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Archives de Catégorie: Coups de coeur

[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

 MON VERDICT

Coup de poing

 
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Publié par le 23 juillet 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Carnaval Des Ombres

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Carnaval Des Ombres
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2021
Origine : Grande-Bretagne (2014)
648 pages

De quoi ça cause ?

1958. Un cirque ambulant vient de s’installer dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. La troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par la découverte d’un macchabée partiellement glissé sous le carrousel.

Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. De plus, il a bien du mal à tirer les vers du nez des membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory. Chacun de ses romans possède une identité qui lui est propre et le rend unique.

Ma Chronique

Contrairement aux apparences Le Carnaval Des Ombres n’est pas le dernier roman de R.J. Ellory, celui-ci a été publié en 2014 en Grande-Bretagne. Le dernier en date, Proof Of Life, n’est pas encore traduit (tout comme Kings Of America, publié en 2017).

R.J. Ellory demeure le plus américains des auteurs britanniques dans le sens où tous ses romans se déroulent aux Etats-Unis. Il faut dire que l’auteur sait y faire quand il s’agit de disséquer la société américaine et accessoirement de déconstruire un mythe.

Ainsi avant JFK dans Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort, c’est J. Edgar Hoover, le mythique et très controversé directeur du FBI, qui est passé sous l’impitoyable moulinette de R.J. Ellory.

SI l’auteur excelle dans le genre qui lui est cher (le thriller) il parvient à se renouveler et à donner une griffe unique à chacun de ses romans. C’est plus que jamais vrai avec ce Carnaval Des Ombres et son étrange troupe de saltimbanques. Quasiment de la première à la dernière page on se dit que le bouquin aurait pu être écrit par Stephen King (et un King au sommet de sa forme). Il flotte en effet sur l’intrigue une ombre de paranormal, voire de fantastique.

Le nouvellement promu agent fédéral senior, Michael Travis, débarque à Seneca Falls fort de ses certitudes. Plutôt taiseux et distant il n’est pas d’un abord facile mais c’est surtout son caractère rigoureux (dans le bon et le mauvais sens du terme) qui le définit le mieux.

Afin de mieux cerner le pourquoi du comment de sa personnalité, quelques flashbacks reviennent sur les moments forts (et souvent douloureux) de son passé.

Il n’en reste pas moins que pensant être confronté à une enquête banale, il va rapidement se rendre compte que de nombreux détails ne collent pas. Mais ce sont ses échanges avec Edgar Doyle qui le perturberont le plus, non seulement il n’hésite pas à critiquer ouvertement le système, les méthodes du FBI et même l’intouchable Hoover, mais en plus il bouscule les certitudes de Travis. Théories complotistes ou vérités cachées ? A Travis de le découvrir… au risque d’avoir à en payer le prix !

Si le personnage principal est bel et bien Michael Travis, je serai tenté de dire que les véritables héros de ce roman sont les artistes du Carnaval des Ombres. Ils ont une capacité hors du commun à percer la véritable personnalité de leurs interlocuteurs, mais aussi et surtout de mettre à jour leurs blessures secrètes et de les apaiser (ou pas si les intentions de leur vis-à-vis leur sont nuisibles).

Le personnage le plus étonnant est leur chef de file, Edgar Doyle, Il n’hésitera pas à faire vaciller l’univers de Michael Travis mais pas dans l’intention de lui nuire, au contraire c’est pour le pousser à retirer les œillères qui l’empêchent de voir le monde tel qu’il est.

Enfin il faudra aussi compter avec les habitants de Seneca Falls qui auront leur mot à dire dans le déroulé de l’intrigue. Je pense notamment à Laura McCaffrey qui va s’évertuer à essayer de rendre Travis plus « humain ».

Je n’ai pas lu tous les romans de R.J. Ellory (je n’ai que six titres à mon actif, sur les dix-sept romans qui ont été traduits à ce jour) mais d’ores et déjà je place celui-ci dans mon top 3 spécial R.J. (aux côtés de Seul Le Silence qui est le roman qui m’a fait découvrir l’auteur et du Chant De L’Assassin qui m’a fait passer pour toutes les émotions possibles et imaginables). C’est donc naturellement que je lui attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) largement mérité !

Pour conclure cette chronique je tiens à préciser que si cette lecture m’a pris un certain temps (pas loin d’une quinzaine de jours) c’est essentiellement à cause d’un emploi du temps professionnel particulièrement chargé qui faisait qu’en rentrant j’avais davantage envie de plonger le nez dans un verre de Jack que dans un roman (aussi bon soit-il).

MON VERDICT

Coup double

 
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Publié par le 15 juillet 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Michael Crichton – Dent De Dinosaure

AU MENU DU JOUR


Titre : Dent De Dinosaure
Auteur : Michael Crichton
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2021
Origine : États-Unis (2017)
350 pages

De quoi ça cause ?

1876. Pour ne pas perdre la face par suite d’un pari stupide, William Johnson, étudiant à Yale, rejoint un groupe dirigé par le Professeur Marsh. Direction le grand ouest pour une expédition paléontologique qui n’intéresse pas du tout Johnson…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Essentiellement par curiosité, non seulement à l’idée de découvrir un inédit de Michael Crichton mais aussi et surtout parce qu’il s’agit d’un roman écrit en 1974 et qu’il y est déjà question de dinosaures.

Ma Chronique

Je remercie les éditions L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il semblerait que Michael Crichton ait écrit ce roman en 1974 mais ne l’ait jamais fait publier, c’est donc à l’initiative de ses ayant-droits (Sherri Crichton, sa veuve, signe la postface) que le bouquin est enfin mis en lumière. On peut légitimement supposer qu’il y a eu quelques retouches – tout en respectant la lettre et l’esprit du texte original – à apporter çà et là pour que le texte soit publiable (même si le simple nom de Michael Crichton suffisait à attiser la curiosité des lecteurs).

J’avoue très honnêtement qu’en ouvrant ce roman je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre et surtout je me demandais si l’auteur ferait intervenir des éléments fantastiques dans le déroulé de son récit. Au final Michael Crichton nous livre un thriller historique sur fond de conquête de l’Ouest et de guerres indiennes (dont les tribus Sioux menées par Sitting Bull, galvanisées par leur récente et écrasante victoire à Little Bighorn).

Pour construire son intrigue Michael Crichton combine des personnages ayant réellement existés (outre les Professeurs Marsh et Cope, deux paléontologues dont la rivalité légendaire restera dans l’Histoire sous le nom de « guerre des os », on croisera aussi, de près ou de loin, des grands noms de l’Histoire de l’Ouest américain) et des personnages issus de l’imaginaire de l’auteur (à commencer par son héros, William Johnson). Pour que l’ensemble reste cohérent, Michael Crichton s’est autorisé quelques libertés avec les faits (comme il s’en justifie à la fin du roman) ; et cela fonctionne plutôt bien.

Il faut dire que Michael Crichton apporté beaucoup de soins à ses personnages, et ce quel que soit leur niveau d’implication dans le déroulé de l’intrigue. Le lecteur sera bien entendu plus attentif à l’évolution du caractère de William Johnson ; s’il apparaît au début du roman comme un banal gosse de riche pourri-gâté et égocentrique, sa personnalité va évoluer (en bien) au contact des autres et au fil de ses aventures.

On devine un gros travail de documentation de la part de l’auteur qui nous plonge au cœur d’un western hyper réaliste et très visuel. Outre son intrigue qu’il dirige en véritable virtuose, Michael Crichton attache énormément de soin au contexte, multipliant les références historiques, culturelles, politiques ou économiques… sans jamais sombrer dans l’excès didactique ; le récit n’en devient que plus prenant et captivant.

Si l’intrigue semble un peu longue à démarrer c’est uniquement parce qu’il faut planter le décor avant d’entrer dans le vif du sujet. Rapidement les choses vont s’accélérer et maintenir un rythme de croisière soutenu, s’autorisant même par moment quelques montées en puissance.

Au cas où vous vous poseriez la question, les seuls dinosaures que l’on croise dans le roman sont en pièces détachées fossilisées. Pour que Michael Crichton donne vie à « ses » bestioles il faudra attendre Jurassic Park (1990) et sa suite, Le Monde Perdu (1995). Avec ce bouquin vous aurez un juste un western palpitant de bout en bout entre les mains.

A la lecture du roman on oublie totalement qu’il a été écrit presque cinquante ans plus tôt. Certes le fait de situer l’intrigue au XIXe siècle fige l’intrigue dans le passé, le facteur temporel n’a alors que peu d’impact sur le lecteur. Il n’en reste pas moins que je me demande quelle a été la part de réécriture du présent roman par rapport à la version originale écrite par Michael Crichton.

Michael Crichton fait partie de ces auteurs dont j’ai lu quasiment l’intégralité des romans qu’il a publié. Sur les 19 titres signés de son nom (je fais l’impasse sur les pseudonymes), Dent De Dinosaure est le dix-septième roman de l’auteur que j’ai lu.

MON VERDICT

Aparté à l’intention du traducteur

Je suis loin d’être un fin connaisseur de l’Histoire des Etats-Unis mais que je lis dans une note de bas de page que la bataille d’Appomattox (avril 1876) fut celle qui mit fin à la guerre de Sécession, j’ai les yeux qui pleurent et du coup je me demande si le traducteur n’aurait pas abusé de substances illicites… Ladite bataille a bien eu lieu au mois d’avril, mais c’était en 1865 !

 
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Publié par le 25 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BRD] 30 Jours Max

À L’AFFICHE DU JOUR


Titre : 30 Jours Max
Réalisation : Tarek Boudali
Production : Axel Films / M6 Films
Distribution : StudioCanal
Origine : France (2020)
Durée : 1h27

Casting

Tarek Boudali : Rayane
Philippe Lacheau : Tony
Julien Arruti : Pierre
Vanessa Guide : Stéphanie
José Garcia : Le Rat

Le pitch

Rayane a choisi de devenir flic pour honorer la mémoire de son père, mais force est de reconnaître qu’il aussi trouillard que maladroit et multiplie les gaffes. Son dernier exploit en date : avoir fait foirer l’interpellation d’un caïd du milieu.

Quand son médecin lui apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable et qu’il ne lui reste qu’un mois à vivre, il décide d’abord de s’offrir un séjour de rêve aux USA. Un appel téléphonique va le pousser à rentrer en France et à redevenir flic. Bien décidé à gagner la reconnaissance de ses pairs (et accessoirement le cœur de sa collègue), c’est en véritable tête brûlée qu’il reprend du service…

Ma chronique

Depuis Babysitting je suis un inconditionnel de la Bande à Fifi ; je connaissais déjà Tarek Boudali pour son rôle dans la série En Famille proposée par M6, les autres je les avais brièvement aperçus çà et là à la télévision.

Avec 30 Jours Max Tarek Boudali endosse pour la seconde fois le rôle de réalisateur (après le très décalé Épouse-Moi Mon Pote), et c’est tout naturellement qu’il fait appel à ses potes pour l’accompagner dans ce nouveau film. Mais pas que…

Tarek Boudali endosse le rôle d’un flic qui ne semble vraiment pas fait pour ce métier… il tient en effet davantage de l’inspecteur La Bavure que de l’inspecteur Harry. Jusqu’à son retour, bien déterminé à laisser son nom dans les annales de la police avant que la maladie ne l’emporte.

C’est ainsi qu’il va intégrer l’équipe de Tony (Philippe Lacheau), un flic qui est son exact opposé : efficace, compétent, charismatique… et surtout un égocentrique qui ne rate pas une occasion de tirer la couverture à lui. Forcément le gars ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée dans son équipe de Rayane, loser qui rêve de devenir héros à la place du héros…

Tony peut compter sur le soutien inconditionnel (voire l’admiration) de son second, Pierre (Julien Arutti) ; le fayot par excellence qui ne brille que dans l’ombre de son chef.

La grande absente de la Bande à Fifi au casting du film est Elodie Fontan, mais bon elle avait un certificat médical en bonne et due forme : être enceinte n’est pas compatible avec le tournage d’une comédie policière qui enchaîne les scènes d’action et les cascades (aussi déjantées les unes que les autres).

Comme souvent les joyeux lurons de la bande font appel à une belle brochette d’acteurs afin de les accompagner dans leurs délires. À commencer par Josè Garcia qui incarne Le Rat un caïd du trafic de drogue psychopathe à souhait. Mais l’on retrouve aussi Marie-Anne Chazel qui incarne la grand-mère de Rayane et Philippe Duquesne qui endosse la blouse d’un toubib pas franchement brillant. La palme revient incontestablement à Chantal Ladesou qui incarne une prostituée que vous n’oublierez pas de sitôt (et qui, accessoirement, est aussi la mère de Pierre).

Pour réaliser son rêve de gosse (incarner un flic), Tarek Boudali n’a pas hésiter à donner de sa personne en accompagnant notamment des équipes de BAC en mission, de jour comme de nuit, mais aussi en assurant lui-même une partie de ses cascades.

Certes le film ne restera pas dans les annales du cinéma et ne brille pas par son humour raffiné (et coincé du cul) ; c’est un divertissement qui opte pour un ton décalé totalement assumé et ça fait du bien aux zygomatiques.

Un dicton a beau affirmer que le hasard fait bien les choses, pas certain que Tarek Boudali pense la même chose à propos de son film. Sorti en octobre 2020, soit quelques jours avant la fermeture des cinémas et autres lieux publics à la suite de la crise sanitaire du COVIC-19. Il lui faudra attendre le mois de mai 2021 pour redémarrer son exploitation en salles. Entretemps le film est sorti en DVD et Blu-Ray (mars 2021) et est désormais au programme de Canal+.

♥♥♥♥

PS : la présente chronique intervient très en retard par rapport au visionnage du film, c’est en effet au moment de la sortie en Blu-Ray que j’ai maté le film. Je suis vachement à la bourre au niveau des chroniques cinéma, j’ai d’ailleurs pris le parti d’en faire passer à la trappe la plupart.

 
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Publié par le 22 juin 2021 dans DVD / BRD

 

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[BOUQUINS] Sylvain Neuvel – L’Examen

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Examen
Auteur : Sylvain Neuvel
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2021
Origine : Canada (2019)
128 pages

De quoi ça cause ?

Grande Bretagne, dans un futur indéterminé. Pour devenir citoyen britannique les migrants et réfugiés doivent réussir un examen de citoyenneté composé de 25 questions.

Idir à fuit l’Iran avec sa femme et son fils, il exerce désormais comme dentiste à Londres et est parfaitement intégré au mode de vie occidental. C’est donc plutôt confiant qu’il se présente au centre d’examen. Mais rien ne l’avait préparé à ce qu’il va se produire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est le pitch qui, le premier, m’a attiré vers ce bouquin. J’étais aussi curieux de découvrir Sylvain Neuvel dans un autre registre (ce qui me rappelle au passage que je dois poursuivre la lecture de ses fameux Dossiers Thémis).

Ma Chronique

Avec L’Examen Sylvain Neuvel nous offre une dystopie plutôt glaçante, d’autant plus que l’on est en droit de penser que c’est un des futurs possibles pour nos sociétés occidentales qui veulent toujours tout contrôler au plus prés.

Un texte court, intense et sombre. Et pourtant tout commence comme un banal examen d’intégration sous la forme d’un QCM de 25 questions. Une session d’examen qui va rapidement virer au cauchemar pour Idir. Et qui jettera un froid sur le lecteur quand il découvrira ce qui se cache derrière les événements que subit Idir.

Franchement je ne suis pas contre le principe d’un examen de citoyenneté pour les demandeurs d’asile ; le Canada et de nombreux pays d’Europe du Nord le mettent déjà en pratique sans que personne ne s’en offusque. Bien entendu je parle là d’un véritable examen de citoyenneté, pas d’une mise à l’épreuve comme celle dont il est question dans le présent roman.

Les chapitres alternent entre le récit d’Idir (à la première personne) qui nous relate le cauchemar qu’il est en train de vivre – cauchemar qui semble s’enfoncer toujours plus loin dans l’horreur – et les « coulisses » du centre d’examen, là où des opérateurs tirent les ficelles du drame qu’ils sont en train de scénariser.

Compte tenu de la longueur du roman l’accent est surtout mis sur le personnage d’Idir – soit dit en passant il a le profil idéal pour devenir futur citoyen britannique –, force est de reconnaître que l’on n’a pas particulièrement envie de faire plus ample connaissance avec les autres acteurs de l’intrigue.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté à la longueur du récit et au rythme de l’intrigue, pas de fioritures, pas de bla-bla, pas de chichis… on va à l’essentiel et c’est très bien comme ça ! Avec tout ça, inutile de vous préciser que le bouquin se dévore d’une traite.

Un roman qui poussera le lecteur à la réflexion sur des thèmes tel que le libre arbitre, la manipulation (voire la destruction) psychologique, jusqu’où le système peut-il aller au nom de l’intérêt de la communauté ? La fin du roman laisse un arrière-goût de bile en bouche, mission accomplie haut la main pour Sylvain Neuvel.

Comme quoi ce n’est pas la taille qui compte ! Il vaut mieux savoir-faire court et efficace que long et soporifique…

Pour l’anecdote Sylvain Neuvel est né et vit au Québec, mais c’est en anglais qu’il écrit ses romans. Un choix curieux pour un habitant d’une province qui défend bec et ongles la langue française (même si celle-ci est en recul constant ces dernières années). Mais cela ne nous regarde pas…

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] David Ruiz Martin – Seule La Haine

AU MENU DU JOUR


Titre : Seule La Haine
Auteur : David Ruiz Martin
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Le jour de son quinzième anniversaire, Elliot se présente au cabinet de psychanalyse de Larry Barnay armé d’un pistolet. L’adolescent veut comprendre pourquoi son frère s’est suicidé six mois plus tôt, et pourquoi Larry, qui le suivait comme patient, n’a pas été capable de l’empêcher de passer à l’acte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Ce roman est paru initialement en 2020 aux éditions Nouvelle Bibliothèque, la version proposée par Taurnada a été entièrement remaniée par David Ruiz Martin. Je ne sais pas ce que valait le premier jet du bouquin, mais je peux d’ores et déjà vous assurer qu’avec ce titre, Taurnada inscrit une nouvelle pépite à son catalogue.

Le bouquin s’ouvre sur une préface de Nicolas Feuz qui pose la question de l’identité du polar suisse (je ne me prononcerai pas sur le sujet, il me semble que c’est le premier polar helvète que je lis). En effet si David Ruiz Martin est né en Espagne c’est en Suisse qu’il a grandi et qu’il vit encore aujourd’hui.

C’est donc tout naturellement que l’auteur a situé l’intrigue de son roman en Suisse (à Neuchâtel pour être exact). Une intrigue qui va se jouer presque exclusivement en huis clos entre l’adolescent et le psychanalyste. Un huis clos au cours duquel la tension va aller crescendo, au fil des pages un sentiment grandissant d’oppression vous prendra aux tripes, le récit d’Elliot soumettra vos nerfs à rude épreuve avec, en bonus, quelques poussées d’adrénaline.

Pour des raisons évidentes je ne m’étalerai pas davantage sur l’intrigue mais si vous cherchez un truc vraiment machiavélique et noir de noir, alors ce roman est fait pour vous. David Ruiz Martin signe un thriller psychologique intense et totalement maîtrisé.

Condition sine qua non pour qu’un thriller psychologique, plus encore dans le cadre d’un huis clos confrontant deux individus, il est impératif que les personnages portent l’intrigue et la fassent vivre (cerise sur le gâteau s’ils parviennent en plus à nous faire vibrer).

Je commencerai par Larry Barnay parce qu’il est le narrateur du présent roman. On découvre un homme plutôt sûr de lui et de ses convictions même si confronté à une situation pour le moins inhabituelle. Au fil du récit d’Elliot nous verrons ses certitudes se fissurer, puis s’effondrer pour être remplacées par des doutes et des questionnements qui le boufferont de l’intérieur.

Malgré son jeune âge Elliot reste maître du jeu tout le temps de son récit, même ses coups de mou et coups de colère semblent minutieusement calculés pour s’inscrire dans son récit (d’un autre côté il est difficile, voire impossible, de rester de marbre face à son témoignage qui s’enfonce toujours plus loin dans l’abject). Je peux comprendre que certains lecteurs aient pu penser qu’une telle personnalité ne collait pas un gamin de 15 ans, personnellement cela ne m’a pas dérangé outre mesure, Larry nous prévient d’entrée de jeu :

« Non. Elliot n’est pas fou. Je l’ai vaguement côtoyé par le passé. Il a toujours été un ado brillant, intelligent et futé. Parfois même un peu trop. »

C’est sans la moindre hésitation que j’attribue 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman.

MON VERDICT

Coup double

 
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Publié par le 21 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Nicolas Jaillet – Fatal Baby

AU MENU DU JOUR


Titre : Fatal Baby
Auteur : Nicolas Jaillet
Éditeur : La Manufacture de Livres
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Julie et sa fille sont en perpétuelle cavale, traquées par les hommes d’une puissante multinationale qui ne reculera devant rien pour s’emparer de l’enfant. « Leur » création, « leur » bébé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Mauvaise Graine aura certainement été ma lecture de l’année 2020 la plus atypique. Nicolas Jaillet nous invitant à suivre la « suite » des aventures mouvementées de Julie, son héroïne à nulle autre pareille, dans ce nouvel opus, je ne pouvais pas passer à côté d’une telle opportunité.

Ma Chronique

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Julie, l’héroïne de Mauvaise Graine, et fait la connaissance de sa fille (il lui faudra un certain temps avant de se voir attribuer un prénom… oups désolé bébé, maman avait oublié ce détail). Et le moins que l’on puisse c’est que la situation de Julie ne s’est pas arrangée… contrairement à ce que laissait présager la fin du précédent roman.

La mère et son bébé sont effet contrainte à être perpétuellement en mouvement si elles veulent échapper à leurs poursuivants. Et même ainsi les confrontations directes restent inévitables… et mouvementées !

Changement de décor pour Julie puisque c’est sur les routes canadiennes, alors que l’hiver approche (Winter is coming comme dirait l’autre… mais avec GRR Martin il faut prendre son mal en patience et se faire une raison). Mais ce n’est pas le seul changement que vous découvrirez au fil des pages même si je ne m’épanchais pas sur la question afin de ne pas spoiler votre lecture.

Vous vous demandez peut-être s’il est nécessaire d’avoir lu Mauvaise Graine avant de vous lancez dans le présent bouquin ; ce n’est pas indispensable, mais je vous encourage quand même à la faire, ne serait-ce que parce que c’est un bouquin qui vaut le détour, mais aussi parce qu’il vous permet de mieux appréhender la situation dans laquelle vous trouverez Julie en ouvrant Fatal Baby.

Il n’en reste pas moins que ces deux romans sont à la fois dans la même veine et totalement différents. On retrouve le même cocktail parfaitement dosé d’action et d’humour, mais aussi le ton décalé de l’intrigue qui faisait tout le charme de Mauvaise Graine. Comme de bien entendu cette suite reste un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un brin de maturité (tout en conservant le grain de folie) en plus dans le personnage de Julie ; il faut dire qu’elle est confrontée aux joies (et parfois aux affres) de la maternité avec un bébé pas franchement comme les autres.

Si dans le précédent roman l’on suivait le périple de Julie au cours de sa grossesse et jusqu’à son accouchement, ici on part sur plusieurs années de fuite éperdue, avec des pauses plus ou moins longues toujours appréciables et appréciées. Une aventure qui entraînera Julie et sa fille sur les routes, mais aussi sur les mers, des Amériques (Canada, États-Unis puis Amérique du Sud) au vieux continent (retour en France en passant par l’Espagne).

Le fond et le ton volontairement légers de l’intrigue n’empêchent pas l’auteur d’apporter beaucoup de soin à la forme. Que ce soit dans le traitement de ses personnages ou dans sa narration, toujours aussi percutante et efficace.

Les lecteurs numériques qui, comme moi, alternent les supports (liseuse, PC puis retour sur la liseuse, etc.) seront un peu déconcertés par l’absence de chapitrage. Mais comme le bouquin n’est pas un pavé et se lit avec beaucoup de fluidité, ça reste un inconvénient mineur que l’on oubliera rapidement.

Autant retrouver Julie dans le présent roman fut une surprise inattendue, autant je ne peux envisager que ses aventures se terminent avec le présent roman ; il me tarde de la retrouver (ainsi que sa fille, cela va de soi) pour découvrir la suite de cette curieuse expédition qui est tout sauf un long fleuve tranquille…

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Mathieu Menegaux – Femmes En Colère

AU MENU DU JOUR


Titre : Femmes En Colère
Auteur : Mathieu Menegaux
Éditeur : Grasset
Parution : 2021
Origine : France
198 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde Collignon attend, sonnée, que le jury d’assises de Rennes délibère sur son sort.

Sonnée parce que l’avocat général a requis vingt ans de prison à son encontre, avec une période de sûreté de douze années.

Trois ans plus tôt, Mathilde, victime d’un viol, a appliqué sa propre justice. Aujourd’hui, aux yeux de la justice, elle est sur le banc des accusés et ses deux violeurs sont les plaignants…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son pitch qui est malheureusement plus que jamais dans l’air du temps.

Pour sa couv’, aussi explicite qu’intrigante.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation.

Même si, concrètement ce n’est pas le fichier proposé par Grasset que j’ai lu… encore un éditeur qui n’a pas compris que l’ère du PDF était révolue depuis bien longtemps. Heureusement j’ai pu me procurer le bouquin au format epub, et c’est donc cette version que j’ai lu et m’en vais chroniquer de ce pas. Encore un détournement de partenariat Net Galley (après Dehors Les Chiens), ça m’évite de rejeter un titre qui m’a été gracieusement proposé.

Mathieu Menegaux signe un roman qui fait écho à l’actualité de ces dernières années, qu’il s’agisse des mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc qui ont agité les réseaux sociaux et par extension les médias, ou des cas de féminicides qui se multiplient. Plus que jamais la femme n’a le droit de demander à être respectée, écoutée et entendue.

Il faut malheureusement que des victimes comme Jacqueline Sauvage ou Valérie Bacot abattent leur bourreau pour que l’opinion s’émeuve sur leur condition… avant de les oublier et de passer à autre chose !

Le personnage de Mathilde Collignon est une de ces femmes qui a choisi d’agir de son propre chef plutôt que d’espérer une réaction juste et approprié des autorités judiciaires. Elle s’est occupée des deux ordures qui l’ont violée… sans les tuer toutefois, mais en faisant en sorte qu’ils n’oublient jamais qu’une femme n’est pas un tas de barbaque dont on peut user et abuser. Une punition à la hauteur de ce qu’ils méritaient… mais que la justice aurait été incapable de leur infliger.

Au fil des chapitres on alterne entre le récit et les émotions de Mathilde dans l’attente du verdict, et les débats (souvent animés) en salle des délibérés.

J’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas le système français des délibérés, je suis plus familier, à force d’ingurgiter des séries TV et des films, du jury à l’américaine. J’ai donc trouvé ces chapitres aussi instructifs que construits avec beaucoup d’intelligence et de réalisme.

Quant au récit de Mathilde, je n’ai aucune honte à reconnaître qu’il a su me tirer des larmes. Des larmes de peine pour ce qu’elle a subi et ce qu’elle subit encore face à l’incertitude du verdict. Mais aussi et surtout des larmes de haine à l’état brut pour les deux salopards qui l’ont violé.

Mathieu Menegaux réussit le pari de nous prendre aux tripes avec son roman. Un texte court (moins de 200 pages), mais intense et éprouvant. Un bouquin qui m’a laissé KO debout, complètement vide.

Vous aurez compris sans peine que je suis partisan assumé et revendiqué d’un verdict de non-culpabilité (malgré les aveux de Mathilde) et d’une relaxe pure et simple.

Bien entendu je ne vous dirai rien du verdict, mais je peux vous assurer qu’avant d’en arriver là votre palpitant aura été mis à rude épreuve. Ce serait presque frustrant de ne pas pouvoir s’épancher sur ledit verdict, on aimerait en parler et en débattre comme si on était dans la salle des délibérés, répondre aux questions posées aux jurés, défendre notre position…

Mathieu Menegaux nous offre un roman brillamment construit, à défaut de faire avancer le schmilblick (et éveiller les consciences), il amène ses lecteurs (et lectrices) à se poser des questions et à réfléchir sur le sujet. Rien que pour ça, je vous salue bien bas monsieur.

MON VERDICT

Coup de poing

Morceaux (nombreux… quand on aime on ne compte pas) choisis

L’opinion peut bien s’agiter, la presse multiplier les éditoriaux, les politiques occuper les plateaux de télévision, la justice applique les textes que le législateur a fait voter.

Quand je pense que, dans ce procès, je suis l’« accusée » et que les deux salopards sont les « parties civiles ». Je voudrais tout reprendre à zéro. Je voudrais qu’on remette les choses à leur place : je suis la victime et ils sont les bourreaux. J’ai refusé de tenir ce rôle. J’ai refusé de me plier aux règles. Je n’avais pas le « bon » viol, de toute façon. Pas de couteau, pas de rôdeur, pas de parking mal éclairé, pas d’heure tardive, pas de pervers détraqué. Personne ne m’aurait crue.

Pourtant c’est clair : avouer aimer le sexe, pour une femme, en 2020, malgré tous les Weinstein, les Polanski et les #MeToo du monde, c’est toujours s’exposer à être considérée comme une putain, une traînée, une salope, une allumeuse et toute la litanie de qualificatifs imagés écrits par des hommes.

Malgré les témoignages, malgré les tutos sur YouTube comparant le consentement sexuel à l’envie d’une tasse de thé, malgré les cours prodigués dans certaines universités, malgré tout ce qui a pu se dire, se lire, s’écrire, une femme qui dit NON continue, pour beaucoup d’hommes aujourd’hui, à n’attendre qu’une bonne pénétration pour se mettre à crier « Oh oui » et avoir subitement envie de s’enfiler jusqu’à s’en étouffer un sexe bien au fond de la gorge.

Ce n’était peut-être pas de la légitime défense. Mais j’estime que c’était une défense légitime.

Ce n’est peut-être pas de la légitime défense, comme vous nous la décrivez dans les textes de loi, mais c’est un acte de légitime défense dans ce monde où les femmes ne sont pas écoutées quand elles crient, quand elles sont battues, quand elles sont violées. Le jour où les hommes et les femmes seront à armes égales, ce jour-là et ce jour-là seulement, bien sûr, il faudra la condamner. Mais aujourd’hui on ne peut pas. Elle n’avait pas d’autre choix. Et elle a protégé les autres femmes qui auraient fini par devenir victimes de ces deux salauds. Je refuse de condamner cette femme. La condamner, c’est accepter la société dans laquelle nous vivons. L’acquitter, c’est faire changer la peur de camp.

La démocratie, c’est bien commode dès lors que le petit peuple vote tout bien comme les élites lui ont indiqué qu’il convenait, n’est-ce pas ? Mais si le résultat n’est pas dans la ligne, c’est que le peuple n’a pas compris, que le pouvoir n’a pas fait suffisamment de pédagogie et il convient pour les dominants de trouver d’urgence une entourloupe pour enfumer le peuple. Les femmes se rebellent, affirment qu’il ne s’agit ni de barbarie ni de vengeance, mais bien de justice et toc, les hommes s’empressent de retirer le droit de vote aux femmes, c’est bien cela ?

Je suis la criminelle et ils sont les victimes. Alors qu’ils m’ont fait mal, ces deux salauds, tellement mal. J’étais le petit chaperon rouge, je gambadais avec insouciance, et je ne m’attendais pas à tomber sur un grand méchant loup. Encore moins sur deux à la fois.

J’ai dit non. Je l’ai crié, je l’ai hurlé, je l’ai murmuré, je l’ai bégayé, je l’ai répété sur tous les tons, mais personne n’a entendu, personne n’est venu, je me suis débattue un temps, mais ils m’ont forcée à tour de rôle, brisée, et j’ai fini par abandonner le combat, en espérant que ça me ferait moins mal et que je sortirais vivante de ce traquenard. J’ai eu peur pour ma vie, une peur animale, viscérale, paralysante. Ils se sont servis de moi, je les entendais m’insulter, leurs mains me frappaient les fesses, ils m’ont tiré les cheveux, empoignée, brutalisée, forcée encore et encore. Ils m’ont salie partout. Un déchaînement de bruit, de violence, de douleur, de soumission, d’odeur de sueur et de porcherie.

 
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Publié par le 12 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Toucher Le Noir

AU MENU DU JOUR


Titre : Toucher Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

11 auteurs mettent le toucher à l’honneur.
10 nouvelles fondues au noir.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Principalement pour la même raison qui m’avait poussé à découvrir les deux précédents recueils proposés par Belfond et dirigé par Yvan Fauth : Yvan himself ! Le seul, l’unique !

Une fois encore l’ami Yvan réunit une belle brochette d’auteurs autour d’un thème commun.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Yvan qui m’ont fait parvenir le présent recueil.

Après l’audition et la vue, Yvan Fauth continue d’explorer le noir à travers nos cinq sens (et un soupçon de sixième sens) ; les onze auteurs qui ont répondu présents à l’invitation du maître de cérémonie mettent le toucher à l’honneur. Un toucher qui, à n’en point douter, va se décliner sous toutes ses formes (sauf rectal !).

Parmi les invités à la table d’honneur on retrouve deux auteurs qui s’étaient déjà prêtés au jeu dans Regarder Le Noir (Laurent Scalère et Maud Mayeras) ; les neuf autres sont des nouveaux venus dans l’aventure… nouveaux mais certainement pas novices ! Ce sont des plumes connues et reconnues de la littérature noire et/ou policière.

Ce sont Frank Thilliez et Laurent Scalèse qui ouvrent le bal avec un texte écrit à quatre mains. Les auteurs font le pari audacieux de nous raconter leur histoire dans l’ordre antéchronologique (on commence par la fin pour remonter vers le début).

Valentin Musso nous invite ensuite à suivre un couple qui sur le chemin du retour après une sortie au restau. Un retour de soirée où tout va basculer.

Avec Solène Bakowski nous cheminerons sur les sentiers tortueux et hypocrites de la foi. Un texte aussi puissant qu’émouvant (on pourrait ajouter éprouvant, énervant…).

Benoît Philippon nous offre un périple à fleur de peau dans le monde de l’art dans ce qu’il a de plus indécent, non par ce qu’il peut montrer ou représenter mais par les prix que certaines œuvres peuvent atteindre. Un concept poussé à l’extrême.

Eric Cherrière nous concocte une histoire de vengeance qui se mange froide sur fond de pollution plastique.

Michaël Mention signe la nouvelle la plus longue du présent recueil. La plus minimaliste aussi puisqu’elle met en scène deux individus dans une cabine d’ascenseur à l’arrêt. L’auteur déploiera tout son savoir-faire pour sublimer ce point de départ et surprendre les lecteurs.

Avec Danielle Thiéry vous découvrirez que la musique n’adoucit pas toujours les mœurs, les dernières notes sont juste sublimes.

Ghislain Gilberti nous invite à une traque aux frontières du réel dans laquelle les prédateurs se feront proies et inversement. Une approche audacieuse qui démarque clairement son récit des autres.

Jacques Saussey nous emmène en Italie à la rencontre d’un prisonnier qui a un véritable don pour le dessin… un don qui va se transformer en malédiction.

Maud Mayeras nous livre un récit qui nous glacera les sangs tant par son absolue noirceur que par sa triste part de vérité que l’auteure nous rappelle à la fin de son récit.

La visite s’achève en compagnie de Franck Thilliez et Laurent Scalése qui nous font découvrir la seconde partie de leur récit en deux actes. Une relecture des faits dans l’ordre chronologique cette fois.

Comme pour les précédents recueils je vais donc attribuer une note sur 5 à chacune des nouvelles composant ce recueil. Au risque de me répéter ces notes n’engagent que moi et sont le reflet de mon ressenti personnel.

  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Envers / 4
  • V. Musso – Retour De Soirée / 4.5
  • S. Bakowski – L’Ange De La Vallée / 5
  • B. Philippon – Signé / 5
  • E. Cherrière – Mer Carnage / 4
  • M. Mention – No Smoking / 5
  • D. Thiéry – Doigts D’Honneur / 4.5
  • G. Gilberti – L’Ombre De La Proie / 5
  • J. Saussey – Une Main En Or / 4.5
  • M. Mayeras – Zeru Zeru / 5
  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Endroit / 4

Soit une honorable moyenne de 4,6 sur 5 que mon infinie mansuétude me pousse à arrondir à un carton plein de 5 Jack ! Pour remercier les auteurs, parce qu’ils le valent bien comme le prouvent leurs récits. Et pour remercier Yvan qui poursuit, pour notre plus grand plaisir, l’aventure.

Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle exploration du noir par le biais d’un sens encore inédit (l’odorat ou le goût ? telle est la question).

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 juin 2021 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Frank Miller – Batman – The Dark Knight Returns

AU MENU DU JOUR


Titre : Batman – The Dark Knight Returns
Scénario et dessin : Frank Miller
Éditeur : DC Comics / Urban Comics
Parution : 1987 (2 volumes, éditions Aedena)
Réédition en un volume chez Urban Comics (2013)
240 pages

De quoi ça cause ?

Après dix ans de retraite volontaire, Bruce Wayne endosse de nouveau le costume de Batman alors qu’un gang fait régner la terreur sur Gotham.

Un retour diversement apprécié par le public et les médias, certains saluent le retour du justicier alors que d’autres demandent qu(‘il soit considéré comme un hors-la-loi.

Ma chronique

Gamin j’ai bouffé du super-héros à toutes les sauces avec les illustrés Marvel (Strange notamment) ; j’ai toujours eu une nette préférence pour les univers et les personnages développés par Marvel plutôt que ceux de son éternel rival, DC Comics. A l’exception toutefois du personnage de Batman pour son côté dark parfaitement assumé.

J’ai découvert l’album The Dark Knight Returns dans les années 90, attiré à la fois par le pitch que par son auteur, Frank Miller. Il faut dire que je venais de lire le premier opus de Sin City et que le comics m’avait laissé sur le cul.

En s’attaquant à Batman sur un angle totalement novateur (c’est un Bruce Wayne quinquagénaire pas franchement au top de sa forme qui reprend du service) et en optant pour un ton résolument noir, Frank Miller apporte une réelle maturité au personnage et à l’univers de l’homme chauve-souris. L’album devrait davantage séduire un public adulte (et jeune adulte) que les jouvenceaux (je n’ai pas dit puceaux) en quête de sensationnel.

On découvre un Batman plutôt vindicatif dans sa façon de rendre justice, il répond à la violence par la violence et frappe pour faire mal malgré son âge. Solitaire depuis la mort de Jason Todd (Robin, assassiné par le Joker), Bruce Wayne peut toutefois compter sur le soutien indéfectible d’Alfred, son fidèle majordome. Et plus tard sur l’apparition quasi providentielle d’une nouvelle Robin (oui, vous avez bien lu, c’est une femme, Carrie Kelley, qui endossera le costume de Robin). Bien sûr le commissaire Gordon, aux portes de la retraite, l’un des seuls à connaître la véritable identité de Batman, sera lui aussi au rendez-vous.

Il faut bien avouer que notre justicier masqué va avoir des journées bien chargées. Dans la première moitié du récit Batman va s’acharner à mettre un terme aux agissements du Gang des Mutants qui menace de mettre Gotham à feu et à sang.

Au fil des pages Batman croisera de vieilles connaissances, qu’il s’agisse de Harvey Dent (Double-Face) ou de son plus célèbre ennemi, Le Joker. Mais il devra aussi compter avec d’autres héros de l’univers DC Comics tels Green Arrow (Oliver Queen) et Superman (Clark Kent). Il faut dire que l’intrigue s’enrichit progressivement de nombreuses autres dimensions (au-delà de la problématique des Mutants).

Pour sa narration, Frank Miller se place au plus près de ses personnages, notamment Batman et le comissaire Gordon, deux héros d’un autre temps qui ont bien du mal à lâcher prise et sont plus que jamais en proie au doute.

L’intrigue est entrecoupée de débats télévisés autour du retour de Batman et de la façon dont il doit être considéré. Une façon pour l’auteur de dénoncer le poids et l’influence des médias dans la société contemporaine.

Un album qui revisite brillamment le mythe et a donné un second souffle au personnage de Batman. Fran Miller poursuivra l’aventure Batman avec deux autres albums qui n’ont pas la même intensité que celui-ci, pour tout dire leur lecture est même parfaitement dispensable.

Incontestablement The Dark Knight Returns est une œuvre majeure du batverse, c’est en tout cas l’avis partagé par de nombreux inconditionnels de l’homme chauve-souris qui citent deux titres indispensables à l’univers de leur héros préféré : The Dark Knight Returns et Killing Joke (avec Alan Moore au scénario et Brian Bolland au dessin).

MON VERDICT

 

 
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Publié par le 4 juin 2021 dans Bouquins

 

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