[BOUQUINS] Alain Damasio – Scarlett Et Novak

AU MENU DU JOUR


Titre : Scarlett Et Novak
Auteur : Alain Damasio
Éditeur : Rageot
Parution : 2021
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

Novak, un adolescent, court à travers les rues de Paris. Il est poursuivi par deux hommes sans qu’il sache ce qu’ils lui veulent. Novak compte beaucoup sur les indications de Scarlett, l’intelligence artificielle de son smartphone pour se tirer de ce mauvais pas…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un texte publié en 2014 sur le site 01net.com sous le titre Novak Et Son Ai-Phone et destiné à un public adolescent afin de les sensibiliser aux dangers de l’addiction à leur smartphone.

Ma Chronique

Je remercie Net Galley et les éditions Rageot pour leur confiance.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je ne fais pas partie du public visé par l’auteur. Pour moi le smartphone ne fait aucunement partie de mon anatomie. Mon smartphone est un gadget bien utile, le perdre me ferait certes chier, mais en aucun cas je n’aurai l’impression de me retrouver à poil et démuni pour affronter le quotidien.

Avec le personnage de Novak Alain Damasio pousse à l’extrême la relation de dépendance entre l’individu et son smartphone, mais au-delà ce cela l’auteur pointe aussi du doigt une société qui tend à faire l’apologie du 100% connecté, une société ou vivre unplugged ferait de toi un individu suspect.

Le texte est court et souffre des lacunes propres à certaines nouvelles, on manque cruellement d’éléments de fond (pourquoi ces deux gars poursuivent Novak). Du coup ça nous laisse un arrière-goût d’inachevé.

Un texte globalement bien foutu, mais un peu superficiel, il n’en reste pas moins que le message passe et que la conclusion se veut plutôt optimiste. Au vu du monde d’aujourd’hui je ne suis pas certain que la majorité des individus réagiraient comme Novak.

Un récit qui s’achève sur une « poésie » de l’auteur d’une réalité presque perturbante, un texte qui devrait amener les intéressés à se poser des questions, en admettant que leurs neurones ne soient pas encore totalement métastasés par le silicium…

J’avais envie de vous copier l’intégralité du texte ici, mais finalement je ne vous en livre qu’un extrait :

Tu dis que tu vibres :
mais c’est juste ton portable dans ta main.
Tu dis que tu vois :
mais c’est la caméra qui fait la mise au point pour toi.
Tu dis que tu sais :
mais tout ce que tu sais, c’est ton pote wiki qui le sait
pour toi.

Un court récit plutôt efficace mais je reste plus que sceptique sur le rapport qualité-prix du truc… surtout en sachant que ledit texte avait été initialement publié gratuitement sur le site 01net.com. Débourser 4 (pour la version numérique) ou 5 € (pour la version papier) pour une soixantaine de pages ça me ferait un peu mal au cul.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Serpent Majuscule

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Titre : Le Serpent Majuscule
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde, 63 ans, petite, large et lourde comme elle se définit elle-même, a tout de la madame Tout-le-Monde qui se fond, anonyme et invisible, dans la foule. Les apparences sont parfois trompeuses, Mathilde est une tueuse professionnelle d’une redoutable efficacité.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il nous propose de découvrir son premier roman, écrit en 1985, et jamais publié jusqu’à ce jour.

Ma Chronique

En nous proposant de découvrir ce roman inédit, oublié au fond d’un tiroir, Pierre Lemaitre fait ses « adieux » au polar (c’est votre dernier mot Pierre ? je ne perds pas espoir qu’à l’image de certaines stars du showbiz, ces adieux ne soient qu’un au revoir dissimulé).

Un roman écrit en 1985 dont l’intrigue se situe cette même année. Une époque où l’être humain lambda n’avait pas un smartphone greffé au bout du bras H24, où les gadgets connectés en tout genre n’existaient que dans les romans de science-fiction les plus visionnaires… comme dirait l’autre (merci Charles), je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître

Un polar noir qui adopte un ton décalé totalement assumé et affiche fièrement son intrigue hautement amorale. Une intrigue qui balaie allégrement le politiquement correct aseptisé et hypocrite. Un plaisir jubilatoire à lire !

Une intrigue portée par une héroïne pour le moins atypique. C’est qu’on lui donnerait le Bon Dieu sans confession à cette petite vieille qui se perd dans la masse. L’habit ne fait pas le moine et si la Mathilde a un contrat sur votre tête elle n’hésitera pas à faire parler la poudre. La rencontre entre une balle tirée par un Desert Eagle et une paire de couilles ne se joue pas à l’avantage de cette dernière… et de son propriétaire. C’est que la Mathilde (qu’est revenue) a une attirance particulière pour les gros calibres !

Un premier roman qui a certes quelques faiblesses sur la forme, mais le fond est tellement jouissif que l’on pardonne sans mal ces légères erreurs de jeunesse. Un bouquin donne du pep’s et qui force à une certaine bienveillance à son égard. 35 ans avant qu’il ne publie son premier roman (Travail Soigné, en 2006), on reconnaît déjà la griffe de Pierre Lemaitre et le plaisir sadique qu’il a à malmener ses personnages.

MON VERDICT