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Archives de Tag: Coup de poing

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Les Monstres

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M. Mayeras - Les Monstres

Titre : Les Monstres
Auteur : Maud Mayeras
Éditeur : Anne Carrière
Parution : 2020
Origine : France
299 pages

De quoi ça cause ?

Dans le terrier de l’Ogre vivent une mère et ses deux enfants, les monstres. L’Ogre c’est Aleph, leur survie dépend de lui, car il est le seul à quitter le terrier. C’est lui qui nourrit et éduque les enfants afin de les préparer à affronter le monde extérieur et à se confronter aux humains.

Jusqu’au jour où Aleph ne rentre pas au terrier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maud Mayeras, avec Les Monstres, elle signe son quatrième roman. C’est le troisième que je lis, Reflex m’avait totalement chamboulé et Lux, bien qu’un chouïa en deçà, restait une totale réussite.

Quatre ans après Lux (trois me concernant vu la sortie numérique tardive), ce nouvel opus est attendu comme le messie (mais non, mais si).

Ma Chronique

Si comme moi l’expérience Reflex vous a laissé aux portes du KO technique, nul doute que vous ne sortirez pas indemne de votre visite chez Les Monstres. Maud Mayeras dégaine l’artillerie lourde pour nous en mettre plein la gueule ; ne vous fiez pas à sa gueule d’ange, la miss sort la sulfateuse et ça canarde méchamment !

C’est vrai qu’au départ le lecteur innocent (et encore inconscient de ce qui l’attend) se demande dans quel genre de bouquin il vient de s’engager. C’est quoi cette histoire de « monstres » ? J’veux bien croire que Maud Mayeras puisse désirer changer de registre, mais là c’est clairement le grand écart. Aucun doute, y’a sûrement murène sous patate (cherchez pas, c’est la version tropicalisée de l’anguille sous roche).

Abstenez-vous de fanfaronner parce que vous avez vu juste, au fur et à mesure que la vérité vous sera révélée, dans toute son horreur et son absolue noirceur, vous souhaiterez plus que tout vous être trompé. Vous implorerez même tous les saints de la création pour que la plongée dans un cauchemar de plus en plus abject cesse enfin… pour voir la lumière du jour poindre du fond des ténèbres dans lesquels Maud vous entraîne…

Les monstres dont il est question ici sont deux enfants, une fille, Eine, et son frère cadet Jung. Des personnages qui vous toucheront droit au cœur malgré leur « différence », ou peut-être justement à cause de cette « différence », avérée ou supposée. Des monstres avec qui vous partagerez des émotions intenses, de la joie, mais aussi de la peur et du chagrin. Croyez-moi ces monstres sauront vous vriller les tripes et le cœur.

Si Maud Mayereas sait incontestablement y faire pour pousser son récit dans les entrailles du noir le plus profond, elle nous offre aussi un roman empreint d’humanité… pas seulement dans ce qu’elle a de pire (séquestration, viol, manipulation…), mais aussi dans ce qu’elle peut avoir de meilleur (l’amour d’une mère pour ses enfants, l’amour d’une sœur pour son frère et réciproquement).

Les personnages en dehors du terrier ne sont pas de simples faire-valoir, certains participent activement au déroulé de l’intrigue (je pense notamment au lieutenant Rousseau ou au Dr Saadi) et donneront tout pour essayer de réparer des individus brisés par la folie de l’Ogre.

Un petit conseil pour clore cette chronique, si vous avez des enfants en bas âge, ne demandez jamais à Maud Mayeras de leur raconter une histoire pour les endormir. Les quelques contes, écrits par l’Ogre, qui figurent ici sont l’assurance de nuits blanches et de cauchemars pour vos chères têtes blondes…

Comme elle a coutume de le faire, Maud Mayeras termine son roman par une playlist mentionnant les morceaux susceptibles d’accompagner au mieux la lecture du bouquin. Perso je préfère lire dans le calme, et même s’il y a du bruit autour de moi je finis par m’enfermer dans une bulle insonorisée pour profiter pleinement de ma lecture.

Je ne connais pas tous les titres cités, mais je suis curieux de les découvrir, m’est toutefois d’avis que trois titres brillent par leur absence : La Nuit Je Mens (Alain Bashung), Le Moribond (Jacques Brel) et A Pas De Géant (Mano Solo). Les paroles de ces chansons sont effet citées dans le bouquin… et ça aurait apporté une petite touche francophone dans une bande originale 100% anglophone.

Le hasard de mes lectures fait que j’ai lu ce roman juste après Inspection de Josh Malerman, bien que les deux bouquins soient radicalement différents, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre le P.É.R.E de Malerman et l’Ogre de Mayeras. Leur édifice repose en effet sur les mêmes principes destructeurs de manipulation mentale poussée à l’extrême.

Je ne voudrai pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais il semblerait que L’Ami Imaginaire de Stephen Chbosky vient de perdre son titre de roman de l’année. A voir si mon avis est susceptible d’évoluer avec le recul mais j’en doute fort (le recul me permet justement de porter un regard plus critique sur L’Ami Imaginaire).

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 30 octobre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

AU MENU DU JOUR

E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

 
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Publié par le 26 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Deon Meyer – La Proie

AU MENU DU JOUR

D. Meyer - La Proie
Titre : La Proie
Série : Benny Griessel – Livre 7
Auteur : Deon Meyer
Éditeur : Gallimard
Parution : 2020
Origine : Afrique du Sud (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Au Cap, Benny Griessel et Vaughn Cupido, membres des Hawks (l’unité d’élite de la police criminelle sud-africaine), sont chargés de reprendre l’enquête concernant un corps retrouvé le long d’une voie ferrée. La victime était un passager Rovos, un train de luxe, et avait été embauché comme garde du corps d’une riche hollandaise.

À Bordeaux, Daniel Darret, ancien activiste du bras armé de l’ANC, est rattrapé par son passé quand un ancien camarade de lutte lui confie une mission de la plus haute importance pour l’avenir de l’Afrique du Sud.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Deon Meyer. J’aurai pu opter pour un roman one-shot, d’autant plus aisément que son précédent roman, L’Année Du Lion, dans lequel l’auteur s’essaye au roman post-apocalyptique, me fait de l’œil depuis qu’il a intégré mon Stock à Lire Numérique.

Finalement j’ai opté pour sa série mettant en scène Benny Griessel… en espérant ne pas être complètement largué en la commençant par le dernier opus.

Ma Chronique

Avant de commencer à vous parler du roman de Deon Meyer je souhaiterai le replacer dans son contexte. En effet, l’auteur dénonce sans détour la corruption du pouvoir en place, via notamment des relations troubles (pour rester poli) avec de riches et puissants industriels indiens (la famille Gupta). Relations qui iront jusqu’à l’ingérence des Gupta dans la vie politique et économique du pays, jusqu’à la forme la plus ultime de corruption : la captation d’état…

Quelques rapides recherches via Google vous permettront de situer la présente intrigue en 2017 (outre quelques détails qui ne trompent pas, les dates correspondent), et donc sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018). Lequel sera poussé à la démission par son propre parti (l’ANC) avant d’être remplacé par Cyril Ramaphosa en février 2018.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, Jacob Zuma entraînera dans sa chute la famille Gupta qui perdra de fait son statut d’intouchable en Afrique du Sud. J’aimerai vous dire que depuis la justice a fait son office mais savez aussi bien que moi que nous ne vivons pas au pays des Bisounours…

Si La Proie est le sixième roman traduit en français de la série Benny Griessel, il existe un titre encore inédit dans la langue de Molière qui vient se glisser entre En Vrille et celui-ci ; La Proie est donc bel et bien le septième opus de la série.

Il est des romans qui vous font d’emblée regretter de ne pas vous être intéressé plus tôt à leur(s) personnage(s) – surtout quand il est question de héros récurrent(s) – ; incontestablement La Proie fait partie du lot ! Avant même de le refermer j’ai compris qu’en faisant l’impasse sur la série Benny Griessel de Deon Meyer, j’étais passé à côté d’un truc grandiose (même s’ils ne sont pas tous aussi aboutis que celui-ci, je reste convaincu que les précédents romans de la série se situent dans le haut du panier).

L’auteur construit son intrigue en suivant deux arcs narratifs distincts (pour ne pas dire totalement indépendants), le premier est axé sur l’enquête de Benny Griessel et son équipe en Afrique du Sud, alors que le second nous transporte en Europe pour y suivre le parcours de Daniel Darrett. Même si on peut légitimement supposer qu’il existe un fil rouge reliant les deux récits, Deon Meyer prend son temps pour le tisser et plus encore pour nous lever le voile sur nos questionnements.

Si ces deux arcs narratifs sont aussi captivants à suivre l’un que l’autre, j’avoue toutefois avoir eu un faible pour les chapitres se concentrant sur Daniel Darret. Le rythme imposé est en effet beaucoup plus soutenu et la tension est quasiment omniprésente.

Non seulement l’auteur apporte énormément de soin à ses personnages, mais son récit, même ai cœur de la tourmente, reste empreint d’humanité. Qu’il s’agisse de Benny Griessel, Vaughn Cupido ou Daniel Darret, chacun doit, en plus de ses obligations (et/ou missions), faire face à des choix personnels, des doutes et des questionnements.

Gros coup de cœur pour cette équipe des Hawks (une unité d’élite de la police sud-africaine) qui reste soudée et complice contre vents et marées. Une complicité et une confiance réciproque qui s’étendent bien au-delà du strict cadre professionnel. À l’image du duo Griessel / Cupido dont les échanges sont souvent ponctués de touches d’humour afin de faire tomber la pression.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore les personnages de Deon Meyer, et hésitent à commencer la série Benny Griessel par le dernier tome paru à ce jour, je peux vous assurer qu’à aucun moment vous ne serez largué. D’une part il y a très peu de références à des enquêtes ultérieures. D’autre part l’auteur sait y faire, quand besoin, pour que les événements présents s’imbriquent avec ceux du passé. Enfin je suis convaincu que, à peine ce bouquin refermé, vous mourrez envie de dévorer les cinq tomes précédents.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 25 août 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Franck Thilliez – Il Était Deux Fois

AU MENU DU JOUR

F. Thilliez - Il était deux fois
Titre : Il Était Deux Fois
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Avril 2008. Gabriel Moscato, lieutenant de la gendarmerie nationale, se rend à l’hôtel de La Falaise afin de poursuivre ses investigations sur la disparition de sa fille, Julie, survenue quelques semaines plus tôt. Muni des registres de l’établissement, il s’installe dans une chambre afin de les éplucher.

Gabriel Moscato se réveille dans une autre chambre de l’hôtel… en novembre 2020, incapable de se souvenir du moindre détail concernant ces douze dernières années.

Beaucoup de choses ont changé depuis 2008, mais sa fille n’a jamais été retrouvée. Gabriel va tout mettre en œuvre pour remonter le fil de son passé, et reprendre son enquête sur la disparition de Julie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, raison qui se suffirait à elle-même.

Je n’ai toujours pas trouvé le temps de me pencher sur son duo policier récurrent, Sharko et Hennebelle, mais je ne désespère pas de trouver un jour le temps pour m’y mettre. Il n’en reste pas moins que ses romans one-shot ne m’ont jamais déçu, beaucoup ont même été de véritables coups de coeur (et accessoirement aussi des coups de poing).

Ma Chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je ne peux que vous recommander fortement, si ce n’est déjà fait,  de lire Le Manuscrit Inachevé avant de vous lancer dans Il Était Deux Fois. Trois bonnes raisons à cela :

Le Manuscrit Inachevé est un excellent thriller, il serait dommage de vous en priver.
Le Manuscrit Inachevé joue un rôle clé dans la résolution de la présente intrigue.
– Cerise sur le gâteau : Franck Thilliez nous propose, en bonus, de découvrir la fin « originale » du Manuscrit Inachevé telle que rédigée par Caleb Traskman (dans le roman la fin est écrite par le fils de l’auteur, Jean-Luc Traskman).

Cela fait bien longtemps que Franck Thilliez n’a plus rien à prouver et que son nom brille en lettres d’or dans le monde du thriller francophone, j’irai même encore plus loin en affirmant qu’il n’a pas à rougir face aux grands noms de la scène internationale du genre. Plutôt que se reposer sur ses lauriers, Franck Thilliez n’a de cesse de chercher à se renouveler et à surprendre ses lecteurs, en allant toujours plus loin dans l’exploration et la dissection de la face obscure du genre humain.

Avec ce roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur repousse les limites de la perversion criminelle, mais il le fait avec son incroyable talent narratif. Et le résultat est tout simplement renversant ! C’est quasiment à chaque chapitre que l’on se trouve face à un revirement inattendu ou à une nouvelle révélation. On en prend plein la tronche… et personnellement j’adore et j’en redemande !

Tous les amateurs de thrillers vous le diront, l’accroche est primordiale dans ce genre littéraire. Ici Franck Thilliez frappe fort d’entrée de jeu. Harassé par les nuits blanches et ses recherches pour tenter d’élucider le mystère qui plane autour de la disparition de sa fille, un gendarme s’assoupit dans une chambre d’hôtel… pour se réveiller dans une autre chambre de ce même hôtel, douze ans plus tard !

Que les plus cartésiens se rassurent, vous pouvez compter sur la rigueur de l’auteur et un imposant travail documentaire pour que l’invraisemblable trouve une explication rationnelle et scientifique. Il n’en reste pas moins que, en quelques pages, le lecteur se retrouve prisonnier du piège tendu par Franck Thilliez ; une seule issue pour se défaire de la terrible addiction qui se profile : résoudre l’énigme de la disparition de Julie et comprendre le fin mot de l’histoire.

Je n’aborderai l’intrigue du roman qu’en restant dans le flou, tant en dire trop serait presque criminel ; aussi je me bornerai à mentionner que la mort et le meurtre sont des thèmes largement exploités par le monde des arts (littérature, peinture, sculpture, cinéma et même musique). Ça ne vous avance sans doute pas des masses, et c’est très bien ainsi !

L’autre grande force du roman réside dans ses personnages, tout particulièrement les deux enquêteurs, Gabriel et Paul, anciens collègues et amis que les événements et le temps a séparés, mais qui vont devoir faire front commun pour se replonger dans la disparition de Julie. Une plongée qui les conduira littéralement aux portes de l’enfer.

Un roman maîtrisé de bout en bout qui ne laisse rien au hasard. En toute honnêteté je ne peux faire autrement que de lui attribuer la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) ; et je le fais avec un immense plaisir.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 26 juin 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sonja Delzongle – L’Homme De La Plaine Du Nord

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S. Delzongle - L'homme de la plaine du Nord
Titre : L’Homme De La Plaine Du Nord
Série : Hanah Baxter – Livre 4
Auteur : Sonja Delzongle
Éditeur : Denoël
Parution : 2020
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À peine rentrée à New York où elle espérait passer un moment tranquille, Hanah Baxter se retrouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour le meurtre d’Anton Vifkin, son ancien mentor.

Extradée à Bruxelles, elle apprend de la bouche du commissaire Peeters, en charge de l’enquête, que l’accusation repose sur une simple lettre anonyme. En fait Peeters compte surtout sur l’aide de Baxter pour résoudre, une bonne fois pour toute, le mystère de la mort d’Anton Vifkin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver Hanah Baxter, un retour attendu après trois longues années d’absence.

Ma Chronique

Encore un roman dont la sortie a été perturbée par la crise sanitaire liée au COVID-19, si le bouquin a pu être publié quelques jours avant le début du confinement dans sa version numérique, ce n’est qu’avec le déconfinement que la version papier a pu être découverte en librairie.

Si on pensait retrouver une Hanah Baxter apaisée après son périple breton (je fais bien sûr référence au roman Récidive, le précédent opus de la série), le répit sera de courte durée pour notre profileuse préférée. La Belgique lui réserve un nouveau rendez-vous avec son passé, via notamment la personnalité trouble d’Anton Vifkin qui fut son mentor.

Une fois de plus Hanah Baxter se retrouve personnellement impliquée dans une affaire qui n’en finira pas de lui réserver des surprises. Une affaire aux facettes multiples dont le fil rouge entre les différents éléments se met en place lentement mais sûrement, suivant le rythme de l’implacable mélodie que nous interprète Sonja Delzongle.

Si vous ne connaissez pas encore le parcours de Hanah Baxter, je ne peux que vous recommander de lire les précédents romans de la série avant de vous lancer dans cet ultime opus. D’une part parce que se sont trois thrillers haut de gamme que vous découvrirez, mais aussi et surtout parce qu’ils vous permettront de mieux appréhender le personnage d’Hanah Baxter (même si l’auteure prend soin de défricher le terrain pour ceux et celles qui commenceraient par le présent roman).

Avant d’embarquer pour ce périple belge en compagnie d’Hanah baxter je vous invite à boucler votre ceinture. Le voyage ne sera pas de tout repos ! Une fois de plus Sonja Delzongle n’hésite pas à malmener ses personnages (nombre n’en reviendront pas… et ce n’est pas dans leur sommeil qu’ils passeront de vie à trépas).

Ainsi vous croiserez un tueur à gages, travesti à ses heures, bien déterminé à finir un boulot commencé vingt ans plus tôt. Mais aussi une énigmatique jeune femme, propriétaire d’un manoir délabré dans lequel elle prend soin de son jeune frère et de sa mère… avant de se consacrer à de plus sombres occupations.

Ce que vous croiserez surtout ce sont les côtés les plus obscurs de l’âme humaine, les dérives et déviances les plus dépravées et les plus perverses.

Une intrigue riche en rebondissements qui n’en finira pas de vous faire douter de tout et de tout le monde. A chaque instant vos certitudes risquent d’être balayées par un nouveau revirement de situation. Et là encore, Sonja Delzongle sait y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs du lecteur !

Nul doute que le personnage d’Hanah Baxter restera pour moi une très belle découverte littéraire, un personnage atypique auquel je me suis tout de suite attaché. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses aventures mouvementées, et c’est avec un évident pincement au cœur que je la quitte au terme de cet ultime rendez-vous.

MON VERDICT
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Publié par le 19 mai 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Laurent Loison – Coupables ?

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L. Loison - Coupable ?
Titre : Coupable ?
Auteur : Laurent Loison
Éditeur : Slatkine & Cie
Parution : 2020
Origine : France
349 pages

De quoi ça cause ?

Garges-lès-Gonesse, France. Il ne reste qu’une étape au jeune Ivan pour intégrer le gang des Frères de sang, s’introduire chez un inconnu et rapporter un précieux butin au gang. Ça aurait pu (et ça aurait dû) n’être qu’une formalité, mais la situation va rapidement échapper à tout contrôle…

Scottsdale, USA. Patrick commet un énième cambriolage, mais cette fois la mécanique pourtant bien huilée va s’enrayer jusqu’à provoquer l’irréparable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ma précédente (et première) lecture de Laurent Loison fut plutôt mitigée. Chimères était certes un bon roman mais le fichier numérique proposé était, n’ayons pas peur des mots, complétement pourri.

Ce nouveau roman sera pour moi l’occasion de voir si l’auteur confirme au niveau de la qualité de son intrigue, et si l’éditeur propose une version numérique correcte.

Ma Chronique

À moins de jouer à fond sur le cynisme du personnage me faire éprouver une quelconque empathie pour un criminel était loin d’être un pari gagné d’avance… plus encore quand ledit criminel n’a aucune circonstance atténuante à son actif (d’un autre côté si l’auteur avait trop insisté sur le côté pleurnichard du passé de son personnage ça m’aurait fait chier plus qu’autre chose). Contre toute attente Laurent Loison relève haut la main le défi, simplement en jouant la carte de l’humain.

L’auteur nous invite à suivre une intrigue qui va se jouer sur deux arcs narratifs, une séparation qui va se jouer aussi bien dans l’espace que dans le temps. Pas besoin de sortir de Normale Sup pour deviner le lien qui existe entre Ivan et Patrick, il s’impose comme une évidence quasiment d’entrée de jeu.

Si le lien entre les personnages ne devrait surprendre personne, Laurent Loison nous réserve toutefois quelques surprises dans le déroulé de son intrigue, notamment avec une ultime révélation qui vous laissera sur le cul (perso je n’ai rien vu venir).

Au vu de la couv’ je craignais que le bouquin ne dérive vers un énième plaidoyer contre la peine de mort, mais l’auteur contourne adroitement cet écueil. Si la question de la peine capitale va bel et bien se retrouver au cœur de l’intrigue, ce ne sera pas dans le cadre d’un débat pour ou contre, mais comme l’un des enjeux majeurs de l’intrigue.

Coupable ? Patrick Jones l’est sans le moindre doute et il est d’ailleurs le premier à le reconnaître. Mais entre un cambriolage qui tourne mal et un meurtre au premier degré, il y a un gouffre… et une sentence qui peut tout changer. Pas de bol pour Patrick les dés sont pipés, face à lui la veuve agit dans l’ombre (et tant pis si elle doit le payer de sa personne) pour que l’assassin de son mari écope de la peine maximale (la mort par injection létale).

Il serait facile de blâmer Julia Marks, la veuve en question, mais il suffit de s’imaginer à sa place pour remettre les choses en perspective. Un inconnu a foutu sa vie en l’air en la privant de son mari et en privant ses filles de leur père. Que ce soit par accident ou intentionnellement le résultat est le même, il apparaît donc légitime dans de pareilles circonstances de vouloir que ce salopard soit à son tour éliminé. Mais entre désirer la mort d’un homme et tout mettre en œuvre pour que son souhait se réalise, il y a un pas énorme, un pas que Julia Marks n’hésitera pas à franchir, tout comme elle n’hésitera pas à franchir la ligne rouge pour arriver à ses fins. Alors, coupable ?

Vous l’aurez deviné, Laurent Loison apporte beaucoup de soin à ses personnages, évitant ainsi de sombrer dans les affres d’un manichéisme facile. Il n’en reste pas moins que l’auteur peut aussi nous brosser le portrait de sombres connards que l’on aura plaisir à mépriser, je pense notamment au Dr Correy et au procureur Kingall.

C’est volontairement que je passe sous silence le rôle des autres personnages du roman, notamment celui de Kenza Longford, avocate commis d’office pour assurer la défense de Patrick Jones.

Au niveau de la qualité de son intrigue, Laurent Loison confirme le ressenti positif que j’avais déjà éprouvé à la lecture de Chimères. Soyons fou, je dirai même qu’il le sublime avec ce roman qui flirte avec l’excellence.

Sur la forme, la numérisation, bien que réalisée par un professionnel, pêche encore par de nombreuses lacunes même si beaucoup passeront inaperçues pour la plupart des lecteurs. Par contre les erreurs de mise en page (plusieurs sauts de ligne oublié dans les dialogues par exemple) et les coquilles résiduelles (debout dernière le siège au lieu de debout derrière le siège) sont un peu plus agaçantes. Ceci dit on est loin du brouillon (pour rester poli) qu’était la version numérique de Chimères.

MON VERDICT
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Publié par le 20 mars 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Gabino Iglesias – Santa Muerte

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G. Iglesias - Santa Muerte
Titre : Santa Muerte
Auteur : Gabino Iglesias
Éditeur : Sonatine
Parution : États-Unis (2015)
Origine : 2020
192 pages

De quoi ça cause ?

Fernando est un clandestin mexicain arrivé à Austin pour fuir les réprésailles d’un cartel. Il travaille pour Guillermo, un caïd local, officiellement en tant que videur, officieusement c’est en tant que dealer qu’il officie.

Un job plutôt peinard jusqu’à ce qu’il soit enlevé par des membres de la Salvatrucha, un gang rival. Indio, le chef du gang, oblige Fernando à assister à la décapitation au couteau d’un pote avec qui il bossait régulièrement.

Fernando est épargné mais doit passer un message sans équivoque à Guillermo : désormais les rues appartiennent à la Salvatrucha.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, et pis c’est tout. Enfin presque… la couv’ et le pitch m’ont tout de suite attiré, impossible dan ces conditions de résister à la tentation.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec ce roman, Gabino Iglesias invente un nouveau genre littéraire : le barrio noir. Kézaco me demanderez-vous ? L’auteur le définit comme un roman noir dans lequel la violence est omniprésente mais dont l’intrigue doit aussi être fortement empreinte du multiculturalisme et du bilinguisme propre à l’exil. Ultime condition, et non des moindres, le récit doit intégrer une dimension mystique non négligeable, quitte à flirter avec le fantastique.

Voilà le cocktail détonant que vous aurez entre les mains en ouvrant Santa Muerte. Le multiculturalisme étant parfaitement représenté par le personnage principal, Fernando, un antihéros par excellence partagé entre les traditions de ses origines mexicaines et sa vie actuelle aux USA.

L’auteur opte pour un récit à la première personne afin de nous plonger au cœur de l’action dans la peau de Fernando. Bien que le gars soit un dealer notable, il est difficile de ne pas éprouver une certaine sympathie pour ce héros un peu dépassé par l’ampleur des événements, mais décidé à faire face au mieux, sans se dégonfler.

Un roman court mais intense au niveau de l’action. Gabino Iglesiais ne vous laissera guère le temps de reprendre votre souffle entre deux poussées d’adrénaline. Le rythme est assuré par des chapitres courts, une écriture sans fioritures et très visuelle. Après tout, nul besoin de prendre des gants quand on veut en foutre plein la tronche à son interlocuteur (le lecteur en l’occurrence).

Et c’est exactement ce que fait Gabino Iglesias avec Santa Muerte. Le bouquin se dévore d’une traite (pas en apnée, mais presque), vous le refermerez à bout de souffle, à la limite du KO technique.

Je pourrai modérer mon enthousiasme en vous disant que j’ai trouvé le bouquin un peu court ; et c’est vrai que j’aurai aimé prolonger l’expérience, mais tout est dit et bien dit, il n’y aurait pas grand chose (sinon rien) à ajouter.

En voulant faire un rapprochement cinématographique j’aurai été tenté de citer instinctivement Quentin Tarantino en pensant au film Reservoir Dogs, mais à la réflexion, le choix de son complice, Robert Rodriguez avec le film Desperado me semble bien plus adapté à l’esprit du roman.

Bref tout ça pour vous dire que ça dépote grave dans ce bouquin mais sans trop se prendre au sérieux. Les morts brutales seront légion au court de ces quelques pages, mais l’intrigue a un côté tellement barré qu’on ne peut la prendre pour argent comptant (un peu à la façon d’un Bourbon Kid).

Derrière cette débauche de violence se cache aussi une réflexion plus profonde sur l’envers du décor du fameux rêve américain pour tous les immigrés qui viennent tenter leur chance de l’autre côté de la frontière :

Quand tu traverses la frontière, tu laisses de côté une grande partie de ton identité et tu deviens quelque chose de différent, un spectre de chair composé de souvenirs brisés. Tu abandonnes ta famille, tes amis, ta langue et les rues que tu connais pour te retrouver dans un pays dont tu n’es pas citoyen, où tu n’as aucun droit, et où tu dois te terrer comme un rat par peur d’être découvert. Alors tu changes. Tu te transformes. Tu deviens autre chose. (…) Tu fais tout ce qui est en ton pouvoir pour devenir un gringo, pour t’intégrer, pour devenir aussi invisible que les fissures sur le trottoir. Ta démarche est hésitante, parce que tout est mystérieux, nouveau et effrayant, et que tu ne te sens jamais le bienvenu.
Quand tu traverses la frontière, celle-ci conserve une partie de toi. Elle te coupe jusqu’à l’os, t’empêchant de cicatriser. Elle perfore des endroits qu’aucune lame ni aucune balle ne peut atteindre et elle te mutile d’une manière que tu ne peux pas comprendre.
Traverser la frontière te bousille d’une manière que tu ne pouvais pas imaginer.

Je ne vous livre qu’un court extrait du chapitre 6 qui décrit de façon aussi abrupte que poignante ce que peuvent ressentir ces gens (sans non plus vouloir stigmatiser). N’en déplaise à Donald le nuisible !

Petite précision (histoire de finir sur une note plus optimiste) si besoin est, à ma connaissance Gabino Iglesias n’a aucun lien de parenté avec Julio, le crooner hispanique plus très frais. Je n’ai pas changé… Et toi non plus tu n’as pas changé…

Gabino Iglesias a publié un second roman, toujours fidèle à l’esprit du barrio noir, inutile de vous dire qu’il me tarde de le découvrir en français…

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 10 mars 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Maxime Girardeau – Persona

AU MENU DU JOUR

M. Girardeau - Persona

Titre : Persona
Auteur : Maxime Girardeau
Éditeur : Fayard (Mazarine)
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Franck Somerset, commissaire à la Crim’ du 36, est appelé sur une scène crime peu ordinaire. En effet, la victime est vivante mais elle a été torturée et mutilée avec un acharnement aussi sadique qu’expert.

En plus de son équipe habituelle, Franck va pouvoir compter sur le renfort d’Elga Salustri, cadre supérieure chez Google et particulièrement au fait de tout ce qui tourne autour du milieu d’où vient la victime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait des plus prometteurs. Une impression renforcée par la campagne de promotion organisée par Fayard qui nous promettait un « Seven à Paris »… c’est pas rien comme référence.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À mon sens le film Seven, réalisé par David Fincher en 1995 est l’un des thrillers les plus couillus de ces dernières années, à ce titre il reste (et restera) dans les annales du genre. Alors forcément quand l’éditeur fait la promotion de Persona en le qualifiant de « Seven à Paris », ça ne peut que titiller ma curiosité… mais attention à ne pas se planter, on s’attend à ce que l’élève (Maxime Girardeau) soit à la hauteur du maître !

L’intrigue du roman est tellement ancrée autour des GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) – ces cinq géants de l’informatique qui collent des ulcères à notre Manu élyséen et brouille ses relations avec son homologue yankee, Donald – que la promo aurait presque pu se permettre d’écrire Seven 2.0.

Il n’y a pas que la brutalité du mode opératoire et les mises en scène orchestrées par leurs auteurs qui permettent de rapprocher le roman de Maxime Girardeau du film de David Fincher (en ce sens Maxime Girardeau monte d’un cran dans la perversité puisque son John Doe laisse ses victimes en vie… dans un corps hors d’usage). En effet Franck Somerset porte le même nom que l’inspecteur incarné par Morgan Freeman dans le film, et plus avant dans l’intrigue nous croiserons un certain Tom Mills, agent de la DEA, Mills étant aussi le patronyme du personnage incarné par Brad Pitt dans Seven.

Ah oui, j’oubliais un détail, et non des moindres, Persona est le premier roman de Maxime Girardeau. D’une part il prouve avec un évident brio qu’il est encore possible de surprendre (à défaut d’innover) dans un genre où l’on pourrait être tenté de penser (à tort, fort heureusement pour nous) que tout a déjà été dit. D’autre part il confirme que le thriller français a encore de beaux jours devant lui, et n’a pas à rougir de la concurrence anglophone. Pour un coup d’essai, on peut faire pire…

Si l’auteur ne fait rien pour rendre ses personnages attachants, j’ai tout de même eu un faible pour Franck Somerset, un flic à l’ancienne, un tantinet désabusé par le monde 2.0 qui l’entoure. Elga Salustri quant à elle n’est pas particulièrement antipathique mais elle est tellement imprégnée de cet univers propre aux GAFAM, qu’elle semble parfois vivre dans un autre monde, un monde qui tend parfois à privilégier le virtuel à l’humain.

Par contre Maxime Girardeau sait y faire pour que le personnage de Kahl Doe (faut-il y voir un clin d’œil au John Doe de Seven ?) soit en tout point méprisable. Un suspect idéal ? J’ai immédiatement pensé que la ficelle était trop flagrante (oui je sais, je pléonasme). Mais je peux me planter… j’dis ça, j’dis rien.

Non seulement l’auteur garde un contrôle absolu sur ses personnages et son intrigue, mais il se distingue aussi par sa plume qui ne manque ni de piquant ni de cynisme ; il porte un regard sans concession sur le monde d’aujourd’hui et sur ses dérives (avérées ou potentielles).

Le fait que l’auteur soit particulièrement bien informé quant au fonctionnement de ces GAFAM ne doit rien au hasard, il a en effet une longue expérience professionnelle marketing en leur sein.

Je vous laisse découvrir l’origine du titre en lisant le bouquin, à moins que vous ne connaissiez déjà ce terme qui fait à la fois référence à la psychologie (Jung) et aux stratégies marketing. Un indice : l’accroche « Je sais qui tu es » qui figure sur la couv’ du bouquin vous tend une sacrée perche. Mais non, pas la poiscaille ! Vous ne pensez décidément qu’à bouffer et à bai… (Saint Valentin oblige, j’ai pas pu m’en empêcher… oui je sais, je suis un indécrottable romantique).

Vous l’aurez compris, j’ai été totalement emballé par ce bouquin (même s’il n’est pas exempt de défauts mineurs), la référence à Seven était audacieuse, mais force est de reconnaître que l’élève fait honneur à son maître. Du coup je n’hésiterai pas, et ce sera mon dernier mot (Jean-Pierre, Camille… et les autres), à dire que ce roman est foutrement couillu !

Un premier roman prometteur (bin oui j’ai menti, ce n’était pas mon dernier mot) qui place la barre haute pour les suivants. Cerise sur le gâteau, Maxime Girardeau n’exclut pas de possibles retrouvailles dans un prochain roman…

MON VERDICT
Coup de poing

En aparté

J’espère que la version numérique mise à disposition sur Net Galley n’est pas la version finalisée du roman. Outre certains problèmes mineurs de codage (insécables notamment), il y a quelques coquilles résiduelles dont beaucoup de mots coupés qui figurent en l’état dans le texte (be-soin au lieu de besoin par exemple).

Et deux exemples plus dérangeants, ci-dessous :

« Une odeur de moisissure le submergea. Elle lui piquait les narines. Elle se répandait partout. Elle grignotait les plaintes, boulottait les plafonds, s’infiltrait sous les papiers peints jaunis. »
M’est d’avis que la moisissure est bien plus attirée par les plinthes que par les plaintes.

« Sa tête commença par cartographier les dimensions de la pièce rectangulaire : une trentaine de mètres carrés, avec 5 mètres de large et 46 de profondeur environ. »
Commençons par un petit rappel mathématique (géométrie plus exactement) concernant le calcul de la surface d’un rectangle : S(urface) = L(ongueur) x l(argeur).
Donc une pièce de 46 mètres sur 5 correspond à une surface de 230 (46 x 5) m²… Ce qui me semble foutrement grand pour un espace censé être confiné.
Du coup on va considérer que ladite pièce mesure 30 m² et que sa largeur est bien de 5 mètres ; on arrive donc à une profondeur (longueur) de 6 mètres (30 = L x 5 d’où L = 30 / 5 = 6).

 
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Publié par le 14 février 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Franquin – Idées Noires – L’intégrale

AU MENU DU JOUR

Titre : Idées Noires – L’intégrale
Auteur : Franquin
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2001
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

À travers ce recueil, Franquin pointe du doigt les multiples travers de notre société dite civilisée. Il le fait avec un humour aussi féroce que noir…

Ma Chronique

J’ai clos mon année littéraire 2019 avec des bulles, permettez-moi de commencer 2020 de la même façon en vous parlant d’une BD que je considère comme une oeuvre majeure de l’humour noir illustré. Je vous rassure je n’ai pour ma part aucune idée noire en ce début d’année 2020 ; je suis en congés pour encore une semaine, donc toutes les bonnes raisons pour avoir une pêche d’enfer.

S’il a fallu attendre 2001 pour pouvoir enfin découvrir l’intégrale des Idées Noires de Franquin, les planches ont été publiées entre 1977 et 1983, d’abord pour Spirou, puis pour Fluide Glacial. Les planches seront ensuite regroupées sur 2 volumes (en 1981 pour le tome 1 et en 1984 pour le tome 2).

En général si on vous dit Franquin, vous l’associez de facto au personnage de Gaston Lagaffe. Avec ses Idées Noires il nous révèle son côté obscur et il le fait avec une redoutable efficacité et un humour noir décapant qui fait mouche à chaque planche. N’ayons pas peur des mots, ce recueil est un véritable chef d’oeuvre d’humour noir, souvent imité, mais jamais égalé !

Chaque planche démarre par une petite phrase d’accroche en forme de contrepèterie signée Yvan Delporte. Puis vient la fameuse idée noire, le plus souvent présentée sur une demi-planche dessinée en noir et blanc. Enfin Franquin personnalise chaque planche avec une signature adaptée au thème abordé.

Franquin prend un malin plaisir à tourner en dérision, souvent en utilisant leurs propres codes, ses victimes. Qu’il s’agisse des chasseurs, des militaires, des curés, des sportifs, des partisans de la peine de mort ou ceux de la corrida et d’autres encore, nul n’échappe à son trait railleur.

Le dessin ne s’attarde pas sur les détails, mais demeure d’une remarquable précision, il se suffirait presque à porter le message que l’auteur veut faire passer. Les dialogues aussi vont à l’essentiel, juste histoire souligner davantage le propos de Franquin.

Un recueil intemporel que j’ai découvert en 1986 à l’occasion de la sortie en poche chez J’Ai Lu du meilleur des Idées Noires, le coup de foudre fut immédiat. J’ai eu depuis plusieurs occasions de le relire et chaque fois j’ai connu le même plaisir à le feuilleter encore et encore. Je me suis récemment offert la version grand format et en intégral de Fluide Glacial, il m’a donc semblé normal de partager avec vous ce coup de cœur jamais démenti.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 7 janvier 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Laisse Le Monde Tomber

AU MENU DU JOUR

JOB - Laisse le monde tomber
Titre : Laisse Le Monde Tomber
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
372 pages

De quoi ça cause ?

Des corps retrouvés atrocement mutilés dans une cité de banlieue. La cité est au bord de l’explosion. Jef et Hélène, les enquêteurs en charge de cette affaire sont sur les nerfs.

Un gang de braqueurs tueurs de flic insaisissable multiplie les coups d’éclats meurtriers à travers toute l’Europe. Tracy, chef de groupe à l’ORCTIS de Nanterre, s’est jurée de mettre fin au carnage.

Deux affaires qui non a priori aucun lien entre elles mais qui vont pourtant sceller le destin des trois flics…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques-Olivier Bosco, un auteur que j’ai découvert récemment via son diptyque Brutale / Coupable mettant en scène Lise Lartéguy ; un personnage pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Dommage en revanche que le fichier transmis ait été une version non définitive au format PDF. Ce qui pour moi signifie rédhibitoire, sauf travail de conversion préalable ; et c’est ce à quoi je me suis attelé afin de pouvoir le lire au format epub et obtenir une version finalisée à archiver dans ma bibliothèque numérique.

Avec ce roman Jacques-Olivier Bosco (JOB) nous offre un thriller profondément humain en mettant en avant trois flics qui, loin d’être des machines de guerre déshumanisées façon Robocop, doivent au contraire composer avec leur vécu et leurs blessures. Trois flics à vif qui n’hésitent pas à se mouiller et à mettre les mains dans le cambouis quand la situation l’impose.

Jef est rongé par la culpabilité mais trop respectueux du cadre juridique (et sans doute aussi un tantinet trop lâche) pour mener à bien sa vengeance. Hélène, sa coéquipière est une boule de nerfs toujours prête à en découdre, quitte à se mettre parfois (souvent) en danger. Quant à Tracy, elle rêve de vengeance depuis que son frère a été assassiné sous ses yeux, victime du terrorisme islamiste, dans la nuit du 13 novembre 2015.

Les deux premiers vont être appelés sur une scène de crime particulièrement sauvage, un enfant de la cité a été démembré par un animal. Ça pourrait être un chien dressé pour tuer mais de nombreux détails morphologiques ne collent pas. Quand d’autres victimes apparaissent la cité commence à crier vengeance, d’autant que l’enquête de police piétine.

Tracy et son groupe sont sur la piste d’un gang de braqueurs qui semble prendre un plaisir pervers à tuer un maximum de flics à chaque opération. Le trio à la tête du gang est identifié mais demeure insaisissable.

Un trio pour lequel on se prendra vite d’empathie, JOB sait y faire pour que mêmes leurs défauts contribuent à rendre ses personnages plus attachants… plus humains, tout simplement.

Vous l’aurez compris, si l’auteur attache une grande importance à la psychologie de ses personnages, il n’en délaisse pas moins son intrigue (ses intrigues même, avant que les deux arcs narratifs ne se rejoignent). Une intrigue aussi musclée que rythmée qui mènera la vie dure à nos trois flics et mettra parfois vos nerfs à rude épreuves.

JOB fait mouche dès les premières pages de son roman, il impose d’entrée de jeu une ambiance aussi sombre que tendue, tension qui ne baissera pas d’un cran (au contraire) jusqu’au dénouement. Et quel dénouement !

La narration est très visuelle, à ce titre vous pouvez vous attendre à en prendre plein les mirettes. Gaffe aux giclées de sang, viscères et autres joyeusetés. Même au cœur de l’action la plus débridée, l’intrigue reste profondément ancrée dans la réalité. Une réalité que certains espèrent ne pas voir en optant pour la politique de l’autruche. Pour ma part j’espère, ne serait-ce que par respect pour l’animal, que ces chiens de combat 2.0 sont le fruit de l’imagination de l’auteur…

Une fois de plus JOB nous livre un page-turner impossible à lâcher, une fois de plus on en prend plein la gueule et on en redemande.

L’ultime chapitre nous réserve quelques surprises en forme de clins d’œil et caméos, avec notamment une brève apparition de Lise Lartéguy. De là à penser que certains personnages pourraient être de retour dans un second opus, il n’y a qu’un pas. Si ça ne tenait qu’à moi je le franchirais volontiers (il y a matière à une suite), mais c’est bien entendu JOB qui aura le dernier mot sur ce point.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 27 novembre 2019 dans Bouquins

 

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