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Archives de Catégorie: Coups de coeur

[BOUQUINS] Richard Lloyd Parry – Dévorer Les Ténèbres

AU MENU DU JOUR

R.L. Parry - Dévorer les ténèbres

Titre : Dévorer Les Ténèbres
Auteur : Richard Lloyd Parry
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2011)
528 pages

De quoi ça cause ?

Lucie Blackman est une Britannique de 22 ans venue tenter sa chance à Tokyo avec une amie. C’est à Roppongi, le quartier chaud de la capitale nippone, qu’elles trouveront un travail comme « hôtesses de bar ». Lucie est arrivée à Tokyo le 3 mai 2000, le 1er juillet de la même année elle disparaît…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À vrai dire je n’avais jamais entendu parler de Lucie Blackman avant de découvrir ce bouquin. C’est la disparition de Tiphaine Véron, une touriste française, le 29 juillet 2018 alors qu’elle visitait le Japon, qui m’a orienté vers cette enquête sur une autre disparition au pays du soleil levant.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Lucie Blackman a disparu lé 1er juillet 2000, le procès de son meurtrier présumé s’ouvrira en juillet 2001, mais ce n’est qu’en décembre 2008 que sera rendu le verdict final.

Richard Lloyd Parry est correspondant du Times à Tokyo, très vite il s’intéressera à la disparition de Lucie Blackman et à ses suites ; des années durant il suivra l’affaire de près et restera en contact avec divers intervenants (la famille de Lucie, divers témoins plus ou moins directs, les autorités tokyoïtes…). Ce récit est le résultat de ces longues années d’enquête et d’entretiens divers et variés, un récit qui ne se limite pas un compte rendu juridique détaillé, mais s’attache aussi aux conséquences sur la famille Blackman et sur l’« après ».

Si le travail documentaire de l’auteur est impressionnant et son récit on ne peut plus exhaustif, je dois avouer qu’en refermant ce bouquin je reste sur un sentiment mitigé. Autant il peut être captivant par moment, autant certains passages m’ont semblé d’un ennui mortel.

Tout ce qui concerne le portrait de Lucie Blackman, de sa famille et de ses amis ainsi que sa disparition et ses suites directes permettent de cerner précisément la personnalité de la victime.

De nombreux faits et détails nous permettent d’appréhender la société japonaise et de prendre la mesure des nombreuses différences avec nos sociétés occidentales (notamment en ce qui concerne l’approche de la séduction et de la sexualité).

La partie que j’ai trouvé la plus passionnante est celle relative au procès, notamment parce qu’elle met en évidence les particularités du système judiciaire nippon. Un système qui tendrait à rendre les procès un tantinet soporifiques.

À la différence des tribunaux britanniques ou américains, où la seule exigence est de prouver les faits, les tribunaux japonais attachent une grande importance au mobile. Ce qui doit être prouvé devant la cour, ce sont le raisonnement et l’impulsion qui ont entraîné le crime ; ils constituent le facteur fondamental qui déterminera la peine d’un condamné. Le qui, le comment, le où et le quand ne suffisent pas : un juge japonais exige de savoir le pourquoi.

L’idée qu’un criminel se montre fourbe, obstiné et menteur et qu’avoir affaire à ce genre d’individu était précisément le rôle de la police ne venait quasiment jamais à l’esprit des enquêteurs. Ils n’étaient pas incompétents, ils ne manquaient pas d’imagination, ils n’étaient ni paresseux ni complaisants – ils étaient simplement victimes d’un coup de malchance totalement inattendu : sur un million de criminels au Japon, il y en avait un de malhonnête, et c’est sur celui-ci qu’ils étaient tombés.

C’est au niveau de l’enquête de police que le bât blesse, certes elle a traîné en longueur dans les faits, mais j’ai trouvé que la partie du récit qui y fait mention contenait de nombreuses longueurs. J’avoue sans la moindre honte avoir parcouru de nombreux passages en diagonale.

D’autre part le rythme de lecture est quelque peu cassé par les nombreux appels de note (191 au total) qui obligent le lecteur à de perpétuels va-et-vient entre le texte et les notes en question.

Richard Lloyd Parry pointe du doigt les nombreux faux pas et ratés de la justice japonaise dans le cadre de l’affaire Lucie Blackman. Des couacs qui sont justement la résultante des particularismes nippons face à un suspect qui ne rendre pas dans leur moule.

Si l’auteur souligne que le cas de Lucie Blackman n’est pas un cas isolé, il insiste toutefois sur le fait que Tokyo est l’une des villes les plus sûres pour les touristes ; notamment pour les touristes de sexe féminin.

Globalement la lecture de ce bouquin a été un agréable moment mais les bémols soulignés précédemment ont fait que j’ai souvent laissé le bouquin de côté afin de privilégier un roman en lieu et place. Ce n’est qu’à l’ouverture du procès que je me suis complètement immergé dans cette lecture.

MON VERDICT

 
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Publié par le 25 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Hervé Commère – Regarde

AU MENU DU JOUR

H. Commère - Regarde
Titre : Regarde
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Jadis, Mylène a aimé un homme. Ensemble, ils ont fait les 400 coups. Jusqu’au braquage raté d’une bijouterie en Espagne, au cours duquel les deux amoureux se sont fait prendre. Mylène n’a jamais revu Pascal : il a été poignardé dans sa cellule un soir.

Aujourd’hui, Mylène est libre. Elle travaille dans un dépôt-vente en banlieue parisienne, et vit dans une chambre de bonne. Parfois, le temps d’un week-end, elle loue un appartement quelque part, et s’invente une autre vie.

Ce week-end pourtant, Mylène ne rêve pas : dans la roulotte qu’elle a louée, tout la ramène à Pascal. Les meubles, les objets, il y a même une photo de lui au mur. Cela semble inconcevable, mais on dirait qu’elle est chez lui.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère, j’ai lu ses trois précédents romans et chaque fois j’ai été totalement embarqué par son talent narratif et bluffé par la qualité de ses intrigues.

Ma Chronique

Une fois n’est pas coutume, le dernier roman d’Hervé Commère met en scène des personnages déjà croisés dans son précédent opus, Sauf ; c’est avec plaisir que j’ai retrouvé la fine équipe du dépôt-vente de Montreuil, Mat, Anna, Gary et Mylène. Cette fois c’est le personnage de Mylène qui est au centre de l’intrigue, mais elle pourra compter sur l’aide de ses amis pour démêler l’écheveau  dans lequel elle est empêtrée, surtout sur celle de Gary.

Pour ceux et celles n’ayant pas lu Sauf, le présent roman peut se lire indépendamment du précédent sans que cela pose le moindre problème. Vous pourrez même lire Sauf par la suite avec un plaisir intact, aucune phase déterminante de son intrigue n’étant révélée ici.

Comme d’hab Hervé Commère plonge ses lecteurs au cœur de l’intrigue dès les premières pages du roman, alternant entre le présent et les souvenirs de Mylène. Souvenirs qui tournent essentiellement autour d’une histoire d’amour aussi improbable que passionnelle.

J’avoue que même si au départ j’ai été un peu déconcerté par la tournure qu’a prise l’intrigue (avec le retour impossible de Pascal), je suis resté confiant de bout en bout. Je me doutais bien que Hervé Commère ne nous sortirait pas de sa manche une histoire abracadabrante, mais saurait nous bluffer (et accessoirement nous piéger).

Et je ne peux que confirmer qu’une fois de plus la mécanique mise en place par l’auteur est implacable, le piège se referme très vite sur le lecteur qui, au fil des chapitres, n’en finira pas d’échafauder des hypothèses plus ou moins rationnelles… sans jamais (pour ma part en tout cas) approcher de la vérité.

Si le déroulé de l’intrigue vous réservera bien des surprises, c’est avant tout l’humain qui est mis en avant dans Regarde, l’humain dans ce qu’il peut avoir de meilleur, mais aussi dans ce qu’il peut avoir de pire qui sommeille en lui. À ce titre on ne peut que s’incliner devant le soin que l’auteur apporte à ses personnages.

Hervé Commère mène sa barque entre passé et présent, mais aussi entre émotions et action, avec un brio remarquable. Une fois de plus il adapte sa narration à son intrigue, une fois de plus il nous propose un roman qui ne ressemble à aucun de ses précédents opus et une fois de plus je ne peux que saluer le talent de cet auteur.

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le passé de Mylène, et tout autant à suivre sa quête de la vérité ; je suis certain que l’histoire de Gary pourrait faire, à son tour, l’objet d’un futur roman, histoire de boucler la boucle…

MON VERDICT

 
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Publié par le 21 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] David Joy – Ce Lien Entre Nous

AU MENU DU JOUR

D. Joy - Ce lien entre nous
Titre : Ce Lien Entre Nous
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il braconne sur une propriété voisine, Darl Moody tire sur ce qu’il pensait être un sanglier. En s’approchant de sa proie, il réalise qu’il vient de tuer un homme, et pas n’importe quel homme : Carol ‘Sissy’ Brewer, le frère cadet d’une brute épaisse que tout le monde craint dans le comté de Jackson.

Avec l’aide de son ami de toujours, Calvin Hooper, Darl enterre à la va-vite le corps. Affaire classée ? Ce serait sans compter sur le poids de la culpabilité, mais aussi et surtout sur la détermination de Dwayne Brewer à comprendre la soudaine disparition de son jeune frère.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, et parce que le précédent roman de David Joy, Le Poids Du Monde, m’avait vrillé les tripes et touché droit au cœur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée. La crise sanitaire sans précédent (ou presque) liée à la pandémie de Covid-19, a poussé l’éditeur à décaler la sortie de ce roman au 20 mai ; le titre étant disponible via Net Galley, et après contrôle de la charte de l’éditeur sur la plateforme, je vous propose cette chronique en avant-première.

Comme dans son précédent roman, Le Poids Du Monde, c’est dans un comté rural des Appalaches que David Joy situe son action. Si la nature tient une place importante dans le récit, n’espérez pas des descriptions de paysages bucoliques et enchanteurs… ici Dame Nature aurait plutôt tendance à compliquer la vie des hommes. On serait tenté de dire qu’elle agit en état de légitime défense tant les hommes en questions s’acharnent à la transformer (défigurer ?) afin qu’elle réponde au mieux à leurs intérêts économiques.

De nouveau David Joy met en scène des personnages qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Des individus, tels Darl et Calvin, qui ont dû trimer (et triment encore) sang et eau pour essayer de s’en sortir. Quand ils n’ont pas, à l’image de Dwayne et Carol Brewer, eu à s’adapter à la violence qui les entourait, à affronter (chacun à sa façon, en baissant les yeux, ou en frappant le premier) les railleries et le mépris de leurs semblables.

Le titre ne saurait être mieux choisi tant les liens entre les personnages sont au coeur de l’intrigue. Qu’il s’agisse des liens du sang unissant les deux frères Brewer, un cadet que Dwayne s’était juré de protéger contre vents et marées. De l’amitié indéfectible unissant Darl et Calvin, une amitié qui poussera Calvin à couvrir ce qui aurait pu n’être qu’un tragique accident de chasse. De l’amour entre Calvin et sa copine, Angie, alors que cette dernière ne sait pas comment lui annoncer qu’elle est enceinte. De la rage omniprésente chez Dwayne, qui va se transformer en haine meurtrière contre ceux qui ont fait du mal à son frère, et, par extension, contre tous ceux qui se mettront à travers de son chemin.

Des personnages sur lesquels David Joy ne porte aucun jugement, et que le lecteur sera bien en peine de juger. Rien n’est tout blanc ou tout noir en ce bas monde, tout n’est que nuances de gris. L’auteur a un incroyable talent quand il s’agit de nous placer dans la peau de ses personnages, on en arrive même à comprendre (à défaut de la partager) la soif de revanche, de sang et de mort de Dwayne Brewer.

L’auteur annonce la couleur d’entrée de jeu en imposant le noir comme reading code, une noirceur à laquelle il ne renoncera quasiment jamais au fil de son récit, une noirceur qui ira crescendo, une noirceur glauque et poisseuse qui nous collera à la peau.

Une fois encore l’écriture de David Joy vous percute droit au cœur, une fois de plus son intrigue va vous passer les tripes au mixer… Et une fois de plus vous refermerez ce bouquin en pensant : « putain, quel talent il a ce mec ! ».

Un bouquin où tout est d’une incroyable justesse, un bouquin que vous aurez bien du mal à lâcher une fois qu’il vous aura happé dans son implacable mécanique, un bouquin qui vous laissera KO debout, mais que vous refermerez à regret.

MON VERDICT
Coup de poing

 
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Publié par le 14 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Oyinkan Braithwaite – Ma Sœur, Serial Killeuse

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O. Braithwaite - Ma sœur, serial killeuse
Titre : Ma Sœur, Serial Killeuse
Auteur : Oyinkan Braithwaite
Éditeur : Delcourt
Parution : 2019
Origine : Nigéria (2018)
244 pages

De quoi ça cause ?

Korede, infirmière à Lagos, n’a pas son pareil pour nettoyer une scène de crime. Il faut dire qu’avec Ayoola, sa sœur cadette, c’est un talent des plus utiles ! En effet elle a déjà tué ses deux précédents mecs.

Aussi Korede n’est pas vraiment surprise quand sa sœur l’appelle pour lui demander son aide, elle vient de trucider Femi, son mec du moment. « Avec Femi, ça fait trois, vous savez. Et à trois, on vous catalogue tueur en série. »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que juste le visuel dans son ensemble (titre et design de la couv’) m’a fait gravement kiffer !

J’étais complètement passé à côté de ce bouquin au moment de sa sortie ; c’est au fil de mes errances sur le web, à la recherche de nouvelles lectures (malgré un Stock à Lire Numérique d’ores et déjà insurmontable), que j’ai croisé sa route.

Le pitch du bouquin n’a fait qu’attiser davantage ma curiosité et mon envie. Pauvre pécheur que je suis, je n’ai pu résister à l’appel du Malin et suis entré en tentation sans cacher mon impatience de goûter au fruit défendu…

Ma Chronique

J’avoue sans le moindre complexe que je suis profane en matière de littérature africaine, à part peut-être un ou deux auteurs d’Afrique du Sud, le reste du continent reste pour moi terra incognita. Ce n’est pas que j’ai un quelconque a priori vis-à-vis de la littérature africaine, juste que l’occasion ne s’est pas présentée. Peut-être qu’Oyinkan Braithwaite me donnera l’envie de partir à la découverte de cet univers qui m’est encore étranger…

Le fait est que pour un premier roman, l’auteure ose s’écarter des sentiers battus et nous offre un récit aussi original que dépaysant. Oyinkan Braithwaite profite en effet de son intrigue pour pointer du doigt les travers de la société nigériane (corruption, place de la femme dans la famille et dans la société en général…).

Le récit est à la première personne, c’est Korede qui nous raconte son histoire. Pas uniquement le parcours criminel de sa cadette, elle nous éclaire aussi sur la vie de sa famille (trois femmes qui ont longtemps été sous l’emprise d’un mari et père aussi charismatique que tyrannique) et sa vie professionnelle.

Korede va rapidement (et on s’en doutait un peu) se retrouver écartelée entre l’envie (sa mission, voire son sacerdoce) de couvrir sa sœur, et celle de protéger l’homme qu’elle aime (même s’il n’a d’yeux que pour la beauté vénéneuse d’Ayoola).

Autant le personnage de Korede nous apparaît comme posé et sérieux, autant Ayoola n’est qu’insouciance, superficialité et apparences. Éternel conflit opposant l’être et le paraître, malheureusement le paraître est souvent bien plus attrayant, tant pis si on réalise trop tard qu’il n’était qu’un miroir aux alouettes.

Le style et la construction du roman permettent de le lire quasiment d’une traite, l’auteure joue souvent la carte de l’humour (noir) et maîtrise son intrigue du début à la fin. J’ai passé un agréable moment, mais j’avoue que j’espérais quelque chose de plus décalé, plus barré, plus déjanté.

MON VERDICT

 
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Publié par le 9 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Antoine Renand – Fermer Les Yeux

AU MENU DU JOUR

A. Renand - Fermer les yeux
Titre : Fermer Les Yeux
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
464 pages

De quoi ça cause ?

Dominique Tassi, retraité de la gendarmerie, est de plus en plus convaincu que quinze ans plus tôt, suite au meurtre sauvage d’une enfant, il a arrêté et fait condamner un innocent. Même si tout semblait accuser Gabin Lepage.

Emma Marciano, une jeune avocate, est plus que jamais déterminée à faire innocenter Gabin Lepage. Dominique Tassi lui sera d’une aide précieuse pour arriver à rétablir la vérité.

Le duo sera rejoint par Nathan Rey, un écrivain à succès, criminologue autodidacte spécialiste des tueurs en série.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu (même si je reconnais volontiers ne pas avoir lu tous les titres de la collection).

Parce que le premier roman d’Antoine Renand, L’Empathie, m’avait bluffé à plus d’un titre, il me tardait de découvrir si l’essai serait transformé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si Fermer Les Yeux est bien le second roman publié d’Antoine Renand, il a été écrit des années avant L’Empathie sous la forme d’un scénario pour le cinéma. Même si le projet n’a jamais abouti, l’auteur restait convaincu du fort potentiel de son texte ; c’est donc une version réactualisée et enrichie qu’il nous propose de découvrir.

Private joke pour ceux et celles ayant lu (et apprécié ?) L’Empathie, à plusieurs reprises, par la voix d’Emma Marciano, l’auteur mentionne l’avocate Louisa Rauch ; la mère de l’enquêteur principal de son premier roman dans lequel elle prend activement part au déroulé de l’intrigue.

Une fois de plus Antoine Renand joue sur une intrigue en trompe l’œil, son côté classique cache en réalité un scénario bien plus fouillé et complexe qu’il ne le laisse présager.

Au fil des chapitres vous aurez maintes occasions de constater à quel point le titre du roman est bien choisi. Qu’il s’agisse de la justice qui préfère fermer les yeux sur ses erreurs plutôt que d’essayer de les réparer. Ou encore des notables qui ferment les yeux sur les propres déviances, aussi abjectes qu’elles puissent être, et se protègent entre nantis. Et je ne vous parle pas de l’ultime coup de théâtre !

Comme dans L’Empathie la griffe d’Antoine Renand s’impose dans le traitement de ses personnages, des personnalités fortes, mais pas invulnérables, qui traînent leurs blessures passées et leur zone d’ombre. C’est surtout vrai pour Dominique Tassi et Nathan Rey.

De la même façon, l’auteur saura rendre certains de ses personnages méprisables (c’est le cas notamment du capitaine Delalandre qui s’obstine à refuser de voir et d’écouter ce qui s’impose de plus en plus comme une évidence) et bien entendu son tueur en série est une ordure de la pire espèce (presque cliché, tant il cumule les tares).

En découvrant le personnage de Nathan Rey, j’ai immédiatement pensé à Stéphane Bourgoin ; il y a tellement de similitudes entre les deux que ça ne peut être dû au hasard ; qui plus est Stéphane Bourgoin est cité dans les remerciements de l’auteur.

En conclusion, avec ce second roman Antoine Renand transforme haut la main l’essai et confirme qu’il faut désormais compter sur lui dans le paysage de la littérature policière francophone.

VERDICT

Morceaux choisis :

[…] Nous sommes mieux armés, néanmoins la difficulté d’un procès en révision est d’obtenir que les gardiens du temple consentent à nous accorder la victoire…
— Les « gardiens du temple » ? répéta Nathan en fronçant les sourcils.
— Oui. Les magistrats, tout en haut, qui pensent que la justice ne peut pas se tromper ; ou alors que, quand elle se trompe, il vaut mieux ne pas le dire car l’admettre aurait des conséquences bien plus fâcheuses que la révision. On trouve des
gardiens du temple dans à peu près tous les domaines : l’armée, la politique, les arts…

La gendarmerie est une vieille dame, qui n’aime pas reconnaître ses erreurs…

— Tu sais forcément des choses… Il est hors de question que je me résigne à laisser tous ces types dans la nature…
— Parce que tu crois vraiment que ceux qui sont à la tête de ça seront inquiétés ?
[…] Ce genre de sociétés secrètes a toujours existé et existera toujours.
— S’ils restent intouchables, c’est seulement parce que des personnes comme toi sont corruptibles et se taisent. Ce ne sont que des hommes, on les trouvera !

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Xavier De Moulins – Le Petit Chat Est Mort

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X. De Moulns - Le petit chat est mort

Titre : Le Petit Chat Est Mort
Auteur : Xavier De Moulins
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
128 pages

De quoi ça cause ?

« Le petit chat est mort », il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’annoncer à ses enfants que l’animal de compagnie du foyer est mort. C’est quand il n’est plus là que l’on réalise alors toute la place qu’il occupait et tout le bonheur qu’il apportait…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai connu trop de ces « petits chats » partis trop tôt.

Pour dire un gros merde à ceux et celles qui disent ou pensent  « ce n’était qu’un chat » !

Ma Chronique

Je vais faire court et aller à l’essentiel avec cette chronique. Non parce qu’il n’y a  pas grand-chose à dire sur le bouquin de Xavier De Moulins, mais plutôt parce qu’au travers de ces quelques pages, l’auteur dit tout ce qu’il y a dire sur le sujet. Et il le dit mieux que je ne pourrai jamais le faire.

Si le bouquin s’ouvre sur la mort du chat et l’annonce de la triste nouvelle à ses filles, au fil des pages Xavier De Moulins revient sur les jours heureux qui ont suivi l’arrivée du chaton à la maison, sur tout le bonheur qu’il a apporté à chacun des membres de la famille et bien entendu sur le terrible vide que sa disparition laisse.

Qu’il s’agisse du choix des mots ou du ton employé par l’auteur, tout est d’une incroyable justesse. Inévitablement cette lecture réveille de vieilles douleurs jamais totalement oubliées, mais surtout le texte nous prend véritablement au coeur et aux tripes.

Ce récit n’est aucunement un mode d’emploi pour faire le deuil de son animal de compagnie ni un guide pour apprendre à en parler avec ses enfants ; chacun réagira à la perte de son petit compagnon avec plus ou moins d’intensité en fonction de son propre vécu et de son ressenti.

Tout n’est pas noir dans ces pages, l’auteur partage aussi les bons souvenirs liés au passage du « petit chat » de leur famille, les moments de tendresse partagés, les rires et fous rires, les colères que l’on n’arrive finalement pas à avoir quand il fait une connerie… bref, tout ce qui fait que la perte d’un animal de compagnie peut être un véritable déchirement.

Un livre hommage au « petit chat » et à tous les petits chats partis trop vite, qu’ils aient été emportés par la maladie ou victimes d’un accident. Un hommage aussi brillant que vibrant qui se lit d’une traite.

MON VERDICT

 
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Publié par le 31 mars 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Adrian McKinty – La Chaîne

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A. McKinty - La Chaîne

Titre : La Chaîne
Auteur : Adrian McKinty
Éditeur : Fayard
Parution : 2020
Origine : Irlande (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Le monde de Rachel s’écroule quand elle apprend que sa fille a été enlevée. Pour la récupérer non seulement elle va devoir payer une rançon, mais aussi à son tour kidnapper un enfant et ainsi perpétuer la Chaîne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est juste impossible de résister à un pitch pareil.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je suppose que l’un des pires cauchemars que puisse vivre un parent est le kidnapping de son enfant. Présentement Adrian McKinty repousse les limites du cauchemar en obligeant le parent déjà fortement ébranlé à devenir lui-même un kidnappeur et ainsi à faire vivre la même épreuve à un autre parent. Difficile d’imaginer un scénario plus pervers et plus sadique.

La première partie du roman est une totale réussite. On y suit le parcours de Rachel, contrainte d’enlever un enfant si elle veut sauver sa propre fille. On vit intensément le cauchemar de Rachel et tout ce qui lui passe par la tête au fur et à mesure qu’elle met son plan en application. L’auteur dose avec justesse les phases d’action et celles de réflexion.

Malheureusement l’implacable mécanique, que l’on pensait pourtant bien rodée, se grippe dans la seconde partie du récit. Vouloir anéantir la Chaîne, après ce qu’elle leur a fait subir, est en soi légitime, mais on a parfois l’impression que Adrian McKinty veut en finir au plus vite, quitte à brûler des étapes. Les choses s’enchaînent trop rapidement, avec trop de facilité et de façon trop prévisible. Bref, le capital crédibilité de l’intrigue fond comme neige au soleil.

Il serait sévère et injuste pour le coup de considérer cette seconde partie comme bâclée, elle n’est simplement pas à l a hauteur des promesses que nous faisait miroiter une première partie tout simplement géniale. Du coup il est difficile de masquer sa déception, un peu comme si on te promet du caviar, mais qu’on te sert des œufs de lump premier prix.

Impossible de ne pas s’attacher au personnage de Rachel, divorcée depuis peu, elle reste toutefois en très bon terme avec son ex-mari. Mauvais karma, alors même que sa fille est enlevée, elle apprend que son cancer récidive et va de nouveau devoir subir les affres de la chimiothérapie.

Dans l’ensemble l’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages, mention spéciale aux jumeaux maléfiques qui vous feront froid dans le dos plus d’une fois.

Son intrigue est aussi pour l’auteur l’occasion de pointer du doigt l’importance que les réseaux sociaux a prise dans le quotidien de chacun (et pas uniquement des ados), et comment ils peuvent se retourner contre leurs utilisateurs.

George Orwell se trompait. Dans le futur, ce ne sera pas l’État qui aura l’œil sur chaque individu avec de gros systèmes de surveillance. Les gens se chargeront de ça eux-mêmes. Ils mâcheront le travail à l’État en mettant sans cesse en ligne les lieux où ils se trouvent, leurs centres d’intérêt, leurs goûts culinaires, leurs restaurants préférés, leurs idées politiques et leurs loisirs. Tout ça sur Facebook, Twitter, Instagram et les autres réseaux sociaux. Nous sommes notre propre police politique.

Je referme ce bouquin globalement satisfait par cette découverte, et ce malgré l’impression tenace que l’intrigue aurait pu être encore plus aboutie. Là où ça aurait pu être un excellent thriller, nous n’avons « qu’un » très bon thriller.

Avant de lire La Chaîne je n’avais jamais entendu parler d’Adrian McKinty, le bonhomme n’en est pourtant pas à son coup d’essai et à déjà quelques romans policiers à son actif. Il va falloir que je me penche plus attentivement sur la question…

MON VERDICT
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Publié par le 30 mars 2020 dans Bouquins

 

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