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Archives de Tag: Coup double

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Il Était Deux Fois

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F. Thilliez - Il était deux fois
Titre : Il Était Deux Fois
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Avril 2008. Gabriel Moscato, lieutenant de la gendarmerie nationale, se rend à l’hôtel de La Falaise afin de poursuivre ses investigations sur la disparition de sa fille, Julie, survenue quelques semaines plus tôt. Muni des registres de l’établissement, il s’installe dans une chambre afin de les éplucher.

Gabriel Moscato se réveille dans une autre chambre de l’hôtel… en novembre 2020, incapable de se souvenir du moindre détail concernant ces douze dernières années.

Beaucoup de choses ont changé depuis 2008, mais sa fille n’a jamais été retrouvée. Gabriel va tout mettre en œuvre pour remonter le fil de son passé, et reprendre son enquête sur la disparition de Julie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, raison qui se suffirait à elle-même.

Je n’ai toujours pas trouvé le temps de me pencher sur son duo policier récurrent, Sharko et Hennebelle, mais je ne désespère pas de trouver un jour le temps pour m’y mettre. Il n’en reste pas moins que ses romans one-shot ne m’ont jamais déçu, beaucoup ont même été de véritables coups de coeur (et accessoirement aussi des coups de poing).

Ma Chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je ne peux que vous recommander fortement, si ce n’est déjà fait,  de lire Le Manuscrit Inachevé avant de vous lancer dans Il Était Deux Fois. Trois bonnes raisons à cela :

Le Manuscrit Inachevé est un excellent thriller, il serait dommage de vous en priver.
Le Manuscrit Inachevé joue un rôle clé dans la résolution de la présente intrigue.
– Cerise sur le gâteau : Franck Thilliez nous propose, en bonus, de découvrir la fin « originale » du Manuscrit Inachevé telle que rédigée par Caleb Traskman (dans le roman la fin est écrite par le fils de l’auteur, Jean-Luc Traskman).

Cela fait bien longtemps que Franck Thilliez n’a plus rien à prouver et que son nom brille en lettres d’or dans le monde du thriller francophone, j’irai même encore plus loin en affirmant qu’il n’a pas à rougir face aux grands noms de la scène internationale du genre. Plutôt que se reposer sur ses lauriers, Franck Thilliez n’a de cesse de chercher à se renouveler et à surprendre ses lecteurs, en allant toujours plus loin dans l’exploration et la dissection de la face obscure du genre humain.

Avec ce roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur repousse les limites de la perversion criminelle, mais il le fait avec son incroyable talent narratif. Et le résultat est tout simplement renversant ! C’est quasiment à chaque chapitre que l’on se trouve face à un revirement inattendu ou à une nouvelle révélation. On en prend plein la tronche… et personnellement j’adore et j’en redemande !

Tous les amateurs de thrillers vous le diront, l’accroche est primordiale dans ce genre littéraire. Ici Franck Thilliez frappe fort d’entrée de jeu. Harassé par les nuits blanches et ses recherches pour tenter d’élucider le mystère qui plane autour de la disparition de sa fille, un gendarme s’assoupit dans une chambre d’hôtel… pour se réveiller dans une autre chambre de ce même hôtel, douze ans plus tard !

Que les plus cartésiens se rassurent, vous pouvez compter sur la rigueur de l’auteur et un imposant travail documentaire pour que l’invraisemblable trouve une explication rationnelle et scientifique. Il n’en reste pas moins que, en quelques pages, le lecteur se retrouve prisonnier du piège tendu par Franck Thilliez ; une seule issue pour se défaire de la terrible addiction qui se profile : résoudre l’énigme de la disparition de Julie et comprendre le fin mot de l’histoire.

Je n’aborderai l’intrigue du roman qu’en restant dans le flou, tant en dire trop serait presque criminel ; aussi je me bornerai à mentionner que la mort et le meurtre sont des thèmes largement exploités par le monde des arts (littérature, peinture, sculpture, cinéma et même musique). Ça ne vous avance sans doute pas des masses, et c’est très bien ainsi !

L’autre grande force du roman réside dans ses personnages, tout particulièrement les deux enquêteurs, Gabriel et Paul, anciens collègues et amis que les événements et le temps a séparés, mais qui vont devoir faire front commun pour se replonger dans la disparition de Julie. Une plongée qui les conduira littéralement aux portes de l’enfer.

Un roman maîtrisé de bout en bout qui ne laisse rien au hasard. En toute honnêteté je ne peux faire autrement que de lui attribuer la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) ; et je le fais avec un immense plaisir.

MON VERDICT
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Publié par le 26 juin 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Franquin – Idées Noires – L’intégrale

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Titre : Idées Noires – L’intégrale
Auteur : Franquin
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2001
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

À travers ce recueil, Franquin pointe du doigt les multiples travers de notre société dite civilisée. Il le fait avec un humour aussi féroce que noir…

Ma Chronique

J’ai clos mon année littéraire 2019 avec des bulles, permettez-moi de commencer 2020 de la même façon en vous parlant d’une BD que je considère comme une oeuvre majeure de l’humour noir illustré. Je vous rassure je n’ai pour ma part aucune idée noire en ce début d’année 2020 ; je suis en congés pour encore une semaine, donc toutes les bonnes raisons pour avoir une pêche d’enfer.

S’il a fallu attendre 2001 pour pouvoir enfin découvrir l’intégrale des Idées Noires de Franquin, les planches ont été publiées entre 1977 et 1983, d’abord pour Spirou, puis pour Fluide Glacial. Les planches seront ensuite regroupées sur 2 volumes (en 1981 pour le tome 1 et en 1984 pour le tome 2).

En général si on vous dit Franquin, vous l’associez de facto au personnage de Gaston Lagaffe. Avec ses Idées Noires il nous révèle son côté obscur et il le fait avec une redoutable efficacité et un humour noir décapant qui fait mouche à chaque planche. N’ayons pas peur des mots, ce recueil est un véritable chef d’oeuvre d’humour noir, souvent imité, mais jamais égalé !

Chaque planche démarre par une petite phrase d’accroche en forme de contrepèterie signée Yvan Delporte. Puis vient la fameuse idée noire, le plus souvent présentée sur une demi-planche dessinée en noir et blanc. Enfin Franquin personnalise chaque planche avec une signature adaptée au thème abordé.

Franquin prend un malin plaisir à tourner en dérision, souvent en utilisant leurs propres codes, ses victimes. Qu’il s’agisse des chasseurs, des militaires, des curés, des sportifs, des partisans de la peine de mort ou ceux de la corrida et d’autres encore, nul n’échappe à son trait railleur.

Le dessin ne s’attarde pas sur les détails, mais demeure d’une remarquable précision, il se suffirait presque à porter le message que l’auteur veut faire passer. Les dialogues aussi vont à l’essentiel, juste histoire souligner davantage le propos de Franquin.

Un recueil intemporel que j’ai découvert en 1986 à l’occasion de la sortie en poche chez J’Ai Lu du meilleur des Idées Noires, le coup de foudre fut immédiat. J’ai eu depuis plusieurs occasions de le relire et chaque fois j’ai connu le même plaisir à le feuilleter encore et encore. Je me suis récemment offert la version grand format et en intégral de Fluide Glacial, il m’a donc semblé normal de partager avec vous ce coup de cœur jamais démenti.

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Publié par le 7 janvier 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Noël Boudou – Benzos

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N. Boudou - Benzos

Titre : Benzos
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
222 pages

De quoi ça cause ?

Nick souffre d’insomnies chroniques, pour y remédier il se gave de somnifères. Il va pourtant falloir qu’il assure pour accueillir un couple d’amis venus passer quelques jours de vacances chez lui. D’autant que Chloé, sa femme, ne pourra lui prêter main forte, elle est en effet en déplacement professionnel.

Les vacances vont rapidement tourner au cauchemar pour Nick, moins il comprend ce qui lui arrive, plus il gobe ses précieux cachetons…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Noël Boudou. Son premier roman, Elijah, m’avait emballé par sa noirceur et sa violence… mais pas que !

Parce que Joël, des éditions Taurnada, m’a gentiment proposé de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 novembre). Une offre pareille, ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée. Et leur impressionnant catalogue, qui n’en finit pas de me surprendre par ses nombreuses pépites.

Noël Boudou fait partie de ces auteurs qui frappent fort d’entrée de jeu, en 2017 son premier roman, Elijah, m’avait littéralement laissé sur le cul. Une véritable perle de noir et de violence mais aussi de lumière et d’espoir.

Un premier roman qui place la barre très haut c’est un sacré challenge pour le second (et les suivants). Forcément le lecteur attend le même niveau, voire même un cran au-dessus ; d’autant plus qu’il ne sera pas aussi indulgent que pour un premier roman. Il n’empêche que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans Benzos (oui, oui, je parlais de moi à la troisième personne dans la phrase précédente… syndrome de Jules César ?).

Vous aurez peut-être deviné que le titre fait référence aux benzodiazépines (BZD pour les intimes) qui sont les principes actifs de bon nombre de somnifères et autres anxiolytiques. En l’occurrence ce sont les cachetons que Nick consomme comme des friandises :

Je pourrais chercher des solutions concrètes, affronter mes problèmes comme un homme, seulement voilà, je suis totalement accro à cette merde. Le premier réflexe de mon corps à la moindre petite contrariété : avaler un comprimé ou deux ou trois. Je suis tellement habitué à cette réaction que mes besoins sont automatiquement calculés par mon organisme. Il me réclame la dose nécessaire à m’apaiser en fonction du dilemme auquel je suis confronté.

Avec Benzos l’auteur change son fusil d’épaule, si l’intrigue reste bien noire on est davantage dans le thriller psychologique que dans l’hyper-violence. Pour nous faire vivre son intrigue, Noël nous invite dans la tête de Nick (autant vous prévenir de suite, un voyage dans la tête d’un accro aux BZD n’est pas de tout repos) avec un récit à la première personne.

J’ai été happé par l’histoire (machiavélique à souhait) dès les premières pages, pris par une soudaine frénésie de lecture qui flirtait allègrement avec la boulimie ! D’ailleurs je n’exagérerai pas en disant que j’ai littéralement dévoré le roman de Noël Boudou, dégusté et digéré d’une traite ! Apprécié surtout, adoré même.

Bon d’accord il n’y a qu’un peu plus de 200 pages à lire mais je vous assure que l’intensité est présente de la première à la dernière page. La tension va crescendo et ce rythme endiablé ne connaît aucun répit. Comme dans Elijah l’auteur opte pour un style direct, sans fioritures ni chichis ; il nous assène les faits comme autant de coups de fouet, ou de coups de poing dans la tronche (à vous de choisir votre sévices favori).

Si Nick se pose beaucoup de questions (et ce ne sont pas les raisons de s’en poser qui manquent, surtout avec son esprit en permanence embrumé par les médocs, l’alcool et la beuh), je me suis pour ma part rapidement fait une idée assez précise de ce qui se tramait (et même du pourquoi de la chose). Idée qui s’avérera juste, ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la dérive de Nick et surtout d’être totalement abasourdi par le dénouement.

De mon côté j’ai bien quelques questions en suspens concernant La Mort et Jean-Yves, mais ça ne m’empêchera pas de dormir et surtout ça n’influera en rien sur ma note finale.

Pour les cachetons et les pétards, je passe mon tour ; par contre pour le Jack Daniel’s je suis toujours partant (scout toujours prêt), plus encore avec en fond sonore un bon gros son Métal qui tabasse.

Noël si jamais tu passes par Nouméa mon invitation à partager un (et plus si affinités) Jack est toujours de rigueur. En la matière je suis comme Nick :

Moi, j’ai l’alcool généreux, la cuite abondante, quand je picole, seul ou accompagné, j’ai la main lourde.

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Publié par le 30 octobre 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Anonyme – Que Le Diable L’Emporte

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Anonyme - Que Le Diable L'>Emporte

Titre : Que Le Diable L’Emporte
Auteur : Anonyme
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA
400 pages

De quoi ça cause ?

JD, surtout connu comme étant le Bourbon Kid, et Beth essayent au mieux de mener une vie aussi normale que faire se peut. Pas évident quand on a le FBI aux trousses, mais aussi et surtout Scratch, le diable, qui n’a pas vraiment apprécié que le Kid la lui fasse à l’envers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La question ne se pose même pas. C’est le retour du Bourbon Kid, la saga la plus déjantée et la plus jouissive qu’il m’ait été donné de lire. Dès la première apparition du Bourbon Kid (Le Livre Sans Nom) j’ai été emballé par cet univers complètement barré, depuis je suis accro et je n’ai jamais été déçu…

Ma Chronique

Une fois n’est pas coutume, je vais faire mien l’avertissement qui figure en quatrième de couv’ : Vous êtes bien-pensant ? Conformiste ? Poli, honnête et respectable ? Vous voulez le rester ? N’ouvrez jamais ce livre.

Force est de reconnaître que notre anonyme préféré revient au top de la forme ! Plus barré que jamais. Plus trash que jamais. Plus irrespectueux que jamais ! Bref, c’est tout ce qu’on aime en version XXL.

Outre le Kid et Beth, les Dead Hunters (Rodeo Rex, Elvis et Jasmine) seront aussi de la partie, ainsi que l’inénarrable Sanchez et sa petite amie, Flake. Bien entendu il faudra aussi compter avec le diabolique Scratch, déterminé à faire payer le prix fort au Kid qui l’a roulé dans la farine en se faisant passer pour mort.

Bien entendu il faudra aussi compter avec de nouveaux personnages, vous croiserez notamment un certain comte Dracula qui en verra de toutes les couleurs (mais aussi et surtout de toutes les odeurs).

Tout ce beau monde vous invite à les rejoindre dans un voyage en absurdie où tous les coups sont permis, et ils ne se refusent rien quand il s’agit de mettre de l’ambiance ! Est-il besoin de préciser que l’intrigue du présent roman est totalement déjantée ? Les amateurs du Bourbon Kid se régaleront et n’en finiront pas de se marrer… Et les autres ? Quels autres ? Ils n’existent pas…

Je ne résiste pas à l’envie de partager un de ces moments de poésie en prose fleurie dont le roman foisonne :

Sentant que son cul commençait à transpirer sérieusement sous la pression de l’interrogatoire de Flake, Sanchez porta sa main à son slip pour l’extraire de sa raie, et se sentit immédiatement soulagé.

C’est beau, non ?

Cette cuvée 2019 du Bourbon Kid est incontestablement un grand cru qui régalera les amateurs (oui je sais, je l’ai déjà dit).

Le roman peut sans doute se lire indépendamment des autres mais pour l’apprécier pleinement je pense qu’il vaut mieux connaître la saga depuis ses débuts ; et puis ce serait dommage de se priver de ces romans purement et simplement jouissifs.

L’auteur, étonnamment toujours aussi anonyme qu’à ses débuts, fidèle à son habitude, termine son roman par un énigmatique et prometteur FIN (peut-être…). Pour ma part je ne serai pas surpris de retrouver prochainement le Kid pour une ultime (?) mission ; d’une part parce qu’il en fait la promesse à la fin du présent roman, d’autre part parce que les cartes ont été redistribuées afin d’équilibrer la partie…

Pour l’anecdote j’avais sollicité ce bouquin via Net Galley, mais pour une raison X ou Y qui m’échappe, depuis le mois dernier Sonatine rejette toutes mes demandes alors qu’auparavant ils avaient plutôt tendance à les accepter systématiquement. Je vais voir si cela se confirme à l’avenir, au cas où je les contacterais afin d’avoir une explication (ça ne me traumatise pas outre mesure, mais j’aime comprendre le pourquoi du comment des choses).

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Publié par le 31 août 2019 dans Trucs en vrac

 

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[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Couteau

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J. Nesbo - Le Couteau
Titre : Le Couteau
Série : Harry Hole – T12
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : Norvège (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole n’est plus que l’ombre de lui même depuis que Rakel l’a quitté. Et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans l’alcool qu’il trouve refuge.

Se croyant déjà au plus bas, Harry va découvrir, de la cruelle des manières, que l’on a toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir déjà tout perdu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! C’est Jo Nesbo, mais aussi et surtout c’est le grand retour de Harry Hole. What else ?

Ma Chronique

Jo, mon petit Jo, pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel acharnement contre Harry ? OK, je reconnais que c’est quand il est au plus bas que Harry s’avère le plus efficace et le plus convaincant. Mais merde, là tu pousses le bouchon un peu loin ! Tu n’avais pas le droit de lui faire ça ; pas à lui… pas à elle ! Putain, Jo, tu déconnes.

À en croire la sagesse populaire « Qui aime bien, châtie bien« , si tel est le cas alors Jo Nesbo doit vraiment être raide dingue de son flic fétiche : Harry Hole. Ceux et celles qui se sont déjà frottés à la série savent que l’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage ; mais jamais il n’avait été aussi loin dans les tourments qu’il lui inflige. Mon entrée en la matière résume à la perfection ce que j’ai ressenti en découvrant la scène de crime…

Même si Harry est anéanti par cet ultime outrage, il pourrait faire sienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (il est battu par les flots, mais ne sombre pas) ; et ce n’est certainement pas une suspension qui l’empêchera de mener sa propre enquête afin de découvrir la vérité.

Avec les moyens du bord et le soutien de quelques précieux amis, Harry va mener une enquête de façon plus ou moins empirique. Suivant la piste qui se présente à lui jusqu’à ce qu’elle ait délivré tous ses secrets, puis recommençant ses investigations à zéro à partir d’une nouvelle piste. Plus les pistes suivies n’aboutissent à rien, plus une vérité encore plus indicible que tout ce qu’il aurait pu imaginer va se dessiner.

Les habitués retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés dans les précédents romans de la série, mais il faudra aussi compter avec les nouveaux venus, dont certains joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue.

Si l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité, elle n’en reste pas moins totalement maîtrisée et devrait surprendre même les lecteurs les plus perspicaces (à ce titre l’ultime revirement de situation, à savoir l’identification du (ou de la) coupable, m’a laissé sur le cul ; je n’avais rien vu venir).

Ça fait bien longtemps que Jo Nesbo n’a plus rien à prouver pour mériter sa place au panthéon des auteurs de polars nordiques, et même de polars tout simplement. Il sait y faire pour rendre son intrigue addictive et monter crescendo en puissance.

Ce douzième roman de la série fait honneur à ses prédécesseurs, c’est vraiment une réussite à tout point de vue. Je reconnais volontiers qu’étant totalement accro au personnage de Harry Hole, je ne suis peut-être pas totalement objectif sur le sujet. Il parait que l’amour rend aveugle, c’est peut-être ce qui explique que je n’aie relevé aucune ombre au tableau.

Et maintenant ? Le lecteur est en droit de se poser la question en refermant le bouquin. On quitte Harry Hole face à plusieurs options quant à son avenir ; un avenir qu’il jouera sur un coup de dé, mais dont on ne connaîtra pas l’issue… Personnellement j’ai ma préférence, mais, quel que soit le choix que fera Harry j’espère qu’on le retrouvera dans d’autres aventures.

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Publié par le 27 août 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sara Greem – La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar

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S. Greem - La Mal&diction de l'Anneau des Niflungar
Titre : La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Sigurdr, le fils adoptif du roi du Danmark, rêve de rebâtir la cité de ses ancêtres, Xanten. Mais avant cela son beau-père lui confie une mission, se rendre en Island afin de convaincre la reine de s’allier au royaume du Danmark en épousant Hjörvarr, son fidèle second.

Sigurdr embarque donc pour l’Island en compagnie de Thórrmund, son demi-frère et Reginn, son précepteur, qu’il considère comme un second père. Le vaillant prince guerrier ignore encore que sa rencontre avec Brynhildr, la reine d’Island, va sceller son destin et celui de ses amis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Sara m’a proposé de découvrir en avant-première (sortie le 1er septembre) son nouveau roman ; impossible de refuser une telle marque de confiance.

Après une incursion plus que réussie dans le monde celte avec ses Épopées Avaloniennes, c’est en terre viking que se situe son nouveau roman ; à la (re)découverte d’une légende phare de la mythologie nordique / germanique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara pour sa confiance renouvelée et son amitié.

Je ne saurai dire exactement à quand remonte mon intérêt pour les Vikings, mais ça se compte en dizaines d’années. Enfant et adolescent c’est le côté guerrier qui m’attirait, force est de reconnaître que c’est bien LA civilisation guerrière par excellence. Non seulement c’est assumé dans leurs traditions et leur mythologie, mais c’est même revendiqué.

Si je devais trouver un élément déclencheur je rejetterais la faute sur Marvel et le personnage de Thor (bien avant le MCU et son interprétation par Chris Hemsworth). Au-delà des comics j’ai eu envie d’en apprendre davantage sur le personnage et son univers. Et c’est à l’ancienne (sans accès à Internet) que j’ai satisfait ma curiosité : en allant à la bibliothèque et en feuilletant des bouquins (si, si, j’ai connu ces temps anciens !).

Sans être un inconditionnel de l’opéra (loin s’en faut) c’est pourtant par ce biais que j’ai été amené à m’intéresser à la légende de Siegfried. C’est en effet après avoir écouté et apprécié La Chevauchée Des Walkyries de Richard Wagner que je me suis penché sur son opéra L’Anneau Du Nibelung. Ne parlant pas allemand je n’ai rien compris à l’histoire, mais la musique, elle, m’a parlé ; poussé par la curiosité j’ai donc de nouveau creusé la question (toujours à l’ancienne).

Sara Greem nous invite à (re)découvrir la légende de Siegfried en optant pour la transcription nordique (et non germanique) des noms et lieux dans un souci de cohérence. Ainsi Siegfried devient Sigurdr, le Nibelung (Nibelungen en allemand) devient le Niflungar… ceux qui, comme moi, connaissent la version germanique retrouveront rapidement leurs marques.

Pour donner corps à son roman, l’auteure intègre des éléments et des personnages issus de son imaginaire tout en respectant les grandes lignes de l’épopée de Sigurdr. Même en connaissant les tenants et les aboutissants de la légende, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette revisite romancée. Un récit captivant de bout en bout.

Comme elle l’avait fait avec ses Épopées Avalonniennes, Sara intègre à son récit de nombreuses références à la mythologie viking. Qu’il s’agisse d’étayer l’intrigue ou simplement d’y ajouter un bonus culturel et didactique à l’ensemble, les clins d’œil mythologiques trouvent naturellement leur place dans le récit sans jamais casser le rythme.

Et niveau rythme on va être généreusement servis, l’épopée de Sigurdr n’est pas vraiment une promenade de santé. Entre un dragon à terrasser et une horde de Huns à mettre en déroute, il n’aura pas vraiment le temps de souffler. Mais le roman ne se contente pas d’aligner les scènes de bataille, même dans les périodes d’accalmie, l’intérêt reste en éveil sans jamais faiblir.

Bien entendu j’ai aimé retrouver les personnages de la légende (avec un faible particulier pour Sigurdr et Brynhildr), j’ai trouvé que ceux imaginés par Sara apportaient un réel plus à l’intrigue. A commencer par le demi-frère de Sigurdr, mais aussi et surtout Knut le berseker au grand cœur.

Si d’aventure vous seriez appâté par l’or du Rhin, sachez que vous ne serez pas les premiers et sans doute pas les derniers à tenter votre chance. Si la sagesse populaire affirme qu’il y a une part de vérité dans toute légende, j’ajouterai simplement qu’il ne faut non plus tout prendre au pied de la lettre.

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Publié par le 14 août 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

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C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

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Publié par le 31 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

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S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
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Publié par le 12 juillet 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Emily Koch – Il Était Une Fois Mon Meurtre

AU MENU DU JOUR

E. Koch - Il était une fois mon meurtre

Titre : Il Était Une Fois Mon Meurtre
Auteur : Emily Koch
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
416 pages

De quoi ça cause ?

Alex Jackson est dans un profond coma suite à un accident d’escalade. C’est du moins le verdict sans appel énoncé par les médecins, mais si le corps d’Alex ne lui obéit plus, son esprit fonctionne à plein régime.

Prisonnier d’un corps inerte, Alex va réaliser, au fil des visites de ses proches et à partir des bribes de ses souvenirs, que sa chute pourrait bien ne pas avoir été accidentelle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pari un peu fou de proposer un thriller ayant pour héros victime d’un locked-in syndrom avait de quoi titiller ma curiosité.

Parce que malheureusement la question de la fin de vie est plus que jamais d’actualité avec l’affaire Vincent Lambert, entre les parents qui souhaitent la poursuite de son hospitalisation et son épouse qui voudrait lui accorder le droit de mourir dans la dignité.

Ma Chronique

Je ne voudrais pas paraître fanfaronner en disant que la mort ne me fait pas peur, mais elle est de toute façon inéluctable, alors autant se faire une raison et ne plus y penser. Cette acceptation ne signifie pas pour autant que je sois pressé de passer de vie à trépas, j’aime la vie et j’entends bien continuer à la croquer à pleine de dents… et parfois même brûler la chandelle par les deux bouts. Par contre j’avoue sans fard que la dépendance et la souffrance me terrifient ; à ce titre le locked-in syndrom serait de loin mon pire cauchemar.

Et c’est justement ce qui arrive au héros du roman d’Emily Koch, Alex Jackson, bien que parfaitement conscient, il se retrouve prisonnier d’un corps qui ne lui obéit plus. Le moins que l’on puisse dire c’est que le choix du thème est plutôt audacieux pour un premier roman. Plus audacieux encore le choix de placer au centre d’un thriller un héros cloué dans son lit d’hôpital, incapable du moindre mouvement. Et pour couronner le tout, l’auteure nous propose un récit à la première personne, nous plaçant dans la peau et surtout l’esprit d’Alex.

Non seulement Emily Koch ose, mais en plus elle s’en tire d’une façon tout simplement magistrale, le résultat est tout simplement bluffant. Un tel degré de maîtrise a de quoi nous laisser sur le cul, et c’est quasiment KO debout (mais un sourire béat aux lèvres) que l’on referme ce bouquin.

L’auteure nous offre un huis clos époustouflant, d’autant que vous en aurez deux pour le prix d’un. D’une part quasiment tout le récit se déroule dans la chambre d’hôpital d’Alex, d’autre part Alex est enfermé dans son propre corps (d’où le nom français de syndrome d’enfermement parfois utilisé en lieu en place de l’anglicisme locked-in syndrom).

Alex dont seul l’esprit semble encore fonctionner normalement, qui ressent de fait non seulement les émotions, mais aussi les douleurs physiques liées à son état. Qui voudrait forcer son corps à répondre alors que celui-ci s’obstine dans son inertie. C’est depuis son lit d’hôpital qu’il essayera de comprendre ce qui lui est arrivé, aussi bien à partir des visites qu’il reçoit, qu’à partir des bribes de souvenirs qui se remettent peu à peu en place. Au fil des pages, on devient Alex, on lutte avec lui, on souffre avec lui, on doute avec lui.

Contre toute attente cette enquête semblable à nulle autre est captivante de bout en bout. Les différentes pièces du puzzle s’imbriquent à la perfection au fur et à mesure qu’Alex approche de la vérité sur les circonstances de sa chute.

Une des autres grandes forces de ce roman est de réussir à donner corps aux autres personnages uniquement par la perception qu’Alex a d’eux. Ça pourrait sembler un peu léger, mais là encore l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu, tous prennent véritablement part au déroulé de l’intrigue.

Plus le dénouement approchait plus se posait la question de la fin, il eut vraiment été dommage que le charme soit rompu par un mauvais choix final ; un écueil adroitement contourné qui nous offre une fin en totale cohésion avec l’ensemble du récit (vous comprendrez aisément que je ne m’attarde pas sur la question).

Un thriller psychologique d’une rare intensité, mais aussi profondément humain. Encore une fois je tire mon chapeau à Emily Koch et lui décerne avec plaisir un doublé coup de cœur / coup de poing amplement mérité.

À la décharge des médecins, d’un point de vue strictement médical il n’est pas évident de différencier un locked-in syndrom comme celui d’Alex (le corps n’a aucune réaction, mais l’esprit fonctionne) d’un état de coma végétatif (dans lequel l’esprit est supposé être aussi inerte que le corps). Les ondes cérébrales échappent encore aux IRM, à moins de répondre à des schémas que le corps médical est en mesure d’interpréter.

Sur la question des soins en fin de vie (il en sera forcément question dans le roman) ma position est dans la logique de ce que j’ai écrit en ouverture de cette chronique ; si je ne veux ni souffrance ni dépendance, je ne peux donc qu’être farouchement opposé à toute forme d’acharnement thérapeutique.

La loi française étant encore frileuse sur la question, seules les directives anticipées permettent au patient de faire connaître ses choix (ça peut paraître macabre d’y penser alors que l’on est encore en pleine santé, mais c’est justement avant qu’il ne soit trop tard qu’il faut accomplir les démarches). Mon choix est fait, ma décision est irrévocable et c’est mon dernier mot Jean-Pierre.

Pour être totalement honnête, si j’en avais la possibilité et les moyens j’irais même beaucoup plus loin dans le baisser de rideau, un ultime voyage vers des contrées pratiquant l’euthanasie ou le suicide assisté avant d’aller boire un verre avec la Faucheuse.

MON VERDICT
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Publié par le 19 juin 2019 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Chant De L’Assassin

AU MENU DU JOUR

R.J. Ellory - Le chant de l'assassin

Titre : Le Chant De L’Assassin
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2015)
496 pages

De quoi ça cause ?

1972. Tout juste libéré de prison Henry Quinn entend bien tenir la promesse qu’il a faite à son ami et codétenu, Evan Riggs, condamné à perpétuité pour meurtre. Il doit se rendre à Calvary et remettre à la fille d’Evan, Sarah, une lettre.

Arrivé à Calvary, Henry Quinn se heurte à l’hostilité de Carson Riggs, le frère aîné d’Evan et shérif de la ville. Mais il faudra bien plus que ça pour que Henry renonce à la promesse faite à son ami…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory, un duo gagnant qui ne m’a jamais déçu (même si je suis loin d’avoir lu tous les romans de l’auteur).

Ma Chronique

Une fois de plus je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour la confiance qu’ils me témoignent en acceptant de répondre favorablement à ma sollicitation.

C’est le cinquième roman de R.J. Ellory que je lis et à chaque fois je suis surpris par la capacité qu’a cet auteur à se renouveler ; aucun de ses titres ne ressemble aux précédents, ce dernier opus se démarque une fois de plus du lot tout en portant la griffe inimitable de l’auteur.

Une griffe qui impose l’humain au premier plan de ses intrigues, c’est encore le cas avec non pas un, ni même deux, mais trois personnages principaux et une flopée de personnages secondaires, secondaires, mais non cantonnés à des rôles de potiches, loin s’en faut !

R.J. Ellory nous livre une intrigue qui s’articule autour de deux axes, aussi bien personnels que temporels, qui se chevaucheront au fil des chapitres. Un premier arc narratif nous place dans le présent (enfin tout est relatif, le présent de l’intrigue étant l’année 1972) et suivra Henry Quinn tandis qu’il s’efforcera, contre vents et marées, à tenir la promesse faite à son ami. Le second arc narratif s’intéresse à la famille Riggs, notamment au parcours des deux frères, Carson et Evan.

Henry Quinn se retrouve en prison par la faute à pas de chance, une connerie qui tourne mal et le voilà emprisonné. C’est là qu’il fera la connaissance d’Evan Riggs qui lui sauvera la vie et rendra sa peine plus supportable. Voilà pourquoi, une fois libre, il tient tant à honorer la promesse faite à son ami.

Evan Riggs de son côté avait tout pour réussir, quelques mauvais choix et beaucoup d’alcool plus tard, le voilà condamné à perpétuité pour meurtre. Certes ce n’est pas un ange, mais l’on ne peut que ressentir une profonde empathie pour le personnage.

Empathie qu’on ne peut éprouver pour son frère, Carson Riggs, l’archétype du fils de pute irrécupérable quasiment du début à la fin du bouquin. Il n’en reste pas moins que j’ai adoré le détester.

Trois hommes dont le destin sera étroitement lié à deux femmes. Henry pourra en effet compter sur le soutien indéfectible (et plus si affinités) de Evie Chandler, une jeune femme qu’il rencontrera lors de son passage à Calvary. Chez les frères Riggs c’est Rebecca Wyatt qui sera, bien malgré elle, la pomme de discorde.

D’autres individus viendront enrichir le récit et donner corps à l’intrigue, R.J. Ellory apporte le même soin à tous ses personnages, quel que soit leur importance dans le déroulé du récit. Vous découvrirez que la petite ville de Calvary cache bien des secrets, secrets enterrés que ses habitants n’ont pas envie de voir remonter à la surface.

Un récit bourré d’émotions, du rire aux larmes, de l’amour à la haine, que vous prendrez en pleine gueule au fil des pages ; l’auteur sait y faire pour vous faire vivre intensément son intrigue.

Dans le roman Evan Riggs sort un album intitulé The Whiskey Poet, un clin d’œil au groupe The Whiskey Poets dans lequel il officie comme chanteur et guitariste. Soit dit en passant, il faudrait que je vous en reparle, j’aime beaucoup ce qu’ils font.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 30 mai 2019 dans Bouquins

 

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