[BOUQUINS] Laurent Obertone – Le Diable Du Ciel

AU MENU DU JOUR

L. Obertone - Le Diable du Ciel
Titre : Le Diable Du Ciel
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Ring
Parution : France
Origine : 2017
280 pages

De quoi ça cause ?

24 mars 2015. Un A320 de la compagnie Germanwings s’écrase dans les Alpes du Sud françaises. Un agent du BEA est dépêché sur place afin d’identifier les causes possibles de ce crash inexplicable.

Quand il apprendra que le crash est un acte volontaire du copilote, Andreas Lubitz, il va tout mettre en oeuvre pour essayer de comprendre le pourquoi du comment d’un tel acte. Il va ainsi mener une enquête approfondie, mais éprouvante…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Bonne question. Le truc qui s’invite sans prévenir alors que je suis en pleine session de rattrapage de la Rentrée Littéraire 2018 (même si je sais pertinemment que je n’en rattraperai que quelques morceaux, condamnant les autres aux tréfonds de mon Stock à Lire Numérique), est justement arrivé ici un peu par hasard…

Ma chronique

Il y a encore quelques (pas si lointaines) années, j’aurai juré que le numérique ne passerait jamais par moi ! À ma décharge à l’époque numérique voulait dire format PDF… Le truc totalement inadapté à la lecture d’un roman. Puis est apparu l’epub qui m’a converti au numérique (comme dirait l’autre : il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis).

Aujourd’hui je ne lis quasiment que des ebooks (bin oui, pas de place pour la demi-mesure dans mon esprit tourmenté). Je pousse même le vice jusqu’à m’être fait la promesse de ne jamais débourser le moindre sou pour acheter un bouquin en provenance d’un éditeur n’offrant pas une alternative numérique. RING fait malheureusement de ces éditeurs réfractaires au numérique. Pour la présente chronique, je n’ai pas dérogé à ma promesse, c’est une succession de (heureux) hasards et un brin de motivation qui m’ont permis de lire ce bouquin au format epub.

Au fil de mes errances sur le net, je croise une version PDF du bouquin. Version non commerciale, plutôt genre brut de décoffrage suite numérisation maison. J’ai repris le même processus que celui utilisé pour lire Invasion (avec beaucoup plus de corrections à effectuer) pour pondre ma propre version epub du présent bouquin.

Je connaissais le Laurent Obertone comme essayiste (La France Orange Mécanique et Utoya) et comme romancier (Guerilla) ; pour ce Diable Du Ciel l’auteur combine les deux casquettes, s’il s’agit bien d’une oeuvre de fiction basée sur une triste réalité, c’est aussi le résultat d’un impressionnant travail documentaire.

J’ai d’ailleurs été surpris de voir que RING classait ce bouquin dans sa collection thriller, je le voyais comme un docu-fiction, mais au final je dois reconnaître qu’il est un mix réussi entre les deux : un docu-fiction qui se lit comme un thriller (même si on connaît déjà la fin de l’histoire).

Le récit nous plonge dans la peau du narrateur, un enquêteur du BEA qui veut essayer de comprendre l’incompréhensible, de donner un nom à l’innommable. Pour se faire, il doit cerner le personnage d’Andreas Lubitz, quitte à essayer de se mettre à sa place, de raisonner comme lui.

Comprendre n’est pas pardonner, il n’en sera d’ailleurs jamais question. Pas question non plus de chercher des excuses ou de quelconques circonstances atténuantes à Andreas Lubitz. Son geste est impardonnable, sa folie a provoqué la mort de 149 victimes innocentes, faisant de lui le plus meurtrier des tueurs de masse, doublé d’un assassin (le geste ayant, selon toute vraisemblance, été prémédité).

Le narrateur (tout comme l’auteur) construit sa réflexion autour de deux axes, le premier se concentrant sur la personnalité d’Andreas Lubitz, le second reconstituant les vols Düsseldorf-Barcelone (4U9524) et Barcelone-Düsseldorf (4U9525) ; ce dernier n’arrivera jamais à destination.

L’enquête démontrera que Andreas Lubitz n’aurait jamais dû être déclaré apte au poste de copilote, mais ses mensonges, non-dits et autres dissimulations lui ont permis d’éviter l’interdiction et d’obtenir sa licence de vol. L’auteur nous livre un portrait psychologique détaillé (et à charge) de Lubitz, assorti des réactions des interlocuteurs que le narrateur rencontrera au fil de son enquête (réactions extraites des différents rapports d’enquête).

La reconstitution du vol 9525 est glaçante de réalisme, on a vraiment l’impression d’être spectateur du drame qui se joue à l’insu de tous (du commandant d’abord, puis du personnel navigant et enfin des passagers). Suivra la prise de conscience progressive (dans le même ordre) que l’inéluctable est en train de se produire. Jusqu’à la perte de contact avec l’appareil quand il percute le flanc de montagne.

On aurait pu redouter une sensation de voyeurisme malsain, mais il n’en est rien. L’auteur évite cet écueil en misant avant tout sur le côté humain du drame.

Ne cherchez aucune dimension mystique dans le titre du roman, c’est la traduction littérale du pseudo utilisé par Lubitz pour se connecter à sa tablette (Skydevil).

Travail de relecture oblige j’ai dû lire le bouquin deux fois de suite (un premier survol, après travail sur le code, pour corriger les coquilles les plus évidentes, et une lecture plus attentive pour traquer les erreurs résiduelles), toujours avec la même intensité, incapable de le lâcher… presque malgré moi.

En fermant le bouquin, reste une question qui tourne en boucle : est-ce qu’on aurait pu éviter ce drame ? On a envie d’y croire, mais finalement ça reviendrait à pointer du doigt des éventuelles négligences ; réécrire l’histoire après coup est facile, pour ma part je pense que cette question est condamnée à rester sans réponse.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Macbeth

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J. Nesbo - Macbeth

Titre : Macbeth
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2018
Origine : Norvège
624 pages

De quoi ça cause ?

Après une opération de police réussie, Macbeth, le chef de la Garde, unité d’élite de la police, est promu à la tête de la Brigade du Crime Organisé. Pour l’ambitieuse, Lady, l’épouse de Macbeth, ce n’est que la première marche de leur ascension vers de plus hautes responsabilités ; elle suggère à son époux de viser le poste de préfet. La meilleure façon d’y parvenir étant d’assassiner l’actuel préfet.

L’ambition de Lady et son emprise sur Macbeth semblent ne connaître aucune limite, au risque d’entraîner le couple dans une spirale destructrice dont nul ne sortira indemne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jo Nesbo et que j’étais franchement curieux de découvrir ce que deviendrait l’une des plus célèbres tragédies de Shakespeare entre les mains d’un des maîtres du polar nordique.

La rentrée littéraire 2018 a été particulièrement riche, avec, dans le lot, plusieurs auteurs que j’apprécie tout particulièrement et plusieurs titres qui se bousculent au portillon ; il faut faire des choix et prioriser les uns et les autres…

Ma chronique

Macbeth est la réponse de Jo Nesbo au Hogarth Shakespeare Project, l’éditeur Hogarth Press a en effet mis au défi les auteurs contemporains d’adapter et de moderniser l’oeuvre de William Shakespeare. Plusieurs auteurs ont déjà relevé le défi (dont Margaret Atwood qui a choisi de revisiter La Tempête), d’autres titres sont en préparation (dont une revisite de Hamlet par Gillian Flynn). Un pari un peu fou qui ne pouvait que titiller la curiosité de l’inconditionnel de Jo Nesbo que je suis…

N’étant pas naturellement porté vers la littérature classique, je ne connaissais Macbeth, la pièce de Shakespeare, que de nom. Avant de me lancer à la découverte de cette revisite j’ai voulu me faire une idée un peu plus précise de la chose sans pour autant me farcir sa lecture (je ne dis pas que c’est désagréable à lire, juste que je n’en ai pas envie) ; à l’aide de mes amis Google et Wikipedia c’est désormais chose faite.

Soit dit en passant la démarche ne s’impose pas, le roman de Jo Nesbo se suffisant à lui-même. Si toutefois vous souhaitez une rapide comparaison avec la pièce de Shakespeare, je ne saurai que trop vous conseiller (pour des raisons évidentes) de le faire après la lecture du bouquin…

Difficile de situer l’intrigue dans le temps et dans l’espace, quelques repères chronologiques permettent toutefois de se positionner dans les années 70, la mention, à plusieurs reprises, du comté de Fife fait référence à l’Écosse (ce qui paraît logique, la pièce de Shakespeare se déroulant en Écosse). Une métropole anonyme relativement importante, mais économiquement sur le déclin et rongée par la corruption et le trafic de drogue… Partout et nulle part en quelque sorte.

Force est de reconnaître que j’ai eu un peu de mal à enter dans l’histoire, il faut dire que pour se prêter au jeu de cette revisite Jo Nesbo adopte un style totalement différent de celui qu’il emploie pour ses autres romans (je pense notamment à la série Harry Hole). C’est déconcertant, mais surtout ça semble manquer de naturel ; il faut dire que, histoire de corser le challenge, l’auteur intègre çà et là des citations (plus ou moins réécrites pour la circonstance) de la pièce de Shakespeare.

Mais au fil des chapitres on s’adapte pour ne se concentrer que sur l’intrigue et se laisser guider par la plume de l’auteur. Il faut dire que Jo Nesbo ne nous laisse pas vraiment profiter du paysage avant de nous plonger au cœur de l’action. Sa revisite moderne de Macbeth s’écrit clairement en rouge et noir, rouge comme le sang qui coule à flots, noir comme l’ambiance qui plombe le bouquin de la première à la dernière page.

Au risque de spoiler (quoique, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle une tragédie… au fil des chapitres on comprend que les choses ne peuvent qu’aller de mal en pis et très mal se finir) je serai tenté de comparer la destinée de Macbeth à un soufflé réalisé par un apprenti cuisinier qui ne maîtrise pas la cuisson de son appareil. Ça monte, ça monte, ça monte, mais juste avant d’attendre le firmament ça s’écrase comme une merde (je confirme, c’est du vécu la tragédie du soufflé au fromage)…

Je serai tenté de dire quel gâchis. En effet Macbeth, comme chef de la Garde, était un mec bien, plutôt intègre, un leader efficace apprécié par ses hommes. La sagesse populaire prétend que l’amour rend aveugle, en l’occurrence il a rendu notre Macbeth très con. Il se laisse contaminer par l’ambition de Lady, puis, empoisonné par le retour d’un de ses vieux démons sombre jusqu’au point de non-retour.

Au pays de Macbeth, celui qui voulu devenir calife à la place du calife, tout n’est que mensonges, complots et trahisons, un joli foutoir dans lequel il est bien difficile de distinguer ses amis de ses ennemis. Noir c’est noir, mais heureusement certains croient encore en des lendemains meilleurs.

Le pari de la revisite est relevé et remporté haut la main, mais je ne sors pas complètement béat de cette lecture. On va dire que c’est une sympathique mise en bouche en attendant de savourer le douzième volume de la saga Harry Hole (annoncé en VO pour 2019).

Comme indiqué plus haut l’intrigue se déroule en Écosse, et pourtant lorsque Lady parle de son casino elle mentionne une mise en couronnes (la monnaie norvégienne, patrie de Jo Nesbo) ; une maladresse qu’il eut pourtant été facile d’éviter (ou, à défaut, de corriger). C’est un détail certes, mais quand même ça fait négligé.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Boite De Pandore

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B. Werber - La Boite De Pandore

Titre : La Boîte De Pandore
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

René Toledano, 32 ans, célibataire, est prof d’histoire dans un lycée parisien. Une vie pépère sans histoire jusqu’à ce qu’il se laisse entraîner par une amie à un spectacle d’hypnose.

À défaut de volontaire pour inaugurer son numéro d’hypnose régressive, Opale, l’hypnotiseuse qui officie sur scène le désigne comme cobaye. Une expérience qui changera à jamais la vie de René Toledano…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur que j’apprécie énormément. Il fait partie de ces auteurs pour lesquels je réponds présent dès la sortie d’un nouveau roman.

Comme beaucoup j’ai découvert l’auteur avec sa Trilogie des Fourmis et j’ai été immédiatement sous le charme, malgré tout je l’ai suivi de façon plus ou moins sporadique (j’ai tous ses bouquins, mais je suis loin de les avoir tous lus). Je lui suis d’une fidélité sans faille depuis 2012, année de la sortie du premier opus de sa trilogie Troisième Humanité.

Ma chronique

Bernard Werber a un style narratif qui n’appartient qu’à lui, vous reconnaissez sa « griffe » dès les premières pages. Si le style reste, les intrigues et les thèmes abordés eux varient du tout au tout… avec plus ou moins de succès, mais sans jamais ennuyer le lecteur (c’est du moins mon ressenti personnel).

Ici le corps de l’intrigue se construit autour de l’hypnose régressive ; en théorie l’idée est de permettre, grâce à l’hypnose, au sujet de partir à la découverte de ses vies antérieures. J’en vois déjà qui haussent un sourcil perplexe, forcément on ne peut dissocier le concept de vie antérieure à celui de réincarnation (sinon ça reviendrait à préparer une tarte aux pommes sans les pommes). Pour ma part ce ne sont pas des notions que je rejette en bloc (en dehors de tout concept religieux, cela va sans dire… cessons de confondre spiritualité et religion ; la seconde n’étant qu’une perversion organisée de la première), ceci dit il ne me semble pas impératif d’adhérer à l’idée pour apprécier le bouquin (après tout on ne vous demande pas de croire aux vampires pour lire et apprécier Dracula).

Revenons à nos moutons… et accessoirement cessons d’user et d’abuser de parenthèses !

Au fil de ses régressions (et des chapitres), René Toledano va rencontrer ses anciens-moi, parfois par curiosité, parfois par nécessité. C’est une de ses rencontres qui le poussera à venir en aide à son premier-moi, un Atlante nommé Geb. À ce niveau de ma chronique, je pense que j’ai perdu en route tous les sceptiques… parfait ! Bon débarras !

Se pose alors la question d’une éventuelle influence de nos vies antérieures sur le moi-présent et par extension celle de la possibilité du moi-présent d’influer sur la destinée des anciens-moi… Sur le coup j’avoue que le moi-de-tout-de-suite-maintenant commence à se choper un mal de crâne carabiné.

Deux Doliprane plus tard.

Je vous assure que posée par Bernard Werber, la double question évoquée plus haut ne vous causera aucune migraine et ne devrait avoir aucun effet secondaire… à part peut-être celui de remettre en question vos certitudes.

Il faut dire aussi que le personnage de René Toledano n’est pas du genre à suivre bêtement le troupeau, son dada serait plutôt de creuser l’Histoire « officielle » et de chercher les failles afin de rétablir LA vérité. Comme il se plait à le dire :

Ce qu’on connaît du passé ce n’est qu’une caricature de propagande répandue par les historiens pour faire plaisir à leur puissant commanditaire.

Ou encore :

Car même l’histoire officielle délivrée dans les manuels scolaires est parfois tronquée. Par exemple, on ne connaît les civilisations passées que par les traces qu’ont laissées celles qui étaient dotées de l’écriture. Parmi celles-ci, on ne connaît que le passé des civilisations qui abritaient des historiens. Et parmi ces dernières, que la version des vainqueurs.

Remettre en question l’Histoire, voilà bien un comble pour un professeur d’Histoire.

Cet aspect du récit, émaillé des nombreux exemples donnés par René Toledano, m’a beaucoup plu. Sans sombrer dans le delirium tremens paranoïde complotiste, je reconnais volontiers que parfois (si le sujet m’inspire) j’aime bien creuser au-delà de la surface parfaitement polie des versions officielles (qu’elles proviennent des autorités ou des médias).

D’autres questions sont abordées au fil de l’intrigue, avec parfois en support des extraits du MNEMOS de René Toledano (soit exactement le même format que les extraits de l’ESRA chère à la famille Wells).

Bernard Werber excelle dans le divertissement didactique, même si j’ai bien conscience qu’il ne faut pas forcément tout prendre pour argent comptant (pour coller à la petite histoire, il faut parfois jongler avec les grandes vérités de l’Histoire).

J’ai beaucoup aimé le duo formé par René Toledano et Opale Etchegoyen (le premier qui dit Etchebest est de corvée de chiottes pour les 10 prochaines années… je suis fan de Philippe Etchebest, pas toucher sinon moi taper), deux personnages complémentaires à bien des niveaux.

Incontestablement cette cuvée Werber 2018 est un bon cru, pas exceptionnel toutefois (j’ai trouvé certains passages franchement surjoués), mais qui se déguste avec énormément de plaisir. À consommer sans modération (perso je n’ai jamais trouvé modération quand il s’agit de prendre un apéro, du coup je fais sans sa compagnie).

MON VERDICT

Morceau choisi

Extrait du MNEMOS de René Toledano – Sophisme

Un sophisme est un raisonnement à la logique fallacieuse, c’est-à-dire qui a les apparences de la logique, mais qui n’est pas valide. Il a pour intention de tromper son auditoire.
On peut l’illustrer avec une blague :

Un homme croise un ami dans la rue.
– Salut, qu’est-ce que tu deviens ?
– Je suis prof de maths et toi ?
– Oh, moi je suis prof de logique.
– C’est quoi la logique ?
– Tu as un aquarium ?
– Oui.
– Donc tu aimes les poissons.
– Oui.
– Donc tu aimes tout ce qui est beau.
– Oui.
– Donc tu aimes les femmes.
– Oui.
– Voilà, c’est ça la logique.
Le prof de maths repart et croise un autre ami d’enfance. Il évoque sa rencontre précédente avec le professeur de logique. L’autre lui demande :
– Tu peux m’expliquer ce qu’il fait exactement, ton ami, en tant que professeur de logique ?
– Bien sûr. Tu as un aquarium ?
– Non.
– Alors c’est que tu es homosexuel.

[BRD] Black Panther

A L’AFFICHE DU JOUR

Black Panther

Titre : Black Panther
Réalisation : Ryan Coogler
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Company
Origine : USA (2018)
Durée : 2h15

Le casting

Chadwick Boseman : T’Challa / Black Panther
Michael B. Jordan : N’Jadaka / Erik Killmonger
Lupita Nyong’o : Nakia
Danai Gurira : Okoye
Letitia Wright : Shuri
Martin Freeman : Everett K. Ross.
Daniel Kaluuya : W’Kabi
Andy Serkis : Ulysses Klaue

Le pitch

Après la mort de son père, le prince T’Challa rentre au Wakanda afin d’y être couronné roi.

A Londres, Ulysses Klaue vole un artefact wakandais à base de vibranium afin de le revendre. Si le vibranium tombait entre de mauvaises mains, l’avenir du Wakanda, et peut-être même du monde, pourrait bien être menacé.

T’Challa va tout mettre en oeuvre pour empêcher la transaction, mais il ignore encore que celle-ci n’est que la partie visible de l’iceberg ; son véritable ennemi tire les ficelles dans l’ombre…

Ma chronique

Black Panther est le dix-huitième film du MCU (Marvel Cinematic Universe) et le sixième de la phase 3, phase qui devrait s’achever en 2019 avec le film Avengers 4.

Pour le profane qui découvrirait Black Panther (et qui ferait abstraction du générique qui affiche clairement la couleur), difficile d’imaginer que le film puisse s’inscrire dans le cycle du MCU. Alors que les précédents films du cycle nous avaient habitués à croiser plusieurs super-héros, ici on se concentre uniquement sur le personnage de T’Challa et l’essentiel de l’intrigue se déroule sur ses terres, le Wakanda (il faut dire que la devise du Wakanda pourrait être : « Pour vivre heureux, vivons cachés »).

Pour rester dans la comparaison avec les derniers films du MCU, Black Panther mise d’entrée jeu sur un ton moins léger (je pense notamment au très décalé, mais néanmoins excellent Thor – Ragnarok). Il y a bien çà et là quelques touches d’humour, mais ce n’est clairement pas l’un des enjeux majeurs du film.

Le film mise beaucoup sur ses personnages et leurs relations, à ce titre il mise beaucoup sur les personnages féminins qui sont appelés à tenir des rôles déterminants dans le déroulé de l’intrigue. Ainsi le jeune roi pourra compter sur le soutien indéfectible (et très actif) de sa mère (Ramonda), de sa soeur (Shuri), de son ex (Nakia), mais aussi d’Okoye, son chef des armées (une armée exclusivement féminine façon amazones).

De fait l’équipe du film a fait appel à un casting presque exclusivement afro-américain ou africain ; un pari réussi au vu du résultat à l’écran.

Donner la part belle aux personnages n’occulte pas pour autant l’action (on est chez Marvel pas devant un film d’art et d’essai crévindiou). Comme d’hab il n’y a rien à redire sur les effets spéciaux et les scènes de combat, c’est du véritable travail d’orfèvre. Chapeau bas pour la bataille finale qui est juste superbe.

Si les décors urbains et technologiques n’ont apparemment plus aucun secret pour les équipes en charge des effets spéciaux, les grands espaces naturels semblent encore leur donner du fil à retordre. Les extérieurs du Wakanda font vraiment trop artificiels pour convaincre (dommage notamment pour le coucher de soleil final).

Il n’en reste pas moins que le film reste globalement très bon, le divertissement est assuré avec un soupçon de réflexion en bonus.

Avec un budget de 200 millions de dollars, le film se classe dans la partie haute si on le compare à l’ensemble du MCU (Top 5 si l’on inclut les 2 volets d’Avengers, Top 3 si on les exclut) ; un budget largement rentabilisé au vu du box-office mondial qui dépasse les 1,3 milliard de dollars (le troisième meilleur résultat si l’on prend en compte les Avengers, le meilleur si on les exclut).

Pour continuer ma progression dans le MCU en respectant l’ordre de sortie des films, la prochaine séance devrait être consacrée à Avengers – Infinity War… j’en bave d’avance !!!

♥♥♥♥

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Mauvais Genre

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I. Villain - Mauvais Genre

Titre : Mauvais Genre
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

1993. Le jeune Hugo assiste impuissant à un énième passage à tabac de sa mère par son père, sauf que cette fois elle ne s’en relèvera pas. Malgré les consignes de son père, Hugo appelle la police et leur raconte toute la vérité. Au procès il livrera un témoignage à charge contre son assassin de père.

2016. L’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur le meurtre sauvage d’Angélique Lesueur, une brillante jeune femme à qui tout semblait réussir. Aucune effraction. La victime connaissait sans doute son assassin, mais chaque piste explorée par la police semble condamnée à faire chou blanc.

Dans le même temps une autre affaire, que les policiers pensaient résolue depuis longtemps, le coupable ayant été identifié et incarcéré au vu de ses aveux complets, va refaire surface. Et si la police s’était trompée de coupable ? Et si la menace d’un tueur en série planait à nouveau sur Paris ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce roman au catalogue des éditions Taurnada, le pitch me semblait prometteur.

Joël, l’éditeur, m’ayant gentiment proposé de me le faire parvenir en échange d’une chronique, j’eu été bien bête de ne pas sauter sur cette occasion.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Joël des éditions Taurnada pour sa confiance renouvelée.

Avant de lire ce roman je ne n’avais jamais entendu parler de son auteure, Isabelle Villain ; si j’ai bien tout compris Mauvais Genre est le troisième roman mettant en scène Rebecca de Lost, les deux précédents ayant été publiés par les Editions Auteurs d’Aujourd’hui (Ed2A pour les intimes). Je vous rassure de suite le présent roman peut se lire dépendamment des deux premiers, les événements passés sont rappelés afin d’assurer un bon déroulé (et une bonne compréhension) de l’intrigue.

Mauvais Genre est un thriller rondement mené dans lequel une équipe de flic de la Crim’ va devoir mener de front deux enquêtes distinctes. Au vu du titre du roman, on devine aisément le lien entre Hugo et Angélique, mais pour le reste l’auteure sait y faire afin de brouiller les pistes. Orientant même les soupçons sur un autre suspect potentiel (j’ai foncé tête baissée même si je refusais d’y croire totalement), perso je n’ai aucune honte à avouer que je n’avais rien vu venir.

Le risque avec ces romans qui se concentrent sur une équipe et non sur un enquêteur seul est de trop focaliser l’attention sur le chef de groupe, les autres membres de l’équipe étant davantage réduits à de simples faire-valoir que des personnages à part entière. Isabelle Villain évite brillamment cet écueil, chacun de ses personnages bénéficiant d’une personnalité bien travaillée et d’un vécu individuel et professionnel. La dimension psychologique du récit est donc, elle aussi, totalement maîtrisée.

Rebecca, chef de groupe, approche de la cinquantaine, veuve, sans enfant elle se consacre corps et âme à sa vie professionnelle, même si depuis peu, sa relation avec Tom, lui aussi chef de groupe à la Crim’, la pousse à s’ouvrir à nouveau à l’amour. Tom aussi s’épanouit dans cette relation, mais il est marié et père de deux enfants.

Rebecca est secondée par Cyril, son adjoint, ami de toujours, mais un tantinet psychorigide. Elle peut aussi compter sur le reste de son équipe, Richard, le procédurier (plus ou moins l’équivalent du profiler), Franck, Olivier et Mélina, la dernière recrue du groupe.

Si l’auteure apporte un soin particulier à ses personnages, elle n’hésite pas, pour les besoins de l’intrigue, à les malmener et à leur faire passer de sales moments. À ce titre il peut être un peu frustrant de refermer le bouquin avec encore beaucoup de questions non résolues (une première affaire résolue de façon pas franchement convaincante et la seconde encore en suspens) ; certainement une façon de laisser une porte ouverte à une plus que probable suite. Je serai fidèle au poste, j’ai vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire…

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Rebecca de Lost et son équipe (la preuve je l’ai dévoré d’une traite en un après-midi), en attendant (pas trop longtemps j’espère) de lire la suite de la présente affaire, le bouquin a suffisamment titillé ma curiosité pour me donner envie de lire les deux précédents opus… malheureusement, ils ne semblent pas exister en version numérique.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Signal

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M. Chattam - Le Signal

Titre : Le Signal
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
752 pages

De quoi ça cause ?

Pour fuir le tumulte de la vie new-yorkaise, la famille Spencer, Tom, Olivia, leurs deux adolescents, Chad et Owen, et la petite dernière, Zoey, décident de s’installer dans la paisible bourgade de Mahingan Falls ; se mettre au vert histoire de prendre un nouveau départ.

Paisible ? Rien n’est moins sûr. En effet, peu après leur installation les Spencer notent une succession d’événements troublants. Et si une menace invisible, mais néanmoins bien réelle, planait sur Mahingan Falls…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam.

Parce que la quatrième de couv’ nous promet LE grand frisson.

Ma chronique

J’apprécie tout particulièrement les auteurs qui osent s’aventurer au-delà de leur zone de confort, nul ne pourrait nier que Maxime Chattam fait partie de ces auteurs/baroudeurs. Plutôt que de se confiner au thriller, genre dans lequel il n’a plus rien à prouver, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour explorer de nouveaux horizons.

Qui l’eut cru capable de nous offrir une saga de fantasy post-apocalyptique ? Et pourtant il l’a fait avec Autre-Monde, et le résultat a été plus que convaincant. S’essayer au roman noir était certes un pari moins risqué, il n’en reste pas moins qu’il a brillamment tiré son épingle du jeu avec Que ta Volonté Soit Faite. Au risque de désarçonner ses lecteurs, il a été encore plus loin dans le noir avec Le Coma Des Mortels, et effectivement l’accueil fut mitigé même si, pour ma part, j’ai été sous le charme.

Avec Le Signal, l’auteur s’essaye à la littérature horrifique ; un genre à part entière, n’en déplaise à certains intégristes culturels. Un genre qui fut véritablement initié par Mary Shelley (Frankentstein) et Bram Stoker (Dracula) et qui aujourd’hui fait bien des émules aussi bien chez les lecteurs que chez les auteurs. Dans cette vaste écurie littéraire, pour son roman Maxime Chattam puise vraisemblablement son inspiration chez H.P. Lovecraft et Stephen King ; inutile de vous dire qu’avec de telles références la barre est haute…

N’est pas Lovecraft ou King qui veut. Dès les premières pages du bouquin, on sent que Maxime Chattam n’est pas dans son élément, ça manque de corps, comme si l’auteur cherchait à écrire comme ses modèles plutôt que de s’approprier totalement son intrigue.

Si les différentes scènes horrifiques sont plutôt bien foutues, il manque un liant ou plus exactement un background. Le gore fait incontestablement son effet, mais au niveau de l’ambiance générale du récit la sauce a du mal à prendre. Il manque cette impression de malaise et/ou d’oppression qui est la marque des grands récits d’horreur. Du coup on frémit sur le coup (certaines mises à mort sont franchement vicieuses), mais on ne flippe pas réellement. Pour le grand frisson, c’est raté.

Il n’en reste pas moins que Maxime Chattam est un grand auteur, malgré ces quelques imperfections, il parvient à rendre son récit addictif, difficile de lâcher prise avant de connaître le fin mot de l’histoire. Sur ce point, j’ai un moment craint le pire devant la dimension technologique des événements qui frappent Mahingan Falls, mais au final ça s’intègre plutôt bien à l’ensemble (et ça justifie le titre du roman, soit dit en passant).

Certes pas le meilleur cru de Maxime Chattam mais la dernière partie du récit, franchement haletante, ferait presque oublier ces petits défauts. Si l’auteur souhaite persévérer dans le genre (ce que j’espère), je lui conseillerai (très modestement cela va sans dire) d’oser s’affirmer davantage ; garder à l’esprit les maîtres du genre est une bonne chose, mais il faut qu’il trouve et impose sa propre voie.

À défaut d’avoir ressenti le grand frisson, j’ai passé un agréable moment en compagnie de la famille Spencer, mais aussi des autres personnages (mention spéciale à Connor, un adolescent qui ne manque pas de ressources, mais aussi à Gemma, la baby-sitter et à Ethan Cobb, un lieutenant qui n’hésitera pas à s’opposer à son abruti de chef). N’allez pas croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, si les entités qui s’acharnent sur Mahingan Falls sont franchement néfastes, chez les humains aussi il y a des individus hautement nuisibles (je citerai par exemple Derek Cox et Warden, le chef -l’abruti dont il est question plus haut – de la police).

J’ai refermé ce bouquin avec une question qui me turlupinait : qu’est-il donc arrivé à Milo ? Avec le recul je me dis qu’il vaut mieux peut-être ne pas le savoir ; surtout quand on connait le triste sort réservé à son prédécesseur…

Le bouquin est truffé de clins d’œil à la littérature et au cinéma horrifique, à commencer bien entendu par l’oeuvre de Stephen King (certaines références étant très lourdement appuyées) ; si je devais n’en retenir qu’une, ce serait la présence de la ville d’Arkham et plus particulièrement son hôpital psychiatrique (Arkham Asylum en langue de là-bas). Si, à l’origine, la ville d’Arkham (Massachusetts) a été imaginée par H.P. Lovecraft pour être le théâtre de certains de ses écrits, notamment dans le cadre du Mythe de Cthulhu, et abrite bien un hôpital psychiatrique ; l’Arkham Asylum a surtout été popularisé par DC Comics, c’est en effet là que sont détenus les pires criminels de Gotham City que combat Batman (dont l’incontournable Joker).

D’un point de vue strictement visuel, je trouve la couv’ très réussie. Si je ne connaissais pas Maxime Chattam, elle m’aurait très certainement donné envie de me pencher sur ce bouquin. Et j’aurai tout aussi certainement craqué après avoir lu la quatrième de couv’.

Petite digression sportive si vous le permettez…

Ils étaient sonnés.
Comme s’ils avaient pris un uppercut en pleine tempe.

Pour un amateur de boxe, cette phrase pique les yeux et défie toute logique.
Un uppercut en pleine tempe c’est juste impossible… ou alors c’est un uppercut raté. L’uppercut est un puissant coup de poing porté de bas en haut qui vise principalement le menton de l’adversaire ; un uppercut réussi laissera l’adversaire complètement sonné, voire même KO. S’il touche la tempe, il ne fera guère que l’effleurer en fin de course.
Par contre si on veut déstabiliser (et plus si affinités) son adversaire en le frappant à la tempe, c’est le crochet le coup le plus approprié.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Luke Rhinehart – Invasion

AU MENU DU JOUR

L. Rhinehart - Invasion

Titre : Invasion
Auteur : Luke Rhinehart
Éditeur : Aux Forges de Vulcain
Parution : 2018
Origine : USA (2016)
448 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il est de sortie pour une campagne de pêche, Billy Morton remonte une étrange boule de poils. Si la chose semble bel et bien vivante et dotée d’une certaine forme de conscience, elle ne ressemble à rien de connu.

Il n’en reste pas moins que la boule de poils semble se prendre d’affection pour Billy, elle le suit en effet jusque chez lui. D’abord intriguée, la famille Morton, Billy, Carlita et leurs jeunes fils Jimmy et Lucas, adopte la chose et l’appelle Louie.

Louie s’avère être un extraterrestre et ne pas être le seul représentant de son espèce, les Protéens, à être de passage sur Terre. La philosophie des protéens est on ne peut plus simple : « faut rigoler ! »… et c’est encore mieux si la rigolade se fait aux dépens des autorités et du système.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À la base afin de participer à une opération FB lancée par Lau Lo, SP voyageurs sans frontières, pour diverses raisons ça n’a pu se faire.

Tout venant à point à qui sait attendre, l’éditeur m’a finalement fait parvenir le roman au format PDF (merci David). Restait à savoir si j’allais ou non le lire…

Ma chronique

Merci à David des éditions Aux Forges de Vulcain pour son envoi du roman (enfin presque… des épreuves non corrigées) au format PDF.

Et me voilà face à un cruel dilemme, le lire ou ne pas le lire ? D’un côté j’avais vachement envie de découvrir ce bouquin, mais de l’autre le format PDF est pour moi absolument rédhibitoire. Le choix s’est imposé de lui-même, si l’EPUB ne vient pas à toi, va à l’EPUB ; en clair il me « suffisait » de créer un fichier EPUB à partir du PDF.

Simple non ? Pas si simple que ça en fait. Une conversion directe PDF en EPUB via Calibre donne un résultat purement et simplement catastrophique. Par contre convertir un PDF en fichier Word via NitroPDF est une opération nettement plus simple. Il restait ensuite à retravailler le fichier Word afin de virer les pieds de pages et les césures de mots.

La seconde étape consistait à convertir le fichier Word au format EPUB. Pour je ne sais quelle raison Calibre s’est de nouveau ligué contre moi, l’opération n’a jamais abouti ! Je suis parti d’une page vierge sur Sigil, j’ai créé une feuille de style et j’ai alimenté le fichier par des copier-coller successifs (un par chapitre, plus quelques autres pour respecter (plus ou moins) la mise en page d’origine. Et me voilà avec un fichier EPUB complet !

Alléluia ? Non pas encore… Un premier survol du fichier pour corriger les coquilles les plus évidentes et formater le texte. L’ami Groucho (merci à toi) s’étant volontiers prêté au jeu de la relecture, j’ai pu apporter quelques corrections complémentaires.

Et c’est cette version que j’ai lue, en gardant le PDF ouvert comme support afin d’apporter les ultimes (?) corrections et obtenir enfin un fichier EPUB propre. Ce fut laborieux, mais ça en valait la peine.

Après cette longue digression technique, revenons à nos moutons et mes impressions suite à la lecture de cette Invasion extraterrestre qui ne ressemble à nulle autre.

Si vous cherchez de la science-fiction pure et dure, je pense que vous pouvez passer votre chemin. Certes il est bien question d’extraterrestres, mais ils sont surtout prétextes à une satire virulente de l’Amérique de Donald Trump, mais aussi un réquisitoire à charge contre la connerie du genre humain (surtout de ceux qui détiennent le pouvoir, qu’il soit politique et/ou économique).

L’arme de Luke Rhinehart pour taper là où ça fait mal est la même que celle de ses Protéens, le rire. Un rire sans limites ni tabous, un rire parfois un peu lourdingue, mais un rire qui fait mouche à tous les coups (ou presque). Sourires, rires et fous rires assurés au fil des chapitres !

Il faut dire aussi que Louie est bien tombé en se faisant « adopter » par Billy Morton (même si on peut se demander lequel a réellement adopté l’autre). Vétéran du Vietnam et ex-hippie, il a gardé de ces années un petit côté anarchiste et une âme rebelle à toute forme d’autorité. Carlita, son épouse, bien qu’avocate partage la même méfiance envers l’autorité en général, et les uniformes en particulier.

Partageant plus ou moins les idées de Louie et des ses potes sur le genre humain, la famille Morton vont se retrouver entraînée dans une aventure aussi rocambolesque que déjantée… une aventure qui ne tardera pas de faire d’eux la bête noire de la NSA et consorts, au même titre que les protéens.

Une aventure totalement improbable, mais le côté burlesque, voire grand guignol, de l’intrigue est pleinement assumé, pour ne pas dire revendiqué.

Si l’essentiel de l’intrigue nous est narré par Billy Morton via des extraits du roman qu’il a écrit, Mon ami Louie, d’autres points de vue, plus ou moins officiels, apportent un autre éclairage sur l’évolution des événements.

Je serai tenté de vous parler de la fin du roman, mais ce serait un peu con venant de quelqu’un qui s’efforce, au fil de mes chroniques, de ne pas spoiler. Pour faire simple, on va dire qu’elle est très ouverte, pour ma part ça ne me dérange pas, même si je n’aurai pas été contre un ultime chapitre supplémentaire.

L’idée de départ était plutôt bonne et le bouquin recèle vraiment de quelques très bonnes trouvailles, mais il pêche par quelques longueurs, et une amère impression de redondance à force de tirer encore et toujours sur les mêmes ficelles. À se demander si Luke Rhinehart ne considère pas réellement que le lecteur américain est trop con pour comprendre du premier coup les piques qu’il lance.

Beaucoup de travers pointés du doigt (et certains peuvent s’appliquer bien au-delà des frontières US), mais aucune réelle alternative n’est proposée. Je pense pouvoir affirmer sans me tromper (seul l’auteur pourrait confirmer ou infirmer mon propos) que la volonté Luke Rhinehart était avant tout de nous faire sourire, pas forcément de nous amener à réfléchir sur la meilleure façon de changer le monde. Pour tout dire le contraire eut été un peu prétentieux !

Je referme ce bouquin (ou plutôt ma liseuse) plutôt satisfait de cette découverte, mais pas transcendé ; j’en espérais davantage, peut-être trop.

MON VERDICT

 

[BOUQUINS] Aidan Truhen – Allez Tous Vous Faire Foutre

AU MENU DU JOUR

A. Truhen - Allez tous vous faire foutre

Titre : Allez Tous Vous Faire Foutre
Auteur : Aidan Truhen
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Royaume-Uni
288 pages

De quoi ça cause ?

Jack Price est à la tête d’un fructueux et très organisé trafic de cocaïne, un job qui a de quoi rendre un tantinet parano. Aussi quand sa voisine du dessous se fait liquider, Jack pose des questions et cherche à comprendre.

Que des gros bras le tabassent copieusement passe encore, mais qu’on lui mette au cul une bande de tueurs de (sinistre) renommée internationale, faut pas pousser mémé dans les orties.

L’heure de la riposte a sonné pour Jack…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il suffit de regarder la couv’ pour avoir la réponse à cette question : le titre et le visuel qui va avec ; impossible d’y résister. La quatrième de couv’ n’a fait que jeter de l’huile sur le feu de ma curiosité;

Sonatine et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, je saute sur l’opportunité de découvrir ce bouquin en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si comme moi le nom d’Aidan Truhen ne vous dit rien, c’est parfaitement normal. C’est le nom de plume choisi par un écrivain britannique pour s’essayer au thriller. Mais alors qui est Aidan Truhen me demanderez-vous des étoiles dans les yeux et la bave aux lèvres. Au risque de vos décevoir je n’en sais foutre rien, mais je dois avouer que je n’ai pas beaucoup cherché non plus…

La première approche est plutôt déstabilisante par le style imposé par l’auteur, ou plutôt par une apparente absence totale de style. Rédigé à la première personne et au présent, on plonge directement dans la tête de Jack Prise et il nous assène ses pensées comme elles lui viennent. Brut de décoffrage, ponctuation et mise en page minimaliste en option.

Surprenant au départ, mais au fil des pages on réalise que ça fonctionne plutôt bien, à vrai dire cela s’impose même comme étant le seul choix possible pour que l’auteur ressente un minimum d’empathie pour Jack Price.

Appelons un chat un chat, Jack Price est l’archétype du parfait salaud. Amoral, asocial, égoïste, cynique… et fier de l’être ! Quand il vous expose ses théories, souvent malsaines, voire nocives, ça vous apparaît comme une évidence. Sans aller jusqu’à adhérer au propos, vous comprenez la façon dont Jack fonctionne.

Mais Jack Price est aussi redoutablement intelligent, il ne manque pas de ressources (au propre comme au figuré) quand il s’agit de sauver sa peau et de nuire à ses adversaires… Il compense l’absence de muscles par une activité neuronale en surchauffe.

Comme tout amateur de thriller, j’ai croisé, au fil de mes lectures, bien des façons de mourir, je n’irai pas jusqu’à parler de raffinement quant aux méthodes employées par Jack Price, mais force est de reconnaître qu’il fait montre de beaucoup d’originalité quand il s’agit de ses débarrasser des nuisibles.

Allez Tous Vous Faire Foutre est résolument un thriller qui ne se prend pas au sérieux et qui ne veut pas être pris au sérieux ; en ce sens le côté hautement improbable de certaines situations est assumé et l’aspect quasiment indestructible de Jack Price fait parfois penser à un univers très cartoon. C’est complètement barré, hautement déjanté et profondément amoral, mais qu’est-ce que c’est bon !

Une lecture hautement jouissive qui n’est pas sans me rappeler la saga du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. L’intrigue est tellement second degré que le déchaînement de violence passe comme une lettre à la poste.

Un scénario que ne renierait pas Quentin Tarantino et je dois dire que j’imagine sans mal une adaptation au cinéma de ce bouquin ; le résultat serait pour le moins décoiffant… âmes sensibles s’abstenir toutefois.

MON NOM EST JACK. FAITES CE QUE JE DIS, OU JE SERAI LE PRIX À PAYER !

MON VERDICT
Coup de poing