Tête à tête (virtuel) avec Edith Couture Saint-André

Mes chroniques de ses romans :
Mon Eté Avec Lucifer
Le Dernier Noël De Lucifer

Bonjour Edith.
Merci à vous d’avoir bien voulu vous prêter au jeu de ce tête à tête virtuel.

Commençons par le commencement. Pouvez-vous vous présenter rapidement et nous expliquer comment vous en êtes venue à l’écriture ?

J’ai envie de dire que c’est l’écriture qui est venue à moi. J’écris des « histoires » depuis toute petite et mes parents étaient ravis de les lire, des parents en or vous en conviendrez. Ils me donnaient leur avis et ne rataient pas une occasion pour m’encourager à continuer.

Comment vous est venue l’idée de votre dyptique luciférien ?

« Mon été avec Lucifer » m’a été inspiré par une phrase prononcée par une copine américaine qui se regardait dans une glace. Elle s’est exclamée « I would kill to be twenty again » et, d’un coup d’un seul, toute l’histoire s’est écrit dans ma tête.
Je suis rentrée à Paris et, six mois plus tard, mis à part les réécritures, c’était bouclé. Je n’avais pas vraiment l’intention d’écrire une suite mais, comme les auteurs vous le diront souvent : mes personnages sont venus me solliciter. Et mes chers lecteurs aussi j’avoue.

Votre humour ne manque pas de cynisme, pensez-vous, comme Pierre Desproges, que « l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui » ou vous imposez-vous des limites ?

J’aime beaucoup l’humour de Pierre Desproges, je l’ai découvert à mon arrivée en France il y a 25 ans. Il nous a quittés beaucoup trop tôt. Pour ma part, j’aime bien dire ‘on peut rire de tout, mais on n’est pas obligé’.
Il est rare que je prenne les choses et les gens au sérieux, à commencer par moi-même. Nous, les ‘Humains’, comme le dit souvent mon chat, avons créé un nombre terrifiant de symboles et de tabous en guise de repères. J’aime bien les bousculer ces tabous, sinon on s’encrasse dans la superstition et on n’avance pas.

Question indiscrète mais en rapport avec vos romans : le temps qui passe vous effraie-t-il ?

Le temps ne passe pas à la même vitesse pour tout le monde…

Je crois savoir que votre parcours éditorial ne fut pas de tout repos ; où en êtes-vous aujourd’hui ?

Grâce à l’excellent travail de Chris EBouquin, mes livres sont disponibles sur toutes les plateformes numériques et vont vers nos chers blogueurs littéraires pour encore plus de visibilité.
Ce que je trouve amusant : dans une rubrique que j’intitule « juste retour des choses », du temps de Flaubert par exemple, le seul rôle de l’éditeur était d’imprimer les manuscrits et les auteurs allaient, eux-mêmes, distribuer leurs livres chez les libraires. L’autoédition c’est, ni plus ni moins que le retour à cette pratique.
De nos jours, l’éditeur doit s’adapter à un monde littéraire en pleine transformation paradigmale et démontrer sa plus-value. Ainsi, les auteurs signeront un contrat en connaissance de cause, après avoir évalué l’intérêt pour eux-mêmes aussi bien que pour la maison d’édition. Un accord gagnant-gagnant.
Il n’y a pas de raison pour que l’autoédition s’oppose à l’édition traditionnelle. Ils sont complémentaires. Demandez aux lecteurs qui sont souvent en déplacement ou dans les transports en commun. Ils vous répondront : le bouquin papier pour lire lorsqu’on est tranquillement installé à la maison, le livre numérique lorsqu’on voyage beaucoup et qu’on veut éviter de surcharger sa valise. Le plaisir de lire est assouvi dans le format qui nous convient le mieux. Un vrai bonheur.

Comment se passe une journée type quand vous écrivez ? Vous vous isolez dans un silence monastique ou au contraire vous avez besoin d’animation autour de vous ?

J’aime écrire le matin car, souvent, je me réveille avec l’idée qui me manquait la veille pour avancer sur tel ou tel aspect du récit. Mais je peux écrire à n’importe quelle heure de la journée dans l’espace réservé à cet effet chez moi, je peux m’interrompre et reprendre à tout moment sans difficulté. Mais pendant que j’écris, inévitablement, je ne vois pas le temps passer.
Si j’ai un rendez-vous de prévu, je mets une alarme sur mon Smartphone sinon je le rate.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets (littéraires ou autres) ?

Je disais justement à mes amis que je suis, actuellement, dans une période où mes personnages me manquent. Terriblement. Après avoir vécu avec eux pendant des mois et des mois, je vis une sorte de deuil. J’ai très envie de les retrouver et eux aussi sans doute, mais il faudra que cela soit dans des circonstances différentes…

Comme à l’accoutumée, je vous laisse le mot de la fin.

Pour aimer écrire, il faut aimer lire. J’éprouve une infinie reconnaissance à l’égard des auteurs qui ont émerveillé ma jeunesse. Grâce à eux, j’ai vécu plusieurs enfances et j’aime penser que mes lecteurs vivent plusieurs vies en compagnie de leurs livres.

[BOUQUINS] Edith Couture Saint-André – Le Dernier Noël De Lucifer

ECSA - Le dernier noël de LuciferJe vous avais prévenu que vous retrouveriez très vite Mathilde et Lucy dans ces colonnes, et bien voilà qui est chose faite. Suite des aventures de cet improbable duo avec Le Dernier Noël De Lucifer, sous la plume d’Edith Couture Saint-André.
Surpriiise ! A peine rentrés de leurs vacances à Key West, Mathilde et Philippe sont convoqués au commissariat. Une certaine Lucy Feriale, arrêtée pour prostitution, affirme vivre chez eux. Et voilà nos deux tourtereaux plus ou moins contraints d’héberger une Lucy complètement désemparée. Et elle a de quoi, non seulement le Patron l’a virée, mais en plus elle est réduite à une condition de « simple humaine »…
Comme souvent en abordant une suite, je craignais une impression de déjà-vu, mais dès les premières pages l’auteure balaie mon appréhension en offrant au récit une tournure pour le moins inattendue. Mathilde et Philippe vont devoir se coltiner une colocataire pour le moins atypique, mais aussi et surtout une colocataire qui ignore tout du fonctionnement du corps humain et de la vie en société. Ca promet des moments de franche rigolade, à ce titre le premier repas de Lucy est un grand moment de franche poilade.
Ce second opus est peut être un tantinet plus « sérieux » que le premier mais rassurez-vous, les traits d’humour et/ou les piques ne sont jamais bien loin. Moins d’échanges sur le divin mais davantage sur l’humain ; le ton est différent mais toujours aussi agréable à lire et nous en met encore plein les zygomatiques.
Lucy, d’abord anéantie par sa condition humaine, va peu à peu s’habituer à ce nouvel état et aux multiples découvertes que cela lui réserve. Il n’en reste pas moins que comme colocataire elle est souvent une parfaite tête à claques. Mais qui sait, peut être finira-t-elle même par apprécier son humanité ?
Eté comme hiver, le duo Mathilde et Lucy (sans oublier Philippe et Sandy) est une garantie de bonne humeur avec parfois une pointe de cynisme (heureusement, il eut été dommage de se mettre à patauger dans la guimauve). Eté comme hiver leur mésaventures hors normes se lisent d’une traite. Oooh I feel good… one more time !
Bon allez je reconnais que la fin m’a fait un choc, mais avec le recul (pas trop long, je suis du genre à écrire mes chronique à chaud) elle est logique, voire s’imposait d’elle même. Bien entendu vous comprendrez que je ne puisse pas m’étendre davantage sur la question…
Une fois de plus je remercie Edith Couture Saint-André et ChrisEbouquin pour cette belle découverte et ces moments de lecture qui font du bien au coeur et à l’âme.

MON VERDICT
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Morceau choisi

Les règles de fonctionnement d’un homme selon Philippe (et il n’a pas complètement tort)…

« Les hommes ne savent pas lire dans les pensées. Ergo : les sous-entendus subtils ne marchent pas, les sous-entendus moins subtils ne marchent pas non plus, pas plus que les allusions. Dites-le, c’est tout.
« ‘Oui’ et ‘non’ sont des réponses parfaitement acceptables à pratiquement toutes les questions.
« Quand vous avez un problème, venez nous voir seulement si vous avez envie qu’on vous donne la solution. Si c’est pour vous plaindre, il y a les copines.
« Tout ce qu’on a pu dire il y a six mois ou plus est non recevable dans une engueulade. En fait, tout commentaire qu’on a pu émettre devient nul et non avenu au bout de sept jours.
« Dans la mesure du possible, dites ce que vous avez à dire pendant la pub.
« Sachez une fois pour toutes que les hommes ne voient que seize couleurs, celles des paramètres par défaut de Windows. Pour nous, ‘pêche’ est un fruit, pas une couleur. Pareil pour ‘pomme’ et ‘citron’. Sachez qu’on n’a aucune idée de ce qu’est le fuchsia.
« Si on vous demande ce qui ne va pas et que vous répondez « rien », on agira exactement comme si tout va bien. On sait que vous mentez, mais on s’en branle.
« Ne nous demandez pas à quoi on pense à moins d’être prête à parler foot, bagnoles ou jeux vidéo.
« Vous avez assez de fringues, vous avez trop de chaussures, nous sommes en forme, ‘Rond’ est une forme ».

Et en bonus (Mathilde et Philippe) :

Pétée de rire, je lui ai suggéré de rajouter une rubrique ‘lunette des chiottes’ :
« Si elle est levée vous l’abaissez comme une grande fille, on n’entend jamais gueuler un mec quand vous l’avez laissé baissée alors qu’on a besoin qu’elle soit levée. Foutez-nous la paix avec ça ».
« Je mets tout de suite sur la liste et j’ajoute l’incontournable : si tu penses que t’es grosse, c’est probablement vrai. Alors ne demande pas ».
Celle-là m’avait flinguée.
« Que penses-tu de : si quelque chose qu’on a pu dire peut être interprétée de deux façons différentes et que l’une d’elles te rend triste ou te met en colère, on voulait dire l’autre ? »

[BOUQUINS] Edith Couture Saint-André – Mon Eté Avec Lucifer

ECSA - Mon été avec LuciferDirection le Québec pour cette nouvelle chronique, au menu du jour, Mon Eté Avec Lucifer, signé Edith Couture Saint-André.
Mathilde a 60 ans, comme bon nombre de ses semblables elle aimerait échapper aux méfaits du temps qui s’écoule inexorablement. Sa rencontre avec la jeune et truculente Lucy Fériale pourrait bien être la réponse tant attendue. Mais faut-il prendre au sérieux sa proposition ? Mathilde lui donne trois noms, trois personnes qui lui ont pourri la vie ; non seulement Lucy se débarrasse des « cibles » mais en plus elle lui redonne les années perdues par leur faute. Tentant, certes, mais conclure un pacte avec le Diable n’est jamais sans conséquences…
Un titre arrivé entre mes mains par le biais de ChrisEbouquin, numérisatrice de son état, pour Flamant Noir notamment, mais aussi à son propre compte, comme ce fut le cas pour ce roman. Déçue par le (non) travail de son éditeur, l’auteure a pris contact avec Chris afin de repartir sur de bonnes bases… sur les pistes (parfois cahoteuses) de l’édition indépendante.
Parce qu’il faut bien lui coller une étiquette, j’ai opté pour fantastique (on cause tout de même de Lucifer, ce n’est pas tous les jours qu’on le croise à la boulangerie). Mais le cantonner à cet aspect serait trop réducteur. Le roman a aussi une certaine dimension, sinon sociale, à tout le moins humaine ; nous sommes tous confrontés au vieillissement, au temps qui passe et à ses conséquences, sans parler de l’issue qui nous attend tous au bout du chemin. Je suppose que pour nous, les hommes, la question n’est peut être pas aussi préoccupante que pour la gente féminine (quoique, quand je vois le développement de la gamme cosmétique pour hommes je me dis que je dois être l’un des derniers dinosaures).
Même sans se sentir directement concerné il faut bien avouer que ce sont des thèmes plutôt sérieux, mais rassurez vous, pas de coup de blues à l’horizon après avoir lu ce bouquin. Au contraire l’auteure opte d’emblée pour un ton décalé, bourré d’humour et de traits d’esprit ; rien de tel pour dédramatiser et booster les zygomatiques.
Si vous me suivez depuis déjà quelques temps vous n’êtes pas sans savoir que je suis un athée, non seulement je l’assume mais en plus je revendique le droit de le crier haut et fort. A ce titre je dois bien reconnaître que la réécriture de certains passages de la Bible par Lucy est purement est simplement jouissive, quelle poilade (les grenouilles de bénitier ont dû finir avec des ampoules aux doigts à force de se singer… oups, signer… oui je sais, c’est petit).
J’ai passé un très bon moment avec Mathilde et Lucy, sans oublier bien entendu les amis de Mathilde, dont Sandy (qui use et abuse de tous les moyens possibles et imaginables pour lutter contre les signes du temps) et Philippe (le confident de toujours, pour le meilleur et pour le pire). Le style est léger, la lecture fluide et la bonne humeur omniprésente. Oooh, I feel good !
Un grand merci à Edith et à Chris pour cette découverte. Il me tarde de retrouver tout ce petit monde. Ah oui j’oubliais… il y a une suite. Et vous savez quoi ? Elle devrait très vite faire l’objet d’une prochaine chronique.

MON VERDICT
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Une preuve de plus, même si j’en suis de plus en plus convaincu, que l’auto-édition et l’édition indépendante n’ont pas à rougir face aux grosses machines à fric commerciales. Ces derniers temps je suis tombé sur de véritables pépites.
Un grand merci à vous qui avez su me faire rêver sans saigner à blanc mon portefeuille : Sébastien Tessier, Sara Greem, Jac Barron, Sosthéne Desanges, Frédéric Gynsterblom, Frédéric Clémentz, Céline Barré, Paul Clément, Elen Brig Koridwen et Edith Couture Saint-André. Et mille pardons à ceux que j’ai oublié de citer.