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[BOUQUINS] Alan Moore & Dave Gibbons – Watchmen

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Titre : Watchmen
Scénario : Alan Moore
Dessin : Dave Gibbonx
Éditions : Urban Comics / DC Comics
Parution : Delcourt (1998) / Urban Comics (2012)
Origine : États-Unis (1986)
464 pages

De quoi ça cause ?

Quand le Comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête. Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire. Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Ma Chronique

J’avais lu il y a quelques années ce roman graphique signé Alan Moore et Dave Gibbons, cette nouvelle édition (intégrale des 12 épisodes suivie d’une cinquantaine de pages de bonus sur la genèse de Watchmen et ses personnages) est l’occasion de redécouvrir l’incroyable richesse de ce récit.

Initialement diffusé aux États-Unis au rythme d’un épisode mensuel entre septembre 1986 et octobre 1987 pour DC Comics, le public français devra attendre 1992 pour découvrir la série proposée en 6 tomes par les éditions Zenda. Toutefois ce sont les éditions Delcourt et leur édition intégrale proposée en 1998 qui lancera vraiment le phénomène Watchmen en France.

Jamais le terme roman graphique n’aura été aussi approprié, Watchmen est bien plus qu’une BD améliorée. Déjà par l’épaisseur de la chose (plus de 460 pages et plus d’un kilo six… bien que possédant la version papier je me suis rabattu sur une édition numérique en haute définition).  Mais c’est surtout la richesse et la densité de l’intrigue qui place Watchmen et le scénario imaginé par Alan Moore à la hauteur de meilleurs romans d’anticipation.

Alan Moore voulait proposer une histoire du super-héros qui se détache de l’univers de DC Comics et qui offrirait une approche totalement inédite. Un pari qu’il remporte haut la main et qui lui laisse une totale liberté d’action dans « son » monde.

C’est dans notre monde qu’il situe son intrigue, mais un monde revisité par une approche à la fois uchronique et dystopique. L’intrigue débute en 1985 aux États-Unis – les USA ont gagné la guerre du Vietnam, le président Nixon a modifié la constitution afin de pouvoir se faire réélire encore et encore –, les tensions avec la Russie sont à leur apogée, à tel point que le monde est aux portes d’un conflit nucléaire.

Une loi votée en 1977 interdit l’action des justiciers masqués. Seuls deux d’entre eux continuent malgré tout d’œuvrer. Le Comédien officie pour le compte du gouvernement, tandis que Rorschach agit dans l’ombre, en totale illégalité. Les autres ont rangé leurs costumes, plus ou moins désabusés.

Ladite loi ne s’applique pas à Dr Manhattan, le seul véritable super-héros du roman aux pouvoirs quasiment illimités. Il faut dire que Dr Manhattan fait partie intégrante de la force de dissuasion face à la menace soviétique.

Alan Moore revisite le mythe du justicier en y incorporant une grosse dose d’humanité. Ses personnages sont tourmentés (pour ne pas dire torturés pour certains), ils doutent et se remettent en question (la légitimité de leur action… ou de leur inaction), ils éprouvent des sentiments 100% humains et les assument à 100%.

Pour l’anecdote, au départ Alan Moore souhaitait utiliser des personnages créés dans les années soixante par Charlton Comics. Pour des questions de droits il renoncera à son idée, se contentant de s’inspirer des personnages de Charlton pour créer les siens.

L’intrigue va donc s’articuler autour de l’enquête de Rorschach et consorts, mais aussi sur l’étendue progressive de la situation internationale qui devient de plus en plus explosive. De nombreux flashbacks viendront mettre ne lumière le passé des personnages. Ajoutez à cela une histoire de pirates qu’un jeune lit devant le kiosque d’un marchand de journaux. Histoire dessinée par un graphiste porté disparu depuis quelques années, comme d’autres figures majeures du monde culturel.

Vu comme ça c’est clair que ça peut paraître un peu décousu, et parfois ça le sera à la lecture, mais soyez assuré que Alan Moore n’a rien laissé au hasard. De même aucun élément de son intrigue n’est là pour combler un vide, chaque est à s place, là où il faut, quand il le faut.

Chacun des douze chapitres se termine par quelques pages de bonus (extraits du journal de Rorschach, coupures de presses, notes diverses…) qui viennent encore étoffer le contexte ou les personnages.

Le dessin de Dave Gibbons sert parfaitement le scénario imaginé par Alan Moore, le trait est fin et précis, il joue habilement avec la luminosité et les contrastes.

Cerise sur le gâteau, Urban Comics a renoué avec la traduction originale de Jean-Patrick Manchette. En effet depuis 2007 la traduction avait été révisée à la demande de Panini… Un choix plus que discutable à en juger par la réaction de nombreux fans. Ne connaissant que la version de Jean-Patrick Manchette, je ne me prononcerai pas sur le sujet, mais je peux tout de même affirmer que le texte est un régal à lire.

Après plus de 400 pages on pourrait être tenté de parcourir en diagonale les bonus inédits proposés par cette intégrale ; ça n’a pas été mon cas et je n’ai aucun regret, c’est presque aussi captivant de découvrir la genèse du projet et de ses personnages que de lire le bouquin.

Watchmen reste une œuvre culte totalement intemporelle. Je ne mentirai pas en vous disant que j’ai encore plus apprécié ce bouquin à l’occasion de cette redécouverte que lors de ma première lecture, question de maturité sans doute… Un must have pour tout amateur d’anticipation, je suis convaincu que ce bouquin saura convaincre même les plus réticents face à un support graphique.

MON VERDICT

Coup double

PS : vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai décidé de relire ce bouquin alors que mon Stock à Lire Numérique déborde de toutes parts (si vous vous en foutez comme de l’an mil, je ne vous en voudrais pas).
D’une part parce qu’on m’a offert cette intégrale Urban Comics et que je m’étais promis de relire Watchmen pour en proposer une chronique à la hauteur de ce qu’il est (tout en restant le modeste rédacteur / blogueur que je suis).
D’autre part parce que je me suis offert Doomsday Clock, un roman graphique édité par Urban Comics qui fait le pari audacieux de combiner les univers de Watchmen et ceux des classiques de DC Comics (Superman, Batman…).

 
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Publié par le 16 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cédric Cham – Mort A Vie

AU MENU DU JOUR


Titre : Mort A Vie
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Pour protéger son jeune frère Eddy, Lukas endosse la responsabilité d’un accident ayant causé la mort d’un jeune piéton. Interpellé et placé en détention provisoire, il va découvrir un univers dont il était d’imaginer la dureté.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham, dans chacun de ses romans il excelle à décrire la noirceur de l’âme humaine et nous mitonne des intrigues qui font mouche à tous les coups.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman Cédric Cham impose encore un peu plus sa griffe dans le paysage de la littérature noire française (et francophone). Une fois de plus il nous propose un roman dans lequel l’intrigue se teinte certes du noir le plus obscur mais est portée par des personnages profondément humains (pour le meilleur… et pour le pire).

Le meilleur c’est Lukas qui accepte d’endosser la responsabilité d’un accident (dont il ignore pourtant les circonstances et les conséquences) causé par son jeune frère, Eddy. Un choix qu’il fait au détriment de sa propre vie, au risque de voir imploser son cocon familial (il est marié et a une fille en bas âge) et son avenir professionnel.

Un choix qui va le confronter au pire, à savoir l’emprisonnement, avec ses règles, ses codes (écrits ou non). À force de côtoyer la noirceur à longueur de temps et d’accepter certaines concessions (surtout vis-à-vis de soi-même et de sa conscience) pour assurer sa survie, c’est son âme et sa personne qui vont peu à peu se déliter. Une extinction que ne pourront empêcher les rares (et donc précieuses) relations plutôt amicales qu’il nouera en prison.

La description de l’univers carcéral est d’un réalisme glaçant, un univers que Cédric Cham connaît bien puisqu’il est dans l’administration pénitentiaire. Je crains malheureusement qu’il ne noircisse pas le tableau… nul doute que la réalité dépasse la fiction.

Le pire c’est Eddy, le frère cadet. Rien dans le personnage n’a réussi à me faire éprouver la moindre empathie pour lui. Clairement le genre de gars qui ne mérite pas que l’on détruise sa vie pour lui. Les liens du sang je veux bien, mais quand tu choisis de vivre en marge tu assumes ma poule et tu viens pas pleurnicher pour qu’on sauve tes miches une fois que la ligne jaune a été franchie.

Non content de foutre sa propre vie en l’air avec des choix toujours plus foireux les uns que les autres et des relations à l’image du milieu qu’il fréquente, il perverti et entraîne dans sa chute ceux qui ont le malheur de lui accorder un semblant de confiance (et plus si affinités).

L’auteur accorde le même soin à l’ensemble de ses personnages, pour chacun il développe une personnalité et un vécu. Ça ne nous les rend pas forcément attachants ou sympathiques (Eddy n’est pas le pire dans la catégorie des bad boys), c’est plutôt une façon réussie de nous rappeler que c’est ainsi qu’est fait et que fonctionne notre monde.

Il sera donc question d’enfermement avec les deux frères (Lukas incarcéré et Eddy empêtré dans sa connerie), de relations humaines (liens du sang, vie de couple, vie de famille, amis – les vrais comme les faux – mais aussi de relations de soumission – à l’autorité ou à la force –), de vengeances (au pluriel, oui)…

Sur la forme Cédric Cham reste fidèle à ses habitudes, une écriture et un style qui vont à l’essentiel, des chapitres courts ; tout est fait pour privilégier le rythme et ne pas égarer le lecteur. Certains pourront trouver cela un peu simple, pour moi ça contribue justement à nous plonger en totale immersion dans son récit. Une immersion qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et devrait occasionner quelques poussées d’adrénaline.

Une fois de plus je referme le bouquin en ayant l’impression d’avoir pris une rafale d’uppercuts dans la gueule. Et le pire c’est que j’en redemande… mais d’abord je vais essayer de reprendre mes esprits et mon souffle.

MON VERDICT

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Publié par le 10 août 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

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Publié par le 23 juillet 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Patrick Senècal – Flots

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Titre : Flots
Auteur : Patrick Senécal
Éditeur : Alire
Parution : 2021
Origine : Canada (Québec)
365 pages

De quoi ça cause ?

Quand Josée vient rendre visite à sa sœur, Maryline, elle ne trouve que sa nièce, Florence, 8 ans, seule dans la maison. Après avoir attendu un éventuel retour des parents, Josée, inquiète, finit par contacter la police. Pendant tout ce temps, Florence reste mutique.

Nul n’imagine encore l’indicible vérité, celle que Florence raconte par le détail dans son journal intime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Patrick Senècal, après avoir lu Faims, je m’étais promis de poursuivre ma découverte de son univers littéraire. J’ai raté le coche à plusieurs reprises avant de réussir à m’accrocher à son dernier wagon en date.

Parce que je n’ai pu résister à l’attrait de cette couv’ plus que prometteuse.

Ma Chronique

Tant qu’à lire un auteur québécois, autant opter pour une édition québécoise de son roman histoire de profiter pleinement de verbe chantant à l’accent de Caribou. Il est vrai que pour les amateurs il n’y a pas souvent d’autres options, sur la vingtaine de titres écrits par Patrick Senécal seuls quatre ont bénéficié d’une édition made in France (Aliss, Les 7 Jours Du Talion, Le Vide et Hell.com). Pas de regrets pour ma part, cette couleur « locale » supplémentaire apporte un vrai plus à la lecture… et l’on s’y habitue très rapidement sans effort (si vraiment ça coince sur certains termes ou expressions, je vous invite  à consulter le lexique proposé par le site dufrançaisaufrancais).

J’ai remarqué, même cela reste un ressenti purement personnel, que les auteurs québécois étaient davantage décomplexés par rapport à la littérature horrifique que nos auteurs français ; peut-être est-ce dû à l’influence des auteurs américains qui assument totalement ce genre. Quand je vois des séries comme Cobayes ou Les Contes Interdits (les deux attendent leur tour dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique), ou même le présent roman, j’ai du mal à imaginer la même chose écrite par un auteur français… en tout cas pas de manière aussi « libérée ».

Il faut dire que Patrick Senècal fait un choix plutôt audacieux pour son nouveau roman, son héroïne, Florence, est une enfant de 8 ans qui a un mode de pensée dénué de toute empathie et qui, de fil en aiguille, va la transformer en véritable psychopathe.

Une gamine d’apparence tout ce qu’il de plus banale et innocente qui vit dans une famille qui semble tout aussi normale. C’est vrai que papa et maman se chicanent de temps en temps et que Florence trouve ça plate. Parfois le ton monte, et Papa cogne maman, ça fait chier Florence, mais finalement pas tant que ça.

Maryline, la mère, est nostalgique de son ancienne carrière de mannequin, elle noie parfois son chagrin dans l’alcool, mais cela ne l’empêche pas de surprotéger Florence et d’entretenir une relation très complice avec elle.

Sebastien, le père, gère tant bien que mal la supérette (dépanneur en québécois dans le texte) située au rez-de-chaussée de la maison familiale, mais les temps sont durs. Un brin parano à tendance complotiste, l’émergence de la crise sanitaire du Covid-19 n’arrangera pas son humeur.

Le reste de l’univers de Florence tourne autour de l’école et de ses amies, ainsi que de ses cours de piano, assurés par Mme Lemaire, une vieille dame aveugle. Normal, quoi.

Le roman s’ouvre donc sur l’arrivée de tante Josée qui vient rendre visite à sa sœur (Maryline) inquiète d’être sans nouvelles depuis plusieurs jours. Sauf qu’en arrivant elle trouve Florence seule à la maison, prostrée dans le canapé et mutique.

La structure du roman alterne entre les chapitres « actuels » relatant l’intrigue depuis l’arrivée de Josée chez sa sœur et le journal intime de Florence qui décrit avec force détails les événements qui se sont déroulés les jours précédents.

L’auteur passe donc d’une vue à la troisième personne écrite dans un style et une vision des événements très adultes, à une vue à la première personne (Florence) qui raconte son quotidien avec un curieux mélange d’innocence propre à son âge et sa perception très personnelle des faits. Un exercice de style que Patrick Senècal maîtrise à la perfection, on y croit à 200% !

Pour en revenir à ce que je disais en ouverture de cette chronique quant au choix de lire ce roman dans sa version d’origine, il me semble encore plus important présentement. L’emploi du québécois retranscrit au plus juste les émotions de Florence.

Les personnages sont traités avec beaucoup d’attention, le plus frappant étant de loin le gouffre qu’il y a entre les perceptions de Florence et celles de ses copines et copains. D’un autre côté heureusement que tous les gamins ne fonctionnent pas comme Florence !

Dès le départ on se doute bien que quelque chose a mal tourné et que Florence n’y est pas totalement étrangère, au fil des chapitres on découvre que la « réalité » va bien au-delà de tout ce que l’on avait pu imaginer. Le déroulé et le rythme de l’intrigue sont menés d’une main de maître, on est entraîné dans une spirale infernale dont on ne peut se détacher.

Un récit horrifique totalement assumé à l’ambiance délicieusement malsaine (dérangeante, déstabilisante… les qualificatifs ne manquent pas). À ne pas mettre entre toutes les mains (âmes sensibles s’abstenir) car Patrick Senécal n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les lecteurs friands du genre (dont je suis) se régaleront et dévoreront sans retenue le roman (ce que j’ai fait).

À la fin du roman, j’ai tiqué en voyant apparaître un personnage qui me semblait familier. Vérification faite Michelle Beaulieu est bien l’un des personnages du roman Faims ; c’est même un personnage plus ou moins récurrent dans les romans de Patricck Senècal depuis 5150, Rue Des Ormes, selon les circonstances elle peut jouer un rôle majeur dans le récit, ou se contenter d’un discret caméo.

MON VERDICT

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Publié par le 27 mai 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Noël Boudou – … Et Pour Le Pire

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Titre : … Et Pour Le Pire
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Vincent a 86 ans, il se définit lui-même comme un vieux con grincheux et alcoolique, à sa décharge il est mort de l’intérieur depuis 20 ans. Depuis que son épouse a été violée, torturée et tuée par trois jeunes complètement défoncés.

Après avoir purgé leur peine de 20 ans de prison, les assassins vont bientôt être libérés. Vincent compte sur leur retour dans le village pour appliquer sa propre justice, une vengeance qu’il rumine depuis 20 longues années…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Noël Boudou. Ses deux premiers romans m’avaient totalement emballé ; il me tardait de découvrir si l’adage « jamais deux sans trois » se confirmerait sous la plume de Noël.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Il paraît qu’on ne change pas une recette qui marche, si Noël Boudou reste dans le roman noir  – et il aurait tort de s’en priver, il excelle dans ce domaine –, son dernier roman … Et Pour Le Pire ne ressemble à aucun des précédents ; personnellement je n’hésiterai pas à affirmer qu’il ne ressemble à aucun autre roman que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

Certes la vengeance est un thème récurrent dans ce genre de roman, mais je n’avais encore jamais croisé de vengeur potentiel âgé de 86 ans – avec toutes les vicissitudes d’un âge aussi avancé –. Si le corps de Vincent Dolt, vengeur et narrateur de son état, n’a plus le répondant et l’ardeur de  sa jeunesse, la tête est toujours pleinement fonctionnelle (et un sens de la répartie des plus aiguisé).

Je suis un vieux con et personne à vingt kilomètres à la ronde ne vous dira le contraire.

Je suis vieux, je suis seul, je suis alcoolo, je suis une caricature.

Si le vieux bonhomme peut paraître antipathique de prime abord, on s’attache rapidement à son caractère de cochon et à sa personnalité. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la légitimité de sa soif de vengeance, mais je peux parfaitement la comprendre, au vu du calvaire subi par sa femme avant que celle-ci ne soit  achevée.

Puisque j’en suis à parler des personnages, je ne peux pas faire l’impasse sur les nouveaux voisins de Vincent, Bao, France et leurs deux enfants. Une sympathique famille qui s’avérera pleine de ressources pour aider Vincent à mener à bien sa mission vengeresse.

Au niveau intrigue, je ne vous surprendrais pas en vous annonçant que ça dépote grave. Une violence omniprésente qui pourra déranger certaines âmes sensibles, pour ma part du moment qu’elle est mise au service de l’intrigue cela ne me dérange pas outre mesure. Et c’est précisément le cas ici, aucune surenchère gratuite même si parfois l’hémoglobine coule à flots.

J’admets volontiers que niveau crédibilité, ça peut coincer parfois, mais pour être tout à fait franc  ça ne m’a pas dérangé outre mesure. J’y ai vu un côté décalé totalement assumé qui contribue à faire baisser la tension ambiante.

Avec ce nouveau roman Noël Boudou confirme l’adage « jamais deux sans trois », j’ai été totalement emballé une fois de plus. J’ai été embarqué dès les premières pages et après impossible de le lâcher, du coup j’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite.

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Publié par le 13 mai 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Franck Chanloup – Les Enchaînés

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Titre : Les Enchaînés
Auteur : Franck Chanloup
Éditeur : Au Vent des Iles
Parution : 2021
Origine : Nouvelle-Calédonie
221 pages

De quoi ça cause ?

1868, dans un petit village de la Sarthe. Victor Chartieu, entraîné par son père et son frère aîné, multiplie les petits larcins qui ne rapportent pas grand-chose. Jusqu’au jour où une agression tourne mal et se solde par la mort d’un notable.

Le père et ses deux fils sont rapidement arrêtés puis incarcérés au Mans. Convaincu par son père d’endosser le rôle de complice (alors qu’il faisait simplement le guet) à la place de son frère, Victor est condamné au bagne de Toulon avant d’être déporté vers la Nouvelle-Calédonie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je connais (virtuellement) Franck depuis quelques années, notamment via son blog littéraire Franck’s Books que je suis assidûment.

Ce roman sera peut-être l’occasion de passer du virtuel à une rencontre IRL, histoire d’échanger en terrasse autour d’une mousse bien fraîche.

Ma Chronique

De nombreux ouvrages existent sur le bagne en Nouvelle-Calédonie, mais j’avoue n’en avoir lu aucun sinon les chapitres consacrés au sujet du Mémorial Calédonien ou de L’Encyclopédie De La Nouvelle-Calédonie (écrite par feu mon père, Denis Marion). Ça m’a toutefois suffi pour me faire une idée des conditions particulièrement éprouvantes que devaient subir les déportés.

Un auteur calédonien, José Louis Barbançon, a consacré  quelques ouvrages dits « de référence » sur la question, mais le type m’insupporte tellement que la seule idée d’ouvrir un de ses bouquins me fout la gerbe.

Au niveau des fictions je n’ai pas été beaucoup plus inspiré, j’ai Le Grand Sud d’ADG qui traîne depuis des années dans mon Stock à Lire Numérique ; je l’ai commencé plus d’une fois, à chaque fois il me tombait des mains après quelques chapitres tellement sa lecture était insipide.

Il était toutefois hors de question que je passe à côté du bouquin de Franck Chanloup, même si nous ne nous connaissons que virtuellement (via nos blogs ou FB), j’ai beaucoup d’estime pour lui  et je ne pouvais lui faire l’affront de snober son premier roman publié (chapeau bas pour avoir franchi le cap de l’édition).

Je n’étais toutefois pas à l’abri de ne pas adhérer pour X raisons et ça m’aurait bien emmerdé (sans toutefois m’empêcher de rédiger une chronique… ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle envers moi-même). Heureusement dès les premières pages Les Enchaînés et le récit de Victor ont balayé mes doutes et appréhensions.

Comme le rappelle fort justement Franck, il n’est pas historien et n’a pas la prétention de se revendiquer comme tel. On devine toutefois, derrière ce roman, un gros travail de documentation afin que les différents éléments de son intrigue soient crédibles. Et ça fonctionne à la perfection !

Peut être qu’un historien chevronné trouvera à redire sur certains points, perso je ne cherche pas la rigueur historique quand je lis une oeuvre de fiction, il faut juste que les personnages, le contexte et les événements collent à l’époque. Une mission dont Franck s’affranchit haut la main.

Sur la forme, le récit est à la première personne, nous plaçant directement dans la peau de Victor et nous faisant vivre les faits avec ces mots. Et c’est là un autre point fort qui séduira les amoureux de la langue française, notre narrateur ne manque pas de gouaille et ponctue son propos d’un argot qui fait du bien aux oreilles et au coeur.

Au début de son récit, Victor apparaît comme un brave couillon qui se laisse entraîner, presque malgré lui, dans les plans foireux de son paternel. Mais c’est aussi un gars qui a le coeur sur la main, il ne rechignera pas à accepter le deal de son paternel. Ce dernier endosse l’entière responsabilité du meurtre (alors que c’est Alphonse, l’aîné qui a porté le coup fatal), Victor affirmera qu’il s’est contenté d’immobiliser la victime alors que le frangin faisait simplement le guet. Un deal qui condamne le vieux à une mort certaine, mais permettra à Alphonse, déjà bien estropié par une arrestation musclée, de rejoindre sa femme et son jeune fils.

C’est ainsi que Victor va se retrouver incarcéré au Mans dans l’attente de son procès. Procès qui le condamnera à une peine de neuf ans de bagne, à Toulon pour commencer, dans l’attente de sa déportation vers la Nouvelle-Calédonie.

Si Victor n’a pas inventé la poudre, son analyse des événements n’en reste pas moins pertinente, il sait poser les mots justes sur les faits pour nous les faire ressentir jusqu’au fond des tripes.

Avec lui on découvre la dure vie du bagne, de Toulon à Nouméa, avec notamment la cruauté de certains gardiens ou directeurs de centre. Heureusement le bagne est aussi, pour les détenus, de tisser de solides liens d’amitié.

Franck nous fait vivre intensément le périple de Victor, à peine le roman refermé qu’il me tarde déjà de découvrir la suite. Oui, vous avez bien lu, suite(s) il y aura ; Les Enchaînés est le premier épisode de la série que Franck Chanloup va consacrer à Victor. Et le sagouin sait y faire pour tenir ses lecteurs en haleine, la fin de l’épisode est plutôt abrupte, impossible de ne pas trépigner d’impatience dans l’attente du second épisode.

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Publié par le 3 mai 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Bernard Petit – La Traque

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B. Petit - La traque

Titre : La Traque
Auteur : Bernard Petit
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Toutes les forces de police de Belgique sont mobilisées et en alerte maximale.

Un ancien ministre, devenu un homme d’affaires de premier plan, a été enlevé. Les ravisseurs n’ont laissé aucun indice derrière eux, sinon un courrier laissant supposer une future demande de rançon.

Peu de temps après, un dangereux gang de fourgonniers (braqueurs de fourgons blindés) que la police traque sans succès depuis des années, frappe de nouveau. Un convoyeur a été tué, un flic blessé par balles est dans un état critique… l’argent a disparu avec les braqueurs.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’un roman policier écrit par un ancien flic est bien souvent un gage de qualité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Impossible de vous parler de ce roman sans vous dire quelques mots sur son auteur.

Bernard Petit intègre les forces de police en 1983 en tant qu’inspecteur, il connaître une ascension fulgurante et une carrière sans fausse note qui lui vaudront d’être nommé à la tête de 36 Quai des Orfèvres en 2013. En 2015, après 38 années passées de service, il est limogé et mis en examen pour avoir violé le secret professionnel.

Il ne m’appartient pas de juger du bien-fondé ou non de de l’accusation et de la sanction (Bernard Petit a toujours nié les faits qui lui sont reprochés) ; force est toutefois de reconnaître que, quand on creuse un peu autour de cette affaire, il subsiste pas mal de zones d’ombres et d’incertitudes.

Fin de la parenthèse. Venons-en à l’objet du délit, à savoir le premier roman de Bernard Petit… roman policier, cela va sans dire !

L’auteur nous invite à une longue et sanglante traque qui va s’étaler dans le temps (sur plusieurs années) et dans l’espace (essentiellement entre la France et la Belgique… mais pas que). Une traque qui obligera les différentes forces de police à passer outre les différents / désaccords / tensions afin d’œuvrer ensemble au démantèlement du gang des fourgonniers.

Il m’a fallu un peu de temps pour réussir à me poser mes marques parmi les nombreux intervenants policiers (quelle brigade ? quel pays ? avec qui ?), mais finalement chacun a rapidement trouvé sa place dans mon esprit.

Une galerie de flics aux profils divers et variés, il y a ceux qui filent droit dans leurs bottes et dans le respect des règles, ceux qui contournent plus ou moins fortement lesdites règles afin de faire avancer leur enquête et ceux qui franchissent allègrement la ligne blanche avec pour unique mot d’ordre leur profit personnel.

Dépeindre le quotidien de ces flics au cœur de l’action permet aussi à l’auteur de pointer bon nombre de disfonctionnements du système. Les chefs de groupe doivent composer avec un effectif insuffisant, les coupes budgétaires, les tracasseries administratives ou procédurières. Sans parler d’une mission souvent parasitée par les consignes visant à gonfler artificiellement les stats d’efficience afin de faire plaisir aux ronds-de-cuir (procureurs, préfets, ministres).

Bernard Petit aurait pu faire dans la facilité en opposant à « ses » flics, des braqueurs bourrins et sanguinaires. Certes ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes pour arriver à leurs fins ou neutraliser une menace, mais j’ai bien aimé l’esprit de groupe qui soudait le gang.

Le roman va au-delà d’un simple jeu du chat et de la souris entre gentils flics et méchants braqueurs. Il donne aussi de la voix à ceux et celles qui sont entraînés dans la spirale. Du côté des flics la difficulté de concilier une vie de couple normale et les impératifs de leur métier. Du côté des braqueurs c’est l’incertitude des compagnes au départ de chaque nouvelle opération.

Comme chez Olivier Norek, Didier Fossey ou Christophe Guillaumot, la plume de Bernard Petit est d’un réalisme époustouflant. Il reconnaît volontiers s’être inspiré de plusieurs véritables affaires criminelles pour construire son intrigue, on l’aurait deviné tant le roman dégage une impression de « vécu ». Au-delà du jargon et des procédures, il n’y a que ceux qui ont connu cette réalité qui peuvent la retranscrire aussi bien au travers l’humanité des personnages que via la violence des faits.

J’ai littéralement dévoré les 400 pages du bouquin, impossible de le lâcher tellement je voulais en connaître l’issue. Pour un premier roman l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu. Aucun bémol majeur à signaler, j’ai été conquis de bout en bout. J’espère vraiment que Bernard Petit ne compte pas s’arrêter à ce coup d’essai. Je suis fier de crier haut et fort que La Traque m’a fichu une sacrée claque !

MON VERDICT
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Publié par le 10 février 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Laurent Malot – Que Dieu Lui Pardonne

AU MENU DU JOUR

L. Malot - Que Dieu lui pardonne

Titre : Que Dieu Lui Pardonne
Auteur : Laurent Malot
Éditeur : XO
Parution : 2021
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Maya, 17 ans, s’est installée à Fécamp, loin de ses parents, pour prendre un nouveau départ et se reconstruire.

Dans l’appartement voisin du sien, quatre enfants, de six à douze ans, vivent sous la coupe d’un beau-père violent. Une situation qui renvoie Maya à son propre vécu et ne peut la laisser indifférente…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’étais curieux de voir comment Laurent Malot allait s’en sortir avec un sujet aussi fort que sensible.

Parce que toutes les occasions de pointer du doigt les ordures qui se défoulent sur leurs compagnes et/ou leurs gosses sont bonnes à saisir.

Ma Chronique

Je remercie les XO éditions et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connaissais Laurent Malot en tant qu’auteur de romans policiers (même si je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire), j’étais curieux de découvrir par quel type d’approche l’auteur allait aborder une intrigue ayant pour thème central la maltraitance des enfants.

Si je partais légèrement sceptique, force est de reconnaître que l’auteur a réussi à balayer mes doutes dès les premières pages. Il faut dire qu’en optant pour un récit à la première personne qui nous place dans la peau de Maya, Laurent Malot fait un pari audacieux qu’il remporte haut la main.

Impossible pour le lecteur de rester insensible face à cette « gamine » contrainte de grandir trop vite du fait d’un père abusif. Une réalité qui va s’imposer à elle comme une obligation par la suite ; une réalité qu’elle ne cherchera jamais à fuir mais affrontera plutôt toujours avec un courage à toute épreuve.

Une adolescente qui va se battre contre les préjugés et l’indifférence pour offrir à ses jeunes voisins un semblant d’avenir et d’espoir fait de jours sans cris, sans coups et sans peur. Des jours meilleurs qui souderont le petit groupe malgré les aléas de la vie. Certains choix faits par Maya et les enfants peuvent paraître hautement improbable mais on a envie d’y croire.

Avec ce roman Laurent Malot ne dénonce pas les seules raclures qui cognent leurs gosses pour tout un tas de mauvaises raisons (même si ces pourritures arrivent à se persuader du contraire) ; il pointe aussi du doigt les témoins silencieux de ses drames du quotidien (voisins, amis et parfois même les autres membres de la famille), ceux et celles qui savent pertinemment ce qui se passe derrière la porte mais qui se taisent et se persuadent qu’ils se font peut être des idées et que de toutes façons ce ne sont pas leurs oignons.

Le(s) thème(s) abordé(s) sont graves mais l’auteur les attaque de front avec énormément de justesse, sans pathos ni sensiblerie sauce guimauve, ça donne au roman une réalité sans fard qui nous percute comme une claque dans la gueule. Pas de sentimentalisme excessif et pas de surenchère non plus, les faits parlent d’eux-mêmes, inutile d’en rajouter.

Un roman court mais d’une incroyable intensité et d’une redoutable efficacité. Le message passe haut et clair, en refermant le bouquin on a juste envie de remercier Laurent Malot… on aurait presque envie de croire que les choses peuvent changer (malgré les infos qui, trop souvent, viennent nous prouver le contraire). Un roman dévoré d’une traite même si, plus d’une fois, il m’a collé une putain de boule au ventre.

Si un quelconque Dieu (auquel je ne crois toujours pas) doit pardonner à quelqu’un, que ce soit à toutes les Maya du monde, celles qui trouvent le courage et la force de réagir face à leur bourreau. Les bourreaux en questions, ces lamentables crevures, ne méritent ni pitié, ni pardon, juste une punition à la hauteur de leurs crimes (et plus si affinités… et sur le coup j’ai vachement d’affinités)… une punition que la justice refuse encore trop souvent d’appliquer.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 4 février 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Tiffany McDaniel – Betty

AU MENU DU JOUR

T. McDaniel - Betty
Titre : Betty
Auteur : Tiffany McDaniel
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2020
Origine : États-Unis
720 pages

De quoi ça cause ?

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee.

Après des années d’errance, les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, Ohio. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La véritable question serait plutôt : pourquoi avoir autant tardé alors les critiques, toutes plus élogieuses les unes que les autres, se multipliaient sur le Net ? Au risque de nager à contre-courant, je dois avouer que le bouquin ne m’inspirait pas plus que ça… L’idée de me farcir 700 pages d’une saga familiale me donnait la migraine.

Finalement la curiosité aura été plus forte que mes doutes.

Ma Chronique

Malgré les critiques dithyrambiques qui portent ce roman aux nues j’avoue que c’est presque à reculons que je m’y suis attelé, mû davantage par la curiosité que par un réel intérêt. Je craignais qu’une grande fresque familiale qui s’étale sur plus de 700 pages ne s’avère parfois laborieuse à lire ; j’me voyais déjà passer plusieurs semaines à traîner ce bouquin comme un boulet.

Finalement il ne m’aura qu’une petite semaine pour venir à bout du roman de Tiffany McDaniel ; je n’ai jamais suspendu ma lecture par lassitude, c’était soit par obligation vis-à-vis de mon quotidien, soit pour prendre le temps de digérer un passage particulièrement éprouvant du récit.

Pour écrire ce roman l’auteure s’est inspirée de l’histoire de sa propre mère e d’autres femmes de sa famille avant elle. Où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Seule Tiffany McDaniel peut répondre à cette question. Une chose est sûre la vie de la famille Carpenter, que vous découvrirez en lisant Betty, n’est pas un long fleuve tranquille ; elle a été ponctuée de nombreux drames au fil des ans.

Dans la famille Carpenter, je voudrais le père, Landon. Honnêtement je crois que je n’ai jamais croisé un personnage aussi charismatique et empathique dans un roman. Malgré les épreuves qu’il devra traverser, il ne baissera jamais les bras et sera toujours présent pour réconforter les siens et les pousser à aller de l’avant. Souvent à grand renforts de légendes indiennes (fier d’être un Cherokee) et autres histoires nées de son imagination.

Dans la famille Carpenter, je voudrais la mère, Alka. On découvre dans les premières pages du roman une jeune femme battue par son père, sa rencontre avec Landon lui offrira une chance d’échapper à l’emprise paternelle. Une personnalité complexe qui parait souvent froide, voire franchement méchante (pauvre Birdie) ; elle cache en fait de profondes blessures secrètes qui se révéleront au fil des chapitres et des années (ceci dit ça n’excuse pas tout… pas vrai Birdie ?).

Dans la famille Carpenter, je voudrais les enfants. Huit enfants en tout mais deux ne survivront pas assez longtemps pour intégrer l’histoire que nous conte Betty. Dans l’ordre de venue au monde : Leland (1939), Fraya (1944), Flossie (1951), Betty (1954), Turstin (1956) et Lint (1957).

C’est donc Betty qui nous raconte l’histoire de sa famille – et la sienne –, une histoire qui s’étalera de 1961 à 1973, jusqu’à ce qu’elle prenne son envol pour écrire sa propre histoire individuelle.

Betty qui découvrira bien malgré elle que la vie d’une jeune métisse dans le sud profond des États-Unis n’est pas une sinécure. Très vite elle devra faire face au racisme (et la connerie) ordinaire de ses camarades de classe ; mais le pire dans tout ça reste sans doute l’indifférence des enseignants, leur absence de réaction est une forme d’encouragement silencieux à la moquerie, aux insultes et autres humiliations.

Au-delà du racisme, Betty sera aussi confrontée (sans forcément les subir directement) aux perversions (passées ou présentes) des uns et des autres. Ainsi il sera question de viol et d’inceste (merci maman, pour cet inoubliable cadeau d’anniversaire offert pour les neuf ans de Betty).

Comme si cela ne suffisait pas, les Carpenter devront aussi faire face à de nombreux drames familiaux, plus d’une fois la mort viendra endeuiller cette famille.

Mais Betty n’est pas que noirceur, c’est aussi un formidable message d’espoir et une ode à la femme. Aux femmes qui doivent se battre plus que les hommes pour s’imposer dans la société (et c’est encore vrai de nos jours) et faire face à des préjugés éculés.

À ce moment-là, j’ai compris que les pantalons et les jupes, tout comme les sexes, n’étaient pas considérés comme égaux dans notre société. Porter un pantalon, c’était être habillé pour exercer le pouvoir. Porter une jupe, c’était être habillée pour faire la vaisselle.

C’est sans grande conviction que j’ai ouvert ce roman, c’est totalement conquis que je le referme. Incontestablement Betty est une histoire qui marque durablement les esprits. Un tourbillon d’émotions qui entraîne le lecteur du rire aux larmes.

MON VERDICT
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Publié par le 28 janvier 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Ludovic Lancien – Les Oubliés De Dieu

AU MENU DU JOUR

L. Lancien - Les oubliés de Dieu

Titre : Les Oubliés De Dieu
Auteur : Ludovic Lancien
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
494 pages

De quoi ça cause ?

Un médecin généraliste est retrouvé mort à son cabinet ; le(s) meurtrier(s) se sont acharnés sur leur victime pour le massacrer et le mutiler.

Rapidement les policiers chargés de l’enquête découvrent que sous une respectabilité de façade, la victime cachait de sombres secrets. Des secrets qui pourraient bien les mener sur la piste du (ou des) coupable(s)… une piste jalonnée de cadavres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le pitch me semblait prometteur. Et ça faisait déjà un moment que l’envie de découvrir cet auteur me titillait.

J’ai laissé passer le coche avec son premier roman, Le Singe D’Harlow, qui a rapidement rejoint mon Stock à Lire Numérique… avant de s’y perdre, noyé dans la masse. Après m’être assuré auprès de Ludovic Lancien que ce roman pouvait être lu indépendamment du précédent, je me suis lancé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’origine c’est Ludovic Lancien qui m’a contacté via Facebook afin de me proposer de découvrir son roman. Offre que j’ai accepté, après m’être assuré qu’il pouvait être lu indépendamment de son précédent (et premier) roman. La maison d’édition devait me faire parvenir le fichier epub mais ça a cafouillé quelque part… C’est pourquoi j’ai proposé à l’auteur de faire une demande en bonne et due forme via Net Galley.

Comme souvent dans un thriller, le roman s’ouvre sur une scène de crime (passé un prologue pour le moins énigmatique… qui prendra tout son sens bien plus tard), une scène crime qui plonge directement le lecteur dans le grand bain ! La victime, un médecin généraliste sans histoire, a été littéralement déchiquetée par son ou ses assassins. Qu’est-ce qui bien justifier un tel acharnement ? Une telle haine ?

C’est une des nombreuses questions qui se poseront à l’équipe chargée de l’enquête, et tout particulièrement au capitaine Gabriel Darui. Et si je vous disais qu’une partie de la réponse réside dans la tératologie. Ça vous fait de belles jambes ? J’avoue que moi aussi j’ai découvert ce terme à la lecture du roman.

Étymologiquement parlant la tératologie est l’étude des monstres (du grec ancien tératos, signifiant monstres). La définition du Larousse apporte un éclairage plus scientifique au terme : « Science qui traite des anomalies et des malformations liées à une perturbation du développement embryonnaire ou fœtal. »

Entre de mauvaises mains, ce genre de centre d’intérêt peut aboutir aux pires dérives (je pense notamment aux idées nauséabondes du régime nazi). Notre brave Docteur Mievel, la victime, n’est certes pas un adepte du Dr Mengele, mais ses intentions ne sont pas pour autant louables. L’apparente respectabilité du toubib commence à se fissurer… et ce n’est que le début !

Le titre du roman est une référence directe à la tératologie, les « oubliés » en question désignant ces fameux « monstres ». Comme vous pourrez le constater à la lecture du bouquin, la tératologie n’est pas que prétexte aux plus sombres dérives de l’âme humaine ; elle peut aussi donner lieu à des initiatives pleines d’humanité et d’empathie.

Ludovic Lancien nous offre une intrigue aussi intelligente que captivante, le lecteur est tenu en haleine quasiment non-stop au vu des nombreux rebondissements et retournements de situation.

L’autre force du roman réside dans ses personnages. À commencer par Gabriel, en plus d’être confronté à une enquête particulièrement éprouvante, il doit faire face à une situation personnelle douloureuse. Pauline, son épouse, est en phase terminale d’un cancer qu’elle affronte la tête haute, malgré la douleur qui l’accable, Gabriel n’a pas le droit de flancher.

Le reste de l’équipe est composé d’Éric ‘Le Bélier’ Blasco, chef de groupe bourru, mais au grand cœur, Noémie Egawa, lieutenant au tempérament sanguin et Jérémy Perrin, jeune lieutenant qui vient d’intégrer le Bastion.

Les autres personnages du roman ne sont pas pour autant laissés pour compte, c’est volontairement que je fais l’impasse sur eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Avec ce thriller fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale) et de rouge (pour l’hémoglobine), Ludovic Lancien signe quasiment un sans-faute. J’ai été bluffé de bout en bout.

Si le roman peut effectivement être lu et apprécié indépendamment du Singe D’Harlow, il m’a en tout cas donné envie de découvrir ce premier roman. Ne serait-ce que pour en apprendre plus sur ce mystérieux Lucas, le prédécesseur du Bélier.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 14 janvier 2021 dans Bouquins

 

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