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Archives Mensuelles: octobre 2018

[BOUQUINS] Michael Johnston – L’Empire Des Soleri

AU MENU DU JOUR

M. Johnston - L'Empire des Soleri

Titre : L’Empire Des Soleri
Série : Soleri – Tome 1
Auteur : Michael Johnston
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
480 pages

De quoi ça cause ?

Depuis des millénaires l’Empire vit sous le joug des Soleri,considérés comme des Dieux vivants, nul n’ose contester leur toute-puissance.

Et pourtant dans les royaumes « inférieurs » des voix commencent à s’élever contre les Soleri. Toutefois entre les querelles internes et leur incapacité à faire front commun contre l’oppresseur, ces royaumes ne constituent pas une menace sérieuse contre l’Empire.

Alors que les festivités de l’Enténébrement battent leur plein dans l’attente de l’éclipse annuelle devant clore le festival, à la stupeur générale celle-ci n’a pas lieu. Et ce n’est que le début d’une succession d’événements qui pourraient bien remettre en cause le fragile équilibre de l’Empire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

De prime abord c’est la couv’ qui m’a tapé dans l’oeil, elle m’a tout de suite fait penser à l’album Powerslave d’Iron Maiden ; comme dirait l’autre (R.I.P. Charles) : « je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».

Iron Maiden - Powerslave

La quatrième de couv’ n’a fait qu’attiser ma curiosité, curieux en effet de découvrir ce que pouvait donner un récit de fantasy sur fond d’improbable rencontre entre l’Égypte ancienne et la tragédie shakespirienne…

Bragelonne et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, il ne me restait plus qu’à pousser les portes de L’Empire des Soleri.

Ma chronique

Je remercie les éditions Bragelonne et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il n’a pas fallu longtemps au Trône De Fer pour s’imposer (à mes yeux en tout cas) comme une oeuvre majeure de la littérature fantasy ; du coup forcément quand je commence un nouveau roman (et plus encore une nouvelle saga) du genre, j’ai tendance à prendre l’univers de George R.R. Martin comme référence.

Au vu de ce premier tome, je serai tenté de dire que le cycle de Soleri s’annonce moins complexe, mais n’a pas à rougir de la comparaison avec son illustre aîné tout en affichant une identité qui lui est propre.

Au niveau des similitudes je citerai en premier lieu la structure du roman, chaque chapitre se consacrant au point de vue (POV pour Point of View en anglais) d’un personnage. Si George R.R. Martin n’a pas inventé cette architecture, il l’a en tout cas largement popularisée.

En l’occurrence les principaux intervenants sont tous de la même famille, les Hark-Wadi, qui règne sur le royaume d’Harkana, mais ils sont loin de parler d’une seule et même voix, loin s’en faut. Vous aurez ainsi le droit à cinq sons de cloches pour le moins discordants : Arko, le père, actuel roi d’Harkana, Sarra, la mère, devenue Grande Prêtresse du culte de Mithra après avoir quitté Harkana 10 ans plus tôt, Merit, la fille aînée qui rêve de prendre les rênes du Royaume, Kepina, la fille cadette, véritable garçon manqué éprise de liberté et Ren, le fils, otage du Prieuré depuis 10 ans, conformément aux lois imposées aux héritiers du trône par les Soleri.

Sans oublier toute une palanquée de personnages secondaires appelés à jouer des rôles plus ou moins importants dans le déroulé de l’intrigue ; dont certains connaîtront, le plus souvent à l’insu de leur plein gré, une fin brutale. Un casting qui tient toutes ses promesses…

Royaumes, prêtres et prêtresses… L’univers de Soleri se construit autour d’une forte dimension politique et religieuse. Un terrain propice aux alliances, complots, manigances et trahisons en tout genre. A ce titre les Hark-Wadi n’ont rien à envier aux Lannister !

Pour tout vous dire (ou presque), vous ouvrez le roman avec une donne de départ plutôt classique, au fil des chapitres les cartes sont redistribuées, encore et encore, afin de changer totalement le cours des choses selon la volonté de chacun ; tant et si bien, qu’au terme de moult rebondissements et retournements (de situation et accessoirement de veste), le livre se referme avec une donne radicalement différente. Et bien des promesses pour la suite…

Bien entendu ces multiples changements de donne ne se font pas la joie et la bonne humeur, le tribut à payer pour parvenir à ses fins est lourd mais qu’importe, seul le résultat compte… Si ça défouraille sec, les personnages ne s’accordent guère plus que le minimum syndical au niveau de la bagatelle ; sans doute trop occupés à se surveiller et à préparer leur prochain coup tordu.

L’auteur parvient à imposer un univers unique par la mixité de ses sources d’inspiration. Si certains royaumes revendiquent clairement leur origine (l’Égypte ancienne pour Sola, et le monde celte pour Feren), c’est moins évident pour Harkana (je serai tenté de miser sur le côté nordique) et impossible à dire pour Racchis et Wyrre, qui ne sont guère plus que mentionnés dans ce premier opus.

Je terminerai en soulignant un autre point commun avec Le Trône De Fer, mais au chapitre des petits bémols cette fois ; je referme ce premier tome en restant un peu sur ma faim sur l’aspect purement fantasy du récit, ça manque en effet de créatures extraordinaires et de magie.

Il n’en reste pas moins que je quitte L’Empire Des Soleri brûlant déjà d’impatience de m’y replonger au plus vite, en espérant que Michael Johnston ait la plume plus rapide que celle de George R.R. Martin ; A Dance With Dragons est sorti aux States en juillet 2011, et en France, L’Intégrale 5 en novembre 2014… depuis on a beau siffler sur la colline, on ne voit toujours rien venir (à part des annonces de reports à la chaîne).

MON VERDICT

 
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Publié par le 30 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[DEVINETTE] Qui a dit ?

L’esprit a autant besoin de livres qu’une épée a besoin de pierre à aiguiser pour conserver son tranchant.

Bon, le sommeil. Meilleur, les livres.

Laissent les sots voir que les mots de blessent, et leurs quolibets ne te lâcheront plus. S’il leur plait de te donner un sobriquet, prends-le, approprie-le-toi. Dès lors, ils seront désarmés.

On se lasse de n’avoir d’autres maîtresses que ses phalanges.

Je sème mes petites graines aussi souvent qu’il m’est possible.

Les dieux sont aveugles. Et les hommes ne voient que ce qui leur sied.

Pourquoi faut-il que, si un homme construit un mur, aussitôt en survienne un second qui brûle de savoir ce qu’il y a derrière ?

Le premier idiot venu adore s’entendre dire qu’il est important.

L’âge nous délabre tous. Nous allons tous mourir.

Il n’y a rien de meilleur au monde que d’être excité, sinon d’être saoul.

Les couronnes produisent des effets bizarres sur les têtes qu’elles coiffent.

Certains alliés sont plus dangereux que des ennemis.

Les projets sont comme les fruits, il faut leur laisser le temps de mûrir.

Si un homme se barbouille une cible sur le torse, il doit s’attendre que, tôt ou tard, quelqu’un y décoche une flèche.

Une épée dans les tripes. Un remède assuré à la constipation.

Comme mes ennemis me terrifient, je les tue tous systématiquement.

Régalez-moi de doux mensonges, et gardez vos vérités saumâtres.

Les meilleurs mensonges s’assaisonnent d’une pincée de vérité.

Des demi-vérités valent infiniment plus que des mensonges purs et simples.

S’il y a des dieux qui écoutent, ce sont des dieux monstrueux ; ils nous tourmentent pour s’amuser. Qui d’autre aurait créé un tel monde, aussi rempli de captivité, de sang et de souffrances ?

Les dieux donnent d’une main tout en prenant de l’autre.

S’il m’était possible de prier avec ma queue, je serais d’une piété beaucoup plus ardente.

Pour le savoir, sélectionnez avec votre souris le texte entre crochets ci-dessous.

→ [Tyrion Lannister – Le Trône De Fer] ←

 
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Publié par le 25 octobre 2018 dans No comment

 

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[BOUQUINS] Adam Sternbergh – Population : 48

AU MENU DU JOUR

A. Sternbergh - Population : 48

Titre : Population : 48
Auteur : Adam Sternbergh
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
432 pages

De quoi ça cause ?

Caesura (Blind Town pour ses habitants) est un trou perdu sans aucune existence officielle au fin fond du Texas. Les résidents doivent se plier à 3 règles simples: aucun contact avec l’extérieur, aucune visite et aucun retour en arrière possible en cas de départ.

Tous les résidents font partie d’un programme ultra confidentiel. Tous ont eu une partie de leur mémoire effacée, celle qui justifie leur présence à Caesura. Criminels ayant balancé leurs boss ou témoins à protéger, nul ne le sait et c’est très bien ainsi.

La ville est placée sous l’autorité du shérif Calvin Cooper et de ses deux adjoints. Leur mission consiste essentiellement à régler des querelles de voisinage ou des bagarres d’ivrognes. Jusqu’au jour où un habitant est abattu d’une balle en pleine tête.

Quelques mois plus tôt, un autre s’était tiré une balle dans la tête. Une situation complexe pour Cooper étant donné qu’aucune arme, hormis la sienne, n’est autorisée à entrer à Caesura…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Super 8 et que je n’ai jamais été déçu, et même souvent très agréablement surpris, par cette maison d’édition.

Au cas où j’aurais encore des doutes, la couv’ et le pitch ont enfoncé le clou de la curiosité jusqu’à un point de non-retour.

Super 8 et NetGalley ayant donné une suite favorable à ma demande, il ne me restait qu’à embarquer pour Caesura, un bled paumé dans le trou du cul du Texas, population : 48 habitants…

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Super 8 et Net Galley pour leur confiance renouvelée, me permettant ainsi de découvrir un roman que je guettais depuis l’annonce de sa sortie.

Je ne saurai dire combien de thrillers j’ai lu, mais ça doit se compter en centaines, je ne m’en lasse pas et à aucun moment je ne me suis senti blasé ; certes je peux avoir envie de passer à autre chose de temps en temps, mais mon genre de cœur reviendra toujours au premier plan de mes lectures. Si je ne m’en lasse pas, c’est parce que de temps en temps je croise la route d’un bouquin qui arrive encore à me surprendre en s’aventurant sur des terrains encore inexplorés. Population : 48 fait incontestablement partie de ces romans.

Le titre déjà pourrait faire penser au cultissime Pop. 1280 de Jim Thompson (1275 Âmes dans sa première traduction, Pottsville, 1280 Habitants pour la dernière version en date), l’exergue citant justement une phrase de ce roman tendrait à nous conforter dans notre impression. Et pourtant il n’en est rien, sinon un choix délibéré (et bienvenu en l’occurrence) de la traduction française du roman, dont le titre original est The Blinds, en référence au petit nom donné à Caesura.

Et c’est justement Caesura qui distingue ce roman de ses pairs. Imaginez un petit bled paumé au cœur du désert, protégé par une clôture de 4 mètres, n’ayant aucune existence officielle et n’apparaissant sur aucune carte. Un bled dont tous les résidents ont volontairement demandé à ce qu’une partie (la part la plus obscure) de leur passé soit définitivement effacée de leur mémoire. Une nouvelle identité pour un nouveau départ au sein d’une communauté restreinte.

En soi c’est déjà un terreau plutôt fertile pour un auteur un tantinet doué, ajoutez-y une enquête de police et quelques grains de sables imprévus qui viendront mettre en péril le fragile équilibre de la ville, vous obtiendrez un thriller en huis clos totalement addictif. Un véritable page-turner que vous ne pourrez plus lâcher une fois happé par son implacable mécanique.

Vous l’aurez compris, Adam Sternbergh et bien plus qu’un tantinet doué ; c’est en véritable virtuose qu’il mène son intrigue et ses personnages.

Concernant l’enquête de police susmentionnée, l’auteur nous livre rapidement le nom du tueur, il faudra être un peu plus patient pour découvrir le pourquoi du comment de son geste. En fait ladite enquête n’est que la partie émergée de l’iceberg, l’essentiel se déroule à l’insu du plein gré des habitants de Caesura (mes fameux grains de sable).

L’enquête en question est menée par des enquêteurs qui ne sont pas de véritables flics. À commencer par le shérif Cooper qui arbore fièrement une étoile fantoche, tire comme un pied amputé du gros orteil et tend à avoir deux mains gauches amputées des pouces quand il s’agit de jouer des poings !

Quant à mes grains de sable, ils seront de deux types. À commencer par de nouveaux arrivants dont certains ont un comportement pour le moins étrange. Et, cerise sur le gâteau, des enquêteurs externes viendront piétiner les plates-bandes du shérif Cooper.

On a beau savoir que les habitants de Caesura ne sont certainement pas des enfants de chœur,on ne peut s’empêcher de les trouver sympathiques et de s’attacher à leur quotidien. Du coup on aurait plutôt tendance à prendre en grippe ceux qui viennent menacer l’équilibre de cette petite communauté, d’autant qu’il semble falloir y réfléchir à deux fois avant d’être tenté de leur donner le Bon Dieu sans confession…

Bien que l’intrigue soit résolument moderne, la situation même de Caesura tend à lui donner une ambiance western (une sensation renforcée par la couv’), il ne manque que ces buissons en boule portés par le vent pour s’imaginer au XIXème siècle au cœur du Far West. Ne serait-ce pas le son d’un harmonica que j’entends ?

Si l’intrigue ne prête pas particulièrement à rire, tirant même parfois franchement sur le glauque, la plume de l’auteur ne se départ jamais d’une certaine légèreté, n’hésitant pas, çà et là, à apporter quelques touches d’humour histoire de faire baisser la pression.

Une fois de plus Super 8 réussit à me bluffer avec un bouquin qui ne ressemble à nul autre.

MON VERDICT

 
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Publié par le 24 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Xavier Müller – Erectus

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X. Müller - Erectus

Titre : Erectus
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO Editions
Parution : 2018
Origine : France
433 pages

De quoi ça cause ?

En Afrique du Sud, Cathy Crabbe, une virologue identifie un virus qui défie toutes les lois de la nature, ses « victimes » régressent en effet de plusieurs millions d’années.

Son alerte est tournée en ridicule par la communauté scientifique. Stephen Gordon, un haut responsable de l’OMS décide malgré tout de prendre cette possible menace au sérieux.

Il envoie son adjoint, Lucas Carvalho, sur le terrain en lui recommandant de convaincre Anna Meunier, une paléontologue controversée pour avoir émis l’hypothèse d’une possible régression des espèces, de rejoindre l’équipe de recherche.

Sur place, ils découvrent plusieurs espèces animales touchées par le virus, mais aussi des végétaux ayant subi le même type de régression. Une course contre la montre s’engage alors pour circonscrire le virus avant une éventuelle transmission humaine ; ils ne le savent pas encore, mais il est déjà trop tard…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la couv’ qui a d’abord attiré mon attention, le résumé n’a fait que confirmer l’évidence.

XO Editions et la plateforme Net Galley ayant accepté ma sollicitation, j’ai le plaisir de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement XO Editions et Net Galley pour leur confiance renouvelée à l’occasion de la sortie de ce roman.

Pendant longtemps on a pensé que l’évolution des espèces ne pouvait qu’obéir à la loi de Dollo qui stipule qu’une spécialisation des espèces s’accompagne d’une diminution des mutations qui pourraient les faire évoluer, rendant improbable le retour des caractéristiques ou organes perdus par une espèce au cours de l’évolution. Le phénomène de régression (le terme scientifique exact est réversion) a été admis et démontré que récemment…

C’est sur cette base que Xavier Müller a construit son thriller fantastique Erectus, avec comme élément déclencheur un virus qui provoque des régressions radicales en un temps record, mais est en plus capable d’évoluer afin de contaminer aussi bien la flore que la faune et même l’humain.

L’auteur réussit un joli tour de force en rendant (presque) crédible la propagation de ce virus pour le moins improbable ! Les différentes phases de l’épidémie, puis de la pandémie, et ses conséquences sont décrites avec un réalisme bluffant. Il en va de même pour les différentes réactions possibles face à cette menace sanitaire inédite (même si le constat n’a pas de quoi redonner foi en l’humanité du genre humain).

Un risque sanitaire majeur qui sera géré à la fois par l’OMS et par l’ONU, les deux organismes n’ayant pas forcément les mêmes priorités, et encore moins le même genre de préoccupations. Face aux conséquences économiques (voire politiques) et sanitaires de la pandémie, est-ce que la morale et l’éthique ont encore le droit de cité ? Jusqu’où peut-on aller au nom de la protection des populations ?

J’aimerai croire que les réponses apportées dans le roman ne sont que pure fiction, mais je ne me fais guère d’illusion sur la question.

Je reste volontairement dans le vague afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte. C’est un peu frustrant de rédiger des chroniques en se contraignant à en dire le moins possible (alors qu’il y aurait tant à dire et redire), mais c’est toujours mieux que de spoiler à tout va au risque de vous ruiner votre lecture.

Une intrigue qui vous fera voyager en Afrique du Sud, aux États unis, en Suisse et en France, mais le rythme de croisière imposé ne laissera guère de place à la farniente. Petit plus personnel, il y a même une partie de l’intrigue qui se déroule au large de la Nouvelle-Calédonie.

Forcément au cours de cette ballade aux quatre coins du monde vous allez croiser beaucoup de personnages amenés à jouer un rôle plus ou moins important dans la suite des événements. Si l’intrigue est portée par le trio composé d’Anna Meunier, Stephen Gordon et Lucas Carvalho, les autres personnages ne sont pas pour autant condamnés à faire de la simple figuration.

Un bouquin commencé vendredi après-midi, mis en stand-by le temps du weekend (c’est paradoxal, mais alors que c’est le moment où je suis sensé avoir le plus de temps libre, c’est aussi celui pendant lequel je lis le moins) et dévoré dans la journée de lundi.

Cette lecture fut pour moi une belle découverte, un récit maîtrisé de bout en bout et construit avec beaucoup d’intelligence. Je ne connaissais pas Xavier Müller, nul doute qu’à compter de ce jour je vais m’intéresser de plus prés à ce qu’il fait…

MON VERDICT

 
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Publié par le 22 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Gilles Legardinier – J’Ai Encore Menti !

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G. Legardinier - J'ai encore menti !

Titre : J’Ai Encore Menti !
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Laura est une jeune femme qui se pose beaucoup de questions sur son avenir et la vie en général. Jusqu’à sa rencontre avec Tartiflette, un poney sournois ; rencontre qui se soldera par un violent choc frontal avec une branche tout aussi sournoise.

Laura reprend connaissance à l’hôpital, totalement amnésique ! Une âme d’enfant enfermée dans un corps de femme. Elle va devoir tout réapprendre, de l’usage des objets du quotidien à ses relations avec les autres en passant par toutes les règles, dites et non dites, qui régentent notre vie, voire nos sentiments…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, et pis c’est tout !

Ma chronique

Il y en a qui réclament à leur Père leur pain quotidien (c’est tellement plus simple d’aller le chercher à la boulangerie… mais bon, chacun son truc), moi j’attends toujours avec la même impatience mon rendez-vous annuel avec Gilles Legardinier… à défaut de l’auteur, je me contenterai de son nouveau roman.

Et le voilà justement qui m’arrive entre les mains comme du pain bénit tombé du ciel… bon OK ça ne c’est pas vraiment fait comme ça, mais je suis en phase lyrico-mystique, vous n’allez quand même pas me coupez dans mon élan.

En parlant du pain bénit (ça va finir par me donner faim tous ces pains) vous imaginez sans mal que cette histoire de perte de mémoire totale offre un terrain de jeu aux possibilités quasiment infinies à Gilles Legardinier. Et le bougre ne s’en prive pas, il s’en donne même à cœur joie pour nous réjouir.

Visuellement déjà la couv’ donne le ton : sérieux s’abstenir ! La chanson de Henri Salvador, Faut Rigoler, pourrait être la devise de l’auteur. Difficile en effet de garder son sérieux en lisant ce bouquin, plus difficile encore d’éviter de pouffer de rire en public tant certaines scènes sont déjantées. Un condensé de bonne humeur, de sourires et de rires qui fait un bien fou.

Vous le savez sûrement si vous me lisez depuis déjà quelque temps et plus encore si vous êtes un lecteur assidu de Gilles Legardinier, l’auteur se sert du rire pour mettre en avant les valeurs humaines qui lui tiennent à coeur. Et il le fait avec beaucoup d’intelligence et d’humanité sans jamais sombrer dans le sentimentalisme sauce guimauve ou la mièvrerie.

Au fil des chapitres il sera question, entre autres, de famille, d’amitié, d’amour et de solidarité, avec quelques belles réflexions pleines de bon sens. L’occasion aussi de pointer du doigt une triste vérité : enfant on nous inculque de nombreuses valeurs morales à respecter (pour ceux et celles qui ont eu la chance de bénéficier d’une véritable éducation), on nous apprend à discerner ce qui est bien de ce qui est mal ; mais arrivé à l’âge adulte on a tendance à tout oublier pour se conformer à ce que le système attend de nous…

Chaque jour, des illusions qui volent en éclats et chaque jour, de nouveaux espoirs. J’ai l’impression de me recevoir une avalanche en permanence. Ensevelie sous les protocoles, les devoirs, les usages, les bienséances, les principes, sans parler de tout ce que l’on découvre qui se cache derrière… J’ai l’impression que toutes les règles qu’on nous impose ne sont là que pour étouffer notre nature, pour faire taire nos élans. Il faudrait ne rien dire, ne rien changer, se conformer, et jouer un jeu qui n’est pas le nôtre.

J’ai bien entendu beaucoup aimé le personnage de Laura qui redécouvre la vie et se (re)construit, mais j’avoue avoir eu un véritable coup de cœur pour Lucie, son amie un tantinet barrée. Et bien entendu, impossible pour ma part de ne pas succomber au charme irrésistible de Cubix…

J’aurai aimé, en refermant ce roman, connaître le fin mot de l’histoire relative à l’abject Monsieur D. ; sur ce coup je reste sur ma faim, mais il faudra plus que ça pour m’ôter ce sourire béat.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire, mais je le répète avec le même plaisir, Gilles Legardinier a inventé l’OLIG (Objet Littéraire d’Intérêt Général), ses romans sont un élixir face à la morosité ambiante, ils devraient être déclarés d’utilité publique et remboursés par la Sécurité Sociale… Comment ça je m’emballe ?

Décidément ce Legardinier cuvée 2018 a tout du grand cru.

MON VERDICT

 
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Publié par le 19 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] René Manzor – Apocryphe

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R. Manzor - Apocryphe

Titre : Apocryphe
Auteur : René Manzor
Éditeur : Éditions de l’Épée
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Sept ans plus tôt, David a vu mourir son père, crucifié sur le Golgotha par les autorités romaines avec la bénédiction du Sanhédrin juif.

Aujourd’hui il vit caché dans le désert de Qumrân chez sa mère, Mariamne et son oncle, Shimon alors que la colère gronde de plus en plus fort à Jérusalem et un peu partout en Palestine face à l’occupation romaine et son lot de persécutions. Mais le peuple juif est divisé, les zélotes sont partisans d’une lutte armée alors que les nazôréens espèrent toujours trouver une issue pacifique.

David a soif de vengeance, de rébellion et de liberté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant toute autre considération, par curiosité. Le pari de René Manzor était plutôt osé, j’étais curieux de savoir comment il s’en sortirait… et s’il saurait me convaincre.

Les éditions Calmann-Lévy, via la plateforme Net Galley, ayant répondu favorablement à ma sollicitation, il ne me restait plus qu’à succomber à la tentation.

Ma chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et NetGalley qui, en acceptant ma demande, me donnent leur bénédiction pour la rédaction de la présente chronique.

Si vous cherchez dans le dico (le Larousse en l’occurrence) le mot apocryphe, vous trouverez les définitions suivantes :

Se dit d’un texte qui n’est pas authentique.
Se dit de tout écrit qui, se présentant comme un livre inspiré de Dieu, ne fait pas partie du canon biblique juif ou chrétien.

Alors le roman de René Manzor est-il vraiment apocryphe ? Si je me réfère à la première définition, la réponse est non ; en effet ce texte est un authentique thriller. En référence à la seconde définition je serai tenté de répondre à la normande ni oui, ni oui, mais aussi oui et non ; l’inspiration divine du roman est très lointaine et surtout très libre, de fait il ne peut absolument pas prétendre faire partie du canon biblique (nul doute même qu’il devrait hérisser le poil des grenouilles et crapauds de bénitier). Il n’en reste pas moins que Apocryphe est un roman divinement agréable à lire et diaboliquement addictif.

En combinant des personnages historiques (Pilate, Caïphe ou encore Caligula), des personnages bibliques (Barabbas ou Joseph d’Arimathie par exemple) et des personnages issus de son imaginaire, René Manzor s’invite (s’immisce même) dans l’Histoire et la revisite sans pour autant en modifier fondamentalement le cours. Un pari sacrément osé, pour ne pas dire complètement fou.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore je revendique haut et fort mon athéisme et suis totalement hermétique (pour rester poli) à tout ce qui se rapporte à la religion ; c’est donc curieux, mais pas franchement convaincu que je me suis lancé dans la lecture de ce bouquin semblable à nul autre. Et le miracle s’est produit ! Saint René m’a donné la foi en son évangile apocryphe…

Je n’ai pas eu besoin de réciter une palanquée de pater noster et une tripotée d’ave maria avant d’être touché par la grâce, le charme a opéré dès les premières pages et ne m’a plus lâché avant que je ne referme ce bouquin.

J’ai beaucoup aimé le trio composé de David (et l’impétuosité de son jeune âge), le fils de Jésus (Yeshua) et Marie Madeleine (Marimane de Magdala), Longinus (qui incarne plutôt la force tranquille, du moins aussi longtemps qu’on ne le pousse pas à bout), un ancien légionnaire converti qui a juré de protéger le jeune garçon et Farah, une jeune esclave affranchie par la force des choses qui ne manque ni de ressources ni de répartie.

René Manzor apporte le même soin à tous ses personnages, qu’ils soient historiques, bibliques ou fictifs ; il saura vous les rendre sympathiques ou a contrario totalement antipathiques (avec une mention spéciale à Ponce Pilate qui est juste exécrable de la première à la dernière page) selon les besoins de son intrigue.

Et quelle intrigue ! L’auteur nous plonge dans un véritable péplum biblique sur fond de chasse à l’homme, un thriller truffé d’action et de batailles épiques (celle du fort Garizim est un morceau d’anthologie). On sent que René Manzor est aussi scénariste et réalisateur, son écriture est très visuelle, en lisant le roman on a l’impression de voir la scène se jouer sous nos yeux.

Mais l’auteur ne se contente pas d’enchaîner les bastons, ses personnages seront amenés à se poser des questions, voire même à douter, si leurs réflexions s’intègrent alors parfaitement à l’intrigue, elles sont pour beaucoup tout aussi valables de nos jours.

Ce roman est un sacré tour de force qui doit beaucoup au formidable talent de conteur de son auteur qui, au fil des pages, parvient à nous divertir avec brio, mais aussi avec beaucoup d’intelligence. Un roman totalement maîtrisé qui force le respect.

Je craignais quelques envolées mystiques, ce qui eut pour moi été rédhibitoire, il n’y en a que peu et, là encore, elles sont parfaitement intégrées à l’intrigue, à aucun moment René Manzor ne tombe dans le piège du prosélytisme.

MON VERDICT

 
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Publié par le 15 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

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T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme Net Galley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

 
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Publié par le 10 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Jonathan Skariton – Séance Infernale

AU MENU DU JOUR

L. Skariton - Séance Infernale
Titre : Séance Infernale
Auteur : Jonathan Skariton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Alex Whitman n’a pas son pareil pour dénicher des objets en lien avec le cinéma, même ceux réputés introuvables ; il faut dire que ses méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes, en effet il ne recule devant (presque) rien pour arriver à ses fins.

Sa mission du moment : retrouver le film Séance Infernale, réalisé par Augustin Sekuler, un inventeur français, des années avant que les travaux des frères Lumière et de Thomas Edison n’aboutissent.

Son enquête le conduira à Édimbourg (Ecosse) sur les traces de Sekuler et de son film, mais il encore loin de se douter que ses recherches seront plus périlleuses que ce à quoi il pouvait s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, c’est un thriller et ça met le cinéma à l’honneur… ça fait trois bonnes raisons de se laisser tenter.

Parce que le billet enthousiaste de Stelphique est venu rajouter une couche sur un degré de curiosité déjà élevé.

Sonatine ayant accepté, via la plateforme Net Galley, de donner une suite favorable à ma sollicitation, je ne vois aucune raison de différer plus avant cette lecture.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous l’aurez certainement remarqué j’ai un faible pour les thrillers et, même si c’est moins évident, pour le cinéma ; difficile, pour ne pas dire impossible de résister à un roman qui combine ces deux éléments et saupoudre le tout d’une bonne dose d’énigmes à résoudre.

Je ne sais pas si je peux me prétendre cinéphile, mais il est vrai que je suis un passionné de cinéma depuis de nombreuses années, même si mes goûts personnels me portent plus vers le cinéma contemporain, je connais quand même mes classiques (la preuve, je connais quasiment tous les films cités dans ce roman).

J’avais déjà lu que l’attribution de l’invention du cinéma aux Frères Lumière et à Thomas Edison était sujette à caution, mais je dois reconnaître que j’ai été bluffé par le travail de recherche effectué par l’auteur. Si le personnage d’Augustin Sekuler est fictif, il s’inspire d’un inventeur français bien réel, Louis Aimé Augustin Le Prince, qui aurait été un précurseur en matière de cinéma. Et qui, comme Augustin Sekuler, disparaîtra mystérieusement en 1890 au cours d’un voyage en train reliant Dijon à Paris. La comparaison s’arrête à ça, tout le reste n’est que fiction.

Je rassure ceux et celles que l’idée de courir après un vieux film rebuterait, il y a bien plus que ça dans ce roman. Un tueur en série particulièrement retors, voilà qui devrait vous motiver davantage.

Il faut savoir que si Alex Whitman se donne corps et âme dans son travail, c’est pour essayer de surmonter un drame personnel survenu une dizaine d’années plus tôt : la disparition de sa fille alors qu’il la conduisait au parc de Meadows à Édimbourg. Disparition suivie, quelque temps plus tard, par son divorce.

D’enfant il est aussi question dans la vie d’Augustin Sekuler, sa fille Zoe ayant elle aussi mystérieusement disparu. De nos jours aussi à Édimbourg une menace plane sur les enfants, suite à la découverte du corps calciné d’une fillette, l’inspecteur Georgina McBride est persuadée qu’un tueur en série sévit depuis plusieurs années en toute impunité… même si sa hiérarchie ne semble pas partager son point de vue.

Vous l’aurez compris sans qu’il me soit utile de le préciser : celui qui a enlevé (et certainement tué) la fille de Whitman dix ans plus tôt et le tueur en série qui sévit encore aujourd’hui sont très certainement une seule et même personne.

Mais alors quel rapport avec ce fichu film oublié de tous ? Et bien, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Je ne suis pas là pour vous raconter le bouquin, mais pour vous donner envie de le lire.

L’enquête, avec ses multiples ramifications, est tout simplement captivante. Impossible de lâcher le morceau une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et faites-moi confiance, l’auteur sait y faire pour que vous appâter.

Les chapitres sont courts, l’écriture va à l’essentiel, tout est fait pour assurer un rythme de croisière soutenu. Et qui, bien entendu, ira crescendo au fil des pages !

J’ai beaucoup aimé les personnages de Whitman et McBride, mais il serait franchement injuste de ne pas citer le troisième larron : Charlie, le collègue et ami de Whitman. Pour être tout à fait franc, tous les personnages sont impeccablement travaillés et crédibles.

Une intrigue qui fait aussi la part belle à la ville d’Édimbourg, au point que l’on pourrait quasiment la considérer comme un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais en refermant ce bouquin j’ai eu envie d’aller la visiter, de découvrir tous ces coins et recoins à côté desquels un visiteur non avisé passerait sans les voir.

Si la plupart des notes vers lesquels pointent les appels de note vous renseignent sur tel ou tel aspect de l’histoire, d’autres sont nettement plus surprenantes. L’auteur vous invite à revêtir votre tenue d’enquêteur et à les décrypter (sans vous en donner la clé).

Petite anecdote en passant :

Je clique sur le premier appel de note [1] et je vois un truc comme ça s’afficher :

1. N’importe quel âge : -… .. . -. / –.- ..- . / .-.. .- –. . / .. — .–. — .-. – . / .–. . ..- / .- / — — .. -. … / -.. . – .-. . / ..- -. / ..-. .-. — — .- –. .

Je me suis dit que mon fichier devait être corrompu. Renseignement pris (merci Stelphique), c’est « normal » et je dois m’attendre à d’autres surprises.

Donc c’est qu’il y a un truc à décoder et du coup la clé saute aux yeux : du morse !

Facile ! Sauf que les autres notes cryptées sont nettement plus coriaces… J’ai renoncé à y comprendre quelque chose ; ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension du bouquin, ça ajoute même une sympathique touche d’interactivité.

J’ai envoyé un mail à l’auteur afin d’avoir des explications (à supposer qu’explications il y ait), on verra bien s’il me répondra ou non.

Pour un premier roman Jonathan Skariton nous propose un mélange des genres (Indiana Jones & Sherlock Holmes affrontent le Da Vinci Code) audacieux, mais totalement maîtrisé.

MON VERDICT


La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Le bouquin comporte de nombreux appels de notes numérotés vers lesdites notes (57 au total), dommage que l’appel et la note ne soient pas liés (un clic sur l’appel affiche directement la note correspondante). C’est quand même vachement plus pratique que de devoir naviguer d’une section à l’autre du bouquin…

Plutôt inhabituel de la part de Sonatine qui tend à nous proposer des versions epub quasiment irréprochables.

J’ai fait les liens manuellement sous Sigil, pas de difficulté particulière, si ce n’est qu’il faut répéter l’opération 57 fois…

 
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Publié par le 5 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Kurt Vonnegut – Tremblement De Temps

AU MENU DU JOUR

K. Vonnegut - Tremblement de Temps

Titre : Tremblement De Temps
Auteur : Kurt Vonnegut
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (1997)
304 pages

De quoi ça cause ?

En février 2001 un tremblement de temps renvoie l’humanité dix années plus tôt, en 1991. Les hommes vont se voir contraints de revivre cette décennie sans rien pouvoir changer quant à leurs choix et décisions du moment. Dix années durant ils seront à la fois acteurs et spectateurs de leur vie, impuissants à réparer les erreurs et mauvais choix, condamnés à en subir à nouveau les conséquences…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je n’ai jamais lu de roman de Kurt Vonnegut alors qu’il semble être considéré par beaucoup comme un porte-drapeau de la littérature underground US.

Parce que justement Super 8 nous propose un titre encore jamais publié en français.

Parce que Super 8 et Net Galley ont accepté de donner suite à ma demande.

Ma chronique

Je tiens à remercier les éditions Super 8 et la plateforme Net Galley pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en acceptant ma sollicitation pour ce titre.

Une demande acceptée qui a toutefois bien failli rester sans suite, le roman m’ayant été proposé au format PDF j’ai informé l’éditeur que je ne le chroniquerai pas. Quelque temps plus tard, un peu par hasard, j’ai découvert que le titre était désormais disponible au format EPUB, je suis donc revenu sur ma décision.

Un roman (?) qui a bien failli ne jamais voir le jour comme nous l’explique Kurt Vonnegut dans son prologue :

Et voilà que moi, à l’hiver 1996, je me trouvais être le créateur d’un roman qui ne tenait pas debout, qui n’allait nulle part et qui, pour commencer, n’avait jamais demandé à être écrit. Merde ! J’avais, si vous voulez, passé pas loin d’une décennie sur ce poisson ingrat. Et il n’était même pas bon à appâter les requins.
(…)
Mon gros poisson, qui puait pas mal, était intitulé Tremblement de temps. Baptisons-le Tremblement de temps I. Et baptisons celui-ci, ragoût concocté à partir des meilleurs morceaux du précédent et mélangé à des réflexions et expériences des sept derniers mois environ, Tremblement de temps II.

Bien que le roman ait été publié en 1997 et que l’auteur jouisse d’une certaine notoriété, il faudra attendre 2018 pour qu’une version française soit publiée à l’initiative de Super 8. L’occasion pour les lecteurs français de découvrir un inédit édité à titre posthume (Kurt Vonnegut est mort en 2007, à l’âge de 84 ans).

Je ne sais pas si ce Tremblement De Temps est représentatif du travail de Kurt Vonnegut, mais c’est, de prime abord en tout cas, totalement déroutant comme lecture. Le pitch proposé n’est que très vaguement évoqué et sert surtout à l’auteur de prétexte pour nous parler de lui à travers diverses anecdotes le concernant lui ou ses proches et autres réflexions sur des sujets divers et variés.

Son alter ego fictionnel (avec qui il échange beaucoup), Kilgore Trout, écrivain de SF qui a la particularité de jeter aux ordures ses nouvelles sans même chercher à les faire publier, intervient souvent pour nous faire part, lui aussi de ses réflexions et son vécu (?).

J’avoue qu’au début de ma lecture je me suis demandé dans quel bourbier j’avais mis les pattes et quel pouvait bien être l’intérêt de la chose que j’étais en train de lire. La réponse s’est imposée d’elle-même après quelques chapitres ; tout l’intérêt de ce bouquin pour le moins atypique réside dans la plume de Kurt Vonnegut.

Force est de reconnaître que l’auteur est un conteur hors pair, on boit littéralement ses phrases, c’est un véritable régal pour les yeux, le cœur et les neurones (mon athéisme viscéral m’interdit d’y ajouter l’âme… mais grande est la tentation de le faire). J’en profite d’ailleurs pour saluer le travail de la traductrice Aude Pasquier.

Kurt Vonnegut a autant de gouaille que de talent, la langue de bois et le politiquement correct ne sont définitivement pas sa tasse de thé, il dit ce qu’il a à nous dire sans y aller par quatre chemins, pimentant même son propos d’un humour aussi ravageur que corrosif.

Morceau choisi à propos de l’Église :

« Quand ils ont découvert que j’étais divorcé, ai-je dit, ils m’ont prescrit toutes sortes de pénitences qu’il fallait que j’accomplisse avant de redevenir assez pur pour pouvoir me marier chez eux.
— Eh bien, voilà, a dit Trout. Imaginez les pinailleries qu’il aurait fallu que vous surmontiez si vous aviez été un ancien taulard. Et puis, si ce pauvre enculé qui vous a écrit a vraiment trouvé une Église qui l’a accepté, il pourrait très bien être de retour en prison à l’heure actuelle.
— Pourquoi ? ai-je demandé. Pour avoir piqué dans le tronc des pauvres ?
— Non, a répondu Trout. Pour avoir plu au Christ en abattant un médecin qui se rendait à son boulot dans une usine à avortement. »

Si l’auteur peut se targuer d’avoir eu une vie bien remplie ponctuée de nombreuses rencontres, mais aussi de deuils ; les interventions de Kilgore Trout quant à elles apportent un brin de folie à l’ensemble, à travers notamment des rencontres avec des personnages hauts en couleur et ses nouvelles aux histoires pour le moins ubuesques.

Ce bouquin n’est à nul autre pareil, un véritable fourre-tout sans queue, ni tête, mais qui se lit malgré tout avec beaucoup de plaisir (et j’en ai été le premier surpris). Une lecture quasi expérimentale qui vaut son pesant de cacahuètes. A réserver toutefois aux amoureux des mots qui ont un peu de temps à perdre…

Je ne peux pas dire, en refermant ce bouquin, que j’ai découvert l’univers littéraire de Kurt Vonnegut, par contre j’ai appris beaucoup de choses sur Kurt, non seulement l’auteur, mais aussi l’homme qu’il était. Une belle rencontre par écrits interposés qui m’a donné envie de découvrir ses « vrais » romans.

Je laisse le mot de la fin à Kurt Vonnegut :

Écoutez : nous sommes sur terre pour glandouiller. Ne laissez personne prétendre autre chose !

MON VERDICT

 
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Publié par le 3 octobre 2018 dans Bouquins

 

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[BOUQUINS] Ezekiel Boone – Eclosion

AU MENU DU JOUR

E. Boone - Eclosion

Titre : Éclosion
Série : The Hatching – Tome 1
Auteur : Ezekiel Boone
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2018
Origine : USA (2016)
368 pages

De quoi ça cause ?

Nul n’était préparé à affronter une pareille menace. De par le monde des vagues d’araignées anthropophages s’abattent sur ceux et celles qui ont le malheur de croiser leur chemin. Leur comportement ne répond à aucun schéma connu et le nombre joue en leur faveur, rien ne semble pouvoir stopper leur expansion et leur appétit destructeur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour sa couv’ que j’ai beaucoup aimée, pour le contraste entre l’impression de quiétude qui se dégage de l’image et de l’araignée qui semble s’extirper du titre.

Par curiosité aussi, je voulais voir si l’auteur parviendrait à être crédible avec son invasion d’araignées cannibales…

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser que la longueur de cette chronique n’est pas proportionnelle à mon ressenti (on vous l’a sûrement déjà dit : ce n’est pas la taille qui compte !). C’est le fait d’un choix délibéré d’en dire le moins possible afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Bien que la sagesse populaire affirme haut et fort que les petites bêtes ne mangent pas les grosses (en oubliant toutefois de préciser que cela n’est avéré que si la grosse bête en question est en vie… les insectes nécrophages n’étant donc pas à prendre en considération), je dois avouer que, sans être franchement arachnophobe (un peu quand même), je n’aime pas les araignées. Je suis donc la cible idéale pour ce bouquin !

Si vous aussi vous voulez jouer à vous faire peur sachez tout de même que c’est une lecture que je déconseillerai aux âmes sensibles, ces bestioles ayant un appétit particulièrement vorace…

Eclosion est le premier tome d’une trilogie (The Hatching en VO), le second, Infestation, étant d’ores et déjà disponible chez Actes Sud, j’ai bon espoir de voir le troisième et dernier opus traduit prochainement.

Ce premier tome remplit parfaitement son rôle de mise en appétit. Le décor est assez vite planté, à travers des chapitres courts l’auteur vous promène aux quatre coins du monde afin que l’on prenne conscience de l’ampleur du chaos, mais aussi de l’inéluctabilité du phénomène.

Forcément on croise de nombreux personnages, mais vous pouvez compter sur ces braves arachnides pour vous indiquer quels sont ceux appelés à compter pour la suite des événements… pas de bol pour les autres qui finiront soit comme casse-dalle pour araignées voraces, soit comme hôte pour héberger leurs œufs (on se demande quel est le sort le plus enviable).

J’étais curieux de savoir comment Ezekiel Boone s’en sortirait sur la base d’un scénario aussi improbable, force est de reconnaître qu’il tire bien son épingle du jeu ; tout en restant clairement dans un contexte fictionnel, on finit par croire au déroulé de son invasion (et de son intrigue de fait). Du coup il deviendra rapidement difficile de lâcher le bouquin, la tension montant crescendo au fil des chapitres.

L’auteur ne manque pas de parsemer ses chapitres de quelques touches d’humour… souvent noir, cela va de soi. La narration chorale fonctionne plutôt bien et est en totale adéquation avec la dimension internationale de l’invasion.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier opus, nul doute que je viendrai très prochainement vous causer de la suite des événements. D’autant que le final laisse présager quelque chose d’encore plus énorme…

Pour l’anecdote Ezekiel Boone est un pseudonyme de plume derrière lequel se « cache » Alexi Zentner, un auteur canadien dont j’avoue sans la moindre honte n’avoir jamais entendu parler.

MON VERDICT

 
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Publié par le 1 octobre 2018 dans Bouquins

 

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