[BOUQUINS] Bernard Werber – La Prophétie Des Abeilles

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie Des Abeilles
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Au cours d’une séance d’autohypnose, René Tolédano rencontre son homologue du futur. L’humanité est au bord de l’effondrement, son alter ego lui confie alors la lourde mission de changer le futur, précisant simplement que les réponses se trouvent dans un texte du XIe siècle, La Prophétie des Abeilles, écrit par le chevalier Salvin de Bienne.

Pour avancer dans sa quête, René Tolédano va devoir rencontrer celui qu’il était au XIe siècle avant de remonter la piste de cette fameuse prophétie dont personne, de nos jours, ne semble connaître l’existence…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur qui ne m’a jamais déçu à travers ses écrits… même si certains m’ont moins emballé que d’autres.

Après les fourmis et les chats, ce brave Bernard Werber se penche maintenant sur le cas des abeilles. J’étais forcément curieux sous quel angle il aborderait la question.

Ma Chronique

Contrairement à une idée reçue, Albert Einstein se souciait comme de sa première branlette des abeilles ; c’est donc à tort que l’on lui attribue l’affirmation que sans les abeilles, l’humanité n’aurait que quelques années à vivre. Ce n’est toutefois pas une raison pour rejeter en bloc cette idée ; en effet, on sait aujourd’hui que la disparition des abeilles (un phénomène qui s’observe depuis quelques années, pour diverses raisons) aurait de lourdes conséquences sur l’environnement et donc sur le devenir de l’humanité.

Si le grand Albert n’avait pas grand-chose à foutre de la question des abeilles (à sa décharge, il avait d’autres chats à fouetter), Bernard Werber s’est quant à lui penché sur la question pour construire l’intrigue de son nouveau roman. Dommage qu’en guise d’exergue, l’auteur reprenne cette citation indument attribuée à Einstein…

Les lecteurs les plus assidus de Bernard Werber retrouveront le personnage de René Toledano (déjà croisé dans La Boite De Pandore), qui maîtrise désormais parfaitement les techniques d’hypnose régressive (permettant de remonter les vies passées de l’hypnotisé) et travaillant sur une hypnose prospective (idem, pour les vies futures de l’hypnotisé).

D’emblée si vous êtes totalement réfractaire à l’hypnose, passez votre chemin, ce bouquin n’est définitivement pas fait pour vous. Ce n’est heureusement pas mon cas (il était déjà fortement question d’hypnose régressive dans La Boîte De Pandore).

Le moins que l’on puisse dire c’est que les perspectives ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices pour René Toledano ; dans les premiers chapitres, il va plutôt cumuler les tuiles et les imprévus.

J’en vois déjà qui font une moue sceptique, René Tolédano et hypnose régressive, ça a comme un parfum de déjà-vu, non ? Que nenni ami(e)s lecteurs et lectrices ! Bernard Werber vous propose bel et bien une intrigue 100% inédite, qui conduira René Toledano (et ses amis) à rencontrer ses moi antérieurs de la prise de Jérusalem en 1099 jusqu’à la chute de l’Ordre des Templiers (en 1312).

René Toledano ne sera pas seul pour traverser les nombreuses épreuves qui l’attendent, il pourra en effet compter sur le soutien de son ami Alexandre Langevin, féru d’Histoire et actuel président de la Sorbonne, et de la fille de ce-dernier, Mélissa, professeure d’Histoire dans cette même université.

Un périple qui leur fera voir du pays (Israël et Chypre) avant de rentrer en France pour l’ultime étape de la course à la prophétie !

Si l’intrigue reste intéressante à suivre, j’avoue que j’ai parfois été lassé par son aspect répétitif dans son déroulé : deux pas dans le passé, un pas dans le présent et bis repetita, encore et encore. Heureusement que la partie historique (même un peu revisitée) est bien ficelée, sinon je ne pense pas que j’aurai réussi à aller jusqu’au bout.

Dans le même ordre d’idée, les référence au MNEMOS de René Toledano sont beaucoup trop axée sur l’histoire des peuples d’Israël. Je n’ai aucune honte à avouer qu’au bout d’un moment je les ai survolés, ne m’attardant que sur les rares passages susceptibles d’apporter quelque chose à l’intrigue.

Le fait de faire interagir des personnages fictifs avec des personnages historiques n’est pas nouveau, mais Bernard Werber exploite plutôt bien le filon. On se prend aisément au jeu même si j’ai globalement trouvé la genèse de la prophétie un peu tirée par les cheveux.

Je ne m’attarderai pas sur le face à face final, opposant René Toledano et ses amis à leur adversaire… on est davantage dans la farce burlesque que dans la poussée d’adrénaline.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, mais j’ai connu Bernard Werber nettement plus inspiré ; sur ce coup il ne m’a clairement pas emballé. Heureusement l’auteur évite le naufrage grâce à la qualité de la narration, en parfait conteur, il parvient à garder le lecteur en haleine… mais pas suffisamment pour faire oublier les bémols évoqués précédemment.

MON VERDICT

En aparté

Les livres du programme de français qu’on lui imposait de lire ont failli le dégoûter de la lecture.

Ah que voilà une phrase qui trouve une résonnance toute particulière en moi.

Ce ne sont certainement pas les bouquins inscrits au programme scolaire des cours de français qui m’ont donné goût à la lecture… au contraire, à de rares exceptions près, ils auraient plutôt eu tendance à me faire considérer le livre comme un instrument de torture.

Il en va de même pour cette manie des profs de français qui veulent tout expliquer, analyser et décortiquer en oubliant l’essentiel. Lire un livre ce n’est pas comme disséquer une grenouille, il n’y a pas de méthode meilleure qu’une autre, parfois il vaut mieux se laisser porter par les mots et les émotions qu’ils génèrent… quitte à ne pouvoir les verbaliser ensuite.

Heureusement le goût de la lecture m’a été transmis par mes parents et mes grands-parents, c’est donc en prenant mes distances avec les titres imposés par le système scolaire, que j’ai appris à apprécier pleinement la lecture. Je ne saurai dire quels sont les premiers « vrais » livres que j’ai lus, adolescent, mes parents m’avaient abonné à un club du livre qui envoyait à ses membres deux titres par mois, c’est ainsi que j’ai découvert – et dévoré – des auteurs tels que Jack London (Croc Blanc, L’Appel De La Forêt), James Fenimore Cooper (Le Dernier Des Mohicans, La Prairie), Mark Twain (Tom Sawyer) mais aussi la Comtesse de Ségur (L’Auberge De L’Ange Gardien, Le Général Dourakine)… et bien d’autres !

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – L’Enfant Dormira Bientôt

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Enfant Dormira Bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour deux nouveau-nés sont enlevés dans deux maternité différentes. L’affaire est confiée à la commissaire divisionnaire Jeanne Muller et son équipe. La consigne du préfet est sans équivoque : il faut agir vite, retrouver le (ou les) coupable(s) et rendre les bébés à leurs parents… tout ça avant que la psychose ne s’installe.

Plus facile à dire qu’à faire quand la police ne dispose d’aucun indice et que rien ne semble relier les victimes. Rien ? À part le fait que les deux couples ont été candidats à l’adoption avant une grossesse inespérée ; ils sont passés par la fondation Ange, dirigée par Michel Béjart.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est François-Xavier Dillard, un auteur que j’ai découvert il y a peu mais dont les deux derniers titres m’avaient fait forte impression.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver la commissaire Jeanne Muller, un flic atypique rencontré dans le précédent roman de l’auteur : Prendre Un Enfant.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce nouveau roman, François-Xavier Dillard, place de nouveau l’enfant au cœur de son récit, qu’il s’agisse d’adoption, de maternité, d’infanticide (plus précisément de néonaticide) ou encore de la relation de l’enfant au(x) parent(s). Comme vous pouvez vous en douter, sous la plume de l’auteur, ce sont les aspects les plus noirs de ce vaste thème qui seront mis en avant. Ajoutez à cela une touche de culpabilité, un soupçon de rédemption et une pointe de vengeance afin d’épicer encore davantage le récit.

La scène d’ouverture donne tout de suite le ton. Elle est d’un réalisme à couper le souffle, la souffrance de l’homme qui découvre l’indicible est restituée avec une incroyable justesse. Un premier chapitre qui vous glacera les sangs et vous plongera dans l’horreur la plus abjecte qui soit.

Dans un premier temps l’intrigue se divise en plusieurs arcs narratifs distincts. Le premier suivra bien entendu l’enquête de Jeanne Muller et de son équipe autour de ce double enlèvement de nouveau-nés. Puis l’on va s’intéresser à Michel Béjart – l’homme du premier chapitre – qui cohabite tant bien que mal avec son fils, Hadrien, lourdement handicapé à la suite de l’accident de voiture survenu alors que sa mère prenait la fuite avec lui. Enfin on se pencher sur le cas d’une femme visiblement perturbée et en permanence sur le qui-vive – pas besoin d’avoir fait Normale sup pour comprendre qu’il s’agit de l’ex-épouse de Béjart et de l’auteure des enlèvements. Enfin, il y a Samia, une jeune femme que Jeanne Muller a sorti du cercle vicieux de la prostitution avant de la confier à un couple qui doit lui permettre de mieux se réintégrer… mais pas facile d’échapper à son passé.

De prime abord le fil rouge semble évident mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir brouiller les cartes et surprendre le lecteur avec quelques révélations totalement inattendues… et ce jusqu’au clap de fin. Je n’aurai qu’un conseil à vous donner si vous vous lancez dans ce bouquin, ne vous fiez pas aux apparences !

Si vous avez lu Prendre Un Enfant, le précédent roman de François-Xavier Dillard, vous connaissez déjà la commissaire Jeanne Muller et sa personnalité très marquée. Pour les autres, attendez-vous à faire connaissance avec un flic totalement atypique qui piétine allégrement les plates-bandes du politiquement correct et du bio-éco-bobo. Sa voiture, une Maserati Gran Turismo, pétaradante et fumante, a de quoi faire tourner de l’œil les braves gens qui ne jurent que par l’électrique ou l’hybride. Et ne lui parlez surtout pas de cigarette électronique, elle serait plutôt du genre à allumer sa clope au mégot de la précédente.

Je ne vous répéterai pas une fois de plus ma ritournelle affirmant que pour qu’un thriller psychologique fonctionne, il faut des personnages crédibles et traités en profondeur (ah bin si, je viens de le faire). Le fait est que la mécanique imaginée par François-Xavier Dillard est implacable ; sa clé de voûte étant la relation amour / haine qui lie Michel et Hadrien.

On sort ébranlé (ne pas oublier le é… sinon ça ne fait pas le même effet) d’une telle lecture, d’autant que les ultimes révélations vos feront l’effet d’un coup de massue. L’une d’elle remettant même radicalement en cause la perception du lecteur vis-à-vis des acteurs du drame.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Jonas Jonasson – Douce, Douce Vengeance

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Titre : Douce, Douce Vengeance
Auteur : Jonas Jonasson
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2021
Origine : Suède
456 pages

De quoi ça cause ?

Kevin et Jenny ont tous les deux d’excellentes raisons d’en vouloir à Victor Alderheim. Quand ils se rencontrent par hasard c’est le coup de foudre ; aussi quand ils tombent, toujours par hasard, sur la société La Vengeance est douce, fondée et dirigée par Hugo Hamlin, ils sont sûrs d’être à la bonne adresse pour se venger d’Alderheim.

De son côté Hugo est loin d’imaginer qu’en acceptant d’aider Kevin et Jenny il s’engage dans une aventure riche en rebondissements. Quand Ole Mbatian, le père adoptif de Kevin, homme-médecine Masaï de son état, débarque en Suède, les choses vont encore davantage se compliquer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jonas Jonasson et que j’ai adoré ses quatre précédents romans. Du 100% feel good totalement assumé qui fait du bien par où ça passe.

Ma Chronique

Avec Gilles Legardinier, Jonas Jonasson fait partie des incontournables de la littérature feel good ; des bouquins qui, avant même que vous ne les ouvriez, sont l’assurance de passer un agréable moment, de se vider la tête tout en se musclant les zygomatiques.

Quand vous ouvrez un roman de Jonas Jonasson vous pouvez vous attendre à une galerie de personnages hors du commun. Et le moins que l’on puisse dire c’est que son dernier opus ne déroge pas à la règle.

Direction le Kenya pour commencer, plus précisément la vallée du Masai Mara, où vous apprendrez comment Ole Mbatian le Jeune succédera à son père et deviendra un homme médecine respecté bien au-delà de son village.

Retour en Suède pour faire connaissance avec Victor Svensson, un arriviste et un égoïste aux idées bien arrêtées (et un tantinet arriérées). Il a de grands projets pour lui – et pour la Suède – mais pour ça il va devoir se faire un nom. Se faire embaucher par Alderheim, un marchand d’art jouissant déjà d’une certaine réputation sur la place est une première marche qu’il gravira sans peine. L’étape suivante consiste à séduire et épouser la fille – un peu cruche – du marchand d’art afin de pouvoir légitimement se targuer d’un patronyme plus honorable que le quelconque Svensson.

Le plan de carrière et de vie tout tracé de Victor va être perturbé par un premier obstacle en la personne de Kevin, son fils illégitime et de surcroît noir ! Action, réaction. Problème réglé peu après les 18 ans du garçon… par un abandon pur et simple du rejeton basané au cœur de la savane du Kenya.

De retour en Suède, Victor peut enfin convoler en justes noces avec Jenny Alderheim. La chance lui sourit enfin, peu après les noces beau-papa est emporté par un cancer. inutile dès lors de s’encombrer d’une épouse dont il ne sait que faire. Le divorce est réglé en deux temps et trois mouvements en contrepartie d’une pension alimentaire ridiculement basse.

La voie royale s’ouvre enfin devant Victor Alderheim, plus rien ne saurait arrêter son inéluctable ascension. Bin oui, mais non… Kevin a eu la mauvaise idée de ne pas se faire bouffer par les lions, il a été et élevé dans la pure tradition masaï par Ole Mbatian. Sauf que l’ultime rituel de passage à l’âge adulte exige une circoncision… Kevin, tenant à l’intégrité de son appendice, s’enfuit et rentre en Suède. Où il va rencontrer – le monde est petit – Jenny, le coup de foudre est immédiat.

Et c’est ainsi que nos deux tourtereaux vont croiser le chemin de Hugo Hamlin, un brillant homme d’affaire à la tête d’une société spécialisée dans la vengeance. Heureuse coïncidence car Kevin et Jenny ont un vieux compte à régler avec Victor Alderheim. Hugo est loin de se douter qu’en acceptant ce contrat, il met le doigt dans un engrenage aussi infernal que burlesque… plus encore quand Ole Mbatian s’invite dans leur petite sauterie vengeresse !

N’allez pas croire que j’ai fondu une durite et que je vous raconte tout le bouquin… Ce n’est que le début d’une aventure aussi improbable que ses acteurs et il fallait bien que je fasse un topo du casting avant d’entrer dans le vif du sujet.

Casting qui serait incomplet si je faisais l’impasse sur Christian Calander, un inspecteur de police qui, à quelques jours de sa retraite, n’aspire qu’à se la couler douce. Jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’un certain Ole Mbatian.

Vous l’aurez compris, comme à son habitude Jonas Jonasson excelle dans l’absurde, son intrigue est totalement improbable et déjantée mais on se laisse entraîner sans se poser de question ; on sourit et l’on rit volontiers d’un humour potache totalement assumé.

Mais sous cette apparente légèreté se cache aussi une ode à l’art en général, et tout particulièrement à la peinture. À travers le personnage d’Irma Stern, une artiste sud-africaine bien réelle qui va se retrouver, bien malgré elle, mêlée à l’intrigue du roman de Jonas Jonasson.

L’auteur invite aussi le lecteur à réfléchir à la montée des extrêmes (qu’ils soient politiques ou religieux), à la différence et à la tolérance. Il le fait sans militantisme mais avec beaucoup d’humanité, et c’est, selon moi, la meilleure façon de faire passer ce genre de message.

Drôle et intelligent, ce roman tiendra toutes ses promesses… et plus encore !

MON VERDICT

Bilan livresque 2021

Bilan livresque

73 livres lus en 2021 (contre 91 en 2020 et 86 en 2019), paradoxalement les deux confinements ont tiré le score final vers le bas alors que j’avais plus de temps à consacrer à la lecture. Une année 2021 qui confirme l’entrée en force du roman graphique dans mes chroniques (8 chroniques publiées).

A défaut d’avoir la quantité je peux me consoler avec la qualité puisque la note moyenne se monte à 4.3 Jack sur 5. Mes notes se répartissent ainsi :

  • 15 livres obtiennent la note maximale de 5 sur 5
  • 26 livres frôlent le sommet avec 4.5 sur 5
  • 18 livres obtiennent un honorable 4 sur 5
  • 11 livres s’en tirent avec une note de 3.5 sur 5
  • 1 livre obtient la note de 3 sur 5
  • 2 livres arrivent tout juste à la moyenne avec 2.5 sur 5

Au niveau des bonus, 21 livres sortent du lot :

  • 5 titres font un carton plein avec un coup double (coup de cœur + coup de poing)
  • 9 coups de cœur
  • 7 coups de poings

Et voici mon bilan mensuel avec LE livre du mois :

Janvier
5 livres lus
Betty de Tiffany McDaniel

Février
9 livres lus
La Traque de Bernard Petit

Mars
3 livres lus
Traverser La Nuit de Hervé Le Corre

Avril
6 livres lus
L’Accident De Chasse de David Carlson et Landis Blair

Mai
7 livres lus
Et Pour Le Pire de Noël Boudou

Juin
8 livres lus
Seule La Haine de David Ruiz Martin

Juillet
4 livres lus
Le Carnaval Des Ombres de R.J. Ellory

Août
11 livres lus
Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons

Septembre
3 livres lus
Transaction de Christian Guillerme

Octobre
5 livres lus
Goldorak de Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo

Novembre
6 livres lus
La Saignée de Cédric Sire

Décembre
6 livres lus
Glen Affric de Karine Giebel

3 romans graphiques (en décembre ça s’est joué à un cheveu) sur les douze mois de l’année.
A noter aussi le joli score des éditions Taurnada qui se distinguent avec 3 titres.

[BOUQUINS] Margaret Atwood & Renee Nault – La Servante Écarlate

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Titre : La Servante Écarlate – Le Roman Graphique
Auteur : Margaret Atwood
Adaptation et illustrations : Renée Nault
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2021
Origine : Canada (2019)
248 pages

De quoi ça cause ?

June a connu le monde d’avant Galaad. Elle avait une famille, un emploi et une vie… avant d’être réduite au rang de Servante affectée à un commandant, et de devenir Defred (comprendre la servante du commandant Fred). Désormais sa seule raison d’être est de donner un enfant à « son » commandant…

Ma Chronique

J’aimerais que cette histoire soit différente.
J’aimerais qu’elle soit plus civilisée.
J’aimerais qu’elle me présente sous un jour meilleur, sinon plus heureuse, du moins plus active, moins hésitante.
J’aimerais qu’elle ait plus de chair.

Comme vous le savez peut-être j’ai pris mon temps avant de découvrir le roman culte de Margaret Atwood ; comme la grande majorité, j’ai été à la fois séduit et glacé par cette dystopie des plus sombres (je sais dystopie et sombre ça fait un peu pléonasme, voire même lapalissade).

Quand j’ai appris qu’une adaptation graphique existait, j’étais à la fois déterminé à la lire au plus vite et curieux de voir comment le dessin allait restituer toute la noirceur du récit.

Le texte du roman graphique se base sur la nouvelle traduction de Michèle Albaret-Maatsch, une traduction qui tend uniquement à harmoniser certains choix opérés à l’occasion de la sortie du second opus, Les Testaments.

On retrouve dans la narration la colère sourde de Defred, mais aussi sa résignation face à sa situation ; comme je m’y attendais, ça m’a moins dérangé qu’à la lecture du roman.

Pour illustrer le récit, l’artiste canadienne Renee Nault opte pour l’aquarelle. Le choix des couleurs (avec une logique prédominance du rouge) et de la mise en page vient sublimer le récit, notamment quand il s’agit de distinguer le présent des souvenirs de Defred. Le trait volontairement imprécis tend à renforcer l’aspect impersonnel de la vie à Galaad. Le visuel est une totale réussite du point de vue esthétique.

Je ne reviendrai pas sur mon ressenti vis-à-vis de l’intrigue à proprement parler, il est le même qu’à la lecture du roman (cf. ma chronique). Comme je l’ai dit plus haut, les illustrations apportent un réel plus au récit en renforçant sa noirceur.

Ce roman graphique est une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Margaret Atwood. Même si vous avez déjà lu le bouquin, cette adaptation vous en mettra plein les mirettes et vous glacera les sangs. Une telle réussite vaut bien un ultime coup de cœur de l’année 2021.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

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Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Fabrice Colin & Richard Guérineau – Seul Le Silence

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Titre : Seul Le Silence
Auteur : R.J. Ellory
Scénario : Fabrice Colin
Dessin : Richard Guérineau
Éditeur : Phileas
Parution : 2021
Origine : France
110 pages

De quoi ça cause ?

1939. Augusta Falls (Georgie). Joseph Vaughan, 12 ans, perd l’insouciance de sa jeunesse en même temps que son père. Peu après il découvre le corps d’une fillette atrocement mutilé, la première victime d’une longue liste.

Au fil des ans et des meurtres – dont certains le toucheront de très près –, Joseph semble poursuivi par une tragique malédiction. Mais jamais il ne renoncera à découvrir sur ces crimes et leur auteur. Un choix qu’il paiera cher, très cher…

Ma Chronique

Seul Le Silence, le roman de R.J. Ellory est le premier titre de l’auteur publié en français (chez Sonatine en 2008). L’occasion pour le public français de découvrir un titre qui laissera son empreinte dans la littérature noire et un auteur au talent incontestable (ce qui ne se démentira pas au fil des romans qui suivront).

L’intrigue du roman est d’une densité incroyable et d’une noirceur absolue, à peine atténuée par une écriture presque poétique. C’est aussi un portrait psychologique détaillé autour du personnage de Joseph Vaughan. Le tout concentré sur plus de 500 pages.

Comment restituer un ensemble aussi complexe et complet dans un roman graphique d’une grosse centaine de pages ? J’avoue que j’étais aussi curieux que sceptique. Un sacré challenge pour Fabrice Colin, il faut aller à l’essentiel sans dénaturer le roman.

Un challenge que le scénariste remporte haut la main. On retrouve en effet tous les éléments qui font la force du roman. La noirceur est omniprésente, le profil psychologique de Joseph Vaughan est criant de réalisme, même la poésie de la narration est au rendez-vous.

Pour Richard Guérineau le challenge n’était pas moindre, à charge pour lui de créer une ambiance graphique qui colle à l’intrigue et aux personnages. Là encore le défi est relevé avec succès. Le trait est précis, le choix des couleurs et les alternances entre les angles de vue (du grand angle au plan rapproché), selon les besoins de l’intrigue, sont d’une minutie à couper le souffle.

Peut-être vous demandez-vous si le fait d’avoir lu le roman avant son adaptation graphique ne gâche pas tout ou partie du plaisir. On serait en effet tenté de penser que, connaissant l’identité du tueur, l’intrigue perdrait en saveur, mais il n’en est rien. Au contraire, j’ai ainsi pu prendre mon temps pour apprécier pleinement chaque page du roman graphique.

Cette adaptation est une totale réussite qui devrait combler aussi bien ceux qui ont lu le roman de R.J. Ellory que ceux qui découvriront l’intrigue sous sa forme graphique. C’était un pari audacieux – voire impossible –, mais Fabrice Colin et Richard Guérineau réussissent à restituer l’essentiel du roman ; j’aime beaucoup l’expression « extraire la substantifique moelle », c’est précisément ce que fait ce roman graphique.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Wesley Chu – Time Salvager

AU MENU DU JOUR


Titre : Time Salvager
Auteur : Wesley Chu
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2015)
528 pages

De quoi ça cause ?

2511. La Terre n’est plus qu’un champ de ruines dépeuplé et toxique. Ses habitants l’ont quittée depuis longtemps pour s’établir dans le système solaire. Leur survie repose sur les ressources que des agents temporels vont récupérer dans le passé.

James Griffin est un de ces chronmen, un agent désabusé par ses longues années de service et fortement porté sur l’alcool. Et pourtant c’est à lui et à son référent que l’on confie une mission qui devrait leur assurer une retraite dorée.

Alors que sa mission touche à sa fin, James brise la plus importante des lois temporelles en ramenant une personne du passé dans le présent. Rapidement démasqué James dot fuir avec sa protégée. Ils sont désormais des cibles prioritaires pour le Chronocentre et la puissante corporation Valta…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son intrigue, qui, sans révolutionner les règles du genre, m’inspirait. Et la couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe !).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le thème du voyage temporel est un grand classique de la science-fiction, que ce soit au cinéma ou en littérature, il a été exploité sous toutes les coutures. Depuis H.G. Wells et Sa Machine À Explorer Le Temps (et même avant) à nos jours, les auteurs qui se sont essayés au genre sont légion… avec plus ou moins de succès.

On serait tenté de penser que toutes les facettes de cette thématique temporelle ont été exploitées, et bin non ! Wesley Chu, un jeune auteur taïwanais installé aux États-Unis, nous prouve qu’il est encore possible de faire preuve d’originalité en la matière. Même si son roman, Time Salvager, premier opus de sa Trilogie du Temps, ne révolutionne pas franchement le genre, il a au moins le mérite de le rafraîchir.

Si le voyage dans le temps est au cœur de l’intrigue, il est ici prétexte à assurer la survie de l’humanité. Seuls les chronmen, des agents temporels, ont le droit de pratiquer des bonds dans le passé et uniquement pour aller y récupérer des ressources ou de l’énergie (qui font cruellement défaut dans le présent) en veillant à perturber à minima le flux temporel. Ils sont placés sous l’autorité du  Chronocentre qui veille au respect des lois temporelles.

James Griffin est, malgré son instabilité et son alcoolisme, l’un des meilleurs chronmen en service. C’est pour cette raison que le contrôleur Levin Javier donne son feu vert pour une mission commanditée par la puissante corporation Valta.

Alors que cette mission pouvait lui offrir une retraite dorée, James va commettre l’irréparable en brisant la première loi temporelle ; il va en effet ramener dans le présent une personne du passé. Cette « anomalie » est Elise, une biologiste qu’il va rencontrer au cours de sa mission et qu’il sauvera d’une mort certaine sur un coup de tête.

Pour Levin, la traque du fugitif et de sa protégée est une affaire personnelle, d’autant que la corporation Valta met la pression sur le Chronocentre.

Si Time Salvager est un pur produit de SF et d’anticipation, il peut aussi revendiquer le titre de thriller d’anticipation tant le rythme est soutenu de la première à la dernière page. Au fil de la traque, on découvre – en même temps que Levin – qui tient réellement les rênes du pouvoir et du Chronocentre.

Ajoutez à cela la dimension écologique (au sens noble du terme, pas sa version corrompue par la politique) de l’intrigue et vous aurez entre les mains tous les éléments d’un scénario bien plus complexe qu’il ne le laissait supposer.

Le personnage de James est l’archétype de l’antihéros, de prime abord bourru et antipathique, son caractère va s’adoucir au contact d’Elise.

À l’opposé Levin est le parfait fonctionnaire zélé, même quand ses certitudes s’effondrent il persiste à se réfugier derrière le règlement.

Le style de Wesley Chu fait de ce roman un véritable page-turner. Il me tarde de découvrir la suite (Time Siege, paru aux États-Unis en 2016), par contre je suis un peu plus pessimiste pour le troisième et dernier opus qui ne semble toujours pas écrit alors que l’auteur a publié de nombreux autres romans depuis 2016 et annonce même une nouvelle série pour 2022.

MON VERDICT

[BOUQUINS] P. Djéli Clark – Ring Shout – Cantique Rituel

AU MENU DU JOUR


Titre : Ring Shout – Cantique Rituel
Auteur : P. Djéli Clark
Éditeur : L’Atalante
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2020)
176 pages

De quoi ça cause ?

Macon, 1922. En 1915 le film Naissance d’une nation a permis au Ku Klux Klan de renaître de ses cendres. À travers le pays, le Klan sème la terreur et se déchaîne sur les anciens esclaves. Les klanistes sont aidés par les Ku Kluxes, des créatures démoniaques surgies des enfers.

Sur leur chemin se dressent Maryse et ses compagnes de résistance : une tireuse d’élite à la langue bien pendue et une vétérane du régiment des Harlem Hellfighters. Un trio déterminé à chasser ceux qui les traquent et à éradiquer les démons du Klan.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’une part parce que cette fantasy urbaine mixant réalité historique, démons et magie avait de quoi titiller ma curiosité.

D’autre part parce que cette novella est  bien partie pour faire un carton plein des prix littéraires les plus prestigieux des littératures de l’imaginaire. Elle a d’ores et déjà raflé les prix Nebula 2020 et Locus 2021 et est en lice parmi les finalistes du prix Hugo 2021.

Ma Chronique

J’avoue sans la moindre honte qu’en dépit de son palmarès impressionnant (les résultats pour le prix Hugo 2021 seront annoncés en fin de semaine), j’avais encore un soupçon de doute concernant le bouquin. Son contexte est en effet très américano-américain avec l’opposition Nord / Sud et le Ku Klux Klan.

Je ne vais pas non plus me la jouer politique de l’autruche, l’esclavage a aussi existé en Europe et donc en France. Le négationnisme ce n’est pas mon truc, notre Histoire a des faces sombres, il faut les accepter et éviter de reproduire les mêmes conneries à l’avenir. Mais la France n’a jamais eu à composer avec un phénomène de la même ampleur que les encapuchonnés du KKK.

Mes doutes ont rapidement été balayés, si le roman se veut engagé (et il l’est incontestablement), son message est plus universel et prône davantage pour la cohabitation paisible entre les communautés. De plus P. Djéli Clark joue d’emblée la carte de la fantasy urbaine avec l’apparition rapide des Ku Kluxes et de l’épée magique de Maryse.

Je suppose que le choix d’un clivage total Blancs / Noirs est un choix de l’auteure, j’ai trouvé ça un peu dommage, moins de manichéisme racial eut été un plus pour le récit (une fois encore, mes propos n’engagent que moi).

J’ai bien aimé le trio de chasseuses de démons. À commencer par Maryse (qui fait aussi office de narratrice) dont le don de vision permet d’identifier les Ku Kluxes qui se dissimulent sous une apparence humaine et dont l’épée magique, qu’elle peut invoquer au besoin, ne leur laisse aucune chance. Elle pourra compter sur l’aide de Sadie, tireuse hors pair inséparable de sa winchester, mais aussi dotée d’une gouaille qui peut parfois être épuisante pour ses amies. Enfin il y a Cordelia (aka Cordy ou Chef), vétéran de la Première Guerre mondiale où elle a servi dans le régiment de Harlem Hellfighters, experte en explosifs, elle aussi est dotée du don de vision.

Un trio qui se complète à la perfection aussi bien au cœur que de l’action que dans leur amitié au quotidien. Elles forment le bras armé de l’équipe de Nana Jean qui fait office de chef de la résistance à Macon.

Et elles auront fort affaire au vu de la menace qui pèse sur Macon, la prochaine projection du film Naissance d’une nation pourrait bien être l’occasion d’une invocation sans précédent.

N’étant pas familier de la culture Gullah, et notamment des ring shouts, je suis sans doute passé à côté de certaines références, mais ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement ce roman. Chapeau à la traductrice, Mathilde Montier, qui a su restituer un style narratif assez particulier de façon très convaincante.

J’ai craint que, au vu de l’épaisseur du bouquin, l’intrigue paraisse bâclée ou ne laisse un sentiment d’inachevé. Il n’en est rien, tous les éléments s’imbriquent en temps et en heure pour former un tout cohérent et parfaitement finalisé. Le mélange entre Histoire et fiction est bien dosé.

J’ai bien aimé le clin d’œil en fin de roman mentionnant un homme de Providence (Rhodes Island) capable d’invoquer des créatures infernales d’une pire engeance que les démons du Klan. Serait-on en train de parler d’un certain H.P. Lovecraft et de ses créatures issues du mythe de Cthulhu ?

Je ne m’attarderai pas sur le film Naissance d’une nation pour la simple et bonne raison que je ne le connais que de nom et de (sinistre) réputation. Aussi nauséabond soit-il, ce film a marqué un tournant dans l’histoire du western et est le premier blockbuster de l’histoire du cinéma.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Paula Hawkins – Celle Qui Brûle

AU MENU DU JOUR


Titre : Celle Qui Brûle
Auteur : Paula Hawkins
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Angleterre
464 pages

De quoi ça cause ?

Daniel Sutherland a été assassiné à bord de sa péniche.

Trois femmes et un homme sont directement impactés par cette mort brutale. Miriam, sa voisine, a découvert le corps. Carla, sa tante, séparée mais encore très porche de son ex-mari et qui a perdu sa sœur (la mère de Daniel, quelques semaines plus tôt). Laura, une jeune femme qui a passé la nuit avec Daniel avant de se séparer sur une violente dispute. Théo, auteur à succès et ex-mari de Carla.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Inévitablement parce que c’est Sonatine, mais aussi et surtout parce c’est enfin pour moi l’occasion de découvrir l’univers littéraire de Paula Hawkins.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Celle Qui Brûle est le troisième roman de Paula Hawkins publié par les éditions Sonatine, bien qu’ayant les deux précédents dans mo Stock à lire Numérique et malgré l’engouement suscité par La Fille Du Train, ce sera pour moi l’occasion de découvrir, ENFIN, l’univers littéraire de l’auteure.

L’auteure nous offre un thriller psychologique porté par des personnages forts, marqués par des drames personnels lourds. Miriam a été enlevée et séquestrée alors qu’elle était ado, elle a réussi à s’enfuir mais son amie a été violée et tuée par leur ravisseur.  Carla et Théo ont perdu leur jeune fils à la suite d’un accident dû à la négligence d’Angela. Laura a été renversée par une voiture quand elle était enfant, après une période de coma et une longue rééducation, elle garde quelques séquelles physiques et psychologiques.

L’enquête de police autour du meurtre de Daniel est presque reléguée au second plan tant l’accent est mis sur les personnages. Il faut bien reconnaître que pour la police Laura fait un peu figure de coupable idéale au vu de son passif et de sa totale imprévisibilité. Vous l’aurez compris ce serait trop facile… et pis je me refusais à y croire parce que je l’aimais bien la petite Laura.

Mais pour lever tous les soupçons qui pèsent sur la jeune femme, encore faut-il découvrir l’identité du véritable assassin… et alors là je vous souhaite bien du courage, Paula Hawkins sait y faire pour brouiller les pistes… et accessoirement vous embrouiller l’esprit ! Les soupçons passeront de l’un à l’autre des personnages au gré de l’évolution de l’intrigue… sans vraiment avoir de certitude absolue.

Heureusement Laura ne sera pas seule pour affronter les événements, elle pourra compter sur le soutien et la confiance inconditionnels d’Irene. Une vieille dame à qui elle rend parfois quelques menus services. Une mamie gâteaux qui est loin d’être gâteuse, si parfois sa mémoire lui joue des tours, son esprit reste parfaitement affuté. Un personnage très attachant qui vous réservera bien des surprises.

Et la victime dans tout ça ? Daniel était-il si innocent que l’on voudrait nous le faire croire ? Peu à peu on découvre un individu qui peut s’avérer hautement méprisable et parfois très instable.

Dans sa narration l’auteure joue volontiers avec le temps. L’intrigue actuelle est entrecoupée par les souvenirs de l’un ou l’autre des personnages. Parfois ça vous aidera à mieux cerner l’individu en question, d’autre fois ça vous enfoncera encore davantage dans la brume.

Vous l’aurez compris il n’est pas question de pyromane dans ce bouquin, le feu est intérieur et consume lentement mais sûrement ses proies. Colères, rancœurs, regrets, culpabilité… que l’on laisse enfler sans leur offrir un exutoire… l’effet peut être tout aussi dévastateur qu’un incendie.

Un roman qui sort de lot par la qualité et l’intelligence de sa narration et de sa construction (en plus des personnages mitonnés aux petits oignons). De fait la lecture est aussi addictive que fluide. J’en viendrai presque à regretter de ne pas m’être penché plus tôt sur le cas Paula Hawkins… je dis bien presque, les regrets ce n’est pas ma tasse de thé. Et puis il n’est pas trop tard pour pallier ce retard.

Le délai de publication de la présente chronique est de mon seul fait, j’ai pris mon temps avant de jeter mon dévolu sur ce roman et ensuite j’ai eu un retard de rédaction et publication. Un coup de mou, ça arrive de temps en temps.

MON VERDICT