[BOUQUINS] Christian Blanchard – Tu Ne Seras Plus Mon Frère

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Titre : Tu Ne Seras Plus Mon Frère
Auteur : Christian Blanchard
Éditeur : Belfond
Parution : 2021
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

2011, Syrie. La révolution syrienne va avoir raison de l’union sacrée de la famille Berger, le père est un Français chrétien et la mère une Syrienne musulmane. Kamar, le plus jeune fils s’engage dans l’armée régulière de Bachar el-Assad alors que Kasswara, l’ainé, rejoint les rangs de l’ASL (Armée Syrienne Libre), opposée au régime.

2019, France. Florence Dutertre, assistante sociale, s’entretient avec le jeune Youssef, un « lionceau du califat », comme on appelle ces enfants du djihad de retour sur le sol français. Le rôle de l’assistante sociale est d’évaluer la dangerosité potentielle de l’enfant. L’entretien est brutalement interrompu quand Youssef s’effondre, abattu d’une balle dans la tête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Après le Cambodge des khmers rouges, Christian Blanchard prend la crise syrienne comme toile de fond pour son nouveau roman. Angkar, son précédent roman, m’avait séduit, j’étais donc curieux de découvrir son petit dernier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien que n’occupant plus la Une des médias il y a fort à parier que pour les Syriens le conflit opposant le régime de Bachar el-Assad aux forces rebelles reste tristement d’actualité. Sur le sujet j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises et mon point de vue n’a pas changé d’un iota à ce jour.

Le régime de Bachar est pourri jusqu’à la moelle, le gars est une ordure finie qui chie ouvertement sur les droits de l’homme donc la rébellion est une juste réaction. Sauf que ladite rébellion s’est faite gangrénée par l’État Islamiste à tel point que pour les occidentaux il devenait difficile, voire impossible, de distinguer les rebelles luttant pour instaurer une véritable démocratie en Syrie, et les djihadistes souhaitant faire du pays un état islamiste régi par la charia. Certains soutiens au régime ne se sont d’ailleurs pas privés de cet amalgame pour bombarder allégrement les positions des opposants à Bachar, quel que soit leur camp (Vlad si tu me lis… ce dont je doute, fort soit dit en passant).

Soutenir la rébellion au risque de favoriser l’émergence d’un nouvel état islamiste ou détourner le regard sur les exactions de Bachar el-Assad ? La question ne s’est pas posée longtemps pour les dirigeants occidentaux… et j’aurai bien du mal à leur jeter la pierre.

Christian Blanchard construit son roman en alternant deux arcs narratifs. Le premier consacré à l’intrigue actuelle qui se déroule en région parisienne et qui s’articule autour de l’assistante sociale Florence Dutertre. Le second étant constitué du récit de Kasswara qui nous raconte la Syrie d’avant le conflit à aujourd’hui… et surtout les conséquences dudit conflit sur sa famille.

J’ai trouvé que tout le récit de Kasswara était captivant, on devine sans mal l’énorme travail de documentation de l’auteur sur les tenants et les aboutissants du conflit syrien pour les différentes forces en présence. Au-delà de l’aspect purement documentaire c’est surtout l’aspect humain qui m’a particulièrement touché, le conflit va briser l’union sacrée entre les deux frères, le cadet ayant choisi de rejoindre les rangs de l’armée régulière, l’aîné prenant les armes en faveur de l’ASL. Ça promet niveau ambiance à table lors des repas en famille…

En revanche au niveau de l’intrigue actuelle j’avoue être un peu resté sur ma faim.  Pas besoin d’avoir fait Normale Sup pour comprendre que le tueur d’enfants du djihad de retour en France est l’un des deux frères. Lequel ? Kamar ou Kasswara ? Les deux auraient la même raison personnelle d’agir de la sorte (la vengeance), même au niveau idéologique l’un ou l’autre ferait l’affaire (l’un des rares points communs entre le régime syrien et l’ASL étant leur opposition aux forces de l’État Islamique).

Naturellement on serait tenté de privilégier la piste de l’un des deux K. sauf que ce serait trop simpliste et surtout ça ne correspondrait pas totalement au personnage. L’autre K. s’impose donc comme une évidence, d’autant que ça colle mieux à sa personnalité.

Dans le même ordre d’idée on devine sans mal l’identité de l’amant de Florence Dutertre, tout comme ses motivations, un peu troubles au départ, finissent, elles aussi, par s’imposer comme une évidence.

Il n’en reste pas moins que, malgré ce petit bémol sur l’intrigue actuelle, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin. Christian Blanchard sait y faire pour rendre son récit totalement addictif.

MON VERDICT