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Archives de Tag: Flamant Noir

[BOUQUINS] Noël Boudou – Elijah

N. Boudou - ElijahUne lecture à la demande d’un éditeur que j’apprécie grandement (Flamant Noir en l’occurrence) est toujours un plaisir. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à bousculer mon programme afin de permettre à Elijah, le premier roman de Noël Boudou, de griller la priorité à ses nombreux concurrents présents dans mon Stock à Lire Numérique.
A 18 ans, le narrateur tue son père afin de les libérer, lui et sa mère, de ses accès de violence incontrôlables et répétés. Peu de temps après il apprend que sa mère n’a pas survécu à la dernière raclée que lui a infligé son mari. Par contre ils ont pu sauver l’enfant qu’elle portait, mais il est lourdement handicapé. Désormais le narrateur va tout faire pour assurer le bonheur d’Elijah, son petit frère. Ne vous moquez jamais d’Elijah… surtout pas si son frère peut vous entendre.
Je n’ai jamais été déçu par les titres de Flamant Noir, aussi ai-je pris l’habitude de placer la barre de mes attentes quelques crans au-dessus de mon niveau moyen d’exigence. Le moins que l’on puisse c’est qu’avec ce bouquin on a le droit à du lourd, du très lourd ! Dans le bon sens du terme, cela va de soi.
Autant vous prévenir de suite ce livre est ultra-violent, Noël Boudou ne manque pas d’imagination et ne nous épargne pas les détails quand il s’agit de laisser parler le Mal qui habite ses personnages (âmes sensibles s’abstenir). Bin oui, « le frère d’Elijah » (on n’apprend son prénom que dans les derniers chapitres du roman) n’est pas un enfant de choeur… mais ses victimes non plus, loin s’en faut.
Un personnage tout en contraste, avec d’un côté cette violence inouïe qu’il déchaîne pour punir ses victimes, et de l’autre l’amour incommensurable qu’il éprouve pour son petit frère. Et qui sait, peut-être que dans son coeur il reste une place pour l’Amour, un Amour rédempteur. Là est la clé de ce héros et de roman, la violence n’est jamais gratuite, elle finit même par devenir l’unique solution pour sauver l’amour et l’innocence. Au milieu de ce tourbillon de haine et de sang, brille une lueur d’espoir, comme phare qui indiquerait la direction à suivre pour un nouveau départ.
Sans forcément approuver les actions du narrateur, je n’ai à aucun moment ressenti l’envie de le blâmer. Sans doute parce que j’exècre au plus haut point les ordures qui tabassent leurs femmes et leurs gosses. Ce ne sont pas de soins dont ces pourritures ont besoin, mais plutôt d’une balle dans la nuque, ça coûterait moins cher à la société et le risque de récidive est nul avec cette option. Mais ceci est une autre histoire (même si j’assume pleinement mes propos).
Outre le récit du narrateur (à la première personne, cela va de soi), certains chapitres vous permettront de suivre les pensées d’Elijah grâce à un journal qu’il tient dans sa tête faute de pouvoir faire autrement, de même nous aurons le droit à quelques extraits de journal d’Aline, une jeune femme que les deux frères rencontrent lors d’une de leur sortie au parc. Deux personnages au charisme lumineux, deux points de lumière au milieu des ténèbres (je sais j’insiste).
Je ne m’attarderai pas davantage sur l’intrigue et les personnages, je préfère laisser aux futurs lecteurs le plaisir et les frissons de la découverte. Tout ce que je peux vous dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos (mais ça je pense que vous l’aurez déjà compris).
Par contre il serait injuste de terminer cette chronique sans vous parler de l’écriture de l’auteur. Un style direct et percutant qui vous prend aux tripes dès les premières lignes du récit… et ne vous lâchera plus jusqu’au clap de fin. Les phrases et les chapitres sont courts, percutants, privilégiant ainsi le rythme, sans la moindre lourdeur qui permettrait au lecteur de reprendre son souffle (ce qui explique sans doute pourquoi j’ai lu le roman d’une traite).
Pour un premier roman Noël Boudou place la barre très haut, inutile de préciser (sans vouloir lui mettre la pression) que son prochain titre est d’ores et déjà attendu de pieds fermes… et que l’on espère avoir le droit à la même qualité, voire même encore mieux !
Encore un excellent choix éditorial pour Flamant Noir, définitivement un petit éditeur (sans rien de péjoratif dans ces termes, bien au contraire) qui mérite une place de premier choix dans le coeur des amateurs de thrillers exigeants.
Enfin je tiens à remercier Nathalie (c’est elle qui se cache sous le masque du Flamant Noir) pour sa confiance. Je vous ai promis une chronique sans concession et je peux vous assurer que c’est le cas ici, quand un roman me prend aux tripes et au coeur alors je me plais à le crier haut et fort !

MON VERDICT
jd5Coup double

PS : Noël, si votre chemin vous mène par Nouméa c’est avec plaisir que je partagerai avec vous quelques verres de Jack Daniel’s (sans glace).
Un auteur adepte du Jack sec ne peut être qu’un mec bien 🙂

 
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Publié par le 22 février 2017 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Didier Fossey – Ad Unum

D. Fossey - Ad unumAvant d’entrer dans le vif du sujet je voudrais remercier les éditions Flamant Noir, et tout particulièrement Nathalie, qui m’a proposé de chroniquer un titre que j’attendais de pied ferme après de vaines recherches çà et là. Il s’agit en effet de Ad Unum de Didier Fossey, la seconde enquête du groupe Le Guenn. Et accessoirement le chaînon manquant entre Traque Sur Le Web et Burn-Out
Paris, février 2011. Un homme est retrouvé mort dans un box fracturé, pendu, les mains liées dans le dos par un serflex et l’inscription « Ad unum » gravée sur le front. Comme c’est la troisième victime exécutée selon le mode opératoire, l’affaire est confiée à Boris Le Guenn et son équipe. Ils vont devoir reprendre les trois affaires à zéro s’ils veulent mettre la main sur le tueur avant qu’il ne sévisse à nouveau…
Comme plus ou moins signalé en introduction Ad Unum est la deuxième enquête du Groupe Le Guenn, initialement publié en 2011 par Les 2 Encres, le roman était quasiment introuvable. Un grand merci à Didier Fossey et aux éditions Flamant Noir pour cette réédition (en attendant celle de Traque Sur Le Web).
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Boris Le Guenn et son équipe de choc, une équipe plus soudée que jamais pour mettre fin aux agissements d’un ou plusieurs tueur(s) en série qui exécutent ceux que la justice a relaxés ou condamnés à des peines jugées trop légères.
D’entrée de jeu Didier Fossey donne le ton avec une scène d’ouverture qui nous place d’emblée au coeur de l’intrigue. On assiste au « procès » de la troisième victime (chapitre 1), puis à la découverte du corps (chapitre 2). Et nous voilà dans le grand bain avec l’entrée en scène de Boris Le Guenn (chapitre 3).
Une intrigue rondement menée, des chapitres courts et le style sans chichis de l’auteur permettent une immersion totale dans le récit et une lecture d’une grande fluidité. Outre le suivi de l’enquête et des personnages, certains flashbacks nous familiariserons avec le parcours de Mathias, avant qu’il ne devienne Le Latiniste, notre tueur en série.
Plus que jamais la dimension psychologique est au centre du récit, il faut dire que le Mathias n’est pas franchement stable à ce niveau. Autant il peut faire preuve d’une redoutable intelligence pour mener à bien son plan, autant il peut parfois littéralement péter une durite. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui m’a permis de le démasquer avant Le Guenn.
Une enquête policière pour le moins trépidante et haletante qui se déroulera sans sensationnalisme, ni surenchère en matière d’hémoglobine. Une fois de plus l’auteur place avant l’humain au centre de son récit, qu’il s’agisse des liens qui soudent le groupe Le Guenn ou de la vie de couple de Boris et Fred (leurs conjoints encaissent parfois difficilement les contraintes de la vie de flic). Ce qui ne l’empêchera pas de jouer parfois avec vos nerfs.
J’espérais avec ce second opus trouver un indice permettant d’identifier l’appel que reçoit Boris à la fin de Burn-Out mais il n’en est rien… le suspense reste à son comble, et la hâte de découvrir le prochain n’en est que plus grande.
Encore merci à Nathalie pour sa confiance, et tant que j’y suis un grand merci à l’auteur qui est, pour moi, un incontournable du polar français (avec Olivier Norek, ils occupent le top du top de mon classement personnel). Sans doute parce qu’ils savent parfaitement de quoi ils parlent pour l’avoir vécu.
Je constate pour ma part que je n’ai plus besoin de me référer aux notes de bas de pages pour identifier les différents acronymes utilisés dans le milieu policier (SARIJ, FAED, IML…) ; c’est grave docteur ?

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

 
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Publié par le 2 novembre 2016 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Grégoire Lacroix – Jazz Band : Eros Héros Sept

G. Lacroix - Jazz BandImpossible (ou presque) pour moi de résister au catalogue de Flamant Noir, j’y ai découvert tellement de perles que chaque nouveau titre titille ma curiosité. C’est donc sans hésitation que je me suis jeté sur leur dernier bébé, Jazz Band, de Grégoire Lacroix.
Jazz Band est un agent du SORG (Service Opérationnel des Renseignements Généraux). Son arme : une guitare Gibson qui lui permet d’infiltrer incognito les clubs de jazz. Son atout : une intelligence et un esprit d’analyse hors du commun. Ses faiblesses : aucune, bien entendu ! C’est à lui que l’on fait appel dans les situations les plus désespérées…
Vu comme ça l’intrigue pourrait ressembler à n’importe quel (ou presque) scénario d’espionnage pour romans de gare (je hais ce terme puant d’élitisme mais je l’emploi fort à propos… et fort modestement) ; mais il ne faut pas se fier aux apparences. Jazz Band est à James Bond ce que le Canada Dry est à la bière ! On est davantage dans la parodie que dans l’imitation.
Le personnage de Jazz Band vaut à lui seul le détour. Autoproclamé surdoué et convaincu d’avoir un charme irrésistible, il pourrait être la parfaite tête à claque mais les clichés sont poussés si loin qu’il en devient pathétiquement risible. Rassurez-vous c’est l’effet recherché.
Notre cher JB prend aussi un malin plaisir à rabaisser ses interlocuteurs. Il faut dire que son adjoint, Duglantier, qu’il surnomme Dugu alors que Dugland lui conviendrait mieux, ne brille ni par sa perspicacité, ni par son enthousiasme face au boulot. Même le ras des pâquerettes ça lui passe largement au-dessus !
JB, puisqu’il s’agit d’un récit à la première personne, nous raconte deux affaires sur lesquelles il a dû intervenir. Exit James Bond, welcome Austin Powers ! On quitte le monde des possibles pour la quatrième dimension tellement l’improbable est de rigueur.
Je vous laisse juger par vous même. Affaire n°1 : retrouver le Professeur Dhozone, inventeur de la couche du même nom, qui a été enlevé. Affaire n°2 : neutraliser Intersecte, un groupe criminel qui compte unifier toutes les sectes du monde sous une seule enseigne. Avouez que c’est du lourd…
Si je me limitais à ces seuls aspects, très second degré, du roman je passerai (et vous aussi, que j’espère pourtant bien convaincre) de l’essentiel. Le fond n’est qu’un prétexte pour mettre en avant la forme : le style narratif du bouquin. Ami(e)s de la langue française vous allez vous régaler, l’auteur multiplie les jeux de mots en tout genre (calembours, contrepèteries, déconstructions/reconstructions…). Au final on obtient un phrasé qui semble issu d’un croisement linguistique entre Sacha Guitry, Frédéric Dard et Raymond Devos.
J’avoue que pour ma part j’aurai apprécié que la forme soit mise au service d’un fond un peu plus conséquent. Un bémol modéré par l’épaisseur du bouquin, un peu moins de 300 pages ; un bon format pour apprécier les bons mots sans que le jeu ne devienne lassant. J’espère que ma note ne paraîtra pas trop sévère, mais à force de nous habituer à du très haut de gamme on devient exigeant quand on pioche dans le catalogue de Flamant Noir.

MON VERDICT
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Publié par le 15 mars 2016 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Muriel Houri – Jeux, Tue, Ils

M. Houri - Jeux, tue, ilsCela faisait déjà quelque temps que je n’avais pas mis les éditions Flamant Noir à la une de ces chroniques, il faut croire que j’attendais le titre qui fasse tilt pour me lancer. Le second roman de Muriel Houri, Jeux, Tue, Ils m’a tout suite fait des appels du pied.
Alice et Julien, forment un jeune couple ravagé par la perte de leur fille, Sally. Quand elle apprend, par un message anonyme, que son mari la trompe avec une certaine Myriam, Alice, bien que bouleversée, décide de prendre sur elle. Quelque temps plus tard, un SMS anonyme, MYRIAM EST MORTE, donne le go d’un sinistre jeu de piste orchestré par un inconnu qui semble en savoir beaucoup sur Alice et ses proches…
Avec son précédent roman, Menace (aussi disponible chez Flamant Noir), Muriel Houri avait démontré qu’elle savait manier à la perfection toutes les ficelles du thriller psychologique. Autant dire qu’elle avait placé la barre haut et que son second opus serait attendu par des lecteurs plein d’espoir et d’attentes. Alors kezaco de ce nouveau roman ?
Nul doute que les lecteurs qui ont aimé Menace seront comblés par ce second roman. Avec Jeux, Tue, Ils l’auteure, tout en restant fidèle au thriller psychologique, donne une autre dimension à son roman. Ici pas de réelle menace sur les personnages, quoique… mais plutôt le poids des mensonges et des non-dits.
L’intrigue se noue essentiellement autour d’Alice, une jeune femme effacée qui a un mal de chien à surmonter la perte de sa fille. C’est presque malgré elle qu’elle va se retrouver impliquée dans un troublant jeu de piste destiné à lui faire découvrir la vérité sur son entourage.
L’entourage en question est essentiellement constitué de Julien, son mari, Martin, le frère de ce dernier et de Judith et Gilles, des amis du couple. Peu à peu on va découvrir les liens / relations qui unissent tout ce beau monde. Et Dieu qu’il y a beaucoup à découvrir en grattant la surface des apparences… Jusqu’au bout vous n’en finirez pas de vous poser des questions, nul doute non plus que le final ne manquera pas de vous surprendre.
Avec peu d’action et un rythme plutôt lent, Muriel Houri installe rapidement une grosse tension nerveuse, tension qui ne se relâchera pas avant d’avoir tourner la dernière page du roman. Et encore, même une fois le bouquin refermé vous n’aurez aucune certitude. Ca pourrait sembler frustrant mais pour ma part j’ai aimé cette pointe d’incertitude ; inutile de chercher à combler le vide, l’auteure ne dispense aucun indice permettant d’y répondre.
Cerise sur le gâteau, même si en numérique le visuel peut avoir moins d’importance, un soin particulier a été apporté à la couverture du roman. Un sans faute pour Muriel Houri et encore une pépite pour Flamant Noir.

MON VERDICT
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Publié par le 3 janvier 2016 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Didier Fossey – Burn-Out

dfboPetite entorse à mon challenge retrouvailles (quoique quelque part ce sont mes retrouvailles avec un éditeur) mais les éditions Flamant Noir m’ont fait une proposition (même pas indécente) que je ne pouvais refuser. Je suis bien incapable de dire non quand on propose de m’offrir un livre, en l’occurrence il s’agit du dernier titre ajouté à leur cataloguer, Burn-Out de Didier Fossey. N’ayant jamais été déçu par cet éditeur vous comprendrez mon enthousiasme.
Paris. Avril 2014. Lors d’une planque un flic est tué, pas de témoin et quasiment pas d’indices. C’est Boris Le Guenn, chef de groupe à la BAC du 36 qui se voit chargé de l’enquête. Un emploi du temps surchargé, pas assez d’effectif, une enquête qui s’annonce pour le moins difficile et un de ses hommes aux abonnés absents. Boris Le Guenn et son équipe vont devoir se battre sur plusieurs fronts en même temps…
Avant de commencer je voudrais remercier du fond du coeur Nathalie et les Editions Flamant Noir pour leur confiance et ce cadeau surprise (d’autant que je cherchais à l’acheter mais ne le trouvais sur aucune plateforme de vente). Sachez toutefois que cela n’influencera en rien la totale impartialité de ma chronique.
2014. Année noire pour la Police Nationale en France. 51 policiers se sont donnés la mort, soit dix de plus qu’en 2013 et un chiffre inégalé depuis 2000 (la moyenne annuelle depuis les années 2000 se situe autour de 42 suicides). De plus en 2014 un grand nombre de policiers ont rendu leur arme pour ne pas céder à la tentation de mettre fin à leurs jours.
La grande originalité de ce roman est aussi sa principale force, on suit une intrigue à deux niveaux, d’un côté l’aspect polar pur et dur avec une enquête de police, et de l’autre un très important aspect psychologique et humain via les dérives de Guillaume, un flic à l’avenir prometteur qui part en vrille. Sans nouvelles de leur collègue on partage l’anxièté de ses coéquipiers et notamment celle de Boris qui va chercher à le couvrir autant que faire se peut. C’est de loin le polar le plus humain qu’il m’ait été donné de lire, cette approche lui donne un petit côté polar nordique (mais non pas ch’ti ! Plus haut, du côté de la Scandinavie).
Un polar profondément ancré dans une réalité parfois franchement glauque. Le flic est avant tout un être humain avec ses forces et ses faiblesses, sauf qu’on attend de lui qu’il fasse abstraction de ces dernières pour ne mettre en avant que la force et l’assurance de la fonction qu’il occupe. Outre la réalité du burn-out qui peut parfois conduire au suicide, l’auteur nous présente la dure réalité, conséquence des restrictions budgétaires à répétition, le boulot augmente mais les effectifs diminuent et les moyens ne répondent plus aux besoins. Enfin il nous fait vivre intensément la douleur de ceux qui perdent un collègue, tué dans l’exercice de ses fonctions, des drames qui sont malheureusement bien souvent eux aussi la conséquence des coupes financières. Un état des lieux déplorable qui ne devrait pas vous laisser indifférent, pas un réquisitoire contre X ou Y pour autant, un constat juste et froid.
Mais rassurez-vous, l’intrigue policière n’est pas pour autant laissée pour compte. Elle vous prendra aux tripes au fur et à mesure de son avancée et devrait vous réserver quelques surprises de taille.
Je ne le savais pas avant de lire la bio de l’auteur à la fin du bouquin mais Didier Fossey a été flic à la BAC de Paris. Ce qui explique le même réalisme que celui ressenti en lisant Olivier Norek. Ils savent de quoi ils parlent et en parlent avec le coeur et les tripes.
Vous trouverez d’autres similitudes entre le « Groupe Coste » et le « Groupe Le Guenn« , une complicité qui va bien au-delà de la simple relation professionnelle et des individualités qui se complètent. La fin laisse supposer que l’auteur compte faire revenir le « Groupe Le Guenn » sur les devants de la scène dans un prochain roman, je l’espère de tout coeur.
Pour le moment le catalogue Flamant Noir affiche un sans faute remarquable. Encore merci à Nathalie B. pour cette sublime découverte et sa confiance. Au risque de me répéter cette chronique des plus élogieuses a été rédigée en toute impartialité. Ce n’est pas de ma faute si ce polar est tout bonnement excellent !
Je profite aussi de l’occasion de féliciter à nouveau ChrisEbouquin pour son travail de numérisation ; comme dans Kind of Black vous aurez le droit à un petit bonus sonore avec la version epub du roman.
Je concluerai cette (longue) chronique en citant Franck Evrard, un des personnages du roman, flic à la BAC depuis vingt cinq ans et surtout supérieur et ami de la victime, qui dresse un portrait sans concession de sa vie de flic : « On a un métier à la con, on s’y donne à fond. Les gonzesses, elles comprennent pas. On se blinde, on devient comme tu dis « insensibles », car nos fantômes nous poursuivent. On n’a plus d’amis en dehors de la boîte, nos femmes nous quittent parce qu’on ne les fait plus rêver, et quand sonne l’heure de la retraite, on se retrouve tout seuls. (…) Regarde ma gueule… je suis gris. T’as vu mes yeux ? C’est pas des valises, c’est des malles qu’il y a en-dessous. Il paraît que dedans y’a toute la tristesse du monde, et pourtant je ne suis pas triste. Non… Ce sont simplement toutes les horreurs que j’ai vues en vingt-cinq ans, mon pote. Toutes les misères que j’ai côtoyées, tous les désespoirs que j’ai rencontrés qui se sont imprimés-là. »
Suivi quelques chapitres plus loin par ce constat : « “Tous les flics ont des cauchemars, ça fait partie du paquetage”, avait dit un jour Olivier Marchal, ancien policier devenu réalisateur de films à succès. Le problème, c’est qu’au départ le flic n’est pas prévenu que le paquetage s’alourdira au fil des ans, et rien n’est prévu pour les ranger, ces foutus cauchemars. Alors certains, comme Franck, mettent une carapace, s’endurcissent et le payent dans leur vie privée. D’autres se laissent déborder, et à défaut de sac pour y mettre leurs peurs, leurs angoisses et les problèmes personnels qui en découlent, se servent de leur arme pour en terminer, à raison d’une quarantaine par an, toutes forces de police confondues. »

MON VERDICT
jd5Coup double

 
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Publié par le 19 mars 2015 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Samuel Sutra – Kind Of Black

S. Sutra - Kind Of BlackJe poursuis mon incursion dans le catalogue des éditions Flamant Noir avec Kind Of Black de Samuel Sutra, un polar noir sur fond de jazz… tout pour me plaire ! Encore faut-il que le résultat soit à la hauteur de mes attentes.
Sarah Davis, étoile montante du jazz, est assassinée dans la loge d’un club parisien, quelques minutes avant le début du concert qu’elle devait y donner. Jacques, lieutenant à la PJ et grand fan de jazz, va se donner à fond dans cette enquête…
Une fois de plus Flamant Noir nous offre une véritable perle rare, une perle noire. Un polar noir qui se veut aussi un hommage au Jazz, la musique mais aussi l’univers du jazz, un monde à part… De prime abord le cocktail peut sembler curieux mais l’auteur maîtrise parfaitement sa partition, du coup le lecteur, avisé ou non, ne peut qu’être sous le charme.
La clé d’un polar réussi reste son intrigue, en l’occurrence un meurtre à huis-clos et de fait un nombre réduit de suspects clairement identifiés dès le départ. Facile me direz vous ? Et bien non, Samuel Sutra sait s’y prendre pour brouiller les pistes, bien malin celui ou celle qui démasquera le coupable avant Jacques.
Second atout majeur de ce Kind Of Black, ses personnages. Au centre du plateau, Sarah Davis, omniprésente malgrè sa mort dans les premières pages du roman. Pour élucider son meurtre, Jacquers va devoir apprendre à la découvrir, sans fard, ni paillettes. Jacques, justement, notre cher enquêteur que l’auteur a privé de nom de famille. Un flic qui aurait vu être pianiste de jazz, mais un flic obstiné qui sera amené, plus d’une fois, à gratter sous la surface des apparences. N’oublions pas Stan Meursault, un pianiste que Jacques admire mais qui n’a jamais connu la gloire qu’il aurait mérité. Un gars qui n’a jamais vraiment réussi à panser ses blessures du passé et condamné à court terme par une maladie qui le bouffe lentement mais sûrement. Et les autres, nul n’est laissé pour compte, tous contribuent à l’ambiance si particulière de ce roman.
Pas besoin d’aimer le jazz pour apprécier le bouquin, si vous ne connaissez pas le genre ayez juste la curiosité de chercher sur Youtube les titres cités ; qui sait peut être qu’une révélation vous attend au détour d’un clic.
Cerise sur le gâteau, la version numérique, concoctée par ChrisEBouquin, propose justement deux liens Youtube vers des titres d’artistes cités dans le roman. Ce genre de bonus, qui exploite certaines exclusivités du numérique sur une version papier restent trop rares.
Bien que mon père ait été un grand amateur de jazz c’est une musique que j’ai appris à apprécier tardivement, je suppose qu’il faut une certaine maturité pour en saisir toutes les subtilités. Il faut surtout se donner le temps de l’écouter attentivement et non comme un simple bruit de fond, écouter et s’en imprégner. Si vous souhaitez une immersion en douceur dans le jazz je vous suggère la compilation Je n’aime pas le Jazz mais ça j’aime bien (en version double ou quadruple CD), laissez vous simplement porter par la musique et les chants. Parce que le Jazz, plus que tout autre genre musical, c’est aussi la parfaite fusion entre la voix et les instruments. Essayez et je suis convaincu que vous serez sous le charme… Oui je sais je radote, mais quand c’est bon…

 
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Publié par le 2 février 2015 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jérôme Fansten – L’Amour Viendra, Petite !

J. Fansten - L'Amour Viendra PetiteFlamant Noir ayant placé la barre très haut avec Menace de Muriel Houri, il fallait que je découvre un autre titre de l’éditeur, au pifomètre j’ai jeté mon dévolu sur L’Amour Viendra, Petite ! de Jérôme Fansten.
J. est un privé au rabais, fauché et surtout un queutard perpétuel. Les femmes c’est son pêché mignon… et aussi sa plus grosse source d’emmerdes ! En attendant il a besoin de bosser s’il ne veut pas se retrouver à la rue…
Le moins que l’on puisse dire c’est que les premières pages sont pour le moins déconcertantes, à se demander si notre J. a bien toute sa tête. Puis en insistant un peu on se laisse entraîner sans opposer la moindre résistance.
Ce bouquin est un vibrant et brillant hommage (un tantinet décalé aussi) au roman noir, de ses origines hard-boiled, période durant laquelle de futurs grand auteurs du genre publient leurs textes dans des magazines bon marché (les fameux pulp magazines), jusqu’à des auteurs plus contemporains.
Difficile de dissocier le roman noir du jazz dans l’inconscient collectif, outre les références littéraires (romans et comics), l’auteur ne lésine pas aussi sur les références musicales. Une bande son jazzy à faire baver le fan du genre… et à faire craquer le profane le plus hermétique (qui peut rester de marbre en écoutant John Coltrane ou Miles Davis ?) !
Pour son hommage Jérôme Fansten a choisit la nouvelle, cinq récits (six si l’on inclut l’interlude en forme de livre dont vous êtes le héros) qui s’articulent autour du personnage de J. Son détective est un peu cliché, le contre pied total d’un Philip Marlowe, son crédo à lui c’est plutôt la loose absolue. L’occasion pour l’auteur de titiller parfois (souvent) les cordes de la parodie et de l’absurde.
La plume de l’auteur colle parfaitement au récit, brute de décoffrage, crue, noire, avec une pointe de vitriol… Un langage imagé et fleuri mais jamais obscène. Même si la ballade que les mots interprètent pour nous n’a rien d’un long fleuve tranquille (surtout pour J.), on se laisse bercer, guider et même bousculer par Jérôme Fansten. Une fois que l’on a succombé au charme de son écriture on est prêt à suivre l’auteur n’importe où… et on va être servi ! Vous ne pourrez pas dire que vous n’en avez pas eu pour votre argent !!!
Pour que vous aimiez l’humour noir et le second degré, alors cédez à la tentation et rejoignez J. dans ses errances ; à défaut de rire aux éclats je vous promets que vous afficherez rapidement un étrange sourire béat qui ne vous quittera plus avant le clap de fin.
Non seulement je me retrouve avec un auteur de plus à suivre de près mais il faut aussi que je garde un oeil attentif sur Flamant Noir, deux titres, deux coups de coeur : cet éditeur est dangereux !
Juste une remarque concernant l’interlude qui, comme je l’ai dit plus haut, se présente à la façon d’un livre dont vous êtes le héros (ces bouquins qui, à la fin de chaque chapitre vous propose de filer à tel ou tel autre chapitre selon votre choix). La version numérique pourrait proposer un lien direct vers le chapitre concerné. Je l’ai fait via Sigil, c’est tout de suite plus interactif.

 
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Publié par le 26 novembre 2014 dans Bouquins

 

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