RSS

Archives de l'année 2019

[BOUQUINS] Harper Lee & Fred Fordham – Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur

AU MENU DU JOUR

H. Lee - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Titre : Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur
Auteur : Harper Lee
Dessin : Fred Fordham
Éditeur : Grasset
Parution : 2018
Origine : USA
288 pages

De quoi ça cause ?

1933, Maycomb (Alabama). Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants Jeremy (Jem) et Jean Louise (Scout). Quand il accepte de défendre Tom Robinson, un Noir accusé d’avoir violé une Blanche, la vie de la famille Finch bascule.

Scout, la narratrice, découvre alors que l’âme humaine peut être salement pervertie, loin des valeurs qu’Atticus s’efforce d’inculquer à ses enfants.

Ma Chronique

Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur fait partie de ces classiques incontournables que je me promettais de lire chaque fois que je le croisais en explorant les méandres de mon Stock à Lire Numérique… avant de passer à autre chose !

Grâce à la générosité du Père Noël, je peux enfin découvrir ce texte sous la forme d’un roman graphique. Le texte français est celui de l’édition de 2005, il s’agit de la traduction d’Isabelle Stoïanov révisée par Isabelle Hausser.

Paru en 1960, alors que le mouvement pour les droits civiques est au coeur de l’actualité américaine, ce premier roman de Harper Lee fait office de pavé dans la mare, ce qui ne l’empêchera pas de connaître un succès jamais démenti depuis (il a été récompensé par le prix Pulitzer en 1961).

Pour l’anecdote, il faudra attendre 2015 pour découvrir un second roman de l’auteure, Va Et Poste Une Sentinelle, qui peut être considéré comme une suite de celui-ci, l’intrigue suivant la famille Finch en 1955. C’est pourtant ce dernier roman que Harper Lee a proposé à son éditeur en 1960, il lui conseillera plutôt d’écrire un récit à la première personne sur la jeunesse de son héroïne, Scout Finch.

Et donc voilà la jeune Scout qui nous raconte son histoire. Retour en 1933 alors que les USA sont dans le marasme de la Grande Dépression (la crise économique majeure qui a suivi le krach boursier de 1929). Dans les États du Sud le racisme est fortement ancré dans les mentalités de certains, on flirte même avec la tare congénitale.

Heureusement tous ne sont pas comme ça, Atticus Finch inculque à ses enfants des valeurs telles que le respect et la tolérance. Quelle cruelle désillusion pour la jeune Scout et son frère quand ils réalisent que ces bons sentiments ne sont pas partagés par tous. Quand ils voient le voisin qui hier saluait cordialement Atticus, lui cracher à la gueule et le menacer…

Si les thèmes abordés sont graves (inégalités sociales et raciales, respect et tolérance, rôle de la femme, apprentissage de la vie, fin de l’innocence…) Ils sont traités sans sombrer dans le pathos, on dénote même une certaine légèreté liée au regard que porte une enfant sur les événements et les gens.

Pour souligner son propos, l’auteure nous fait partager le quotidien insouciant de Jem, Scout et Dill (leur voisin le temps des vacances d’été et ami) dans la première partie du récit. Peu à peu elle les confronte à la noirceur de l’âme de certains de leurs voisins et supposés amis.

Le trait de Fred Fordham est fin et précis, on est instantanément en totale immersion dans le récit. Un récit intemporel qui, malheureusement, pourrait encore de nos jours trouver des échos bien réels dans l’actualité (et pas que de l’autre côté de l’Atlantique).

Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner.

Au risque de faire convulser les puristes, j’ai trouvé que le format roman graphique offrait une excellente approche du récit de Harper Lee. Sincèrement je ne pense pas que lire le roman m’apportera beaucoup plus que ce que j’ai déjà retiré de cette lecture.

MON VERDICT

 
9 Commentaires

Publié par le 30 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , , , ,

[BOUQUINS] Elly Griffiths – Le Journal De Claire Cassidy

AU MENU DU JOUR

E. Griffiths - Le journal de Claire Cassidy

Titre : Le Journal De Claire Cassidy
Auteur : Elly Griffiths
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2018)
444 pages

De quoi ça cause ?

Ella Elphick, prof d’anglais au collège de Talgarth High, est retrouvée morte à son domicile. Elle a été poignardée à plusieurs reprises, son assassin a laissé un message sibyllin près du corps : « L’Enfer est vide ».

Les collègues et les élèves de la victime sont sous le choc. C’est notamment le cas de Claire Cassidy qui enseigne elle aussi l’anglais et était proche d’Ella.

L’enquête est confiée aux lieutenants Harbinder Kaur et Neil Winston. Pas d’indice exploitable sur la scène de crime, des témoins qui semblent volontairement omettre certains détails… l’affaire va rapidement s’avérer plus complexe qu’elle ne le laissait présager.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Hugo sont désormais partenaires de la plateforme Net Galley. Un éditeur qui m’a souvent réservé de belles surprises. C’est donc tout naturellement que je me suis laissé tenter par ce roman présenté comme « le thriller de l’année ».

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 2 janvier).

Par contre quelle déception de recevoir le bouquin au format PDF ! Messieurs les éditeurs, il faut vivre avec son temps, le PDF c’était AVANT ! Vos arguments sécuritaires ne tiennent pas la route, c’est indigne de votre métier de ne pas privilégier le confort et le plaisir du lecteur.

Double peine avec ce roman, le fichier est en mode paysage, chaque page PDF présentant deux pages papier côte à côte. Une fois la structure du fichier epub construite, c’est en faisant un copier-coller page par page qui j’ai alimenté les chapitres.

Un bémol que je continuerai à signaler chaque fois que je recevrai un titre au format PDF, plus encore quand cela n’est pas indiqué sur la fiche du bouquin. Un bémol que je ne sanctionne pas (pas encore en tout cas) dans mon verdict final, même si j’avoue volontiers que parfois ça me démange de défalquer à ma note un point de malus.

Si de prime abord l’intrigue ne brille pas forcément par son originalité, le roman d’Elly Griffiths réussit toutefois à tirer son épingle du jeu et a de nombreux atouts pour séduire les lecteurs adeptes du genre.

Les chapitres, tous rédigés à la première personne, alternent entre les points de vue de Claire Cassidy, Georgia Newton, sa fille, et Harbinder Kaur, la lieutenant en charge de l’enquête. Un exercice de style intéressant qui permet de partager le vécu et le ressenti des différents personnages porteurs de l’intrigue.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte, tous sont traités avec la même attention, quel que soit leur rôle dans le déroulé des événements.

L’auteure nous propose un récit à double entrée. En plus de l’intrigue principale, autour du meurtre d’Ella (et plus si affinités), Claire essaye de percer les secrets de R.M. Holland, un auteur de l’époque victorienne dont la nouvelle, L’Inconnu, semble étroitement liée aux événements qui agitent Talgarth High (qui fut aussi la résidence de l’auteur).

De fait, au fil de la lecture le texte de L’Inconnu vous sera peu à peu dévoilé, avant d’être repris en intégralité à la fin du roman avec sa chute.

Inutile de vous ruer sur Google pour chercher des infos sur ce R.M. Holland, c’est un auteur créé de toutes pièces par Elly Griffiths pour les besoins de son intrigue. On se prend vite au jeu, à tel point que l’on en viendrait presque à regretter de ne pas avoir toutes les réponses sur ce point.

Au final ce roman est maîtrisé de bout en bout, il vous propose une intrigue riche en rebondissements et autres revirements de situation. Vous n’en finirez pas de vous poser des questions et de remettre en cause vos certitudes avant d’être totalement pris au dépourvu par le revirement final (voire même par la double révélation finale).

MON VERDICT

 
5 Commentaires

Publié par le 28 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , , ,

[BOUQUINS] Dumond, Vignolle, Mardon – Les Bijoux De La Kardashian

AU MENU DU JOUR

Les bijoux de la Kardashian
Titre : Les Bijoux De La Kardashian
Scénario : François Vignolle & Julien Dumond
Dessin : Grégory Mardon
Éditeur : Glénat
Parution : 2018
Origine : France
148 pages

De quoi ça cause ?

3 octobre 2016, alors qu’elle est en déplacement à Paris pour la Fashion Week, Kim Kardashian est victime d’un cambriolage. Les voleurs partiront avec un butin de plus de 9 millions d’euros en bijoux.

Face à la pression médiatique internationale, la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) parisienne va faire de cette enquête une priorité…

Ma Chronique

Si pour les bouquins je me revendique 100% lecteur numérique, force m’est de reconnaître que pour les BD et romans graphiques le format papier reste indétrônable ; il n’y a que sous cette forme que j’apprécie pleinement la lecture.

Je ne suis pas un adepte des rubriques people et autres potins mondains, je me contrefous de la vie de Kim Kardashian ; du coup je n’ai pas du tout suivi cette histoire de vol de bijoux (j’en ai entendu parler et j’ai zappé, tout simplement). Le Père Noël ayant déposé cette BD au pied du sapin, je m’en vais réparer cette terrible lacune culturelle.

Cette BD nous fait revivre ce fait divers ultra médiatisé, mais aussi et surtout l’enquête de police visant à identifier les voleurs et accessoirement retrouver les bijoux. Après cette lecture j’en viendrai presque à regretter de ne pas m’être davantage intéressé à cette histoire que je n’aurai jamais soupçonné d’être aussi rocambolesque.

Les auteurs se sont visiblement bien documentés sur les dessous de cette affaire, ils nous plongent vraiment au coeur de l’enquête, une enquête qui réservera bien des surprises à la police ! J’ai trouvé les nombreuses touches comiques parfaitement adaptées à la situation qui frôle parfois le voyage en absurdie.

Le décalage entre la victime, starlette de la télé-réalité et des réseaux sociaux, et ses agresseurs, de vieux braqueurs à l’ancienne, est tellement énorme qu’il ne peut que prêter à sourire. La rencontre improbable entre deux mondes que tout oppose ; pour illustrer mon propos, il suffit de savoir que ces Pieds Nickelés braquos n’avaient jamais envisagé que leur vol déchaînerait à ce point les passions.

— Comment elle gagne sa vie déjà ?
— J’sais pas, elle chnaps chatte…
— Elle quoi ?

— Elle est sur internet !
— Ah ouais.

Niveau graphique le trait grossier (presque caricatural) se prête bien à l’histoire qui nous est racontée. Le scénario est traité avec beaucoup de soins, notamment au niveau des personnages et de leurs relations.

— N’empêche, autant de moyens pour une starlette qui a pas pris ses précautions pour se protéger… c’est un peu too much, tout ça ?
— Arrête ! C’est une super enquête.
— Oui, mais je me demande ce que ça aurait donné si c’était une vieille dame que s’était fait dépouiller de sa boîte à bijoux.
— Ah, ça, c’est sûr… si c’était mamie Tromblon qui s’était fait braquer, elle aurait pas eu les faveurs de Lagerfeld ou de Kassovitz pour lui saper le moral.

J’ai passé un agréable moment avec cette BD, un pari qui n’était pas gagné d’avance vu l’intérêt que je porte à la Kardachiante. Bravo aux auteurs qui nous offrent un divertissement richement documenté.

Bijoux Kardashian

MON VERDICT

 
3 Commentaires

Publié par le 26 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , , ,

JOYEUX NOËL

 
4 Commentaires

Publié par le 24 décembre 2019 dans No comment

 

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – L’Art Du Meurtre

AU MENU DU JOUR

C. Duchamp - L'Art Du Meurtre
Titre : L’Art Du Meurtre
Auteur : Chrystel Dubois
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !

Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur d’art – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.

Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le titre et le pitch m’ont attiré, l’idée de mélanger la beauté de l’art et l’horreur du crime est plutôt audacieuse sur le papier… je voulais voir ce que ça donnait dans les faits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions l’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 16 janvier).

Un roman reçu au format PDF que j’ai entrepris de convertir au format epub pour profiter pleinement de ma lecture. Je venais de finaliser la chose quand j’ai découvert qu’il était désormais disponible en epub via Net Galley. C’est donc cette version que j’ai lue, la mienne est passée à la corbeille sans appel.

Et si on commençait par faire les présentations avant d’entrer dans le vif du sujet. Avec les trois personnages principaux qui portent cette intrigue. Deux femmes flics au caractère bien trempé, liées par une amitié indéfectible malgré quelques divergences de point de vue. Et un marchand d’art qui passera de suspect potentiel à consultant officieux… et plus si affinités !

Audrey Durand est lieutenante à la PJ, mais aussi une passionnée d’art. Son métier est sa raison d’être, obstinée elle dissimule ses blessures passées derrière des excès en tout genre (alcool, cannabis, médocs, plans cul sans lendemain…) qui ne manquent pas d’inquiéter ses proches. Pour elle, il ne fait aucun doute que l’art est le fil rouge qui relie les différentes scènes de crime.

À commencer par Patricia Levêque, capitaine à la PJ, supérieure et amie d’Audrey. Mariée et mère de deux grands enfants, elle va devoir composer avec le retour inopiné de son cadet qui a opté pour une vie de marginal. Pas franchement convaincue par la vague théorie artistique défendue par Audrey, elle va pousser son équipe à explorer d’autres pistes.

Joël Dunière est un marchand d’art étroitement lié, de par sa profession, aux deux premières victimes. Une position qui lui vaudra de passer pour un suspect potentiel avant de se rapprocher d’Audrey et de l’aider à creuser la piste artistique.

Puis il y a le reste de l’équipe, tiraillé entre les intuitions d’Audrey et les ordres de Patricia. Chrystel Duchamp apporte beaucoup de soins à ses personnages, elle nous brosse ainsi une galerie de portraits pleine de vie et d’humanité.

Mais l’auteure de néglige pas pour autant ses scènes de crime, combinant adroitement un réel sens esthétique et la sauvagerie des meurtres.

Je ne suis pas spécialement amateur d’art et ne connais pas grand-chose aux différents courants artistiques, mais il n’en reste pas moins que j’ai trouvé cette intrigue très bien ficelée et captivante. Je suis parti curieux (voire dubitatif), je referme ce bouquin totalement convaincu.

Alors que le fin mot de l’histoire nous est révélé, je pestais intérieurement en me disant qu’elle (Chrystel Duchamp) ne pouvait pas nous faire un coup pareil. C’était sans compter sur l’ultime rebond qui vient combler les vides en laissant le lecteur en état de KO technique.

Une version epub qui aurait mérité un travail de finition un peu plus abouti, notamment au niveau des insécables qui sont pratiquement inexistants. Concrètement c’est quasiment invisible pour le lecteur (hormis quelques retours à la ligne un peu hasardeux), toutefois les insécables font partie intégrante des bonnes pratiques de la typographie numérique et contribuent de fait à optimiser le plaisir de la lecture.

MON VERDICT

 
3 Commentaires

Publié par le 23 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , ,

[BOUQUINS] Margaret Atwood – La Servante Écarlate

AU MENU DU JOUR

M. Atwood - La Servante écarlate

Titre : La Servante Écarlate
Auteur : Margaret Atwood
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 1987 (réédition 2017)
Origine : Canada (1985)
544 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis sont devenus la République de Gilead, une dictature théocratique où les femmes sont divisées en castes selon leur rang social et le rôle qui leur a été attribué. Mais Gilead se meurt de son infertilité, les Épouses ne peuvent plus procréer, c’est aux Servantes d’assurer une descendance à leur Commandant.

Defred est une de ces Servantes, reconnaissables à leur tunique rouge. Elle nous raconte son quotidien et partage ses souvenirs de la vie d’avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quelle question ! Parce que c’est un roman devenu culte qui revient souvent (pour ne pas dire toujours) et en bonne position dans les listes des livres qu’il faut AB-SO-LU-MENT avoir lus avant de sucer les pissenlits par la racine.

Ça fait des années que je me dis qu’il faut que je m’y mette, finalement c’est la série télé The Handmaid’s Tale qui aura été l’élément déclencheur. Je voulais impérativement avoir lu le bouquin avant de me laisser tenter par la série.

Ma Chronique

Il m’aura fallu plus de 30 ans pour enfin me décider à lire ce roman, et pourtant je n’avais aucun a priori à son encontre, ni même une quelconque réticence ; au contraire, ça fait des années que je me dis qu’il faut absolument que je le lise.

Finalement c’est la série TV The Handmaid’s Tale et la sortie récente de la « suite » du présent bouquin, Les Testaments, qui m’auront poussé à franchir, ENFIN, le pas.

Avec ce roman Margaret Atwood nous propose une vision dystopique de notre avenir, un monde particulièrement glauque et désespérant, surtout pour la gent féminine. Une société complètement déshumanisée régie par un pouvoir théocratique qui a définitivement banni tout ce qui touche à culture. Un monde formaté où les sentiments n’ont plus droit de cité.

La narratrice, Defred (qui se comprend comme « de Fred », donc appartenant – pour un temps – à Fred, son Commandant), partage son morne quotidien avec le lecteur, mais aussi ses souvenirs du monde d’avant (le monde tel que nous le connaissons, la technologie du XXIe siècle en moins). Le fait qu’elle ait connu ce « monde d’avant » rend la description du quotidien à Gilead encore plus abrupt, encore plus insupportable.

Defred, comme les autres Servantes, joue un rôle essentiel (mais néanmoins ingrat et infamant) pour la survie de Gilead ;  donner un enfant à son Commandant. Une fois par mois elle passe à la casserole en respectant scrupuleusement un cérémoniel de copulation particulièrement dégradant. Le mot copulation est le seul qui me vienne à l’esprit pour désigner un acte mécanique dénué de tout sentiment (faire l’amour est donc inapproprié) et de tout plaisir (tout comme baiser). Les Servantes sont ainsi réduites à de vulgaires matrices potentielles.

Si le récit est glaçant, le ton de la narratrice, à la fois résigné et détaché, nous empêche de nous prendre totalement d’empathie pour le personnage. Je n’aurai pas la prétention de dire que dans la même situation j’aurai fait mieux (c’est typiquement le genre de réaction qui me hérisse le poil), mais j’aurais aimé éprouver un réel sentiment de révolte dans le récit. Point de révolte, juste, parfois, une profonde injustice parfois, avant de retomber dans la résignation.

Dans la même veine, nous n’avons qu’une vague idée de l’existence d’une résistance via le réseau Mayday, mais pas des masses d’infos quant à la nature de ses opérations sinon des exfiltrations en cas de danger immédiat. Voilà qui est un tantinet frustrant, surtout quand la quatrième de couverture annonce : « En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté ».

Malgré ce petit bémol, il n’en reste pas moins que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin, je ne regrette pas de m’être enfin décidé. Sa place d’œuvre majeure dans le genre dystopique, aux côtés de classiques immortels tels que 1984 (George Orwell, 1949), Le Meilleur Des Mondes (Aldous Huxley, 1932) ou encore Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, 1953) n’est en rien usurpée.

C’est le premier roman de Margaret Atwood que je lis, au vu de la qualité de l’écriture (et de la traduction) je sais d’ores et déjà que ce ne sera pas le dernier. À commencer par Les Testaments, je vais faire en sorte de ne pas attendre 30 ans avant de me lancer dans l’aventure (déjà d’un point de vue purement biologique je ne suis pas du tout certain d’avoir 30 ans devant moi).

Si le bouquin est sorti en 1985, il reste terriblement d’actualité, peut-être même plus encore que lors de sa parution initiale. Un cri d’alarme qui nous invite à ne jamais accepter l’inacceptable, à rester vigilant face aux concessions qu’on nous demande de faire. À force de courber l’échine, on finit pour nous la mettre bien profond et à sec !

Je terminerai donc cette chronique en faisant mienne la devise de la résistance : Nolite te salopardes exterminorum. Ne laisse pas les salopards te tyranniser. Un cri du cœur que chacun de nous devrait garder présent à l’esprit… juste au cas où.

Y a-t-il des questions ?

MON VERDICT

 
8 Commentaires

Publié par le 20 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , , ,

[BD] Lapuss’ – Putain De Chat

AU MENU DU JOUR

Lapuss - Putain De Chat

Titre : Putain De Chat
Auteur : Lapuss’
Éditeur : Monsieur Pop Corn (2016)
Réédition : Kennes (2019)
Origine : Belgique
64 pages

De quoi ça cause ?

Lapuss’ vous présente son chat, Moustique. Moustique est tout sauf adorable, mignon, joueur et espiègle… c’est vraiment un putain de chat !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait déjà quelques années que je suis abonné à la page Facebook Putain de Chat et que je suis avec le même plaisir sadique les sombres desseins de Moustique.

Le premier tome de la version BD étant proposé en accès libre chez Net Galley, je me suis volontiers laissé tenter par une redécouverte.

Ma Chronique

C’est la première fois que je propose une chronique d’une BD. Je n’ai rien contre la BD, j’en ai lu beaucoup parmi les classiques (Tintin, Achille Talon, Gaston Lagaffe, Astérix, Les Tuniques Bleues, Lucky Luke…) et quand un nouvel album sort je le lis avec plaisir. Assez peu de référence en matière de BD plus modernes et plus adultes ; j’avais commencé à m’intéresser à The Walking Dead mais j’ai rapidement décroché, par contre j’ai bien aimé la série Sin City de Frank Miller. Et pas du tout attiré par l’univers des Mangas.

Revenons à nos moutons, ou plus exactement à notre chat…

Si vous suivez régulièrement la page Facebook ces quelques planches vous rappelleront de bons souvenirs, avec les premières apparitions de Moustique, quelques inédits auraient toutefois été un plus appréciable.

Si vous ne connaissez pas encore Lapuss’ et son Putain De Chat, je vous invite à vous abonner à sa page FB. Chaque planche propose une courte scène divisée en quelques vignettes (le plus souvent 4, mais ça peut être moins).

Le dessin est plutôt minimaliste mais propre et suffisant pour faire passer le message. Assez peu de dialogues mais ils font souvent mouche ; sachez toutefois que ce brave Moustique n’a pas la langue dans sa poche et a un langage plutôt fleuri.

J’aime beaucoup l’humour (noir) de Lapuss’ mais franchement je ne dépenserai pas 8€ pour m’offrir une BD qui ne propose aucune planche inédite et se lit en un petit quart d’heure (sans se presser).

S’agissant de planches de taille réduite, le format PDF n’est pas un frein à la lecture. Pour les BD plus conséquentes, le format CBR est bien plus adapté à une lecture à l’écran.

Si je ne me l’achèterai pas, il n’est toutefois pas exclu que je puisse l’offrir, dans sa version BD classique, à quelqu’un qui ne connaîtrait pas encore la série. D’autant qu’il existe des coffrets regroupant les 3 premiers tomes ou les 5 tomes parus à ce jour.

Pour mon verdict, je me place dans la position d’un lecteur qui découvrirait les planches pour la première fois. La note de 4 se justifierait pour le ton résolument décalé de la BD, mais pour le rapport qualité/prix je lui retire un demi point.

MON VERDICT

 
Poster un commentaire

Publié par le 10 décembre 2019 dans Bouquins

 

Étiquettes : , , , , ,