[BOUQUINS] Tiffany McDaniel – L’Été Où Tout A Fondu

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Été Où Tout A Fondu
Auteur : Tiffany McDaniel
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2016)
480 pages

De quoi ça cause ?

Été 1984, Breathed, Ohio. Quelle mouche a piqué le procureur Autopsy Bliss pour qu’il publie une annonce invitant le Diable à venir lui rendre visite ?

Plus étonnant encore quand le Diable, tel qu’il présente lui-même, prend la forme d’un ado à la peau noire et aux yeux d’un vert intense. Un gamin dépenaillé que Fielding, le fils cadet du procureur, va rapidement considérer comme son ami.

Tandis qu’un été caniculaire s’abat sur Breathed, il suffit d’un stupide accident pour que les esprits s’échauffent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Betty aura incontestablement été l’une des lectures les plus intenses de l’année dernière. Il était impossible de faire l’impasse sur ce nouveau roman de Tiffany McDaniel (qui est en fait une réédition de son premier roman).

Ma Chronique

L’Été Où Tout A Fondu est le premier roman de Tiffany McDaniel, publié aux Etats-Unis en 2016, soit 4 ans avant Betty. En France, ce sont les éditions Joëlle Losfeld qui publieront le roman en 2019 (traduction de Christophe Mercier), une sortie qui passera quasiment inaperçue. Encouragées par le succès critique et populaire de Betty, les éditions Gallmeister lui offrent une seconde chance avec une traduction de François Happe (à qui l’on doit déjà la version française de Betty).

Tiffany McDaniel est originaire de l’Ohio, il n’est donc pas étonnant que le Midwest serve de scène à ses intrigues. Ne cherchez toutefois pas Breathed sur une carte de l’état, le patelin qui sert de toile de fond aux romans de l’auteure n’existe que dans son imagination.

« L’enfer, c’est les autres » affirmait Sartre dans Huis Clos. C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit en lisant ce roman, face aux paroles pleines de bon sens et de sagesse de ce petit diable auto-proclamé, une bande de dégénérés du bulbe aux neurones grillés par le soleil répond par l’obscurantisme, le fanatisme et la haine. Comme j’ai souhaité que Sal soit vraiment le diable et envoie ces péquenots décérébrés cramer en enfer.

Honnêtement les histoires de Sal m’ont vrillé les tripes et le cœur, nul besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre – très vite – que ces histoires n’en sont pas vraiment. Putain ce gamin m’a vraiment touché comme rarement un personnage de fiction a su le faire.

Bien sûr Fielding est aussi un gamin très sympathique, toujours prêt à aider son nouvel ami même s’il ne le comprend pas toujours. Mais je n’ai pas ressenti la même empathie émotionnelle que pour Sal.

À l’opposé j’ai éprouvé une haine viscérale – là encore, rarement ressentie en lisant un bouquin – pour cette enflure de nain de jardin. Je doute fort que le choix de son nom soit le fruit du hasard (en hébreu Elohim désigne un dieu ou une divinité), un patronyme en totale opposition avec ses actes.

Le choix de l’année 1984 ne doit rien au hasard, c’est en effet l’année où l’Amérique et le monde découvrent le SIDA. Une pathologie encore mal comprise qui s’accompagne de son lot de peurs et de préjugés (aussi irrationnels les unes que les autres), quand elle n’est pas tout simplement considérée comme un châtiment divin. Connerie quand tu nous tiens !

Le récit est à la première personne, Tiffany McDaniel offre sa plume à la voix de Fielding pour nous raconter cet été 1984 mais pas que… En effet, ce n’est le jeune Fielding qui nous raconte son histoire, mais un vieil homme âgé de 84 ans. En plus de cet été où tout a basculé pour lui et sa famille, il nous raconte des bribes de son propre parcours. un parcours souvent chaotique, marqué au fer rouge par les événements de l’été 1984.

La plume de l’auteure est d’une remarquable efficacité, aussi bien pour nous faire partager les moments de bonheur (telles que les joies simples et innocentes de deux adolescents qui développent une amitié quasi fraternelle) que ceux de douleur. Elle vous fera passer du rire aux larmes en quelques phrases, incroyable la puissance qui se dégage de son écriture (et par la même occasion chapeau bas au traducteur, François Happe).

Vous l’aurez sans doute compris j’ai été complétement emballé (et plus encore) par ce bouquin, impossible donc de ne pas lui attribuer 5 Jack et un coup double (coup de cœur et coup de poing). Un verdict amplement mérité.

Petite pause culturelle. D’un point de vue psychologique, Mme Bliss, la mère Fielding, souffre d’ombrophobie ; c’est en effet le mot « savant » pour désigner la peur de la pluie (et par extension des orages). Un cas loin d’être isolé puisque ce serait la phobie la plus répandue en France, devant l’arachnophobie et la mégalophobie (source All About Cats). Je ne serai pas surpris que cela soit la conséquence directe des dérèglements climatiques et des fortes pluies à l’origine de nombreuses inondations destructrices.

MON VERDICT

Coup double

Ci-dessous la couverture du roman publié par Joëlle Losfeld, force est de reconnaître que si j’étais passé à côté de ce bouquin en 2019 je ne lui guère accordé plus d’un regard : auteure inconnue au bataillon, le clocher d’une église qui s’étale sur la couverture et un titre qui ne m’inspire pas outre mesure… L’effet Betty, associé au formidable travail de traduction de François Happe, a totalement changé la donne.

[BOUQUINS] Valentine Cuny-Le-Callet – Perpendiculaire Au Soleil

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Titre : Perpendiculaire Au Soleil
Scénario et dessin : Valentine Cuny-Le-Callet
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : France
436 pages

De quoi ça cause ?

En 2016, alors âgée de 19 ans, Valentine Cuny-Le Callet entame une correspondance avec Renaldo McGirth, un condamné à mort américain. Au fil de leurs échanges, nait un projet de récit graphique d’une intense émotion.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée et la mise à disposition de ce roman graphique.

Ce roman graphique est le résultat d’un travail à quatre mains, une collaboration et une complicité Valentine Cuny-Le-Callet et Renaldo McGirth. Seul le nom de la jeune française est crédité en qualité d’auteur car, aux Etats-Unis comme en France, la loi interdit aux détenus de tirer un profit financier du récit de leur crime.

Avant d’aller plus avant dans ma chronique je tiens à préciser que ce roman graphique n’est pas un réquisitoire contre à la peine de mort, Valentine Cuny-Le-Callet a une intime conviction sur la question et c’est son droit le plus strict. Nul besoin d’être d’adhérer à ses idées pour apprécier la dimension humaine du récit qu’elle nous livre.

De la même façon il ne s’agit pas de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de Renaldo McGirth (ceux qui veulent se faire leur opinion pourront toujours essayer de fouiner sur le net mais les résultats sont plutôt à charge) ; une fois de plus ce n’est pas ce qui motive la démarche de l’auteure et de ses semblables, là encore c’est le côté humain qui est leur clé de voute.

Valentine Cuny-Le-Callet font montre d’une parfaite maîtrise des diverses techniques graphiques, alternant les styles graphiques, jouant avec la lumière et les détails. Même si globalement la couleur noire est prédominante – avec ça et là quelques touches de couleurs (il s’agit des travaux de Renaldo) – elle réussit toutefois à véhiculer un message porteur d’espoir.

Renaldo demande à sa correspondante d’être sa fenêtre sur le monde extérieur, une tâche dans laquelle elle va s’investir sans ménager ses efforts pour que l’envie de vivre prenne le pas sur les moments de doute.

Se plier aux règles de l’administration pénitentiaire ne l’empêche pas de se livrer à un travail de reconstitution aussi proche de la réalité que possible. Pas toujours évident tant ces règles sont malléables à souhait par ladite administration et obéissent à une logique parfois des plus absconses.

L’auteure ne se contente pas d’évoquer ses échanges avec Renaldo, elle évoque aussi la question du racisme aux États-Unis et bien entendu le fonctionnement du système judiciaire et carcéral américain. Il pourrait être tentant dans sa situation de tirer à boulets rouges contre ce système, mais tel n’est point son objectif ; pointer du doigt certains dysfonctionnements sans tout rejeter en bloc est une démarche bien plus constructive et bien plus fédératrice.

La démarche de Valentine Cuny-Le-Callet est courageuse, de son initiative est née une véritable amitié avec Renaldo, et de cette amitié naît un roman graphique d’une incroyable intensité émotionnelle.

MON VERDICT

Coup de poing


Valentine et Renaldo (Instagram valentine.clc)

[BOUQUINS] Mo Malo – Summit

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Titre : Summit
Série : Qaanaaq – Livre 4
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2022
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

À la demande de son supérieur, Arne Jacobsen, Qaanaaq Adriensen doit superviser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les cadors de la police islandaise, danoise, norvégienne et finlandaise vont se réunir au QG de la patrouille Sirius, aux portes de l’inlandsis.

Les choses commencent mal, à peine débarqué au Groenland, le représentant de la police islandaise disparaît mystérieusement. Et ce n’est que le premier « incident » qui va perturber la tenue de ce sommet, les choses vont en effet aller de mal en pis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la quatrième enquête de Qaanaaq Adriensen et son équipe, un coup de cœur dès leur première apparition qui ne s’est jamais démenti.

Ma Chronique

Je remercie les éditions La Martinière et Net Galley pour leur confiance et la mise à disposition de ce roman.

Petit détour par le visuel avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est la couv’ de Qaanaaq (le premier opus de la série) qui m’a irrésistiblement attiré vers le roman avec son ours polaire qui fait trempette. A l’occasion de cette quatrième enquête ce brave nanuq (littéralement, ours polaire en inuit) est de retour en tête d’affiche. Une présence qui ne doit rien au hasard, la bestiole ne venant pas faire que de la figuration dans ce roman.

Petite digression géographique maintenant. Vous savez sans doute que la Scandinavie ne désigne pas un état mais une entité géographique regroupant plusieurs états. Au sens strict elle est formée par la Norvège, la Suède et le Danemark qui constituent un ensemble relativement homogène sur les plans ethniques, linguistiques et historiques. Au sens large et usuel, on y ajoute la Finlande et l’Islande, soit l’ensemble des états nordiques. Sauf que ces états sont déjà représentés au sein d’une institution appelée Conseil nordique.

C’est bon on peut y aller ? Allez zou, embarquement immédiat en direction du Groenland.

Ceux et celles qui ont lu les trois précédents romans de la série ne seront pas totalement dépaysés et retrouveront avec plaisir des personnages qu’ils connaissent désormais presque comme leurs amis. Un plaisir que ne suffira pas à gâcher la présence d’Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen, plus déterminé que jamais à nuire à Qaanaaq Adriensen.

Si vous n’avez pas lu les trois précédents romans de la série (Qaanaaq, Disko et Nuuk), je ne saurais que trop vous conseiller de le faire avant de vous lancer dans la lecture de Summit. En effet le présent roman fait très souvent référence aux précédentes enquêtes de Qaanaaq et son équipe, difficile dans ces conditions d’apprécier pleinement le déroulé de l’intrigue et plus encore les personnages sans connaître leur histoire.

Rapidement Qaanaaq va réaliser que ce séminaire de la SPA ne sera pas un banal atelier de cohésion des équipes dans la lutte contre le crime organisé. Déjà la disparition du représentant de la police islandaise n’augurait rien de bon, quand celui de la police finlandaise est blessé par balle dès la première sortie du groupe, il apparaît clairement qu’ils sont la cible d’un ennemi invisible… et sans doute venu de l’intérieur.

Ces « incidents de parcours » ne suffiront toutefois pas à convaincre le chef de la patrouille Sirius de changer le programme prévu pour leurs hôtes. Programme dont le point d’orgue sera un trek en traîneau à chiens en bordure de l’inlandsis (sans doute le décor le plus hostile qui soit en milieu polaire).

Fidèle à son habitude Mo Malo (définitivement le plus nordique des écrivains français) place la nature au cœur de son intrigue. L’inlandsis lui offre effectivement un terrain de jeu particulièrement inadapté à l’humain avec des températures extrêmes et un relief accidenté qui dissimule de nombreux pièges invisibles – sauf au dernier moment… quand il est déjà trop tard. Ajoutez au tableau un redoutable prédateur particulièrement sournois et rancunier (fallait pas venir lui chier dans les pattes).

Plus que jamais l’humain sera la clé de la survie dans un décor pareil. Livrés à eux-mêmes après une succession de défaillances, les trekkers vont devoir, plus que jamais, rester solidaires et faire front uni contre l’adversité (pas évident quand on soupçonne qu’il y a – au moins – un fruit pourri dans le panier). Face au froid, au doute et à la faim qui les tenaille, la moindre faille fera d’eux une cible idéale pour la folie polaire.

Si on retrouve un Arne ‘La Fourmi’ Jacobsen plus mesquin et magouilleur que jamais, on en apprend aussi un peu plus sur les raisons de sa rancœur envers Qaanaaq. Longtemps Jacobsen va se réjouir du bon déroulé de son plan visant à décrédibiliser son ennemi juré… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’a jamais été le maître du jeu et que dès le départ les dés étaient pipés pour lui aussi.

Pendant que nos valeureux séminaristes se débattent pour survivre, sur le continent une guerre des gangs menace d’exploser à tout instant. Les AK81, jusqu’alors affiliés aux Hell’s Angels, rêvent d’autonomie et surtout veulent leur part du gâteau. Un conflit larvé qui pourrait bien embraser toute la Scandinavie.

Une fois de plus Mo Malo n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages. J’avoue que plus d’une fois je me suis demandé s’il n’allait pas sonner le glas de notre sympathique Qaanaaq et des compagnons d’infortune. Avais-je raison de craindre le pire ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.

Un roman qui se dévore tant il est maîtrisé et addictif de la première à la dernière page. Si comme moi vous adorez les thrillers qui jouent avec vos nerfs, vous vous régalerez avec ce bouquin. Il y a d’autres points que j’aurai aimé aborder dans cette chronique, notamment la relation des hommes de la patrouille Sirius et de leurs chiens de traîneaux, mais je n’en ferai rien afin de garder intact le plaisir de la découverte.

Je terminerai en signalant simplement qu’au fil des chapitres, j’ai supposé que le titre, Summit, faisait référence au sommet de la SPA (même si on est plus dans un contexte séminaire, voire atelier) avant de comprendre, dans la dernière partie du roman, que je faisais fausse route.

Et maintenant ? Et si je vous disais que Mo Malo prépare une nouvelle série dans un cadre radicalement différent (un indice, la chose devrait s’appeler La Breizh Brigade), ça vous aiderait ou ça ne ferait que vous embrouiller davantage ? Si vous voulez en savoir plus sur le sort de Qaanaaq vous voilà condamné à lire Summit (croyez-moi, il y a pire comme châtiment).

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Olivier Norek – Dans Les Brumes De Capelans

AU MENU DU JOUR


Titre : Dans Les Brumes De Capelans
Série : Victor Coste – Livre 4
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait six ans que Victor Coste a quitté la SDPJ 93 et disparu sans un mot d’explication. Six ans qu’il officie à Saint-Pierre sous le sceau du « Secret Défense » pour le compte du Service de Protection des Témoins. Sa mission : évaluer si des criminels repentis méritent une seconde chance, en échange des informations qu’ils sont susceptibles de livrer.

Quand la procureure Saint Croix, directrice du SPT, lui confie sa nouvelle mission Coste est déstabilisé. On lui confie une jeune femme qui a été détenue dix longues années par un tueur en série insaisissable. Son rôle : la faire parler afin d’identifier et de neutraliser celui qui a déjà tué neuf adolescentes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le simple fait que ce soit Olivier Norek suffirait à me convaincre de tout lâcher pour me ruer sur son nouveau roman. Cerise sur le gâteau c’est aussi le grand – et très attendu – retour de Victor Coste.

Ma Chronique

Je pense pouvoir affirmer sans l’ombre d’une hésitation que Victor Coste était certainement l’un des personnages (sinon LE personnage) de fiction que j’avais le plus hâte de retrouver. Faut dire qu’à la fin de Surtensions, le gars n’est pas franchement au mieux de sa forme (et il y avait de quoi être dévasté)…

Avant d’entrer dans le vif du sujet je vais lever le voile sur la question récurrente quand on souhaite se lancer dans une série littéraire : faut-il avoir lu les précédents romans avant de lire celui-ci ? Il est vrai que ce quatrième opus est complètement différent des précédents, mais pour apprécier pleinement la situation de Coste, je reste convaincu qu’il vaut mieux avoir lu la Trilogie 93 avant d’attaquer celui-ci. C’est la meilleure façon de réaliser le lien qui l’unissait à son groupe de la SDPJ 93. D’autre part si vous lisez ce roman avant d’avoir lu Surtensions, vous plomberez toute l’intensité émotionnelle du final.

On oublie les banlieues du 9-3 pour poser ses valises à Saint-Pierre. J’en vois déjà qui pensent au soleil de la Martinique ou de la Réunion, rangez vos crèmes et lunettes solaires ! La nouvelle vie de Coste se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon (sortez les doudounes, les bonnets et les gants !).

Officiellement Coste est chef de la Police Aux Frontières, un chef peu présent pour son équipe, puisque cette fonction n’est qu’une couverture visant à dissimuler son véritable rôle au sein du tout récent Service de Protection des Témoins. Un rôle taillé sur mesure puisqu’il consiste à bosser en solitaire et dans le plus grand secret.

Ça ne pourrait mieux tomber vu que Coste est devenu du genre plutôt taiseux, il vit en ermite dans une résidence de fonction hypersécurisée. Ses seuls contacts non professionnels avec l’extérieur sont son vieux voisin, Armand, et sa petite-fille, Esther. Et ils ont dû s’armer de patience avant que le flic ne baisse sa garde.

Et v’là t’y pas que sa boss, la procureure Saint Croix, lui balance dans les pattes une jeune femme dont il doit gagner la confiance afin de la faire parler. Comme lui, Anna est une grande blessée de la vie. Disparue du domicile familial à l’âge de 14 ans, elle était considérée comme fugueuse. Jusqu’à ce que la police la retrouve, dix ans plus tard, captive d’un tueur en série qui tient la police en échec tout en multipliant les meurtres d’adolescentes.

La procureure Saint Croix espère secrètement que la cohabitation entre ces deux âmes en peine fonctionnera comme une sorte de réparation réciproque…

J’en vois déjà qui se disent que j’ai dû abuser d’œufs Kinder et qu’une méchante bestiole a pris le contrôle de mon neurone, me poussant à vous raconter tout le bouquin. Rassurez-vous il n’en est rien, pas de chocolats Kinder parfumés à la salmonelle au programme (mon fournisseur de chocolat Ferrero fait venir ses produits d’Australie… et je préfère de loin les rochers aux œufs), pas non plus de spoiler à outrance (la preuve, j’arrête là) !

Ce roman aurait pu constituer une sorte de second départ pour Victor Coste, mais le gars est loin d’être réparé quand on le retrouve. On est plutôt dans une vague tentative de rafistolage, genre j’érige une carapace autour de ma personne et de ma vie afin de ne rien casser de plus… mais ce qui était déjà cassé n’est pas pour autant réparé.

Dans ce roman Olivier Norek ne laisse rien au hasard, chaque personnage, chaque élément du récit (même le plus anodin) trouve sa place pour faire avancer l’intrigue.

L’essentiel de l’intrigue est bien entendu porté par le duo formé par Victor et Anna. Deux âmes brisées qui vont devoir apprendre à se faire confiance. Mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant des faire-valoir, à commencer par le tueur traqué aussi bien par les enquêteurs en Métropole que par Coste à Saint Pierre. Un autre duo permettra à Victor et Anna d’aller de l’avant, il s’agit bien entendu d’Armand et d’Esther. Armand passionné de criminologie s’ennuie un peu sur ce caillou qui n’a connu que trois véritables affaires criminelles. Même les flics de la police aux frontières – qui doutent sérieusement de leur nouveau chef – et les gendarmes (une en particulier) vont permettre de faire avancer l’intrigue.

Enfin l’île de Saint-Pierre (et son climat, dont les fameuses brumes qui font office de titre) est quasiment à considérer comme un personnage à part entière. On sent bien que Olivier Norek a eu un gros coup de foudre pour ce petit coin de France perdu au milieu de l’Atlantique Nord.

L’intrigue n’est pas forcément la plus intense qui soit au niveau du rythme (même si je vous garantis certaines poussées d’adrénaline), elle est toutefois rondement menée et psychologiquement éprouvante. Une fois de plus l’auteur démontre qu’il n’a pas son pareil pour renverser une situation. Et une fois encore l’humain et les relations humaines (dans toute leur complexité) seront la clé de voûte du récit.

Un retour attendu qui s’est révélé largement à la hauteur de mes attentes, Olivier Norek fait du neuf avec du vieux en proposant à Victor Coste de relever des défis jusqu’alors inédits pour lui. Pas moyen de tergiverser, il lui faut la totale : 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing).

Pour l’anecdote, Saint-Pierre et Miquelon fait partie des destinations futures possibles si un jour nous devions quitter la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas à l’ordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais, mais SP&M était un point de chute que nous avions retenu.

PS : aucun animal n’a été maltraité au cours du présent roman, au contraire Olivier Norek se rachète en soulignant l’action au service de la cause animale de l’association SPM3A (Saint-Pierre-et-Miquelon Aide Aux Animaux).

PPS : il y a bien un spécimen que Victor va prendre un malin plaisir à dérouiller, mais lui nous n’avons aucune envie de le prendre en pitié, au contraire…

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Christophe Agnus – L’Armée D’Edward

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Titre : L’Armée D’Edward
Auteur : Christophe Agnus
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
514 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « Armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’à force de lire des critiques très positives, voire franchement dithyrambiques, il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur ce bouquin qui était passé entre les mailles de mes vigilances.

Et forcément quand Yvan, Aude et The Cannibal Lecteur sont emballés, je ne vois pas comment je pourrai résister plus longtemps !

Ma Chronique

Alerte générale ! POTUS a été enlevé !!! Non POTUS n’est pas mon doudou favori (je vous rassure, je n’ai pas de doudou). Ce n’est pas non plus le caniche de tata Odette (je n’ai pas non plus de tata Odette… ni de caniche). POTUS n’est autre que Mick Faeker, le président des États-Unis (President Of The United States).

Ainsi commence le roman de Christophe Agnus. Pour un premier roman l’auteur place la barre haut et s’attaque à un genre assez peu répandu au sein de la sphère littéraire francophone : le techno-thriller. Un défi doublement couillu pour se lancer dans l’arène, mais un défi remporté haut la main !

Il faut dire que ce brave (pas si brave que ça) POTUS n’est pas le seul à s’être mystérieusement volatilisé. Dix-neuf autres personnalités de différents milieux (politique, économie, spectacle) ont disparu par le monde. Qui se cache derrière une opération d’une telle envergure ? Et quelles seront ses revendications ?

Ces actions chocs sont revendiquées par l’Armée d’Edward (que les midinettes en rut dégoulinantes de guimauve renfilent leurs culottes à fleurs, rien à voir avec le vampirique Edward Cullen), une organisation jusqu’alors inconnue dirigée par un certain Omen et disposant de moyens quasiment illimités.

D’entrée de jeu Christophe Agnus redistribue les cartes, les méchants terroristes / kidnappeurs sont les vrais gentils de l’histoire, leurs victimes, les autorités et les agences de renseignements endossent (une fois n’est pas coutume) le costume des méchants. Et le pire c’est que ce tour de passe-passe ne choque pas outre mesure, on se prend au jeu, pour une fois on a vraiment envie que ce soient les supposés terroristes qui gagnent la partie.

Dans le même ordre d’idée, si tout ne semble pas toujours crédible, la plume de l’auteur sait y faire pour que l’on ait juste envie de se laisser guider par l’intrigue, sans chercher à creuser la faisabilité ou non de tel ou tel point de détail.

Si l’Armée d’Edward réserve un traitement spécial à Mick Faeker, c’est surtout pour qu’il prenne conscience des inepties de sa politique. Il faut dire que le gars est très inspiré par un certain Donald ‘Cheezel‘ Trump, qui a lui aussi occupé la Mason Blanche le temps d’une mandature qui n’a pas laissé que des bons souvenirs aux américains (et accessoirement aux autres aussi).

Les autres kidnappés seront regroupés sur une île du Pacifique avec le strict minimum pour assurer leur survie : des abris rudimentaires, de l’eau, du riz et les ressources naturelles à disposition. Ça ne vous rappelle pas vaguement quelque chose ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Koh Lanta, le jeu de survie diffusé par TF1 et animé par Denis Brogniart. Et effectivement nos apprentis survivants vont être filmés H24, à l’insu de leur plein gré. Comme dans le jeu télévisé, confrontés à la survie, ce sont bien leurs instincts les plus primaires qu’ils laisseront s’exprimer.

Une intrigue qui fait la part belle aux nouvelles technologies, que ce soit l’Armée d’Edward ou les autorités et agences de renseignements, ils ne lésineront pas sur les moyens. Les uns pour espionner et anticiper les réactions de leurs adversaires, les autres pour essayer de comprendre tout ce qui se cache derrière une opération d’une pareille envergure.

Au-delà de l’action pure et dure (qui ne manque pas), il y aussi le message que porte cette fameuse Armée d’Edward, un appel au respect des lois en vigueur qu’il s’agisse de lutte contre la corruption ou de protection de l’environnement. Un message à portée écologique au sens noble du terme (loin de ses perversions politiques). Un message qui pousse le lecteur a encore plus d’empathie pour ces terroristes.

Il faut bien reconnaître que le traitement des personnages est un tantinet manichéen ; là où ça complote dans l’ombre à l’abri du Bureau Ovale, où les kidnappés se tirent dans les pattes (et plus si affinités), les rangs de l’Armée d’Edward opposent une solidarité à toute éprouve. Mais une fois encore, ce n’est pas grave, on accepte le topo les yeux fermés !

Alors oui ça a indéniablement quelque chose de jouissif de voir la plus puissante administration du monde et ses agences de renseignement tournées en ridicule, se faire égarer sur de fausses pistes parfois grosses comme une maison et avoir toujours un coup de retard sur leur adversaire.

Certes le roman n’est pas exempt de défauts mineurs, mais on les oublie rapidement pour se laisser porter par l’intrigue, sans doute parce qu’on a tout simplement envie d’y croire. Il n’en reste pas moins que pour un premier roman, Christophe Agnus réussi un véritable tour de force en imposant, de la première à la dernière page, un rythme de folie qui ne faiblira jamais. Du coup on enchaine les chapitres (un chapitre, une journée) pour en savoir toujours plus, et on dévore inlassablement les 500 pages du bouquin.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

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Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Brian Panowich – Vallée Furieuse

AU MENU DU JOUR


Titre : Vallée Furieuse
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2020)
432 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il est censé être de repos, l’agent du GBI Dane Kirby est appelé d’urgence par le FBI sur une scène de crime en Floride. Si Kirby est appelé hors de sa juridiction c’est parce que la victime est originaire de Géorgie et surtout qu’elle vient de rafler le pactole dans un championnat clandestin de combat de coqs.

Kirby va devoir faire équipe avec l’agent Roselita Velasquez, ensemble ils vont devoir remonter la piste de l’argent et identifier les auteurs du meurtre. Rapidement ils vont être amenés à s’intéresser au jeune frère de la victime, William Blackwell. Mais ils ne sont pas les seuls à le chercher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Brian Panowich et que son diptyque Bull Mountain envoyait du lourd…

Ma Chronique

Retour en Géorgie, et plus précisément dans le comté de McFalls, en compagnie de Brian Panowich. On aurait pu penser – espérer – qu’il y ferait bon vivre depuis que Bull Mountain a été débarrassé du clan Burroughs. C’était sans compter sur les Rockdale et leurs combats de coqs aussi illégaux que lucratifs.

Et justement lors du dernier grand tournoi (le slasher pour les initiés), un petit malin a réalisé l’impossible en raflant le pactole grâce à une improbable martingale. Si Eddie Rockdale l’a mauvaise, il fait toutefois contre mauvaise fortune bon cœur… au moins en apparence. Ce n’est pas le cas d’un duo de Philippins qui a perdu gros dans l’histoire et qui ne compte pas en rester là… ça va saigner !

Si on se retrouve en terrain connu et avec des personnages déjà croisés dans Bull Mountain et / ou Comme Les Lions (notamment Darby Ellis, devenu shérif et Dane Kirby), Vallée Furieuse n’est pas directement lié aux précédents romans ; on repart sur des bases nouvelles (saines n’est vraiment pas un mot adapté au contexte).

Si l’ambiance générale de l’intrigue est moins sombre que dans les précédents romans de l’auteur, ce n’est pas pour autant une promenade de santé. Ça envoie du lourd quand même, ça défouraille à tout va, ça saigne et ça meurt (la vie ne tient qu’à un fil dans le nord de la Géorgie). Ajoutez à cela un duo d’enquêteurs que tout oppose, lui le flic de la cambrousse, elle l’agente du grand FBI, arrogante et prétentieuse. Saupoudrez le tout d’un soupçon de corruption et d’une pointe de trahisons. À déguster sans modération !

Contre toute attente c’est aussi un roman qui accorde une place de premier choix à l’amour à travers plusieurs romances. J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, rassurez-vous on est bien loin d’une guimauve à l’eau de rose façon Barbara Cartland.

Les personnages, même s’ils sont parfois aux portes du cliché (je pense notamment aux agents du FBI façon Men in Black), sont bien travaillés avec leurs forces et leurs faiblesses. À commencer par Dane Kirby, avec l’âge son travail de bureau lui convient parfaitement, tout irait pour le mieux s’il ne venait pas d’apprendre qu’il a un cancer. Et le voilà obligé de retourner sur le terrain avec une sale affaire dans les pattes et une partenaire pas vraiment facile à vivre.

Il faut dire que l’agent Roselita Velasquez n’a pas son pareil pour se rendre antipathique dès le premier regard… et ça ne s’améliorera pas vraiment au fil des chapitres. Une vraie tête à claques que l’on arrive, presque malgré nous, à apprécier.

Face à eux, outre le clan Rockdale (des gens peu fréquentables… vaut mieux les laisser faire mumuse avec leurs poulets), un duo de Philippins qui cherche à récupérer le pactole du slasher mais aussi à mettre la main sur la poule aux œufs d’or, William Blackwell.

Le jeune William est un autiste Asperger passionné par les oiseaux et doué à la fois d’un remarquable sens de l’observation et d’une intelligence hors norme. C’est le mélange de ces trois éléments qui ont permis à son frère et à son associé, de remporter la totalité des gains au slasher.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés sur le bas-côté, Brian Panowich leur accorde la même attention afin de dépeindre au mieux leur personnalité.

Si globalement je le placerai un cran en dessous de ses aînés, ça reste un très bon roman noir, avec une intrigue parfaitement maîtrisée malgré quelques ficelles un peu grosses. On se laisse volontiers entraîner dans un récit mené à un rythme d’enfer. Difficile de le lâcher une fois qu’il vous aura ferré… et tout est fait (et bien fait) pour que l’on gobe l’appât dès les premières pages.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – L’Enfant Dormira Bientôt

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Enfant Dormira Bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour deux nouveau-nés sont enlevés dans deux maternité différentes. L’affaire est confiée à la commissaire divisionnaire Jeanne Muller et son équipe. La consigne du préfet est sans équivoque : il faut agir vite, retrouver le (ou les) coupable(s) et rendre les bébés à leurs parents… tout ça avant que la psychose ne s’installe.

Plus facile à dire qu’à faire quand la police ne dispose d’aucun indice et que rien ne semble relier les victimes. Rien ? À part le fait que les deux couples ont été candidats à l’adoption avant une grossesse inespérée ; ils sont passés par la fondation Ange, dirigée par Michel Béjart.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est François-Xavier Dillard, un auteur que j’ai découvert il y a peu mais dont les deux derniers titres m’avaient fait forte impression.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver la commissaire Jeanne Muller, un flic atypique rencontré dans le précédent roman de l’auteur : Prendre Un Enfant.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce nouveau roman, François-Xavier Dillard, place de nouveau l’enfant au cœur de son récit, qu’il s’agisse d’adoption, de maternité, d’infanticide (plus précisément de néonaticide) ou encore de la relation de l’enfant au(x) parent(s). Comme vous pouvez vous en douter, sous la plume de l’auteur, ce sont les aspects les plus noirs de ce vaste thème qui seront mis en avant. Ajoutez à cela une touche de culpabilité, un soupçon de rédemption et une pointe de vengeance afin d’épicer encore davantage le récit.

La scène d’ouverture donne tout de suite le ton. Elle est d’un réalisme à couper le souffle, la souffrance de l’homme qui découvre l’indicible est restituée avec une incroyable justesse. Un premier chapitre qui vous glacera les sangs et vous plongera dans l’horreur la plus abjecte qui soit.

Dans un premier temps l’intrigue se divise en plusieurs arcs narratifs distincts. Le premier suivra bien entendu l’enquête de Jeanne Muller et de son équipe autour de ce double enlèvement de nouveau-nés. Puis l’on va s’intéresser à Michel Béjart – l’homme du premier chapitre – qui cohabite tant bien que mal avec son fils, Hadrien, lourdement handicapé à la suite de l’accident de voiture survenu alors que sa mère prenait la fuite avec lui. Enfin on se pencher sur le cas d’une femme visiblement perturbée et en permanence sur le qui-vive – pas besoin d’avoir fait Normale sup pour comprendre qu’il s’agit de l’ex-épouse de Béjart et de l’auteure des enlèvements. Enfin, il y a Samia, une jeune femme que Jeanne Muller a sorti du cercle vicieux de la prostitution avant de la confier à un couple qui doit lui permettre de mieux se réintégrer… mais pas facile d’échapper à son passé.

De prime abord le fil rouge semble évident mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir brouiller les cartes et surprendre le lecteur avec quelques révélations totalement inattendues… et ce jusqu’au clap de fin. Je n’aurai qu’un conseil à vous donner si vous vous lancez dans ce bouquin, ne vous fiez pas aux apparences !

Si vous avez lu Prendre Un Enfant, le précédent roman de François-Xavier Dillard, vous connaissez déjà la commissaire Jeanne Muller et sa personnalité très marquée. Pour les autres, attendez-vous à faire connaissance avec un flic totalement atypique qui piétine allégrement les plates-bandes du politiquement correct et du bio-éco-bobo. Sa voiture, une Maserati Gran Turismo, pétaradante et fumante, a de quoi faire tourner de l’œil les braves gens qui ne jurent que par l’électrique ou l’hybride. Et ne lui parlez surtout pas de cigarette électronique, elle serait plutôt du genre à allumer sa clope au mégot de la précédente.

Je ne vous répéterai pas une fois de plus ma ritournelle affirmant que pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut des personnages crédibles et traités en profondeur (ah bin si, je viens de le faire). Le fait est que la mécanique imaginée par François-Xavier Dillard est implacable ; sa clé de voûte étant la relation amour / haine qui lie Michel et Hadrien.

On sort ébranlé (ne pas oublier le é… sinon ça ne fait pas le même effet) d’une telle lecture, d’autant que les ultimes révélations vos feront l’effet d’un coup de massue. L’une d’elle remettant même radicalement en cause la perception du lecteur vis-à-vis des acteurs du drame.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

AU MENU DU JOUR


Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double