RSS

[BOUQUINS] Éric Genetet – Un Bonheur Sans Pitié

18 Juil

AU MENU DU JOUR

E. Genetet - Un bonheur sans pitié
Titre : Un Bonheur Sans Pitié
Auteur : Éric Genetet
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Parution : 2019
Origine : France
160 pages

De quoi ça cause ?

Marina pense avoir enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais après six mois d’une passion idyllique, le voile des apparences tombe, Torsten révèle peu à peu sa véritable nature perverse et manipulatrice.

Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est avant tout la critique enthousiaste d’Aude (Aude bouquine) qui m’a poussé vers ce roman.

Il est vrai que le pervers narcissique est un cas d’école qui m’intéresse ; j’ai d’ailleurs plusieurs romans (et un essai) sur la question dans mon Stock à Lire Numérique, mais je ne savais pas trop par lequel commencer. Et pourquoi pas par un titre que je possède pas encore (cherchez pas… parfois ma logique obéit à des règles qui défient l’entendement) ?

Ma Chronique

Compte tenu de sa personnalité hautement dérangée (et plus encore dérangeante), il n’est pas étonnant que le pervers narcissique soit source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Pour ma part c’est avec le roman Entraves d’Alexandra Coin que j’ai fait la connaissance littéraire de ces individus aussi nocifs que nuisibles (je connaissais le spécimen, mais n’avais jamais rien lu sur la question).

Au début du récit Marina quitte le mec avec qui elle vit une relation dans laquelle elle ne s’épanouit pas. Suivront quelques semaines de questionnements et de doutes avant qu’elle ne croise le chemin (d’abord sur fesse de bouc puis dans la vraie vie) de Torsten. Durant six mois on partagera leur passion idyllique, pleine de cœurs roses, de guimauve fondante, de nuages floconneux et tutti quanti… Une mise en scène soigneusement préparée par Torsten afin que Marina soit totalement raide dingue de lui.

Puis Torsten tombe le masque et révèle sa véritable nature. On s’enfonce alors crescendo dans le monde vicié du pervers narcissique, il déploie alors tout un arsenal pour détruire et rabaisser l’autre jusqu’à lui faire perdre tous ses moyens et surtout toute confiance en soi et toute estime de soi. Éric Genetet décrit parfaitement cette inexorable descente aux enfers jalonnée de multiples formes de violences psychologiques (humiliations, insultes, dénigrement systématique, jalousie maladive, isolement…).

L’auteur construit son roman en alternant entre les passages où il donne la parole à ses personnages (Marina, Torsten et d’autres) écrits à la première personne, et ceux où il porte un regard extérieur sur la vie du couple, écrit à la troisième personne, exposant les faits sans véritablement prendre parti.

Éric Genetet maîtrise totalement le profil psychologique de ses personnages, il nous implique pleinement, en spectateur impuissant, dans la vie (et la longue agonie) du couple. Même si l’ambiance du récit est résolument glauque et sombre, l’écriture de l’auteur reste malgré tout lumineuse et poétique.

Un roman court, mais nerveusement éprouvant. Évidemment face à Torsten le lecteur aura souvent des envies de meurtre, surtout quand il se fait passer pour une victime incomprise, ou qu’il se réfugie derrière son enfance difficile. Mais l’apathie de Marina sera toute aussi exaspérante, vous aurez plus d’une fois envie de la secouer, de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de quitter ce connard.

Une lecture coup-de-poing qui pointe du doigt une intolérable réalité pour les nombreuses femmes victimes de pervers narcissiques. Pour le coup on aimerait croire que tout ceci n’est que fiction, mais ce serait se voiler la face ou pratiquer la politique de l’autruche.

J’en ai connu des Marina qui ont vécu pendant des années sous la coupe d’un homme manipulateur et/ou violent. D’abord dans le déni (Mais non il est pas comme ça… c’est un A-MOUR. Mais il a beaucoup de boulot en ce moment, il est un peu à cran, c’est compréhensible non ?), puis à s’inventer tout un tas de mauvaises raisons pour ne pas quitter leur mec (la plus pathétique étant de loin le larmoyant « Mais je l’êêêmeuuuh » qui ferait passer Lara Fabian pour une aphone), jusqu’à endosser la responsabilité de leurs tourments (Oui bon, j’ai pris une claque, mais je l’avais bien cherché aussi). On commence par prêter l’oreille, puis on tend la main avant de renoncer face à l’obstination de la nana à accepter l’inacceptable (je ne saurai dire combien de fois j’ai entendu prononcer, avec un sourire de façade qui ne trompe qu’elle, une phrase du genre : « Je me suis pris une porte en allant me coucher, quelle gourde ! » pour justifier un bleu).

Les Marina que j’ai connues ont fini par rompre avec leur bourreau (du cœur, de l’âme et du corps), parfois après des années de soumission aveugle… souvent après le coup de trop, celui qui l’a conduit à l’hôpital (au mieux pour une cure de repos, au pire pour réparer les dégâts). Toutes n’ont malheureusement pas cette chance.

Morceaux choisis :

Pendant six mois, Torsten a injecté dans le corps de Marina des shoots de bonheur puissants avant de tarir sciemment la source. Le cerveau de mon amie n’est pas équipé pour pallier ce manque-là, il rame, cherche le programme qui l’a enchanté, mais ce programme est dans la petite poubelle en bas à droite de l’écran.

Elle est tétanisée par la crainte de mal faire, mais elle l’aime, c’est indiscutable, alors elle lui donne du plaisir. Et puis, une gifle, une fenêtre ouverte en hiver, c’est aussi ça la vie à deux, non ? Le reproche d’un sourire, d’un geste, d’un mot de trop ou en moins, des mots qui lacèrent, la crainte qu’il la trompe avec une autre plus belle, plus à l’écoute, à la hauteur de ses attentes, c’est aussi ça la vie de couple, non ? Et ses pleurs silencieux alors qu’il poursuit ses courses effervescentes aux orgasmes, allongé de tout son poids sur elle, brutal. Ce n’est rien à côté du bonheur de partager sa vie. Elle serre les dents. Elle va bien, il l’aime.

Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne quitte pas Torsten parce que je l’ignore moi-même.

MON VERDICT
Coup de poing

 
19 Commentaires

Publié par le 18 juillet 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , ,

19 réponses à “[BOUQUINS] Éric Genetet – Un Bonheur Sans Pitié

  1. Yvan

    18 juillet 2019 at 15:17

    Je viens justement de lire « Tomber », l’un de ses précédents romans, très court mais marquant. Offert par mon amie Caro de Carobookine, elle aussi d’excellents conseils tout comme Aude ! 😉
    Et puis, le gars vis en Alsace 😉
    Auteur à suivre, assurément !

     
    • Lord Arsenik

      19 juillet 2019 at 03:22

      Le truc c’est qu’on trouve trop de bons conseils chez les blogueurs… on va jamais s’en sortir à ce rythme là !

       
      • belette2911

        31 juillet 2019 at 14:21

        Ça c’est vrai ! Je devrais déjà vous éliminer, tous les deux et continuer ensuite par des noms de tentatrices bien connus ! 😆 Parce que ce livre, je ne l’avais pas retenu et maintenant, à cause de toi, je veux le lire !! 😀

        J’ai connu un pauvre homme qui a vécu des années avec une perverse narcissique… et personne ne s’en rendait compte ! :/

         
      • Lord Arsenik

        31 juillet 2019 at 14:55

        Sur ce coup c’est Aude la primo-coupable 😀

        Bien souvent le (la) pervers(e) narcissique est invisible de l’extérieur. Au contraire, il/elle peut se montrer particulièrement affable en société… c’est en privé que sa véritable nature se révèle.

         
      • belette2911

        31 juillet 2019 at 15:37

        Aude est ajouté sur la liste, alors ! 😆

        C’est ce qu’il me racontait, devant les amis, elle était « normale », mais une fois eux parti, elle descendait son mari. Quand les amis ont compris ce qu’elle était vraiment, ce fut un choc.

         
      • Lord Arsenik

        1 août 2019 at 11:01

        La liste noire est looongue.

         
      • belette2911

        3 août 2019 at 07:32

        Oui et c’est quelqu’un qui m(a dit que je devrais t’y mettre aussi ! 😆

         
      • Lord Arsenik

        3 août 2019 at 18:54

        Ne me dis pas qu’une grande brune plutôt bien gaulée est venue te chuchoter des mots doux à l’oreille.

         
      • belette2911

        6 août 2019 at 06:55

        Ben si, mais elle avait un horrible petit roquet pendu à ses basques ! J’ai shooté dedans 😆

         
      • Lord Arsenik

        6 août 2019 at 07:44

        Tu peux les envoyer valdinguer tous les deux 🙂
        En orbite la grande perche aphone et son nain de jardin grincheux 😀

         
      • belette2911

        7 août 2019 at 05:48

        Ah si je pouvais le faire, mais j’enverrai plus vite le nain grincheux que la grande perche aphone car elle, au moins, on ne l’entend guère 🙂

         
      • Lord Arsenik

        3 août 2019 at 18:55

        Meuh non je suis l’innocence personnifiée

         
      • belette2911

        6 août 2019 at 06:56

        Si Fernand Raynaud vivait encore, il dirait « Belette, pourquoi tu tousses ?? » :p

         
      • Lord Arsenik

        6 août 2019 at 07:49

        Une pastille Valda ? Je ne sais même pas si ça existe encore ce truc ?!

         
      • belette2911

        7 août 2019 at 05:54

        Figure-toi que moi non plus je ne sais plus si ça existe encore… On dit toujours « cracher sa Valda » ou « Crache-la, ta Valda »….

        Cultivons-nous un brin, alors !!

        Wikikipédia : Cette pastille a été inventée par le pharmacien Henri-Edmond Canonne en 1904.

        « L’origine du mot VALDA correspond à la contraction de deux mots d’origine latine VAL du latin valetud = santé et DA du latin dare = donner ».

        On se couchera déjà moins bête ce soir… Je poursuis l’enquête et oh mon dieu !!!

        « En 2012, plus d’un million de boîtes de pastilles Valda étaient vendues. Malgré ce succès, GlaxoSmithKline désire se séparer de la marque Valda ».

        Une minute de silence pour la Valda…

         
      • Lord Arsenik

        8 août 2019 at 13:17

        RIP pastille Valda. Heureusement, il reste les dragées Fuca !!! Ah, on me dit que l’effet n’est pas le même…

         
      • belette2911

        9 août 2019 at 06:33

        Si, l’effet est le même, la preuve !

        C’est un gars qui est assistant dans une petite pharmacie, mais il n’est pas très bon vendeur : il n’arrive jamais à trouver les bons médicaments…

        Le pharmacien l’avertit :
        — Si tu continues à donner n’importe quoi aux clients je ne vais pas pouvoir te garder !

        C’est alors qu’arrive un monsieur qui tousse, mais tousse… à s’en arracher la gorge. Le monsieur entre deux quintes demande un bon sirop pour la toux.

        L’assistant s’en va chercher une boite de dragées Fuca, puis il donne la boite au client en précisant : « Prenez toutes les dragées d’un coup! ».

        Le gars ouvre la boite, avale toutes les dragées, paie et quitte la pharmacie.

        Là dessus, le pharmacien qui avait tout vu arrive près de son assistant et lui dit :

        — Mais tu es fou?! Cet homme t’a demandé un antitussif et toi tu lui vends un laxatif… Ce que je t’ai dit n’a donc pas porté ? Un laxatif ne va pas le guérir de sa toux !!!

        Et l’assistant de lui répondre :
        — Peut-être, mais maintenant il n’osera plus tousser !

         
      • Lord Arsenik

        9 août 2019 at 10:57

        😀 😀 😀
        C’est pas faux tu me dirais 🙂

         
      • belette2911

        10 août 2019 at 04:27

        Un jour, j’essaierai, mais quand j’aurai moins peur ! 😀

         

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :