent seuls avec leur mère de plus en plus malade. Ils survivent tant bien que mal dans des conditions précaires.

Quand leur mère, épuisée par la maladie, se suicide, Jack décide de ne rien dire à personne. Il va tout faire pour rester avec son jeune frère et leur assurer une vie meilleure. Pour ça il faudrait qu’il trouve le magot – jamais retrouvé – du braquage de son père, mais il n’est pas le seul à lorgner sur le butin disparu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai tout de suite tilté sur la couv’ et son côté vintage. Associée au pitch ça sentait bon le thriller avec une pointe de nature writing… tout pour me plaire !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je souhaiterai souligner une petite particularité à propos de la parution de ce bouquin, il est en effet sorti simultanément et en version intégrale non retouchée chez Fleuve éditions et PKJ. Chez FLeuve j’ai envie de dire que le titre s’inscrit parfaitement dans leur catalogue ; cependant niveau PKJ je le conseillerai plutôt à un public jeune adulte ayant le cœur et les tripes bien accrochés.

On ne va pas se mentir, avec ce premier roman Cory Anderson signe un thriller très noir mettant en scène des enfants déterminés à prendre leur destin en main. Sans forcément avoir conscience des nombreux dangers qu’ils vont devoir affronter… surtout en se lançant à la recherche d’un butin disparu.

Le premier chapitre donne d’emblée le ton du récit. Si vous vous attendiez à une sympathique promenade de santé dans des paysages bucoliques, passez votre chemin. L’auteure vous invite sur une piste noire semée d’embûches et au cœur d’une nature hostile.

Jack Dahl (17 ans) est un solitaire au lycée. Il faut dire qu’il traîne comme un boulet la triste réputation de son père qui a braqué un prêteur sur gage et purge une peine de prison pour vol et meurtre. Mais le jeune homme ne semble pas en pâtir, au contraire il apprécie plus que tout qu’on lui foute la paix et qu’on ne vienne pas mettre son nez dans ses affaires.

Deux événements vont pourtant venir sérieusement bouleverser le quotidien de Jack. Après le suicide de leur mère, Jack décide de ne rien dire à personne afin que les services sociaux ne le séparent pas de son frère Matty (7 ans). Il va se débrouiller pour faire en sorte que les choses aillent pour le mieux… et pour ça il faut qu’il mette la main sur le butin que son père a planqué. Il l’ignore encore mais cette quête va le confronter à des personnages peu recommandables et les plonger, lui et son frère, dans la tourmente et la violence.

Et si sa rencontre Ava, une adolescente aussi taciturne et mystérieuse que lui, était une main tendue pour sortir des ténèbres. Il ne sait rien d’elle, elle sait tout (ou presque) de lui. Il va, contre toute attente, décider de lui faire confiance et accepter son aide.

Ce que Jack ignore c’est que Ava est la fille de Bardem, le complice de son père et le véritable auteur du meurtre dont son paternel est accusé. Un personnage tout en noirceurs, froid, déterminé et implacable. bien décidé à mettre la main sur un butin qui – il en est convaincu – lui revient de droit.

Ce que Jack ignore c’est que le butin volé appartenait à des trafiquants de drogue qui se servaient du prêteur sur gages pour blanchir leur argent sale. Ils n’ont pas vraiment apprécié que leur fric disparaisse et ne reculeront devant rien pour le récupérer.

Ce que Jack ignore c’est que dans tout le merdier qu’il déclenché bien malgré lui, quelqu’un se soucie de lui et de son frère. Alors que les cadavres commencent à jalonner le parcours des trois gamins, le sheriff Doyle espère pouvoir les sauver.

Si j’ai pris le temps de parler des différents acteurs de cette intrigue, c’est parce que l’auteure accorde une attention toute particulière à ses personnages. Impossible de rester de marbre face au périple de Jack et Ava, ils ne feront pas toujours les choix les plus judicieux mais leur jeune âge justifie amplement ces erreurs d’aiguillage. Et au milieu de ce déferlement de violence, l’innocence de Matty est un véritable rayon de soleil.

La nature est aussi un élément essentiel du récit et de l’intrigue, il faut dire que les fins fonds de l’Idaho au cœur de l’hiver ne constituent pas vraiment le décor idéal pour des gamins livrés à eux-mêmes. Le froid peut rapidement devenir un ennemi impitoyable.

L’intrigue aussi est soignée, le rythme soutenu est assuré de la première à la dernière page, de quoi jouer avec les nerfs et l’adrénaline des lecteurs… même les plus aguerris ! Je l’ai dévoré quasiment d’une traite tant il me tardait de découvrir le dénouement.

La construction du roman mérite aussi que l’on s’y attarde. Chaque chapitre commence par quelques lignes dans lesquelles Ava nous invite à partager ses réflexions. Puis les chapitres s’enchaînent, faisant parfois fi de la chronologie mais sans jamais perdre le lecteur. Leur numérotation aussi est peu ordinaire, on suit un décompte normal des chapitres 1 à 33 avant d’entamer un compte à rebours des chapitres 32 à 1.

Pour un premier roman, Cory Anderson signe un bouquin maîtrisé de bout en bout, rien n’est laissé au hasard. Une très belle découverte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Carole Johnstone – Mirrorland

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Titre : Mirrorland
Auteur : Carole Johnstone
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Écosse
448 pages

De quoi ça cause ?

Cat est partie s’installer à Los Angeles, loin de sa ville natale d’Édimbourg, et de sa sœur jumelle, El, dont elle est sans nouvelles depuis de longues années. La première partie de sa vie semble effacée de sa mémoire. Mais le jour où elle apprend la disparition inquiétante de sa sœur, elle décide de rentrer en Écosse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait prometteur.

Je me méfie des accroches commerciales, mais quand je vois que Stephen King juge le bouquin « diablement intelligent »,  ça ne fait que booster ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance.

J’avoue que la prise de contact avec ce roman ne s’est pas forcément passée aussi bien que je l’espérais, j’ai en effet eu beaucoup de mal à me plonger dans l’intrigue et à accrocher aux personnages.  Heureusement le mix réussi entre le thriller psychologique et la chasse au trésor et l’ambiguïté grandissante de certains protagonistes ont fini par me faire oublier ces débuts difficiles.

Il faut dire que Carole Johnstone sait y faire quand il s’agit de nous faire douter de ses personnages (le lecteur aura bien du mal à démêler le vrai du faux autour de El, Ross et même Cat). Qu’est-il réellement arrivé à El ? Pourquoi les deux sœurs étaient-elles brouillées depuis plus de dix ans ? Et surtout que s’est-il passé cette nuit du 4 septembre 1998 où tout a basculé ?

À travers un jeu de piste macabre (sous forme d’une chasse au trésor parsemé d’indices) orchestré par sa sœur, Cat va redécouvrir le Mirrorland, un monde imaginaire que les deux sœurs avaient créé pour échapper à la réalité ; un voyage dans le passé qui va faire remonter les souvenirs refoulés des traumatismes de leur enfance.

Le récit à la première personne nous permet de suivre l’intrigue du point de vue de Cat, avec elle on redécouvre son passé pour dénouer les événements du présent (la disparition en mer de sa sœur… accident, suicide ou homicide ?).

Au départ la situation paraît très embrouillée, mais heureusement les choses se précisent peu à peu. Ce qui ne signifie pas pour autant que tout devient limpide comme de l’eau de roche, au contraire le lecteur n’a pas fini de douter et de s’interroger. Les multiples rebondissements rebattent totalement les cartes, trop peut-être… j’ai trouvé en effet que l’ultime retournement de situation était un peu (beaucoup) too much, idem pour les explications qui suivront ; du coup la crédibilité de l’intrigue prend du plomb dans l’aile.

Pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut que les personnages soient particulièrement crédibles, c’est heureusement le cas ici. Le trio formé par Cat, El et Ross est très réussi et vous donnera  bien du fil à retordre. Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, je pense notamment au duo d’enquêteurs formé par Rafiq et Logan.

L’intrigue est plutôt bien ficelée (machiavélique parfois) malgré quelques bémols. L’idée de combiner le passé et le présent est une idée plutôt bien trouvée et bien exploitée, idem pour l’essentiel de l’intrigue qui se joue quasiment à huis clos.

Force est toutefois de reconnaître que pour son premier roman Carole Johnstone n’a pas fait le choix de la simplicité, ça force le respect.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Odile Baltar – Arrête Ton Cirque

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Titre : Arrête Ton Cirque !
Auteur : Odile Baltar
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

Laure est aussi égocentrique que son mari, François est tolérant, tellement tolérant qu’il accepte sans broncher les infidélités de son épouse.

Un matin, François annonce à Laure que Pascal, son amant, s’est suicidé. Une nouvelle qui va ébranler Laure au-delà de ce qu’elle soupçonnait.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la couv’ qui, la première, a titillé ma curiosité. Notamment cette mention de prix San Antonio. Vu l’amour de Frédéric Dard pour les mots, ça ne pouvait qu’être de bon augure.

La quatrième de couverture a fini de me convaincre.

Ma Chronique

Odile Baltar est la première lauréate du prix San Antonio, un prix créé par les éditions Fleuve qui récompense un polar inédit de 300 000 signes maximum qui se distingue par la qualité de la langue. La plus grande récompense pour l’auteur(e) étant une diffusion de son texte par l’éditeur.

Le jury ne s’est pas trompé en récompensant Odile Baltar, dès les premières lignes on est sous le charme de son écriture et de sa verve ; c’est que du bonheur de lire une telle prose.

J’avais terminé le vin. J’étais presque joyeuse. Mon amant s’était tranché la gorge et j’étais une salope : on n’allait pas en faire un fromage. Je ne lui avais jamais rien promis, à François ! Le vin me rendait hargneuse, je détestais les suicidés. C’étaient eux, les égocentriques, pas moi.

Il faut dire aussi que sa narratrice (Laure) est une femme à la personnalité très affirmée. Égoïste, égocentrique, égotique, un tantinet déjantée et très infidèle…  Pas franchement l’épouse modèle, et pourtant son mari l’aime à la folie et lui pardonne tous ses écarts.

Pour faire simple on va dire que Laure a une façon très personnelle d’aborder la vie et que les pensées défilent à un rythme débridé dans sa caboche. C’est donc d’une façon toute aussi personnelle qu’elle va faire le deuil de son amant… et se retrouver dans des situations où même elle risque d’être dépassée par les événements.

Le ton est aussi décalé que son héroïne, les mots sont parfois crus mais jamais vulgaires, c’est délicieusement amoral avec une pointe de noir. On se laisse volontiers embarquer par le périple rocambolesque de Laure, on s’en fout si ce n’est pas franchement crédible par moments, l’auteure veut s’amuser et amuser les lecteurs ; et ça fonctionne ! On se vide la tête, les zygomatiques s’affolent. C’est juste jouissif comme lecture.

Je vais volontairement faire l’impasse sur les personnages et les divers éléments de l’intrigue ; je dirai simplement que Odile Baltar nous offre un subtil cocktail de vaudeville / feel-good / noir.

Compte tenu de l’épaisseur du bouquin (moins de 200 pages) et de la qualité de l’écriture, le bouquin s’avale quasiment d’une traite. Cerise sur le gâteau, l’intrigue s’offre même le luxe de surprendre le lecteur avec une ultime révélation.

Pour l’anecdote le manuscrit a concouru pour le prix San Antonio sous le titre Ego-trip-bad-side-fucking-life-for-nothing-bla-bla-bla et était signé Nane. Vingt titres étaient en lice, trois ont été retenus en phase finale. Vous connaissez la suite…

On ne sait pas grand-chose d’Odile Baltar, sinon qu’il s’agit d’un nom de plume, qu’elle est Belge et ne compte pas sortir de l’ombre pour le moment. J’espère sincèrement qu’elle poursuivra l’expérience littéraire, une plume pareille a sûrement encore beaucoup d’histoires à nous raconter.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Misraki – La Prophétie De L’Arbre

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie De L’Arbre
Série : Trilogie PanDaemon
Auteur : Christophe Misraki
Éditeur : Fleuve
Parution : 2021
Origine : France
608 pages

De quoi ça cause ?

L’assassinat de Sarah Portor, héritière légitime de la couronne d’Erceph, pourrait bien menacer le fragile équilibre et la paix qui règnent sur Porminide depuis la fin du Conflit Originel et la victoire des humains.

Dans les profondeurs de PanDaemon les forces du mal unissent en effet leurs forces et se préparent à une offensive massive et coordonnée contre les humains…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les écrivains français qui s’essayent à la fantasy ne sont pas légion, j’étais donc curieux de découvrir l’univers de Christophe Misraki.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Force est de reconnaître que Christophe Misraki tire plutôt bien son épingle du jeu en s’aventurant, pour un premier roman (et accessoirement le premier tome d’une trilogie annoncée), sur le terrain de la fantasy.

Sans révolutionner le genre (et je doute que telle eut été l’intention de l’auteur), il décrit un univers de style heroic-fantasy bien pensé et suffisamment complexe pour nous réserver encore bien des surprises. Un monde où les relations entre les peuples occupent une place centrale, entre alliances, complots, trahisons et tutti quanti. Un monde dans lequel les enjeux politiques et religieux se côtoient… pas toujours en totale harmonie ! Mais plutôt selon les intérêts des uns ou des autres. Un monde dans lequel les forces magiques, à travers un système fort original et fort bien développé, peuvent faire pencher la balance en faveur de ceux qui sauront en maîtriser les arcanes. Un monde peuplé d’un large éventail de créatures, dont certaines encore à découvrir, qui devront choisir leur camp dans le conflit qui se prépare (les alliances ne sont pas aussi simplistes qu’une banale opposition entre humains et non-humains).

L’organisation (politique et religieuse) des provinces humaines de Porminide repose sur d’obscures prophéties rédigées dans un style plus que nébuleux et donc sujettes à interprétation… entre les autorités politiques (notamment Eden Portor, suzerain d’Erceph) et les autorités religieuses (représentées par les Obédiences),l’interprétation de ces textes peut varier du tout au tout.

Le pouvoir et le titre de suzerain du Comté se transmet de père en fils à l’occasion du vingt-troisième anniversaire de ce dernier. Il se matérialise par le transfert d’une « Entité » qui quitte le cœur de l’ancien suzerain pour prendre place dans celui de son successeur. Sauf que chez les Portor il n’y a pas de fils, juste deux filles, et c’est donc Sarah, l’ainée, qui aurait dû hériter du titre de suzerain et de la fameuse « Entité ».

Et c’est bien là que le bât blesse car ces fameuses (fumeuses) prophéties font état de la fin d’une ère en cas de transmission de l’Entité à une femme. Ce que les Obédiences ont interprété comme signe annonciateur d’une malédiction susceptible de rompre l’équilibre qui assure la paix en Porminide. D’où leur décision d’imposer à Sarah Portor une épreuve au cours de laquelle elle devra prouver sa valeur… sauf que les choses ne se passeront pas exactement comme prévues (à moins que ?), Sarah sera tuée lors de cette épreuve et ses assassins lui arracheront le cœur; réceptacle de l’Entité, avant de prendre la fuite.

Un tel univers, s’il veut tenir la route, ne se met pas en place en quelques pages. Christophe Misraki n’est pas avare en matière de renseignements sur le monde qu’il a imaginé. Ce qui explique (en partie) le temps qu’il m’a fallu pour venir à bout du présent bouquin. En fin de roman l’auteur intègre un lexique qui situe le contexte et les acteurs de son intrigue ; un bonus appréciable qui aurait été, selon moi, plus pertinent en début de roman (avant la carte du monde par exemple) afin de pouvoir s’y référer en cas de questionnement ou de doute quant au rôle ou à la position de tel ou tel intervenant.

Au fil du récit on alterne les points de vue des différents (et nombreux) acteurs de l’intrigue. Je ne vais vous faire une synthèse des forces en présence ni de leur rôle (présent ou à venir, clairement défini ou encore à préciser), d’une part parce que l’auteur s’acquitte fort bien de la tâche dans ce fameux lexique, mais aussi, et je l’avoue sans la moindre honte, par flemme.

Malgré une réelle complexité, l’immersion en Porminide est totale. On s’attache facilement aux personnages, même certains « méchants » trouvent parfois grâce à nos yeux. L’intrigue est très prenante malgré quelques longueurs parfois (le temps de préciser certains éléments du contexte). Il n’en reste pas moins qu’en refermant ce premier tome on a clairement l’impression qu’il fait office de mise en bouche… ce n’est que dans les tomes suivants que les choses trouveront leur rythme de croisière.

Alors que les choses semblaient suivre une voie toute tracée, la dernière partie du roman ouvre de nouvelles perspectives à l’intrigue et aux personnages. Il faut bien avouer qu’un tel revirement de situation est plutôt déconcertant… d’un autre côté c’est la fin de ce premier tome qui explique le titre et la couverture du bouquin.

Ça n’en reste pas moins une mise en bouche alléchante. En espérant que Christophe Misraki ne se la joue pas G.R.R. Martin en nous faisant languir plusieurs années entre chaque tome !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Petit – La Traque

AU MENU DU JOUR

B. Petit - La traque

Titre : La Traque
Auteur : Bernard Petit
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Toutes les forces de police de Belgique sont mobilisées et en alerte maximale.

Un ancien ministre, devenu un homme d’affaires de premier plan, a été enlevé. Les ravisseurs n’ont laissé aucun indice derrière eux, sinon un courrier laissant supposer une future demande de rançon.

Peu de temps après, un dangereux gang de fourgonniers (braqueurs de fourgons blindés) que la police traque sans succès depuis des années, frappe de nouveau. Un convoyeur a été tué, un flic blessé par balles est dans un état critique… l’argent a disparu avec les braqueurs.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’un roman policier écrit par un ancien flic est bien souvent un gage de qualité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Impossible de vous parler de ce roman sans vous dire quelques mots sur son auteur.

Bernard Petit intègre les forces de police en 1983 en tant qu’inspecteur, il connaître une ascension fulgurante et une carrière sans fausse note qui lui vaudront d’être nommé à la tête de 36 Quai des Orfèvres en 2013. En 2015, après 38 années passées de service, il est limogé et mis en examen pour avoir violé le secret professionnel.

Il ne m’appartient pas de juger du bien-fondé ou non de de l’accusation et de la sanction (Bernard Petit a toujours nié les faits qui lui sont reprochés) ; force est toutefois de reconnaître que, quand on creuse un peu autour de cette affaire, il subsiste pas mal de zones d’ombres et d’incertitudes.

Fin de la parenthèse. Venons-en à l’objet du délit, à savoir le premier roman de Bernard Petit… roman policier, cela va sans dire !

L’auteur nous invite à une longue et sanglante traque qui va s’étaler dans le temps (sur plusieurs années) et dans l’espace (essentiellement entre la France et la Belgique… mais pas que). Une traque qui obligera les différentes forces de police à passer outre les différents / désaccords / tensions afin d’œuvrer ensemble au démantèlement du gang des fourgonniers.

Il m’a fallu un peu de temps pour réussir à me poser mes marques parmi les nombreux intervenants policiers (quelle brigade ? quel pays ? avec qui ?), mais finalement chacun a rapidement trouvé sa place dans mon esprit.

Une galerie de flics aux profils divers et variés, il y a ceux qui filent droit dans leurs bottes et dans le respect des règles, ceux qui contournent plus ou moins fortement lesdites règles afin de faire avancer leur enquête et ceux qui franchissent allègrement la ligne blanche avec pour unique mot d’ordre leur profit personnel.

Dépeindre le quotidien de ces flics au cœur de l’action permet aussi à l’auteur de pointer bon nombre de disfonctionnements du système. Les chefs de groupe doivent composer avec un effectif insuffisant, les coupes budgétaires, les tracasseries administratives ou procédurières. Sans parler d’une mission souvent parasitée par les consignes visant à gonfler artificiellement les stats d’efficience afin de faire plaisir aux ronds-de-cuir (procureurs, préfets, ministres).

Bernard Petit aurait pu faire dans la facilité en opposant à « ses » flics, des braqueurs bourrins et sanguinaires. Certes ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes pour arriver à leurs fins ou neutraliser une menace, mais j’ai bien aimé l’esprit de groupe qui soudait le gang.

Le roman va au-delà d’un simple jeu du chat et de la souris entre gentils flics et méchants braqueurs. Il donne aussi de la voix à ceux et celles qui sont entraînés dans la spirale. Du côté des flics la difficulté de concilier une vie de couple normale et les impératifs de leur métier. Du côté des braqueurs c’est l’incertitude des compagnes au départ de chaque nouvelle opération.

Comme chez Olivier Norek, Didier Fossey ou Christophe Guillaumot, la plume de Bernard Petit est d’un réalisme époustouflant. Il reconnaît volontiers s’être inspiré de plusieurs véritables affaires criminelles pour construire son intrigue, on l’aurait deviné tant le roman dégage une impression de « vécu ». Au-delà du jargon et des procédures, il n’y a que ceux qui ont connu cette réalité qui peuvent la retranscrire aussi bien au travers l’humanité des personnages que via la violence des faits.

J’ai littéralement dévoré les 400 pages du bouquin, impossible de le lâcher tellement je voulais en connaître l’issue. Pour un premier roman l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu. Aucun bémol majeur à signaler, j’ai été conquis de bout en bout. J’espère vraiment que Bernard Petit ne compte pas s’arrêter à ce coup d’essai. Je suis fier de crier haut et fort que La Traque m’a fichu une sacrée claque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Katrine Engberg – L’Enfant Étoile

AU MENU DU JOUR

K. Engberg - L'enfant étoile
Titre : L’Enfant Étoile
Auteur : Katrine Engberg
Éditeur : Fleuve
Parution : 2021
Origine : Danemark (2016)
416 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune étudiante est retrouvée morte dans son appartement de Copenhague, le visage mutilé au couteau. Personne n’a vu ou entendu quoi que ce soit d’inhabituel.

Pour l’inspecteur Jeppe Korner et son assistante, Annette Werner, en charge de l’affaire, l’enquête s’annonce complexe et va les amener à déterrer les sombres secrets des uns et des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis un inconditionnel du polar nordique. Comme le bandeau présente Katrine Engberg comme « auteure phénomène » du genre, ça titille forcément ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie Fleuve Éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec L’Enfant Étoile Katrine Engberg signe son premier roman, et le premier d’une série réunissant le duo Korner / Werner.

Commençons par les personnages et le duo formé par les enquêteurs Jeppe Korner et Annette Werner. Deux personnalités radicalement différentes dont la collaboration pourrait faire des étincelles mais qui fonctionne plutôt bien… avec quelques prises de bec çà et là.

Jeppe Korner peine à se remettre d’un divorce difficile qui ‘a plongé dans une profonde dépression. Un individu réservé et un tantinet obsessionnel, voire psychorigide. Au fil des chapitres on apprend à la connaître et à l’apprécier, derrière l’image bourrue qu’il renvoie se cache un être profondément sensible et humain.

Annette Werner serait quant à elle plutôt du genre pile électrique qui fonctionne à l’instinct. Épanouie et heureuse dans sa vie de couple. Une personnalité plus limpide que celle de Jeppe qui ne l’empêche pas d’avoir un caractère bien trempé.

Autre personnage clé de l’intrigue, la propriétaire de l’immeuble et voisine de la victime, Esther De Laurenti. Prof de littérature à la retraite, elle s’est mise en tête d’écrire un roman policier dont elle partage l’avancée au sein d’un groupe de lecture. Une femme d’un certain âge qui vit seule avec ses deux carlins. Qui va se retrouver bien malgré elle entraînée dans cette sordide affaire, le tueur ayant copié jusque dans le moindre détail, le crime qu’elle décrit dans son roman.

Et il y a la victime, la jeune Julie Stender. Bien que morte elle va occuper une place essentielle dans le déroulé de l’intrigue. Il faut bien reconnaître que sous ses airs de jeune fille modèle, se cachent de lourds et sombres secrets.

Les autres personnages liés à l’intrigue ne sont pas laissés en plan, l’auteure leur a forgé à chacun une personnalité propre. De fait certains vous apparaîtront plus ou moins appréciables, alors que vous adorerez en détester d’autres.

À la lecture on sent que Katrine Engberg est très attachée à la ville de Copenhague, à tel point que la capitale danoise devient presque un personnage à part entière du roman et non un simple décor.

Bien que de construction relativement classique, l’intrigue fonctionne bien. Les nombreuses fausses pistes qui viendront égarer les enquêteurs (et accessoirement les lecteurs) assurent une lecture captivante de bout en bout. Une intrigue parfois complexe et retorse mais jamais embrouillée.

Pour un premier roman l’auteure tire bien son épingle du jeu sans chercher à révolutionner le genre. Un peu tôt pour parler de nouvelle reine du polar nordique ou d’auteure phénomène, mais c’est plutôt prometteur pour la suite. Personnellement je suis partant pour retrouver Jeppe et Annette pour de nouvelles enquêtes (ça tombe bien, si j’ai bien tout compris trois autres romans sont d’ores et déjà disponibles en VO… yapuka cas attendre leur traduction).

MON VERDICT