[BOUQUINS] Stephen King – Billy Summers

AU MENU DU JOUR


Titre : Billy Summers
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2021)
560 pages

De quoi ça cause ?

Billy Summers est un tueur à gages, l’un des meilleurs dans sa catégorie. Il n’accepte que les contrats pour lesquels la cible est un vrai méchant.

Billy Summers a envie de raccrocher et de passer à autre chose, mais avant ça il va accepter un dernier coup qui devrait lui assurer une retraite dorée…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Stephen King ! What else ?

Ma Chronique

Stephen King n’a plus rien à prouver depuis belle lurette, on sait notamment qu’il est capable d’écrire d’excellents romans sans y ajouter une once de fantastique (il suffit de lire Misery ou Jessie pour s’en convaincre). Nul doute donc que quand il entreprend d’écrire un roman autour du dernier coup d’un tueur à gages, il va aller bien au-delà de ça.

Les amateurs le savent mieux que personne, dans la littérature ou le cinéma, le dernier coup est celui où rien ne se passe comme prévu. Même le meilleur des plans va forcément dérailler, sinon ça ne serait pas drôle.

Comme son nom l’indique fort justement Billy Summers est avant tout l’histoire de Billy, ancien sniper chez les marines devenu tueur à gages. Un tueur à gages qui cultive le paradoxe puisqu’il n’accepte que les contrats visant de véritables méchants… se classant ainsi lui-même dans la catégorie des méchants – ce dont il a parfaitement conscience.

Pour honorer ce dernier contrat il va devoir, pour une durée indéterminée, endosser le rôle de David Lockridge, un apprenti écrivain qui s’est retiré dans un coin perdu pour travailler d’arrache-pied sur son premier roman.

Pour ne pas attirer l’attention Billy va devoir se fondre totalement dans ce rôle et se mêler étroitement à son nouvel entourage (aussi bien privé que professionnel)… une tâche dont il va s’acquitter au-delà de toutes ses attentes.

Ce sera aussi l’occasion pour Billy de raconter sa propre histoire sous forme d’une fiction, travail dans lequel il s’investira complètement, réveillant ainsi de vieux démons du passé… pour mieux les exorciser en les couchant sur le papier.

Trois histoires pour le prix d’une, Billy Summers (lui-même a deux facettes), David Lockridge et Benjy Compson (le double fictionnel de Billy). Et ce n’est que le début, l’arrivée inattendue d’un nouveau personnage va complètement rebattre les cartes.

Je ne spoilerai pas grand-chose en vous disant que le dernier coup de Billy ne va pas vraiment se passer comme il l’espérait. Le chasseur va se transformer en proie, mais une proie déterminée à donner du fil à retordre à ses poursuivants. Une proie qui ne va se contenter de jouer les fugitifs, Billy veut comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce coup foireux.

Stephen King va, une fois de plus, s’avérer être un scénariste et un raconteur d’histoire hors pair. Son intrigue se densifie au fil des pages et des rebondissements avec quelques brusques poussées d’adrénaline. D’un autre côté l’auteur ne perd jamais une occasion de mettre en avant le côté profondément humain de son anti-héros ; ce sera encore plus vrai après sa rencontre avec Alice (une rencontre pas franchement ordinaire… une rencontre à la sauce King).

Ce roman est aussi une ode à l’Amérique profonde, loin des mégapoles ; dans ces petites villes où les voisins ne se regardent pas en chien de faïence ou en ces lieux sauvage où la nature peut exposer toute sa grandeur et sa richesse.

À côté de ça le King ne perd pas une occasion d’égratigner certains travers de cette Amérique qu’il aime tant… à commencer par la sombre période trumpiste, mais aussi celle de Bush Jr et sa gestion calamiteuse de la seconde guerre du Golfe.

Comme il a coutume de le faire, l’auteur ne manque pas de placer çà et là quelques clins d’œil à son univers littéraire (Hôtel Overlook, ça vous parle ?). C’est aussi l’occasion de déclarer sa flamme à la littérature (son héros est un inconditionnel de Zola et ne manque pas de faire référence à d’autres grands noms de la littérature).

Un roman qui devrait vous tenir en haleine de la première à la dernière page. Et quelle fin ? À la hauteur du reste du roman, toute en justesse et brillante d’humanité. Incontestablement le King est au sommet de son art.

Un roman qui devrait séduire un public plus large que les seuls afficionados du King tant il s’éloigne de ses codes habituels. Que vous soyez amateurs de romans noirs, de polars, de road trips ou simplement à la recherche d’une lecture forte, Billy Summers saura répondre à toutes vos attentes… et même aller au-delà.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chris Whitaker – Duchess

AU MENU DU JOUR


Titre : Duchess
Auteur : Chris Whitaker
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
519 pages

De quoi ça cause ?

Duchess Radley, 13 ans, veille sur son petit frère, Robin, afin de pallier les défaillances de leur mère, Star, une femme à la dérive qui se laisse porter par les galères.

La famille Radley a été brisée par un drame survenu trente ans plus tôt, Sissy, la jeune sœur de Star, a été retrouvée morte. Et justement son assassin, Vincent King, doit sortir de prison dans les jours à venir.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et l’occasion de découvrir un nouvel auteur qui intègre leur catalogue.

Parce qu’au vu des critiques dithyrambiques quasi-unanimes, je pouvais difficilement passer à côté de la chose et me forger ma propre opinion sur la chose.

Ma Chronique

Ah bin que voilà un bouquin qui va vous prendre aux tripes et vous les tordre dans tous les sens. J’ai eu le nez creux en n’enchaînant pas sa lecture directement après avoir bouclé L’Été Où Tout A Fondu.

Si le bouquin s’inscrit clairement dans le registre du roman noir américain, son auteur, Chris Whitaker est citoyen britannique. Duchess (We Begin At The End en VO) est son troisième roman, mais le premier traduit en français.

Noir c’est noir… c’est en tout cas comme ça que la jeune Duchess voit le monde qui l’entoure. Il faut dire que ce monde n’est pas vraiment du genre à lui redonner foi en l’humanité… même Walk, le très attentionné chef de la police de Cape Haven, ne lui inspire pas vraiment confiance.

Du coup Duchess, « hors-la-loi » autoproclamée, veille sur son petit frère comme une louve protégerait son petit. Gare à celui ou celle qui lui cherchera des noises, la riposte de Duchess sera sans appel.

il faut dire que la gamine a du caractère et serait du genre plutôt fonceur… un peu trop parfois, et ça pourrait bien lui jouer des tours ! Et pas qu’à elle… Mais à 13 ans on ne mesure pas toujours les possibles conséquences de ses actes.

Indéniablement Chris Whitaker sait y faire pour que Duchess touche l’âme et le cœur des lecteurs. Je reconnais toutefois volontiers que, parfois, j’ai eu des envies de lui foutre des baffes (notamment concernant son comportement avec Walk ou encore avec Hal, son grand-père)… tout en comprenant parfaitement que c’était sa façon de se protéger (ne pas s’attacher afin de ne pas souffrir).

L’auteur ne se contente pas de tisser son intrigue autour du personnage de Duchess, il développe aussi une véritable enquête policière et juridique dans laquelle Walk s’investira corps et âme pour sauver un ami qui ne semble pas vouloir être sauvé.

J’en profite pour souligner avec quel brio Chris Whitaker entretient l’ambiguïté (et donc les doutes) autour des personnages de Vincent King et de Dickie Darke. Il nous mitonne une intrigue pleine de fausses pistes, de retournements de situation totalement inattendus avant une ultime révélation qui nous laissera sur le cul. Hats off Mr Whitaker !

Ce qui est aussi remarquable avec ce jeune auteur, c’est l’attention qu’il porte à chacun de ses personnages, il n’y a pas de faire valoir avec lui. Chacun aura un rôle à jouer et sa personnalité influencera la façon dont il interviendra dans le déroulé de l’intrigue. J’avoue avoir eu un faible pour le jeune Thomas Noble et la doyenne Dolly (« Comme Dolly Parton, la poitrine en moins. »).

À la noirceur de l’intrigue s’oppose la magnificence des paysages, qu’il s’agisse de la bourgade – pas si paisible que ça – de Cape Haven sur la côte californienne ou des étendues sauvages du Montana. Malgré une noirceur omniprésente le roman s’autorise une note d’optimisme et d’espoir en fin de course. Et c’est tant mieux !

Ce mois de septembre fut riche en rencontres littéraires qui vont longtemps encore me trotter dans la tête. Qu’il s’agisse de Bert (Un Profond Sommeil), Sal (L’Été Où Tout A Fondu) ou Duchess, aucun de ces trois personnages (et leur parcours) ne devrait vous laisser de marbre. Le choix risque de s’avérer difficile lors de mon bilan livresque… même si j’ai déjà ma petite idée.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tiffany McDaniel – L’Été Où Tout A Fondu

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Été Où Tout A Fondu
Auteur : Tiffany McDaniel
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2016)
480 pages

De quoi ça cause ?

Été 1984, Breathed, Ohio. Quelle mouche a piqué le procureur Autopsy Bliss pour qu’il publie une annonce invitant le Diable à venir lui rendre visite ?

Plus étonnant encore quand le Diable, tel qu’il présente lui-même, prend la forme d’un ado à la peau noire et aux yeux d’un vert intense. Un gamin dépenaillé que Fielding, le fils cadet du procureur, va rapidement considérer comme son ami.

Tandis qu’un été caniculaire s’abat sur Breathed, il suffit d’un stupide accident pour que les esprits s’échauffent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Betty aura incontestablement été l’une des lectures les plus intenses de l’année dernière. Il était impossible de faire l’impasse sur ce nouveau roman de Tiffany McDaniel (qui est en fait une réédition de son premier roman).

Ma Chronique

L’Été Où Tout A Fondu est le premier roman de Tiffany McDaniel, publié aux Etats-Unis en 2016, soit 4 ans avant Betty. En France, ce sont les éditions Joëlle Losfeld qui publieront le roman en 2019 (traduction de Christophe Mercier), une sortie qui passera quasiment inaperçue. Encouragées par le succès critique et populaire de Betty, les éditions Gallmeister lui offrent une seconde chance avec une traduction de François Happe (à qui l’on doit déjà la version française de Betty).

Tiffany McDaniel est originaire de l’Ohio, il n’est donc pas étonnant que le Midwest serve de scène à ses intrigues. Ne cherchez toutefois pas Breathed sur une carte de l’état, le patelin qui sert de toile de fond aux romans de l’auteure n’existe que dans son imagination.

« L’enfer, c’est les autres » affirmait Sartre dans Huis Clos. C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit en lisant ce roman, face aux paroles pleines de bon sens et de sagesse de ce petit diable auto-proclamé, une bande de dégénérés du bulbe aux neurones grillés par le soleil répond par l’obscurantisme, le fanatisme et la haine. Comme j’ai souhaité que Sal soit vraiment le diable et envoie ces péquenots décérébrés cramer en enfer.

Honnêtement les histoires de Sal m’ont vrillé les tripes et le cœur, nul besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre – très vite – que ces histoires n’en sont pas vraiment. Putain ce gamin m’a vraiment touché comme rarement un personnage de fiction a su le faire.

Bien sûr Fielding est aussi un gamin très sympathique, toujours prêt à aider son nouvel ami même s’il ne le comprend pas toujours. Mais je n’ai pas ressenti la même empathie émotionnelle que pour Sal.

À l’opposé j’ai éprouvé une haine viscérale – là encore, rarement ressentie en lisant un bouquin – pour cette enflure de nain de jardin. Je doute fort que le choix de son nom soit le fruit du hasard (en hébreu Elohim désigne un dieu ou une divinité), un patronyme en totale opposition avec ses actes.

Le choix de l’année 1984 ne doit rien au hasard, c’est en effet l’année où l’Amérique et le monde découvrent le SIDA. Une pathologie encore mal comprise qui s’accompagne de son lot de peurs et de préjugés (aussi irrationnels les unes que les autres), quand elle n’est pas tout simplement considérée comme un châtiment divin. Connerie quand tu nous tiens !

Le récit est à la première personne, Tiffany McDaniel offre sa plume à la voix de Fielding pour nous raconter cet été 1984 mais pas que… En effet, ce n’est le jeune Fielding qui nous raconte son histoire, mais un vieil homme âgé de 84 ans. En plus de cet été où tout a basculé pour lui et sa famille, il nous raconte des bribes de son propre parcours. un parcours souvent chaotique, marqué au fer rouge par les événements de l’été 1984.

La plume de l’auteure est d’une remarquable efficacité, aussi bien pour nous faire partager les moments de bonheur (telles que les joies simples et innocentes de deux adolescents qui développent une amitié quasi fraternelle) que ceux de douleur. Elle vous fera passer du rire aux larmes en quelques phrases, incroyable la puissance qui se dégage de son écriture (et par la même occasion chapeau bas au traducteur, François Happe).

Vous l’aurez sans doute compris j’ai été complétement emballé (et plus encore) par ce bouquin, impossible donc de ne pas lui attribuer 5 Jack et un coup double (coup de cœur et coup de poing). Un verdict amplement mérité.

Petite pause culturelle. D’un point de vue psychologique, Mme Bliss, la mère Fielding, souffre d’ombrophobie ; c’est en effet le mot « savant » pour désigner la peur de la pluie (et par extension des orages). Un cas loin d’être isolé puisque ce serait la phobie la plus répandue en France, devant l’arachnophobie et la mégalophobie (source All About Cats). Je ne serai pas surpris que cela soit la conséquence directe des dérèglements climatiques et des fortes pluies à l’origine de nombreuses inondations destructrices.

MON VERDICT

Coup double

Ci-dessous la couverture du roman publié par Joëlle Losfeld, force est de reconnaître que si j’étais passé à côté de ce bouquin en 2019 je ne lui guère accordé plus d’un regard : auteure inconnue au bataillon, le clocher d’une église qui s’étale sur la couverture et un titre qui ne m’inspire pas outre mesure… L’effet Betty, associé au formidable travail de traduction de François Happe, a totalement changé la donne.

[BOUQUINS] Tiffany Quay Tyson – Un Profond Sommeil

AU MENU DU JOUR


Titre : Un Profond Sommeil
Auteur : Tiffany Quay Tyson
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : Etats-Unis (2018)
400 pages

De quoi ça cause ?

1976, White Forest, un trou paumé au fin fond du Mississipi. Même si la carrière abandonnée traîne une sale réputation, c’est le seul point d’eau dans lequel les enfants peuvent se rafraîchir au cœur de l’été. Un après-midi de juillet, alors que le soleil tape fort, Willet et Bert y emmènent leur jeune sœur Pansy, pour s’y baigner.

En quête de baies sauvages et surpris par un orage, ils perdent leur cadette de vue durant quelques minutes. De retour à la carrière, ils ne peuvent que constater que Pansy a disparu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, ce qui en soi est déjà un sacré gage de qualité. Et parce que c’est l’occasion de découvrir une nouvelle auteure.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est dans son poème L’isolement que Lamartine affirme « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Une sentence encore plus vraie quand l’être en question est un enfant et que sa disparition laisse planer des doutes – mais aussi des espoirs – quant à son devenir.

C’est le drame qui va frapper la famille Watkins au cours de l’été 1976. Pour Willet et Bert, qui devaient garder un œil sur leur petite sœur, cette disparition va les obliger à entrer prématurément dans le monde des adultes, mais aussi à composer avec le poids de la culpabilité. Quant à leur mère elle s’enfonce inexorablement dans une dépression qui la vide de toute volonté et énergie. Le père est aux abonnés absents, disparus depuis des semaines sans avoir laissé le moindre mot d’explication.

Les semaines, les mois puis les années vont passer sans qu’aucun nouvel élément ne vienne éclairer les circonstances de la disparition de Pansy. Malgré leur peine et leur culpabilité Willet et Bert vont devoir aller de l’avant, même si rien ne sera jamais plus comme avant pour eux. Comme tout un chacun ils traverseront le temps en alternant entre les hauts (plutôt rares) et les bas qui rythment l’existence.

Une tranche de vie qui s’étale sur plus de sept années, du delta du Mississipi aux marécages des Everglades, une quête de la vérité qui va lever le voile sur bien des secrets de famille enfouis depuis trop longtemps et trop profondément. Une vérité parfois douloureuse à entendre mais c’est toujours mieux que de vivre dans le mensonge et l’ignorance.

Tous les chapitres se divisent en deux parties distinctes. Ils commencent par le récit des événements depuis la disparition de Pansy, écrit à la première personne, c’est Bert qui nous guide à travers l’intrigue. La seconde partie nous raconte l’histoire de White Forest et de la famille Watkins, une histoire qui s’est trop souvent écrit dans la douleur, les larmes et le sang. Deux arcs narratifs qui vont se justifier et se rejoindre dans les derniers chapitres du roman, créant ainsi un pont entre le passé et le présent.

Ce n’est pas forcément flatteur pour les Etats-Unis mais force est de constater les choses n’ont pas beaucoup évolué au fil des ans. Certes la ségrégation appartient au passé mais cela n’empêche pas une montée en puissance des extrêmes et du racisme qui va bien souvent de pair.

Pour un premier roman, Tiffany Quay Tyson nous livre un bouquin parfaitement maîtrisé de bout en bout, même en cherchant bien je ne lui trouve aucune fausse note. Un titre qui mettra parfois vos nerfs à rude épreuve, d’une noirceur sans fond mais de laquelle l’auteure parvient à faire jaillir une étincelle d’espoir et de bonheur… alors que l’on s’était résigné à un récit bercé de douleurs et de désillusions.

J’avoue que le choix du titre français me laisse perplexe, le titre original, The Past Is Never (Le passé c’est jamais), est en effet beaucoup plus raccord avec le contenu. Quoi qu’il en soit je peux vous assurer que cette lecture sera tout sauf soporifique. Une lecture qui se solde par un coup de cœur amplement mérité.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Norek – Dans Les Brumes De Capelans

AU MENU DU JOUR


Titre : Dans Les Brumes De Capelans
Série : Victor Coste – Livre 4
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait six ans que Victor Coste a quitté la SDPJ 93 et disparu sans un mot d’explication. Six ans qu’il officie à Saint-Pierre sous le sceau du « Secret Défense » pour le compte du Service de Protection des Témoins. Sa mission : évaluer si des criminels repentis méritent une seconde chance, en échange des informations qu’ils sont susceptibles de livrer.

Quand la procureure Saint Croix, directrice du SPT, lui confie sa nouvelle mission Coste est déstabilisé. On lui confie une jeune femme qui a été détenue dix longues années par un tueur en série insaisissable. Son rôle : la faire parler afin d’identifier et de neutraliser celui qui a déjà tué neuf adolescentes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le simple fait que ce soit Olivier Norek suffirait à me convaincre de tout lâcher pour me ruer sur son nouveau roman. Cerise sur le gâteau c’est aussi le grand – et très attendu – retour de Victor Coste.

Ma Chronique

Je pense pouvoir affirmer sans l’ombre d’une hésitation que Victor Coste était certainement l’un des personnages (sinon LE personnage) de fiction que j’avais le plus hâte de retrouver. Faut dire qu’à la fin de Surtensions, le gars n’est pas franchement au mieux de sa forme (et il y avait de quoi être dévasté)…

Avant d’entrer dans le vif du sujet je vais lever le voile sur la question récurrente quand on souhaite se lancer dans une série littéraire : faut-il avoir lu les précédents romans avant de lire celui-ci ? Il est vrai que ce quatrième opus est complètement différent des précédents, mais pour apprécier pleinement la situation de Coste, je reste convaincu qu’il vaut mieux avoir lu la Trilogie 93 avant d’attaquer celui-ci. C’est la meilleure façon de réaliser le lien qui l’unissait à son groupe de la SDPJ 93. D’autre part si vous lisez ce roman avant d’avoir lu Surtensions, vous plomberez toute l’intensité émotionnelle du final.

On oublie les banlieues du 9-3 pour poser ses valises à Saint-Pierre. J’en vois déjà qui pensent au soleil de la Martinique ou de la Réunion, rangez vos crèmes et lunettes solaires ! La nouvelle vie de Coste se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon (sortez les doudounes, les bonnets et les gants !).

Officiellement Coste est chef de la Police Aux Frontières, un chef peu présent pour son équipe, puisque cette fonction n’est qu’une couverture visant à dissimuler son véritable rôle au sein du tout récent Service de Protection des Témoins. Un rôle taillé sur mesure puisqu’il consiste à bosser en solitaire et dans le plus grand secret.

Ça ne pourrait mieux tomber vu que Coste est devenu du genre plutôt taiseux, il vit en ermite dans une résidence de fonction hypersécurisée. Ses seuls contacts non professionnels avec l’extérieur sont son vieux voisin, Armand, et sa petite-fille, Esther. Et ils ont dû s’armer de patience avant que le flic ne baisse sa garde.

Et v’là t’y pas que sa boss, la procureure Saint Croix, lui balance dans les pattes une jeune femme dont il doit gagner la confiance afin de la faire parler. Comme lui, Anna est une grande blessée de la vie. Disparue du domicile familial à l’âge de 14 ans, elle était considérée comme fugueuse. Jusqu’à ce que la police la retrouve, dix ans plus tard, captive d’un tueur en série qui tient la police en échec tout en multipliant les meurtres d’adolescentes.

La procureure Saint Croix espère secrètement que la cohabitation entre ces deux âmes en peine fonctionnera comme une sorte de réparation réciproque…

J’en vois déjà qui se disent que j’ai dû abuser d’œufs Kinder et qu’une méchante bestiole a pris le contrôle de mon neurone, me poussant à vous raconter tout le bouquin. Rassurez-vous il n’en est rien, pas de chocolats Kinder parfumés à la salmonelle au programme (mon fournisseur de chocolat Ferrero fait venir ses produits d’Australie… et je préfère de loin les rochers aux œufs), pas non plus de spoiler à outrance (la preuve, j’arrête là) !

Ce roman aurait pu constituer une sorte de second départ pour Victor Coste, mais le gars est loin d’être réparé quand on le retrouve. On est plutôt dans une vague tentative de rafistolage, genre j’érige une carapace autour de ma personne et de ma vie afin de ne rien casser de plus… mais ce qui était déjà cassé n’est pas pour autant réparé.

Dans ce roman Olivier Norek ne laisse rien au hasard, chaque personnage, chaque élément du récit (même le plus anodin) trouve sa place pour faire avancer l’intrigue.

L’essentiel de l’intrigue est bien entendu porté par le duo formé par Victor et Anna. Deux âmes brisées qui vont devoir apprendre à se faire confiance. Mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant des faire-valoir, à commencer par le tueur traqué aussi bien par les enquêteurs en Métropole que par Coste à Saint Pierre. Un autre duo permettra à Victor et Anna d’aller de l’avant, il s’agit bien entendu d’Armand et d’Esther. Armand passionné de criminologie s’ennuie un peu sur ce caillou qui n’a connu que trois véritables affaires criminelles. Même les flics de la police aux frontières – qui doutent sérieusement de leur nouveau chef – et les gendarmes (une en particulier) vont permettre de faire avancer l’intrigue.

Enfin l’île de Saint-Pierre (et son climat, dont les fameuses brumes qui font office de titre) est quasiment à considérer comme un personnage à part entière. On sent bien que Olivier Norek a eu un gros coup de foudre pour ce petit coin de France perdu au milieu de l’Atlantique Nord.

L’intrigue n’est pas forcément la plus intense qui soit au niveau du rythme (même si je vous garantis certaines poussées d’adrénaline), elle est toutefois rondement menée et psychologiquement éprouvante. Une fois de plus l’auteur démontre qu’il n’a pas son pareil pour renverser une situation. Et une fois encore l’humain et les relations humaines (dans toute leur complexité) seront la clé de voûte du récit.

Un retour attendu qui s’est révélé largement à la hauteur de mes attentes, Olivier Norek fait du neuf avec du vieux en proposant à Victor Coste de relever des défis jusqu’alors inédits pour lui. Pas moyen de tergiverser, il lui faut la totale : 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing).

Pour l’anecdote, Saint-Pierre et Miquelon fait partie des destinations futures possibles si un jour nous devions quitter la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas à l’ordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais, mais SP&M était un point de chute que nous avions retenu.

PS : aucun animal n’a été maltraité au cours du présent roman, au contraire Olivier Norek se rachète en soulignant l’action au service de la cause animale de l’association SPM3A (Saint-Pierre-et-Miquelon Aide Aux Animaux).

PPS : il y a bien un spécimen que Victor va prendre un malin plaisir à dérouiller, mais lui nous n’avons aucune envie de le prendre en pitié, au contraire…

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Grand Monde

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Grand Monde
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Les fils Pelletier ont quitté la famille et le Liban pour suivre leur propre voie.

Jean est un modeste employé qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire de sa vie. Il vit à Paris avec une épouse qui lui mène la vie dure. Pas étonnant qu’avec une telle mégère à la maison, il lui arrive de craquer et de laisser libre cours à ses pulsions.

François aussi est installé à Paris. Pour ses parents il est étudiant à l’école Normale, dans les faits il rêve de se faire une place dans le milieu du journalisme. Et justement, il va se retrouver, par le plus grand des hasards, aux premières loges d’un fait divers à même de défrayer la chronique.

Etienne est parti à Saigon dans l’espoir de retrouver son grand amour. Employé de banque il va découvrir les rouages d’un trafic dont tout le monde s’accommode. Un trafic dont il va lui-même profiter avant de creuser certaines pistes suspectes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il n’était pas question de passer à côté de cette nouvelle saga non-historique (l’auteur se défend d’écrire des romans historiques) consacrée aux trente glorieuses (1945-1975).

Ma Chronique

Après la trilogie Les Enfants Du Désastre qui se déroulait sur la période de l’entre-deux guerres, Pierre Lemaitre fait un bond en avant de quelques années pour initier sa nouvelle saga, Les Années Glorieuses. Comme son nom l’indique fort justement, c’est la période des trente glorieuses qui servira de toile de fond à ce nouveau cycle.

On fait table rase des Maillard, Périncourt et consorts (quoique, vous verrez que le bougre – Pierre Lemaitre – nous réserve quelques étonnantes surprises en lien direct avec sa précédente trilogie) pour faire place à la famille Pelletier.

Et niveau surprises le Pierrot est généreux, il n’y va pas avec le dos de la cuillère pour renverser une situation ou lever le voile sur un mystère. Il n’y a rien à redire, vous en aurez pour votre argent et plus d’une fois vous vous retrouverez les yeux comme des soucoupes et la gueule ouverte tant vous serez pris de court.

Les talents de narrateur de Pierre Lemaitre ne sont plus à démontrer, mais j’ai trouvé qu’il s’était surpassé dans ce roman. Que ce soit dans les dialogues, dans le portrait de ses personnages ou dans la déroulé de l’intrigue, rien n’est laissé au hasard. Et forcément le style et la verve font mouche.

Il faut dire qu’avec la famille Pelletier, l’auteur s’offre un terrain de jeu aux possibilités quasiment illimitées, et il ne se prive de l’exploiter à fond et pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Les parents, Louis et Angèle, vivent à Beyrouth où ils ont fait prospérer leur affaire, une savonnerie reconnue dans tout le Liban. À leur grand dam, les enfants ne veulent pas reprendre le flambeau de l’entreprise familiale… il y en a bien un (Jean l’aîné de la fratrie) qui a essayé, mais le moins que l’on puisse dire c’est que ce ne fut pas concluant.

Il faut dire que Jean n’a pas la fibre industrielle… d’ailleurs on se demande – et lui aussi – quelle pourrait bien être sa fibre et de quel avenir il rêve. Jean, plus ou moins affectueusement surnommé Bouboule, à deux mains gauches et autant de force de caractère qu’une huitre au bord d’une autoroute en pleine canicule. Pour couronner le tout, jean doit supporter les sautes d’humeur et les reproches de son épouse acariâtre, Geneviève.

Pour ses parents Philippe suit un cursus à Normale Sup’, dans les faits il se rêve journaliste. Et par un heureux (allez dire ça à la malheureuse victime) hasard, il va se retrouver au cœur d’un fait divers qui pourrait bien lancer sa carrière. Côté cœur, Philippe est plutôt du genre à papillonner et à butiner çà et là.

Etienne part pour Saigon où la guerre d’Indochine fait rage. C’est qu’il a hâte de rejoindre son beau légionnaire, Raymond. Mais sur place point de Raymond, où qu’il s’adresse on lui oppose une omerta angoissante. Embauché à l’Agence des monnaies, Etienne découvre un trafic lucratif connu de tous (ce qui deviendra, quelques années plus tard, l’affaire des piastres) et décide donc d’en profiter tout en poursuivant ses recherches à propos de Raymond.

Hélène, la petite – dix-huit ans, bientôt dix-neuf – dernière est restée à Beyrouth. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle s’emmerde ferme chez les parents et rêve d’indépendance. Elle aussi souhaite couper le cordon et tracer sa voie…

Beyrouth, Paris, Saigon, ce bouquin est une invitation au voyage (en période de pandémie et de restrictions en tout genre – notamment sur les voyages, ça met du baume au cœur). C’est aussi et surtout le portrait d’une famille et d’une époque de désillusions (après la liesse de la Libération, la dure réalité reprend ses droits). Une saga familiale qui se teinte parfois d’un soupçon de roman policier… même si l’enquête en question est menée par un juge qui a dû trouver son diplôme dans une pochette surprise.

Fidèle à ses habitudes, Pierre Lemaitre apporte le même soin à ses personnages secondaires, une impressionnante galerie de portraits aussi disparates les uns des autres qui contribue largement à donner vie à son intrigue.

Un premier tome tout simplement magistral qui donne vraiment envie de découvrir la suite, nul doute que les Pelletier ont encore beaucoup à nous raconter… à moins que l’auteur ne parte sur une autre piste afin de poursuivre le décryptage des trente glorieuses.

Amis lecteurs, amies lectrices, qui avez lu ce fabuleux roman, oserez-vous avouer que vous aussi vous avez tremblé pour ce pauvre Joseph ? C’est le moment où ceux qui n’ont pas lu le bouquin mais se sont coltinés ma chronique se demandent de quoi je cause. Putain, mais c’est qui ce Joseph ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Margaret Atwood & Renee Nault – La Servante Écarlate

AU MENU DU JOUR


Titre : La Servante Écarlate – Le Roman Graphique
Auteur : Margaret Atwood
Adaptation et illustrations : Renée Nault
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : Canada (2019)
248 pages

De quoi ça cause ?

June a connu le monde d’avant Galaad. Elle avait une famille, un emploi et une vie… avant d’être réduite au rang de Servante affectée à un commandant, et de devenir Defred (comprendre la servante du commandant Fred). Désormais sa seule raison d’être est de donner un enfant à « son » commandant…

Ma Chronique

J’aimerais que cette histoire soit différente.
J’aimerais qu’elle soit plus civilisée.
J’aimerais qu’elle me présente sous un jour meilleur, sinon plus heureuse, du moins plus active, moins hésitante.
J’aimerais qu’elle ait plus de chair.

Comme vous le savez peut-être j’ai pris mon temps avant de découvrir le roman culte de Margaret Atwood ; comme la grande majorité, j’ai été à la fois séduit et glacé par cette dystopie des plus sombres (je sais dystopie et sombre ça fait un peu pléonasme, voire même lapalissade).

Quand j’ai appris qu’une adaptation graphique existait, j’étais à la fois déterminé à la lire au plus vite et curieux de voir comment le dessin allait restituer toute la noirceur du récit.

Le texte du roman graphique se base sur la nouvelle traduction de Michèle Albaret-Maatsch, une traduction qui tend uniquement à harmoniser certains choix opérés à l’occasion de la sortie du second opus, Les Testaments.

On retrouve dans la narration la colère sourde de Defred, mais aussi sa résignation face à sa situation ; comme je m’y attendais, ça m’a moins dérangé qu’à la lecture du roman.

Pour illustrer le récit, l’artiste canadienne Renee Nault opte pour l’aquarelle. Le choix des couleurs (avec une logique prédominance du rouge) et de la mise en page vient sublimer le récit, notamment quand il s’agit de distinguer le présent des souvenirs de Defred. Le trait volontairement imprécis tend à renforcer l’aspect impersonnel de la vie à Galaad. Le visuel est une totale réussite du point de vue esthétique.

Je ne reviendrai pas sur mon ressenti vis-à-vis de l’intrigue à proprement parler, il est le même qu’à la lecture du roman (cf. ma chronique). Comme je l’ai dit plus haut, les illustrations apportent un réel plus au récit en renforçant sa noirceur.

Ce roman graphique est une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Margaret Atwood. Même si vous avez déjà lu le bouquin, cette adaptation vous en mettra plein les mirettes et vous glacera les sangs. Une telle réussite vaut bien un ultime coup de cœur de l’année 2021.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

AU MENU DU JOUR


Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Fabrice Colin & Richard Guérineau – Seul Le Silence

AU MENU DU JOUR


Titre : Seul Le Silence
Auteur : R.J. Ellory
Scénario : Fabrice Colin
Dessin : Richard Guérineau
Éditeur : Phileas
Parution : 2021
Origine : France
110 pages

De quoi ça cause ?

1939. Augusta Falls (Georgie). Joseph Vaughan, 12 ans, perd l’insouciance de sa jeunesse en même temps que son père. Peu après il découvre le corps d’une fillette atrocement mutilé, la première victime d’une longue liste.

Au fil des ans et des meurtres – dont certains le toucheront de très près –, Joseph semble poursuivi par une tragique malédiction. Mais jamais il ne renoncera à découvrir sur ces crimes et leur auteur. Un choix qu’il paiera cher, très cher…

Ma Chronique

Seul Le Silence, le roman de R.J. Ellory est le premier titre de l’auteur publié en français (chez Sonatine en 2008). L’occasion pour le public français de découvrir un titre qui laissera son empreinte dans la littérature noire et un auteur au talent incontestable (ce qui ne se démentira pas au fil des romans qui suivront).

L’intrigue du roman est d’une densité incroyable et d’une noirceur absolue, à peine atténuée par une écriture presque poétique. C’est aussi un portrait psychologique détaillé autour du personnage de Joseph Vaughan. Le tout concentré sur plus de 500 pages.

Comment restituer un ensemble aussi complexe et complet dans un roman graphique d’une grosse centaine de pages ? J’avoue que j’étais aussi curieux que sceptique. Un sacré challenge pour Fabrice Colin, il faut aller à l’essentiel sans dénaturer le roman.

Un challenge que le scénariste remporte haut la main. On retrouve en effet tous les éléments qui font la force du roman. La noirceur est omniprésente, le profil psychologique de Joseph Vaughan est criant de réalisme, même la poésie de la narration est au rendez-vous.

Pour Richard Guérineau le challenge n’était pas moindre, à charge pour lui de créer une ambiance graphique qui colle à l’intrigue et aux personnages. Là encore le défi est relevé avec succès. Le trait est précis, le choix des couleurs et les alternances entre les angles de vue (du grand angle au plan rapproché), selon les besoins de l’intrigue, sont d’une minutie à couper le souffle.

Peut-être vous demandez-vous si le fait d’avoir lu le roman avant son adaptation graphique ne gâche pas tout ou partie du plaisir. On serait en effet tenté de penser que, connaissant l’identité du tueur, l’intrigue perdrait en saveur, mais il n’en est rien. Au contraire, j’ai ainsi pu prendre mon temps pour apprécier pleinement chaque page du roman graphique.

Cette adaptation est une totale réussite qui devrait combler aussi bien ceux qui ont lu le roman de R.J. Ellory que ceux qui découvriront l’intrigue sous sa forme graphique. C’était un pari audacieux – voire impossible –, mais Fabrice Colin et Richard Guérineau réussissent à restituer l’essentiel du roman ; j’aime beaucoup l’expression « extraire la substantifique moelle », c’est précisément ce que fait ce roman graphique.

MON VERDICT

Coup double