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[BOUQUINS] Hiroko Oyamada – L’Usine

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H. Oyamada - L'usine

Titre : L’Usine
Auteur : Hiroko Oyamada
Éditeur : Christian Bourgois
Parution : 2021
Origine : Japon (2013)
192 pages

De quoi ça cause ?

L’Usine, un gigantesque complexe industriel de la taille d’une ville, s’étend à perte de vue. C’est là qu’une femme et deux hommes, sans liens apparents, vont désormais travailler à des postes pour le moins curieux. L’un d’entre eux est chargé d’étudier des mousses pour végétaliser les toits. Un autre corrige des écrits de toutes sortes dont l’usage reste mystérieux. La dernière, elle, est préposée à la déchiqueteuse de documents. Très vite, la monotonie et l’absence de sens les saisit, mais lorsqu’il faut gagner sa vie, on est prêt à accepter beaucoup de choses… Même si cela implique de voir ce lieu de travail pénétrer chaque strate de son existence ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour être tout à fait franc je n’avais pas prévu de lire ce bouquin aussi rapidement. Après Betty j’avais besoin de quelque chose de plus léger afin de faire avant de revenir à mon programme de lecture.

Ma chronique

L’Usine est un roman qui ne ressemble à nul autre. Un roman à charge contre l’aliénation au travail ; un roman qui prend tout son sens dans un pays comme le Japon, où la relation de l’individu au travail et à la culture d’entreprise est bien plus prononcée qu’en Occident.

Dès les premières pages le roman installe un sentiment diffus de malaise. La mise en page minimaliste y est sans doute pour beaucoup (un chapitrage succinct où les chapitres ne sont pas numérotés, peu de renvois à la ligne (les dialogues sont bien identifiés par des guillemets et des tirets mais ne font l’objet d’un saut de ligne systématique quant l’intervenant change). Au sein d’un même chapitre la chronologie est bousculée, l’auteure passe du coq à l’âne sans crier gare.

Écrit à la première personne, le roman alterne entre les points de vue des trois protagonistes récemment recrutés par l’Usine. Des individus confrontés à un travail qui n’a ni queue, ni tête. Une Usine dont l’activité reste floue mais dont on devine l’importance d’un point de vue économique. Un personnel dévoué à son Usine, tant pis si celle-ci tend progressivement à les déshumaniser.

Le fantastique s’invite aux portes de l’Usine avec la présence d’une faune endémique inquiétante au cœur même du site industriel. Qu’il s’agisse d’énormes ragondins qui nichent dans les canalisations des égouts ou d’inquiétants cormorans au plumage intégralement noir et visqueux.

Difficile de trouver un sens à toute cette histoire, et pourtant on s’y attache. Une fable sociale et sociétale qui prend parfois des aspects absurdes (voire burlesques) fortement teintés de noir, Une fable qui ne prête pas vraiment à sourire vu la société qu’elle nous décrit.

L’Usine est quasiment une lecture expérimentale (au même titre que l’on parle parfois de rock expérimental). Une expérience qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent, personnellement c’est bien un sentiment de malaise qui ne m’a pas quitté de la première à la dernière page.

Le roman est court (moins de 200 pages) et il n’en fallait pas davantage au risque de devenir indigeste. Dans l’ensemble c’est une lecture plutôt déconcertante mais pas désagréable pour autant.

MON VERDICT

 
8 Commentaires

Publié par le 1 février 2021 dans Bouquins

 

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