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Archives Mensuelles: septembre 2020

[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – L’Inconnue Du 17 Mars

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D. Van Cauwelart - l'inconnue du 17 mars
Titre : L’Inconnue Du 17 Mars
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

Le 17 mars 2020, par la grâce d’un virus, un sans-abri se retrouve confiné avec une créature de rêve. Est-ce la femme qui jadis enflamma son adolescence, une mythomane, une perverse manipulatrice, ou une ultime chance de survie ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch colle bien à l’actualité du moment, alors que le monde peine à se défaire de cette saloperie de Covid-19.

Ma Chronique

De Didier Van Cauwelaert je n’ai lu que Jules et sa suite (Le Retour De Jules), je n’aurai donc pas la prétention de connaître l’auteur qui a déjà signé plus d’une trentaine de romans (auxquels on peut ajouter notamment six pièces de théâtre et huit essais) ; il n’en reste pas moins que je trouve sa plume très agréable à lire.

Ajoutez à cela une intrigue qui se déroule alors que les français doivent composer avec un confinement imposé par le gouvernement afin de freiner la propagation de l’épidémie de Covid-19.

Ce bouquin tient davantage du conte ou de la fable philosophique que du roman à proprement parler, de fait la longueur du récit est parfaitement adaptée au format choisi. Davantage de pages auraient fini par rendre l’ensemble indigeste ; en effet le premier jugement de Lucas sur sa partenaire de confinement peut parfaitement s’appliquer au roman dans son ensemble :

Tout son discours est à dormir debout, certes, mais il se greffe sur une situation planétaire tellement surréaliste qu’il en devient, sinon crédible, du moins conforme à la folie ambiante.

Dans le même état d’esprit si je reconnais ne pas forcément être en total désaccord avec l’avis d’Audrey / Pléiade concernant certains aspects du complotisme, il ne faut pas non plus que ça serve de prétexte à un grand déballage de portnawak :

C’est très commode, le complotisme. C’est une vaste décharge à ciel ouvert, où il est difficile de pratiquer le tri sélectif. L’hystérie des extrémistes et les élucubrations paranos y neutralisent par contagion les alertes dérangeantes, les vérités illicites, les arguments trop convaincants pour être réfutés autrement que par l’opprobre et l’amalgame.

En l’occurrence Didier Van Cauwelaert ne nous épargne aucun poncif du genre quand il s’agit d’alimenter son fourre-tout complotiste, tout y passe, de la nocivité d’un déploiement massif de la 5G jusqu’au futur vaccin « pucé » (et obligatoire cela va de soi) afin d’assurer la traçabilité des futurs inoculés… Il y a un gouffre entre gober toutes les couleuvres que nos têtes pensantes voudraient nous faire avaler et la paranoïa complotiste ; une fois encore c’est le nombre de pages plutôt réduit qui sauve (in extremis) le bouquin du naufrage.

Je ne vous dirai pas que « l’explication rationnelle » de l’expérience vécue par Lucas m’a pris de court, elle s’imposait comme l’unique porte de sortie possible. J’avoue toutefois avoir apprécié le petit clin d’œil final qui ne ferme pas toutes les portes à une approche moins cartésienne des choses.

MON VERDICT

 
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Publié par le 28 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

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E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

 
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Publié par le 26 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Les Dédicaces

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C. Massarotto - Les Dédicaces
Titre : Les Dédicaces
Auteur : Cyril Massarotto
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
263 pages

De quoi ça cause ?

Claire collectionne les livres dédicacés, que le signataire soit l’auteur ou un anonyme, elle recherche avant tout les dédicaces qui racontent une histoire (réelle ou imaginée).

Quand elle tombe sur un roman de Frédéric Hermelage, elle est surprise par l’audace (voire l’outrecuidance) de la dédicace que l’auteur adresse à une certaine Salomé. En lisant le roman elle découvre une écriture à l’opposé de la dédicace, tout en finesse et subtilité.

Claire va lors tout mettre en œuvre afin de rencontrer « incognito » Frédéric Hermelage afin d’essayer de mieux cerner le personnage.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé Dieu Est Un Pote A Moi et sa « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, de Cyril Massarotto. D’autres romans de l’auteur sont depuis venus grossir les rangs de mon Stock A Lire Numérique sans toutefois s’extraire du lot. Il était donc temps pour moi de le découvrir dans un autre registre…

Ma Chronique

Si, comme moi, l’intégrisme culturel vous fout la gerbe, si les auteurs, critiques et lecteurs qui tirent à boulets rouges sur la littérature populaire (et ses auteurs) vous donnent des envies de meurtres, pris au premier degré ce roman ne manquera pas de vous piquer les yeux et de vous brûler les mains !

À travers les jugements sans appels émis par Claire (lectrice), Frédéric (auteur) et Marc (éditeur), les auteurs populaires tels Guillaume Musso, Marc Lévy, Amélie Nothomb ou encore Anna Gavalda (pour ne citer qu’eux) se font dézinguer sans qu’ils aient l’ombre d’une chance de se défendre. Et je ne vous parle même pas de tout le mal qu’ils pensent de la littérature feel-good (à leurs yeux littérature et feel-good sont deux notions impossibles à associer, c’est tout juste si ces bouquins méritent un méprisant feel-good books pour les qualifier).

Et pourtant je me suis régalé en parcourant ces quelques pages ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il m’apparaît impossible de ne pas prendre de tels propos au second degré, deux raisons à cela :

1 – il faudrait vraiment être un connard prétentieux pour défendre noir sur blanc cette position, et je ne pense pas que Cyril Massoratto entre dans cette catégorie (les mêmes mots écrits par une tête à tarte comme BHL ne m’auraient certainement pas fait sourire) ;

2 – sans vouloir le vexer, Cyril Massoratto ne peut décemment pas affirmer être le fils spirituel de Céline, Sartre, Camus, Balzac ou Zola. Pour autant que je sache son œuvre s’inscrit davantage dans la littérature populaire que dans la « grande littérature » (les guillemets viennent juste souligner le dégoût que m’inspire ce terme).

Vous l’aurez compris, Les Dédicaces est un roman qui place la littérature au premier plan. Qu’il s’agisse du livre en tant qu’objet (le numérique n’a pas sa place dans le cœur de Claire), du rapport entre le lecteur et le livre, du lecteur et de l’auteur et inversement, de l’auteur et de ses lecteurs…

Au fil des pages il sera aussi question de la relation homme-femme dans le couple, là encore Claire n’est pas vraiment le parfait exemple de la nana épanouie… même si, au vu de son ex, le contraire eut été étonnant ! Une relation qui doit se construire autour d’un juste équilibre entre l’idéal fantasmé et le réel.

N’en déplaise à Cyril Massarotto, son roman est un bouquin qui fait du bien à lire, qui vous donne le sourire et la pêche pour la journée (vous noterez que je ne l’ai pas qualifié de feel-good). Le style épuré et direct de l’auteur (ainsi que l’épaisseur du bouquin) permet de le lire quasiment d’une traite.

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Renée Knight – La Confidente

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R. Knight - La Confidente
Titre : La Confidente
Auteur : Renée Knight
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Christine Butcher est embauchée comme secrétaire particulière par Mina Appleton, future dirigeante d’une grande chaîne de supermarchés.

Christine va se donner à fond pour son travail, faisant preuve d’une conscience professionnelle sans faille et même au-delà. Elle est prête à tous les sacrifices pour satisfaire les exigences de sa patronne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À défaut de briller par son originalité, l’idée de départ m’a inspiré.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Après Révélée, que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire, La Confidente est le second roman de l’auteure britannique Renée Knight. Optant pour un récit à la première personne, elle donne voix à Christine Butcher afin que celle-ci nous raconte son parcours auprès de Mina Appleton.

On comprend vite que Christine se sent victime d’une injustice et que cela l’a profondément ébranlée. D’ailleurs l’auteure sait y faire pour entretenir le doute quant à l’endroit où se trouve Christine tandis qu’elle s’adresse au lecteur. Est-elle dans une maison de repos ou dans une structure encore plus strictement encadrée ? Ou simplement ailleurs ? Ne comptez pas sur moi pour lever le voile sur cette question.

L’histoire commence quand Mina Appleton, la fille de Lord Appleton et future directrice des supermarchés Appleton, propose à Christine un poste de secrétaire particulière. En apparence c’est là une opportunité professionnelle impossible à refuser… mais Christine est loin de se douter que la médaille a un revers… et quel revers !

Consciencieuse et professionnelle, Christine va se donner à fond pour donner pleine et entière satisfaction à son exigeante patronne. Quitte à parfois faire abstraction de ses principes par quelques « menues » (et plus si affinités) compromissions. La première étant de pousser Lord Appleton vers un départ anticipé dans des conditions qui sont loin de faire honneur à sa brillante carrière. Mais après tout c’était pour la bonne cause… c’est en tout cas ainsi que Christine se convaincra d’avoir toujours fait les bons choix.

L’investissement personnel et professionnel de Christine auprès de Mina va rapidement dépasser les limites du raisonnable, mais quel qu’en soit le prix à payer, Christine semble complètement aveugle et sourde aux conséquences. Elle est sous totale emprise de sa patronne et Mina Appleton ne se prive d’user et d’abuser de cette relation dominante / dominée. Mais elle le fait avec autant de cynisme que de doigté, poussant la flatterie jusqu’à la flagornerie… et même au-delà !

Si dans les premiers chapitres j’ai éprouvé une réelle empathie pour Christine, force est d’avouer qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de regarder la vérité en face, puis carrément de la baffer. À se voiler la face comme elle le fait on flirte franchement avec le syndrome de Stockholm ! Et là pour moi on entre dans la catégorie des « cas désespérés », inutile de s’attarder sur leur situation puisqu’ils semblent aimer en prendre plein la tronche.

Ce détachement vis-à-vis de Christine ne m’a toutefois pas empêché de poursuivre ma lecture avec le même intérêt. En effet je voulais savoir jusqu’où les choses pourraient aller et si éventuellement il y aurait une prise de conscience à un moment ou à un autre. Alors sursaut ou soumission absolue jusqu’au bout du bout ? Là encore ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus.

Pour que la sauce prenne dans ce genre de récit axé avant tout sur les relations entre les différents personnages, l’auteur(e) se doit de maîtriser la dimension psychologique de son intrigue. Rien à redire sur ce point, Renée Knight mène sa barque sans faillir et sans perdre son cap de vue (même si pour nous, il n’est pas toujours évident à discerner).

Si le présent roman a pour toile de fond l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, il doit pouvoir se transposer dans n’importe quel autre milieu. Ce genre de relation dominant-dominé dans le cadre professionnel existe malheureusement dans tous les secteurs, mais aussi quelle que soit la taille de l’entreprise… On peut toutefois supposer (et espérer) qu’ici Renée Knight pousse la situation à son paroxysme afin de servir son intrigue.

Même si la situation décrite n’est pas l’apanage de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution, le bouquin pointe du doigt certaines politiques / pratiques commerciales qui prennent à la gorge les petits agriculteurs alors qu’ils peinent déjà à garder la tête hors de l’eau.

Finalement ce fut un agréable moment de lecture en compagnie d’un thriller psychologique plutôt bien ficelé.

MON VERDICT

 
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Publié par le 21 septembre 2020 dans Bouquins

 

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Fabien Nury & Brüno – L’Homme Qui Tua Chris Kyle

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Nury & Brüno - L'homme qui tua Chris Kyle

Titre : L’Homme Qui Tua Chris Kyle
Scénario : Fabien Nury
Dessin : Brüno
Éditeur : Dargaud
Parution : 2020
Origine : France
164 pages

De quoi ça cause ?

Le 2 février 2013, Chris Kyle, ancien Navy SEAL et sniper hors pair qui s’est brillamment illustré en Irak est lâchement abattu par Eddie Ray Routh, un ancien marine souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Dargaud et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

N’étant ni américain, ni américanophile (sans pour autant être américanophobe) je n’avais jamais entendu parler de Chris Kyle avant de voir le film American Sniper, réalisé par Clint Eastwood ; film basé sur l’autobiographie homonyme du fameux Chris Kyle.

Je ne vous cacherai que j’ai beaucoup aimé ce film, et que c’est lui qui m’a donné envie de creuser davantage autour du personnage de Chris Kyle, notamment concernant son exceptionnel parcours militaire et sa fin aussi tragique qu’injuste.

Bien qu’étant un inconditionnel de Clint Eastwood, en tant qu’acteur aussi bien qu’en tant que réalisateur, je me méfie de ses prises de position parfois très très conservatrices sur certains sujets. Je souhaitais donc corroborer ma propre vision avec une autre approche du personnage de Chris Kyle, une approche plus détachée, sans obscurantisme militant mais sans toutefois que cela devienne un réquisitoire à charge.

Autant je suis totalement inapte à une vie militaire (j’ai quand même été réformé P4), autant je ne suis absolument pas antimilitariste ; j’ai même un profond respect pour les militaires, quel que soit leur corps d’armée, et plus encore quand ils ont été sur le terrain.

Mais assez parlé de moi, revenons à nos moutons et à ce roman graphique.

Les auteurs commencent tout naturellement par nous brosser un rapide portrait de Chris Kyle en allant au-delà de ses « exploits » en tant que soldat. Sa difficulté à retrouver une vie normale après ses campagnes en Irak, son engagement auprès des vétérans souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, son investissement dans une société de protection… Mais aussi sa part d’ombre, dont un tempérament plutôt bagarreur et un certain côté affabulateur (certains faits mentionnés dans son autobiographie sont invérifiables, d’autres sont carrément contestés par ceux qui y ont prétendument pris part).

On sent dans la démarche des auteurs qu’il n’y a aucune volonté de ternir l’image du héros 100% made in USA ; au contraire, ses défauts tendraient à le rendre plus abordable et plus humain. Après tout même un héros est fait de chair et de sang, même un héros a le droit d’avoir ses faiblesses… et dans la vraie vie aucun héros n’est invulnérable.

C’est ensuite au tour de Eddie Ray Routh de passer sur le grill. S’il est lui aussi un vétéran, son parcours n’a rien de commun avec celui de Chris Kyle. Quasiment aucune expérience de terrain, sinon une mission humanitaire à Haïti. À son retour, il vit aux crochets de ses parents, passe son temps à picoler et/ou à fumer de l’herbe tout en entretenant une relation houleuse avec sa petite amie.

Du coup forcément quand tu mets d’un côté de la balance un héros de guerre et de l’autre un loser puissance 10, et que le second tue le premier, il n’est pas difficile de deviner de quel côté penchera l’opinion publique et que, même au niveau judiciaire, le sort d’Eddie Ray Routh était scellé avant même l’ouverture du procès.

Au-delà du drame et du procès, les auteurs s’attardent aussi sur les « à-côtés » de l’affaire. Notamment sur l’implication de Taya Kyle, la veuve de Chris, et j’avoue que c’est le personnage qui m’est apparu le plus ambigu dans cette histoire. J’aimerai penser qu’elle n’agit que pour sauvegarder et honorer la mémoire de son époux mais je ne peux m’empêcher d’y voir une course au profit quelque peu dérangeante.

Chapeau bas à Fabien Nury pour l’énorme travail de documentation qu’il a dû fournir afin de nous restituer un regard aussi objectif que possible sur les différents aspects de ce drame et en le replaçant dans son contexte sociétal et politique.

Le trait du Brüno est en totale adéquation avec le thème développé. Brut et anguleux, il laisse planer sur l’ensemble une ambiance façon western spaghetti qui fonctionne impeccablement.

Si vous avez vu American Sniper, je ne peux que vous recommander de lire ce roman graphique qui vous propose d’aborder l’histoire via une approche différente et surtout de découvrir les suites du crime (le film s’arrête avant le procès d’Eddie Ray Routh).

Évidemment, je le recommande aussi aux lecteurs n’ayant pas vu le film de Clint Eastwood, je suppose que ceux-ci aborderont l’affaire avec un esprit plus neutre.

MON VERDICT

 
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Publié par le 16 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUIN] Sarah Elaine Smith – Marilou est Partout

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S.E. Smith - Marilou est partout
Titre : Marilou Est Partout
Auteur : Sarah Elaine Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2019)
470 pages

De quoi ça cause ?

Cindy, 14 ans, est une gamine livrée à elle-même qui vit, en l’absence prolongée de leur mère, avec ses deux frères ainés dans un bled paumé de Pennsylvanie.

Quand Jude, la fille d’une voisine, disparaît, Cindy va peu à peu entrer dans la vie de sa mère, Bernadette, jusqu’à prendre la place de Jude et espérer, enfin, mener une vie meilleure que la sienne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, même si je savais que, avec ce roman, je ne devais pas m’attendre à un thriller boosté à l’adrénaline.

Ma Chronique

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en attaquant ce roman, mais, label Sonatine oblige, je partais plutôt confiant.

Le moins que l’on puisse dire c’est que pour un premier roman Sarah Elaine Smith ose s’aventurer hors des sentiers battus ; Marilou Est Partout s’impose d’emblée comme un bouquin semblable à nul autre. Tout dans ce roman contribue à lui conférer un petit quelque chose d’unique, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur…

Je serai tenté de dire que ce roman est un bouquin qui se mérite, l’auteure use en effet d’un style très particulier qui demande une phase d’adaptation pour être dégusté à sa juste valeur. À ce titre je tire mon chapeau à Héloïse Esquié, la traductrice, ça n’a pas toujours dû être simple de trouver les bonnes figures de style pour restituer au mieux les pensées parfois très absconses de Cindy, la jeune héroïne du roman.

Le récit est à la première personne, c’est donc Cindy qui vous raconte son « imposture » et vous invite à suivre le fil (décousu) de ses pensées. Une ado un peu sauvage, livrée à elle-même, qui vit dans une baraque à la limite de l’insalubre avec ses deux frères tandis que la mère s’est carapatée une énième fois.

Autant elle peut être complice avec Virgil, l’ainé, autant sa relation avec Clinton est plus houleuse ; sans jamais y mettre les mots, l’auteure suggère fortement des gestes inappropriés et/ou un comportement déplacé du garçon (ou à tout le moins ressentis comme tels par Cindy). Avec le même art subtil du non-dit, on devine qui Virgil soupçonne quelque chose.

C’est sans doute la raison pour laquelle c’est Virgil qui suggérera à Cindy de se rapprocher de Bernadette afin de veiller sur elle. Il faut dire que Bernadette a parfois (souvent) la mémoire qui flanche, la disparition de sa fille a certainement contribué à la fragiliser et une consommation d’alcool immodérée termine de fertiliser un terrain déjà propice aux « absences ».

Cindy quant à elle poussera le rapprochement à l’extrême et profitera, sans réelle intention de nuire à quiconque, de la fragilité de Bernadette pour se substituer à Jude. Dans la peau de Jude, elle va trouver une place qu’elle ne parvient pas à trouver en étant elle-même… et tant pis si cet épanouissement de façade est biaisé par l’état de Bernadette.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de classer ce roman dans un genre en particulier. C’est à la fois un drame familial et un roman noir, avec une dimension psychologique prépondérante. Pas d’action débridée et pourtant, une fois pris par la narration de Cindy, il devient quasiment impossible de lâcher le bouquin… même si parfois la lecture pourra s’avérer éprouvante, voire dérangeante.

En donnant voix Cindy, Sarah Elaine Smith empêche le lecteur de porter un jugement tranché sur le comportement de sa jeune héroïne, sa candeur et son innocence venant contrebalancer l’amoralité de ses actes.

Finalement ce bouquin propose une expérience de lecture assez unique en son genre, ne serait-ce que pour ça, il mérite que l’on s’y attarde… sans perdre de vue toutefois qu’il exigera de vous un certain investissement personnel afin de dompter un style tout aussi unique en son genre.

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Publié par le 15 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Luna Joice – Community

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L. Joice - Community
Titre : Community
Auteur : Luna Joice
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
298 pages

De quoi ça cause ?

3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.

Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?

Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit. Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est d’abord la couv’ qui a retenu mon attention. Si le pitch est plutôt un classique du genre (la promesse d’un monde idéal qui va finalement révéler ses failles), j’ai toutefois eu envie de découvrir cette énième vision dystopique du monde de demain.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Écrit à la première personne, le roman nous propose de vire l’intrigue via le personnage de Lyah. Une jeune femme plutôt attachante au caractère bien trempée mais qui fait souvent penser, surtout dans la première partie du récit, à une ado de 16/17 ans davantage qu’à une jeune adulte.

Les premiers chapitres, jusqu’aux résultats de l’Assignation, permettent de définir le cadre de l’intrigue et notamment la vie au quotidien sous contrôle total de Community. Une vision idéalisée de l’avenir qui suscitera d’emblée une certaine méfiance chez tout lecteur un tantinet libre-penseur.

C’est après son Assignation que Lyah va découvrir ce qui se cache réellement derrière Community, notamment à quel point, au nom du bien commun, l’humain a été privé de tout ce qui fait de lui un individu à part entière. Des questions et des thèmes à fort potentiel sont soulevés au fur et à mesure que Lyah doute du bien-fondé de Community, malheureusement ils ne sont abordés que superficiellement par des réponses toutes faites apportées à la va-vite.

Dans les derniers chapitres du roman, Lyah va donc – sans surprise – vouloir se dresser contre le système. Là encore tout va trop vite, tout semble trop simple, elle ne rencontre quasiment aucune opposition et expédie le truc en deux temps et trois mouvements.

Vous l’aurez compris c’est mitigé que je referme ce bouquin. Une lecture qui n’en demeure pas moins sympathique mais qui laisse l’impression d’être complètement passée à côté d’un fort potentiel. Ce n’est pas avec Community que Luna Joice gravera son nom au panthéon des maîtres de la dystopie tels que H.G. Wells, George Orwell, Ray Bradbury, Ira Levin ou encore Margaret Atwood pour ne citer qu’eux (pardon à ceux et celles que j’ai injustement oublié).

MON VERDICT

 
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Publié par le 8 septembre 2020 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Victime 2117

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JAO - Victime 2117
Titre : Victime 2117
Série : Département V – Livre 8
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : Danemark (2019)
576 pages

De quoi ça cause ?

Le journal en parle comme de la « victime 2117 » : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l’ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l’Europe.

Mais pour Assad, qui œuvre dans l’ombre du Département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d’être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la huitième enquête du Département V ; même si j’ai été un peu moins emballé par les deux précédents opus, je reste confiant… et fidèle au poste.

Ma Chronique

Même si les deux derniers tomes de la série Département V m’avaient nettement moins emballé que les précédents, force est de reconnaître que ça reste de très bons thrillers ; pour faire simple on va dire que Jussi Adler-Olsen (JAO) nous avait habitué à mieux et du coup forcément on s’attend au top niveau quand on ouvre un de ses romans.

Avec cette huitième enquête l’auteur redresse le cap tout en optant pour une approche différente de son intrigue. Pas de cold case au menu mais une plongée dans le passé d’Assad ; en effet, pour faire face à une menace actuelle, ce dernier va en effet devoir révéler à ses collègues son parcours qui la mené de l’Irak au Danemark, en passant par la Syrie.

Comme beaucoup de lecteurs j’ai une tendresse particulière pour le personnage d’Assad, sa bonne humeur permanente et ses ratés linguistiques. Un personnage certes attachant mais qui n’en demeure pas moins nimbé d’un certain mystère quant à ses origines et son cursus. JAO lève le voile et répond à toutes questions que l’on pouvait poser. A la fin de ce tome, vous saurez tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Assad.

À personnage peu ordinaire il fallait un parcours peu ordinaire, et c’est exactement ce que JAO nous propose de découvrir ; soyez assuré que la vérité ira même bien au-delà de tout ce que vous aviez pu imaginer ou supposer concernant Assad.

Si Assad est au centre du récit, c’est tout le Département V qui va être mobilisé à l’occasion de la présente intrigue. Carl et Assad vont se lancer dans une course contre la montre (et contre la mort) afin d’empêcher une attaque terroriste d’envergure sur le sol allemand. De leur côté Rose (que l’on retrouve revigorée et pugnace) et Gordon vont être confrontés à un jeune qui leur promet une tuerie de masse dès qu’il aura atteint le score de 2117 sur son jeu vidéo favori.

Cerise sur le gâteau, nous aurons même le droit au grand retour de Marcus Jacobsen, l’ancien chef de la police criminelle de Copenhague. Je n’en dirai pas davantage sur les circonstances de son retour sur le devant de la scène et son rôle dans le déroulé de la présente intrigue.

Pris dans le feu de l’action, Carl n’a pas vraiment le temps de ressasser ses propres questionnements, notamment en ce qui concerne la fusillade qui a coûté la vie à un de ses collègue et ami et condamné Hardy à une vie en fauteuil roulant. Ainsi l’histoire de pistolet à clous est à peine abordée, mais nul doute qu’elle sera appelée, dans un futur proche, à refaire surface.

Si JAO prend le temps de poser le cadre de son intrigue, le rythme va aller crescendo au fur et à mesure que la double échéance fatidique se rapproche. Nul doute que les derniers chapitres mettront vos nerfs et votre palpitant à rude épreuve.

Vous l’aurez compris les questions de la crise migratoire et du terrorisme seront au cœur du présent roman. Mais il sera aussi question de la famille, dans ce qu’elle peut avoir de meilleur à travers le personnage d’Assad, mais aussi dans ce qu’elle peut avoir de pire via le personnage d’Alexander.

En refermant ce roman je suis curieux de découvrir l’après Victime 2117 pour la fine équipe du Département V. En effet, il ne fait aucun doute que cette affaire laissera des traces dans la vie de ceux qui ont été en première ligne. Il faut dire aussi que JAO n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de malmener ses personnages !

MON VERDICT

 
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Publié par le 1 septembre 2020 dans Bouquins

 

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