[BOUQUINS] Serge Le Tendre & Frédéric Peynet – Astérios, Le Minotaure

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Titre : Astérios, Le Minotaure
Scénario : Serge Le Tendre
Dessin : Frédéric Peynet
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

Vaincu par Astérios, le Minotaure, Thésée l’écoute lui raconter l’histoire de Dédale et la sienne. Une confession est bien loin de ce que la légende raconte…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

En lançant la collection Mythologies, les éditions Dargaud prennent le pari audacieux de revisiter quelques récits phare de la mythologie grecque. C’est ainsi que Serge Le Tendre, le scénariste, a décidé de mettre en avant la part d’humanité de ces héros mais aussi de ces anti-héros. C’est ce dernier aspect qui a fait que mon choix s’est porté sur l’album Astérios, Le Minotaure.

Nul besoin d’être passionné de mythologie grecque pour connaître, dans les grandes lignes, la légende de Thésée et du Minotaure. Vous savez donc certainement que dans l’histoire le Minotaure en question n’a pas vraiment le bon rôle.

Oubliez tout ce que vous savez ou croyez savoir en ouvrant cet album. Laissez-vous simplement guider par le récit d’Astérios pour découvrir son histoire et celle de son père adoptif, Dédale.

J’ai été totalement emballé par cette revisite qui nous propose de découvrir un Minotaure victime de l’intolérance et de la cruauté des hommes. Finalement un monstre qui va s’avérer plus humain que bien des humains… et même Thésée ne rachètera pas son espèce.

Ce récit est l’occasion de croiser quelques grands noms de la mythologie grecque, à commencer par le roi Minos, Dédale et son fils Icare mais aussi Ariane (insociable de la légende de Thésée et du Minotaure) qui a une relation très forte avec son demi-frère Astérios.

Le dessin de Fréderic Peynet est sublime, que ce soit par la finesse du trait, le choix des couleurs ou encore la luminosité des cases. Les émotions et les expressions des personnages sont ainsi parfaitement mises en valeur (y compris celles d’Astérios).

J’avoue être nettement moins familier des autres histoires de la collection (Pygmalion, Héra et Tirésias) mais il n’est pas impossible que je laisse tenter si ces albums venaient à croiser ma route.

Pour info, Serge Le Tendre n’est pas un inconnu pour les amateurs de BD et de fantasy, il est en effet à l’origine (entre autres) du cultissime cycle de La Quête De L’Oiseau Du Temps.

MON VERDICT

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[BOUQUINS] Chip Mosher & Peter Krause – Blacking Out

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Titre : Blacking Out
Scénario : Chip Mosher
Dessin : Peter Krause
Couleurs : Giulia Brusco
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

Conrad, ex-flic viré à cause de son alcoolisme, voit une chance de racheter ses erreurs passées quand un avocat lui demande de trouver des preuves qui innocentent son client, accusé du meurtre de sa fille.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley pour l’envoi de cette BD.

La quatrième de couv’ nous promet un « thriller rapide, violent et poisseux », il n’en fallait pas davantage pour m’appâter… en espérant que le résultat soit à la hauteur de mes attentes.

Le contexte tient une place de premier choix dans le déroulé de l’intrigue, la Californie est en proie à des incendies qui ravagent tout sur leur passage… un décor malheureusement très réaliste ces derniers étés.

Conrad (qui a un petit air de Keanu Reeves) est un ex-flic qui s’est fait lourder à cause de son alcoolisme (y’a pas des masses de patrons qui acceptent que leurs salariés boivent au bureau), depuis il vivote en tant que privé. Quand un avocat lui offre de trouver des preuves qui innocenteraient son client, accusé d’avoir tué sa fille, il y voit une opportunité de se racheter et de faire oublier son passé. Il est déterminé à trouver ces fameuses prouves mais aussi à découvrir le vrai coupable de ce meurtre.

Pas facile de faire tenir une enquête sur une soixantaine de pages, cela implique d’aller à l’essentiel sans détour. Une tâche dont s’acquittent fort bien les auteurs de cette bande dessinée. Certes on aurait aimé un peu plus de complexité mais le format choisi ne s’y prête pas. Malgré tout l’intrigue reste plutôt bien ficelée, et nul doute que le twist final – une tuerie – vous laissera sur le cul.

Les auteurs ont quand même réussi à placer une histoire de cœur au milieu de leur enquête… un peu de douceur dans ce monde de brutes et surtout un peu de lumière dans un décor très noir. Mais là encore, rien n’est simple dans la vie d’un héros.

Le découpage irrégulier des pages contribue au rythme de l’intrigue, le trait est fin et précis, la mise en couleurs apporte un véritable bonus esthétique à l’ensemble.

La BD est complétée d’une galerie d’illustrations qui permet de mesurer la justesse du dessin de Peter Krause qui peut étoffer davantage ses décors et ses personnages.

Promesse tenue donc. Une BD qui devrait ravir les amateurs de polars qui fleurent bon le noir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Harold Schechter & Eric Powell – Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série

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Titre : Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série
Scénario : Harold Schechter & Eric Powell
Dessin : Eric Powell
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2021)
288 pages

De quoi ça cause ?

Le 16 novembre 1957 Ed Gein est arrêté pour le meurtre de Bernice Worden, une commerçante de Plainfield. Les policiers ne le savent pas encore mais ce qu’ils vont découvrir dépasse l’entendement.

Comment Ed Gein en est-il arrivé là ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

À la base je n’avais pas prévu de lire ce bouquin tout de suite, j’ai eu le malheur de l’ouvrir « juste pour voir »… et je n’ai plus pu le refermer avant de l’avoir terminé ! Et du coup je me le suis fait quasiment d’une traite.

Il faut dire que je suis le client idéal pour ce genre de bouquin, j’ai toujours été intéressé par le phénomène des serial killers. J’étais donc particulièrement curieux de voir comment le cas Ed Gein pourrait être traité au format roman graphique.

Avec deux victimes officiellement reconnues, Ed Gein n’est pas un serial killer au vu de la nomenclature admise du terme puisqu’il faut avoir au moins fait trois victimes. Toutefois les faits de nécrophilie qui lui sont reprochés (ainsi que de sérieux doutes sur d’autres victimes potentielles) justifient qu’il soit malgré tout considéré comme tel. Sans parler de l’impact qu’il aura ultérieurement sur la production cinématographique et plus largement sur la pop culture (cf. plus bas).

Plutôt que de miser sur le sensationnalisme, l’intégralité du roman graphique se présente comme une analyse factuelle de l’affaire Ed Gein basée sur les documents officiels et les extraits de journaux de l’époque et agrémentée d’éléments de fiction afin de consolider le récit. Un gros travail de documentation parfaitement synthétisé et scénarisé par Harold Schechter.

Le récit se décline sur onze chapitres qui couvriront une grande partie de la vie d’Ed Gein, il est complété par des annexes (un entretien avec un psychiatre ayant suivi Ed Gein et un autre avec une voisine) et un carnet de croquis préliminaires au roman.

De l’enfance d’Ed Gein on peut retenir un père alcoolique et parfois violent, mais surtout une mère complètement bigote et autoritaire (la grenouille de bénitier version XXL). Pas franchement le foyer des Bisounours, mais Ed Gein vouait une adoration totale à sa mère… son décès en 1945 aura sans doute suffi à faire péter des câbles déjà pas très bien connectés les uns aux autres.

Par la suite l’enquête et le procès essayeront de dessiner un profil psychologique d’Ed Gein mais plonger démêler l’écheveau qui constitue l’esprit de Gein ne sera pas une sinécure. D’autant que le gars n’aura de cesse de se contredire et semble incapable de la moindre empathie.

De fait, aujourd’hui encore il subsiste quelques zones d’ombre autour de l’affaire Ed Gein, de sérieux soupçons sur d’autres victimes potentielles qui n’ont jamais pu être identifiées, de même on ne sait pas avec certitude jusqu’où ses penchants nécrophiles ont pu le pousser… Comme le résume fort justement un journaliste à la fin du roman :

Dans les faits, le type a tué deux femmes, déterré plusieurs corps et fabriqué des choses avec leur peau. C’est ça, les faits.
À part ça…
Le seul à vraiment savoir ce qui s’est passé dans cette maison… C’est Ed Gein.

Le fait de ne pas chercher à diaboliser à tout prix Ed Gein rend le récit encore plus glaçant, ce n’est pas un monstre l’auteur de ces horreurs mais un gars presque comme vous et moi.

Le roman ne se focalise pas uniquement sur Ed Gein et sa personnalité aussi complexe que trouble, il s’intéresse aussi à l’impact qu’aura l’affaire sur les habitants de Plainfield. Des habitants qui, pour la plupart, considéraient Ed Gein un type gentil mais pas très fûté… bien loin de s’imaginer les horreurs qu’abritaient la vieille ferme des Gein.

Le dessin d’Eric Powell est juste sublime, le trait hyper réaliste restitue à la perfection les émotions des personnages, le choix des nuances de gris est parfaitement adapté au récit. Là encore il n’y a aucune surenchère sur l’aspect horrifique des faits, tout est parfaitement dosé. C’est un régal pour les yeux.

Concernant le choix du titre j’avoue avoir une petite préférence pour la version originale : Did You Hear What Eddie Gein Done ? que l’on pourrait traduire par Vous avez entendu (entendu dire) ce qu’Ed Gein a (aurait) fait ?. Toutefois, il est vrai que l’analyse a posteriori des actes d’Ed Gein pourrait, quelque part, s’apparenter à une autopsie même si celle-ci est plus psychologique que physique.

Avant Ed et Psychose, les monstres des films venaient systématiquement d’ailleurs : Transylvanie, Allemagne, Angleterre… Ou de l’espace.
Sous les traits de Norman Bates, Ed Gein introduisit quelque chose de nouveau et de révolutionnaire sur le grand écran : le monstre américain pure souche. La terreur voisine.
Norman Bates ne fut pas la seule icône de film d’horreur que Gein inspira. Il servit également de modèle pour Leatherface et son masque en peau humaine dans Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, ainsi que Jame Gumb alias Buffalo Bill, le tueur en série qui coud un costume en peau à partir des corps écorchés de ses victimes féminines dans Le Silence des agneaux de Thomas Harris.
Mais l’influence culturelle d’Ed fut plus vaste encore. Si Psychose donna naissance au genre “slasher”, la figure d’Ed Gein se dresse derrière chaque psychopathe brandissant un couteau, une hache ou un couperet ayant hanté les écrans dans les décennies qui suivirent.

Dans la même veine, j’ai en stock les quatre titres de la collection Stéphane Bourgoin présente les serial killers publiés chez Glénat, qui s’intéressent à Ted Bundy, Michel Fourniret (retiré depuis sur décision de justice), Gerard Schaefer et Edmund Kemper. 

MON VERDICT


[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns

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Titre : Ladies With Guns
Scénario : Olivier Bocquet
Dessin : Anlor
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

L’Ouest sauvage n’est pas tendre avec les femmes… Une esclave en fuite, une indienne isolée de sa tribu massacrée, une veuve bourgeoise, une fille de joie et une irlandaise d’une soixantaine d’années réunies par la force des choses. Des hommes qui veulent les maintenir en cage. Des femmes qui décident d’en découdre, et ça va faire mal.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma demande.

Ladies With Guns décline le western au féminin, un western à la sauce Tarantino dans lequel les femmes tiennent la dragée haute aux hommes. Il faut dire que ces messieurs n’ont pas vraiment le bon rôle dans cette histoire imaginée par Olivier Bocquet et mise en images par Anlor.

Vont donc devoir, un peu par la force des choses, faire équipe : une jeune esclave en fuite, une Britannique rescapée d’une attaque d’indiens, une indienne loin des siens, une institutrice à la retraite au caractère bien trempée, et une pute de luxe qui s’est carapatée… dans le genre équipe improbable, au fin fond de l’Ouest sauvage, on pouvait difficilement imaginer un assortiment plus décalé.

Le trait est fin et la mise en couleur plutôt judicieuse, ce qui permet des cases riches en détails mais aussi et surtout une excellente restitution des expressions des personnages.

L’intrigue est un condensé d’action (ça bastonne, ça flingue, ça saigne et ça meurt) qui laisse toutefois la part belle à l’humour… même dans les situations les plus dramatiques.

Clairement une lecture faite pour se faire plaisir, bien ficelée sans non plus trop se prendre au sérieux. Le pari du divertissement est remporté haut la main.

Un bémol toutefois, c’est court, très court même… et ce malgré un format proche des classiques français. Mais ce n’est que le premier tome d’une série, le contexte étant désormais posé, on va voir comment nos cinq nanas font s’adapter à leur nouvelle situation.

— Elles ont tué combien de personnes ?
— J’ai perdu le compte, pourtant les comptes ça me connaît. Ce que je sais… c’est qu’elles ont fait un massacre.
— Et elles n’étaient même pas armées.
— Eh ben ! J’ose pas imaginer ce qu’elles feraient si elles avaient des armes…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Margaret Atwood & Renee Nault – La Servante Écarlate

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Titre : La Servante Écarlate – Le Roman Graphique
Auteur : Margaret Atwood
Adaptation et illustrations : Renée Nault
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : Canada (2019)
248 pages

De quoi ça cause ?

June a connu le monde d’avant Galaad. Elle avait une famille, un emploi et une vie… avant d’être réduite au rang de Servante affectée à un commandant, et de devenir Defred (comprendre la servante du commandant Fred). Désormais sa seule raison d’être est de donner un enfant à « son » commandant…

Ma Chronique

J’aimerais que cette histoire soit différente.
J’aimerais qu’elle soit plus civilisée.
J’aimerais qu’elle me présente sous un jour meilleur, sinon plus heureuse, du moins plus active, moins hésitante.
J’aimerais qu’elle ait plus de chair.

Comme vous le savez peut-être j’ai pris mon temps avant de découvrir le roman culte de Margaret Atwood ; comme la grande majorité, j’ai été à la fois séduit et glacé par cette dystopie des plus sombres (je sais dystopie et sombre ça fait un peu pléonasme, voire même lapalissade).

Quand j’ai appris qu’une adaptation graphique existait, j’étais à la fois déterminé à la lire au plus vite et curieux de voir comment le dessin allait restituer toute la noirceur du récit.

Le texte du roman graphique se base sur la nouvelle traduction de Michèle Albaret-Maatsch, une traduction qui tend uniquement à harmoniser certains choix opérés à l’occasion de la sortie du second opus, Les Testaments.

On retrouve dans la narration la colère sourde de Defred, mais aussi sa résignation face à sa situation ; comme je m’y attendais, ça m’a moins dérangé qu’à la lecture du roman.

Pour illustrer le récit, l’artiste canadienne Renee Nault opte pour l’aquarelle. Le choix des couleurs (avec une logique prédominance du rouge) et de la mise en page vient sublimer le récit, notamment quand il s’agit de distinguer le présent des souvenirs de Defred. Le trait volontairement imprécis tend à renforcer l’aspect impersonnel de la vie à Galaad. Le visuel est une totale réussite du point de vue esthétique.

Je ne reviendrai pas sur mon ressenti vis-à-vis de l’intrigue à proprement parler, il est le même qu’à la lecture du roman (cf. ma chronique). Comme je l’ai dit plus haut, les illustrations apportent un réel plus au récit en renforçant sa noirceur.

Ce roman graphique est une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Margaret Atwood. Même si vous avez déjà lu le bouquin, cette adaptation vous en mettra plein les mirettes et vous glacera les sangs. Une telle réussite vaut bien un ultime coup de cœur de l’année 2021.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabrice Colin & Richard Guérineau – Seul Le Silence

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Titre : Seul Le Silence
Auteur : R.J. Ellory
Scénario : Fabrice Colin
Dessin : Richard Guérineau
Éditeur : Phileas
Parution : 2021
Origine : France
110 pages

De quoi ça cause ?

1939. Augusta Falls (Georgie). Joseph Vaughan, 12 ans, perd l’insouciance de sa jeunesse en même temps que son père. Peu après il découvre le corps d’une fillette atrocement mutilé, la première victime d’une longue liste.

Au fil des ans et des meurtres – dont certains le toucheront de très près –, Joseph semble poursuivi par une tragique malédiction. Mais jamais il ne renoncera à découvrir sur ces crimes et leur auteur. Un choix qu’il paiera cher, très cher…

Ma Chronique

Seul Le Silence, le roman de R.J. Ellory est le premier titre de l’auteur publié en français (chez Sonatine en 2008). L’occasion pour le public français de découvrir un titre qui laissera son empreinte dans la littérature noire et un auteur au talent incontestable (ce qui ne se démentira pas au fil des romans qui suivront).

L’intrigue du roman est d’une densité incroyable et d’une noirceur absolue, à peine atténuée par une écriture presque poétique. C’est aussi un portrait psychologique détaillé autour du personnage de Joseph Vaughan. Le tout concentré sur plus de 500 pages.

Comment restituer un ensemble aussi complexe et complet dans un roman graphique d’une grosse centaine de pages ? J’avoue que j’étais aussi curieux que sceptique. Un sacré challenge pour Fabrice Colin, il faut aller à l’essentiel sans dénaturer le roman.

Un challenge que le scénariste remporte haut la main. On retrouve en effet tous les éléments qui font la force du roman. La noirceur est omniprésente, le profil psychologique de Joseph Vaughan est criant de réalisme, même la poésie de la narration est au rendez-vous.

Pour Richard Guérineau le challenge n’était pas moindre, à charge pour lui de créer une ambiance graphique qui colle à l’intrigue et aux personnages. Là encore le défi est relevé avec succès. Le trait est précis, le choix des couleurs et les alternances entre les angles de vue (du grand angle au plan rapproché), selon les besoins de l’intrigue, sont d’une minutie à couper le souffle.

Peut-être vous demandez-vous si le fait d’avoir lu le roman avant son adaptation graphique ne gâche pas tout ou partie du plaisir. On serait en effet tenté de penser que, connaissant l’identité du tueur, l’intrigue perdrait en saveur, mais il n’en est rien. Au contraire, j’ai ainsi pu prendre mon temps pour apprécier pleinement chaque page du roman graphique.

Cette adaptation est une totale réussite qui devrait combler aussi bien ceux qui ont lu le roman de R.J. Ellory que ceux qui découvriront l’intrigue sous sa forme graphique. C’était un pari audacieux – voire impossible –, mais Fabrice Colin et Richard Guérineau réussissent à restituer l’essentiel du roman ; j’aime beaucoup l’expression « extraire la substantifique moelle », c’est précisément ce que fait ce roman graphique.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Chuck Palahniuk & Cameron Stewart – Fight Club 2

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Titre : Fight Club 2
Scénario : Chuck Palahniuk
Dessin : Cameron Stewart
Couleur : Dave Stewart
Éditeur : Super 8
Parution : 2016
Origine : États-Unis (2015/2016)
304 pages

De quoi ça cause ?

Dix ans se sont écoulés depuis la fin du Fight Club et la disparition de Tyler Durden. Débarrassé de son double maléfique, Sebastian s’enlise dans la monotonie de son quotidien. Son couple bat de l’aile, son fils passe son temps libre à essayer de fabriquer du salpêtre artisanal.

Contre toute attente Tyler Durden va resurgir dans la vie de Sebastian, plus déterminé que jamais à faire aboutir ses projets chaotiques et destructeurs…

Ma Chronique

Ca fait déjà quelques années que ce roman graphique traîne dans mes lectures en attente, j’avoue que j’étais tiraillé entre l’envie de découvrir si cette suite serait à la hauteur de son illustre aîné, et par l’absurdité de donner une suite à une œuvre devenue culte dont la fin n’appelle aucune séquelle…

À la base Fight Club est un roman de Chuck Palahniuk publié en 1996 ; un premier roman pour le moins audacieux qui fera l’effet – sans vouloir tomber dans la facilité – d’un uppercut. En 1999, il sera porté à l’écran par David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton dans les rôles principaux (respectivement Tyler Durden et le narrateur), une adaptation (édulcorée) qui rend fidèlement hommage au roman.

Sans vouloir spoiler ceux et celles qui n’auraient pas lu et/ou vu Fight Club, le final était le véritable point d’orgue du récit et n’appelait aucune suite.

Et pourtant vingt plus tard Chuck Palahniuk ose non seulement proposer une suite à son chef d’œuvre, mais opte en plus pour un feuilleton graphique illustré par Cameron Stewart et colorisé par Dave Stewart. Initialement paru en 10 épisodes entre mai 2015 et mars 2016, les éditions Super 8 proposent au public français de découvrir la chose en un volume unique.

Si l’idée de départ (reprendre la vie du narrateur – désormais appelé Sebastian – dix ans après les événements de Fight Club), force est de reconnaître que rapidement on perd pied… à se demander si ce scénario n’a pas été imaginé sous acide ou autre substance hautement hallucinogène. Une chose est sûre pour moi on est plus près du very bad trip que de l’extase.

Il y a bien quelques bonnes idées, mais globalement j’avoue que je suis totalement passé à côté du truc… en admettant qu’il y ait un truc à capter. L’auteur pousse même le vice à se mettre en œuvre comme acteur de son intrigue. Ce qui donne lieu à un final qui vire dans le burlesque, voire le franchement grotesque.

Si le scénario part clairement en cacahuètes, le dessin est plutôt réussi, avec en prime quelques effets visuels surprenants. On va dire que ça évite le naufrage pur et dur sans toutefois sauver l’essentiel.

En « bonus » le roman graphique s’achève sur une fin alternative de Fight Club (le premier du nom) ; vous l’aurez peut-être compris avant que je ne partage mon opinion sur la question (les guillemets autour de bonus devraient vous mettre sur la voie), à l’image de cette suite, la revisite du final ne se justifiait en rien.

Ma curiosité n’espérait pas grand-chose de cette suite… c’est bien le seul point sur lequel ce Fight Club 2 a été à la hauteur de mes attentes. Qu’un auteur s’amuse à déstructurer son œuvre primaire aurait pu être une approche intéressante, mais de là à la dénaturer il n’y a qu’un pas… un pas trop souvent franchi dans cette suite.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac & Guillo – Goldorak

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Titre : Goldorak
Scénario : Xavier Dorison & Denis Bajram
Dessin : Denis Bajram, Brice Cossu & Alexis Sentenac
Couleur : Yoann Guillo
Éditeur : Kana
Parution : 2021
Origine : France
168 pages

De quoi ça cause ?

Dix ans se sont écoulés depuis que la Patrouille des Aigles a défait les forces de Véga et qu’Actarus, aux commandes de Goldorak, est retourné sur Euphor pour essayer de redonner vie à son monde d’origine.

Alors que l’humanité se croyait définitivement hors de portée de la menace de Véga, une soucoupe amirale extra-terrestre apparaît dans le ciel japonais et déploie le plus puissant golgoth de leur armada, l’Hydragon, sur Tokyo…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Goldorak tout simplement ! Le grand retour d’un héros devenu culte que l’on doit à cinq Français, fans de la première heure, avec la bénédiction du mangaka Go Nagai.

Ma Chronique

Si à l’origine Goldorak (Grendizer en VO) est un manga créé par Go Nagai en 1975, le public français le découvrira en 1978 dans l’émission Récré A2 animée par Dorothée (c’est d’ailleurs grâce à elle que la France s’ouvrira aux animes made in Japan et aux mangas).

Force est de reconnaître que l’arrivée de Goldorak sur nos petits écrans était une véritable révolution en soi, ce programme et d’autres proposés par Récré A2 puis par le Club Dorothée proposait du jamais vu en France. Je n’ai pas adhéré à tous leurs dessins animés, mais j’ai tout de suite accroché à Goldorak, et ultérieurement à Albator (1980) et à Ken le Survivant (1989).

Il fallait être sacrément couillu pour reprendre le flambeau plus de 40 ans après la fin de la série… et aussi sacrément fan et motivé pour qu’un tel projet (un peu dingue) obtienne l’adoubement du « père » de Goldorak, le mangaka Go Nagai. Un challenge relevé et remporté par cinq Français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais répondre à la question que vous vous posez peut-être : cette BD s’adresse-t-elle aux seuls fans de Goldorak ? Au risque de passer pour réducteur, je serai tenté de répondre par un oui franc ; c’est clairement la cible première qui va se jeter sur cette BD.

Sur la forme la BD est au format classique (lecture de gauche à droite, puis de haut en bas) plutôt que d’adopter une lecture façon manga (de droite à gauche, puis de haut en bas).

Les auteurs ont eu la bonne idée de proposer un résumé de la série avant de lancer leur propre intrigue. Intrigue sur laquelle je ne vais pas m’appesantir afin de garder intact le plaisir de la découverte. Je dirai simplement qu’elle reste fidèle à l’esprit imaginé par Go Nagai, sans pour autant faire dans le copier-coller basique. Un hommage réussi et brillant.

Une intrigue qui se situe donc dix années après la fin de la série. On retrouve avec plaisir nos personnages préférés ; à commencer par la fameuse Patrouille des Aigles (Actarus, Alcor, Venusia et Phenicia), le Professeur Procyon et les résidents du ranch du bouleau blanc (Rigel, Mizar et Banta).

Des personnages qui ont gagné en maturité, ainsi Alcor est un homme d’affaires à la tête d’une entreprise leader dans son secteur et Venusia est une brillante et prometteuse interne en chirurgie. Actarus n’est plus le héros fougueux qu’il était, marqué par des années de combat et l’échec de renaissance pour Euphor, il navigue entre questionnements, doutes et désillusions. La grande surprise vient de Rigel, dans l’anime il apportait une touche comique plus qu’autre chose, ici il est d’une grande sagesse et son l’expérience qu’il partagera avec Actarus offrira au prince d’Euphor une issue au conflit sans combats.

Du côté des forces de Véga, forcément on découvre une nouvelle unité, la Division Ruine. Si l’ultimatum de base reste 100% dans l’esprit Véga, la suite des événements réservera quelques surprises… sur lesquelles je ne m’attarderai pas. Une approche inédite de la problématique végalienne qui permet aux lecteurs de mieux comprendre (à défaut d’approuver) leur démarche.

Si le général Arkhen est plutôt modéré (pour un végalien), son lieutenant, Kehos, est lui animé par une haine farouche et une soif de vengeance à l’encontre d’Actarus.

Si cette BD (que l’on peut qualifier de roman graphique au vu de sa richesse) laisse une place de choix à l’action, elle brille surtout par la profondeur psychologique accordée aux personnages. Ce qui ne fait que confirmer mon impression, au risque de me répéter, que les auteurs s’adressent aux fans de la première heure de Goldorak, des enfants / adolescents, devenus des adultes qui ont (a priori) gagné en maturité.

Le dessin (trait et couleur) reste fidèle à l’original tout en étant résolument moderne, le résultat est tout simplement époustouflant !

Vous l’aurez compris, cette suite est une totale réussite. À la fois un hommage brillant et un second souffle audacieux totalement maîtrisé.

La BD est complétée par un making of d’une trentaine de pages, outre la genèse de ce projet un peu fou (et de longue haleine), les auteurs nous présentent les différentes étapes du processus créatif, du story-board à la page colorisée.

Une BD achetée en numérique (et commandée en version papier) qui m’aura donné bien du fil à retordre pour la lecture. Le fichier reçu est protégé par un chiffrage LCP et n’est lisible que via le logiciel Thorium. Logiciel gratuit certes, mais qui ne fonctionne qu’en version 64 bits alors que mon système est en 32 bits… Je vous passe les détails quant aux ruses de Sioux que j’ai dû employer afin de contourner le problème.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alan Moore & Dave Gibbons – Watchmen

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Titre : Watchmen
Scénario : Alan Moore
Dessin : Dave Gibbonx
Éditions : Urban Comics / DC Comics
Parution : Delcourt (1998) / Urban Comics (2012)
Origine : États-Unis (1986)
464 pages

De quoi ça cause ?

Quand le Comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête. Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire. Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Ma Chronique

J’avais lu il y a quelques années ce roman graphique signé Alan Moore et Dave Gibbons, cette nouvelle édition (intégrale des 12 épisodes suivie d’une cinquantaine de pages de bonus sur la genèse de Watchmen et ses personnages) est l’occasion de redécouvrir l’incroyable richesse de ce récit.

Initialement diffusé aux États-Unis au rythme d’un épisode mensuel entre septembre 1986 et octobre 1987 pour DC Comics, le public français devra attendre 1992 pour découvrir la série proposée en 6 tomes par les éditions Zenda. Toutefois ce sont les éditions Delcourt et leur édition intégrale proposée en 1998 qui lancera vraiment le phénomène Watchmen en France.

Jamais le terme roman graphique n’aura été aussi approprié, Watchmen est bien plus qu’une BD améliorée. Déjà par l’épaisseur de la chose (plus de 460 pages et plus d’un kilo six… bien que possédant la version papier je me suis rabattu sur une édition numérique en haute définition).  Mais c’est surtout la richesse et la densité de l’intrigue qui place Watchmen et le scénario imaginé par Alan Moore à la hauteur de meilleurs romans d’anticipation.

Alan Moore voulait proposer une histoire du super-héros qui se détache de l’univers de DC Comics et qui offrirait une approche totalement inédite. Un pari qu’il remporte haut la main et qui lui laisse une totale liberté d’action dans « son » monde.

C’est dans notre monde qu’il situe son intrigue, mais un monde revisité par une approche à la fois uchronique et dystopique. L’intrigue débute en 1985 aux États-Unis – les USA ont gagné la guerre du Vietnam, le président Nixon a modifié la constitution afin de pouvoir se faire réélire encore et encore –, les tensions avec la Russie sont à leur apogée, à tel point que le monde est aux portes d’un conflit nucléaire.

Une loi votée en 1977 interdit l’action des justiciers masqués. Seuls deux d’entre eux continuent malgré tout d’œuvrer. Le Comédien officie pour le compte du gouvernement, tandis que Rorschach agit dans l’ombre, en totale illégalité. Les autres ont rangé leurs costumes, plus ou moins désabusés.

Ladite loi ne s’applique pas à Dr Manhattan, le seul véritable super-héros du roman aux pouvoirs quasiment illimités. Il faut dire que Dr Manhattan fait partie intégrante de la force de dissuasion face à la menace soviétique.

Alan Moore revisite le mythe du justicier en y incorporant une grosse dose d’humanité. Ses personnages sont tourmentés (pour ne pas dire torturés pour certains), ils doutent et se remettent en question (la légitimité de leur action… ou de leur inaction), ils éprouvent des sentiments 100% humains et les assument à 100%.

Pour l’anecdote, au départ Alan Moore souhaitait utiliser des personnages créés dans les années soixante par Charlton Comics. Pour des questions de droits il renoncera à son idée, se contentant de s’inspirer des personnages de Charlton pour créer les siens.

L’intrigue va donc s’articuler autour de l’enquête de Rorschach et consorts, mais aussi sur l’étendue progressive de la situation internationale qui devient de plus en plus explosive. De nombreux flashbacks viendront mettre ne lumière le passé des personnages. Ajoutez à cela une histoire de pirates qu’un jeune lit devant le kiosque d’un marchand de journaux. Histoire dessinée par un graphiste porté disparu depuis quelques années, comme d’autres figures majeures du monde culturel.

Vu comme ça c’est clair que ça peut paraître un peu décousu, et parfois ça le sera à la lecture, mais soyez assuré que Alan Moore n’a rien laissé au hasard. De même aucun élément de son intrigue n’est là pour combler un vide, chaque est à s place, là où il faut, quand il le faut.

Chacun des douze chapitres se termine par quelques pages de bonus (extraits du journal de Rorschach, coupures de presses, notes diverses…) qui viennent encore étoffer le contexte ou les personnages.

Le dessin de Dave Gibbons sert parfaitement le scénario imaginé par Alan Moore, le trait est fin et précis, il joue habilement avec la luminosité et les contrastes.

Cerise sur le gâteau, Urban Comics a renoué avec la traduction originale de Jean-Patrick Manchette. En effet depuis 2007 la traduction avait été révisée à la demande de Panini… Un choix plus que discutable à en juger par la réaction de nombreux fans. Ne connaissant que la version de Jean-Patrick Manchette, je ne me prononcerai pas sur le sujet, mais je peux tout de même affirmer que le texte est un régal à lire.

Après plus de 400 pages on pourrait être tenté de parcourir en diagonale les bonus inédits proposés par cette intégrale ; ça n’a pas été mon cas et je n’ai aucun regret, c’est presque aussi captivant de découvrir la genèse du projet et de ses personnages que de lire le bouquin.

Watchmen reste une œuvre culte totalement intemporelle. Je ne mentirai pas en vous disant que j’ai encore plus apprécié ce bouquin à l’occasion de cette redécouverte que lors de ma première lecture, question de maturité sans doute… Un must have pour tout amateur d’anticipation, je suis convaincu que ce bouquin saura convaincre même les plus réticents face à un support graphique.

MON VERDICT

Coup double

PS : vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai décidé de relire ce bouquin alors que mon Stock à Lire Numérique déborde de toutes parts (si vous vous en foutez comme de l’an mil, je ne vous en voudrais pas).
D’une part parce qu’on m’a offert cette intégrale Urban Comics et que je m’étais promis de relire Watchmen pour en proposer une chronique à la hauteur de ce qu’il est (tout en restant le modeste rédacteur / blogueur que je suis).
D’autre part parce que je me suis offert Doomsday Clock, un roman graphique édité par Urban Comics qui fait le pari audacieux de combiner les univers de Watchmen et ceux des classiques de DC Comics (Superman, Batman…).

[BOUQUINS] Alan Moore & Brian Bolland – Batman – Killing Joke

AU MENU DU JOUR


Titre : Batman – Killing Joke
Scénario : Alan Moore
Dessin : Brian Bolland
Éditeur : DC Comics / Urban Comics
Parution : 1989, éditions Delcourt
Réédition version anniversaire chez Urban Comics en 2014
Origine : Etats-Unis (1988 / 2008)
64 pages

De quoi ça cause ?

Une fois de plus le Joker s’est évadé d’Arkham, pour son grand retour sur le devant de la scène il a décidé de frapper fort. Il se rend chez le commissaire Gordon, tire sur sa fille Barbara alors qu’elle lui ouvre la porte et enlève Gordon.

Batman va tout mettre en œuvre pour tirer son vieil ami des griffes du psychopathe.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il paraît que c’est un incontournable du Batverse ; comme je ne connaissais pas l’album j’ai voulu enrichir ma batculture…

Ma Chronique

Commençons par une remarque sur la forme avant d’entrer dans le vif du sujet. Cet album, édition anniversaire (aussi appelée DC Deluxe), est disponible en deux versions, l’une en noir et blanc (fidèle à l’album original) et une autre entièrement colorisé par Brian Bolland. J’ai les deux versions en stock et même si le trait N&B de Bolland est sublime, j’ai finalement opté pour la version colorisée.

À défaut de connaître l’album je suis familier de l’univers d’Alan Moore, scénariste du cultissime Watchmen (que je dois impérativement relire avant de vous proposer une chronique à la hauteur de l’œuvre), mais aussi de V For Vendetta, La Ligue Des Gentlemen Extraordinaires, Constantine ou encore From Hell.

J’en vois déjà quelques-uns (si, si… là-bas, au fond à gauche) soupirer d’aise avant de se vanter d’avoir vu les films… Taisez-vous malheureux ! Ne parlez surtout pas des adaptations cinématographiques de son œuvre à Alan Moore, il n’y a rien de mieux pour le faire sortir de ses gonds. Vous verrez alors ses yeux se révulser, une écume verdâtre sourdre au point des lèvres…

Alan Moore évoque rarement son travail sur Killing Joke, il faut pourtant bien avouer que son histoire est bien ficelée et met parfaitement en exergue la folie du Joker et l’opposition / attraction entre lui et Batman. Force m’est toutefois de constater qu’après The Dark Knight Returns, on se retrouve dans une intrigue plus classique du Batverse et surtout nettement moins étoffée. D’un autre côté Frank Miller a pu s’épancher sur 240 pages alors que ce pauvre Alan Moore a dû se contenter d’une cinquantaine de pages. Et il s’en tire fichtrement bien mais on aurait apprécié que certains points soient plus étoffés.

Le dessin de Brian Bolland est juste irréprochable, qu’il s’agisse des personnages (son travail sur les mimiques du joker est exceptionnel) ou des décors. Là encore on aurait aimé une petite rallonge au niveau du nombre de pages afin d’exploiter au mieux l’aspect lugubre de ce parc d’attractions à l’abandon qui sert de repaire au Joker et à ses freaks.

Ce qui m’a motivé à opter pour la version colorisée de l’album sont les flashbacks qui nous font (re)découvrir la genèse du personnage du Joker. Ils sont tout en nuances de gris avec quelques touches de couleur (essentiellement dans les tons rouges) qui donnent plus d’impact aux images.

Pour ce qui est de l’intrigue actuelle de l’album, Brian Bolland opte pour une palette plutôt sombre qui colle parfaitement au scénario d’Alan Moore.

Un seul mot me vient pour qualifier le final de cet album : brillant ! Les lecteurs sont libres de l’interpréter comme ils l’entendent, soit Batman agit « dans les règles », suivant les recommandations du commissaire Gordon, soit il opte pour une solution plus définitive.

Cette version anniversaire s’ouvre sur une préface de Tim Sale (un illustrateur du Batverse et plus généralement de l’univers DC Comics) et se termine (ou presque) par une postface de Brian Bolland. Deux textes qui nous en apprennent un peu plus sur la genèse de cet album.

J’ai indiqué que la postface termine presque le présent album parce qu’elle est suivie par une histoire inédite d’une dizaine de pages, Un Parfait Innocent, qui nous fait partager le délire d’un jeune gars plutôt sympa qui rêve de faire le mal une fois dans sa vie, mais de taper haut et fort avant de retrouver une vie normale.

Je pense que si j’avais lu Killing Joke avant The Dark Knight Returns j’aurai peut-être été plus enthousiaste sur ma note finale amis là malgré une intrigue rondement menée ça a vraiment goût de trop peu.

MON VERDICT

Version N&B

Version colorisée