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[BOUQUINS] JP Delaney – La Femme Parfaite

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JP Delaney - La femme parfaite

Titre : La Femme Parfaite
Auteur : JP Delaney
Éditeur : Fayard
Parution : 2020
Origine : États-Unis
464 pages

De quoi ça cause ?

Lorsque Abbie se réveille dans une chambre hôpital, Tim Scott, un des acteurs majeurs de l’Intelligence Artificielle, lui apprend qu’elle n’est pas la « vraie » Abbie mais un robot créé à l’image de la jeune femme disparue cinq ans plus tôt. Une IA ultra perfectionnée, dotée de capacités d’apprentissage et d’empathie.

À en croire Tim, son époux, ils formaient un couple idéal et elle était une épouse et une mère parfaite. Et pourtant, plus Abbie se renseigne sur sa relation avec Tim et sur « sa » disparition, plus elle s’interroge et doute…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé les deux précédents romans de JP Delaney, La Fille D’Avant et Mensonge.

Contrairement à son précédent roman, Mensonge, qui divisait clairement les lecteurs, les réactions allant de « j’ai adoré » à « j’ai détesté » ; celui-ci suscite des réactions globalement positives sur Babelio.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard / Mazarine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Tout laisse à penser que JP Delaney est particulièrement friand de nouvelles technologies, après la maison hyper connectée de La Fille D’Avant c’est cette fois une IA empathique qui est au cœur du présent roman. Une IA qui, à ce jour, reste du domaine de la fiction mais pour combien de temps encore ? Quand on voit la vitesse à laquelle évoluent les recherches autour de la question on peut légitimement supposer que la réalité va bientôt rattraper la fiction.

Si l’essentiel du bouquin est consacré à l’intrigue présente, construite autour du « personnage » d’Abbie version IA, quelques chapitres (bénéficiant d’une numérotation distincte) retracent le parcours d’Abbie (version humaine) depuis son arrivée dans les locaux de Scott Robotics (la société fondée par Tim) jusqu’à sa disparition.

Mais c’est surtout dans sa narration que le roman se distingue. Jusqu’à ce que l’auteur ne lève le voile sur le sujet, on ne sait pas avec certitude qui est le narrateur ou la narratrice. L’emploi de la seconde personne du singulier sème en effet le doute. S’agit-il d’Abbie qui, par sa nature non-humaine, porte un regard distant sur elle-même ou il y aurait-il une autre explication à ce choix ?

Si la forme est maîtrisée, le fond l’est tout autant. Les personnages sont particulièrement bien travaillés. On ressent rapidement une réelle empathie pour cette IA qui cherche à comprendre ce qui est arrivé à son homologue humaine ; paradoxalement c’est sans doute le personnage qui dégage le plus d’humanité dans ce roman.

Il faut dire que le personnage de Tim Scott apparaît d’entrée de jeu comme imbuvable, certes c’est un génie dans son domaine (l’Intelligence Artificielle) mais humainement parlant c’est une merde finie ! Un égo démesuré combiné à un manque total d’empathie… Au fil des pages mon aversion pour le bonhomme ne s’est jamais démentie.

Le troisième personnage central de ce roman est Danny, le fils de Tim et Abbie. Souffrant du syndrome de Heller, une forme aussi sévère que rare d’autisme apparaissant entre 2 et 3 ans chez l’enfant et se caractérisant par une brusque détérioration du langage et du comportement. La situation de Danny va rapidement s’imposer comme l’un des éléments phares dans le déroulé de l’intrigue.

Un thème qui tient particulièrement à cœur à JP Delaney, étant lui-même parent d’un enfant autiste. De fait le roman est très bien renseigné sur cette forme méconnue d’autisme et les façons de gérer la situation. Le message passe sans jamais prendre le dessus sur l’intrigue elle-même.

La nature même d’Abbie 2.0 pose inévitablement des questions d’éthique, là encore l’auteur aborde le sujet avec beaucoup de savoir-faire. Ce sont en effet des questions que les développeurs (et même, le cas échéant, le législateur) devront se poser si un jour des formes aussi avancées d’IA devaient voir le jour.

D’autres thèmes sont abordés au fil des pages, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même…

Avec La Femme Parfaite, JP Delaney signe son roman le plus abouti. Une lecture à la fois addictive, divertissante et intelligente ; le piège se referme dès les premières pages sur le lecteur, pour ne se rouvrir qu’une fois le bouquin terminé !

Quant à moi, il me tarde de découvrir le quatrième roman signé JP Delaney dont le pitch est des plus alléchant ! Qui sait, peut-être que pour patienter un peu je me lancerai dans la découverte de thrillers signés sous un autre nom de plume (Jonathan Holt ou Tony Strong). Les titres publiés sous sa véritable identité (Anthony Capella) ne m’inspirent pas outre mesure… en plus de ne pas être disponibles dans la langue de Molière.

MON VERDICT

 
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Publié par le 20 octobre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Une Chance Sur Un Milliard

AU MENU DU JOUR

G. Legardinier - Une chance sur un milliard
Titre : Une Chance Sur Un Milliard
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Hormis une récente rupture dont il peine à se remettre, Adrien est un trentenaire épanoui qui a toute la vie devant lui. Jusqu’au jour où son médecin et ami, Darshan, lui annonce qu’il souffre d’une pathologie cardiaque aussi rare qu’irréversible…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, un auteur qui a un véritable don pour transformer en or tout ce qu’il touche.

Avec ce nouveau roman, il revient à un genre dans lequel il excelle, la littérature feel good. Gilles est un véritable virtuose quand il s’agit faire jaillir des émotions de sa partition.

Ma Chronique

Avec ce roman Gilles Legardinier signe son douzième titre « adulte » et célèbre ses dix ans de carrière littéraire (même si je devine que ce terme lui ferait horreur). Une carrière commencée chez Fleuve Éditions sous le signe du thriller (avec L’Exil Des Anges et Nous Étions Les Hommes) avant d’enchaîner avec cinq titres résolument feel good (et leurs incontournables couv’ félines).

Puis Gilles change de crèmerie pour gagner en liberté, chez Flammarion il revient au thriller en alternance avec des titres feel good. Quel que soit le domaine qu’il décide d’explorer, il ne se contente pas d’exploiter des recettes déjà éprouvées, chaque titre apporte une réelle touche d’originalité par rapport aux précédents.

Une Chance Sur Un Milliard ne déroge pas à la règle, même avec un postulat de départ qui ne semble pas vraiment adapté à un traitement léger – et encore moins comique – Gilles Legardinier réussit à faire sourire (et même rire) ses lecteurs, sans jamais tourner son thème en ridicule.

Son secret ? Une plume et un style profondément (viscéralement oserai-je même dire) empreints d’humanité. Ca peut sembler bizarre à dire mais on une réelle sensation de proximité entre l’auteur et ses personnages, et par extension entre ses personnages et nous. En l’occurrence n’importe quel quidam peut s’identifier à Adrien ou à une personne de son entourage ; pas forcément par leur personnalité, mais parce que l’on pourrait très bien, un jour ou l’autre, se retrouver confronté à une situation identique (quand ça n’a pas déjà été le cas).

Il faut bien avouer que la bande de potes qui entoure Adrien est tellement hétéroclite qu’il est aisé de s’identifier à l’un(e) ou l’autre. Une bande de potes unie par une complicité indéfectible qui résiste aussi bien au temps et qu’à la distance.

L’entourage d’Adrien ne se limite pas à ses ami(e)s, il est aussi présent pour sa famille, surtout son grand-père, Papilau, qui, malgré son âge et quelques fuites au niveau de sa mémoire, demeure d’une grande sagesse et peu même parfois se montrer particulièrement alerte.

Mais Adrien doit aussi composer avec son milieu professionnel, un domaine dans lequel, malgré son évidente réussite, il s’est laissé dépasser par certains aspects. Une bonne occasion pour lui de reprendre les choses en mains et de remettre les pendules à l’heure.

Si Gilles Legardinier sait incontestablement y faire pour faire sourire (et même rire) ses lecteurs, il ne se cantonne pas au rôle de clown de service. Avec ce roman il prouve une fois de plus, et peut-être même encore plus que dans ses précédents titres, qu’il est à même de faire naître tout un panel d’émotions à travers ses mots. Des mots toujours simples, sans figure de style alambiquée, mais qui vont droit au cœur, à l’âme et à l’esprit. Des mots qui, au fil des situations, vous feront passer du rire aux larmes (oui j’avoue, j’ai versé quelques larmiches çà et là).

Comme il a coutume de le faire, Gilles Legardinier termine son roman par un aparté avec ses lecteurs (le fameux « Et pour finir… »). L’occasion de nous questionner sur ce que nous aurions fait des dessins retrouvés (exhumés serait un terme plus approprié) par Adrien à sa place. Personnellement, si je devais me retrouver confronté à la même situation qu’Adrien, la véritable question serait de savoir avec qui j’aimerai renouer pour solde de tout compte et surtout pour partir l’esprit léger et libéré.

MON VERDICT

 
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Publié par le 15 octobre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

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E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

 
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Publié par le 26 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Deon Meyer – La Proie

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D. Meyer - La Proie
Titre : La Proie
Série : Benny Griessel – Livre 7
Auteur : Deon Meyer
Éditeur : Gallimard
Parution : 2020
Origine : Afrique du Sud (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Au Cap, Benny Griessel et Vaughn Cupido, membres des Hawks (l’unité d’élite de la police criminelle sud-africaine), sont chargés de reprendre l’enquête concernant un corps retrouvé le long d’une voie ferrée. La victime était un passager Rovos, un train de luxe, et avait été embauché comme garde du corps d’une riche hollandaise.

À Bordeaux, Daniel Darret, ancien activiste du bras armé de l’ANC, est rattrapé par son passé quand un ancien camarade de lutte lui confie une mission de la plus haute importance pour l’avenir de l’Afrique du Sud.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Deon Meyer. J’aurai pu opter pour un roman one-shot, d’autant plus aisément que son précédent roman, L’Année Du Lion, dans lequel l’auteur s’essaye au roman post-apocalyptique, me fait de l’œil depuis qu’il a intégré mon Stock à Lire Numérique.

Finalement j’ai opté pour sa série mettant en scène Benny Griessel… en espérant ne pas être complètement largué en la commençant par le dernier opus.

Ma Chronique

Avant de commencer à vous parler du roman de Deon Meyer je souhaiterai le replacer dans son contexte. En effet, l’auteur dénonce sans détour la corruption du pouvoir en place, via notamment des relations troubles (pour rester poli) avec de riches et puissants industriels indiens (la famille Gupta). Relations qui iront jusqu’à l’ingérence des Gupta dans la vie politique et économique du pays, jusqu’à la forme la plus ultime de corruption : la captation d’état…

Quelques rapides recherches via Google vous permettront de situer la présente intrigue en 2017 (outre quelques détails qui ne trompent pas, les dates correspondent), et donc sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018). Lequel sera poussé à la démission par son propre parti (l’ANC) avant d’être remplacé par Cyril Ramaphosa en février 2018.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, Jacob Zuma entraînera dans sa chute la famille Gupta qui perdra de fait son statut d’intouchable en Afrique du Sud. J’aimerai vous dire que depuis la justice a fait son office mais savez aussi bien que moi que nous ne vivons pas au pays des Bisounours…

Si La Proie est le sixième roman traduit en français de la série Benny Griessel, il existe un titre encore inédit dans la langue de Molière qui vient se glisser entre En Vrille et celui-ci ; La Proie est donc bel et bien le septième opus de la série.

Il est des romans qui vous font d’emblée regretter de ne pas vous être intéressé plus tôt à leur(s) personnage(s) – surtout quand il est question de héros récurrent(s) – ; incontestablement La Proie fait partie du lot ! Avant même de le refermer j’ai compris qu’en faisant l’impasse sur la série Benny Griessel de Deon Meyer, j’étais passé à côté d’un truc grandiose (même s’ils ne sont pas tous aussi aboutis que celui-ci, je reste convaincu que les précédents romans de la série se situent dans le haut du panier).

L’auteur construit son intrigue en suivant deux arcs narratifs distincts (pour ne pas dire totalement indépendants), le premier est axé sur l’enquête de Benny Griessel et son équipe en Afrique du Sud, alors que le second nous transporte en Europe pour y suivre le parcours de Daniel Darrett. Même si on peut légitimement supposer qu’il existe un fil rouge reliant les deux récits, Deon Meyer prend son temps pour le tisser et plus encore pour nous lever le voile sur nos questionnements.

Si ces deux arcs narratifs sont aussi captivants à suivre l’un que l’autre, j’avoue toutefois avoir eu un faible pour les chapitres se concentrant sur Daniel Darret. Le rythme imposé est en effet beaucoup plus soutenu et la tension est quasiment omniprésente.

Non seulement l’auteur apporte énormément de soin à ses personnages, mais son récit, même ai cœur de la tourmente, reste empreint d’humanité. Qu’il s’agisse de Benny Griessel, Vaughn Cupido ou Daniel Darret, chacun doit, en plus de ses obligations (et/ou missions), faire face à des choix personnels, des doutes et des questionnements.

Gros coup de cœur pour cette équipe des Hawks (une unité d’élite de la police sud-africaine) qui reste soudée et complice contre vents et marées. Une complicité et une confiance réciproque qui s’étendent bien au-delà du strict cadre professionnel. À l’image du duo Griessel / Cupido dont les échanges sont souvent ponctués de touches d’humour afin de faire tomber la pression.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore les personnages de Deon Meyer, et hésitent à commencer la série Benny Griessel par le dernier tome paru à ce jour, je peux vous assurer qu’à aucun moment vous ne serez largué. D’une part il y a très peu de références à des enquêtes ultérieures. D’autre part l’auteur sait y faire, quand besoin, pour que les événements présents s’imbriquent avec ceux du passé. Enfin je suis convaincu que, à peine ce bouquin refermé, vous mourrez envie de dévorer les cinq tomes précédents.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 25 août 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Franck Thilliez – Il Était Deux Fois

AU MENU DU JOUR

F. Thilliez - Il était deux fois
Titre : Il Était Deux Fois
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Avril 2008. Gabriel Moscato, lieutenant de la gendarmerie nationale, se rend à l’hôtel de La Falaise afin de poursuivre ses investigations sur la disparition de sa fille, Julie, survenue quelques semaines plus tôt. Muni des registres de l’établissement, il s’installe dans une chambre afin de les éplucher.

Gabriel Moscato se réveille dans une autre chambre de l’hôtel… en novembre 2020, incapable de se souvenir du moindre détail concernant ces douze dernières années.

Beaucoup de choses ont changé depuis 2008, mais sa fille n’a jamais été retrouvée. Gabriel va tout mettre en œuvre pour remonter le fil de son passé, et reprendre son enquête sur la disparition de Julie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, raison qui se suffirait à elle-même.

Je n’ai toujours pas trouvé le temps de me pencher sur son duo policier récurrent, Sharko et Hennebelle, mais je ne désespère pas de trouver un jour le temps pour m’y mettre. Il n’en reste pas moins que ses romans one-shot ne m’ont jamais déçu, beaucoup ont même été de véritables coups de coeur (et accessoirement aussi des coups de poing).

Ma Chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je ne peux que vous recommander fortement, si ce n’est déjà fait,  de lire Le Manuscrit Inachevé avant de vous lancer dans Il Était Deux Fois. Trois bonnes raisons à cela :

Le Manuscrit Inachevé est un excellent thriller, il serait dommage de vous en priver.
Le Manuscrit Inachevé joue un rôle clé dans la résolution de la présente intrigue.
– Cerise sur le gâteau : Franck Thilliez nous propose, en bonus, de découvrir la fin « originale » du Manuscrit Inachevé telle que rédigée par Caleb Traskman (dans le roman la fin est écrite par le fils de l’auteur, Jean-Luc Traskman).

Cela fait bien longtemps que Franck Thilliez n’a plus rien à prouver et que son nom brille en lettres d’or dans le monde du thriller francophone, j’irai même encore plus loin en affirmant qu’il n’a pas à rougir face aux grands noms de la scène internationale du genre. Plutôt que se reposer sur ses lauriers, Franck Thilliez n’a de cesse de chercher à se renouveler et à surprendre ses lecteurs, en allant toujours plus loin dans l’exploration et la dissection de la face obscure du genre humain.

Avec ce roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur repousse les limites de la perversion criminelle, mais il le fait avec son incroyable talent narratif. Et le résultat est tout simplement renversant ! C’est quasiment à chaque chapitre que l’on se trouve face à un revirement inattendu ou à une nouvelle révélation. On en prend plein la tronche… et personnellement j’adore et j’en redemande !

Tous les amateurs de thrillers vous le diront, l’accroche est primordiale dans ce genre littéraire. Ici Franck Thilliez frappe fort d’entrée de jeu. Harassé par les nuits blanches et ses recherches pour tenter d’élucider le mystère qui plane autour de la disparition de sa fille, un gendarme s’assoupit dans une chambre d’hôtel… pour se réveiller dans une autre chambre de ce même hôtel, douze ans plus tard !

Que les plus cartésiens se rassurent, vous pouvez compter sur la rigueur de l’auteur et un imposant travail documentaire pour que l’invraisemblable trouve une explication rationnelle et scientifique. Il n’en reste pas moins que, en quelques pages, le lecteur se retrouve prisonnier du piège tendu par Franck Thilliez ; une seule issue pour se défaire de la terrible addiction qui se profile : résoudre l’énigme de la disparition de Julie et comprendre le fin mot de l’histoire.

Je n’aborderai l’intrigue du roman qu’en restant dans le flou, tant en dire trop serait presque criminel ; aussi je me bornerai à mentionner que la mort et le meurtre sont des thèmes largement exploités par le monde des arts (littérature, peinture, sculpture, cinéma et même musique). Ça ne vous avance sans doute pas des masses, et c’est très bien ainsi !

L’autre grande force du roman réside dans ses personnages, tout particulièrement les deux enquêteurs, Gabriel et Paul, anciens collègues et amis que les événements et le temps a séparés, mais qui vont devoir faire front commun pour se replonger dans la disparition de Julie. Une plongée qui les conduira littéralement aux portes de l’enfer.

Un roman maîtrisé de bout en bout qui ne laisse rien au hasard. En toute honnêteté je ne peux faire autrement que de lui attribuer la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) ; et je le fais avec un immense plaisir.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 26 juin 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Sara Greem & Bernard Afflatet – Hémisphère

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S. Greem & B. Afflatet - Hémisphère
Titre : Hémisphère
Auteur : Sara Greem & Bernard Afflatet
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

3000 ans plus tôt, pour se protéger d’une épidémie qui décime l’humanité, la vieille Europe a été coupée du monde en se couvrant d’un dôme infranchissable.

En Hémisphère, les terres protégées par le dôme, les Désignés ont appris à se conformer à un nouveau mode de vie, un quotidien entièrement assisté et régi par des machines.

Au-delà du dôme, sur les Terres de l’Exil, le quotidien des Exilés est nettement plus rude ; la survie est une lutte de tous les jours tandis que les ressources s’épuisent inexorablement.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sara Greem, une auteure que je suis assidûment depuis ses débuts et une personne qui compte énormément pour moi.

Une fois de plus elle change de registre littéraire en se frottant à la science-fiction (version post-apocalyptique). Autre nouveauté, elle s’essaie à l’écriture à quatre mains puisque le présent roman est co-signé par Bernard Afflatet.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara et les Éditions du 38 pour leur confiance renouvelée.

Autant je suis un inconditionnel de la première heure de Sara Greem, autant je ne connaissais pas du tout Bernard Afflatet avant de lire ce roman. J’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur, d’autant que je compte bien réparer cette lacune prochainement.

De prime abord, le contexte post-apocalyptique permet de classer sans hésitation ce roman sur les étagères dédiées à la science-fiction. Dans les faits les choses ne sont pas aussi simples, les auteurs jouent en effet avec les genres, intégrant une forte part de fantasy dans le récit (les Terres de l’Exil font clairement penser à un autre monde que le nôtre), mais aussi des éléments issus de la mythologie et même un fort soupçon de préoccupations écologiques. Mélangez ces différents ingrédients, laissez reposer le temps que l’ensemble se fonde en un tout cohérent et vous obtiendrez Hémisphère.

Le roman s’articule autour de l’opposition entre deux mondes (Hémisphère et les Terres de l’Exil), deux peuples (les Désignés et les Exilés) et leurs modes de vie respectifs. De fait l’intrigue commence par se jouer sur deux axes narratifs distincts qui finiront par ne faire qu’un.

C’est Devor-83 qui nous servira de guide pour découvrir le quotidien des Désignés en Hémisphère ; un quotidien géré par la technologie et les machines afin que d’éviter aux humains d’avoir à se poser la moindre question. Un quotidien formaté et uniformisé, une routine placée sous le signe de la pensée unique (voire même par l’absence totale de pensée). Mais voilà, malgré cette routine bien huilée, Devor-83 est assailli par le doute et des questionnements quant à sa vie et son bonheur.

Suivez Osnour, un chasseur un brin taciturne, pour découvrir les Terres de l’Exil et le quotidien des Exilés. Un quotidien qui pourrait se résumer en un mot : survivre. Des survivants réunis en tribus et pour la plupart adepte d’une religion clanique dont la flamme est entretenue par une prophétesse, l’Annonciatrice. Un mode de vie auquel Osnour et les siens ont de plus en plus de mal à adhérer. Le chasseur est bien plus préoccupé par les sources d’eau qui se tarissent et le gibier qui se fait de plus en plus rare ; mais aussi par ces rêves troublants qui agitent son sommeil.

Les auteurs trouvent un juste équilibre entre la mise en place du cadre et le déroulé progressif de leur intrigue. J’avoue avoir craint pendant un moment un dénouement trop rapide ou trop facile au fur et à mesure que les pages défilaient ; que nenni, Sara et Bernard gardent le cap de bout en bout avec une intrigue qui se déroule sans le moindre accroc.

Si vous avez lu les précédents romans de Sara Greem, vous connaissez sans doute son attachement à la mythologie, ou plutôt devrai-je dire aux mythologies. Après nous avoir initié à la mythologie celte (Les Epopées Avaloniennes), puis à celle des peuples nordiques (La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar), c’est l’Égypte ancienne et ses divinités qui sont mises à l’honneur dans le présent roman. Une fois de plus ces éléments mythologiques s’intègrent impeccablement à l’intrigue.

En lisant ce roman vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer, tout est fait pour maintenir l’intérêt du lecteur en éveil. Les personnages, le rythme, le suspense, l’action… tout est fort justement dosé et maîtrisé. Et la recette fonctionne du feu de dieu !

Un roman écrit à quatre mains qui devrait séduire un large public de par la variété des thèmes abordés mais aussi et surtout par sa narration d’une grande fluidité. Chapeau bas aux auteurs, la fusion de leurs efforts est une totale réussite.

Si comme moi vous vous posez des questions sur le rapport entre la couv’ et le pich du bouquin, vous n’aurez pas forcément de réponse directement dans le bouquin, disons que les auteurs dispensent suffisamment d’indices pour vous mettre sur la bonne voie… Google fera le reste.

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 juin 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Stephen King – L’Institut

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S. King - L'Institut
Titre : L’Institut
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : USA (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Luke Ellis, un adolescent sans histoires, doté d’une très grande intelligence est kidnappé en pleine nuit par des inconnus, ses parents sont assassinés.

Il se réveille dans une chambre qui ressemble à la sienne mais n’est pas la sienne. Enfermé avec d’autres enfants au sein d’un mystérieux Institut.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Are you kidding me ? Stephen King ! What else ?

Ma Chronique

Sans me tromper je pense pouvoir affirmer que Stephen King est sans doute l’auteur que je suis le plus assidûment et depuis le plus longtemps ; ça fait en effet plus de 35 ans que je lui suis d’une fidélité presque sans faille (j’avais commencé la saga La Tour Sombre avant d’y renoncer après le troisième tome, il faudrait que je trouve le temps de la reprendre depuis le début et d’aller jusqu’au bout cette fois).

Après un dérapage mal contrôlé avec Sleeping Beauties, le King a su redresser la barre et revenir au top du top avec L’Outsider ; du haut de ses 72 printemps et après plus de 50 romans à son actif (sans compter les recueils de nouvelles, les nouvelles isolées et autres romans courts), saura-t-il maintenir le cap, voire même nous surprendre en nous invitant à découvrir son Institut ?

Est-il besoin de rappeler que Stephen King est particulièrement inspiré quand il s’agit de mettre en scène des enfants / adolescents, confrontés à une situation qui les dépasse ? Carrie, Shining, Charlie, Christine, Ça et j’en oublie sûrement (et encore, je fais abstraction des nouvelles) sont là pour illustrer, si besoin, mon propos. Le dénominateur commun de toutes ces histoires est la grande capacité d’adaptation, d’action et de réaction de ses jeunes héros une fois passé l’effet de surprise et un temps pour analyser et comprendre la situation. Si le schéma directeur est identique, il n’y a toutefois aucune impression de déjà-vu tant l’auteur varie les angles d’approches et les conséquences de chaque action (en bien ou en mal).

Toujours est-il que dans la première partie du roman nous ne croisons aucun enfant appelé à jouer un rôle majeur dans le déroulé de l’intrigue. Tim Jamieson, un ex-flic de Sarasota (Floride) embarque dans un avion à destination de New York. Un concours de circonstances pour le moins inopiné le conduira à quitter l’avion et à entamer un road-trip en auto-stop sans but précis, sinon celui de rejoindre New York. Se laissant guider par les hasards de la vie et de la route, il débarque à DuPray (Caroline du Sud).

La seconde partie du roman nous embarque pour Minneapolis (Minnesota) où l’on fait la connaissance de Luke Ellis, un adolescent surdoué qui poursuit un quotidien pas tout à fait ordinaire mais sans histoires. Jusqu’à ce qu’il soit enlevé et reprenne connaissance à l’Institut, une structure isolée au fin fond des forêts du Maine… Les choses sérieuses peuvent alors commencer.

Stephen King prend le temps de poser son cadre et ses personnages pour bien nous faire comprendre (et haïr) le fonctionnement de l’Institut. Les méthodes des soignants et des gardiens ne sont pas sans rappeler celles des camps de concentration nazis ; tout comme la raison d’être de l’institut selon ses responsables. Sans aller jusqu’à parler de manichéisme (souvent reproché à l’auteur), on ne peut que prendre fait et cause pour les enfants et détester la plupart des adultes présents dans cette structure qui échappe à tout contrôle officiel.

Si l’intrigue se dessine en mode diesel (sans toutefois jamais susciter le moindre ennui chez le lecteur), une fois que les choses se mettent en branle le rythme du récit change radicalement, l’auteur enclenche le mode supraluminique. Et le lecteur se retrouve dans l’incapacité de quitter le navire avant de connaître le fin mot de l’histoire.

Pour répondre à la question que je posais au début de cette chronique, OUI, Stephen King confirme qu’il a encore plus d’un atout dans sa manche. OUI, il nous propose un récit qui flirte avec le sans-faute. OUI, il réussit encore à convaincre et à surprendre le lecteur.

J’ai lu çà et là quelques reproches concernant le côté engagé de l’auteur (il n’a jamais caché mépriser au plus haut point Donald Trump), sur le coup ça ne m’a pas dérangé outre mesure. Il est libre, comme tout un chacun, de ses opinions et les exprimer ; L’Institut est loin d’être un roman militant, le côté engagé du récit est plus anecdotique qu’autre chose (c’est en tout cas comme ça que je l’ai perçu en tant que lecteur français lambda).

Et Tim Jamieson alors ? Soyez assuré qu’il n’était pas là par hasard…

Incontestablement cette cuvée 2020 du King est un grand cru AOC ! À Consommer sans modération et de toute urgence !

MON VERDICT

 
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Publié par le 12 février 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Coyote – Litteul Kevin : Intégrale Fluide Glacial

AU MENU DU JOUR

Litteul Kevin

Titre : Litteul Kevin – Intégrale : volume 1
Auteur : Coyote
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2017
Origine : France
208 pages

Titre : Litteul Kevin – Intégrale : volume 2
Auteur : Coyote
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2018
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

« Une famille, des amis, des gens que j’aime et qui m’aiment, du rire, des amours, des emmerdes… et plein de rock ‘n roll !!! Bref… j’adore ma vie ! »

Ma Chronique

Comme indiqué dans le titre de cette chronique, il s’agit de l’intégrale des albums publié par Fluide Glacial, soit les 7 premiers tomes (publiés entre 1993 et 2003) des aventures de Litteul Kevin, regroupés en 2 volumes (les 4 premiers pour le tome 1 et les 3 derniers pour le tome 2).

Le mensuel Fluide Glacial m’aura permis de découvrir de nombreux auteurs de BD dont je suis rapidement devenu complètement fan. Outre Coyote je citerai entre autres Maester (Sœur Marie-Thérèse), Tronchet (Jean-Claude Tergal), Foerster, Goossens, Héran, Larcenet… et bien d’autres que j’oublie.

J’étais un lecteur assidu de Fluide il y a quelques années, tant et si bien que je connaissais quasiment toutes les planches de Litteul Kevin avant d’acheter les albums. Cette intégrale me permet de les redécouvrir en version couleur.

Difficile de donner un âge à Kevin, on sait juste qu’il est au collège. Son univers tourne d’abord autour de ses parents, Chacal (Gérard pour l’état-civil) et Sophie, avec qui il entretient une relation totalement fusionnelle. Il partage le reste de son temps entre ses copains, Charly et Cahuète, et Le Club, un club de motards fondé par son père et Gros Hulk, son ami d’enfance.

Peu à peu d’autres personnages récurrents viendront grossir les rangs. À commencer, dès le second album, par Frida, la petite sœur de Gros Hulk, étudiante en médecine qui fera occasionnellement office de nounou pour Kevin (à l’annonce de sa venue il l’imagine comme une sorte de « Gros Hulk en jupe, avec des lunettes et des nichons »… avant de tomber sous son charme). Suivront Vanessa, une copine de classe de Kevin (tome 3) qui ne le laisse pas totalement indifférent, des voisins un peu coincés et un peu voyeurs (tome 3), Colette (tome 4), la mère de Sophie qui ne porte guère son gendre dans son cœur (et c’est réciproque) et Le Chien (tome 5), un toutou aussi adorable que incontinent.

On suit avec plaisir les tribulations de tout ce petit monde en famille, entre amis, en soirée, en vacances… bref tout ce qui fait le quotidien de Monsieur-Tout-Le-Monde ; sauf que le quotidien de Litteul Kevin est tout sauf ordinaire.

Coyote se revendique comme étant le fils spirituel de Gotlib, et l’on retrouve certaines similitudes dans le dessin, un trait caricatural mais d’une incroyable précision, chaque vignette foisonne de détails.

J’étais à la fois curieux et dubitatif à l’idée de découvrir les planches en couleurs, après tout le noir et blanc c’est un peu la griffe Fluide Glacial. Dès les premières pages mes doutes se sont envolés, c’est comme si redécouvrais chaque planche.

Litteul Kevin fait partie de ces BD que je ne me lasse pas de lire et relire, et surtout ça m’éclate toujours autant. Cette redécouverte m’a procuré autant de plaisir que lors de la première lecture. Cerise sur le gâteau, chaque volume de la présente intégrale se termine par quelques pages de bonus (articles, interviews, planches…).

Trois autres albums (tomes 8 à 10) ont été publiés entre 2009 et 2013 par Le Lombard, une maison d’éditions située à Bruxelles. En 2015 Litteul Kevin est devenu prématurément orphelin suite au décès de Coyote (arrêt cardiaque).

MON VERDICT

LK - Planche

 
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Publié par le 30 janvier 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Que Tombe Le Silence

AU MENU DU JOUR

C. Guillaumot - Que tombe le silence
Titre : Que Tombe Le Silence
Série : Le Kanak – Tome 3
Auteur : Christophe Guillaumot
Editeur : Liana Levi
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Renato Donatelli, le Kanak, est désormais seul à la section courses et jeux du SRPJ de Toulouse. Ses deux collègues, recrutés le temps d’une enquête sont partis voguer sous d’autres cieux, et Jérôme ‘Six’ Cussac envisage sérieusement de quitter la police afin de couler le parfait amour avec sa compagne, May.

Tout bascule lorsque Six est arrêté par l’IGPN qui le soupçonne d’être mêlé à l’exécution d’un caïd du milieu. Le Kanak va tout mettre en branle, au mépris de la hiérarchie et des procédures, pour tirer son ami de ce mauvais pas…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le Kanak pour une troisième enquête. Il n’aura fallu que deux romans pour que Christophe Guillaumot et son Kanak deviennent pour moi des incontournables de la littérature policière francophone.

Ma Chronique

Ah que voilà un bouquin qui débarque comme un chien dans un jeu de quilles ; je savais qu’il devait paraître courant janvier mais j’avoue que j’avais oublié la date exacte et m’étais préparé un petit programme visant à rattraper le retard accumulé chez Net Galley. Sauf que quand j’ai vu Que Tombe Le Silence était dispo, il a grillé la priorité à tout le monde.

En guise de préambule j’invite les lecteurs qui n’auraient pas lu les précédents romans de la série, Abattez Les Grands Arbres et La Chance Du Perdant, à combler cette lacune avant de découvrir le présent roman. Ce n’est pas que cela s’impose vraiment, mais c’est une série qui gagne a être découverte dans l’ordre chronologique… surtout au vu des événements survenant dans ce troisième opus.

Dans ce troisième roman Christophe Guillaumot ne ménage pas ses personnages. Il faut dire que l’intrigue est bien plus intense et complexe que dans les précédents romans ; attendez-vous à quelques revirements de situation totalement imprévisibles.

De fait Renato, notre Kanak préféré, va en prendre plein la gueule (nous aussi au passage). Ce n’est pas tant physiquement qu’il sera secoué, mais plutôt moralement… et à plus d’un titre. Mais Renato, tel un roseau, plie mais ne rompt pas.

Si le roman est essentiellement centré sur le personnage de Renato Donatelli, il ne sera heureusement pas complètement seul pour faire face à l’adversité. Il pourra notamment compter sur le soutien sans faille de Jacquie, une flic des Stups au caractère bien trempé. Et comme tout n’est pas noir dans ce monde de brutes, le rayon de soleil du Kanak sera Avril Amandier, la légiste qui fait battre son petit cœur de gros dur, revenue de son séjour en Catalogne.

Un autre personnage fera son grand retour sur le devant de la scène, un retour inattendu (à défaut d’être inespéré) et une alliance de circonstance avec Renato encore plus inattendue.

Une intrigue qui permet à Christophe Guillaumot de pointer du doigt les conditions de travail des policiers qui, outre un travail exigeant physiquement et moralement, doivent aussi composer avec une défiance croissante d’une certaine population (oubliée la vague « Je suis flic » de 2015) et les coupes budgétaires.

Tout part à vau-l’eau, aucune section n’échappe aux restrictions budgétaires. Un fourgon a perdu sa portière latérale, faute d’être remplacée elle a été remise en place avec les moyens du bord, maintenue à l’aide de ceintures de sécurité. Les heures de ménage ont été revues à la baisse, terminé la serpillière quotidienne, les agents d’entretien font au pas de course la tournée des poubelles de bureau, pas plus. Les notes de service pleuvent : interdiction d’imprimer pour économiser les toners et le papier, recommandation d’utiliser le start and go au feu rouge pour consommer le moins d’essence possible, demande faite à tous de prendre son mal en patience et d’attendre que les primes dues, vieilles de six mois, apparaissent enfin sur les bulletins de salaire.
Bien sûr, les policiers râlent, surtout lorsque les politiques annoncent à ceux qui veulent les croire des augmentations d’effectifs, des enveloppes supplémentaires ou une baisse des tâches administratives. Poudre aux yeux et balivernes. L’édifice ne tient pas sur des piliers de béton, mais sur la conscience professionnelle des flics. Malgré tous les obstacles, ils font le job.

Une situation dégradée qui conduit certains policiers à mettre fin à leurs jours (54 suicides en 2019). Sur le sujet j’ai été abasourdi d’apprendre qu’un policier qui se donne la mort n’est pas considéré mort en service et n’a de fait pas le droit à une ultime minute de silence de la part de ses frères d’arme.

Comme je suis de bonne humeur et que j’ai décidé d’être gentil je ne vous dirai pas tout le mal que je pense des connards jaunâtres qui gueulaient aux policiers « Suicidez vous ! » lors de leurs manifestations. À gerber !

Au vu du déroulé de l’intrigue et de son dénouement, j’ai craint de devoir faire le deuil de futures enquêtes du Kanak ; Christophe Guillaumot rassure ses lecteurs à la fin du roman. Renato will be back ! Et je ne vous gâche pas qu’il me tarde de découvrir comment il va rebondir… d’autant qu’il subsiste de nombreuses situations à décanter.

On trouve encore quelques confusions mineures entre les cultures mélanésiennes et wallisiennes, mais ça reste anecdotique et surtout ça ne gâche en rien le plaisir de cette lecture et l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

En revanche Monsieur Guillaumot (oui je suis vénér, donc pas de Christophe et pas de tutoiement) sachez que la Kanaky n’existe que dans l’esprit des indépendantistes. Je doute fort qu’un policier au service de l’état français emploie le terme Kanaky pour désigner la Nouvelle-Calédonie, fut-il lui-même Kanak (j’aurai même tendance à affirmer que ce serait encore plus étonnant venant d’un policier calédonien). Un impair (en espérant qu’il ne s’agisse que de cela) qui me reste en travers de la gorge.

MON VERDICT

 
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Publié par le 23 janvier 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Isabelle Villain – Blessures Invisibles

AU MENU DU JOUR

I. Villain - Blessures invisibles

Titre : Blessures Invisibles
Série : Groupe de Lost – Tome 4
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
253 pages

De quoi ça cause ?

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main.

La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient.

Dans le même temps, le « tueur au marteau », demeuré silencieux depuis l’enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le groupe de Lost, un groupe découvert fin 2018 avec le précédent roman (troisième du nom dans la série), Mauvais Genre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée. J’aurai pu (et peut être même dû) lire et chroniquer ce roman en avant-première, mais comme souvent en période de congés, j’ai pris beaucoup de retard dans mes lectures entre fin décembre et mi-janvier.

Le hasard a voulu que ce roman traite lui aussi du syndrome de stress post traumatique (SSPT) mais Isabelle Villain aborde la question sous un autre angle ; une approche beaucoup plus humaine qui ne peut que susciter l’empathie pour les victimes.

Un syndrome qui fait encore trop souvent l’objet d’un déni évident de la part de certains militaires, comme l’auteure le fait dire à un de ses personnages, un ancien militaire interrogé dans le cadre de la mort du major Maraval :

Je vais vous dire un truc. Le SSPT, ça n’existe pas. C’est une connerie inventée par des faibles en retour de mission. Des gars qui ne sont tout simplement pas faits pour la vie militaire. Des gars qui feraient mieux d’aller bosser dans un bureau, 35 heures par semaine.

Ou comme le soulignera la femme de la victime quelques chapitres plus tard :

Le problème avec le SSPT, c’est que la plupart des gens ne le reconnaissent pas. Le burn-out n’est plus tabou dans la vie civile, alors pourquoi est-ce si compliqué chez les militaires ?

Une enquête qui poussera donc le groupe de Lost à se frotter à l’armée, sauront-ils faire en sorte que les langues se délient au cœur de la « Grande Muette ». Histoire de me coucher moins con ce soir, j’ai appris grâce à ce roman d’où venait ce surnom de grande muette ; comme je suis sympa je partage avec vous cette courte pause culturelle :

En 1848, le gouvernement a accordé le droit de vote à tous les hommes. À tous, sauf aux militaires. Pour qu’ils ne se barrent pas aux quatre coins du pays au moment des élections, qu’il disait… Et surtout pour ne pas prendre parti dans les luttes politiques. La France avait décidé qu’on devait fermer notre gueule. Le gouvernement a même permis aux femmes de voter un an avant nous. C’est tout dire… Alors on a conservé cette tradition du silence. Un soldat doit fermer sa gueule. Un point, c’est tout !

Mais l’enquête autour de la mort d’Alexandre Maraval ne se limitera pas à l’armée, les enquêteurs vont aussi devoir interroger ses proches et son entourage familial. Un programme plutôt chargé au menu. Sans compter sur le retour (annoncé à la fin du précédent opus) du « Tueur au marteau », plus déterminé que jamais à se frotter à Rebecca de Lost.

Une double enquête qui donnera maintes opportunités à Isabelle Villain de brouiller les pistes et même d’orienter ses enquêteurs (et ses lecteurs) vers de fausses pistes. L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout, telle une chef d’orchestre virtuose, elle bat la mesure et impose le rythme sans la moindre fausse note.

Incontestablement l’autre point fort du roman réside dans ses personnages. L’auteure apporte énormément de soin à dresser leurs personnalités et à faire évoluer leurs relations. Je pense notamment à la relation entre Rebecca et Tom, forcément rendue compliquée par la conclusion du précédent opus. Mais aussi à la relation quasi fusionnelle qui existe au sein de groupe de Lost, plus soudé que jamais, tant par le défi des enquêtes à résoudre, que par le décès brutal d’Antoine Atlan.

J’ai dévoré le bouquin en deux bouchées ; j’aurai pu n’en faire qu’une, mais il fallait bien que je justifie mon salaire en allant bosser. J’ai vibré intensément avec le groupe de Lost, en totale immersion au sein de l’équipe.

Les deux premiers tomes ayant fait l’objet d’une réédition par Taurnada, je me les suis offert sans la moindre hésitation. Reste à trouver le temps de leur trouver une petite place au sein du programme de mes futures lectures.

MON VERDICT

 
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Publié par le 21 janvier 2020 dans Bouquins

 

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