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[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

22 Août

AU MENU DU JOUR

I. Desesquelles - UnPur
Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Été 1976, alors qu’il est en vacances à Venise avec son frère jumeau, Julien, et leur mère, Clarice, Benjamin, 8 ans, est enlevé.

C’est trente ans plus tard que Benjamin refera surface, sur le banc des accusés, alors que s’ouvre son procès, mais aussi, et surtout celui de son ravisseur.

Il lui faudra huit années de plus avant qu’il accepte de reparler, pour la première fois depuis son enlèvement, à son frère, Julien. Déterminé à tout lui raconter, même ce qu’il n’a pas dit au tribunal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au fil de mes errances sur Net Galley, j’ai d’abord été intrigué par le titre et la couverture du roman, un coup d’oeil à la quatrième de couv’ a achevé de mettre en alerte ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. L’occasion de découvrir ce roman en avant-première ; j’ai attendu la parution (format papier) du bouquin avant de publier ma chronique, car tel était le souhait exprimé par l’éditeur (sachant que le roman a fait l’objet d’une masse critique sur Babelio et avait donc déjà de nombreux retours en ligne avant qu’il ne soit publié).

Si Isabelle Desesquelles n’en est pas à son coup d’essai, j’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas l’auteure. Pour une découverte le moins que l’on puisse dire c’est que je commence avec du lourd, du très lourd…

Le jeu de mots ambigu sur le titre ne vous aura certainement pas échappé, faut-il l’interpréter comme Un Pur ou Impur ? C’est la question qui viendra tarauder le lecteur au fur et à mesure qu’il découvrira le témoignage de Benjamin. Nul ne contestera le fait que Benjamin ait été avant tout une victime qui a perdu son enfance et son innocence entre les griffes d’un prédateur sexuel ; c’est la suite des événements qui interrogera et tourmentera le lecteur.

Isabelle Desesquelles aborde un sujet à la fois glauque, délicat et sérieux, dire qu’elle s’aventure en terrain glissant serait une litote tant une mauvaise approche de la question pourrait transformer le bourbier en véritable merdier. Un sacré challenge que de trouver à la fois la forme et le ton les plus adaptés au traitement d’un tel sujet.

Mais avant de vous parler du contenu, j’aimerai aborder le contenant, à savoir la couverture du roman. Rien de franchement transcendant me direz-vous ; et bien détrompez-vous, elle prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin.

Sur la forme l’auteure opte pour le témoignage et donc un récit à la première personne (presque exclusivement consacré à la confession de Benjamin). Je serai tenté de dire que c’est encore la meilleure façon d’aborder de front le parcours de Benjamin.

Je conçois volontiers que de prime abord le ton choisi puisse paraître impersonnel et détaché des événements et que cela puisse déconcerter certains lecteurs. Mais il faut aller au-delà des mots et des phrases pour apprécier le récit dans toute sa ténébreuse singularité.

Isabelle Desesquelles nous raconte l’insoutenable sans sombrer dans les descriptions outrancières ou le sentimentalisme exacerbé, mais sans chercher à se voiler la face ou à nous cacher la vérité dans toute sa noirceur. Elle joue sur les tournures de phrases avec des images courtes, mais percutantes, telles que « On n’est pas ravi d’être enlevé« , ou encore « Et j’apprends qu’en comblant un trou, on enterre un enfant » sans oublier le « sang blanc » qui vient souiller Benjamin chaque fois que le « fusil » se décharge en lui. Des images qui nous renvoient les faits bruts de décoffrage en pleine gueule !

Un roman court, mais dont se dégage une rare intensité, à la fois d’une absolue noirceur, mais pas totalement désespéré. Une lecture éprouvante et parfois même dérangeante, mais dont vous aurez un mal fou à vous détacher, non par voyeurisme malsain, juste pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’ai en effet mentionné précédemment une interrogation qui n’aura de cesse de turlupiner le lecteur, ne comptez pas sur moi pour vous apporter des éléments de réponse ; je dirai simplement que le choix de l’auteure est plutôt judicieux sur ce point.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent, tant sur le fond que sur la forme.

Pour l’anecdote le fichier numérique reçu via Net Galley porte la mention « Épreuves non corrigées » ; si je n’ai relevé aucune coquille rédhibitoire à la lecture du roman, j’ai toutefois retravaillé l’epub afin d’en améliorer la lisibilité (ne serait-ce que par un redécoupage de certains fichiers constituant le roman et l’intégration d’une table des matières). Vous me connaissez, je suis un tantinet maniaque !

MON VERDICT
Coup de poing

 
20 Commentaires

Publié par le 22 août 2019 dans Bouquins

 

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20 réponses à “[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

  1. Yvan

    22 août 2019 at 15:13

    Ce roman m’a laissé sans voix. Le plus noir des romans de littérature blanche. mais quel roman ! Un bijou, pour moi

     
    • Lord Arsenik

      22 août 2019 at 18:05

      L’auteure dérègle toutes les règles et elle le fait bien. J’ai été KO debout !

       
      • Yvan

        22 août 2019 at 18:09

        Complètement KO oui !

         
      • Yvan

        22 août 2019 at 18:10

        Mais, quelle écriture !

         
      • Lord Arsenik

        23 août 2019 at 07:27

        Ecrit autrement ça aurait pu être une lecture insupportable. Mais là c’est juste sublime.

         
  2. belette2911

    23 août 2019 at 06:46

    Mon épicier sympa, H. Céheff (c’est possible) me l’avait mis sous le nez, mais le résumé m’avait fait faire machine arrière toute. Peur que ce ne soit trop noir… Là, puisque cet épicier sympa a fait le premier pas, je pense que je vais écouter ses bons conseils et essayer d’oser ouvrir ce roman aux métaphores assez parlantes, comme le fusil qui se décharge…. Brrrr, quand on parle d’un enfant, ça faut l’ambiance à zéro.

     
    • Lord Arsenik

      23 août 2019 at 07:20

      Clairement une lecture qui te noue les tripes. Mais tellement bien écrit.
      Et t’as vu, il n’y a pas que moi qui le dit 😀

       
      • belette2911

        26 août 2019 at 06:08

        Oui, j’ai vu, ce qui enfonce le clou et là, je ne peux plus faire celle qui n’a rien vu, rien entendu… Ou vous allez me tomber dessus 😆

         
      • Lord Arsenik

        26 août 2019 at 07:19

        We’re watching you…

         
      • belette2911

        27 août 2019 at 05:51

        Mon dieu, je vais faire gaffe lorsque j’enlèverai ma petite culotte, moi…. 😆

         
      • Lord Arsenik

        27 août 2019 at 06:55

        Vas-y personne ne regarde 😀

         
      • belette2911

        29 août 2019 at 06:56

        Si, Big Brother n’attend que ça ! 😆

         
  3. Zofia

    3 septembre 2019 at 06:41

    Je suis intriguée mais je ne sais pas si j’aimerais à cause de ces phrases courtes et imagées…

     
    • Lord Arsenik

      3 septembre 2019 at 10:18

      C’est clairement une lecture moralement éprouvante mais l’écriture est magnifique (même si elle ne fait pas oublier l’horreur).

       
  4. belette2911

    25 novembre 2019 at 02:53

    Lu et pas tout à fait approuvé… J’ai aimé la fin, assez abrupte, violente, qui laisse des interrogations, mais à un moment du récit, j’ai un peu perdu pied, la faute à la narration qui ne m’a pas happée.

    Par contre, j’ai aimé les métaphores du fusil car l’auteure a su décrire l’horriblement glauque avec des mots « simples » et des images plus que parlantes.

    Mitigée je suis…

     
    • Lord Arsenik

      25 novembre 2019 at 07:18

      C’était un pari osé d’écrire un tel roman.

       
      • belette2911

        25 novembre 2019 at 08:16

        Tout à fait ! Un pari osé, une manière « originale » de dire l’inadmissible avec les métaphores dans la bouche de Benjamin mais le style ne m’a pas plu et j’ai bloqué. Dommage pour moi.

         
      • Lord Arsenik

        26 novembre 2019 at 06:58

        Bah on peut pas toujours tomber sur des méga coups de coeur… des fois la pioche est moins bonne.
        Ca fait quand même un temps certain me concernant que je n’ai pas connu de grosses déceptions livresques.

         
      • belette2911

        26 novembre 2019 at 07:38

        J’en ai connu à la chaîne en octobre, des déceptions livresque… :/

         

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